CHAPITRE IL
Défense de la Sierra-Moréna. — Moyens des Espagnols. — Les Français forcent les passages, pénètrent en Andalousie. — Le général Sébasliani marche sur Grenade. — Le duc de Bcllune sur Cadix. — La ville et la province de Grenade tombent au pouvoir des Français. — Reddition de Séville. — Proclamation du roi Joseph à ses soldats.
— La junte suprême se retire à l’île de Léon. — Perfidie de quelques membres de ce corps. — Indignation du peuple. — Dissolution de la junte. — Conduite militaire du duc d’Albuquerque. — Il sauve Cadix. — Nouveaux efforts des Espagnols. — Création d’une junte à Cadix.
— Ses démêlés avec le duc d’Albuquerque. — Elle lui ôte le commandement des troupes, et le nomme ambassadeur en Angleterre. — Sa mort. — Blocus et défense de Cadix.
L’issue de la bataille d’Occana avait ouvert aux Français le chemin de l’Andalousie. Napoléon, que la paix conclue avec l’Autriche laissait libre de tourner toute son attention vers la Péninsule, et d’y renforcer ses armées, considérant cette bataille comme entièrement décisive , se hâta de donner une nouvelle impulsion aux opérations militaires, dans la vue de réaliser son double projet de planter à la fois ses aigles , comme il l’avait annoncé luimême , sur les remparts de Cadix et sur les tours
de Lisbonne. Au mois de décembre 180g, la grande armée française en Espagne fut concentrée sur le territoire compris entre Madrid et Tolède : vers le milieu de janvier 1810, elle s’avança aux pieds de la Sierra-Morena, commandée par le roi Joseph en personne, secondé par le maréchal duc de Dalmatie, sous le titre de major-général. Les Espagnols choisirent les positions de ces montagnes, les plus propres à la défense, y formèrent des retranchements , élevèrent des batteries , coupèrent les routes par de profondes tranchées , préparèrent des mines pour en faire sauter quelques parties : mais cette espèce de défense naturelle, sur une ligne aussi étendue que celle que présentait la Sierra-Morena, était insuffisante contre les troupes françaises accoutumées à mépriser ces obstacles qui ne servent guère à protéger des retraites que le peu de temps nécessaire pour les tourner.
L’armée française s’ouvrit de vive force, le 20 et le 21 janvier, un chemin à travers ces montagnes, et principalement par les passages del Puerto del Rey, du Col de Muladar et de Despenna-Perros ; la grosse artillerie prit la route d’Aranjuez. Les Espagnols opposèrent à peine quelque résistance; leurs retranchements furent enlevés à la baïonnette. Les coupures des chemins ne retardèrent pas la marche des Français. Six mille Espagnols, dont un grand nombre d’officiers , furent faits prisonniers : le reste s'enfuit ou fut dispersé. La plus grande partie des
Tonte III.
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fuyards s’échappa par les gorges de la Sierra-Susanna et gagna la province de Jaën (i). Les magasins et l’artillerie tombèrent entre les mains des vainqueurs qui, après avoir franchi la Sierra-Morena, se dirigèrent sur Rciylen , Jaën , Cordoue , Carmona et Séville : des détachements furent envoyés de divers côtés pour tenir les communications ouvertes , recueillir des subsistances et lever des contributions. Les Français trouvèrent à Jaën et à Cordoue une grande quantité de munitions et d’approvisionnements : ils s’emparèrent à Jaën de quarante-quatre pièces d’artillerie et de six mille fusils, et à Cordoue de sept mille fusils et d’un arsenal considérable. Quatrevingts pièces de différents calibres tombèrent entre leurs mains dans ces deux villes, ou furent abandonnées dans les montagnes.
Le l'j janvier, le duc de Dalmatie qui, en présence du roi Joseph , commandait en chef dans cette expédition , ordonna au général Sébastian! de marcher avec sa division de Jaën sur Grenade. Les débris de l’armée espagnole qui , après la bataille d’Occana et le passage de la Sierra-Morena , s’étaient réunis sous les ordres des généraux Arrizaga et Frère , au nombre d’environ sept mille hommes d’infanterie et trois mille de cavalerie, étaient en ce moment également en route pour se jeter dans
(1) Lettre du duc de Dalmatie au prince de Neufchâtel, Bavlcn, ai janvier 1810.
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Grenade. Sébastiani les attaqua de l’autre côté de Grenade, à Àlcala-Réal, ou le parc d’artillerie de Badajoz avait été transféré, et où s’étaient ralliés quelques détachements des fuyards de la Sierra- Morena. Deux cents Espagnols furent tués et un égal nombre faits prisonniers. L’infanterie fut dis* persée. Arrizaga abandonna son artillerie et se retira à Murcie avec les restes de sa cavalerie.
Grenade, alarmée de ces évènements, ouvrit, le a8 janvier, ses portes au général Sébastiani; il fut accueilli aux acclamations unanimes d’une immense multitude : aucun habitant ne quitta la ville. Tous les fonctionnaires publics, et toutes les personnes remarquables par leur rang ou leurs richesses , prêtèrent serment de fidélité au roi Joseph. On trouva à Grenade un bataillon fort de mille hommes, entièrement composé d’étrangers, pour la plupart Suisses, qui, après avoir appartenu à l’armée du général Dupont, avaient pris parti sous les bannières de l’insurrection : ils craignaient d’être cliâtiés ; mais on leur offrit le pardon à condition qu’ils entreraient au service de l’empereur : ce qu’ils acceptèrent. On s’empara à Grenade de magasins abondamment approvisionnés.
Le général Sébastiani, pour s’assurer la tranquille possession de celte ville et de toute la province, jeta une forte garnison dans la forteresse d’Alhambra qu’il fit mettre en bon état de défense, et approvisionne!' pour six mois.
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Il entrait dans les instructions données par le duo do Dalmatie au général Sébastiani qu’il entreprît, après la réduction de Grenade, celle de Malaga. La population de cette ville était fort agitée : un ancien colonel, nommé Aballo, s’était emparé du . gouvernement de la ville , y exerçait le pouvoir absolu et avait déjà fait embarquer les autorités civiles et militaires, ainsi que ceux des principaux habitants qui étaient soupçonnés de favoriser l’usurpation française. Un grand nombre de prêtres et de moines prêchaient une croisade contre les infidèles français. Les habitants de Malaga et ceux des montagnes voisines avaient pris les armes. Un frère capucin était leur général : les colonels et autres officiers étaient aussi des moines. L’insurrection devenait alarmante. Six mille hommes s’étaient emparés du principal passage de la montagne , et avaient coupé les chemins par des tranchées. Les habitants d’Alhama s’étaient aussi insurgés. Le général Sébastiani , parti d’Antequarra , le 5 février , à la tête de son avant-garde, chassa les insurgés de leurs retranchements et les rejeta dans les montagnes de Malaga; ils s’y retirèrent en grande masse, mais fort en désordre , conduisant avec eux un détachement de cavalerie et un train considérable d’artillerie : ils résistèrent avec beaucoup de courage et d’opiniâtreté au feu de l’artillerie et de la mousqueterie française : mais une charge de cavalerie les mit dans une déroute complète. Quinze cents
d’entre eux, parmi lesquels on reinarqua i plusieurs moines et prêtres, furent trouvés morts sur le champ de bataille. Les Français entrèrent dans Malaga pêle-mêle avec les fuyards. Ceux-ci , se jetant dans les .maisons, tiraient par les fenêtres, et, se réunissant avec les habitants aux débouchés des rues , f continuèrent la fusillade jusqu’à ce que, n’ayant plus d’espoir, ils firent leur soumission. Le jour suivant, ceux de Velez-Mataga arrêtèrent les chefs de l’insurrection , les envoyèrent à l’armée impériale, demandant qu’ils fussent livrés à la justice. La possession de Malaga était d’une grande importance pour les Français, parce que la communication entre les provinces maritimes de l’est de l’Espagne, et le pays qui environne Gibraltar, se trouvant coupée ‘ ils pouvaient bloquer et attaquer l’île de Léùn et Cadix sans être inquiétés sur leurs derrières. La principale ligne d’opération de l’armée française se prolongeait ainsi de Madiid par Tolède, Andujar et Jaën , jusques à Malaga. On trouva dans cette ville cent quarante-trois pièces de canon et une quantité considérable de munitions de guerre et d’approvisionnements. Ceux des habitants qui ne voulurent pas se Soumettre au nouveau gouvernement, se réfugièrent sur trois bâtiments de guerre anglais mouillés dans le port : toutes les marchandises anglaises furent séquestrées.
Ap rès le passage de la Sierra-Morena , on se flattait que la conquête de l’Espagne était presque ter-
minée : le duc de Dalmatie écrivait de Cordoue au prince de Neuchâtel , le 27 janvier : « Les habi- « tants de l’Andalousie montrent les meilleures dis- « positions possibles : ils restent tranquilles dans « leurs maisons, à l’exception de quelques chefs de « l’insurrection. Leur physionomie ouverte et tran- « quille indique la satisfaction qu’ils éprouvent de la « fin d’une guerre terrible et de la tyrannie de la « Junte. Au moment où les troupes de S. M. ena traient en Andalousie , on tenait des assemblées « pour procéder à l’élection des députés aux cortés ; « quelques-uns de ces députés étaient déjà partis «pour l’île de Léon; mais, à l’arrivée de l’armée « française , ils commencèrent à revenir sur leurs « pas. On était occupé au tirage du quart de la po- « pulation pour recruter les armées : tout cela est « abandonné...; enfin, d’après tout ce qu’on voit en « Andalousie, il paraît que la nation est fatiguée de « ses souffrances et qu’ellç désire se soumettre au « gouvernement. »
Le 3 i janvier 1809, l’avant-garde de l’armée française parut devant Séville. J^es fortifications qui avaient été élevées autour de cette place, étaient d’un immense développement. Elles eussent exigé soixante mille hommes pour les défendre ; la garnison n était que de sept mille, et hors d état de résister. Des parlementaires furent envoyés pour offrir une capitulation. Les habitants demandaient, entre autres conditions, et comme si Séville eût représenté la
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nation entière, que les cortès fussent convoquées. Ces conditions furent refusées ; le général Victor répondit seulement que la religion serait respectée, et la sûreté des personnes et des propriétés garantie, que les officiers seuls seraient logés dans les maisons particulières, et les soldats dans les couvents et les casernes. Les troupes de la garnison avaient le choix de continuer leur service dans l’armée du roi Joseph, ou de rentrer dans leurs foyers après avoir mis bas les armes et fait leur soumission. La ville ouvrit ses portes le 1 er février à dix heures du matin , et le roi y fit son entrée au milieu des acclamations de la multitude. Deux cents pièces d’artillerie, et un immense approvisionnement d’armes et de munitions tombèrent dans les mains des Français.
Le roi Joseph adressa à l’armée réunie à Séville la proclamation suivante: « Soldats, la guerre que l’empereur vient de terminer si glorieusement avec l’Autriche, avait ranimé les espérances du cabinet britannique ; ses armées marchaient à la conquête, de Madrid ; il croyait l’armée française affaiblie par la diversion du Danube, peu instruit de la puissance du grand empire. Les troupes de l’insurrection abandonnées par leurs prétendus alliés, ont. fait leur dernier effort au moment où la paix a été signée à Vienne. Occana a confondu leurs projets insensés; vous n’avez vu dans leurs rangs que des hommes égarés et poussés au précipice par l’ennemi commun. Vous désiriez qu’ils fussent sauvés,
et je les ai accueillis comme mes enfants. Les barrières placées par la nature entre le nord et le midi de l’Espagne sont tombées ; vous n’avez trouvé de ce côté de la Sierra Morena que des amis. Jaën , Cordoue , Grenade et Séville ont ouvert leurs portes ; vous avez traversé ces provinces avec votre esprit accoutumé d’ordre et de discipline, et partout vous avez trouvé la paix , l’abondance et un bon accueil. Soldats français, comment vous témoigner ma reconnaissance ! L’empereur sera informé de votre conduite : c’est la volonté du roi d’Espagne qu’au milieu des deux colonnes d’Hercule , il en soit érigé une troisième destinée à transmettre à la postérité la plus reculée, et à faire connaître aux navigateurs le nom des généraux et des régiments français qui ont conquis l’Espagne. » C’était bien le style des proclamations de l’empereur Napoléon ; mais il ne l’employait qu’après des victoires décisives.
Le maréchal Victor, duc de Bellune, eut ordre de marcher avec le premier corps sur Cadix. Le duc de Trevise fut dirigé sur Radajoz; il partit le 4 février, laissant seulement une brigade à Séville: il devait se mettre en communication sur la Guadiana avec le second corps commandé par le général Régnier qui, sous les ordres du maréchal, surveillait la vallée du Tage.
A l’approche des Français du Gualdaquivir , la junte suprême s’était rétirée à File de Léon. Dès
l’instant même où l’armée francise avait paru au pied de la Sierra Morena , la plupart des membres de cette junte s’étaient occupés d’envoyer leur argent et leurs objets les plus précieux à Cadix, et de vendre aux Anglais tous les effets dont ils pouvaient trouver de l’argent comptant. L’un d’entre eux, le comte deTilly,se retira, dit-on, à Philadelphie avec une fortune immense. Quelques- uns firent leur soumission à Joseph, et l’on prétend que d’autres se disposaient à suivre leur exemple.
Cette junte, composée de quatre-vingt-six membres, s’était rendue populaire en supprimant les impôts les plus odieux; mais elle ne posséda jamais l’estime ni la confiance de la nation. La plus grande partie des provinces lui étaient peu soumises, et toutes retenaient entre leurs mains l’administration des finances. La junte suprême et centrale sans autorité suffisante pour développer et diriger les ressources du royaume, ne représentait ni le roi, ni l’aristocratie, ni le peuple; c était une assemblée trop nombreuse pour qu’il y eut unité d’opinion dans le conseil , et promptitude dans l’action. Elle était trop limitée dans son organisation pour former la représentation nationale. La junte distribua à ses membres des titres, des décorations, et un traitement annuel considérable, et les fit soupçonner de vouloir compromettre la cause commune, dans la vue de servir leurs intérêts particuliers. Les Anglais attribuèrent à ces honteux motifs le refus d’admettre.
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après la retraite de sir John Moore , des troupes anglaises dans Cadix, dernière place de sûreté, et le seul moyen d’empêcher les vaisseaux espagnols et anglais de tomber dans les mains de l’ennemi. Ombrageux et jaloux comme de fiers républicains , les membres de la junte répondirent que la place de Cadix, située à l’extrémité de la péninsule, et d’un abord également difficile soit du côté de la terre, soit du côté de la mer , n’avait pas besoin d’une augmentation de forces ; si la conjoncture arrivait que des renforts devinssent nécessaires, ils pouvaient facilement y être dirigés de différents points ; mais un semblable évènement était encore éloigné. La junte déclara quelle n’était sous aucun rapport inquiète de la présence des Anglais , mais quelle était dans la nécessité de respecter l’opinion publique qui formait la base de son autorité. Sept mille hommes de troupes anglaises qui étaient en route pour se rendre de Lisbonne à Séville et à Cadix sous les ordres du général Sherbrook , reçurent contre-ordre , quoique le général anglais fût loin d’élever aucune prétention au commandement de la garnison espagnole. Il fut réglé par la junte que les Anglais qui viendraient à débarquer dans la baie de Cadix seraient stationnés à Sainte-Marie , San-Lucar , Xérès et quelques autres endroits ; mais elle désirait qu’ils fussent envoyés en Catalogne, et que toute l’armée anglaise dans la péninsule fût morcelée en détachemcns qui seraient attachés aux différents corps espagnols. Ce-
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pendant pour calmer les craintes des Anglais, la junte consentit à ce que deux de leurs régiments fussent reçus dans Cadix, sous la condition expresse qu’ils n’occuperaient pas les forts. Le ministre britannique, M. Frère, d’après les instructions de son gouvernement , insista sur la nécessité d’avoir quelque forte position sur le bqrd de la mer , afin d’être en mesure pour recevoir des renforts ou d’assurer leur retraite ; il déclara que si les Espagnols ne voulaient pas consentir à l’admission des troupes anglaises dans Cadix, S. M. britannique ne ferait point de cette résolution un objet de reproche ou de plainte envers le gouvernement espagnol ; que cependant , si la junte restait insensible à ce qui semblait si utile à ses intérêts les plus essentiels ainsi qu’à ceux de l’armée anglaise en Espagne , S. M. britannique , sans cesser d’être fidèle à ses engagements, devait pour le moment se retirer de la lice , et abandonner la décision de la lutte entre la France et l’Espagne aux moyens et aux efforts militaires des Espagnols seuls. Il s’appuyait de l’exemple du Portugal qui n’avait pas hésité à admettre des troupes anglaises. Une armée considérable occupait en ce moment même ses forteresses , et un port pour l’embarquement en cas de désastre. Cette armée, avec le secours des Portugais, était non-seulement en état de protéger le Portugal, mais encore, dans des circonstances favorables, de couvrir les provinces d’Espagne limitrophes de ce royaume.
D’après ce qu’on a vu des procédés de la junte centrale , sir Arthur Wellesley craignait que dans la distribution des forces, ainsi qu’il en était dans celle des emplois , elle eût moins d’égards à la défense militaire du pays et à l’importance des opérations de la campagne, qu’à de misérables intrigues, et à des objets politiques d’une conséquence inférieure. En effet, la junte renforçait l’armée de Vénégas, quoique cela ne fût nullement nécessaire sous le point de vue militaire, uniquement parce quelle pensait que le dangereux instrument d’une armée était moins à redouter dans ses mains que dans celles de tout autre général. Elle ne laissa que douze mille hommes en Estramadure sous les ordres du duc d’Albuquerque, que chacun s’accordait à regarder comme le général le plus capable de commander en chef; elle ne voulut point se fier à un homme d’un grand caractère et d’une fortune considérable.
La junte répugnait extrêmement à quitter le pouvoir. Dans ses arrangements pour la convocation des cortès demandée par toute la nation , elle procéda avec beaucoup de lenteur. Enfin, cette convocation fut fixée au 1 o mars 1 8 1 o. La proclamation pour la réunion de cette assemblée fut emportée par Jovellano, Caloo, et quelques autres membres d’un haut rang, contre l’avis d’un grand nombre d’hommes de loi. Cette junte devint un objet de haine et de mépris, au point que ses membres , en raison de l’indignation du peuple , craignirent de paraître en plein
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jour clans les rues de Cadix. Le maréclial duc de Dalmatic fut informé qu’011 avait lieu de croire que la junte 11e s’était retirée à Cadix que dans le dessein d’étre en situation de traiter et de capituler. Quoique ce renseignement ne fut pas exact, cependant il est probable que dans l’état d’alarme et de confusion où l’on était à Cadix, les Français auraient pu le surprendre. Mais au moment de l’invasion de l’Andalousie , le général Castanos qui soupçonnait la junte de méditer une perfidie, envoya une lettre confidentielle au duc d’Albuquerque , commandant de l’armée d’Estramadure , par la- , quelle il l’informait du danger qu’il courait, et le pressait de se diriger avec la plus grande rapidité vers l’île de Léon. Le duc avait reçu de la junte ordre de marcher dans une direction qui , dans cet instant de crise, eût été fatale à lui, à son armée, et à la cause de l’Espagne; mais, informé des progrès des Français à travers la chaîne occidentale de la Sierra Morena , il avait prudemment négligé ces instructions , et passant le Gualdaquivir avec dix à douze mille homme à Banconde , avait marché rapidement par Carmona , Utrera, Xérès et Arsos sur Cadix , où il arriva le 3 février. Au moment où il quittait Carmona, l’avant-garde des Français, en route pour Cadix par Séville , était à peu de distance de cette première ville. Il fut poursuivi par la cavalerie française jusqu’à Librixa. La célérité de la marche des Espagnols étonqa les Fran-
çais: Le duc d’Albuquerque passa à travers les marais de Cadix qui, à cette époque de l’année, avaient été jugés impraticables ; il n’y perdit pas un seul homme. A l’arrivée des troupes amenées par le duc, il n’y avait pas plus de mille hommes dans Cadix sur une ligne de défense d’un immense développement. L’effroi qu’avaient causé à Cadix la bataille d’Occana, l’invasion subite des Français dans le midi de l’Espagne , et la fuite de Ja junte de Séville, s’était graduellement calmé. Dans toutes les provinces, tout homme de l’âge de j 8 à 60 ans, fut appelé à s’enrôler comme volontaire; à Cadix , Badajoz et autres villes , on renonça aux voitures de luxe ; les mules furent mises en réquisition pour le service public , ainsi que l’argenterie des églises et même celle des particuliers. A Cadix, point le plus immédiatement menacé par les Français , le patriotisme , l’ordre , l’énergie se manifestèrent dans toutes les classes. On voyait le haut clergé , les chefs militaires à la tête de leurs divisions respectives , les riches et les pauyres, les jeunes gens et les vieillards travailler aux retranchements. Le gouverneur de Cadix ordonna un enrôlement général de tous les hommes en état de porter les armes , sans exception de classes ou de condition; il prit en même temps les mesures les plus convenables pour se procurer une quantité suffisante d’approvisionnements, pour établir des magasins et des hôpitaux. Les débris de la flotte française qui, après la bataille de Trafalgar, s'étaient réfugiés
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dans le port de Cadix, et y avaient été constamment bloqués , étaient tombés au pouvoir des Espagnols ; ils firent avancer dans la rade extérieure , et tinrent prêts à appareiller tous les vaisseaux en état de tenir la mer; ceux qui se trouvaient au Férol , avant la retraite du général Moore, avaient été équipés à la hâte par les Anglais et expédiés à Cadix ; toute la flotte espagnole réunie se trouva forte de vingt vaisseaux de ligne ; elle fut mise sous la direction de l’amiral Parvis qui y réunit d’abord cinq vaisseaux anglais , bientôt renforcés par trois autres. Des troupes anglaises venant de Gibraltar et de Lisbonne, furent reçues dans Hle de Léon. Une garnison de douze cents hommes de troupes britanniques fut admise à Ceuta , afin de concourir à sa défense avec la garnison espagnole qui était à peu près du même nombre.
L’aspect menaçant des affaires avait fait sentir le besoin d’un gouvernement vigoureux. Toute la nation fondait de grandes espérances sur la réunion des cortès; mais le danger était imminent, l’esprit public était trop agité pour être contenu dans les limites d’aucune forme légale. Il ne fut pas plutôt connu que la junte suprême avait quitté Séville, que le peuple de Cadix prit les armes , mit en liberté le comte de Montijo et don François Palafox , emprisonnés sur une accusation de conspiration contre le gouvernement. La multitude entoura le palais où la junte tenait ses séances, demandant à grands cris
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la nomination immédiate d’une régence, et accusant hautement la junte d’avoir trahi la patrie en abandonnant le passage des montagnes aux Français et en s’enfuyant à Cadix avec l’argent reçu d’Amérique. La junte refusa de nommer une régence, mais admit Montijo et Palafox au nombre de ses membres, et nomma ensuite le marquis de la Romana commandant en chef de l’armée de Castille, à la place du duc Del Parque. L’archevêque de Laodicée, président de la junte, Valdès, ex-ministre de la marine, et Ovaglie, l’un des députés de l’Estramadure, furent saisis par la populace à Xérès-de-la-Frontiera , et eussent été mis à mort, si quelques personnes qui avaient de l’influence sur l’esprit de la multitude , n’eussent obtenu qu’ils fussent renfermés dans un couvent comme prisonniers d’état. A la nouvelle de ces excès, le général Castanos, qui était à Pile de Léon, s’employa pour procurer la délivrance des prisonniers, et y réussit; mais ceux-ci s’apercevant que leur autorité expirait entièrement, ne se furent pas plutôt réunis dans l’île à leurs collègues, qu’on nomma une régence composée de cinq membres , savoir : l’évêque d’Orenze, Saavedra, ex-ministre des finances, Castanos , capitaine général de l’Andalousie , Escanno , ministre de la marine, et Fernandez de Léou, ministre de l’intérieur; quinze jours après, ce dernier céda sa place à Miguel de Ardizabal-y-Uribe. Ces cinq personnes furent investies du pouvoir suprême en Espagne. Le gouvernement politique et militaire
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de la ville et de la forteresse de Cadix fut confié par intérim à une junte composée principalement de négociants. On présumait avec raison que ce corps ne manquerait pas d’adopter les mesures les plus propres à la sûreté de la place. Tous les bâtiments qui se trouvaient dans le port furent mis en réquisition pour transporter sur la côte opposée et ailleurs, une partie considérable des habitants. A l’alarme causée par l’approche des Français, la population s’était accrue du double par l’arrivée des fugitifs de la vallée du Guadalquivir ; ils se présentèrent en si giand nombre , qu’on calcula que dans le court intervalle de vingt-quatre heures, il en entra soixante mille ; la foule s’augmenta tellement , qu’il devint enfin nécessaire de leur fermer les portes. Les autorités forcèrent une grande partie de ces réfugiés à quitter Cadix et l’île de Léon ; un grand nombre < d’entre eux se dirigèrent vers Gibraltar.
A.u 6 février , l’armée française , dans le desseiu de former le blocus de Cadix du côté de la terre , occupa San Lucar de Barra rnido , Rota , port Ste- Marie, Port-Rèal, Chiclana, et Médina-Sidonia. Tout le pays aux environs se trouvait ainsi en leur pouvoir. Le roi Joseph , qui commandait en chef et en personne , avait son quartier-général à Ste-Marie, petite ville vis-à-vis Cadix, d’où cette grande cité tirait ordinairement son approvisionnement d’eau. L’occupation de cette place eût été funeste aux assié-
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gés, sans la découverte qu’ils firent dans Cadix même d’une source qui fournit abondamment à leurs besoins. Les forces des Français, soit en ligne, soit en communication avec celles qui formaient le blocus, étaient estimées à environ cinquante mille hommes. On avait en ce moment à leur opposer quinze à dix -huit mille hommes de troupes espagnoles ou anglaises; mais bientôt après ces forces furent portées à vingt-un mille sept cents , dont seize mille Espagnols, quatre mille Anglais, et mille sept cents Portugais. La première attaque contre Cadix devait être faite du côté de terre par l’île de Léon qui est séparée du continent par un isthme fort étroit d’environ un quart de mille de largeur. La forme de l’île est irrégulière; sa longueur est d’environ dix milles , et sa largeur , dans quelques parties , est à peine de trois milles ; on entre dans l’île par une chaussée très -étroite; elle était défendue des deux côtés par des batteries , chacune de. huit canons dè douze. Cette route était coupée par des tranchées remplies d’eau. On avait en outre creusé des fossés sur les bords de la chaussée. Plus en avant il y avait une coupure de deux cents pieds de largeur, et le pont avait été détruit. Ce passage était défendu par des batteries armées de vingt pièces de trente-deux. Les Français avaient à surmonter tous ces obstacles avant de pouvoir approcher de Cadix. Les Anglais, les Portugais et l’armée espagnole étaient tous cantonnés dans l’île de Léon. La garnison de Cadix était
composée de nouvelles levées et de volontaires. Les troupes anglaises auxiliaires étaient commandées par le général major Graham. Les opérations du duc de Bellune étaient combinées avec celles du général Sébastiani qui , avec une partie de son corps , occupait Antiquera , Motril et Guadia , et communiquait avec le corps du duc de Bellune par Honda et Marbella.
Le maréchal duc de Dalmatie envoya le 10 février de Chiclana une sommation au duc d’Albuquerque de rendre la place de Cadix ; il l’invitait en même-temps à une conférence pour régler les conditions de la capitulation. Le duc répondit que la force de Cadix était telle, que cette place n’avait rien à craindre de cent mille hommes. Il lui fit observer qu’il n’y avait nulle comparaison à établir entre son état actuel de défense et celui dans lequel elle se trouvait quelques jours avant. Les moyens les plus abondants de la fortifier étaient sous la main, et les Espagnols n’avaient pas manqué d’en faire usage. Ce n’étaient pas les anciennes fortifications qui leur inspiraient de la confiance , mais d’autres qui étaient supérieures aux premières, et qui avaient été construites dans leur enceinte même, ainsi que de nouveaux ouvrages qui s’élevant journellement , se multipliaient jusques à la superfluité. Il ajouta que les Espagnols , fidèles à Ferdinand , et appuyés par l’Angleterre, 11e déposeraient pas les armes qu’ils n’eussent recouvré leurs justes droits et chassé l’é-
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tranger ; qu’ils n 'étaient point intimidés par l’invasion ; que les Français n’étaient maîtres que du sol qu’ils occupaient; que la régence qui gouvernait actuellement l’Espagne entretenait une étroite correspondance avec tous les ports de la côte, et avec toutes les provinces qui composaient le royaume, et que des armées s’organisaient partout où l’on pouvait en trouver les éléments; enfin, en retour de l’intérêt que son excellence le duc de Dalmatie prenait au bonheur des Espagnols habitants de l’île et de la forteresse de Cadix, le duc d’Albuquerque lui conseillait de renoncer à l’idée de sacrifier inutilement ses soldats, connaissant comme il le faisait, les avantages que possédaient les troupes espagnoles non-seulement sous le rapport des localités, mais encore sous un point essentiel, celui de l’union, du patriotisme qui les déterminaient à remplir avec ardeur tous les genres de services, conjointement avec les Anglais , leurs intimes alliés. Le duc d’Albuquerque pensait qu’il était de son devoir de dire à cette occasion au duc de Dalmatie que la nation britannique , non moins généreuse que brave et magnanime , n’avait aucun dessein de s’emparer de Cadix, comme l’insinuait son excellence. Il lui déclarait aussi que les prisonniers seraient traités comme il convenait à des nations civilisées, et qu’en cela les Espagnols n’imiteraient pas l’exemple donné par les Français qui massacraient cruellement les Espagnols qui tombaient dans leurs mains, en les trai-
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tant d’insurgés, en les fusillant, lorsque vaincus par la fatigue, les prisonniers étaient hors d’état de les suivre dans leur marche. Le duc terminait sa réponse en déclinant la conférence à laquelle l’invitait le maréchal, jusqu’à ce que, par la restauration de Ferdinand Vil sur le trône d’Espagne , et l’expulsion des troupes étrangères de la péninsule, il se trouvât en situation d’accepter avec plaisir les offres obligeantes de son excellence.
Le reproche qu’adressait le duc d’Albuquerque aux Français de massacrer leurs prisonniers était odieux. Dans les guerres du genre de celle qui se taisait alors en Espagne , on ne pouvait sans doute 1 oujours éviter de tristes et cruelles représailles ; mais quelques exceptions n’autorisaient pas ce blâme général ; et jamais l’armée française, si renommée pour sa bravoure dans les combats, et son humanité après la victoire, n’a immolé les vaincus.
Le 16 février , la junte de Cadix reçut par un parlementaire un message écrit de la main du roi Joseph , dans lequel il déclarait qu’il était prêt à pardonner et à oublier les offenses ; il représentait les conséquences ruineuses de la guerre , et demandait que les principaux notables fussent députés de Cadix, afin de traiter pour la sûreté de la flotte espagnole. Ce message était adressé aux trois membres les plus distingués de la junte. « La ville de Cadix, « fidèle à ses principes, ne reconnaît d’autre roi que « Ferdinand VIL » Telle fut la réponse de la junte.
Dans ces circonstances critiques, le commandement de l’armée dans l’île de Léon fut inopinément ôté au duc d’Albuquerqtie , et donné au général Blake. Mais en attendant que ce général , qui était occupé à recueillir les débris de l’armée d’Arrisaga, pût arriver à Cadix , le commandement fut provisoirement confié au général Castanos. De malheureux démêlés élevés entre le duc d’Albuquerque et la junte , relativement aux besoins de toute espèce qu’éprouvaient les troupes , et auxquels , contre l’avis du duc , la junte prétendait qu’elle était hors d’état de pourvoir , fut cause du déplacement de ce général. La régence, dans le dessein de temporiser avec la junte, nomma le duc ambassadeur à la cour de Londres, mission qui n’était qu’un honorable exil.
Le la décembre 1810, près de neuf mois après ces démêlés, et seulement alors que les périls qui avaient menacé Cadix étaient à peu près dissipés , le duc publia à Londres un manifeste apologétique de sa conduite. Il adressait des reproches amers à la junte , et l’accusait de perfidie et de vénalité. Celle-ci récrimina par une lettre datée du 12 janvier 1812, dans laquelle elle traitait le duc d’impudent calomniateur, d’ennemi du bien public et de son pays. Cette lettre souscrite individuellement par tous les membres , se terminait par la déclaration que la junte se contentait de le citer devant l'auguste congrès national.
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Les curtès rendirent un jugement favorable au duc, et transmirent, le i4 janvier 181 j de l’île de Léon, leur résolution au secrétaire du département de la guerre, afin qu’il la communiquât au conseil de régence. Celle-ci déclara que le duc d’Albuquerque et l’armée sous ses ordres avaient bien mérité de la patrie, principalement en couvrant avec talent et prévoyance les points accessibles de l’île de Léon et de Cadix; il était, en conséquence, dans l’intention des cortès que le duc fût rappelé en Espagne par la régence pour être employé. Celle-ci ne différa pas d’un moment d’envoyer ordre au duc de se rendre en Gallice pour prendre le commandement de tout le nord de l’Espagne en remplacement du général Blake , qui fut appelé à gouverner la province de Murcie.
Si ces deux dépêches fussent parvenues en même temps au duc d’Albuquerque , il est probable que dans la satisfaction que lui eût causé la conduite des cortès, il eût méprisé les insultes que lui adressait la junte de Cadix; mais il n’en fut pas ainsi. Il reçut d’abord la lettre injurieuse de la junte; elle fit sur son esprit une impression que sa nomination tardive au commandement de la Gallice et de tout le nord de l’Espagne ne put effacer. Contre l’avis de ses amis, qui lui représentaient combien ces insultes étaient dignes de mépris , il passa trois jours et trois nuits à rédiger une réponse, sans presque prendre aucune nourriture. Le quatrième jour il fut atteint