‹ Histoire D'EspagneChapitre 32 sur 46 · J()6 HISTOIRE · texte numérisé non relu

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la nuit, l’armée française qui ne put emmener ni son artillerie, ni ses bagages. Lord Wellington, dans son rapport, sans fixer précisément la perte des Français, dit que les alliés leur prirent cent cinquanteune pièces de canon , quatre cents quinze caissons , tous les bagages , les magasins , le trésor de l’armée , et un nombre considérable de prisonniers. La perte des alliés fut évaluée à mille quatre cents hommes tués, et quatre mille blessés, dont la plus grande partie était des Anglais.

L’arrière - garde des Français atteignit Pampelune, le juin. Le général Clausel qui, avec un détachement de l’armée du nord, et une division de celle de Portugal , s’était approché de Vittoria le 23 , en apprenant les évènements qui venaient de se passer, se retira sur la Guardia, et ensuite à Logrono.

La croisière anglaise, sur la côte de Biscaye, ayant intercepté les approvisionements de la garnison de Castro, les Français évacuèrent la citadelle de cette ville qui fut occupée par les troupes espagnoles sous les ordres de Mendizabal.

L’armée française se retira, le 20 juin, des environs de Pampelune vers la France, par la route de Roncevaux. Le jour suivant lord Wellington fit investir la citadelle de cette ville. Le général Graham venait , après deux actions très- vives, de s’emparer de Tolosa ; il continua à pousser les Français sur la route de France, les délogeant successivement de poste en

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poste. La garnison du Passage se rendit , le 3o , aux troupes de Longa, et Saint-Sébastien fut bloqué. Les Français ayaut laissé une garnison dans Pancorbo , qui commande la route de Vittoria à Burgos, lord ' Wellington ordonna au comte de l’Abisbal, de se rendre maître de cette place, ce que ce général effectua. Le général Clausel étant resté quelque temps dans les environs de Logrono, les alliés, dans l’intention de le couper, détachèrent une forte division de troupes légères vers Tudéla ; mais ce général , par des marches forcées, les devança à Tudéla , d’où il se retira sur Saragosse, en si bon ordre, que Mina, qui le suivait, n’osa pas l’attaquer.

Telles furent, dans le nord, les suites de la bataille décisive de Yittoria. Les Français n’avaient plus en Espagne de forces respectables que sur la côte de l’est , où le maréchal Suchet se maintenait contre les opérations combinées des Espagnols , du côté de la terre , et des Anglais , du côté de la mer.

Sir John Murray, conformément aux instructions de lord Wellington, avait embarqué, le 3r mai, les troupes sous ses ordres, sur l’escadre anglaise de cette station, et, les ayant débarquées, le 3 juin , avait aussitôt investi Tarragone. 11 avait détaché quelques régiments pour attaquer le fort Saint-Philippe, sur le col de Balaguer , afin de couper la communication de Tortose à Tarragone. Le fort fut enlevé» Sir John Murray reçut alors avis que les troupes françaises se

réunissaient à Barcelone, et que le maréchal Suchet s’avançait de Valence. Il calcula que les troupes destinées à secourir Tarargone s’élevaient à vingt mille hommes : il n’avait à leur opposer que seize mille hommes. 11 se détermina à éviter le combat; et à l’approche des Français, il rembarqua ses troupes, en abandonnant ses canons. « Ainsi, dit le « maréchal Suchet dans son rapport, la première « opération des Anglais , sur une ligne de plus de « quatre-vingt lieues , s’est bornée à prendre un fort « et une garnison de quatre-vingt-trois soldats, com- « mandés par un lieutenant; tandis qu’ils ont perdu « sur la Zucar ou à Tarragone , en tués , blessés et « prisonniers , plus île seize cents hommes , et un « drapeau ; tandis qu’ils ont levé le siège de cette a ville, et abandonné vingt-sept pièces de canon de- « vant une place démantelée et sans fossés , défendue « par une petite , mais très-brave garnison. » Après cet échec , l’expédition de sir Murray retourna à Alicante.

Au commencement de juillet , quoique les Français eussent presque entièrement retiré leur aile droite et leur aile gauche en deçà de leur frontière, leur centre se maintenait encore dans la vallée de Bastan, où ils avaient réuni trois divisions de l’armée du midi. Ils n’en furent délogés que par des forces trèssupérieures, sous le commandement du général Hill, qui, pour cet objet, leva le blocus de Pampelune. Il

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ne parvint à faire évacuer entièrement le territoire espagnol , que par des efforts soutenus et en y perdant beaucoup d’hommes.

Pendant que ces derniers combats avaient lieu sur la frontière de la Navarre, les Français, qui se trouvaient en Aragon , étaient aussi vivement pressés et rejetés sur la frontière de France. Mina, ayant été joint par le général Durant , attaqua , le 8 juillet, dans les environs de Saragosse, le général français Paris, qui se retira après avoir laissé garnison dans une forte redoute. Le général Durant fut laissé pour réduire cet ouvrage, tandis que Mina, à la tête de sa propre cavalerie et de celle de don Julian Sanchez , poursuivit le général français et fît beaucoup de prisonniers. Le général Paris arriva à Jaca, le i4, emmenant avec lui les garnisons de plusieurs places intermédiaires, et rentra en France quelques jours après.

Le maréchal Suchet avait évacué Valence le 5 ; le général Elio y était entré à la tête de la seconde armée espagnole. Le maréchal opéra sa retraite vers le nord.

Les conséquences de la bataille de Vittoria devaient s’étendre bien au-delà des avantages que les alliés en avaient obtenus; il était évident qu’on ne s’arrêterait pas à celui de l’affranchissement du territoire espagnol, et que les Anglais ne manqueraient pas de rendre leurs succès plus utiles encore à la cause des puissances coalisées, en portant la guerre

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en France. Mais lord Wellington , bien impatient sans doute de cueillir de si beaux fruits de sa victoire, était retenu par la nécessité de réduire les places de Saint-Sébastien et de Pampelune, avant de rien entreprendre. L’armée française se ralliait sur la frontière, et il n’y eut pendant près d’un mois que des affaires de poste peu importantes.

L’empereur Napoléon avait reçu , à Dresde , la nouvelle de la perte de la bataille. Il avait alors auprès de lui le maréchal Soult, qui, après avoir réuni son corps d’armée à celui sous le commandement immédiat du roi Joseph , avait de sa personne quitté l’Espagne et rejoint le quartier-général impérial : il reçut l’ordre d’aller prendre le commandement en chef de l’armée des Pyrénées , et se hâta de remplir cette honorable et difficile mission. Il arriva à Bayonne, le 1 3 juillet 1 8 1 3.

L’armée du maréchal Soult fut organisée en douze divisions , dpnt neuf d’infanterie et trois de cavalerie. Son artillerie , malgré les pertes du matériel faites à Vittoria , était belle et nombreuse. La force totale était à peu près de quarante-huit mille combattants.

L’armée alliée, forte d’environ soixante-dix mille hommes, tenait la tête des défilés sur les versants du côté de l’Espagne. Les divisions étaient à même hauteur, autant que le permettait la naturedupays, et communiquaient de l’une à l’autre. Le comte de l’Abisbal , avec un corps espagnol , bloquait Pampe-

Digiiizecrt y -Cougle

lune; et le général Graham, avec un. corps anglais et portugais , pressait le siège de Saint-Sébastien.

Le maréchal Soult se maintint sur l’extrême frontière , par une une défensive active très-habile , jusques à la fin de la campagne. Le détail de ses manœuvres appartient moins à l’histoire des guerres d’Espagne, qu’à celle de la guerre sur le territoire de France. En nous bornant à l’objet spécial de cet abrégé , nous rappellerons seulement la première opération du maréchal , entreprise peu de jours après son arrivée. Il avait réuni à Saint -Jean- Pied-de-Port l’aile droite et l’aile gauche de son armée, et une division du centre avec quelque cavalerie, environ trente-cinq mille hommes. Il attaqua, le a5 juillet , le corps commandé par le général anglais Byng , a Roncevaux. Malgré les renforts de deux divisions de l’armée alliée, le général Byng, voyant qu’il était tourné, se retira. Le même jour, deux divisions du centre des Français attaquèrent le général Hill à Puerto de Maja. Les troupes anglaises se replièrent; ayant été renforcées, elles voulurent renouveler le combat; mais elles furent culbutées de toutes parts. Ces succès déterminèrent les généraux anglais Col et Picton à changer leur position afin de couvrir le blocus de Pampelune. Ces généraux commandaient la a e et la /j* division de l’armée alliée ; et au moment ou ils arrivaient sur la nouvelle position, ils furent joints par lord Wellington. Les

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Français attaquèrent d’abord la droite de la 4* division anglaise, qui était avantageusement placée. Ce poste fut défendu pendant deux jours avec opiniâtreté. La 6 e division de l’armée alliée, à peine arrivée pour renforcer les deux autres fat abordée avec impétuosité. L’action devint générale; on se battit à la baïonnette. La supériorité du nombre des alliés l’emporta; à la fin les Français furent repoussés. A la suite de quelques autres affaires moins sérieuses, lord Wellington attaqua, le 3o, avec toutes ses forces, l'armée française, et la força d’abandonner les positions où elle s’était avancée. Dans aucune circonstance de cette guerre les Français n’avaient montré plus de courage, de discipline, et d’intelligence. La fortune, lassée, les abandonnait , leur valeur n’en était que plus éclatante.

Le siège de, Saint-Sébastien fat l’un des derniers et des plus importants évènements de la guerre d’Espagne. Dès le 17 juillet, le général Graham avait fait attaquer et avait emporté d’assaut le couvent fortifié de Saint-Barthélemy , et un ouvrage avancé. Toutes les batteries ouvrirent leur feu le 20 juillet; et, le 23, une brèche de cent pieds de large ayant été jugée praticable, le feu des assiégeants fat dirigé et concentré pour en pratiquer une seconde. L’assaut fut livré, le a5 juillet, par deux mille hommes d’élite, au signal de l'explosion d’une mine pra-

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tiquée à l’extrémité d’un aqueduc où l’on avait logé trente barils de poudre.

Le général français Rey, qui commandait dans cette place, et qui s’illustra par sa belle défense, soutint et repoussa ce premier assaut : les Français firent un feu si terrible et jetèrent du haut de la brèche et des tours qui la flanquaient une telle quantité de projectiles, que les Anglais, culbutés, écrasés, furent contraints de regagner en désordre leurs tranchées, laissant cinq cents hommes tués ou blessés au pied de la brèche. Encouragés par ce succès, les assiégés firent une vigoureuse sortie, balayèrent la parallèle et emmenèrent dans la place deux cents prisonniers.

Le siège, suspendu jusques au i[\ août, fut repris aussitôt que l’artillerie et les munitions arrivées d’Angleterre donnèrent au général Graham les moyens de le pousser avec plus de vigueur. Quatrevingts bouches à feu furent mises en batterie; la garnison fit encore plusieurs sorties et porta la confusion dans les travaux des assiégeants.

Le 3i août, les différentes brèches étant praticables , le général Graham ordonna l’assaut : les débouchés furent préparés par le jeu de trois mines, qui renversa totalement la muraille : les colonnes d’assaut s’avancèrent sur la brèche, couverte de grenadiers français, qui s’y défendirent vaillamment; après un combat long et sanglant , les assaillants ne

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pouvaient parvenir au sommet de la brèche , parce que la garnison occupait fortement une ligne retranchée en arrière, dont le revers était un escarpement de quinze à vingt pieds , et d’où elle balayait entièrement le sommet de la brèche.

Après une lutte de deux heures, le hasard favorisa les assaillants : ils profitèrent d’un moment d’hésitation produit par l’explosion , en arrière de la brèche, d’une quantité considérable de matières inflammables : le retranchement fut évacué , la garnison se retira dans la citadelle ; et les troupes alliées, traversant les ruines , se précipitèrent dans la ville , qui leur fut abandonnée.

Le brave gouverneur Rey rejeta les propositions du général Graham, et se défendit encore pendant six jours dans le château; il avait perdu deux mille hommes, tués ou blessés; la perte des alliés s’éleva à plus de quatre mille hommes.

Les succès et la ferme contenance du maréchal Suchet dans l’est de l’Espagne ne pouvaient compenser de tels revers, ni servir à les réparer; il évacua Valence, le 5 juillet, et se retira lentement vers le nord ; le général Elio entra dans Valence à la tête de plusieurs divisions de l’armée espagnole. Le maréchal , informé que lord Bentink avait repris le siège de Tarragone , marcha au secours de cette place : il arriva, le 11 août, à Villa-Franca ; lord Bentink, ayant trop peu de forces pour former un

corps d’observation, et hasarder un engagement, leva le siège, et se retira sur Cainbrilles. Le maréchal Suchet fit sauter les principaux ouvrages de Tarragone , et continua sa belle retraite.

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