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Mais, à l’époque critique où il écrivait, il paraît avoir pris soin de ne pas dévoiler les secrets impopulaires, et peut-être que peu de ses lecteurs donneront une confiance implicite à son assertion , que l’abdication de Charles IV était , de la part de ce monarque , un acte libre et volontaire (r).
Après cet événement, l’aspect des allai res d’Espagne prend un caractère plus clair et plus évident.
et qu'il résigna son emploi <k la première occasion qui s’en offrit après son arrivée à Madrid : il se comporta donc avec politique et prudence.
(i) La correspondance qui eut lieu entre Charles et son fils Ferdinand à Bayonne, correspondance qui contient à la fois des assertions politiques, des contradictions directes, et des reproches amers, ne jette aucun jour sur cette affaire. Charles, dans sa lettre du a mai 1808, se sert de ces expressions : « Vous avez introduit le désordre dans mon palais, « et répandu l’esprit de révolte dans le corps de mes gardes. «Vous avez déshonoré mes cheveux blancs. — Vous m’avez « dépouillé du trône. — J’ai ouvert mon cœur h l’empereur ; « il connaît toutes les violences qu'on m’a faites ; il a déclaré « que vous ne seriez jamais reconnu comme roi , et qae i’en- « nemi du son père ne pouvait pas obtenir la confiance des « puissances étrangères.-— En arrachant la couronne de ma «tète, vous vous l’étes ravie à vous-même; vous lui aven « ôté tout ce qu’elle a d’auguste et de sacré aux yeux des « hommes.— Je «iis rot .par le droit qtsc m’ont transmis mes « ancêtres : mon abdication a été l'effet de la force et de la «violence. «
■Ferdinand, en réponse à -cette lettre de son père, repousse tontes les accusations . et répond à chacune en particulier.
Jusqu’ici des factions domestiques avaient agité la cour et la nation : les intrigues étrangères n’avaient agi qu’en secret ; mais aussitôt après la révolution qui plaça Ferdinand VII sur le trône, les desseins de l’empereur des Français devinrent chaque jour plus apparents, et son influence plus prononcée. Durant les événements qu’on vient de rapporter,
A l’égard de l’abdication, il dit : » Votre majesté est lé n meilleur témoin qu’au milieu de la commotion d’Aranjuez, « il n’a pas été prononcé un mot contre votre majesté, ni « contre aucune personne de la famille royale. Au contraire, « on a applaudi V. M avec les plus grandes démonstrations « de joie et des protestations de fidélité à votre auguste pcr- «t sonne. Sous ce rapport, l’abdication que vous fîtes du trône « en ma faveur a surpris tout le monde et moi-même le pre- « mier; car personne ne s’y attendait, et qui que oe soit « ne l’eût sollicitée V, M. a communiqué elle-même son « abdication à tous ses ministres, en leur enjoignant de « me reconnaître comme leur seigneur et leur souverain. « Vous l’avez communiquée verbalement au corps diploma- * tique, en leur déclarant que votre détermination provenait « de votre volonté spontanée , et que vous y étiez antérien- « rement résolu. Vous l’avez dit vous-même à votre bian- « aimé frère-, en ajoutant en même temps que la signature « que V. M. avait apposée au decret d’abdication était l’acte « le iplus heureux de sa vie. Enfin , V. M. m’a dit person « nellement, trois jours après, que je ne devais faire aucune « attention à tout ce qu’on pouvait dire que votre abdication n’avait pas été volontaire, puisqu’eTlé était à toui « égards libre et spontanée »
'(Datée de Buyonâe le ( niai iSod.)
les armées françaises s’étaient rapidement accrues en Espagne, et avaient occupé sans obstacles les positions les plus avantageuses. Enfin, le grand-duc de Berg s’avança avec le principal corps d’armée jusqu a Madrid , capitale du royaume, et point central d’où il pouvait promptement envoyer des détachements dans toutes les parties de la Péninsule espagnole. En ce moment, la grande catastrophe approchait, et l’empereur des Français était déjà arrivé à Bayonne , pour être prêt à agir selon ce qu’exigeraient les circonstances. Cet adroit et audacieux politique n’omit rien de ce qui pouvait contribuer au succès de ses desseins. A l’aide de l’emploi alternatif des promessés flatteuses et des menaces ambiguës, Ferdinand VII et Charles IV, accompagnés de toute la famille royale et des principaux seigneurs de la cour, furent amenés, moitié par terreur , moitié par artifice, à une mesure du plus funeste présage, et dont ils auraient dû soupçonner les fatales conséquences. Nous voulons parler du voyage à Bayonne, la circonstance la plus extraordinaire de toute la révolution espagnole. A moins de supposer l’emploi de la force et delà contrainte, il est difficile de concevoir quels motifs purent porter ces princes à se mettre euxmêmes au pouvoir de l’empereur des Français , dont la conduite devenait chaque jour plus suspecte. Tou-' tefois Ferdinand, dans un mémoire adressé à ses sujets, tire ses raisons des circonstances dans lesquelles il prit les rênes du gouvernement. Plusieurs
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des provinces du royaume et toutes les places fortes de la frontière étaient occupées par un grand nombre de troupes françaises, et plus de seize cents hommes de la même nation étaient stationnés dans la capitale; et d’ailleurs, quelques autres données que nulle autre personne ne pouvait connaître contribuaient toutes à lui persuader, ainsi qu’à ses frères, qu’étant de tous côtés environnés d’écueils, ils n’avaient plus qu’à prendre la détermination qui semblait produire le moins de calamités : tel dut être le motif de leur départ pour Bayonne. Cette détermination ne pouvait être plus imprudente, ni les conséquences plus calamiteuses (1). La grande et malheureuse erreur de Ferdinand fut de se jeter lui-même dans les mains d’un souverain étranger, au lieu de se confier à la fidélité de ses bons et loyaux sujets , dont le courage et le dévouement au-
(1) On doit cependant faire observer que, lorsque Ferdinand partit de Madrid , il s’attendait à rencontrer l’empereur des Français , qu’il supposait en route pour cette capitale, où déjà on avait fait les plus magnifiques préparatifs pour la réception de ce souverain. A son arrivée à Burgos où il ne rencontra pas l’empereur, le général Savary, envoyé français, le pressa de continuer son voyage jusqu’à Vittoria. Ferdinand s’arrêta dans cette dernière ville, et le général Savary retourna à Bayonne afin de s’entendre avec l’empereur sur le parti à prendre. A son retour, il assura Ferdinand que l’empereur le reconnaîtrait comme roi, et ce prince, trop crédule, consentit à se rendre à Bayonne.