Tome III
« disaient-ils , était illégitime , nul , et contraire à a toutes les lois. L’autorité de la junte centrale, de « qui la régence de Cadix tirait 9on origine, ne dé- « rivait elle-même que des délibérations tumultueuses « do quelques chefs-lieux de provinces, tandis que les « habitants du Nouveau - Monde n’avaient aucune « part dans l’autorité, qui leur appartenait de droit : « les vrais intérêts du roi et le bien général de la naît lion demandaient une nouvelle représentation de « toutes les provinces, tant de l’ancienne Espagne « que de celles d’Amérique, qui, ainsi que l’avaient « reconnu la régence et la junte centrale, étaient « parties intégrantes çle la monarchie : cependant « dans les ordres de la régence, concernant l’élection « des membres pour compléter la junte centrale , « aussi-bien que dans ceux pour la convocation, il y « avait une partialité évidente en faveur des restes « dégénérés de la nation espagnole. Quelle liberté de « suffrages, quelle égalité devait-on attendre des ca- « bildos américains, corps privés de la confiance pu- « hlique, et uniquement sous l’influence du minis- « tère espagnol ! Accorder à tous les habitants de la « Péninsule le droit de nommer leurs représentants « aux cortès, et restreindre le droit d’election à le- « gard des Américains au simple vote des juntes, « c’était refuser aux habitants des colonies l’influence « due à leur nombreuse population : les habitants de «. Caraccas s’étaient long-temps abstenus d’exprimer «leurs sentiments, dans la persuasion que l’union
d’espagwe.
« de tous les Espagnols était le seul rempart qui « pût préserver la monarchie de l’orage qui la me- « naçait : que pour parvenir à ce but, ils avaient sait crifié leurs propres intérêts et donné au monde « un grand exemple de désintéressement, de patrio- « tisme et de résignation^ Les affaires prenaient « maintenant un aspect différent : la plus grande « partie de la péninsule était occupée par Içs armées « françaises, et la junte centrale dissoute et disper- « sée : que restait-il à foire aux Américains , si ce « n’était de consulter leur propre sûreté et les moyens « de l’établir sur des bases solides (1)? Les habitants « de Caraccas en conséquence du langage qui leur « avait été récemment tenu , des maux qu’ils avaient « soufferts non- seulement de la part de la junte « royale , mais encore de celle des audiences locales , « des tentatives faites pour renverser les lois , avaient « pensé qu’il était de leur devoir de déposer les ma- « gistrats et les autorités nommées par la métropole : « qu’ils invitaient la régence d’Espagne à concerter
(1) Les députés américains assurèrent, au mois de février 1811 , dans l’assemblée des cortès, que le principal motif de l’insurrection était d’empêcher que dans le cas de la conquête de l’Espagne , les Américains ne fussent sous la domination de Napoléon ; et il était très-naturel , ajoutèrent-ils , qu’il en arrivât ainsi, parce qu’il n’était rien que les anciens espagnols ne fissent plutôt que perdre leur prépondérance en Amérique , et leurs relations avec la métropole. *
a avec eux les moyens les plus propres à l’établisse- «ment d’une union solide entre les Espagnols des « deux hémisphères : aucun rapport ne pouvait exis- « ter sans l’égalité des droits et des intérêts. Si « quelques-uns de nos concitoyens de la vieille Es- « pagne, disaient-ils en terminant leur manifeste, « désespérant du sort de la métropole , viennent « chercher un asyle à Venezuela , ils trouveront «parmi nous la plus généreuse hospitalité, et les « preuves d’un attachement désintéressé ( 1 ). »
Le conseil de régence adresse le 6 septembre dans les Indes un manifeste au sujet de Ferdinand VII. Après un éloge pompeux de l’enthousiasme patriotique, de la constance, de la fidélité des braves Espagnols d'Amérique, il y déplore les troubles de Caraccas qu’il attribue à l’influence d’individus ambitieux et turbulents, aveuglés par les maximes et les doctrines politiques qui avaient bouleversé la France, et que Napoléon même avait anéanties avec un bras de fer. «L’héroïque Espagne, quoique malheureuse, « disait la régence, avait les yeux fixés sur ses heu- « reuses provinces d’outre-mer, et le gouvernement « qui était chargé de donner ses soins à toutes les « parties de l’état , espérait que les habitants es- « pagnols de cet hémisphère regarderaient avec lior-
(1) Manifeste de la suprême junte de Caraccas, aui membres de la régence d’Espagne. •
Palais du gouvernement de Caraccas, le 3 mai 1810.
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« reur le funeste exemple donné par la France : le «gouvernement d’Espagne, exerçant l’autorité au « nom du roi , emploierait tout son ‘pouvoir pour « faire respecter les lois, l’ordre, la justice, et con- « server la concorde et la fidélité qui avaient subsisté « pendant tant d’années. Les agitateurs avaient dit « dans les colonies que l’Espagne n’était plus libre, « mais sous la domination d’un étranger; cependant « jamais la guerre n’avait été plus vive et plus éten- « due qu’au moment actuel : jamais le ressentiment « national , la haine et la soif de la vengeance n’a- « vaient été plus envenimés que depuis l’époque de « l’invasion des Français dans l’Andalousie : la terre « semblait produire des patriotes en armes; les sol- « dats espagnols étaient devenus des vétérans par les « revers qu’ils avaient éprouvés , par l’expérience et « par la nouvelle discipline que la nécessité avait « prescrite : cependant* quelle était la force qui avait « préservé l’Espagne au milieu d’une guerre si ter- « rible, d’une lutte si inégale? l’unité du pouvoir « souverain généralement reconnue , et un concert « de volontés individuelles pour la défense d’une si « juste cause; les espérances des Français pour éta- « blir leur domination dans la péninsule, ne reposant « que sur la désunion des parties intégrantes du « royaume , qui pouvait douter dans les Indes de la « légitimité de l’autorité et de l’existence du gouver- « nement représentant Ferdinand VII, gouvernement «qui était non - seulement sanctionné en Espagne
« mais reconnu par le roi de la Grande-Bretagne ,
«celui des Deux-Siciles , le prince régent de Por- « tugal, la Poïte-Ottomane , l’empereur de Maroc et « les autres puissances de Barbarie ; cependant une a bande de démagogues turbulents , sous le prétexte « qu’il n’y avait aucun centre commun de gouverne- « ment en Espagne , avaient proclamé leur indépen- « dance, rompant ainsi les liens qui jusque-là avaient « uni les Espagnols de toutes les parties du monde.
« Celui que l’Europe appelle le tyran du continent ,
« poursuivait-on , ne sera jamais le tyran de l’Amé- « rique , à moins que vous ne lui en ouvriez les portes « en rompant notre union. Mais à quoi servira-t-il « que votre heureuse contrée échappe à la fureur de a ses armes, si elle n’est également en garde contre « ses artifices et ses machinations? soyez assurés que « ce qu’il pourra obtenir, il s’efforcera de le détruire,
« et que ce qu’il ne pourra -opérer par la force , il « cherchera à l’accomplir au moyen d’une alliance;
« tenez pour certain que ce perturbateur des nations - « n’exercera jamais aucun pouvoir sur mer, tant que « l’Angleterre restera debout : cet allié protégera le « pavillon espagnol dans toutes les parties du monde,
« pourvu que nous soyons unis entre nous. L’union « complète et l’intégrité de la monarchie Espagnole « n’est pas moins importante à cette puissance qu’à « nous-mêmes. La province qui voudra se séparer de ce « grand corps, sera l’ennemie de tous et abandonnée « par tous. Sa force et ses ressources se consumeront
d’kspagne.
u eu vain , et ses espérances seront anéanties : la ré- « gence , dans sa sollicitude paternelle vous invite « à vous unir plus fermement que jamais à' la mé- « tropole : liés comme nous le sommes par le sang , « par la religion et le système politique , il est de « l’intérêt des uns et des autres d’ajouter à ces liens « une représentation nationale par la convocation des « cortès , afin de consolider la sûreté et la prospérité « commune. » ,
Tels étaient , en 1810, les prétentions , les vues les arguments dés deux partis; mais à travers leurs protestations univoques d’attachement à la oommune patrie et au roi prisonnier, on apercevait les intérêts opposés qui ne pouvaient plus être conciliés; et il était facile de prévoir quq la séparation était imminente». in i ! •
De son coté, le roi Joseph adressa aux; habitants de l’Amérique espagnole nrie proclamation datée dé Madrid, le 32 mars 1810: ils les invitait à se sou*» mettre et à partager les avantages des nouvelles destinées de l’Espagne, sous son gouvernement. << Mais si vous n’y êtes pas disposés, ajoutait-il ,jè véus conseille de n’avoir aucune relation ævee la régenee rebelle et perfide i aussi bien qu’avec l’Àngleteire; ils n’ont d’autres vues que de vous tromper et dé vous saèrifier à. léur cupidité. Déclarez-vous libres et indépendants de toutes les nations de l’univers» » Joseph envoya aus# par les États-Unis des agents secrets dans les provinces espagnoles. I je conseil de
Il ISTOIRE
régence, instruit de ce fait, expédia aux autorités publiques, dans les Indes occidentales, l’ordre de n’admettre aucun voyageur arrivant par la frontière des Etats-Unis. Don Alinany-Pena, jeune homme de vingt-deux ans, appartenant à l’une des premières familles de Mexico, qui revenait du college, fut pendu, à la Havanne, comme émissaire du roi Joseph. L’on prétendait qu’il était porteur de commissions pour les gouverneurs, amiraux et autres fonctionnaires.
Dans la plupart des provinces , les chefs populaires formèrent des juntes pour établir les rapports nécessaires avec la métropole ; presque toutes reconnurent l’autorité de Ferdinand VII, mais aucune ne reconnut celle de 1^ régence de Cadix. Les gouvernements qui se soumettaient à la régence considéraient comme des rebelles ceux qui ne le faisaient pas. Dans l’opinion des révolutionnaires, le nom de Ferdinand n’était qu’un fantôme qui couvrait l’ambition et le despotisme de ceux qui s’en servaient. Des commissaires furent envoyés de Porto -Rico, Mexico, Cuba, la Guyanne, Monte Video, à la régence de Cadix, avec des assurances de leur attachement et de leuf intention de coopérer sincèrement avec elle pour le soutien de la monarchie ; mais la plus grande partie de l’Amérique espagnole du sud adopta les principes et suivit l’exemple de Caracas. Cette division en royalistes et indépenddlts alluma bientôt le feu de la guerre civile.
La junte de Caraccas avait représenté sa situation et ses projets au gouvernement anglais de l’île de Curaçao, voisine de l’entrée du golfe de Venezuela, en “sollicitant son appui et sa protection. Le gouverneur n’hésita pas à engager une correspondance amicale avec Caraccas; mais dans des circonstances si nouvelles et si importantes , il demanda des instructions en Angleterre pour ^diriger sa conduite. Dans cette crise, le gouvernement anglais jugea nécessaire de faire une déclaration du système d’après lequel il se proposait de se conduire envers les colonies espagnoles. Le comte de Liverpool , secrétaire d’état , de la guerre et des colonies, écrivit en conséquence, le 29 juin i8to, au général Lidyard, gouverneur de Curaçao , « que le premier objet de S. M. , en appre- « nant la révolution d’Espagne, avait été de secona der les efforts d’un peuple brave et loyal pour le « maintien de l’indépendance de la monarchie espa- « gnole dans toutes les parties du monde. Confor- « mément à ces sentiments, et aux obligations de la « justice et de la bonne foi , S. M. devait s’opposer « à toute démarche tendant à séparer les provinces « espagnoles d’Amérique de la métropole en Eu- « rope ; si cependant , nonobstant les désirs et les es- « pérances de S. M., le royaume d’Espagne était con- « damné à se soumettre .à l’ennemi commun, soit « par la contrainte réelle, soit par une convention « qui ne lui laisserait que l’ombre de l’indépen- « dance , S. M. croirait de son devoir de donner toutë
IMSTOinE
a espèce d'assistance'aux provinces d’Amérique qui se « rendraient indépendantes de l’ Espagne-Française ,
« offriraient un asile à ceux des Espagnols qui dédaio gnent de se soumettre à leurs oppresseurs, regar-* a doraient l’Amérique comice leur refuge naturel, et « conserveraient les restes de la monarchie à leur « souverain législateur, si jamais il recouvrait la li- « berté. 11 était satisfaisant pouf S. M. d’apprendre « que ce qui s’était passé à Caraccas «tait en grande a partie l’effet de l’impression érronée que les habi- « tans avaient reçue 3ur l’état désespéré des affaires « d’Espagne. Ces craintes étant dissipées, il était na- « turel de penser que les habitants de Caraccas se- « raient' disposés à renouveler leurs relations avec « l’Bapagne, comme parties intégrantes de l’empire,
« et par l’envoi des députés aux cortès générales du « royaume. »
La régence de Cadix fit publier et afficher cette lettre du comte de Liverpool, et les journaux espagnols la répandirent à plusieurs reprises dans tou* tes les parties de la péninsule.
Comme une armée portugaise , forte de dix mille hommes, avait été mise en marche pour les frontières des colonies espagnoles, les indépendants soupçonnèrent qu’il y avait une négociation secrète pour appuyer les prétentions de la princesse du Brésil sur tout le pays compris entre la Porana et la P lata , en échange des îles de Madère et de Sainte-Catherine. Mais ces craintes furent dissipées par une lettre de
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lord Strangford, ministre britannique près la cour du Brésil , à la junte de Buenos-Ayres.
En 181 1, tandis que l’ancienne Espagne soutenait une lutte sanglante pour le maintien de son indépendance , ses colonies , au-delà de l’Atlantique , étaient plongées dans les horreurs de la guerre civile. Un parti prit avantage de la situation de la métropole pour proclamer l’indépendance; l’autre résistait à la violation de la foi jurée. Les créoles ou les indigènes américains de sang espagnol, qui avaient long-temps gémi sous les indignités auxquelles ils étaient exposés par le système politique adopté à l’égard des colonies, se jetèrent dans le parti des indépendants ; les natifs d’Espagne et ceux qui étaient dépendants des autorités et profitaient du monopole du commerce, soutinrent la cause de la métropole. Ainsi que dans l’ancienne querelle entre l’Angleterre et ses colonies, les partisans du système établi prirent le nom de royalistes , et donnèrent à leurs adversaires celui de rebelles.
Des exécutions sanglantes , dont l’objet avait été de prévenir ou de déjouer entièrement les projets des révolutionnaires , ayant eu lieu à Quito, au mois d’août 1810 , l’on découvrit quelles avaient été concertés avec le vice-roi de Santa-Fé. Il fut , en conséquence, arrêté par ordre de la junte de cette province, jugé, condamné et exécuté. Don Félix Callejas , par une dépêche à don Francisco Vénégas , vice-roi de la
Nouvelle-Espagne, rendit compte de la défaite et de la dispersion des insurgés de ce royaume. 11 les avait attaqués près d’Alculca , le 7 novembre , les avait mis entièrement en déroute, avait pris leur artillerie, et fail un grand nombre de prisonniers. Après cette bataille, il publia une proclamation par laquelle il offrait une amnistie à tous ceux qui abandonneraient les bannières de l’insurrection et rentreraient dans leurs foyers. Cette promesse , qui fut confirmée par le vice -roi, ne produisit pas l’effet qu’on s’en était promis. Les troubles éclatèrent avec violence dans la ville de Guanaxuato. Le gouvernement ordonna. que tous les individus pris les armes à la main seraient mis à mort : cette mesure augmenta le feu de l’insurrection/
Une action d’une plus grande importance eut lieu le 17 janvier 1811, au pont de Calderon près de Zapotelnejo. Le général royaliste Callejos, après une vive résistance, s’empara du camp des insurgés, défendu par plus de quatre-vingt mille hommes et unfe nombreuse artillerie. Ce combat , un des premiers où les indépendants se battirent en ligne , fut trèsopiniâtre ; et quoique défaits par la supériorité de la discipline des troupes réglées , ils se retirèrent en bon ordre et avec la presque totalité de leurs forces. L’armée royaliste , après ce succès , entra à Guadalaxara où les indépendants , quelques jours auparavant, avaient massacré tous les Européens. Plusieurs
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échecs successifs éprouvés par les insurgés, firent que, vers la fin de février, l’insurrection était presque éteinte au Mexique.
* Dans la province de Venezuela ou de Caraccas, la guerre civile, poussée avec violence , eut une issue toute opposée. Dans le mois de décembre, le parti indépendant, dirigé par la junte de Caraccas, fit une attaque par terre et par mer contre Coro , et fut repoussé. Le général Miranda, parti d’Angleterre pour retourner dans l’Amérique du sud sa patrie, commença alors à jouer un rôle principal dans le parti des indépendants qui lui confièrent le commandement en chef. Ils croyaient déjà leur autorité si bien affermie, que le 5 juillet, les représentants des provinces de Caraccas , Cumana , Barinas , Margarita , Barcelone, Mérida et Truxillo, réunis en congrès, publièrent une déclaration d’indépendance, rédigée d’un style aussi énergique que la célèbre déclaration du congrès de l’Amérique septentrionale. « Il est con- « traire, disaient-ils, à l’ordre de la nature, il est
' « impraticable relativement au gouvernement d’Es- « pagne, que des territoires beaucoup plus étendus, « et une population incomparablement plus nom- « breuse , soient soumis à un pays qui n’est qu’un « angle péninsulaire du continent d’Europe. » Ils concluaient, en déclarant solennellèment à l’univers , que ces provinces-unies étaient , à dater de ce jour , par le fait et le droit , des états libres , souverains et indépendants ; qu’ils "étaient dégagés de
toute soumission et servage envers la couronne d’Espagne , et toute autorité qui pourrait la représenter; qu’ils avaient plein pouvoir pour adopter telle forme de gouvernement qui serait conforme à la volonté générale de ses habitants , pour déclarer la guerre, faire la paix, former des alliances ,* etc. Cette déclaration était signée par les représentants au nombre de quarante-un , et était suivie d’un décret du pouvoir exécutif suprême , qui ordonnait sa et sa mise à exécution.
Le général Miranda, en prenant le commandement , pensa qu’une de ses premières opérations devait être de réduire la ville de la nouvelle Valence qui tenait pour la métropole : il l’attaqua et réussit à y entrer avec ses troupes , mais elles en furent expulsées par un feu très-vif, dirigé contre elles du haut des maisons. Il renouvela son attaque, et, le 18 août, les approches de la place ayant été faites d’une manière régulière, le général obligea les habitants à se rendre à discrétion, et livra la ville au pillage.
C’était surtout dans la vice- royauté de Buénos- Ayres que se passaient les évènements les plus intéressants. Cette capitale et la plus grande partie de la province avaient adopté la cause de l’indépendance, tandis que Mori te -Video, à cause de ses rapports immédiats avec Cadix, s’était formellement engagé à soutenir l’autorité de la métropole. L’amiral anglais de Courey , à son arrivée dans la rivière , en octobre
publication
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1B10, fut sollicité par le gouverneur de Monte- Video de fjire cause commune avec lui contre la junte de Buenos-Ayres. L’amiral s’y refusa ; il avait ordre de ne point se mêler en aucune manière de la querelle entre l’Espagne et ses colonies ; et ce fut avec difficulté qu’il amena le gouverneur à lever le blocus de laPlata, en ce qui concernait les navires anglais.^
La junte de Bùeftas-Ayres reçut , le 19 décembre, un parlementaire de Monte -Video ,, qui lui annonçait la réunion des cortès d’Espagne à Cadix. Dans sa réponse , la junte renouvella ses protestations de fidélité au roi Ferdinand; elle avait cependant, peu de jours avant, déclaré son intention de maintenir son indépendance locale , en décrétant qu’à dater de ce moment, aucun tribunal, corporation ou chef civil , militaire ou ecclésiastique, ne pourrait conférer d’emploi public à toute personne qui ne serait pas née dans ces provinces. Par une explication subséquente , elle fit connaître que ce décret n’était pas applicable aux Espagnols européens qui n’étaient pas opposés au gouvernement , et qui , en conséquaJpe, devaient jouir des mêmes droits et privilèges que feurs frères d’Amérique.
Elio, le nouveau vice-roi , homme énergique, publia, dès sou arrivée à Monte -Video , au mois de mars , une proclamation par laquelle il ordonnait la saisie et la confiscation de tous les bâtiments qui tenteraient d’entrer à Buenos-Ayres , et d’en sortir postérieurement au 1 5 avril. Son escadre était supérieure
à la flotille de la junte, et il maintint sévèrement les dispositions de son arrêté. Le capitaine rflu navire anglais le Porc-Epic tenta vainement d’obtenir une exception pour les bâtiments de sa nation.
La situation de Buenos-Ayres devint alors si pénible, qu’il n’y eut d’espoir que dans les armes. Une ^ritiée, sous les ordres d’Artigas, fut envoyée pour mettre le siège devant Monte -Video. Dans une action qui eut lieu le 18 mai , Elio fut dé^it et obligé de se renfermer dans la ville; toutefois, profitant de sa supériorité navale, il fit resserrer le blocus de Buenos-Ayres. Dans cette extrémité, la junte implora l’intervention de lord Strangford , ambassadeur britannique à la cour de Brésil. Ce ministre, après avoir déploré les effets des dissensions existantes , offrit la médiation du gouvernement anglais, à condition que les parties belligérantes levassent réciproquement leur blocus , l’une par terre et l’autre par mer. Une seconde médiation fut également offerte à la junte par le ministre portugais de Rio-Janeîro, où lesÇirogrès de l’indépendance américaine étaient regardés avec beaucoup d’inquiétude et de jalousie ; ces médiations furent refusées.
Voici quelle était, au mois de juin 1 81 1, la situation des provinces espagnoles d’Amérique du sud: Le Paraguay s’était déclaré indépendant, et s’était placé sous l’autorité de la junte de Buenos-Ayres; toute la partie orientale de la Plata jusqu’aux frontières du Brésil , s’était déclarée pour le même parti.
Le cabildo de Lima avait demandé à Castelli , général de Buenos- A yres, un armistice de quarante jours pour discuter et fixer les principes de son gouvernement. Le Chili, encore tranquille, était gouverné par sa propre junte qui avait envoyé des secours à Buenos-Ayres, et ouvert ses ports sur l’océan Pacifique au commerce de toutes les nations. Le président Valdivia , Espagnol de naissance , venait de faire une vaine tentative pour renverser l’autorité de la junte du Chili. Les troupes qu’il avait séduites furent défaites; lui-même fut pris et exécuté.
Cependant l’escadre de Monte-Video parut, le i5 juillet, devant Buenos-Ayres , et commença un bombardement qui cauti plus d’alarme que de mal. La junte s’empara de plusieurs des bâtiments de< commerce anglais mouillés dans le port; et les équipages, attirés par l’espoir du butin, prirent du service pour les indépendants. Le capitaine anglais Leyevood , qui voulait garder une stricte neutralité entre les Belligérants , réclama ses marins et ses vaisseaux qui lui furent rendus. Aucun des deux partis netant assez puissant pour dicter la loi , on ouvrit une négociation pour faire cesser les hostilités. La situation des affaires demeurÿ dans le même état qu’avant l’appa-i ritiôn de la flotte du général Elio; mais les progrès de l’insurrection, malgré quelques succès des royatlistès, s’étendaient de toutes parts.
- La junte des provinces unies de la Plata, afin de rêtWre les Indiens favorables à sa cause , décréta le
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