‹ Histoire D'EspagneChapitre 4 sur 46 · Tome lit · texte numérisé non relu

Tome lit

histoirk

raient formé un rempart inexpugnable autour de sa personne et de son trône. Les Espagnols, ainsi abandonnés d’une cour qui avait causé la ruine de la nation par ses intrigues et ses dissensions, furent laissés sans aucun point de ralliement ou de centre d’union , et sans aucune place de défense contre une armée formidable qui déjà occupait les meilleures forteresses et les principales positions du royaume : mais les’circon stances désavantageuses dans lesquelles la nation espagnole se trouvait placée rendirent cette lutte patriotique plus glorieuse et plus éclatante.

Après le départ de la famille royale, les plus grands désordres régnèrent à Madrid : le peuple se rassemblait; les Français étaient journellement insultés, et tout semblait annoncer une terrible explosion. La fureur populaire éclata enfin par une insurrection générale, le a mai 1808. — Le grand duc de Berg fut surpris et entouré par la multitude; et, après' s’être personnellement défendu durant quelque temps, il était sur le point de succomber quand quelques soldats vinrent à son secours. Le duc rentra à son quartier - général , et un bataillon français, avec de l’artillerie, vint se placer devant le palais. La grande place et la rue d’Alcala étaient encombrées d’insurgés : une troupe nombreuse courut à l’arsenal. Elle en avait déjà brisé les portes, quand le général Lefranc arriva assez à temps pour l’empêcher de s’emparer des armes et des canons. La place et les rues furent balayées par des

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volées de mitraille et des charges de cavalerie; mais les insurgés continuant à tirer des coups de fusil de l’intérieur des maisons, les portes furent enfoncées, et tout ce qui fut trouvé les armes à la main fut passé au fil de l’épée. Les rapports varient sur le nombre des personnes qui périrent dans cette sanglante journée; mais il est certain que des deux côtés la perte dut être fort considérable. En conséquence de ces troubles , un ordre émané de Bayonne nomma le duc de Berg lieutenant-général et gouverneur de l’Espagne.

L’empereur des Français jugea alors qu’il était inutile de dissimuler plus long-temps : il avait précédemment prétendu épouser la cause de Charles IV et le replacer sur le trône; mais ayant en ce moment les deux rois en son pouvoir, il les força l’un et l’autre à signer une abdication formelle, et les infans don Carlos et don Antonio furent également contraints de renoncer à toutes leurs prétentions à la couronne. Ces actes extraordinaires furent le fruit d’une suite d’intrigues sans exemple dans l’histoire. Apres que Ferdinand, attiré par les promesses les plus flatteuses , fut arrivé à Bayonne , on lui proposa d’abdiquer la couronne d’Espagne en faveur d’un des frères de Napoléon ; à cette condition , il devait recevoir en échange le royaume d’Étrurie; et, dans le cas où il voudrait épouser une nièce de l’empereur, le mariage devait avoir lieu au moment de 1 executipn du traité. Cette proposition fut accompagnée de

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la menace que, s’il rejetait ces conditions, il resterait' sans compensation, et que S. M. I. mettrait ses projets à exécution par la force. Sur le refus de Ferdinand de renoncer à la couronne, l’empereur ordonna au duc de Berg d’employer toute son adresse pour porter Charles et la reine à se rendre à Bayonne. En effet , ces augustes personnages entreprirent ce voyage. A leur arrivée, une entrevue de la nature la plus extraordinaire eut lieu entre le père et le fils, en présence de l’empereur. Toute la compagnie était assise, excepté le roi Ferdinand. Charles, après lui avoir adressé les reproches les plus insultants et les plus humiliants, lui ordonna de signer une renonciation absolue de la couronne, sous peine d’être traité , avec toute sa maison , comme un usurpateur et un conspirateur contre la vie de son roi et de son père. Ainsi finit cette singulière entrevue; et si l’on en pouvait croire l’assertion de don Pédro Cévallos, l’empereur des Français, dans une conférence avec Ferdinand, lui aurait dit: « Prince , il faut opter entre la cession et la mort. » Par suite de ces violences, Ferdinand résigna la couronne d’Espagne à son père, Charles IV, qui signa un acte d’abdication en faveur de l’empereur des Français. Il est impossible de savoir ce qui se passa dans les conférences particulières entre Napoléon et Charles IV ; mais il est difficile de concevoir comment le roi espagnol put, sans violence, être amené à oublier tous ses devoirs envers sa famille, au point

de proscrire toute sa race et faire tomber son sceptre dans les mains d’un étranger. Les renonciations et les abdications faites par les différentes branches de la famille royale furent représentées comme des actes volontaires; mais l’Espagne et toute l’Europe les ont considérées sous un jour différent.

L’empereur des Français publia en ce moment (a 5 mai 1 808) un décret impérial où il déclarait que, par l’abdication de la famille régnante, le trône d’Espagne était vacant , et ordonnait la réunion à Bayonne d’une assemblée de prélats , grands , etc. à l’effet de fixer les bases d’un nouveau gouvernement; cet ordre fut communiqué par le duc de Berg au conseil de Castille, et une commission fut nommée pour séculariser les biens de l’Église. Peu d’Espagnols, si l’on en excepte les partisans de la France, se rendirent à la junte de Bayonne, dont il était aisé de prévoir l’issue (1). Le résultat fut que l’on conféra la couronne d’Espagne à Joseph Bonaparte, qui abdiqua le trône de Naples en faveur du grand duc de Berg.

Cet événement développa tout le plan qu’une politique perfide tendait à réaliser depuis si long-temps par les manœuvres de l’intrigue, de la corruption, et qui, depuis plus de huit mois, cachait sous un

(1) Don Pédro Cévallos dit qu’environ quatre-vingt-dix personnes se trouvèrent à cette assemblée, mais sans les pouvoirs nécessaires.

voile mystérieux le sort qui menaçait l’Espagne (i). L’exaspération de l’esprit public fut en ce moment inconcevable, et annonça l’approche d’une crise terrible. De ces scènes diverses de dissension de famille, de perfidie ministérielle, de faiblesse royale, l’historien se reporte avec allégresse vers la contemplation d’un déploiement glorieux d’esprit na-

(i) La plupart des historiens modernes, voulant donner à leurs relations des évènements les plus importants un intérêt tout dramatique , en ont exposé les causes d’après leurs propres conjectures; ils ont trop souvent supposé des plans arrêtes d’avance et de mystérieuses intrigues. Pourquoi faire au génie de Napoléon le triste honneur d’avoir semé la discorde dans la famille royale espagnole , et d’avoir ourd) cette trame pour perdre, l’un par l’autre, le père et le fils? C’est bien assez qu’il ait abusé de la faiblesse de ces princes et des désordres qu’il n’avait pu préparer ni prévoir. La corruption de cette cour n’était point son ouvrage: il en craignait les effets ; il avait eu des preuves de la cupidité et de la versatilité de la politiqnc du favori ; il voulait raffermir l'influence de la France, et, comme il le disait souvent, relever l'édifice si péniblement élevé par Louis XIV, et dont les Anglais avaient miné les fondements. La révolution d’Aranjuez ne le surprit pas moins quu les Espagnols euxmêmes. Les révolutions populaires ne se font point par des intrigues; on ne les dirige pas plus qu’on n’excite à son gré les tempêtes, et qu’oit n’arrête les torrents. Napoléon les redoutait : il n’a jamais voulu de tels auxiliaires. Nous répétons qu’on doit l’en croire, et que (pour nous servir presque de l’expression proverbiale) l’occasion fit l’usurpateur.

( Note du traducteur. )

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rional et d’enthousiasme patriotique. La première nouvelle des renonciations arrachées à la famille royale fut le signal d’une insurrection générale. La première flamme du patriotisme éclata dans les Asturies, le berceau de la monarchie espagnole, et fit voir que l’énergie qui: avait animé les habitants de ces contrées au temps de l’invasion des Arabes , s’était , au travers d’une longue succession d’âges, transmise à leurs descendants (i). Des Asturies, cette flamme s’étendit avec rapidité dans la Galice et dans le royaume de Léon. Une junte réunie à Oviedo mit toutes les forces patriotiques sous le commandement du marquis de Santa-Crûz. Elle publia une déclaration formelle de guerre contre la France, et envoya des députés en Angleterre solliciter du secours. Leur demande fut promptement accordée, et le gouvernement britannique, par une proclamation dui/j juillet 1 808, se déclara en paix avec

( r)- L'empereur des Français s’était à peine attendu à un tel déploiement de l’esprit national : il semble en effet que les nations do l’Europe connaissent peu le caractère du peuple espagnol ; mais un voyageur anglais qui a visité l’Espagne en i8o5, dit , avec un esprit presque prophétique: « C’est là que nous devrions chercher la grande balance du « pouvoir de la France en Occident. Quelque défavorables « que puissent être en ce moment les apparences , peut-être « que c’est dans cette contrée que la liberté de 1 Europe est « destinée à commencer. •

(Voyage de Simple. Vol. I er . Page aao.)

la nation espagnole. Du nord de l’Espagne, l’insurrection se communiqua rapidement au midi. Le conseil de Séville , rejetant l’autorité du conseil suprême de Madrid qui se trouvait sous le joug des étrangers, s’érigea en autorité indépendante au nom de Ferdinand VII , et fit un appel à la nation , en déclarant formellement la guerre à l’empereur Napoléon (i).

L’horreur de l’usurpation étrangère était universelle, et dans presque toute l’Espagne l’insurrection commença à peu près au même moment. Des assemblées provinciales furent formées dans la plupart des principales villes; des dépôts militaires, établis dans les situations convenables. Aux ordres successifs pour lever des troupes, se joignirent des efforts assidus pour organiser des armées. Dans la seule province d’Andalousie on leva plus de seize mille hommes de troupes régulières, auxquelles se réunirent 60,000 paysans armés : le commandement en chef de

(1) La conduite de Louis XIV, dans la captation du testament de Charles II, ne fut guère plus loyale que celle de l’empereur Napoléon ; mais il ne rencontra pas dans cette usurpation la même opposition armée, parce que les contendants pour : le trône avaient un prétexte légal, et que, s’appuyant sur l’intérêt national , celui de la conservation de l’unité de la monarchie, le peuple n’était pas, ou 11c se croyait pas menacé d’étre conquis, et soumis par la force des armes à une domination étrangère.

( Note du traducteur, j

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toutes ces forces fut donné au général Castanos. On déploya la même ardeur dans toutes les autres provinces, et on fit de semblables efforts pour régulariser l’insurrection. Cependant l’absence du roi était une circonstance extrêmement défavorable à la nation, qui n’avait plus de centre d’union. Le peuple, il est vrai, se leva avec une unanimité de sentiments presque miraculeuse; mais les différentes juntes n’étaient que des autorités locales qui ne reconnaissaient point de chef, jalouses, ombrageuses et en garde contre toute tentative de la part de l’une pour obtenir de l’ascendant sur les autres. Ce mélange compliqué d’intérêts provinciaux avec la cause nationale , et la trop grande confiance des patriotes dans leurs propres forces , nuisirent au secours qu’envoyait l’Angleterre , et l’expédition mal concertée des troupes britanniques fut débarquée à Lisbonne, tandis qu’elle aurait dû prendre terre au nord de l’Espagne, d’où dépendait le salut de tout le royaume. Les juntes des Asturies et de la Galice, enorgueillies de quelques succès temporaires, et se confiant avec trop de présomption aux apparences du moment, jugèrent inutiles dans cette partie les secours des Anglais, et leur conseillèrent de commencer leurs opérations par l’expulsion des Français du Portugal. C’est à l’erreur de ces mesures et au défaut de concert entre le ministère britannique et les différentes juntes, qu’il faut attribuer la soumission des Espa-

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gnols par les armes de l’empereur des Français (r)*. Tandis que l’insurrection générale s’organisait , le duc de Berg s’aperçut de l’orage qui se formait, et se mit sur ses gardes. Il commença par faire fortifier le Retiro, et envoya de Madrid des détachements dans les différentes provinces. Le général Dupont reçut ordre d’aller s’assurer à Cordoue d’une position d’où il pût rapidement se porter sur Carthagène, Séville ou Cadix.- Le maréclial Moncey, à la tête de plus de douze cents lioinmes, fut détaché sur Valence. Le général Lefebvre fut stationné dans la province d’Aragon, afin de réduire Saragosse, et de tenir libre la communication entre Madrid et Barcelone. L’armée française, dans les provinces du nord-ouest, était composée d’environ quarante mille hommes, sous le commandement du maréchal

(i) Napoléon a’eut point à cette époque une juste idée du caractère de la nation espagnole, de son énergie et de scs ressources; il n’eut que de légères et de fausses notions sur la haine universellement jurée au prince do la Paix, sur l’horreur de la domination étrangère, sur l’influence des moines ramifiée jusqu’aux dernières classes de la population auxquelles ces sangsues sont mêlées; la réunion de ces éléments d’insurrection , s’il l’avait bien connue , aurait arrêté celui qu’aucun obstacle n’avait encore arrêté. Mais lorsque l’unanimité de sentiments et d’efforts pour repousser l’invasion se manifesta, la témérité de Murat et l’incohérence de ses dispositions l’avaient engagé trop avant entre ces écueils pour qu’il pût reculer aux yeux de l’Europe étonnée.

( Note du traducteur. )

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d’espagne. '%*]

Bessières, qui, pour maintenir la communication entre Madrid et Bayonne, avait fait de Burgos son principal poste.

La ville riche , populeuse et commerçante de Cadix fut la première à montrer son ardeur pour la cause patriotique. Une escadre française, composée de cinq vaisseaux de ligne et d’une frégate, mouillés dans le port, fut forcée de se rendre (r4 juin 1808) après avoir essuyé une vive canonnade des batteries de terre, tandis qu’une escadre britannique en station devant la rade l’empêchait de prendre le large. Cet événement fut suivi de la défaite et de la destruction presque totale de l’armée française sous les ordres du maréchal Moncey.

Ce maréchal tenta, le 28 juillet, d’emporter de vive force la ville de Valence. L’assaut commença à deux heures de l'après-midi, et continua jusqu’à huit , moment où les Français furent repoussés avec perte de deux mille cinq cents hommes. Dans cette mémorable occasion , les Valenciens se distinguèrent par leur patriotisme et leur valeur. La place étant dépourvue de troupes, les moines et les autres ecclésiastiques forent tous de vaillants soldats; les femmes mêmes aidèrent à combattre l’ennemi. Après ce revers, le maréchal Moncey commença sa retraite;. mais le jour suivant, il fut atteint à environ quarante milles de Valence, et battu par les troupes patriotiques aux ordres des généraux Cerbellon et Caro. Le carnage fut affreux. Saragosse, où com-

mandait le général Palafox, rivalisa avec Valence d’enthousiasme patriotique et de valeur soutenue. Le I er juillet, les Français firent une vigoureuse attaque sur cette ville; mais tous leurs efforts échouèrent contre la valeur des troupes et des habitants armés : les attaques suivantes furent également infructueuses. Le 1 4 du même mois, l’ennemi tenta de nouveau un assaut désespéré sur cette importante place ; mais il fut repoussé. Dans quelques rapports, on a dit que, les portes ayant été tenues ouvertes, l’ennemi entra dans la ville sans opposition , et fut à l’instant exterminé par des décharges à mitraille dans les rues et le feu de la mousqueterie provenant des maisons. Mais il est difficile de croire que les Français fussent entrés si imprudemment quand tout semblait leur annoncer un stratagème. Peut - être aussi ne devous-nous pas donner une confiance entière aux patriotes, lorsqu’ils assurent que les Français perdirent dans leurs différentes attaques contre Saragosse plus de douze mille hommes (1).

Les Espagnols cependant n’obtinrent pas partout des succès semblables. Le jour même qui fut marqué par le revers des Français dans leur grande

(1) Ces rapports sur les premiers événements de Valence et de Saragosse sont exagérés, mais les résultats sont certains : ils furent surtout la conséquence de la catastrophe de Bar le n , qui donna beaucoup d’élan aux patriotes espagnols.

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attaque contre Sarragosse , le général patriote Queste fut défait près de Bénévent. L’armée française consistait en dix mille hommes d’infanterie et deux mille de cavalerie : celle des patriotes était supérieure en nombre^ car elle était composée de quatorze mille hommes de troupes de ligne et d’un corps de paysans; les Espagnols avaient en outre vingt-six pièces de canon, mais ils n’avaient que huit cents hommes de cavalerie; et, comme l’action eut lieu en rase campagne, on attribua leur défaite au manque d’une proportion suffisante de cavalerie.

Mais l’Andalousie fut le théâtre d’un des plus importants événements de la campagne. Le général français Dupont, ayant reçu avis que Cadix, Séville et Carthagène avaient embrassé la cause patriotique , abandonna Cordoue et prit une forte position sur les hauteurs d’Andujar : le duc de Berg lui envoya un détachement de huit mille hommes tirés de la réserve de Madrid pour le soutenir. Le général Castanos, informé de la marche de ces troupes, s’avança sans délai, à la tête de l’armée

électrisa les esprits , fit apprécier la faiblesse des moyens employés parles Français dans cette première campagne, en raison de leur divergence et de l’étendue du pays à soumettre et des difficultés naturelles.

( Note du traducteur. )

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d’Andalousie, pour attaquer Dupont avant qu’il eût reçu ce renfort. Un engagement opiniâtre et sanglant eut lieu ; mais le nombre et la valeur des patriotes l’emportèrent enfin , et leur victoire fut décisive. Le général français , afin de sauver les débris de son armée d’une destruction imminente, se rendit lui et ses troupes prisonniers de guerre. Le détachement qui était en marche pour rejoindre Dupont fut compris dans la capitulation , toutefois avec cette différence que les troupes qui le composaient ne seraient pas considérées comme prisonnières, mais qu’elles seraient transportées en France par mer. Au commencement de Faction , l’armée de Dupont s’élevait à vingt mille hommes; ainsi, en un seul jour, plus de vingt mille Français furent tués» faits prisonniers ou expulsés d’Espagne. Cette éclatante victoire fut d’une importance incalculable pour les patriotes : si Dupont eût été victorieux, Séville et Cadix auraient été occupées sous peu de temps. Par cette défaite et celle du maréchal Moncey devant Valence, toutes les provinces méridionales de l’Espagne furent complètement délivrées des Français.

Au milieu de cours de ces événements, Joseph Bonaparte se préparait à prendre possession de son nouveau royaume. A son arrivée à Vittoria , il publia une proclamation par laquelle il annonçait aux Espagnols le bonheur inappréciable qu’allait leur procurer son règne bienfaisant : par une singulière

Si

coïncidence d’événements, le roi Joseph, en qualité de souverain d’Espagne, fit son entrée publique dans Madrid le jour même où Dupont et son armée se rendaient à l’armée patriote aux ordres du général Castanos , 20 juillet 1808. La nouvelle de ce désastre , promptement apportée à la capitale , les rapports successifs des défaites essuyées «par les armées françaises, et l’approche des patriotes vers Madrid, avertirent assez le nouveau monarque de la nécessité d’une prompte fuite. Après un court séjour, Joseph commença sa retraite précipitée vers la frontière, le 27 juillet , tandis que les patriotes prenaient possession de la capitale. Les Français , ainsi battus sur tous les points de l’Espagne , commencèrent à se retirer des différentes provinces vers le nord; et ayant mis une forte garnison dans Burgos et occupé Bilbao, ils concentrèrent le reste de leurs troupes dans une forte position sur les rives de l’Èbre ( t ). Lorsque les débris de leurs différentes armées furent réunis en un seul corps , ces forces , selon les rap-

(1) La capitulation de Baylen et la retraite dit maréchal Moncey ne laissaient au roi Joseph d’autre parti à prendre que de se retirer sur l’Èbre pour y attendre des renforts et conserver ses communications avec la France. Madrid n'est pas une position qu’une armée puisse tenir quand ses flanc? sout débordés, et sa ligne d’opération menacée. L’évacuation de cette capitale fut toujours dans ce cas jjtigée nécessaire et nde peu d’importance. Les généraux de Philippe V en avaient donné l’exemple. La retraite et non la fuite de Joseph ne fut

ports les plus authentiques, montaient au plus à quarante-cinq mille hommes, non compris les garnisons de Barcelone, Pampelune, etc de sorte

que la totalité des forces qui restaient aux Français en Espagne, était d’environ soixante mille hommes (i), forces qui certainement auraient été expulsées sans grande difficulté , si une armée anglaise eût été débarquée dans le nord et eût commencé de concert avec les patriotes une vigoureuse suite d’opétions (a).

Quelque temps après la retraite des Français de

point précipitée; elle se Gt en bon ordre, et ne fut même pas inquiétée.

( Note du traducteur .)

(i) V oyez à l’égard des forces qui restaient aux Français en Espagne, la campagne du général Moore.

(a) Voyez ce sujet discuté dans les discours des comtes St- Vincent, Greenvillc et Moira, et M. Ponsombv, et leurs arguments combattus par lord Hawkesbury , Castelreagh et ,M. Canning (19 janvier 1809).

Cette observation est juste. Le véritable point de défense est en effet dans les Asturies au nord-ouest de l'Espagne. Dans cette position, quelque excentrique qu’elle paraisse au premier aspect, un corps d’armée, tirant de la mer ses ressources, ses munitions, ses renforts en hommes et en matériel, peut se porter en quelques marches sur Burgos, couper la ligne d’opération de l’ennemi qui s’avance sur Madrid par les deux routes d ’Aranda et de V alladolid ;

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Madrid, les armées patriotiques obtinrent une augmentation considérable de forces par la délivrance de dix mille vétérans espagnols du joug de l’empereur des Français, aux années duquel ils avaient été envoyés en Allemagne comme auxiliaires. De ces dix mille hommes, huit mille avaient été stationnés dans l’île danoise de Funen et le reste dans celle de Langoland : toutes ces troupes étaient sous les ordres du marquis de la Romana, qui entra en négociation avec l’amiral anglais K.eat. Le plan d’évasion étant arreté, les Espagnols s’emparèrent vers le milieu d’août de tous les bâtiments et barques qui se trouvaient clans les eaux de Funen (le petit nombre de troupes danoises stationnées dans l’île étant hors d’état d’y mettre aucune opposition), et à l’aide de ces bâtiments, se transportèrent à Langoland où leurs compatriotes s’étaient déjà rendus .maîtres de la batterie qui commande le port afin d’assurer leur entrée. Ces troupes firent ensuite voile pour l’Espagne, où, réunies à l’armée patriote, elles combattirent pour la liberté de leur patrie.

Pendant ce temps, l’expédition britannique avait

il peut (les places de Santona et de Saint-Sébastien n’étant pas réduites) combiner le long de la côte du nord scs opérations avec celles des troupes de débarquement , pénétrer en Biscaye, couper les communications , et déconcerter le plan d’invasion.

( Note du traducteur. )

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