‹ Histoire d'Espagne, par l'auteur de l'Histoire de RussieChapitre 59 sur 84 · FERDINAND V · texte numérisé non relu

FERDINAND V

Quatre tyrans se partageaient FEspagne chrétienne. Pierre le Gmel était le fléau de la Gastille ; Pierre vi , dit le Cérémonieux, et qa*on aurait à plus juste titre nonuné le fourbe « n'épargnait pour satisfaire son ambition ou sa vengeance, ni le fer, ni le poison; et ses frères furent ses premières victimes. Pierre i, dit le Justicier^ roi de Portugal, ne versait pas le sang avec autant d'abondance et de facilité que les deux premiers, mais son âpreté sauvage n'en faisait pas un tyran moins insupportable. Charles n,dit le Mauvais, ne semblait né que pour la honte de la France , sa patrie , et le malheur de la Navarre, son royaume.

Pierre n'avait que quinze ans à la mort de son père. Marie de Portugal, mère du jeune roi, et Jean Alphonse d'Albuquerque , son gouverneur, furent chargés de l'administration des affaires. La reine mère commença l'exercice de son pouvoir par un acte de vengeance , qui devait avoir des suites bien funestes. Eléonore de Guzman avait été, dit-on, secrètement mariée à Alphonse xi qui en avait eu plusieurs enfants, qu'il avait comblés de richesses et d'honneur. Malgré son union avec la princesse de Portugal, Alphonse avait toujours conservé beaucoup d^affection pour celle que des raisons d'état ne lui avaient pas permis d'élever jusqu'au trône. La reine

176 nRRRE I.

Marie n^ayait osé se plaindre da TivaDt de son époux ; mais, à sa mort , le premier usage qa^eUe fit de soi pouvoir fut d'arrêter Eléouore et de la faire étrangler dans son palais, sous les yeux du roi; funeste leçon qu'elle donnait à son fils et dont il sut bientôt profiter.

Henri, conte de Transtamare, fils aine d'Eléonore de Guzman et d'Alphonse xi, jure de yenger sa mère, et bientôt il forma un parti nombreux; mais cette première tentative fut «sans résultat; Transtamare vit son parti dissipé et fut obligé de s'enfuir en Portugal (1352).

Après avoir rendu le calme à la Gastille, Pierre songea à se marier. Il jeta les yeux sur Blanche de Bourbon , fille de Pierre, duc de Bourbon, descendent de saint Louis. Le mariage fut célâiré à Valladolld le 3 juin 1353. Dès le lendemain, le roi quitta son épouse, chassa tous leÀ officiers qu'elle avait amenés de France , et la confina dans une étroite prison , la réservant au poison qui devait bientôt abréger sa vie.

Les malheurs de cette princesse attendrirent le peuple et le soulevèrent contre le roi. Cordoue, Guença, Jaên, Talavera, les plus nobles familles, les Haro, les Albornoz, les Albuquerque, les Ponce, les Pacheco, et presque tous les chevaliers se déclarèrent pour la reine; les infants d'Aragon et la reine mère se joignirent aux mécontents. Les efforts de Pierre pour dompter cette rébellion ne servirent qu'à la grossir. Il se vit bientôt abandonné du petit nombre de grands qui étaient restés auprès de lui. Pierre ne fit que s'irriter des efforts dirigés contre lui et il s'abandonna à toute la férocité de son caractère, qui couvrit la Gastille de sang et d'horreurs.

Enfin, en 1366, Henri de Transtamare, secondé par le roi de France, entre en Gastille avec ces fameuses compagnies blanches, ou grandes compagnies qui, après avoir longtemps fait la guerre en France pour ou contre

Page 1