‹ Histoire d'Espagne, par l'auteur de l'Histoire de RussieChapitre 27 sur 84 · RODRIGUE · texte numérisé non relu

RODRIGUE

Rodrigue fut reconnu roi par la plus grande partie ties grands. Les auteurs varient sur le sort qu'éprouva Vitiza ; Topinion la plus commune est que Rodrigue lui fit subir le même traitement qu'il avait fait à ^on père et le relégua à Gordoue , où il mourut peu de temps après. La même obscurité enveloppe le règne de Rodrigue et les causes qui amenèrent la révolution dont nous allons parler. La critique sévère des modernes relègue au rang des fables les prétendus outrages que le roi Rodrigue aurait faits à la fille du comte Julien , oatrages qui auraient déterminé celui-ci à trahir sa patrie et à la livrer aux Arabes. Ce qui parait beaucoup plus vrai, c'est que la trahison du comte Julien fut la suite d'une vaste conjuration tramée par les fils et par le frère de Vitiza; que le comte Julien, gouverneur de Geuta , ainsi que beaucoup d'autres seigneurs golbt « entrèrent dans le complot; mais que, n'ayant pu former en Espagne une ligue assez forte pour détrôner Rodrigue, ils prirent le parti d'implorer le secours des Sarrasins d'Afrique* Musa ou Monsi^ commandait dans

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ce pays pour le calife Valid, souverain de Damas. Ui s'adressèrent à ce gouverneur, lui offrant une partie de l'Espagne, dont le reste appartiendrait à un des fils de Vitiza. Depuis longtemps les Arabes jetaient un oeil d'envie sur ces belles plaines de TEspagne , voisines de la mer , objet constant de la cupidité de tous les peuples qui les ont connues. L'espérance de faire une aussi belle conquête, et la gloire d'être le premier, parmi les Arabes, qui portât les armes des califes en Europe, excitèrent toute l'ambition de Musa ; il n'eût garde de refuser les offres et les conditions du comte Julien et des conjurés , bien résolu de rompre le traité s'il se voyait jamais en possession de l'Espagne. Cependant il D^osa rien conclure sans en avoir fait part auparavant au calife Valid. Ce prince lui ordonna d'armer quelques vaisseaux, montés d'un petit nombre de soldats, pour tentt^r une reconnaissance et éprouver ainsi la bonne foi du comte Julien et de ses complices. Aussitôt Musa fit équiper quatre vaisseaux montés par quatre cents honmies , sous la conduite de Tarif-ben-Malik.

A peine les Arabes eurent-ils abordé en Espagne, que les vassaux du comte Julien allèrent à leur rencontre; ils leur servirent de guides et les aidèrent à ravager les terres et à piller les habitations. Après avoir parcouru une assez grande étendue de terrain sans rencontrer d'obstacles^ les Arabes remirent à la voile et retournèrent en Afrique.

Ces premiers succès encouragèrent Musa. Il fit donc armer une flotte plus considérable, chargée de sept mille hommes, tant infanterie que cavalerie, dont il donna le commandement à Tarik-ben-Ziad-ben-AbdaUah, GS&der d'un rare mérite , qui avait servi avec distinction sous Musa , dans les guerres d'Afrique. La flotte vint mouiller au pied du mont Calpé et soumit Héraclée, yille dtaée 'sur cette montagne. Les soldats de Tarik don-

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nèrent alors au mont Galpé le nom de Djebel Tarik ( montagne de Tarik ) d'où Ton a fait Gibraltar.

Après s'être renda maître de cette importante position , Tarik marcha vers Algésiras , qui n'opposa qu^mie faible résistance. Il rencontra un corps de troupes espa<* gnôles commandées par Sanche, parent du roi Rodrigue. Les soldats chrétiens soutinrent à peine la vue des Arabes et s'enfuirent honteusement, après avoir abandonné leur général , qui périt du moins en combattait glorieusement. Tarik, maître de la campagne, pour^ suivit ses avantages et ravagea toute l'Andalousie.

La défaite de Sanche consterna Rodrigue et toute sa cour; le désir d'effacer fai honte de la dernière bataille et plus encore la crainte de perdre une couronne qui chancelait déjà sur sa tête, réveillèrent ce prince de Tengourdissement où il semblait plongé. Il fait un appel aux armes à toute la nation , et bientôt il se voit à la tête d'une armée de cent mille hommes; mais une longue paix et les habitudes de luxe et de la mollesse avaient affaibli cette dure et courageuse race des Goths; la plupart étaient mal armés et n'étaient pas en état de soutenir les fatigues de la guerre. Cependant Tarik, qui n'avait que sept mille hommes à opposer à des forces si supérieures, se hâta de demander des renforts à Musa. Gehû-ci lui envoya douze mille hommes, auxquels se Joignirent les troupes que le comte Julien avait levées dans les villes de sa dépendance. Toutes ces troupes ne formaient guère que le tiers de l'armée chrétienne; mais ces Arabes, endurcis aux fatigues de la guerre, étaient habitués à vaincre et à ne pas compter leurs ennemis , et de plus ils étaient encore animés par l'enthousiasme fanatique ordinaire aux nouveaux sectaires et par l'appât d'un riche buthi.

Le il novembre 712, les deux armées se rencon* trèrent sur les bords du Goadalète, non loin- de Xérès

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