‹ Histoire d'Espagne, par l'auteur de l'Histoire de RussieChapitre 74 sur 84 · QUINT · texte numérisé non relu

QUINT

PORTUGAL : EMMANUEL LE FOBTUNÉ, jUSqu'CD 1521.

JEAN lU.

Ecrire l'histoire complète du règne de Charles-Quint , serait écrire Thistoire de TEurope entière pendait les quarante années que ce prince occupa le trône. En effet, les affaires d''Espagne , durant tout ce temps , se trouvent mêlées à celles de TEnrope entière , qui travaille laborieusement à Tenfantement de cet équilibre politique, ébauché par le traité de Passau , et achevé par celui de Westphalie , quatre-vingt-douze ans plus tard ». Les limites de cet ouvrage ne pouvant admettre un plan si vaste , nous nous bornerons aux événements de la Péninsule ; si quelquefois il nous arrive d*en mentionner d'un ordre plus général, ce sera parce qu'ils sont liés trop intimement aux autres pour être séparés.

Charles , duc de Luxembourg , archiduc d'Autriche , fils aine de Philippe et de Jeanne , se trouva héritier de la monarchie espagnole à la mort de son aïeul Ferdinand. Outre les vastes contrées qui composaient l'héritage de Ferdinand et d'Isabelle , et dont nous avons donné le détail plus haut, Charles possédait souverainement, comme représentant de la maison de Bour-

1 Le célèbre Robertson , en consacrant deux volumes in-i** à son admirable liistoire du règne de Charles-Quint , n'a encore prétendu faire qu*un abrégé.

Quoiqu*en Espagne, dont nous nous occupons ici spécialement , ce prince porte le nom de Charles i , nous rappellerons habituellement Charles Quint , nom sous lequel U est plus connu.

gogne « la Flandre , les Pays-Bas , le ducbé de Laxembourg et la Franche-Gomté ; ainsi , à Tâge de seize ans à peine (il était né le 25 février 1500) , il se trouvait le plus puissant monarque de l^nrope.

En apprenai^t la maladie de Ferdinand, Charles , qui se trouvait à Bruxelles, avait envoyé en Espagne Adrien , doyen de Louvain , pour épier la position des partis , et veiller aux intérêts de Théritier légitime. A la mort du roi , Adrien réclama la régence , en vertu de la commission qu'il avait reçue ; le conseil s'opposa fortegient à cette prétention ; mais le cardinal Ximénès, auquel la régence avait été laissée par le testament du feu roi , ne contesta pas à cet inattendu rival un vain titre , et consentit à partager Tadministration avec lui ; mais, de fait, il continua à être le maître de tout Le conseil de Gastille adressa une lettre de félicitation à Charles , en lui donnant le titre de roi , et l'invita à visiter son nouvel héritage. En réponse , le prince confirma le cardinal dans la régence. Les états d'Aragon refusèrent à Charles le titre de roi , tant que vécut la reine sa mère.

Pendant sa courte administration, le cardinal Ximénès, quoique âgé de près de quatre-vingts ans , se distingua par sa capacité, son activité et son énergie ; son premier antagoniste fut le roi détrôné de Navarre , Jean d'Aïbret, qui crut pouvoir profiter de la transition d'un règne à l'autre pour recouvrer ses états. Mais le duc de Najera , nommé vice-roi de Navarre , força le malheureux Jean à battre en retraite ; ni Jean * , ni son

> Us ne laissèrent à leur fils Henri d'Albret , que ce qui leur restait en deçà des Pyrénées, et le vain titre de roi de Navarre. Jeanne d'Albret, fille de ce dernier, porta ce modique héri^ tage et ce titre dans la maison de Bourbon, par son mariage avec Antoine de Bourbon. Enfin, le fils de Jeanne, notre célèbre Henri iv , réunit cette succession à la France.

épouse Catherine de Foix ne survécurent longtemps à ce nouTeau malheur.

Cependant Tadministration de Ximénès faisait murmurer les grands , qui , regardant toujours les intctim de la monaithie comme un casuel de leurs attributions, s'indignaient de se voir supplantés par un prêtre , naguère simple cordelier. Quand, pour réparer les brèches faites aux revenus de la couronne il commença à révoquer ou à diminuer les dons exorbitants concédés à quelques familles , leur mécontentement ne connut plus de bornes. Trois députés de la noblesse lui furent envoyés pour lui demander en vertu de quelle autorité il exerçait ses fonctions, « car, disaient-ils, il ne pouvait tenir ses droits de Ferdinand , puisque lui-même n'était que simple administrateur , ni de Charles qui , étant mineur, ne pouvait faire aucun acte de souveraineté* » Le cardinal , après les avoir écoutés avec beaucoup de sang-froid , leur dit : « Vous me demandez eu Tertu de quels droits j'exerce la régence , je vais vous le faire voir à Tinstant ; » et , ouvrant une croisée du palais où la scène se passait, il leur montra sur la place un corps de troupes considérable , en ordre de bataille , et soutenu par une formidable artillerie , et il ajouta : « Voilà mes droits , messieurs , osez-vous les contester? Je vous déclare que c'est avec. ces pouvoirs que je gouvernerai l'Espagne jusqu'à la venue du prince. i> Ces paroles refroidirent aussitôt la turbulence des seigneurs.

Il faut convenir que ce grand homme fit un bon usage de ses moyens, et que la monarchie espagnole de Ferdinand et de Charles-Quint lui a de grandes obligations. Ximénès fut l'habile destructeur de l'oligarchie en Espagne ; c'est par ses conseils que Ferdinand et Isai>elle triomphèrent des grands , et ce qui doit paraître admirable , c'est que ce triomphe s'opéra sans

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violence , sans abos de la force, sans effioaloii de sang. Son administration, dit avec raison un écrivain espagnol, est un modèle à proposer à tous les arinistres : ses .lumières égalèrent sa fermeté ; et son oppositioii constante à la noblesse ne coûta jamais rien a« respect dû à la naissance, de même que sa bonté pour les^ petit» ne lui fit jamais perdre de sa dignité. Il faut ajouter à ces traits divers , trop insuffisants pour peindre im si grand homme, qu^au milieu de la plus immense fortune, il vécut constamment comme le plus austère cénobite; et que, favorisant les lettres et les arts, il méprisa le faste , et fut insensible à Tattraitde toutes ks voluptés qui dominent les hommes.

Les Castillans étaient impatients de voir leur noBvean souverain ; mais Charles , attaché aux Pays-Bas o il avait été élevé , ne se pressait pas de se rendre à leurs vœux. Enfin , sur les instances de son grand-père , Tempereur Maximiiien , il partit au mois d^août iM7 , et débarqua à Viliaviciosa dans les Asturies , le 19 sqh tembre suivant. Le cardinal Ximénès , ayant appris son arrivée , se hâta d^aller à sa rencontre ; mais il fut surpris, à Roa, sur la route, par une maladie qui le conduisit au tombeau , le 8 novembre, à Page de quatrevingts ans.

Charles convoqua les cor tes de Castille en 1518, et s^y fit solennellement reconnaître pour roi. Il éprouva plus de dilficuUé en Aragon , et surtout en Catalogne et à Valence, où Ton ne voulait le reconnaître que comme régeat , pendant la vie de sa mère, à qui seule appartenait la couronne. Cependant ces difficultés s^applanirent , et le titre de roi ne lui fut pas plus contesté dans FAragon qu^ailleurs. Pendant qu'il était à Bafeelonne pour terminer ces affaires, il aiTîva un évènemest qui devait avoir une grande influence sur sa vie future , sur ses états héréditaires et enfin sur toute l^urope ;

GaARLES I. 9i%

c'était son élëvation au trône impérial , Tacant par la mort de son afeul Maximilien. L'électeur de Saxe et TVançois i avalent été les candidats portés par les électeurs. Le premier aralt plus de chances de succès ; mats il refosa cet lionneur, et engagea les électeurs à donner leurs voix au roi d'Espagne, petit-fils de l'empereur décédé. On suivit cet avis , et de là naquit la rivalité qui subsista si longtemps entre François i et Gharies- Quint.

La même année que Charles recevait la couronne hnpériale d'Allemagne, Fernand Gortez faisait pour lui la conquête d'un empire plus vaste encore, du Mexique.

Charles eut beaucoup de peine à obtenir de l'argent de ses nouveaux sujets , pour les frais de son voyage en Allemagne , et il eut beaucoup de peine à apaiser les soulèvements qui eurent lieu dans plusieurs villes. Néanmoins il partit ( 1520 ) , laissant la régence au cardinal Adrien.^ Charles s'embarqua au mois de mai pour l'Anglelerre , afin de concerter avec Henri vm le moyen d'abaisser la France. De là il devait se rendre en Allemagne. (15^).

Le départ du roi n'était pas fait pour calmer l'agitation; la fermentation devint générale, et bientôt l'explosion se fit. Les communeros de Ségovie pendirent tous les al^aziis et ofiiciers royaux, dont ils purent se saisir. La ville de Zamora mit plus d'atrocité encore dans les effets de son ressentiment. Valladolid imita Ségovie, et les mêmes scènes tragiques eurent lieu à Madrid, ainsi que dans les principales villes de la Gastille et de Léon. Le gouvernement impopulaire qui représentait le roi se vit dans la Situation la plus périlleuse. Un des chefs de la rébellion , Padilla de Tolède , profita de la consternation des régents et de l'incertitude qui en était la suite, pour entrer à Tordésilas, et s'emparer de la

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reine folle, afin de donnera la révolte on fantdaie de chef, ou peut-être nn motif de légitimité* Les ordres les pins rigooreux forent expédiés an nom de celte princesse. Le cardinal Adrien, s'étant sauvé à la faveur dHm déguisement, se réfugia à Rioseca, d'oà il écrivit à Charles qu'il risquait de perdre TEspagne, s^ ne hâtait son retour.

L^mpereur, en apprenant ce qui se passait en Gastiile, associa à la régence le connétable et Tamiraute de Castille. Le duc de Najera , gouverneur de Navarre, envoya une armée aux régents, et le roi de Portugal leur préu cinquante mille ducats. Alors on vit changer la face des affaires. Burgos se soumet; le connétable et Tamiraute se trouvent bientôt à la tête de cinquante mille hommes. Le comte de Haro, fils du connétable, prend Tordesilas d'assaut, arrache la reine des mains des rebelles et enlève presque tous leurs députés assemblés dans cette ville.

Haro, secondé par le comte d'Onate, livra une bataille dans les environs de Viilalar, aux' communeros commandés par Padilla. Les royalistes furent vainqueurs; Padilla et presque tous les cheU du parti populaire furent faits prisonniers. Dès le lendemain, ils subirent tous la peine capitale ( 1521 ). Yalladolid , Médina del Campo, SégOYie, Avila, Salamanque et Zamora se soumirent. La seule ville de Tolède , animée par dona Maria Pacheco, veuve de Padilla , persista dans sa révolte. Cette femme intrépide s'empara de TAlcazar , et contraignit les troupes royalistes, qui déjà s'étaient introduites dans la ville , à l'évacuer. Tolède fut bientôt bloquée par plusieurs divisions de l'armée royale , qu'un premier succès avait triplé de nombre; mais les communeros^ animés, soutenus par le grand caractère que déployait Aiaria Pacheco , se défendirent avec la plus rare intrépidité. Enfin privés de vivres, sans espérance d'être secourus ,

ils forent obligés de capituler. La médiation du clergé leur fit obtenir une amnistie^complète , à condition qu'ils poseraient les armes. La seule Maria Pacheco, soit qa^elle n'espérât pas de grâce , soit que le supplice de son époux Peut rendue implacable , soutint dans TAlcazar un siège de plus de trois mois. Enfin, ayant perdu tout espoir de résistance , elle se sauva avec son jeune fils , tous deux déguisés en paysans de l'Estramadure , vers le Portugal. Tout fut fini , et Tarrivée de Charles acheva bientôt d'assurer la tranquillité. (1522).

L'Empereur était débarqué à Santander, le 16 Juillet. De là il se rendit à Palentia, puis à Tordésilas pour visiter sa mère , et enfin à Yalladolid , où il publia une amnistie solennelle ; quatre - vingt personnes des plus compromises en étaient cependant exceptées ; mais dix ou douze seulement furent punies du dernier supplice. Le conseil d'Espagne demandait encore des exemples de sévérité. «Je n'y consentirai jamais , répondit Charles , c'est assez de sang répandu. » La réponse qu'il fit à un délateur mérite d'être citée. Cet homme informa l'empereur du lieu où était caché un gentilhomme excepté de l'amnistie : «Vous auriez mieux fait, lui dit le monarque , de l'avertir que je suis ici , que de me dire où il est »

Pendant les troubles suscités par les communeros^ Henri d^Albret fit , à l'instigation et avec le secours des Français, une tentative sur la Navarre. L'armée française assiégea et prit Pampelnne. Parmi les officiers espagnols qui se distinguèrent à ce siège, on cite Fgnace de Loyola , depuis fondateur de la célèbre société de Jésus. Cependant les Français , au lieu de se fortifier en Navarre , ayant voulu pénétrer dans la Castille , furent battus à Navas deEsquiros, et rechassés au-delà des Pyrénées.

Après l'échec reçu en Navarre , François i , jaloux de

la puissance toujours croissante de Charles Quint , renouvela ses prétentions sur le duché de Milan; ce prince cherchait obstinément une occasion pour commettre au sort des armes la question de prééminence, que les électeurs de Tempire avaient décidée entre lui et Charles , en donnant la préférence à ce dernier.

On sait que cette guerre, qui dura plusieurs années, et dans laquelle les troupes impériales obtinrent une assez constante supériorité , se termina par la fameuse journée de Pavie, qui mit le roi de France entre les mains de son peu généreux rival (1521 à 1525). Nous n'entrerons pas dans les détails de cette guerre qoi appartiennent plus à l'histoire de France , d'Italie et d^Allemagne , qu'à celle d'Espagne.

A la même époque , François Pizarre faisait la con^ quête du Pérou , et ajoutait encore un empire aux immenses possessions de Charles Quint.

La victoire de Pavie étonna l'Europe, et répandit l'inquiétude chez tous les princes. Naples , la Sicile, le Roussillon , avec la Navarre et la Lombardie , appartenaient à Charles Quint ; souverain des Pays-Bas et de la Franche - Comté , il enveloppait la France d'un vaste réseau, et, maintenant qu'il tenait son roi prisonnier, qui Tempêchait d'écraser cette puissance ? Alors l'Europe entière devenait la proie d'un seul homme. Ces réflexions changèrent les dispositions de la plupart des princes qui étaient entrés dans la ligue contre la France, et les mesures qu'ils prirent empêchèrent Charles Quint de tirer de sa victoire tout le parti qu'il en eût pu espérer.

François i fut transféré à Madrid. Avant son arrivée en Espagne , Charles avait assemblé son conseil , et avait demandé comment il devait traiter son prisonnier. « Comme votre frère et votre ami , lui avait dit Tévéque d'Osma, et lui rendre la liberté, sans autre condition

qoe de devenir votre allié. » L'impitoyable duc d'Albe opina qa'il fallait le retenir en prison , et conquérir la France qui se trouvait destituée du secours de son souverain. Charles Quint était trop clairvoyant pour croire à la possibilité d'exécuter ce dernier avis,, et trop peu généreux pour suivre le premier. Il se contenta de mettre la rançon de son prisonnier au plus haut prix possible , et de lui dicter une paix, dont les conditions humiliantes ne pourraient être exécutées. C'était un moyen de se réserver l'occasion de crier à la mauvaise foi de son rival.

François fut forcé d'abandonner toutes ses prétentions sur les états de Milan, de Gênes, deNaples, des Pays-Bas et de Bourgogne ; il offrait même de rendre au connétable de Bourbon, dont la trahison avait le plus contribué à sa défaite, ses diverses dignités et ses états. Isa paix de Madrid ( 1526) confirma toutes ces douloureuses concessions , avec la condition subsidiaire que si , au bout de six mois , elles n'étaient pas rigoureusement accomplies , François viendrait se remettre en prison.

Lorsqu^après le retour du roi de France dans ses états, Charles Quint lui fit demander l'exécution du traité de Madrid , François i, pour toute réponse, fit assister l'envoyé de l'empereur à une audience des députés de Bourgogne, qui déclarèrent au roi qu'il n'avait pas le pouvoir de démembrer aucune province de la monarchie. En même temps, on publia la ligue formée entre le pape , le roi de France , la république de Venise , François Sforce, duc de Milan, et toutes les puissances de l'Italie, pour arrêter les progrès de l'empereur. Le roi d'Angleterre se déclara protecteur de cette ligue , dont le pape Clément vn était le chef. Mais les efforts de A ligue, mal dirigés, amenèrent de nouveaux revers; Rome fut prise d'assaut et pillée par les troupes du con*

nétable de Boarbon , qui fut tué au commencfmeiit de Tattaque, .et le pape devint le prisonnier de Fempereur. Charles Quint, qui reçut à Burgos la nouvelle de cet événement, désavoua en public Pentreprise du connétable comme sacriiége; il prit le deuil , le ùi prendre à sa cour , et poussa la dissimulation jusqu'à ordonner des prières pour la délivrance du pape , à qui d*an trait de plume il pouvait rendre la liberté. Il exigea pour la rançon du Saint-Père /iOO mille écus d'or, la remise de plusieurs places fortes, et l'engagement de oe point mettre obstacle aux prétentions de l'empereur sur Napies et sur Milan ; il rendit aussi la liberté aux enfants de France, qu'il retenait en otage, et reçut deax millions de François i. Henri viii et le roi de France déclarèrent alors solennellement la guerre à Charles Quint Celui-ci répondit avec aigreur au héraut d'armes que lui avait envoyé François, et il accusa ce monarque d'avoir manqué â sa parole. François répondit par des propos injurieux; et il résulta de ces altercations entre les deux souverains un défi en combat singulier, qui fit un très-grand bruit en Europe et n'eut pas de suite.

On était généralement las de la guerre ; les princes chrétiens, oubliant leurs fatales inimitiés , consentirent à déposer les armes. Quelques ouvertures faites par le pape amenèrent la paix dé Cambrai , qui fut signée en partie sur les mêmes bases que celle de Madrid ( 1529 ). Peu de temps après, Charles Quint quitta l'Espagne, pour venir à Bologne en Italie , où il se fit couronner roi de Lombardie et empereur des Romains , par ce même pape qu'il retenait naguères prisonnier.

Bientôt Charles fut dans le cas de se montrer à la hauteur des obligations que lui imposait son titre, comme protecteur de la chrétienté. Soliman, empereur des Turcs, ayant attaqué la Hongrie ot la Bohême, fut repoussé par l'empereur chrétien, qui commandait en per-

soDDe 8011 armée. Immédiatement, après la guerre contre les Turcs, Charles Quint, qui jusqu'alors avait paru peu sensible à la gloire militaire , entreprit, en 1535 , contre le fameux Hariadan - Barberousse , une expédition qu'il voulut diriger en personne. Cette expédition réussit complètement; il replaça sur le trône de Tunis Muley-IJassem, vassal du roi d'Espagne , qui avait été expulsé par Barberousse; trente mille Turcs furent passés au fil de Tépée , et vingt mille esclaves chrétiens furent délivrés de l'esclavage.

Sur ces entrefaites , François Sforce, duc de Milan , meurt et lègue ses états à l'empereur qui les lui avait rendus. Cet événement réveilla les prétentions de la France sur ce pays. Nouvelle guerre , dans laquelle les Français , après un début victorieux , éprouvent des revers et sont réduits à rétrogader. Charles pénètre en Provence , et bientôt la disette et les maladies qui déciment son armée le forcent à la retraite. Une trêve de dix ans fut conclue entre les deux souverains , par Tintelrmédiaire du pape, et l'empereur rentra en Espagne.

Sa conduite dans ce pays , depuis la révolte des cornmuneros, lui avait complètement gagné l'affection du peuple. Comme l'expérience lui avait appris à être politique, les déférences qu'il montrait aux coutumes nationales, la préférence qu'il accorda aux habitants du pays, le soin qu'il prit d'identifier ses intérêts et ses projets avec ceux des Espagnols , lui firent acquérir sur ses sujets un ascendant que peu de ses prédécesseurs eussent jamais obtenu.

Malgré ses fréquentes absences d'Espagne , son règne ne fut plus troublé par des insurrections, à moins qu*on ne veuille donner ce nom à une révolte des Maures, qui demandaient à reprendre leur ancienne religion. Charles s'y refusa , leur ordonnant de quitter le royaume, s'ils ne voulaient pas être chrétiens. Deux mille d'entre eux

passèrent en Afrique ; un plus grand nombre se soumit à TËglise ; mais tout le reste prit les armes. Une armée marcha aussitôt contre eux ; ils furent chassés de fort en fort, de montagnes en montagnes, jusqa^à ce qu'affaiblis, épuisés, ils furent obligés de déposer les armes et de plier sous le joug de fer des vainqueurs. Ce fut la seule insurrection sous ce règne ; mais sous celui de Philippe uil y en eut une bien plus formidable, conome nous le verrons bientôt ( 152^ ).

Charles avait épousé en 1525 la prineesse Isabelle, sœur de Jean in, roi de Portugal; de ce mariage était né en 1527 finfant don Philippe, qui fut proclamé prince d'Espagne Tannée suivante. C'était la reine Isabelle, que Charles chargeait de la régence d'Espagne , quand ses affaires l'appelaient en Allemagne ou en Italie ; plus tard , quand son fils eut atteint dix-huit à \ix\gi ans , il lui laissait cette chai*ge pour l'accoutumer à Part si difficile de gouverner.

Les ruineuses expéditions de Charles Quint avaient tari les sources de la prospérité publique ; il fallut recourir aux subsides. Il assembla à Tolède les certes de CastiUe et de Léon , et sollicita l'établissement de nouveaux impôts. Il éprouva un refus et congédia l'assemblée, le cœur plein d'indignation, mais en ayant l'air d'approuver les raisons apportées par le clergé et la noblesse pour motiver leur résolution. Depuis cette époque les nobles et les prélats ne furent plus appelés à ces assemblées ; on n'y admit que les seuls représentants des villes. Du reste, la tranquillité publique ne fut nullement troublée ; mais dans les autres états de Charles tout ne se passa pas aussi paisiblement. La demande de nouveaux subsides souleva la ville de Gand, et tous les Pays-Bas menaçaient de suivre cet exemple. Une prompte répression pouvait seule arrêter le désordre. Charles sollicita du roi de France la permission

de traverser ses états ; elle lui fut accordée. François i oublia qu'il tenait en son pouvoir son plus grand ennemi ; il l'accueillit avec magnificence ,• et rejeta ftèrement la proposition que lui fit un courtisan de le retenir prisonnier. La révolte des Pays-Bas fut promptement apaisée par la présence du maître, qui fit punir de mort quelques-uns des principaux coupables, en exila un grand nombre , et supprima les privilèges de la ville de Gand ( 15^0 ).

L'amiée 15^1 fut fatale à Charles Quint. Les corsaires d'Afrique infestaient les côtes d'Espagne et d'Italie , et y répandaient de continuelles alarmes. Charles résolut d^aller détruire Alger, le repaire principal de ces pirates. Il réunit à grands frais une nombreuse armée et une flotte considérable, et, malgré l'avis de Doria, son amiral, il mit à la voile au mois d'octobre, dans la saison la plut orageuse de l'année. La descente s'opéra sans difficulté; la ville d'Alger fut investie, et Charles Qaint vint camper à l'endroit qui porte encore le nom de fort l'Empereur. Mais un ouragan épouvantable détruisit sa flotte, renversa son camp et le força à une retraite désastreuse. Une grande partie de sa flotte et de son armée fut détruite.

Au retour de cette expédition , où il courut les plus grands dangers, le refus qu'il fit de donner au roi de France l'investiture du Milanais engagea une nouvelle guen'e , terminée par la paix de Crespy , qui remettait les choses à peu près dans le même état qu'auparavant

(ibliU).

Depuis cette époque, jusqu'à la fin de son règne, Charles Quint ne fut occupé que des aff'aires d'Allemagne, agitée alors par le protestantisme. Mais cette partie de la vie politique de Charles, quoique fort intéressante, est étrangère à l'histoire d'Espagne, où le protestantisme 9 grâce à l'inquisition, ne put jamais

pénétrer. Dans celte période de son règne, U déploya toutes les ressources , toute Tactivité de son génie encore dans toute sa force; et cependant son étoile pâlit; il éprouva de cruels revers; il put s^apercevoir, comme Fa dit un écrivain célèbre, que « sa puissance n^étaitplus qQ*un amas de grandeurs et de dignités, entouré de précipices. »

Fatigué des affaires, tourmenté par les douleurs de la goutte, dont les accès devenaient de plus en plus fréquents , il songea à passer le reste de ses jours dans la retraite. Dans ce dessein , il fit venir à Bruxelles son fils Philippe, qu'il avait marié en 1556 à Marie, reine d'Angleterre, et il lui remit solennellement ses états héréditaires des Pays-Bas, le 25 octobre 1555. Le 16 janvier de Tannée suivante, il abdiqua pareillement là couronne d'Espagne, et de toutes les possessions dépendantes de l'ancien et du nouveau monde , en faveur de ce prince. Enfin, le 7 septembre suivant, il envoya à son frère Ferdinand, déjà roi des Romains, les ornements impériaux , avec sa renonciation à Tempire. Dix jours après, U s'embarqua à Flessingue pour l'Espagne, accompagné de ses sœurs, Marie, douairière de Hongrie, et Eléonore de France. Puis, disant au monde un étemel adieu, le 26 février 1557, il se retira an monastère de Saint-Just, dans i'Ëstramadure , ne retenant après lui qu'un petit nombre de domestiques. Ce fut là qu'il goûta les délices de la vie privée , partageant son loisir entre les exercices du cloître , la culture d'un jardin dont il avait tracé lui-même le plan , et des expériences de mécanique. Il mourut dans cette retraite le 21 septembre 1558, dans la cinquante-neuvième année de son âge.

Telle fut la fin de Charles Quint, sous le règne duquel la fortune de la maison d'Autriche fut prodigieuse. Tout concourut à la puissance de ce prince pendant plusieurs

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années, « et pour lui procurer un nouveau genre de grandeur , dit Montesquieu , le monde s'étendit , et Ton vit paraître un nouveau monde sous son obéissance. » Ce prince avait un maintien noble, des manières élégantes et polies ; il parlait peu et souriait rarement. D'une fermeté persévérante. lent à se décider, prompt à exécuter, montrant autant de fécondité dans les ressources que de sagacité dans le choix des moyens ; doué d'un jugement froid, toujours maître de lui, ne se laissant jamais dominer par Tamour des plaisirs , il fut tout entier à son ambition et triompha facilement des obstacles. Quoique sa duplicité fût connue , il savait si bien feindre la générosité et la sincérité, qu'il trompait constamment ceux qui avaient déjà été dupes de ses artifices. Il avait le talent de connaître les hommes et de les employer utilement pour ses intérêts. Aucun souverain n*a mieux connu l'art de se faire et de conserver des alliés. Quoiqu'il eût presque toujours les armes à la main, il cherchait plutôt à étendre sa puissance que sa renommée militaire, et se montrait plus jaloux du pouvoir des souverains, qne de la gloire des généraux. On lai a reproché d'aspirer à la monarchie universelle , et tout porte à croire qu'il l'aurait établie dans sa famille , s^il avait réussi à pacifier l'Allemagne et à rendre héréditaire la couronne impériale. Lorsqu'il trouva des obstacles insurmontables, il détourna ses regards d'un monde qu'il ne pouvait subjuguer tout entier, et s'enferma dans un cloître.

Quoique Charles Quint eût peu étudié les lettres dans sa jeunesse, il protégea les sciences et les arts. Il pensionnait plusieurs savants , et prenait plaisir à converser avec eux. FI passait des heures entières avec l'histoiien Guichardin ; il combla le Titien d'honneurs et de présents, et disait avec complaisance que ce grand artiste l'avait immortalisé trois fois. Il se plaisait à le voir tra-

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vailler , et le pinceau étant un jour tombé des mains du peintre, Charles Quint le ramassa, et le loi remit en disant : « Le Titien est digne d'être servi par un empereur.» La protection , quUl accordait au \ artistes et aux gens de lettres, tenait moins aux sentiments des beauxarts qu'à Tenvie d'être loué. L'histoire nous apprend qall se plaignait quelquefois des flatteurs ; mais rhistmre dit aussi qu'il faisait une pension considérable à l'Arétin, qui le louait avec exagération.

PHILIPPE II. 1556-1598. Kol de Portugal depuis 1580.

PORTUGAL : JEAN III, jusqu'eu 1557.

SÉBASTIEN, jusqu'en 1575.

HENRI I», jusqu'en 1580.— PHILIPPE d'espagne

Les guerres de Charles Quint avaient ruiné l'Espagne ; elles avaient aussi considérablement diminué la population de ce pays, qui s'était encore afl'aihlie par de fréquentes émigrations vers le nouveau monde. Au lieu de méditer des conquêtes, il eût été plus sage de se borner aux limites de l'ancien territoire, et de ne s'occuper que d'y faire fleurir la paix, les arts, la justice et le bonheur; mais Philippe ii voulut imiter l'ardeur belligérante de son père, sans avoir ni son génie, ni sa grandeur d'âme ; et sous son règne commencèrent à se manifester les symptômes d'une décadence , qui devait parvenir rapidement à son dernier période.

Philippe II, dans les dernières années que son père était resté en Allemagne, avait assez habilement gouverné la Péninsule. Dès qu'il se fut assis sur le trône, il eut à soutenir contre la France une guerre que lui avait léguée le vieux monarque, et, dans cette occasion.

il vit le pape Paal iv se ranger parmi ses ennemis. 11 chargea le dac d'AIbe de faire poser les armes au pontife; pour lui, il se rendit à Tarmée qui pénétrait en France et que renforçait un corps considérable de troupes anglaises , qu'il avait bien de la peine à obtenir de son épouse Marie, reine d'Angleterre, ou plutôt du parlement anglais. Il assista , le 10 août 1557 , à la victoire que cette armée, sous la conduite du duc de Savoie et du comte d'Ëgmont , remporta sur les Français à Saint- Quentin. En accomplissement d'un vœu formé dans cette circonstance, il érigea le magnifique couvent de l'Escurial, consacré à saint Laurent, dont la fête se célèbre ce jour-là.

£es hostilités recommencèrent , dès l'année suivante , avec plus de vigueur et non moins de succès pour les armes de Philippe , gi*âce aux grands capitaines et aux excellents soldats que lui avait laissés son père. Ses alliés , les Anglais, perdirent Calais , et ce revers abrégea les jours de la reine Marie. Philippe brigua inuti*lement la main de la nouvelle reine Elisabeth , sa belle* soeur ; cependant son veuvage ne dura pas longtemps ; lorsque la paix de Gateau-Gambrésis mit fin à la longue lutte entre la France et l'Espagne , sous des conditions , en général , favorables à cette dernière , il épousa , en vertu d'une clause du traité, la princesse Isabelle , fille de Henri ii , promise d'abord à son fils , llnfant don Garlos (1559).

La cour d'Espagne avait fait , jusqu'au conunencement du règne de Philippe , sa résidence à Tolède. L'an 1560 , il la transféra à Madrid , qui dès-lors est devenue la capitale de l'Espagne. Ge fut à cette époque que Philippe commença la lutte terrible qu'il entreprit pour rétablir par la force l'unité de la foi dans tous ses états. A Naples et dans la Lombardie , il rencontra peu d'obstacles , parce que les nouvelles doctrines n'y avaient

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fait encore qae peu de progrès ; mais il n^en fot pas ainsi des Pays-Bas. Le sang coule à flots sor les échafands et sur les champs de bataille ; on sait quelle triste célébrité a acquis le dac d^Albe , Hnipitoyable exécateor des mesures violentes dictées par son maître.

L^inflexible et cruelle sévérité de Philippe lui suscita des ennemis, non-seulement parmi les peuples, mais Jusqu^au sein de sa famille. Linfant don Carlos , son fiU, las des rigueurs qu'il exerçait à son égard, entretenait des correspondances avec les rebelles des Pays- Bas, ou du moins portait un vif intérêt aux malheureux Flamands. La cause de la mort de ce prince , et les circonstances de cette mort sont encore une de ces énigmes historiques , dont le mot ne sera peut-être jamais trouvé. Quoiqu'il en soit , don Carlos , alors fiU unique de Philippe et héritier présomptif de la couronne , fut arrêté le 18 janvier 1568 , et mourut en prison le 2^ juillet suivant , les uns disent étranglé , les autres empoisonné par Tordre de son père. La mort de don Carlos fut suivie de près de celle de la reine Isabelle de France, et Topinion publique accuse encore Philippe II d'avoir sacrifié cette illustre victime à ses soupçons et à sa jalousie.

Tandis que la révolte des Pays-Bas occupait une partie des forces de l'Espagne , une autre sédition non moins dangereuse éclata au sein même de la Péninsule. Les Mauresques (c'était le nom que Ton donnait aux (descendants des Maures retirés dans les Alpuxares) se soulevèrent , malgré les soins qu'on s'était donnés pour les mettre hors d'état de secouer le joug. L'Afrique et la Turquie leur avaient fourni des hommes et de l'argent. Cinquante mille hommes se trouvèrent bientôt en armes ; ils élurent pour leur roi un descendant de l'ancienne famille royale de Grenade , nommé , depuis sa conversion au christianisme. Don Ferdinand de Valor,

et qui reprit son ancien nom d'Aben llumaya. Ils s'emparèrent de plusieurs villes , et commirent des excès atroces, pillant, tuant, massacrant les clirétiens , sans distinction ni d'âge , ni de sexe , avec des raffinements inouis de cruauté. Le marquis de Los Velès fut d'abord envoyé contre les rebelles ; mais ses efforts furent impuissants pour les réduire. Si Selim ii eût envoyé , comme il Tavait promis , une flotte et une armée au secours du nouveau roi Mabomet Àben Humaya , l'Espagne dénuée de troupes r églées , toutes alors occupées en Flandre , aurait couru risque de tomber encore une fois , du moins en partie , au pouvoir des musulmans. Les généraux Espagnols , malgré plusieurs combats sanglants dans lesquels ils eurent l'avantage , ne terminèrent point cette guerre difficile. Le roi prit le parti de donner le commandement suprême à don Juan d'Autricbe , fils naturel de Charles-Quint. Les soldats reçurent avec une joie incroyable leur nouveau cbef, en qui ils retrouvaient les traits, l'activité, le courage et la grandeur d'âme de son père. La fortune seconda les talents du jeune prince. Les Mauresques, vaincus dans toutes les rencontres, furent réduits à accepter l'amnistie que leur offrait Pbilippe ii. Une partie des rebelles passa en Afrique, le reste fut transféré dans la Castille , et la paix fut rétablie dans le royaume de Grenade (1571).

Tandis que Pbilippe était occupé à réprimer cette révolte en Espagne , ses vaisseaux faisaient au loin des conquêtes dans l'Archipel au-delà du Gange. L'Ile de Luçon ou de Mariella avec la multitude de celles qui Tavoisinent , tombèrent sous sa puissance , et le nom collectif de Philippines qu'on leur donna , transmit à la postérité celui du monarque sous lequel elles furent conquises.

La réputation que s'était acquise Don Juan d*Autriche

236 PHILIPPE n.

en terminant la guerre contre les Mauresques , le fit appeler au commandement général de la flotte que la république de Venise , le pape et TEspagne envoyaient pour combattre les Turcs. Le 7 octobre 1571 , les Chrétiens et les Ottomans en vinrent aux mains dans le golfe de Lépante. Don Juan par sa valeur força la victoire à se déclarer pour^lui. Cinquante galères turques furent brûlées ou coulées à fond , cent trente tombèrent au pouvoir des vainqueurs ; trente mille Turcs périrent dans le combat , dix mille fm*ent faits prisonniers , et quinze mille esclaves chrétiens recouvrèrent la liberté. Don Juan voulait poursuivre sa victoire , et faire voile immédiatement sur Constantinople ; c^était le seul parti quMl eût à prendre , et dans la consternation où étaient les Musulmans , on pouvait non-seulement leur enlever leur capitale, mais les chasser de TEurope. Le conseil de don Juan , et les autres chefs de la flotte s'opposèrent à ce projet z ; et les vainqueurs ne surent pas profiter de leur triomphe.

Cependant les troubles continuaient toujours dans les Pays-Bas. Le duc d'Albe , qui était devenu Texécration du pays , où il avait fait périr , dit-on , plus de dix-huit mille personnes par la main des bourreaux , fut enfin rappelé (1572). Il fut remplacé par Requesens. Celui-ci s'empressa d'abolir les odieux monuments par lesquels le duc d'Albe avait voulu immortaliser ses

1 11 est probable que les conseillers de don Juan agissaient diaprés les instructions quUls avaient reçues de Philippe, qui était jaloux de son frère. Quand on félicita ce roi sur un si heureux succès , il répondit gravement : u Don Juan a gagné la bataille, il pouvait la perdre, il a beaucoup hasardé! » Telles furent les paroles fh)ides par lesquelles il tempéra les éloges et Tenthousiasme géuéral qu'avait excités la conduite de don Juan.

Le pape, en apprenant la victoire de Lépante, s'écria : Homo fmt mittu» à Deo , oui nomen erat Joannei : II y eut un homme envoyé de Dieu , et cet homme se nommait Jean.

succès contre les révoltés ; mais il ne put apaiser la révolte qui était devenue une révolution générale et inévitable : il mourut fort heureusement pour sa ré-^ putation.

Don Juan d'Autriche fut encore chargé de la difficile mission de pacifier les Pays-Bas. Peut-être son influence eût-elle balancé celle du prince d'Orange, si la jalousie de Philippe, redoutant ses succès, ne Teût entravé dans toutes ses opérations. On dit que ce prince voulait épouser Elisabeth d'Angleterre et se rendre indépendant dans les Pays-Bas. Il mourut de chagrin ou de poison , et nomma au commandement de l'armée espagnole son neveu Alexandre Farnèse, prince de Parme. Celui-ci ne put que faire rentrer sous la domination espagnole les villes et provinces vallonnés de Flandre , d'Artois et de Hainaut; les provinces du nord , réunies en confédération particulière, sous le nom de Sept-Provinces-Unies , se déclarèrent indépendantes et nommèrent pour leur stathouder ou gouverneur le prince d'Orange , puis, après sa mort, son fils Maurice de Nassau.

Pendant que la république des Provinces-Unies parvenait à se soustraire à l'obéissance de Philippe, ce prince était dédommagé de cette perte par une acquisition plus importante, et qui plaçait sous un même sceptre toutes les parties de la Péninsule. Le roi de Portugal, Sébastien, venait de perdre la vie dans une expédition qu'il avait tentée en Afrique contre le roi de Maroc (A août 1578 ). Ce prince n'était âgé que de vingtcinq ans, et n'était pas encore marié. Son oncle, le cardinal Henri, âgé de soixante-sept ans, était le seul héritier mâle de la couronne ; il fut proclamé. Les prétendants à la couronne de Portugal pensèrent dès-lors à faire valoir leurs droits sur un trône qui semblait devoir être bientôt vacant; en effet, Henri mourut le 31 janvier 1580. Un grand nombre de concurrents se pré-

Î36 PfflUPPB IL

sentaient; ceax qui afaient les droits les plus réels étaient les descendants des filles da roi don Manuel « prédécesseur de Sébastien. Ces deux princesses étaient: Isabelle , mère de Philippe n, et Béatrix, épouse du duc de Savoie. Isabelle était morte et avait laissé ses dnit» à l^lippe; cependant les ducs de Savoie, ceux de Parme et de Bragance faisaient valoir leurs prétentions respectives ; ces deux derniers avaient épousé les filles d'un (ils d'Emmanuel , mort avant de régner. Les Portugais, qui détestaient les étrangers, et surtout les Espagnols , repoussèrent tous ces prétendants et clioisirent don Antonio, prieur de Grato, enfant naturel de don Louis, fils d'EminanueL

Philippe jugea alors qu'il était temps d'appuyer ses droits par la force. Une flotte de cent voiles, sous le commandement du marquis de Santa-Gruz, se dirigea sur Lisbonne , tandis qu'une armée conduite par le duc d'Albe envahissait les frontières du Portugal.

Don Antonio fut battu aux environs de Lisbonne; il se retira successivement avec une poignée de partisans à Goïmbre, à Oporto, à Yiane de Minho; et finalement, chassé de partout, il céda à la fortune, et se retira en Angleterre. Le Portugal passa sous la dominatioa espagnole avec une répugnance peu déguisée. En 1581, les cortès de Portugal, convoquées à Tancar , reconnurent Philippe pour roi , mais à condition que le Portugal formerait toujours un royaume séparé et indépendant, dont la capitale serait Lisbonne. Philippe fit son entrée dans cette ville le 29 juin de la même année. U y prolongea son séjour jusqu'en 1583, et dans cet intervalle il reçut la soumission du Brésil , et des vastes établissements des Portugais en Afrique et dans les Indes orientales. Avant de retourner à Madrid, il fit reconnaître Philippe, son fils, en qualité de son héritier; fi laissa la vice-royauté à l'archiduc Albert d'Autridiet

PHiLii>PE n. 237

avec one armée de douze mille hommes , et une flotte dé 8<rixante vaisseaux de guerre.

Cependant la guerre continuait toujours dans les Pays- Bas. La nouvelle république, soutenue par les armes dISUsabeth d'Angleterre , résistait à tous les ofToHs de llS^agne. En même temps les flottes anglaises ravageaient les côtes du Pérou, du Chili, et Tamiral Drack venait brûler vingt-huit vaisseaux dans le port de Cadix. Philippe résolut alors d'accabler de toute sa puissance sa plus mortelle ennemie, Tennemie de la religion catholique , la meurtrière de Marie-Stuart. Il consacra plusieurs années à préparer dans les ports d'Espagne, de Portugal et d'Italie , l'armement le plus formidable qui eût encore paru sur l'Océan. Il consistait en cent cinquante vaisseaux, montés par trente mille hommes de débarquement, et toute la fleur de la noblesse espagnole; le duc de Parme devait se joindre à la flotte avec un pareil nombre de soldats; on avait le plan des ports d'Angleterre , et l'espoir de faire prendre les armes à tous les catholiques anglais et aux amis de Tinfortunée Marie-Stuart; le trésor, les munitions, l'artillerie , répondaient au nombre , à la force des vaisseaux et au courage des soldats espagnols, réputés alors la meilleure infanterie de l'Europe. Rien ne paraissait mieux concertée que cette grande entreprise , et l'espoir d'un succès, qui paraissait si assuré, fit donner à cette flotte le nom de Vlnvincihle armada.

La flotte espagnole sortit de Lisbonne au mois de juillet 1588. En entrant dans la Manche elle rencontra l'escadre anglaise commandée par Howard et le célèbre Drack. Ces habiles marins , trop faibles pour résister à Tattaque de la flotte espagnole , gagnèrent le vent , évitèrent l'abordage, et parvinrent à s'emparer du galion qui portait les trésors de l'armée. Dans une autre circonstance, Drack enleva encore deux vaisseaux aux

238 PHILIPPE u.

Espagnols. Mais ces avantages étaient loin d^étre décisifs , et ne parent empêcher la flotte invincible d^arriver à Diinkerque. Le duc de Parme n'était pas prêt; il apporta de vaines raisons , et fit des efforts inutiles. Les Espagnols éprouvèrent de nouveaux échecs; un de leurs galions échoua près de Calais; deux autres furent pris par les Hollandais ; une tempête horrible acheva d'ac- . câbler la flotte et de détruire les espérances de l'Espagne. Médina Sidonia, commandant de la flotte, ne comptant plus sur la jonction du prince de Parme , «et se voyant bloqué par les Anglais et les Hollandais dans Dunkerque et dans INieuport , assembla un grand conseil, où il fut décidé que Ton regagnerait TEspagne. En conséquence la flotte tourna les côtes d'Angleterre , d'Ecosse et d'Irlande ; mais le 20 août elle fut assaillie par la plus furieuse tempête dont on eût entendu parler depuis près d'un siècle; douze vaisseaux , jetés sur les rivages d'Angleterre , tombèrent au pouvoir des ennemis; cinquante périrent sur les côtes de France , d'Ecosse, d'Irlande, de Hollande, de Danemarck; autant environ, mais démâtés, brisés, sans artillerie, sans munitions, tristes débris d'un armement si formidable, eurent le bonheur d'arriver les uns après les autres à Santander. Tel fut le résultat de l'entreprise la plus grande de ce règne ; elle coûta à l'Espagne vingt millions de ducats , vingt-cinq mille hommes et cent vaisseaux.

Au reste Philippe supporta ce malheur avep jane constance héroïque. En apprenant cette accablante nouvelle, il se contenta de dire froidement : « J'avais envoyé cette flotte combattre les Anglais et non les tempêtes ; que la Tolonté de Dieu soit faite 1 » Le lendemain il ordonna aux évêques de rendre grâces à Dieu de lui avoir conservé quelques débris de sa flotte, et il écrivit au pape : « Très -saint père, tant que je resterai maître de la source. Je regarderai comme peu de choses la perte

PHiuppK n. 239

d'un niisseau; je remercie Tarbitre suprême des empires, qui m'a donné le pouvoir de réparer facilement un mailiear que mes ennemis ne doivent attribuer qu^aux éléments qui ont combattu pour eux.» Une seconde expédition n'eut pas un meilleur sort.

Dans le temps quMl attaquait l'Angleterre, il soutenait en France la ligue nommée sainte. Il accepta avidement la qualité de protecteur que les ligueurs lui donnèrent. Si le but de cette ligue était d'exclure du trône de Flrance un prince protestant, les vues de Philippe étaient plus intéressées. Il comptait sur le démembrement de ce royaume, triste fruit du secours d'une puissance étrangère l Philippe se croyait si sûr du sa proie , quil disait déjà : « Ma bonne ville de Paris, ma bonne ville d'Orléans. » Si la religion catholique servait de masque à ce faux zèle, la conversion de Henri iv déjoua les desseins et de la ligue et de l'Espagne. Les bandes espagnoles, qui soutenaient Mayenne dans la capitale , en sortirent au moment où ce prince y entrait en vainqueur. On sait que Henri rv assista à leur départ près de la porte Saint-Denis, et dit aux officiers qui le saluaient : Adieu , messieurs y mais rCy revenez plus,

Henri iv commençait dans les Pays - Bas une carrière de représailles, qui aurait pu faire expier au roi catholique la longue injustice de ses agressions, lorsque ce dernier lui demanda la paix. Elle fut signée à Vervins le 2 mai 1598. On restitua de part et d'autre ce qu'on s'était pris. Le comté de Charolais resta à l'Espagne ; c'est tout le fruit que recueillit Philippe n d'une guerre qui, de son propre aveu, lui coûta plus de cent millions de ducats. Philippe mourut peu de temps après , le 13 septembre 1598 , dans la soixantedouzième année de son âge, et la quarante-troisième de son règne.

Il n'y a point de prince dont on ait écrit plus de

240 PBILIPPE IL

bien et plas de mal que de Philippe n. Les historiens espagnols le comparent a Salomon ; les protestants rappelaient le démon du tmdL Les mis et les antres ont exagéré. Philippe, né avec on génie vif, élevé, vaste et pénétrant, possédait dans on degré éminent IVt de gouverner les hommes; son caractère convenait parfaitement à celui des Espagnols ; fier et réservé , il s^attira surtout Tadmiration des Castillans, qui trouYaient leurs propres traits réfléchis dans Hmposante gravité de leur souverain. Philippe réunissait de grandes qualités et de grands vices; il protégea le génie comme Auguste; sa politique eut quelque chose de celle de Tibère ; il ressembla, par Tamour du travail, à Yespasien; son ambition fut celle de son père ; il aspirait comme lui à la monarchie universelle ; mais personne ne Tégala pour le flegme et la tranquillité de Tâme , qui ne Tabandonnèrent pas jusque dans ses derniers moments. Avec Téducation qu*ii avait reçue, et selon Tesprit qui dominait au seizième siècle, ce prince, d^un caractère sombre et réservé, ne pouvait être que le tyran des hérétiques. Il soutint successivement, et souvent toutà la fois, la guerre contre la Turquie, la France, P Angleterre , la Hollande , et presque tous les protestants de Tempire , sans avoir jamais d'allié , pas même la branche allemande de sa maison; et Ton peut croire que, sans ses efforts, le protestantisme aurait envahi toute TEurope. Mais ces guerres étrangères se tournèrent contre Philippe et contre TEspagne elle-même , dont elles amenèrent la décadence. Les succès de Henri iv , de Guillaume d'Orange et d'Elisabeth triomphèrent de la politique et des armes de Philippe. La prépondérance de l'Espagne descendit avec lui dans le tombeau.

PHUJPPE ni, roi d'Espagne, de Portugal et des Indes.

Philippe m avait vingt ans, lorsque la mort de son père le rendit maître du plus vaste empire du monde, et dont les possessions étaient tellement répandues sur toute la surface du globe , qu'on a dit avec raison que le soleil ne se couchait jamais dans ses états. Cependant cette superbe monarchie, qui avait pesé sur le continent de tout le poids de ses armes et de sa politique, commençait à perdre considérablement de son influence et de sa splendeur. Il aurait fallu d'autres mains que celle de Philippe m pour ramener l'Espagne dans les voies de la prospérité. Ce pi ni' :e faible, sans caracti'^re , était peu capable d'exercer l'autorité souveraine, et son règne devait être, comme il le fut, celui de ministres intrigants et ambitieux.

Le premier soin de Philippe, en arrivant aux afl'aires, fut de se décharger du gouvernement sur son favori, don François de Roxas de Sandoval, marquis de Dénia, qui fut fait tout à la fois duc de Lerme, grand d'Espagne , et premier ministre. Ce seigneur, d'un génie borné et sans expérience , n'était pas plus capable que son maître de régir un si vaste empire ; aussi en laissat-il le soin à Rodrigue Calderon , son secrétaire. Ce fut donc cet homme, fils d'un simple soldat, qui gouverna la monarchie espagnole sous le nom de Philippe m et du duc de Lerme.

Philippe, qui ne se sentait pas né pour la guerre, ne sortit de son indolence habituelle que pour faire la paix arvec les vieux ennemis de l'Espagne, au prix que chacun d'eux voulut; il négocia dès-lors avec l'Angleterre la paix qui fut conclue en 160^. Il proposa aux Hollandais une trêve, sans pouvoir l'obtenir, et se vit

2&2 PHILIPPE m.

condamné à ia continuation de la guerre dans un pays

où TEspagne avait versé tant de sang et de trésors.

Pliilippe II avait cédé les Pays-Bas à l'archiduc Albert, en lui donnant sa fille Isabelle. Les états assensblés à Bruxelles venaient de ratifier cet arrangement an moment où le roi d'Espagne mourut. L'arcbidoc avait des talents militaires ; mais il trouvait un redoutable adversaire dans Maurice de Nassau, nouveau statlMHider des Provinces-Uàies. Sous la conduite de ce nouveau chef, les Hollandais poursuivirent la consolidation de leur indépendance, en même temps que le commerce agrandi leur préparait un nouvel empire au-delà des mers. Le siège d'Ostende est Tévènement le plus ménoorable de cette série d'opérations militaires , dans lesquelles Maurice et Tarchiduc rivalisèrent de talents. Le siège de cette place , réputée imprenable , dura trois ans et trois mois ; les Espagnols y perdirent quatre - vingt mille hommes , et les Hollandais soixante mille.

L'armée des Etats se dédommagea de cette perte par la prise de plusieurs villes d'une moindre importance. Cependant il devenait de plus en plus difficile à l'archiduc de^^outenir la lutte dans laquelle il se trouvait engagé. Il ne l'avait entreprise que sur la promesse des secours de l'Espagne, et ces secours n'arrivaient jamais. Le duc de Lerme ruinait le trésor par ses profusions, au lieu de payer les troupes; dles se mudnërent , et passèrent , au nombre de trois mille , sous les drapeaux du prince Maurice.

Le duc de Lerme et Galderon eurent recours aux moyens les plus désastreux pour combler le vide du trésor royal. On augmenta les impôts, et la valeur de la monnaie de ^Uon {de biUon){vit doublée, ce qui occasionna un surcroît d'élévation dans le prix des consommations usuelles. La cupidité des étrangers, excitée par la perspective certaine d'un bénéfice con-

PHILIPPE m. 243

sidérable, donna lieu à Tintroduction d'une énoime quantité de pièces de cuivre de leur fabrication, avec lesquelles ils attirèrent à eux tout Pargent du royaume.

Dans ces circonstances, Philippe se trouvant dans rimpossibilité d'envoyer des secours à Farchiduc Albert , consentit à traiter avec les Provinces-Unies, par la médiation de la France.

Par ce traité, qui fut signé à la Haye le 9 avril 1609, FEspagne reconnaissait l'indépendance de la Hollande, loi accordait la liberté de trafiquer dans les deux Indes , et finalement accordait aux états la qualification d7/lustres seigneurs. Ainsi la monarchie espagnole perdit sans retour sept des dix-sept provinces qui comprenaient jadis les Pays-Bas.

Par l'effet des mêmes inspirations pacifiques, Philippe voulut consolider la paix existante avec la France par des mariages. L'infant Philippe épousa Elisabeth, fille de Henri iv, et Anne d'Autriche fut mariée à Louis xui.

C'est ainsi qu'il obtint la paix au dehors; mais il ne put ramener la prospérité dans la Péninsule. Imbu de préjugés contre les Mauresques, qui, quoique restés tranquilles depuis leur dernière révolte, étaient un sujet continuel d'inquiétude pour le gouvernement ; il résolut de les expulser définitivement de la Péninsule. L'édit d'expulsion fut publié et exécuté en 1610, et plus de deux cent mille habitants, presque tous cultivateurs laborieux , s'exilèrent sans retour. Le roi s'aperçut enfin de la blessure qu'il avait faite à son pays. Pour ranimer l'agriculture qui commençait à languir, moins peut-être par suite de l'expulsion des Maures, que par l'émigration continuelle des hommes actifs et entreprenants , qui s'empressèrent d'aller chercher fortune en Amérique, Philippe accorda la noblesse et l'exemption de guerre à ceux qui cultiveraient la terre. Mais cet édit

fat fauoffisant pour remplir les vides causés par tant d^émigrations.

Le duc de Lenne qui , par sa mauvaise administratimi, avait tant contribué à la décadence de la puissance espagnole , perdit Tappui de son maître. Philippe accorda sa faveur et la place de premier ministre au duc d^zeda, fils du ministre disgracié.

Le reste de son règne n^oflfre rien d'intéressant Au moment où il croyait pouvoir vivre dans la tranquillité , il fut attaqué d'une fièvre lente, contre laquelle luttèrent en vain les efforts de la médecine. La maladie ayant pris un caractère plus grave , il sentit sa fin approcher , et témoigna alors le regret d'avoir porté , dans Tadministration des affaires , tant d'indolence et de facilité. Un événement bizarre, et qui peint bien le caractère lent et circonspect de la nation espagnole , vint hâter sa mort. Dans la salle même où il travaillait, il y avait un brasier très-ardent , le roi se trouva incommodé de la chaleur et demanda qu'on otât le feu. L'officier chargé de cette fonction était absent, et personne n'osa remplir ce soin. Pendant qu'on cherchait cet officier , le roi perdit connaissance, et il fallut le porter mourant dans son lit; il rendit le dernier soupir le 31 mars 1621 , dans la quarante-troisième année de son âge; il avait régné , ou plutôt végété sur le trône vingt-trois ans; il laissa la monarchie , plus malade qu'il ne l'avait reçue, à son fils du même nom que luL

PHILIPPE IV, roi d'Espagne et des Indes. 1621-1665.

PORTUGAL : PHIUPPE , jusqu'eu 1640.

FAMILLE DE BRAGANCE. JBAN lY, jUSqU^CU 1656.

Philippe rv n'avait que seize ans à la mort de son

père. Il se trouvait majeur, en verta d'an décret rendu par Philippe n qui fixait la majorité des rois d'Espagne à iiuatorze ans; mais il était aussi faible, aussi incapable que son père, et Thistoire de son règne est uniquement celle du ministère despotique autant que peu éclairé du comte duc d'Olivarès; cet homme, ayant entièrement subjugué son maître, Tentretint dans une mollesse voluptueuse, pour donner carrière à son ambition avec pleine impunité. En France aussi , à la même époque , se trouvait un ministre qui gouvernait à son gré le roi et la monarchie ; mais si le cardinal de Richelieu exerçait avec despotisme ce pouvoir dont il était revêtu , il avait une toute autre capacité qu'Olivarès; il sut préparer la grandeur et la gloire de sa nation, en un mot, il fut le précurseur du siècle de Louis xiv, tandis que le ministre espagnol ne fit que hâter la ruine de la sienne et préparer les malheurs du règne de Charles u.

La politique de Henri iv qui méditait rabaissement de la maison d'Autriche, avait été abandonnée à la mort de ce prince pendant la minorité de Louis xm. Mais elle fut reprise par Richelieu, et la France se trouva bientôt à la tête d'une ligue menaçante contre l'influence de cette maison d'Autriche , si puissante pendant tout le seizième siècle. Olivarès n'était pas de force à lutter contre un tel antagoniste ; tous ses projets » toutes ses tentatives, tous ses efforts venaient échouer contre les calculs et l'habile politique du cardinal.

Après l'expiration de la trêve avec la Hollande , l'Espagne voulut recommencer la guerre, quoique la France soutint les provinces-unies. Les Espagnols eurent d'abord quelques avantages qui flattèrent l'orgueil d'Olivarès; mais bientôt les Hollandais prirent leur revanche, et lliistoire des Provinces-Unies n'est plus qu'une suite non interrompue de conquêtes et de victoires maritimes. Les flottes hollandaises dévastent le Pérou et toutes les

Si

Sft6 PHIUPPE Vf.

possearions espagnoles de TAmérique, s'emparent d!tme partie da Brédl, arrachent en pea d'années Tlnde aux Portugais, et cette république, que la mer tolérait 3«r les côtes infertiles de la Frise et du Zuiderzée, marche, étendant ses vastes bras sur les deux mondes, jusque moment où la suprématie maritime passe sans retoor du côté des Anglais.

Les ressources de TEspagne étaient anéanties; elle était pourtant forcée d'armer de nouveau pour sauver une partie de ses possessions dans les deux Indes* Les particuliers vinrent au secours de Fétat par un don volontaire. Ces sacrifices généreux restèrent sans fruit. Trois flottes furent détruites, ou par la peste, ou par le canon des Hollandais.

La France déclara de nouveau la guerre, sons le prétexte de la violation du droit des gens dans la personne de rélecteur de Trêves, enlevé de son palais et transporté dans la dtadeile d'Anvers. Cette guerre, la plus longue, la plus sanglante, et la plus funeste qu'eût éprouvée l'Espagne depuis près de six siècles, dura vingtquatre ans avec un mélange de bons et de mauvais succès. A ce fléau se joignit chez l'un et l'antre peuple celui des guerres civiles, des séditions et des révoltes.

L'Espagne ne comptait d'alliée que l'autre branche de sa maison, attaquée par la, Suède, les protestants et la France, et afiaiblie par une guerre de quatorze ans. Cependant la fortune loi fut favorable poidant les dnq premières années; deux fois la Firance fut envahie, au midi et au nord, et l'Espagne put se croûre au moment de reprendre son ancien ascendant L'année iW fit bientôt évanoub ses espérances. Les efforts hiouis qu'elle avait été obligé de faire, pour entretenir des armées sur les frontières de Picardie, de H(dlande, aux Pyrénées, et des escadres sur tontes les mers, avaient achevé d'épuiser ses ressoorces. Olivarès, ne

PHiuppB ly. Vil

tachant plus où donner de la tête , viole les prifiléget d^exemption des diverses provinces réunies à ia Gastille, et ieur demande à la fols des hommes et de TargenL Valence, la Biscaye, la Navarre murmurent; FAragon refuse; la Catalogne se soulève, Barcelone proclame l^insurrection et se détache de la monarchie espagnole ; les Castillans sont partout massacrés, et le viceroi lui - même succombe le premier à la fureur des Catalans. Presque au même instant, une autre révolution se manifeste et s'accomplit en Portugal, et ce royaume se sépare de TEspagne, sans conunotion, sana secousse, et sans qu'aucun gouverneur, aucun commandant de forteresse fasse résistance. Le vice-roi seul perdit la vie; les autres membres du gouvernement espagnol furent arrêtés, la garde désarmée, et le duc de Bragance proclamé roi sous le nom de Jean nr. Tout cela fut fait en un instant , et un Castillan, en voyant les transports de Lisbonne, qui offrait plutôt le spectacle d'une fête que celui de Faccomplissement d'une grande révolution, s'écria : « Est -il possible qu'un si beau royaume ne coûte qu'un feu de joie à l'ennemi de mon .mattre I »

L'Europe entière apprit la nouvelle de la révolution portugaise avant Philippe iv lui-même. Aucun des courtisans n'osait la lui apprendre. Enfin Olivarès s'avançant d^un air serein dit en riant au roi : « Sire, la tête a tourné au duc de Bragance; il vient de se faire proclamer roi de Portugal , da folie vous vaudra une confiscation de douze millions. » Philippe, ne comprenant pas sans doute toute la gravité de l'événement, se contenta de rendre : « U faudra mettre ordre à cela » « et il n'en sortit pas davantage de son apathie ordinaire.

La révolte des Catalans, soutenue par la France, fut on incendie qui faillit embraser la monarchie entière; Milan, Naples, la l^cile, se soulevèrent au bmit de»

26S FHnjppB IV.

révolations qui agitaient la Péninsole. On eût dit qae les liens qui avaient attaché ensemble plutôt quîiud les diverses parties dont s^était péniblement composée la grande monarchie de Philippe u, venaient de se rompre, et qu^elle allait tomber en dissolution.

La mort du cardinal de Richelieu, suivie de près de celle de Louis xm, sembla devoir mettre un terme à tant de désastres. Olivarès, débarrassé de son terrible antagoniste, voyant la France près d'être livrée aux troubles d'une longue minorité, pouvait espérer de rétablir les affaires de l'Espagne. Mais l'Espagne qui loi imputait ses souffrances n'en voulait plus. La reine, les grands , le conseil , se réunirent pour demander son éloignement. Philippe céda malgré lui; il déclara d'abord qu'il n'aurait plus de prunier ministre ; mais bientôt don Louis de Haro, neveu d'Olivarès, remplaça son oncle, et se ménagea plus de popularité. La souplesse de son génie convenait mieux à son époque que Tentétement et l'orgueil du comte-duc.

Mais ni la mort de Richelieu, ni celle de Louis xm, n'avaient changé la politique de la France. Mazarin avait continué les projets de Richelieu, et Anne d'Autriche, veuve de Louis xm, sacrifiait sa tendresse pour son frère et pour sa patrie , à la gloire et à l'agrandissement des états de son fils Louis xiv.

La révolte des Catalans n'était point apaisée, et la guerre étrangère continuait avec la même activité. Le grand Condé, alors duc d'Enghien, célébra l'avènement au trône de Louis xiv encore enfant , par la célèbre bataille de Rocroi , où les meilleures troupes de l'Espagne, les débris de sa vieille infanterie furent taillés en pièces. Quelque temps après , l'armée navale éprouva, en vue de Garthagène,un désastre aussi funeste pour elle, que Rocroi l'avait été pour les vieilles bandes de son infanterie.

Le pape Urbain viu renouvela, en 1646 « ses sollicitations pour la paix, démarche qu'il avait déjà tentée plusieurs fois; la république de Venise joignit ses instances à celles du souverain pontife; alors commencèrent à Munster et à Osnabruck ces conférences célèbres qui aboutirent après quatre ans au traité de Westphalie. Le nord de l'Europe arriva enOn au repos (1668), mais PEspagne protesta contre le traité, qui lui imposait de trop grands sacrifices. Elle comptait sur les guerres de la Fronde , qui embarrassaient alors Mazarin ; cependant don Louis de Haro ne retira aucun profit ni de ses intrigues , ni des fautes de la cour de France , ni des erreurs ambitieuses de Condé, qui porta un moment sa brillante valeur et sa fortune sous les drapeaux espagnols.

Enfin, après de nouveaux revers en Flandre, en Italie et en Catalogne, Philippe se décida à accepter la paix aux conditions que lui offrait Louis xiv. Don Louis de Haro et le cardinal Mazarin s'abouchèrent dans Hle des Faisans, sur la petite rivière de la Bidassoa, pour dresser les articles du fameux traité des Pyrénées. Après trois mois de débats, les clauses furent arrêtées et rédigées en cent vingt-quatre articles, et le traité fut signé le 17 novembre 1659. La plus importante disposition de ce traité était le mariage de l'infante Marie-Thérèse avec Louis xiv ; mais il était stipulé qu'au moyen de la sonmie de cinq cent mille écus qu'elle recevrait en dot » cette princesse renonçait expressément à tous ses di-oits éventuels à la couronne d'Espagne. Par les autres articles, l'Espagne cédait à la France le Roussillon, le Gonflans, la meilleure partie de l'Artois, et ses droits sur l'Alsace , déjà cédée à la France par le traité de Munster ; de son côté la France rendait toutes ses conquêtes dans les Pays-Bas, dans le Milanais et en Catalogne, et abandonnait la protection qu'elle avait accordée au Portugal.

Philippe, n^ayant plus d'ennemis à combattre hors de la Péninsole, songea à ramener les Portugais sous sa domination. Jean nr était mort ; sa Teuve , Louise de Guzman , qui , durant la minorité de son fils Alphonse ti, gon?emait le Portugal a?ec autant de prudence que dliabileté, crut qu^ était de son devoir, en se préparant à la guerre, de faire tout ce qui dépendait d^élle pour réviter; elle tenta la voie des négociations. Philippe ne voulut rien entendre; les troupes espagnoles firanchirent la frontière , et les hostilités commencèrent de part et d'autre avec une égale fureur. Llssne de la guerre fut favorable aux Portugais; conduits par le comte de Schomberg, ils remportèrent une victoire complète dans la première campagne en 1663; Tannée suivante la bataille de Gastel-Rodrigo ne leur fut pas moim favorable; enfin ei\. 1665, la bataille de Villa vidosa , gagnée par Schomberg le 17 Juin fut décisive. L'armée espagnole fut complètement défaite, et cette victoire assura le trône à la maison de Bragance.

Cependant les maladies et les contrariétés continuelles qu'avait éprouvées Philippe, avaient altéré sa constitution ; la défaite de ses troupes à Yillaviciosa lui porta le coup fatal. La lettre qui contenait cette triste nouvelle échappa de ses mains , et à peine eut-il articulé cette pieuse exclamation : « C'est la volonté de Dieu 1 » qu'il tomba sans connaissance. Il ne rejHlt ses sens que pour entendre les murmures de ses sujets qui accusaient les ministres d'avoir sacrifié la gloire castillane. Fatigué d'un règne si orageux, Philippe, qui désirait achever ses jours dans le repos, se montra disposé à entrer en négociations pour la paix avec la cour de Lisbonne ; mais à peine étaient-elles entamées, qu'il fut attaqué d'une dyssenterie qui le conduisit au tombeau. H mourut le 17 sq>tembre 1665, âgé de soixante-un ai», et après eo avoir régné quarante-quatre.

CHARLES n. 1665-1700.

PORTUGAL : ALPflONSE Ti, Jusqu'en 16/i3. PIERRE n.

Charles n, fils de Philippe iv, n'a?ait qae quatre ans à la mort de son père. Le testament du défunt monarque instituait, sous la présidence de la reine Marie-Anne d'Autriche , un conseil de régence composé du président de Gastille, du vice-chancelier d'Aragon, de Tarche- ▼dque 4e Tolède , du grand inquisiteur , d'un grand d'Espagne et d'un conseiller d'état. La reine nomma grand inquisiteur le père Nitard, jésuite allemand, son coBfesseur, et par là lui donna l'entrée au conseil, ou fAntôt elle le mit à la tête des affaires. Isabelle avait de même autrefois élevé au pouvoir un simple moine , son confesseur; mais il y avait autant de différence

entre Ximénès et le père Nitard , qu'entre Isabelle et Marie-Anne d'Autriche.

Don Juan d'Autriche , fils illégitime de Philippe iv , s'étant mis à la tête des grands, contraignit la reine, en 1669 , à l'éloigner. U quitta l'Espagne pour aller à Rome en qualité d'ambassadeur. U avait contribué à la paix qui fut signée, le 13 février 1668 à Lisbonne; entre l'Espagne et le Portugal.

Après ce dernier ti*aité, l'Espagne pouvait espérer Jouir de quelque repos ; mais ses possessions d'Amérique étaient ravagés par d'audacieux pirates, connus sous le nom de fibustiert ; en 1670, Porto-Bello et d'autres places furent pillées, brûlées, saccagées, sans que la faible Espagne fût en état d'arrêter ces brigandages.

Cependant une nouvelle guerre éclata avec la France. Celte fois la Hollande, l'ancienne ennemie de l'Espagne, devient son alliée, et combat avec elle pour arrêter FambitioD de Louis xiv. Cette guerre se termina en 1678 par la paix de Nimègue, qui enleva définitivement à

FEspagne la Franche-Comté et plusieurs places des Pays-Bas.

La paix de Nimègue fut suivie du mariage de Charles u a?ec la princesse Louise d'Orléans, nièce de Louis XIV (août 1679 ). Quelque temps après, arriva la qiort de don Juan d'Autriche, que Ton a appelé avec raison le dernier des grands hommes de la maison d'Autriche d'Espagne.

Toutes les difficultés n'avaient pas été aplanies entre la BYance et l'Espagne par le traité de Nimègue. Le 10 août 16869 ces deux puissances convinrent à Ratidxmne d'une trêve de vingt ans, mais elle n'en dura que cinq. Le roi d'Espagne , après la mort de sa femme Louise d*Orléans , accéda à la ligue d'Augsbourg , formée à Finstigation de Guillaume de Nassau, prince d'Orange, entre la Hollande, l'empereur, les princes d'Allemagne et le roi de Suède , pour arrêter l'ambition de Louis xiv. Mais le grand roi sut déjouer les projets de ses ennemis, et l'Espagne eut lieu de se repentir d'être entrée dans la coalition. Depuis 1690 jusqu'en 1697 , époque du traité de Ryswick, l'Espagne , obligée de se défendre sur ses frontières et dans les Pays-Bas, comme partout où s'étendait encore sa chancelante domination , éprouva 'partout les mêmes adversités; la fortune ne lui fut favorable qu'à Gampredon et Valcourt. En Flandre, les alliés perdirent la bataille de Fleurus, de Lens et de Steinkerque; en Catalogne, les Espagnols celles de Ter et de Barcelone; en Italie, celles de Staffarde et de Marsaille, où le nom de Catinat brilla d'un nouveau lustre. Ces nouveaux désastres entraînèrent la prise d'Urgel, de Roses, de Palamos, d'Hostalrich , de Girone et de Barcelone, en Catalogne; de Luxembourg, de Mons, de Charleroi, deNamur, dans les Pays-Bas, et de Carthagène, dans les Indes. Enfin, après tant d'actions si-meurtrières , les alliés commencèrent à se lasser

CHARLES n. 253

d'une guerre qui ne servait qu'à accroître le pouvoir et la gloire de la France. Louis, de son côté , qui avait déjà ses vues sur TEspagne, désirait déposer les armes avant la mort de Charles n, dont la proximité était annoncée par les infirmités continuelles de ce monarque. 11 avait en outre besoin de repos, et quand les alliés offrirent la paix, il était à la veille de la demander lui-même. Enfin les plénipotentiaires de la France, de TAngleterre , de la Hollande et de FEspagne, se réunirent à Rysi^ick, et la paix générale fut signée le 20 septembre 1697. Les parties contractantes s'y firent de réciproques restitutions, et l'Europe se retrouva au même point où l'avaient mise les traités de Westphalie et de Mimègue. L'Espagne, plus qu'aucune autre puissance, eut à se louer de la générosité de Louis xiv ; mais cette générosité , comme nous le verrons bientôt, n'était pas tout-à-fait désintéressé.

Les intentions du roi de France n'échappèrent pas à son heureux antagoniste le prince d'Orange, qui, déjà placé sur le trône de la Grande-Bretagne , mit tout en œuvre pour les déjouer. Gomme Gharles n n'avait eu d'enfants ni de sa première femme , Locrïse d'Orléans, ni de la seconde, Marie-Anne de Luxembourg, fille de l'électeur palatin , Guillaume imagina de faire signer à La Haye, par les plénipotentiaires des cours intéressées dans la succession d'Espagne, un partage anticipé de cette monarchie. Par ce traité, le fils aîné de l'électeur de Bavière, petit-fils, par sa mère, de Philippe iv, devait avoir la Péninsule hispanique , les Indes et les Pays- Bas ; le dauphin aurait eu pour sa part les royaumes de Naples et de Sicile, avec les provinces de Guipuscoa, et enfin Charles , archiduc d'Autriche , fils de l'empereur Léopold, le duché de Milan. La mort prématurée du jeune prince bavarais changea ces dispositions; mais immédiatement se forma une seconde répartition qui

S5A CHAKLBS n.

assignait à l^ardiidac les rofamnes d*Eq>agBe et des Indes, ajoutait la Lorraine aux donnes déYoloB aa daapliin, et donnait par compensation , an duc de Lorraine, le doché de Milan.

L^emperenr, qfoï Toolait poor loi la soccesnon tonte «litière, s'élera fortement contre ce partage. Lonis xiy, qui avait les mêmes prétentions , garda le silence , mais fit secrètement intriguer à Madrid, par son ambassadeor le marquis dUarcoort.

Cependant la nouvelle de ces arrangements ayant trai»piré en Espagne , y excita Findignation publique » et jeta Talarme dans Tesprit faible de Charles n. Depuis longtemps la grandesse ne cessait de le presser de se désigner un successeur, afin de prévenir les maux cruels dont la nation était menacée; mais, incapable de rien décider par lui-même, il consulta diverses personnes dont les avis furent aussi différents que les intérêts. L'irrésolution du monarque doqna aux ambassadeurs de France et d'Allemagne le temps d'influencer les ministres et de se créer des partisans à la cour. D^Harcourt remporta enfin, et son habileté parvint à gagner à la cause qu'il soutenait, la noblesse, le peuple et le clergé. Malgré les efforts inouis des partisans de l'Autriche, Charles ii, par un testament solennel, rédigé et signé le 2 octobre 1700, désigna pour son successeur et son héritier le duc d'Anjou, second fils du dauphin de France, et petit-fils de Louis xiv et de Marie-Thérèse d'Autriche, fille de Philippe rv. En signant cet acte qoA dépouillait la maison d'Autriche en ' faveur de celle de Bourbon, sa rivale, Charles s'écria : « Grand Dieu, t*M vous qui donnez et reprenez les empires ! » Un mois après, Charles n mourut à l'âge de trente-neof ans ( i novembre 1700 ) , après avoir nommé une junte pour gouverner la Péninsule , jusqu'à l'arrivée du nouveau souverain.

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