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assiégeants, ayant été renforcée par des troupes fraîches arrivées de France, et' par des détachements de l’armée du nord , commençait à faire des démonstrations qui annonçaient le dessein de faire lever le siège. Le i 3 octobre, elle fit une reconnaissance des avant-postes des alliés, établis à Monastério;et, le 18, elle attaqua en force, et s’empara des hauteurs qui commandent cette ville, d’où les Anglais avaient été obligés de se retirer. Ije général Hill ayant aussi donné avis que les Français luisaient des mouvements vers le Tage, lord Wellington se décida à se rapprocher de. ce général, afin d’empéeher que la communication des deux armées ne fût coupée par les manœuvres des Français. Il prit, dans la nuit du toi, la résolution de lever le siège et de faire retirer toute son année sur le Duéro : la glorieuse défense du fort de Burgos arrêta les progrès de l’armée alliée , et ravit à lord Wellington une partie des fruits de la bataille de Salamanque : il avait témérairement conisidéré cette opération comme un coup de main, et Vêtait décidé à Sacrifier ses plus braves soldats pour s’assurer l’avantage d’un point d’appui, sans lequel il croyait petlt-être ne pouvoir se maintenir dans cette position trop avancée.
Les Français ne s’aperçurent pas d’abord de la retraite de lord Wellington, et ne suivirent l’armée alliée que : deux jours après la levée du siège ; leur cavalerie èt ' leurs troupes légères pressèrent vivement son arrière-garde,' et la harcelèrent jusqu’au u6
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octobre quelle atteignit Cabéçon, et traversa la Pisuerga. Lord Wellington passa le Duéro le 39. Instruit que les Français étaient en pleine marche sur Tordésillas, il continua la sienne et porta son armée sur les hauteurs entre Ruéda et Tordésillas, vis-à-vis le pont. Il resta dans cette position jusqu’au 3 novembre, les Français n’ayant fait aucune démonstration pour passer le Duéro, le long duquel leur armée s’étendait deToro à Valladolid.
Les alliés évacuèrent Madrid , après avoir détruit le fort La China , et mis hors de service les pièces qu’ils ne purent emmener. Un corps français entra, le premier novembre, dans cette capitale. Le général Hill , qui s’était retiré des rives du Tage , et avait pris position sur le Jacama , s’avança vers le nord et arriva dans les premiers jours de novembre sur l’Adaja.
Le pont de Toro ayant été réparé par les Français» lord Wellington donna l’ordre au général Hill de continuer sa marche sur Alba deTormès; et, le 6 novembre, il décampa lui-même de sa position devant Tordésillas , et se dirigea vers les hauteurs de San-Christoval en avant de Salamanque. Il s’y établit , et le même jour le général Hill occupa la ville et le château d’Alba , et porta le reste de ses troupes sur la Tormès.
Les Français ayant réuni leurs forces près des positions des alliés , attaquèrent les troupes qui étaient dans Alba, avec de l’infanterie et vingt pièces de ca-
non, et leur occasionèrent une grande perte : ils poursuivirent eet avantage, et passèrent la Tonnés: lord Wellington partit de San-Christoval dans l’inlenlion de les attaquer ; mais trouvant qu’ils occupaient une position très-forte, il retira toutes ses troupes des environs d’Alba sur les Arapiles, c’est-àdire sur les hauteurs proches de Salamanque. 11 s'aperçut bientôt que les Français se renforçaient et poussaient des corps pour interrompre la communication de l’armée alliée avec Ciudad-Rodrigo; il se détermina donc à se diriger sur cette place, où il arriva le 1 g , toujours serré de près par l’avant-garde française. Les alliés éprouvèrent une grande perte au passage d’une rivière par l’effet d’une canonnade, et le général sir Edouard-Paget fut fait prisonnier. Lord Wellington, persuadé que toutes les forces disponibles de l’ennemi se trouvaient réunies sur la Tormès, transporta de nouveau son quartier-général à Freynada, sur la frontière du Portugal : cependant la plus grande partie de l’armée française avait repassé la Tormès, et était en marche vers le Duéro.
Tel fut le résultat de la campagne de 181a dans la péninsule. Quant aux nombreux engagements entre les partis des guérillas et les colonnes mobiles des Français, ils eurent trop peu d’influence sur ce résultat pour qu’on en fasse mention. Les efforts de lord Wellington pour pénétrer au centre de l’Espagne, et prendre avantage de l’état d’affaiblissement des Français, obligèrent ceux-ci à retirer leurs forces
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des provinces du midi, à lever le blocus de Cadix, pour rester , après la prise de Valence, uniquement sur la défensive du côté de l’est, et à concentrer leurs forces pour s’opposer à ses progrès.
Les succès de lord Wellington , et l’affranchissement du Portugal, ne remplirent pas entièrement les grandes espérances que la nation anglaise en avait conçues, parce qu’on n’appréciait point assez à Londres les difficultés à vaincre , la valeur et l’activité des Français, les talents et l’expérience de leurs généraux; toutefois lord Wellington mérita par de beaux faits, et surtout par sa prudence et la justesse de ses mesures , les récompenses dont il fut comblé par son gouvernement. t
Les pertes éprouvées par les alliés dans cette campagne furent considérables. Le relâchement de la discipline dans leurs troupes rendit désastreuses les retraites de Burgos et de Madrid : lord Wellington ne craignit point de le reprocher à son armée à la face de l’Europe, dans une adresse très-énergique : il s’exprimait ainsi... «Il est évident que du moment que « les troupes commencèrent leur retraite des envi- « rons de Burgos, d’un côté, et de Madrid de l’autre, « les officiers perdirent toute autorité sur leurs sol- « dats : des excès de toute espèce furent commis avec « impunité; et on a fait des pertes qu’on n’aurait ja- « mais dû éprouver. » Le manque de discipline des troupes alliées contrastait avec le bon ordre et l’accord qui régnaient dans les différents corps français.
11 est vrai qu’environnés d’ennemis ils en sentaient le besoin, ils se gardaient mieux et usaient de plus de ménagements qu’ils ne l’avaient fait dans les premières campagnes; des observateurs impartiaux ont même pensé que, si les souvenirs de l’origine de la guerre eussent été moins vifs , nn rapprochement entre les deux nations eût été possible.
Durant cette période, si fertile en événements, les Cortès continuèrent à Cadix leurs travaux législatifs. Les discussions sur les principes constitutionnels , sur la forme du gouvernement , et sur le mode d’administration , étaient fort animées : l’un des membres, M. Verra, prononça, le 29 décembre 181a, uit discours remarquable, dans lequel il se fit l’organe du mécontentement et de la crainte d’un grand nombre de personnes qui accusaient les Cortès de vouloir se perpétuer dans le pouvoir par une constitution républicaine. Ce député proposa , i° qu’une nouvelle régence fût incessamment nommée , et qu’à sa tête on plaçât une personne de la famille royale, investie de tous les pouvoirs du roi , conformément à la constitution; a° que cette personne fut autorisée à traiter avec les puissances amies ou neutres pour l’entretien des armées ; 3 ° que dans l’intervalle d’un mois pour tout délai , les discussions sur la constitution fussent terminées, la régence nommée et le congrès dissous; 4 ° que les Cortès ne fussent pas réunies avant l’année i 8 i 3 . M. Arguelles, prenant la défense des Cortès , dans le système d’utie
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monarchie tempérée par une vraie représentation nationale , proposa qu’aucune personne de la famille royale ne fût placée à la tête de la régence en l’absence de Ferdinand; 2 0 que les Cortès ordinaires fussent convoquées à l’époque précise voulue par la constitution , et que les Cortès actuelles ne se séparassent pas avant que la régence fût formée, le conseil d'état et le tribunal suprême de justice nommés , et la cour des comptes organisée ; 3° qu’à la dissolution des cortès, il restât une députation permanente, composée de soixante de leurs membres, et investie d’amples pouvoirs pour veiller à la sûreté de l’état ; 4° qu’il fût nommé un comité spécial à l’effet d’aviser aux meilleurs moyens de mettre promptement à exécution le grand objet de l’organisation du gouvernement. Ces propositions furent adoptées.
Le 2 janvier, les Cortès discutèrent un projet .tendant à améliorer le système du gouvernement, et décrétèrent qu’il serait nommé vingt conseillers d’état, dont deux seulement ecclésiastiques, deux grands d’Espagne, et les seize autres pris parmi les personnes qui auraient servi dans les emplois diplomatiques , militaires , administratifs ou judiciaires : six au moins de ces personnes devaient appartenir aux provjnces d’outre-jner.
La régence fut renouvelée; le duc de l’Infantado ? alors ministre résidant eu Angleterre , fut nommé président ; le comte de l’Abisbal (O’Donnel) , viceprésident. Les membres de la régence précédente
furent nommés conseillers d’état. Après son installation, la nouvelle régence publia une adresse à la nation espagnole , pour l’exciter à faire de nouveaux efforts pour le salut de l’indépendance du pays. Les mesures de cette première autorité répondirent à son langage: elles furent vigoureuses, promptes et décisives; diverses réformes furent opérées; et l’on donna une attention particulière au recrutement et à l’instruction de l’armée.
Les soins de la nouvelle régence ne se bornèrent point aux peuples de la péninsule espagnole européenne. Elle publia, au mois de mars, une circulaire adressée aux colonies d’Amérique , dans laquelle elle exposait la lutte difficile que la mère-patrie avait à soutenir pour sa liberté, et les travaux salutaires des Cortès qui allaient donner une constitution destinée à faire le bonheur général et de la métropole et des colonies : la régence exprimait en même temps l’espérance que les Américains serviraient la cause de leurs frères par des souscriptions volontaires.
Les Cortès signalèrent la libéralité de leurs principes par l’adoption d’un décret qui autorisait tous les sujets espagnols, d’origine maure, soit du côté paternel , soit du côté maternel, à prendre des degrés dans les universités, et à entrer dans les ordres religieux ; privilèges dont ils avaient été privés jusqu’alors.
Le 18 mars 181a, les Cortès extraordinaires tinrent une séance solennelle dont l’objet était de signer les articles de la constitution. Des députés de toutes
les parties de la monarchie espagnole y furent appelés. On donna lecture d’un décret approuvé dans une séance secrète, concernant l’ordre de succession à la couronne, et dont l’objet était, disait-on, d’empêcher qu’elle ne. tombât au pouvoir d’un prince ennemi de l’indépendance nationale. Ce décret était de la teneur suivante: « Les Cortès extraordinaires, considérant que la prospérité et la sûreté de l’état sont incompatibles avec le concours de certaines circonstances dans les personnes de l’Irifant don Fran 7 cisco de Paule, et l’Infante dona Maria Louise, reine d’Ëtrurie , frère et sœur de don Ferdinand VII, ont résolu de déclarer et de décréter que l’Infant don Francisco de Paule et ses descendants, et l’Infante dona Maria Louise et ses descendants, demeurent exclus de la succession à la couronne d’Espagne ; en conséquence, à défaut de l’Infant don Carlos et de ses descendants légitimes, l’Infante dona Charlotte, princesse de Brésil, et ses descendants, viendront à la succession de la couronne; et à défaut de ses héritiers, dona Maria Isabelle, princesse héréditaire des deux Siciles ; et à défaut de ces trois plus proches parents de Ferdinand VII et de leurs descendants, alors on appellera à la succession les autres personnes et lignes qui doivent succéder, conformément à la constitution , dans l’ordre et la forme qu’elle a établis. » En même temps , les Cortès déclarèrent exclus de la succession à la couronne d’Espagne , l’archiduchesse Marie Louise, fille issue du pre-
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mier mariage de François II , empereur d’Autriche, ainsi que les descendants de cette archiduchesse.
Une commission fut immédiatement nommée pour porter la constitution à la régence, qui la reçut avec un profond respect , et s’engagea à en garantir l’exécution dans toutes les possessions espagnoles. Le 20 mars, tous les députés réunis dans la salle du cougrès prêtèrent serment à la constitution , et le même jour cet acte fut solennellement proclamé comme loi fondamentale du royaume.
Au mois de mai , la régence fit publier un décret des Cortès portant que, comme il était réglé par la constitution que les tlortès se réuniraient chaque année , et que l'observation de cette règle ne pouvait jamais être plus nécessaire que dans les circonstances où se trouvait la nation , les Cortès ordinaires seraient convoquées en 1 8 1 3 ; mais qu’attendu qu’il était impossible que les députés des parties les plus éloignées du royaume fussent arrivés pour le i cr mars, l’ouverture de la session serait différée jusqu’au 1 er octobre : il était aussi réglé qu’auemj des députés des Cortès extraordinaires ne pourrait être élu pour les prochaines Cortès drdiuaires.
Les Cortès adoptèrent, dans le mois de juin, un décret où se trouvait détaillé le mode d’application aux besoins de l’état de la partie du produit des dîmes qui excédait la somme nécessaire à l’entretien de ceux en faveur de qui ils étaient perçus. A cette époque le duc île i’ïnfautado arriva à Ca-
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dix, et prit séance comme président de la régence.
Au mois d’octobre ( même année 1812), le député Castello ayant prononcé un discours sur l'inhumanité et l’injustice d’un réglement en vigueur dans les colonies d’Américjue sous le nom de mitas , par lequel chaque district était requis de fournir un certain nombre d’hommes pour la culture des terres, l’exploitation des mines et autres travaux, il fut décrété que les mitas étaient pour toujours abolies. Ce décret, qui contenait plusieurs dispositions très-favorables aux Américains, avait évidemment pour objet de rattacher cette malheureuse portion de la population coloniale à la mère -patrie, en redressant des griefs dont elle se plaignait depuis long-temps.
Lanation espagnole, jalouse de son indépendance, s’était consl amment opposée à ce qu’on plaçât les armées sous le commandement d’un général anglais. Les succès obtenus par lord Wellington dans la campagne de cette année surmontèrent cette répugnance : lesCortès, qui l’avaient élevé au rang de grand d’Espagne , lui donnèrent enfin la preuve la plus éclatante de leur confiance par une résolution qui le déclarait commandant en chef des années espagnoles. Lorsque, en vertu de cette nomination, lord Wellington envoya un ordre au général Ballesteros , capitaine général de l’Andalousie, l’un des plus zélés et des plus actifs généraux espagnols, de mettre son armée en mouvement, cet officier, considérant cet ordre comme une dégradation de la dignité natio-
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nale, refusa d’obéir. Dans une lettre qu’il adressa à cette occasion au ministre de la guerre, il exposa en termes énergiques son sentiment sur cet affront fait , selon lui, à ses compatriotes , et conclut en disant que, si les armées et les citoyens adhéraient à cette nomination, il donnerait la démission de ses emplois et se retirerait dans ses foyers , afin de convaincre l’Europe qu’il n’était guidé par aucunes vues particulières , mais par la considération de l’honneur et du bien de son pays. La régence ne souffrit pas une telle infraction à l’obéissance due à l’autorité souveraine; elle publia un décret par lequel elle informait le public de la destitution de don François Ballesteros de son commandement dans Tannée, et de la nomination de don Joaquim Virues pour le remplacer. Ballesteros fut mis aux arrêts au milieu de son armée, qui ne fit aucune résistance, et quelques jours après on le fit partir pour Ceuta. Pour obvier à l’impression défavorable que cette mesure pouvait produire sur la nation , le ministre de la guerre , dans un mémoire qu’il lut devant les Cortès le 3 o octobre, exposa l’état déplorable du royaume au moment où la régence avait pris les rênes du gouvernement , l’accroissement qu’avaient reçu les armées nationales, et l’amélioration qu’on remarquait dans toutes les provinces depuis la prise de Ciudad-Ilodrigo par lord Wellington. • ' » . •
Tel était l’état général des affaires en Espagne vers la fin de 1812. Il s’était sans doute amélioré , puis-
que le blocus de la ville où siégeait le gouvernement avait etc levé, et que plusieurs des provinces du midi étaient délivrées de la domination des Français; mais cet état indiquait la nécessité d’efforts beaucoup plus vigoureux et mieux combinés que ceux qu’on avait faits jusqu’alors pour assurer l’indépendance de la péninsule.
Le Portugal fut exempt des ravages de la guerre, et sa tranquillité ne fut que momentanément troublée par l’incursion que firent les Français dans le Bas - Beira , dans l’intention d’opérer une diversion pour dégager Btdajoz, alors assiégé par lord Wellington. Les habitants se livrèrent aux soins de l’agriculture. Les efforts du maréchal Béresford et l'autorité de lord Wellington avaient mis l’état militaire de ce pays sur un pied fort respectable. Avant la fin de 1 8 1 1 , le Portugal comptait cinquante - quatre mille hommes de troupes de ligne, cinquante - huit mille de milices , et plus de deux cent mille de l’ordinanza. La plus grande partie des troupes régulières était employée à l’armée alliée en Espagne.
Le gouvernement de Portugal avait publié, le 1 3 février, une proclamation adressée au peuple, dans laquelle il établissait une comparaison avantageuse entre la situation actuelle du royaume et celle qui l’avait précédée. Il invitait les habitants à prendre des précautions contre les incursions subites des Français. Il ordonnait que tout individu en état de porter les armes s’exerçât journellement à leur maniement;
que les infirmes se retirassent dans les places fortes, et que les citoyens, les femmes, les enfants, conservassent des moyens d’incendier les propriétés à l’approche des Français.
Le gouvernement anglais, indépendamment des puissants secours donnés au Portugal par l’entretien d’une armée la plus coûteuse qui jamais eût été mise en campagne, continua de payer le subside qui avait été précédemment accordé; et si l’on en croit l’assertion de lord Liverpool, le gouvernement portugais employa encore 1,800,000 livres sterling de ses propres fonds pour les dépenses militaires : ainsi la péninsule, long-temps saturée de l’or des deux Indes , le répandit à grands flots sur le reste du continent ; et depuis , appauvrie par cette source de richesses factices, qui lui fit négliger celles plus réelles de son propre sol , elle était devenue le gouffre où venaient s’engloutir ces mêmes trésors.