‹ Histoire d'Espagne, par l'auteur de l'Histoire de RussieChapitre 66 sur 84 · JBAN II, ROI DE NAVARRE · texte numérisé non relu

JBAN II, ROI DE NAVARRE

nÂvARBE : JEAN U, ROI D'ARAGOBI.

HGNRI m 191

PORTUGAL : ALPHOKSE T, DIT L'APBICAIN.

Le règne do Henri iv fut encore plus mallieureux <|oe celai de son père. J^e mépris des lois et de Pautorité royale; la licence la plus eirrénéc, la periidie, la trabison , les assassinats , les |s;uerres civiles , les scènes les pins scandaleuses, tels sont les tableaux quWrent les vingt ans de ce règne. Le ix)i, la reine Jeanne, les ministres, les grands, donnaient l'exemple de la plut honteuse dépravation. Nous passerons sou*^ silence toutes ces tarpitudes pour arriver à Tévènenient le plus extraordinaire qui en fut la suite, et dont Thistoire n^offre aucun autre exemple. En lZi6A , une conjuration qui se tramait sourdement parmi la noblesse éclata tout-à-coup en plein jour au milieu de Madrid, où les mécontents s'étaient, rassemblés. Henri accourt pour la réprimer; peu s'en fallut qu'il ne fût enlevé par les conjurés. Pour se tirer d'embarras, il s'engage à reconnaître pour son successeur l'infant Alphonse , son frère , et laissa à cinq commissaires le soin de remédier aux troubles du royaume. Il fait plus, il a l'imprudence de remettre Alphonse entre les mains des chefs de la ligue. Maîtres de la personne de ce prince, ils le mettent à leur tête, et s'étant rendus, le 5 juin 4û65 , dans la plaine d'Avila, ils y procèdent juridiquement à la déposition du roi. On éleva au milieu de la plaine mi vaste théâtre , au milieu duquel paraissait sur un irône l'effigie du roi revêtu de ses ornements , une couronne sur la tête , un sceptre en main, et l'épée de Justice à son côté. L'accusation contre le monarque fut lue à haute voix , et la sentence de déposition prononcée en présence d'une nombreuse assemblée. Après la lecture du premier article des charges, l'archevêque de Tolède s'avança et ôta la couronne posée sur la tête de l'effigie; après celk du se-

ilK! BEKIU IV.

coDd article, le comte de Placentia arracha Tépée de Justice; à la fin du troisième, le comte de Bénarenté enleva le sceptre ; enfin , à la suite du quatrième , don Diego Lopez de Stuniga renversa Teffigie du trdne; elle fut aussitôt foulée aux pieds et chargée d'insultes et d^imprécations. Après cette étrange et extravagante cérémonie, Alphonse monta sur le théâtre où Ton venait d'outrager la majesté royale d'une manière si sanglante. Tous les grands du royaume se jetèrent à ses pieds, et le proclamèrent roi sous le nom d'Alphonse xn.

Cette scène, préparée pour produire un grand effet sur la multitude, ne fit qu'exciter l'indignation du peuple qui , de toutes parts, s'offrit pour venger Footrage fait à son légitime souverain. Henri se vit bientôt à la tête de cent mille hommes; mais, au lieu d'employer cette armée à terrasser les rebelles, il se laisse amuser par des propositions d'accommodement , cènsent à une trêve, et licencie ses troupes. L'audace des conjmrés se ranime, et la guerre civile continue. Alplionse étant mort le 5 juillet 1/168 , les rebelles offrent la couronne à Isabelle, sœur du roi, quia la générosité ou phitdt Thabileté de la refuser ; mais elle demande et elle obtient d'être nommée princesse des Asturies, et reconnue en cette qualité pour héritière de la couronne de Castille et de Léon. Le roi acquiesce aux désirs de sa sœur, par un traité que les rebelles lui font signer; traité par lequel il répudiait sa femme Jeanne de Portugal, et déclarait illégitime la fille de cette princesse, aussi nonunée Jeanne. Isabelle, assurée du trône, se vit bientôt recherchée par différents souverains. Le roi de Portugal la demandait pour lui-même; le roi d'Aragon , pour Ferdinand son fils; le roi de France, Louis xi , pour son frère le duc de Guienne. Isabelle fixa son choix sur Ferdinand, que son père venait de nommer roi de SIcUe, et d'associer à la souveraine puissance dans les états

Page 1