CHAPITRE IX
Positions respectives des armées françaises et alliées au commencement de l’année i8i 3. — Lord Wellington se prépare à ouvrir la campagne. — Il se rend à Cadix et à Lisbonne. — Opérations du maréchal Suchet dans l’est. — Concentration des armées françaises du centre et du nord. Dernière évacuation de Madrid. — Lord Wellington reçoit ses renforts. — Il reprend l’offensive. — Il marche sur Salamanque, Valladolid et Burgos. — Retraite du roi Joseph sur l’Èbre. — Bataille de Vittoria Ses suites. —
Investissement de Pampelune. — Prise de Tolosa. — Siège de Saint-Sébastien. — Retraite des Français par la vallée de Bastan. — Le maréchal Soult prend le commandement de l’armée sur la frontière de Erance. — Mina reprend Saragossc. — Évacuation de Valence. — Dernières opérations et belle retraite du maréchal Suchet.
De quelque manière que les historiens de cette guerre de la péninsule en présentent le tableau, ils ne pourront offrir au lecteur un ensemble, un enchaînement satisfaisant entre des opérations divergentes : l’état physique du pays s’y oppose , et l’on peut s’en convaincre en étudiant l’excellente description géographique et topographique de M. le colonel Bory de Saint-Vincent dans son Guide du Voyageur en Espagne. L’ordre chronologique des faits, que ndus avons suivi, autant que nous l’avons pu,
dans cet abrégé historique , est encore le fil le plus sûr; pour ne point le laisser échapper dans les dernières scènes qui font le sujet de ce chapitre, nous rappellerons d’abord à nos lecteurs les positions respectives des principales forces des parties belligérantes à la fin de l'année 1812 et au commencement de 1 8 1 3.
Lord Vellington avait ramené son armée sur la frontière du Portugal , et pris ses quartiers d’hiver aux environs de Freynada. Les Français, qui avaient marché sur le Duéro, quoique fort inquiétés sur leurs derrières par le partisan Longa et d’autres guérillas, s’étaient avancés jusqu’à Salamanque: le gros de leur armée y était cantonné sous le commandement du comte d’Erlon ; le reste était autour de Valladolid; ils avaient des détachements et des avant-postes sur la ligne du Tage. Le roi Joseph était rentré à Madrid , le maréchal Soult avait son quartier-général à Tolède; le maréchal Sftchet se maintenait dans le royaume de Valence, et déjouait, par son activité, les efforts des divers corps de troupes espagnoles réunis sur la frontière de Murcie , ou jetés sur ses communications.
Ainsi toute la partie du centre de l’Espagne restait encore au pouvoir des Français; mais il était facile de prévoir qu’ils ne pourraient s’y soutenir pendant la campagne suivante, puisque Napoléon, forcé de réserver ses dernières ressources pour réparer les pertes immenses qu’il avait faites en Russie,
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ne pouvait porter à son frère que de faibles secours; le gouvernement anglais au contraire redoublait d’efforts et de sacrifices pour profiter de cette puissante diversion, et du déclin de la fortune de l’empereur. Lord Wellington exerçant une sorte de dictature militaire, ranimait le zèle des cortès, et s’appliquait à régulariser leurs mesures incohérentes : après avoir visité les cantonnements de l’armée alliée, il se rendit à Cadix, où il fut reçu avec beaucoup d’égards; il obtint un décret qui rendait plus efficaces les pouvoirs des commandants des corps d’armée , et limitait l’autorité des gouverneurs civils et des conseils municipaux. De nouvelles dispositions devaient pourvoir à l’entretien des armées ; et un état-major espagnol auprès du général anglais, devait assurer la transmission de ses ordres.
Après s’être concerté avec la régence, pour tout ce qui était relatif à la guerre, lord Wellington sc rendit à Lisbonne pour le même objet , plus facile sans-doute à traiter avec le gouvernement portugais, entièrement sous son influence, qu’avec le gouvernement espagnol, dans le sein duquel setait formée une forte opposition toute démocratique. La régence venait de proposer aux cortès de suspendre divers articles de la constitution qui garantissaient la liberté individuelle et celle de la presse. Le motif qu’on donnait à cette proposition était l’existence d’une conspiration pour renverser la représentation nationale et le gouvernement au moyen d’une insurrec-