‹ Histoire D'EspagneChapitre 7 sur 46 · Tome III · texte numérisé non relu

Tome III

B ISTOIR F.

Rien ne s’opposait plus à la marche des Français sur Madrid : en effet, trois jours après cette action , l’empereur prit position sur les hauteurs qui commandent cette capitale. Il y avait , en ce moment, à Madrid un grand nombre de paysans armés, rassemblés de différents points, six mille hommes de troupes de lignes, avec une centaiuc de pièces de canon : soixante mille hommes au moins se trouvaient sous les armes, et les cloçhes de toutes les églises sonnaient continuellement le tocsin. Mais tandis que la capitale de l’Espagne présentait cet aspect formidable de défense, l'anarchie la plus complète régnait dans l’intérieur de la ville. Res autorités légitimes étaient méprisées, et le principal pouvoir résidait dans les mains de la populace. Des soupçons de trahison concouraient avec la tyrannie démocratique à augmenter le désordre. Le marquis de Pérulès, qui avait jusque-là joui de la confiance du peuple, fut accusé d’avoir mis du sable dans les cartouches, et à l’instant étranglé. U fut décidé que les cartouches seraient refaites, et trois à quatre mille moines furent employés à ce travail au Retiro. Il fut ordonné que les palais et les maisons resteraient ouverts, afin de fournir des vivres à discrétion.

Tel était l’état de Madrid quand le maréchal duc d’Istrie fut envoyé pour sommer cette ville. Toutes les apparences indiquaient la tyrannie de la multitude. Le général espagnol se présenta aux postes avancés

pour répondre à la-sommation : il était accompagné par quarante hommes de la populace qua leur vêtement, à leurs regards, à leur langage, on eût pris pour des assassins : ces misérables dictaient les réponses du général qui les écrivait en leur présence, et les leur donnait ensuite .à vérifier. L’aide-decamp que le duc d’Istrie avait envoyé dans la ville fut saisi par la populace, et aurait été massacré si les troupes de ligne ne l’eussent pris sous leur protection. Un jeune boucher d’Estramadure qui commandait à l’une des portes eut l’audace de demander que le duc d’Istrie vînt lui - même en ville les yeux bandés ; et le général Montbrun qui témoigna son indignation de cette proposition insolente, put à peine échapper à la fureur de la multitude.

Comme il était évident que les propriétaires de Madrid étaient sans influence, et que tout ne se faisait qu’au gré d’une populace féroce, une conciliation devenait absolument impossible. L’empereur des Français employa la soirée à faire des reconnaissances et à former un plan d’attaque : à sept heures, arriva une division du duc de Bellune : il faisait un clair de lune extrêmement brillant. L’empereur ordonna aux généraux de brigade, Maison et Lauriston, de s’emparer des faubourgs : les tirailleurs se rendirent d’abord maîtres de quelques édifices, et particulièrement du grand cimetière. Le duc de Bellune employa toute la nuit à placer son artillerie dans les postes indiqués pour l’attaque.

A minuit, un officier espagnol 1 , fait prisonnier à Somma-Sierra , et porteur d’une dépêche, fut envoyé dans la ville en parlementaire. Le général de brigade Sénarmont ayant commencé une vive canonnade avec quarante pièces d’artillerie, ouvrit une brèche dans les murs du Retiro, et en moins de quinze minutes, mille hommes postés sur ce point pour sa défense furent passés au fil de l’épée. Le palais du Retiro , les postes importants de l’observatoire , de la fabrique de porcelaine, de la grande caserne, l’hôtel de Médina-Cœli furent emportés, tandis qu’une fausse attaque faite avec vingt pièces de canon attirait d’un autre côté l’attention des Espagnols.

Cependant l’agitation et le désordre qui régnaient à Madrid étaient portés à un point qu’il serait presque impossible de concevoir : les rues étaient coupées de tranchées profondes ; on avait formé des barricades avec des balles de coton , élevé des parapets sur le sommet des maisons : ceux des habitants qui désespéraient du succès de la résistance, fuyaient dans la campagne : d’autres craignant le pillage dont les menaçait la populace, désiraient céder et recevoir les Français : les étrangers, et ceux qui n’avaient rien à perdre, voulaient qu’on tînt jusqu’à la dernière extrémité , et obligeaient les troupes de ligne à continuer le feu.

Mais quelque plan de défense qu’eût pu former cette multitude anarchique, il était devenu absolu»

ment inutile ; car une fois maître du Retira , on l’est toujours de Madrid. Cependant on continuait les négociations. Le 3 décembre , à neuf heures du matin, le parlementaire revint de la ville : vers onze heures, l’empereur ordonna de cesser le feu; et à cinq heures de l’après midi, don T. Morla et don Bernado d’Iriate arrivèrent au camp : ils ne dissimulèrent pas que la continuation de la défense serait insensée ; mais ils ajoutèrent en même temps que la populace et la quantité d’étrangers qui se trouvaient dans la ville , se croyant en état de faire une résistance efficace , s’opposaient à toute capitulation. L’empereur répondit à ces officiers, que si la ville n’était pas rendue le lendemain à six heures du matin , eux et leurs troupes seraient passés au fil de l’épée. Cette menace jointe aux pertes du jour précédent frappa de terreur la multitude. Durant la nuit, les plus turbulents prirent la fuite : le 4 décembre, à six heures du matin, Madrid ouvrit ses portes : les Français en prirent possession : Napoléon accorda un pardon général, et la tranquillité se trouva ainsi rétablie.

La reddition de Madrid a été attribuée à la trahison de don T. Morla et du prince de Castel-Franco. Il n’est cependant pas probable que cette capitale qui était sous l’influence d’une populace f évolutionnaire, eût pu opposer une résistance efficace aux armées françaises. Il n’est pas nou plus surprenant que les nobles et les propriétaires aient préféré la

capitulation de la ville aux horreurs de la licence populaire et aux dangereuses conséquences d’un assaut : cependant quelques parties de la conduite de ces deu* personnages , soit envers leurs propres généraux, soit envers les généraux anglais, sont loin de tendre à les disculper des reproches d’un dessein formé de ruiner la cause nationale pour s’assurer pour eux-mêmes la faveur de l’empereur des Français.

Les succès de l’ennemi avaient placé le général Moore dans une situation extrêmement critique , et le défaut d’avis où il était sur ces événements faillit à entraîner la ruine de son armée : il était depuis Jpng-temps pressé à la fois par la junte et par l’ambassadeur d’Angleterre 3. H. Frère, de s’avancer jusqu’à Madrid : rien cependant ne put le décider à hasarder une telle démarche. Le a décembre encore , jour où les Français investirent Madrid , le général anglais reçut de don T. Morla et du prince de Castel-Franco l’invitation pressante de se porter rapidement à la capitale, où, s’il eût adopté cette mesure, son armée aurait été entièrement détruite (i).

Mais une des circonstances les plus frappantes et en même temps les plus embarrassantes concernant ces affaires , était le manque absolu de nouvelles qui se faisait remarquer de toutes parts. Dé-

fi) La junte s’était, à l’approche des Français, retirée à Talaveyra, de là à Trusillo, ensuite à Mérida, et en dernier lieu à Séville.

puis le moment de l’entrée du général anglais en Espagne , on ne lui avait fourni aucun moyen d’ouvrir et d’entretenir des communications avec aucune des années espagnoles : on s’était même étudié à le tenir dans une ignorance complète de leurs mouvements, du plan des généraux, des ressources du gouvernement. Les efforts de la junte pour tromper ses alliés par un tableau exagéré des forces nationales et militaires, sont partout frappants : il est singulier que la première nouvelle de la prise de Madrid fut reçue par le général anglais au moyen d’une lettre de M. Frère , datée de Mérida , le 1 4 décembre , lettre qui ne lui fut remise que le 22 , quoiqu’elle eût paru dans le Moniteur de Paris du i 4 et dans les journaux de Londres du 19. L’ambassadeur s’était en effet depuis long -temps plaint à la junte de son système de mystère et de duplicité ; mais la conduite subséquente de cette assemblée nous a suffisamment prouvé que les remontrances de cet ambassadeur n’avaient pas répondu à son attente. Au surplus, la junte ne pourra jamais être disculpée du reproche d’inactivité à se procurer des nouvelles, et la postérité lira avec étonnement qu’aussi tard que le i 3 décembre le gouvernement espagnol ignorait la prise de la capitale (1).

Madrid étant soumis, l’empereur prit la résolu-

(1) Tel fut bien en effet le plan de Napoléon. Il avait

tion de ne pas laisser aux Espagnols en déroute le temps de se rallier ; mais au contraire de compléter la dispersion de leurs troupes, et de pénétrer, avec célérité, de la capitale aux extrémités du royaume : à cet effet, il forma et commença d’exécuter un vaste plan d’opérations. Le maréchal Bessières se

dans toutes ses guerres reconnu l’importance de la conquête de capitales, et n’avait pas encore éprouvé que par la conformation et l’état physique de l’Espagne , Madrid était l’exception à la règle qu’il s’était faite ; règle qui fut démentie à Moscow par des accidents extraordinaires, et qui, dans la suite, ne se vérifia que trop à Paris. Lorsqu’il porta à Madrid la meilleure partie de son armée , il ne s’attendait pas à être si promptement obligé de la reporter vers le nord. Il croyait que l'armée anglaise déboucherait du Portugal dans l’Estramadure; il avait laissé le maréchal Soult avec un corps de douze mille hommes seulement en observation au camp de Carrion, sur la frontière du royaume de Léon, pour contenir la division du marquis de la Romana et les débris du corps de Blake battu à Espinosa et de celui qui avait été dispersé à Burgos. Il ne fallait pas moins que la vigueur et l’activité du duc de Dalmatic pour couvrir avec si peu de forces la ligne d’opération prolongée sur Madrid , et les communications avec la France.

Par un hasard singulier , le même défaut d’information avait affermi l’empereur dans ses conjectures sur la direction de l’armée anglaise vers l’Estramadure , et donné au général Moore, qui la commandait, la confiance de s’avancer de Salamanque dans la province de Valladolid. Il devait y rallier les dix mille Anglais débarqués à la Corogne sous les ordres de sir David Baird, et les rorps de la Romana et de

mit à la poursuite des débris de l’armée du centre sur la route de Valence ; le duc de Trévise s’avança contre Sarragosse ; le duc de Dalmatie eut ordre de soumettre le royaume de Léon ; le duc de Bellune prit possession de Tolède, et le duc de Dantzick marcha versBadajoz, tandis que l’empereur se tenait prêt à soutenir de Madrid ces divers mouvements , et à compléter, en se portant de sa personne aux. lieux où sa présence serait nécessaire , l’efttière soumission de l’Espagne (i).

Le général anglais commença alors à être convaincu de la nécessité d’opérer sa retraite d’un pays qu’il regardait comme conquis. Ses vues sur l’état des choses en Espagne avaient toujours été absolument différentes de celles de l’ambassadeur. Ce dernier avait la plus haute opinion de l’enthousiasme de toutes les classes du peuple , et avait témoigné

Blake. Ces forces étant réunies , le général Moore se trouvait avec une armée de cinquante mille hommes sur le flanc droit et sur les derrières de l’armée française; si Madrid tenait encore , il pouvait y marcher par Ségovie; et s’il n’était plus à temps de dégager la capitale, il pouvait rejeter le maréchal Soult au-delà de l’Ebre, couper à Burgos la ligne d’opération de l’empereur, et même, si les circonstances le favorisaient, il pouvait aller débloquer Sarragosse.

. (Note du traducteur.)

(i) Le 19 décembre au soir, le marquis de la Bomana reçut des lettres de la junte datées du i3, qui l’informaient que Madrid tenait encore. (Voy. une lettre du marquis de la Romana à sir J. Moore, p. a4o.)

ie désir que l’armée anglaise s’avançât au centre de l’Espagne ; mais , dans le cas où une nécessité absolue forcerait à renoncer à ce but , il avait recommandé une retraite sur la Corogne de préférence au Portugal (i). Après que le général Moore fut complètement assuré de la prise de Madrid, il quitta Salamanque , et à son arrivée à Majorga le uo décembre, il fut rejoint par sir David Baird, qui avait sous ses ordres les troupes anglaises débarquées à la Corogne, montant à dix mille sept cent vingt-

(i) Maître de Madrid , Napoléon , qui croyait l’armée anglaise plus éloignée sur les frontières du Portugal , soupçonnait si peu la possibilité d’une telle opération sur ses derrières , qu’il avait ordonné de faire filer sur Ségovie , à mesure qu’elles arriveraient à Bttrgos, les divisions du corps du général lunot, qui, revenant du Portugal, rejoignaient en Espagne.

La vigilance et l’activité du maréchal Soult prévinrent les conséquences du mouvement inattendu du général Moore. Dès qu’il l’eut bien reconnu , il replia ses avant-gardes, déjà attaquées par celles de l’armée anglaise. En même temps, il fit changer par l’aide-major-général de l’empereur, resté à Burgos pour diriger la marche des troupes, celle des divisions de Junot, et d’une forte division de cavalerie qui sc portait sur Ségovie. La seule apparition de ces forces à Palencia et sur la rive gauche de la Puyserga arrêta le général Moore. Napoléon, promptement averti, changea l’instant même ses premières dispositions, et marcha, de sa personne , avec ses réserves et le corps du maréchal Ney , par la Guadarama et Ségovie sur Bénévent, dans l'espoir d’engager l’armée anglaise , et de lui couper la retraite.

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(leux hommes. Sir J. Moore ayant concerté avec le marquis de la Romana une attaque contre le duc de Dalmatie , dont les forces étaient à peine égales à celles de l’armée anglaise , s’avança à Sahagou ; mais l’empereur des Français, qui avait jusque-là supposé que le général Moore se retirait vers le Portugal , avait alors découvert tous ses desseins (1); il expédia en conséquence ordre au duc de Dalmatie de se retirer et d’attirer les Anglais vers Burgos , ou aussi loin à l’est que possible , et de pousser un corps vers Léon sur leur flanc gauche. Le duc d’Abrantès , dans le même temps , s’avançait de Burgos à Placentia et menaçait leur droite. Le duc de Dantzick qui était arrivé jusques à Arzo-Bispo, en poursuivant le général espagnol Galuzo , eut ordre de s’arrêter et de marcher sur Salamanque : le duc de Trévise, en marche pour Sarragosse , reçut en même temps contre-ordre, et Napoléon en personne, à la tête de son principal corps d’armée, s’avançait directement de Madrid sur Bénévent : ainsi toutes les forces françaises disponibles en Espagne , formant un croissant irrégulier , se trouvaient en marche sur différents rayons pour envelopper l’armée anglaise.

Cependant, tout ce plan fut pénétré par le général Moore, qui, jugeant impraticable sa jonction

(1) Voyez une lettre interceptée du prince de Neufchàtcl au duc de Dalmatie, datée de Chamartin, 18 décembre.

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avec la Romana, commença le a 4 décembre sa mémorable retraite de Sahagon sur la Corogne (i). L’empereur s’était mis en mouvement de Madrid, dès le 18 décembre, à la tête de trente-deux mille hommes d’infanterie et de huit mille de cavalerie : l’avant-garde de cette cavalerie traversa Tordesillas le a4, le jour même où l’avant-garde anglaise quittait Sahagon (2). Tout ce corps d’arinée se dirigea sur Bénévent : la retraite et la poursuite furent ainsi continuées jusqu a Astorga, où le général Moore ayant été de nouveau rejoint par le général Baird toute l’armée anglaise se trouva réunie ( 3 ). L’em-

(1) Le plan ne fut point pénétré par le général Moore ; il n’y avait pas de plan arrêté d'avance. Ce fut une combinaison improvisée, à l’exécution de laquelle durent naturellement concourir le corps du maréchal Soult et celui du duc d’Abrantès, d'après leurs positions respectives : et si le général Moore eût en effet , comme on le dit ici , médité sa retraite, il 11e se serait pas inutilement engagé si avant. II fut surpris de se trouver tout à coup presque enveloppé par des forces supérieures ; il aurait été atteint et forcé de combattre dans la position la plus fâcheuse , si le désastreux passage de la montagne du Guadarama n’avait retardé de deux jours la marche de l’empereur Napoléon et son arrivée sur le Duero.

( Note du traducteur.')

(a) Le marquis de la Romana fit dans le même temps sa retraite en grand désordre; mais tint cependant encore à la tète de quelques petits corps de troupes en Galice.

(3) Il parait que la totalité du nombre effectif des troupes qui entrèrent en Espagne sous les généraux Moore et Baird

n ESPAGNE.

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pereur des Français, à son arrivée à Astorga, fut rejoint par le duc de Dalmatie, et l’armée française sur ce. point s’élevait alors au moins à soixante-cinq mille hommes (i). Napoléon, frustré dans son espoir de trouver l’armée anglaise à sa portée, fit halte, et chargea le duc de Dalmatie auquel se réunit le duc d’Abrantès, d’achever la poursuite.

Le général anglais continua avec la plus grande rapidité sa retraite à travers la Galice; mais non sans éprouver une perte de près de sept mille hommes , principalement causée par la misère et la fatigue , indépendamment d’une grande quantité de bagages et d’un nombre considérable de chevaux. Jusqu’à ce que l’armée anglaise eût atteint la Corogne, les Français ne cessèrent de harceler son arrière-garde. Le 1 6 janvier 1 809 , les forces anglaises eurent sous les murs de cette ville avec l’armée ennemie , supérieure en nombre , un engagement où celle-ci fut défaite (2). Cette victoire assura l’embar-

était de vingt-neuf mille trois cent cinquante hommes; mais on dit qu’après la réunion de ces deux généraux, ces forces n’excédaient pas vingt-cinq mille hommes. ( Voy. la Campagne d’Espagne , page a36.)

( 1 ) Les autres corps d’armée aux ordres des ducs de Trévise et de Dantzick n’étaient pas arrivés.

(a) L’armée anglaise combattit vaillamment sous les murs de la Corogne après une retraite désastreuse. Si elle eût défait le corps d’armée du maréchal Soult, elle n’aurait pas

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queinent, mais elle ne lut obtenue qu’avec la perte ilu brave général Moore, et de plusieurs autres officiers de mérite : le général Baird , officier également distingué, ayant reçu au bras une blessure qui nécessita de suite l’amputation, le commandement de l'armée fut dévolu au général Hope, qui compléta la défaite de l’ennemi (i).

Ainsi se termina une expédition dont l’Espagne et l’Angleterre attendaient un résultat tout différent. C’est à la confiance des Espagnols dans leurs forces, à la négligence et aux jalousies mutuelles de leurs chefs qu’il faut attribuer la cause de ce revers. Si l’on eût suivi un système différent, l’ennemi aurait, selon toute probabilité, été forcé d’évacuer le pays ; mais l’on avait perdu , par une suite de mauvaises opérations , l’occasion favorable d’expulser les Français et de s’assurer les passages des Pyrénées :

été forcée de s’embarquer avec tant de précipitation et de confusion, à l’abri de ces mêmes murs, mais sous le canon des Français. C’est par trop abuser des mots que d’appeler une victoire ce résultat d’une expédition manquée; et la triste , mais honorable retraite des débris d’une armée qui, dans cette déplorable position, combattit avec le courage du désespoir, fut surtout illustrée par le dévouement et la perte du brave général Moore et la blessure presque mortelle du second chef de l’expédition , le général Baird.

( Note du traducteur. )

(i) La perte des Anglais en tués et blessés fut de plus de sept cents hommes. Le général Hope estime au double celle des Français.

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l’on avait constamment laissé ouvert un chemin par où toutes les forces de la France pussent venir fondre en Espagne.

Cependant la retraite des Anglais , en attirant toutes les forces disponibles des Français vers Léon et la Galice , eut l’avantage de faciliter aux Espagnols dispersés les moyens de se rallier, de former de nouvelles armées, et de se soutenir dans les provinces du sud. La junte s’était, avant la mi-décembre, retirée à Séville. Délivrée des traîtres qui s’étaient cachés dans son sein , elle sembla , à dater de ce moment, avoir adopté un système plus raisonnable. Après l’embarquement des Anglais, Napoléon reprit son plan de porter ses armées dans toutes les directions , afin de compléter la soumission de la Péninsule ; et la prise de Sarragossé, dont le siège n’avait jamais été abandonné, fut la conquête la plus importante après celle de Madrid.

Sarragossé , qui avait si long-temps mis en défaut l’habileté et la valeur des Français, ne subit le joug qu’après que la plus grande partie de la ville fut nivelée au sol , et qu’un nombre considérable de ses habitants eut péri par lepée. Un corps d’environ dix mille hommes (j) échappés à la bataille de Tudela,

(i) Les relations les plus authentiques du mémorable siège de Sarragossé portent à plus de vingt mille hommes le nombre d'Espagnols de l’armée de Castanos qui, après la perte de la bataille de Tudela, se jetèrent dans Sarragossé.

( Note du traducteur. )

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livrée le 9.3 novembre, s’était jeté dans Sarragosse, et les habitants joints aux paysans dos environs portèrent le nombre des défenseurs de cette ville à environt quarante mille hommes. Les assiégés étaient animés par la valeur et le patriotisme du brave général Palafox leur gouverneur, sous les ordres duquel ils avaient plusieurs fois forcé l’ennemi de se retirer loin des murs de la ville : mais la maladie empêcha le héros de Sarragosse de déployer sa première activité. La religion fut appelée au secours de l’enthousiasme militaire ; la plupart des généraux insurgés et de leurs subalternes étaient des moines, dont la sainte profession semblait sanctifier la cause pour laquelle ils avaient pris les armes, tandis que leurs harangues violentes excitaient l’ardeur du peuple. La place était pourvue d’immenses magasins et de deux cents pièces de canon : cependant la valeur du peuple formait son principal moyen de défense; aussi la chute de Sarragosse sera-t-elle mémorable jusqu a la postérité la plus reculée. Le a7 novembre , le duc de Montebello investit cette place à la tête d’une armée de cinquante à soixante mille hommes : les insurgés firent de fréquentes sorties, et plusieurs actions éclatantes eurent lieu dans les environs. Le a6 janvier 1 8o5 , les Français commencèrent leur grande attaque : le 37 , vers midi , la brèche était praticable en plusieurs endroits, et les assaillants étant entrés dans la ville , se rendirent maîtres d’environ quarante maisons; mais le général Lacoste, ainsi qu’un grand

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nombre des plus intrépides soldats , périrent dans cet assaut. Les habitants refusaient d'entendre à aucune proposition de capitulation , et leur résolution bien déterminée de défendre, le terrain pied à piêd , et de convertir chaque maison en une forteresse , réduisit les Français à la nécessité de les miner et faire sauter à mesure qu’ils avançaient. Le 3 o janvier, on fît sauter soixante maisons, et les Français se rendirent maîtres du monastère de Sainte-Monique ainsi que de celui des Augustins : l’attaque et la défense furent alors continuées au moyen de la mine et de la contre-mine. Trois compagnies de mineurs et huit compagnies de sapeurs furent constammment employées par les Français à cette guerre souterraine. Les effets en furent horriblement destructifs; mais les Espagnols, inférieurs aux Français dans l’art de la défense des places , éprouvèrent les plus grandes pertes. Les Français s’avancèrent enfin jusqu’à la grande rue, appelée le Cosso. Le 17 février, ils se rendirent maîtres de la rive gauche de la rivière, et firent sauter plusieurs grands édifices: pendant tout le cours de ces opérations, les batteries entretenaient un feu continu sur la ville. La magnifique église de Notre-Dame del Pilar, renommée pour son image miraculeuse de la vierge et le nombreux concours de pèlerins qui s’y rendent dlktoutes les parties de l’Espagne, fut entièrement datruite par les bombes : enfin, le ai janvier, les Français se rendirent complètement maîtres de la ville, après que

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