‹ Histoire d'Espagne, par l'auteur de l'Histoire de RussieChapitre 54 sur 84 · DE 1250 A · texte numérisé non relu

DE 1250 A

Ferdinand m commença par assurer sa domination dans ses nouveaux états; puis, ayant apaisé quelques troubles en Galice, il songea à pousser avec activité Texécution des projets formés par son aïeul maternel, Alphonse \in, contre les Maures. Il confia le commandement de Tarmée à Tinfant don Alphonse, son frère , et à don Alvar Ferez, général brave et expérimenté. Le jeune prince pénétra jusqu^aux portes de Séville , et battit le roi Aben - Hut, ^ui était venu Tattaquer iTec une armée de quarante mille hommes (1233).

L''année suivante , la Navarre changea de dynastie [>ar la mort de Sanche vi, qui ne laissait point dliérilier direct. £n 1224 il avait adopté son neveu , Thibaut, fils de sa sœur et de Thibaut comte de Gham- [Migne. En 1231, il avait aussi adopté Jacques i, roi TAragon; ainsi deux compétiteurs pouvaient se prélenter pour cette couronne , et Ton s'attendait que cette

ilifi RÉDNIOII DÉFIRIRVE

saccession allait entraîner des guerres en Espagne; mais le roi d'Aragon eat la générosité de renoncer à toute prétention sur la Navarre ; le royaume de Valence, dont il achevait en ce moment la conquête, était dHin autre prix à ses yeux. Ainsi Thibaut, comte de Champagne , prit possession de la Navarre sans éprouver la moindre contradiction , et fut proclamé dans la cathédrale de Pampelume, le 7 mai 123iï.

Cette même année , Tnixillo , Montiel , Ubeda , tombèrent au pouvoir des Castillans. Tandis que Ferdinand faisait le siège de cette dernière place, il perdit la reine sa femme, qui mourut à Toro. Le chagrin, qoe lui causa cette perte , lui fit suspendre ses expéditions contre les Maures, pendant toute Tannée 1235; mais il s'en dédommagea Tannée suivante , par la conquête de Gordoue. Cette ancienne et magnifique capitale de TEspagne musulmane capitula le 29 juin 1236. Elle avait été 525 ans au pouvoir des Maures. On y comptait alors 300,000 âmes ; ses habitants Tabandonnèrent, et malgré tous les soins des rois de Castille, elle a presque toujours été déserte depuis cette époque.

L^an 1237 , Ferdinand épousa en secondes noces Jeanne, fille de Simon, comte de Ponthieu, et de Marie , petitefille de France.

La terreur qu'inspiraient aux musulmans les armes de Ferdinand était telle, qu'ils se soumettaient dès

qu'ils le voyaient entrer en campagne, et qu'en quelques années, et presque sans répandre de sang, les rois de Murde et de Grenade se reconnurent ses vassaux; le premier lui livrant, pour gage de sa fidélité , la citadelle de sa capitale, et le second, llmportante'ville de Jaên. Le traité que fit à ce sujet Mahomet-Alhamar , roi de Grenade, avec Ferdinand , est remarquable. Le prince musulman s'engageait à payer un tribut de dnquante mille ducats par an, à servhr la Castille dans

DBS ROTAVlfBt DE CASTILLE ET DE LÉO!f. 147

tootes ses gaeires, en foarnisaant une armée, à con* dition qu^en qualité de vassal de la couronne, il aurait séance aux Certes de Gastille (1248).

Pea de temps après avoir fait ce traité avantageux, Ferdinand perdit sa mère, la reine Bérengère. C'était à elle qu'il conGait la régence du royaume pendant ses expéditions; et elle joua en Castllle le même personnage que sa sœur Blanche en France. Rare et belle destinée de ces deux sœurs', qui donnèrent le jour à deux grandt^ rois , à deux saints !

Le glorieux succès de ses armes inspira à Ferdinand le désir de faire la conquête de Sévllle ; cette entreprise était difficile , parce que cette ville pouvait être secourue par mer, et que le roi manquait de marine. Il fallut donc s'occuper d'abord de créer une flotte; il y parvint avec le secours d'un seigneur nommé Raymond Boniface, le seul qui entendît la marine en Espagne. Raymond parvint à construire et à équiper treize gros navires et plusieurs autres petits, avec lesquels il se rendit mattre de l'embouchure du Guadalquivir. Dès que Ferdinand apprit que sa flotte tenait l'entrée de la rivière, il s*approcha de la place et l'investit le 20 août 1247. La reine, les rois de Portugal et de Grenade, le prince de Gastille, les infants de Portugal et d'Aragon, tons les évéques et les grands de son royaume assistaient à ce siège, qui dura quinze mois : c'est un des plus célèbres qu'il y ait eus en Espagne , depuis celui de Numance. Les Castillans s'y signalèrent par leur constance et leur fermeté. Raymond Boniface ayant enfin eoopé la communication de la ville avec le faubourg d'Alfarache, en rompant un pont de bateaux par le moyen duquel les assiégés tiraient des vivres des montagnes voisines , la famine les obligea de se rendre le 33 Novembre 1248. Cette place avait été 534 ans sous Tempire des Maures. Deux cent mille haMtanti es-

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viron en sortirent pour se retirer en Afrique et à Grenade, avec des ridiesses immenses; mais la beauté du climat, la fertilité du pays, la situation de la Yille et les grands privilèges que Ferdinand leur accorda, ramenèrent bientôt une population presqu^aussi nombreuse qu'auparavant

La prise de Séville fut le signal de nouvelles conquêtes. Cadix , Xérès de la Frontera , San Lucar, etc., tombèrent au pouvoir de Ferdinand ( 12iSl9-1250 ). Ces conquêtes n'avaient pas seulement pour objet d^agrandir ses états , mais elles devaient faciliter, un projet 4'une plus grande importance , et qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait sans doute pensé à exécuter ; c^était d'aller attaquer les mabométans en Afrique , et de les refouler à jamais.

Tandis, qu'il s'occupait de ses vastes projets, qu'il faisait augmenter sa flotte et la pourvoyait de tout ce qui était nécessaire pour une pareille entreprise , une hydropisie l'enleva à l'âge de cinquante-deux ans, le 30 mai iâ52. Ce prince, cousjn germain de saint Louis, aussi sainte aussi graqd bomme que le monarque français, fut un des plus illustres prince.s qui aient jamais régné en Espagne: il réunissait en lui, au point le plus éminent, toutes les vertus qui font l'bonnête bomme, les talents qui forment le grand roi , le courage, le génie et la fermeté qui constituent les béros et les conquérants. Il prouva mieux qu'aucun autre souverain qu'on peut se sanctifler sur le trône, dans le sein de la prospérité la plus constante , au milieu du tumulte des armes, et dans Tardeur de la plus brillante jeunesse. La Gastille, augmentée des deux tiers par son courage et son bonheur, lui dut son éclat, ses tribunaux, ses lois et sa félicité. On attribue à son équité et à sa modération le profond calme, dont jouirent entre elles pendant son règne la dynastie cbréttenne d'Espagne. Protecteur zélé dei iai-

iLraoïisB X. iA9

bies et des opprimés, il s'an>liqua toate sa vie à faire rendre la justice la plus exacte , à humilier les grands qui tynamisaient leurs vassaux, à purger ses états des brigands et des voleurs, et à faire rendre à la religion, à la majesté royale et aux lois, le respect inviolable que tout homme , tout sujet et tout citoyen leur doivent. H est le premier prince qui ait attaché à sa personne un certain nombre dliommes savants, vertueux et éclairés, pour Taider à administrer la justice et à gouverner. U établit le conseil souverain de Gas-^ tille, et fit rassembler toutes les lois de ses prédécesseurs en un code; cet ouvrage utile et immense ne fut achevé que sous son successem*. Ce prince , le modèle des rois, a été canonisé en 1771 par le pape Gément x.

ROTACMES DE CÂSTILLE ET DE lÉm :

iXPHONSE X , DIT LE SAGE. 1252 - 1284.

ARAGON : JACQUES V , jusqu'eu 1276.

PIEBBE m.

NAVARRE : TmBAVT I*', jusqu'en 1253.

THIBA1JT n, jusqu'en 1270.

BKNBI i«% jusqu'en 127iï.

JBAHHE f^.

PORTUGAL : ALPHONSE m, jusqu'eu 1279.

KEVIS, DIT LB LIBÉRAL ET LE PfalE DE LA PATHIE.

Alphonse x, surnommé le sage et l'asirotogue à cause de son amour pour les sdc&ces > et sortoot pour

150 Ainomix»

rtetroMNoie, était sans contredit le pins édtiré des roif , et peut-être de tous les hommes de son alèele. Ce|iriBce bn?e, géoéreax, appliqaé, ne respirait que la gMre de sa patrie, plein d^amoor pour les sdences, les lettres, les arts et la Justice, habile dans Tart de la gnerre, hamain, clément, digne en mi mot de régner, parvint an trône à Fâge de trente-nn ans. Tant de belles qualités annonçaient on gonremement heureux et tranquille; peu de règnes cependant ont été aussi agités et aussi malheureux que le sien. Tandis qu*il remplissait TEurope du bruit de son nom et de ses talents, tandis que l^AIIemagne relevait sur le trône des Césars , il avait à combattre dans le sein de ses états des sujets qui ne pouvaient lui pardonner sa légèreté, son inconstance, sa fierté et peut-être ses lumières. Malgré les orages de son règne, malgré Tambition de son fils Sanche , et l'ingratitude de ses sujets,- Alphonse travailla plus que personne au bonheur de la Gastille; elle lui dut ses lois, la force de son gouvemement et la gloire de ses universités.

Un des défauts d'Alphonse était d'être également prompt à former de grands projets et lent à les exécuter. Les préparatifs pour l'expédition d'Afrique , commencés par son père, continuaient toujours, mais avec lenteur, et bientôt d'autres projets lui firent abandonner celuilà et le jetèrent dans de nouveaux embarras, n pensa à faire valoir sur le duché de Souabe les droits qu'il avait du chef de la reine sa mère , et négocia sur ce sujet avec les princes d'Allemagne; il se ^détermina même, dans la vue de faire réussir ses prétentions, à aspirer à la couronne impériale ; il eut pour compétiteur Richard duc de Gornouailies , frère de Henri m, roi d'Angleterre. Quatre électeurs, celui de Trêves, le roi de Bohême ^ le duc de Saxe et le marquis de Brandebourg, se prononcèrent en faveur d^Alphonse;

mais Télectear de Cologne et le palatin do Rhin élurent son rival. Cette affaire coûta aux deux princes des sommes immenses, et fut une source de guerres continuelles , sans autre avantage que de porter le titre fastueux d'empereur chez les princes de leur parti.

Ce fut pour maintenir son élection à Fempire qu'Alphonse renonça à Texpédition d'Afrique, et tourna ses Yues vers Tltalie, où à force d'argent il avait attiré plusieurs princes et quelques républiques dans son parti ; mais les dépenses énormes que ces démarches avaient entraînées, et surtout l'altération des monnaies , moyen funeste auquel il avait eu recours pour y faire face, excitèrent un mécontentement général. L'infant don Henri son frère, prince d'un caractère ardent, inquiet^ factieux et malfaisant, saisit cette occasion pour se révolter contre le roi son frère, et entraîna dans son parti le roi de Niebla, Mahomet-ben-Asou, vassal de la Castille. L'infant , vaincu par Nune de Lara , s'enfuit en Afrique , où il prit du service chez les Maures i ; le roi de Niebla fut dépouillé de son petit état qui fut réuni à la CasUUe (1260).

Cependant les rois de Grenade et de Murcie, seuls souverains mahométans qui restassent en Espagne, voyant que les affaires de la Castille n'étaient pas gouvernées, avec la même fermeté que sous le règne précédent,, résolurent de secouer un vasselage odieux ; ils demandèrent des secours à Ben-Iousef, roi de Fez et de Maroc , qui s'empressa de leur en envoyer , et ils commencèrent aussitôt la guerre en enlevant les places

1 Ce prince, quelques années après, quitta TAfrique et passa en Italie dans le temps où Charies d'Anjou disputait à Mainfy*oi la couronne de Naples ; il prit parti d*abord pour Charles , contre Mainflnoi, puis pour Conradin, contre Charles, qui ie fit pri- Monieren 1268, enfin il revint en Espagne en 1293 , après une longue prison.

fl52 ALPHONSE X.

fortes où le roi de GasUlle avait garnison. Alphonse , qui avait toujours à cœur son élection à Fempire, au lieu de prendre sur-le-champ des mesures vigoureuses, tenta de négocier avec les ennemis. Les mahométans , encouragés par ce quil prenait pour de la faiblesse, ne voulurent entendre à aucune proposition et continuèrent la guerre avec plus de fureur. Alphonse alors se décida à rassembler une armée sur la frontière, où il rencontra les musulmans qui lui offrirent la bataille près d'Alcala Real. Alphonse rangea son armée avec tant de jugement, donna ses ordres avec une si grande présence d'esprit , et se signala lui-même tellement par sa valeur, que les Maures furent entièrement défaits» et que toutes les places enlevées aux Castillans rentrèrent en son pouvoir (1263).

Alphonse, après cette campagne, régla, d^acoord avec les rois d'Aragon et de Portugal, les frontlèires de la Gastille avec ces deux royaumes , afin de prévenir à l'avenir tout sujet de contestation à cet égard; il 'céda au roi de Portugal la province de TAlgarve^ à condUion qu'il entretiendrait une compagnie de cinquante lances au profit de la Gastille.

Le roi de Grenade demanda la paix à Alphonse , en lui offrant de lui rendre hommage de nouveau. Le roi lui fit réponse qu'il n'avait qu'à se rendre à Alcala Real où il le reverrait. On avait une si haute idée de la probité d'Alphonse, que, sur sa simple parole, le prince maure n^hésita pas à s'y rendre, se soomit aux conditions qu'il lui prescrivit, et abandonna le roi de Murcie son allié. Pendant ce temps-là, le roi d'Aragon faisait la conquête du royaume de Murcie , non •pour lui-même, mais pour son gendre le roi de Gastille, conformément au traité qu'ils avaient fait ensemble. Alphonse prit aussitôt possession du royamne de Murcie, en fit sortir les mahométans et le rqiiei^la de

Castillans et d'Aragonais. Ainsi il ne resta plus de souverain musulman que le roi de Grenade, affaibli par on gros tribu et abandonné par le roi de Maroc (1266 et 1967).

En 1268, Alphonse x maria son fils, Finfant don Ferdinand, ( surnommé Lacerda ) à Blanche de France, fille de saint Louis. La cérémonie eut lieu à Burgos avec une magnificence sans exemple. Cette alliance tranquillisant Alphonse sur Tavenir de la monarchie , il reprit son projet d'aUer en Italie et en Allemagne y disputer Tempire; mais les Gortès de Gastille s'opposèrent à ce voyage, et lui représentèrent si vivement les inconvénients de son absence dans les conjonctures présentes , qu^il renonça sagement , mais avec regret à son dessein ( 1269 }.

En 1270, Thibaut n, roi de Navarre, qui avait accompagné saint Louis , son beau-père, au siège de Tunis, aborda en Sicile après la mort du saint roi, et mourut à Trapani le 5 décembre, sans laisser d'enfants. Henri i, son frère , lui succéda.

Cependant Alphonse songeait toujours à son voyage dltalie, et dans cette vue il employait toutes sortes de moyens pour amasser de l'argent ; entre autres il rethit ou négligea de payer les pensions de l'infant don Philippe et de quelques grands seigneurs: aussitôt don Philippe, suivi des Lara, des Castro, des Haro, des Mendozes, et de la plus haute noblesse, leva l'étendard de la révolte. Les rebelles se plaignaient avec aigreur de la dureté , de l'avarice , de la fierté , de Inconstance et des profusions du roi; ils invitaient le peuple à se joindre à eux , protestant , comme tous les rebelles, que l'amour du bien public seul leur mettait les armes à la main ; ils ne s'en tinrent pas là, et appelèrent à leur secours les rois de Navarre, de Grenade et de Maroc. Alphonse réussit à décon-

ibk AtPflO!ISE X.

certer les projets des révoltés, qd se retirèrent dans le royaume de Grenade. Ils y restèrent deox on trois ans, et rentrèrent enfin en grâce après la mortda roi de Grenade, qoi les avait accueillis. Le nouveau roi Alhamir Aboadie vint renouveler Tbommage au roi de Castille, qui le reçut avec beaucoup d^égards, et même Tarma chevalier, dans Fespérance de se rattacher davantage (1273).

Sur ces entrefaites, la mort de Richard d^Ângleterre, compétiteur d'Alphonse à Tempire, vint fortifier les espérances du roi de Castille; mais il apprit bientôt que les électeurs venaient de donner leurs suffrages à Rodolphe de Hapsbourg , et il vit encore ses espérances ajournées. Regardant cette élection , comme une violation de ses droits, il envoya des ambassadeurs au concile de Lyon, pour mettre dans ses intérêts cette assemblée et le pape Grégoire x qui la présidait (i27A). Grégoire, dans la lettre quMl lui écrivit, Texhorta de renoncer, pour le bien de la paix , à ses prétentions , et lui accorda comme par forme d'indemnité, pour six ans, les tierces ou le tiers des décimes, à la charge de les employer pour continuer la guerre contre les mahométans d'Espagne. Alphonse , persuadé qull ferait mieux ses affaires par lui-même que par Tintermédiairede ses ambassadeurs, demanda une entrevue au pape , que celui-ci n'osa refuser*

Alphonse assembla aussitôt les états à Tolède , y déclara son fils aîné Ferdinand, régent du royaume pendent son absence , et partit pour Beaucaire , lieu fixé pour le rendez -vous avec le souverain pontife. Ce voyage devait avoir des suites funestes pour le roi et pour l'Espagne. En effet , à peine Alhamir Aboadie^ roi de Grenade, eut-il appris le départ du roi, qu'il fit prévenir Ben-Ioosef , le roi de Maroc , de Tabsence d'Alphonse, lui représentant cette occasion comme la

-plus favorable poar recouvrer TAndaloutie. lousef entra avec empressement dans les projets du roi de Grenade, ^t pendant que celui-ci faisait tons les préparatifs de guerre nécessaires , avec tant de dissimulation que les ^rbrétiens de la frontière n'en eurent aucune connaissance, lousef débarquait à Algésiras avec vingt mille fournies de bonnes troupes, s'avançait sur Gordoue,tan- ^s que le roi de Grenade marchait sur Jacn. Nun^de Xara , qui commandait à Ecija , s'empressa de demander des secours au régent, qui se trouvait alors à Burgos, et en attendant , il rassembla le plus de troupes possible pour s'opposer au roi de Maroc; mais il fut battu, et périt dans le combat. Don Sancbe d'Aragon, archevêque de Tolède , ayant de son côté voulu s'opposer à Ja marche du roi de Grenade , éprouva le même sort que Lara ; tombé au pouvoir des "Maures , il fut massacré de sang-froid.

Pour comble de malheur, le régent, qui accourait de Burgos, pour venger cette double défaite, tomba malade en route et mourut quelques jours après , laissant de Blanche de France deux fils en bas âge, Alphonse et Ferdinand, appelés comme leur père Lacerda. Tout semblait désespéré, et la Gastille tremblait de voir se renouveler les anciennes et terribles invasions des Maures. Mais Sanche, le second fils du roi, apprenant la mort de son frère, court se mettre à la tête de l'armée, bat successivement le roi de Maroc dans plusieurs rencontres, arme une flotte pour l'empêcher de recevoir des secours d'Afrique , et le force bientôt à se rembarquer. Le roi de Grenade, abandonné de son allié, n'était plus à craindre, et l'Andalousie était sauvée. Jamais service ne fut rendu plus à' propos; mais Sanche sut bien s'en faire récompenser.

Pendant que ces événements se passaient en Espagne, Alphonse débattait auprès de Grégoire xses prétentions

I5k ALPHORSB X.

à remi^re; mais, en ap|H«iiaiit la mort de son fils F«dinand et les désordres qae les Maures commettaient dans ses états , il se hâta de repasser les Pyrénées. Parfont sur son passage il entendait combler d'éloges llnfant don Sanche , le sauveur de la pairie* Le père €t le fils se rejoignirent à Tolède ; là, les grands, gagnés par don Sanche , proposèrent an roi de le dédarer son soccôsenr à la couronne, quoique Ferdinand eût laissé des enfants. Alphonse était très disposé à y consentir, mais, dans la crainte des divisions , il remit la dédsfon de cette affaire à rassemblée des oortès qni fnt conioqnée à Ségovie. Cette assemblée décida que lacouromie devait appartenir à llnfant éxm Sanche, et non aux en- 'fuBd» de Lacerda , parce que, diaprés les lois des Gotlis , qui régissaient sa succession en Espagne , le droit de {HTOxiniité immédiate était préféré aux droits de la représentation : mais le meilleur droit de Sanche fut d'avoir sauvé la Gastille. Le roi acquiesça au Jugement des Gortès ; mais le roi de France, Philippe-le-Hardi, protesta contre cette décision qni privait ses neveux de la couronne, et déclara la guerre à la Gastille. La reine Yolande , mécontente de l'injustice faite aux oifants de Ferdinand, ses petits-fils , se retira avec eux et Blanche leur mère en Aragon (1277). L'année suivante Yolande retourna auprès de son mari, et Blanche se retira en France ; mais les jeunes princes de Lacerda furent retenus en Aragon par le roi Pierre ni. Trois papes consécutife, Jean xxi, Nicolas m et Martin iv, travaillèrent avec zèle, mais sans succès, à terminer la querelle des deux monarques. On tint à ce sujet deux congrès , l'un à Bordeaux, en 1279, en présence des légats du saint-siège; l'autre à Dax, en 1280, sous la médiation du prince de Saleme. Les choses se disposaient en 1282 pour un trdsième congrès dont on espérait une meilleure issue, quand l'infant don Sanche, las de voir inettre sans cesse en

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compromis son droit à la succession de son père , et craignant avec fondement qu'elle ne fût an moins partagée entre loi et les fiOs de Ferdinand, prit le parti de s'en emparer pour écarter le danger dont il était menacé. Les états de Gastille, assemblés à Valladolid, déclarèrent Alphcmse x décha da trône , et y appelèrent don Sanche. Celui-ci n'osa pas cependant prendre le titre de roi , et se contenta de celai de régent : il avait déjà attiré dans ses Intérêts les rois d'Aragon , de Portugal et de Grenade. A peine cette résolution des Gortès fut-elle connue , que llnfortnné Alphonse se Tit abandpnné de tous ses sujets , à l'exception des habitants de Badajoz qui se déclarèrent pour lui. Après avoir sollicité en vain l'ap- ^ pu! des princes chrétiens , il implora la protection du roi de Maroc Le prince mahométan passa sur-le-champ en Espagne avec une puissante armée , et lui adressa , dit-on 9 ces généreuses paroles : « Je viens venger les droits sacrés des pères et des rois en combattant pour vous ; je vous accorde aujourd'hui mon aUiance, parce que vous êtes malheureux; mais une fois rétabli par mes armes sur le trône, songez que je suis votre ennemi ; vous êtes chrétien et moi musulman. Je ne suspens ma haine que pour venger la nature et la majesté royale violées en votre personne. » Le pape se déclara aussi en sa faveur , et lança les foudres de l'excommunication contre Sanche et ses partisans. Ainsi ce roi , dans sa disgrâce , n'eut pour amis que le pape et l'éndr des croyants. Mais leur secours ne lui rendit pas la couronne , et Sanche résista aux armes du Marocain et aux foudres de l'Eglise. Alphonse publia alors à Séville un acte solennel par lequel il déshéritait son fils , et instituait pour lui succéder ses petits-fils , Ferdinand et Alphonse de Lacerda ; il leur substitua , au défaut de descendants , les rois de France. Ce malmalheureux prince mourut le U avril 128/i à SéviDe«

eut la grandeur d'âme de pardonner à son indigne ûls, avant sa mort

Alphonse X est Taateur des tables astronomiques appelées de son nom Alphonsines; il a aussi écrit une histoire d'Espagne en langue castillane ; il publia sur la fin de son règne le code d'Espagne , si connu sous le nom de las siete Partidas > ou les sept parties , code dans lequel il a au moins autant suivi les lois romaines que celles des Goths : il est encore auteur dHm grand nombre d'autres ouvrages. Sa grande passion était d'inspirer aux Castillans , encore plongés dans la barbarie , le goût des sciences , des lettres et des arts, n accorda des privilèges immenses à l'université de Salamanque , et y fonda neuf chaires , une entre autres de musique. Il ordonna qu'au lieu d'écrire les actes publics en latin , on ne fît désormais usage que de la langue du pays. Ce prince établit le gouvernement dvll , te) qu'il a subsisté jusqu'à nos jours en Espagne. Ce fut lui qui créa les charges de corrégidors et d'alcades. Ces officiers , sous des noms différents , exerçaient les mêmes fonctions ; les corrégidors dans les grandes cités 9 les alcades dans les petites villes , dans les bourgs et les villages. Il créa aussi les grands officiers de la couronne , et confirma ou augmenta leurs privilèges ; il distingua spécialement les grands des ricos-hombres ou simples gentilshommes. Enfin chaque ordre de l'état connut par lui son rang et ses prérogatives; chaque citoyen , les lois de sa patrie , et chaque Castillan, ses devoirs.

Pendant que la guerre civile désolait la Gastille , le roi d'Aragon , Pierre ui , tentait la conquête de la Sicile où il avait été appelé pour venger Gonradin , si cruellement mis à mort par Charles d'Anjou. Il prétendait au trône de Naples et de Sicile , du chef de sa femme, fille de Mainfroi qui avait quelque temps oc-

cupé ce trône ; mais la haine des Siciliens contre les Français était pour lai un moyen plus sûr d'y parvenir. Aussi, après l'horrible tragédie des Vêpres Siciliennes, quand Pierre m parut sur les côtes de Sicile , il fut reçu aux acclamations des habitants , et bientôt couronné à Palerme. Mais tandis qu'il gagnait une couronne , il était menacé de perdre celle qu'il tenait de ses pères. Une armée française envahit TAragon, et ne fut arrêtée que par Sanche de Gastille , accouru au secours de son allié. La noblesse d'Aragon profita du cruel embarras de son roi , pour faire augmenter ses privilèges qui étaient déjà immenses. Pierre consentit aux demandes des seigneurs , et l'autorité royale fut réduite en Aragon à n'être plus qu'une simple magistrature , dont le pouvoir était très-limité.

La Navarre p^ssa (1281) à la maison de France par le mariage de Jeanne , fille et héritière de Henri i , avec Philippe roi de France.

GÂSULLE : SANCUE IV , SURNOMMÉ LE BRAVE.

ARAGON : PIERRE III , jusqu'en 1285.

ALPHONSE m , jusqu'en 1291.

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