‹ Histoire D'EspagneChapitre 6 sur 46 · D ESP A GM E · texte numérisé non relu

D ESP A GM E

Tandis que le ministre de la guerre contribuait avec un si fatal succès à la destruction des armées espagnoles, l’empereur des Français poussait ses opérations militaires avec une vigueur et une étendue de moyens, proportionnées à l’activité de son génie et à la grandeur de sa puissance. Divers rapports s’accordent à évaluer les forces françaises stationnées sur l’Ebre, au mois d’août, à quarantecinq mille hommes, et les différentes garnisons à treize mille. Suivant une lettre interceptée du gouverneur de Bayonne au maréchal Jourdan , soixantedouze mille hommes devaient entrer en Espagne par la voie de Bayonne, du 16 octobre au j6 novembre. Vers le même temps, treize mille hommes, en grande partie Italiens, arrivèrent en Catalogne; et la division de Junot , forte de trente mille

naît, à ces soupçons injurieux, la fierté anglaise blessée de ne pas commander dans les conseils comme dans les camps espagnols. Des auxiliaires si puissants donnaient sans doute de l’ombrage aux cortès. Mais avant d’accuser de trahison et d’impéritie- ceux qui poussaient au devant des Français ces masses indisciplinées, il serait juste de prendre en considération la position dans laquelle se trouvaient ces chefs d’un gouvernement qui n’avait point d’autorité légale. Auraientils inspiré à la nation la confiance qui lcnr était nécessaire si, en agissant avec plus de circonspection, en se tenant sur la défensive, ils avaient laissé refroidir l’enthousiasme et l’indignation'du peuple contre l’invasion de l’étranger? Ce terrible ressort des passions populaires, une fois mis en jeu, ne se manie pas avec: tant de prudence.

( Note du traducteur. )

hommes, se mit en campagne vers le commencement de décembre. Toutes ces forces forment un total de cent soixante-dix-sept mille hommes; et, d’après divers rapports, il y a lieu de croire qu’indépendamment de ces troupes, d’autres corps Français entrèrent à différentes époques dans la Péninsule; de sorte qu’il paraît que toutes les forces que Napoléon employa à subjuguer l’Espagne, étaient d’environ deux cent mille hommes (i).

La défaite des trois armées espagnoles aux ordres de Belvedere, Blake et Castanos, avait placé le général anglais dans une situation critique. Au lieu d’être joint par soixante à soixante-dix mille hommes, comme il s’y était attendu dans le principe, il ne put opérer sa jonction ni ouvrir de communication avec aucune des armées espagnoles, qui, dans l’état de dispersion où elles se trouvaient alors, n’existaient réellement plus. 11 avait de bonne heure prévu la nécessité d’une retraite, et il était dans l’intention de se porter sur le Portugal; mais, au milieu des renseignements qu’on lui donnait sur

(i) Cette évaluation est à peu près exacte, si l’on y com-’ prend les régiments de marche formés avec les conscrits

destinés à recruter les corps Le nombre des troupes qui

défilèrent par Bayonne après la retraite du roi Joseph sur l’Èbre et avant l’entrée de Napoléon en Espagne, ne s’éleva guère au-dessus de quarante mille hommes. L'armée du Portugal, rentrée en France en vertu de la capitulation du général Junot, n’était que de vingt mille de toutes armes.

( Note du traducteur. )

d’ ESPAGNE. 4q

l’état désastreux des affaires, les sollicitations pressantes de la junte et de l’ambassadeur anglais le détournèrent de son dessein , et le tinrent en suspens relativement à ses opérations futures.

Cependant l’empereur des Français était entré en Espagne, et, ayant pris en personne le commandement de ses armées, il dirigea toutes ses forces vers Madrid. Le 3 o novembre, au point du jour, le duc de Bellune, à la tête d’une de ses divisions, se présenta au pied de Somma-Sierra (r). Une division espagnole, forte de treize mille hommes, défendait le passage de la montagne couverte de retranchements garnis de seize pièces de canon dans le défilé de la Puerta : elle se croyait inexpugnable dans cette position ; cependant les généraux français Sénarmont et Montbrun firent une vigoureuse attaque sur ce poste important, qu’ils emportèrent après une courte résistance. Les Espagnols perdirent tous leurs canons, dix drapeaux, leur caisse militaire et deux cents fourgons chargés de bagages. La plupart de leurs officiers et un grand nombre de soldats furents faits prisonniers : le reste se sauva , jetant ses armes et se dispersant dans les montagnes.

(i) Le passage de Somma-Sierra, qui commande en grande partie celui de Guadarama, est situé entre la Vieille et la Nouvelle-Castille. Durant neuf mois de l’année, un hiver de Sibérie règne sur ces montagnes. La route de Madrid à Somma-Sierra est une des plus magnifiques de l’Espagne.

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