‹ Histoire d'Espagne, par l'auteur de l'Histoire de RussieChapitre 75 sur 84 · EPOQUE DE CENT QUARARTE-GINQ ANS, DE 1700 A · texte numérisé non relu

EPOQUE DE CENT QUARARTE-GINQ ANS, DE 1700 A

(lotemiption de sept mois en 1724 par son abdicatioii

en faveur de Louis i )•

PORTUGAL : PŒBEB H, jusqu'en 1706. JEAN Y.

Philippe V, duc d'Anjou, deuxième fils de Louis, dauphin de France , et de Marie-Anne de Bavière , né à Versailles , le 19 décembre 1683 , appelé à la oo«ronne d'Espagne par le testament de Charles ii, fut déclaré roi d'Espagne à Fontainebleau, le 16 novem- Inre 1700 , et à Madrid , le 26 du même mois. Quelqut temps après , il se mit en route pour aller prendre possesfion d'un nouveau royaume.

Arrivé sur les bords de la Bidassoa , Philippe v congédia tons les Français de sa suite , à l'exception du doc d^Harcourt , qui l'accompagna à Madrid en qualité d'am-

bassadeur de Louis xiv. Le voyage da nouveau roi ne fut qu^une marche triomphale jusqu'à Madrid , où il fit son entrée , le lA avril 1701. Les grandes qualités de ce prince le rendaient digne de Tamour de ses nouveaux sujets , et les acclamations du peuple étaient la confirmation du choix de Charles u; mais ce choix devait recevoir une sanction plus glorieuse encore sur les champs de bataille.

Cependant rien n'annonçait que ce début pacifique dût être bientôt suivi d'une guerre si longue et si sanglante. Toutes les puissances de l'Europe , à l'exception de l'empereur , avaient reconnu le nouveau roi. Mais bientôt l'empereur Léopold , à la faveur de la jalousie qu'inspirait à l'Europe l'agrandissement des Bourbons , parvint à former une ligue pour détrôner Philippe v. Cette ligue, appelée la Grande Alliance^ fut conclue à La Haye, le 7 septembre 1701 , entre l'Empire , l'Angleterre, et la Hollande , qui parvinrent à y faire entrer pi ..s tard la Savoie , le Portugal et le roi de Prusse.

Le commencement de cette guerre cruelle fut mêlé de succès et de revers. Philippe entreprit , contre l'avis de son grand-père , et du cardinal Porto-Carrero , son ministre , un voyage en Italie , où sa générosité lui gagna tous les cœurs , surtout des habitants de Naples , qui lui firent don de sept cent mille ducats. Ce prince avait fait ce voyage dans l'espoir de chasser les impériaux de l'Italie ; mais , apprenant que les alliés menaçaient déjà l'Espagne , il se hâta de revenir à Madrid. Les Anglais et les Hollandais venaient d'attaquer l'Andalousie , tandis que le duc d'Ormond portait ses armes dans la Galice. La flotte anglaise, composée de quatre-vingts vaisseaux , enleva , dans le port de Vigo , vingMrois vaisseaux français et espagnols , qui accompagnaient les galions venant du Mexique , et fit un butin immense. Vers ce temps-là , Philippe ayant ôté sa faveur au car-

PHILIPPE y. 257

dinal Porto-Garrero et à don Emmanuel Arias , le crédit passa au cardinal d'Estrées , et plus particulièrement à la princesse des Ursins , qui s'était emparée de Tesprit du roi et de la reine.

On se battait déjà depuis trois ans en Europe pour la succession d'Espagne , lorsque Farchiduc Charles partit d'Angleterre en 170i|| , pour aller soutenir dans la Péninsule ses droits à la couronne. Il vint d'abord à Lisbonne , où il traita avec le roi de Portugal , puis il se présenta devant Barcelone et devant Cadix; mais ces deux places furent préservées par la fermeté de leur gouverneur. Les Anglais se dédommagèrent sur Gibraltar , qu'ils enlevèrent sans résistance , et dont ils prirent possession au nom de la reine Anne. Cette place est, depuis cette époque, restée au pouvoir des Anglais.

En 1706, l'archiduc reparaît sur les côtes de Valence, et une révolution éclate en sa faveur dans la province de ce nom. A son arrivée en Catalogne , des traîtres lui livrent les forteresses de Lérida et de Tortose ; Barcelone est forcée de capituler; et l'archiduc y est proclamé roi.

En 1706, Philippe v, ayant avec lui le maréchal de Tessé, assiège son rival dans Barcelone. La flotte française , qui bloquait cette ville , se retira tout-à-coup devant la flotte anglaise ; Philippe est forcé de lever le siège et de battre en retraite sur Madrid. Toute la Gaftaiogne est soumise par lord Péterty>roug et l'archiduc.

Quarante mille Anglais et Portugais, conduits par Gallovai et Las Minas, s'avancent par l'Estramadure et marchent sur Madrid. Philippe fuit de sa capitale , ses ennemis y entrent, et l'archiduc est proclamé à Madrid. Les Castillans, dans cette détresse , montrèrent un grand attachement pour Philippe y. La proclamation de l'aih

2S8 FOILIPPS T.

diidac ne se it que par Tarmée ea?ahiflmite; les htbitaals n'y prirent aucune part. Bientôt ils acooomrent en foule se ranger sous les étendards de leur roi, retiré à Borgos ; d'un autre côté , Berwick s'avançait sur la capitale, interceptant les convois de Tarmée anglo-iMNrtugaise; à son approche, Tarchiduc évacue Madrid, et Philippe y entre aux acclamations de la multitude.

Cependant les généraux français sont battus à Ramillies, les Pays-Bas échappent à Louis xiv, et le prince Eugène bat de nouveau les Français devant Turin.

En 1707, la révolte des Catalans, des Aragonais et des Valendens en faveur de Tarchiduc, devient phis menaçante. Le dévouement du reste de la nation ne se dément pas. Toutes les classes de citoyens concourent par des dons volontaires aux besoins de la guerre. La bataille d'Àlmanza , gagnée par Berwidc sur les confédérés, immortalise Berwiclc, et rétablit les affaires de Philippe.

Ce fut le lendemain de celte bataille, que le due d'Orléans , à qui le commandement en chef était domé, arriva en Espagne. Mais ce prince, qui avait des talents guerriers, s'indemnisa par d'autres exploits. U r^uisit sous la domination de Philippe les royaumes de Valence et d'Aragon, et la forteresse de Lérida se rendit à ses armes. Des intrigues de cour le forcèrent à quitter lIBipagne.

Le 25 août de la même année, la naissance d*Qn prince, qui assurait la stabilité de la succession aa trteet combla de joie les Castillans. La guerre se compliquai cependant; et, malgré les succès des alliés oonire Louis XIV, succès qui afiaiblissaient les resaourœs de ia maison de Bourbon , elle ne se soutenait pas sans i^oifei

Dans la campagne de 1708 , Philippe perdit k Strdaigne et Port-Mahon, soumit Tortose, et- dans le royaume de Valence , Dénia et Alicaate.

PHILIPPB V. 169

En 1700, Loeis xiv, accablé par ses revers, se vit dans la dore nécessité de demander la paix à ses ennemis et à ceux de Philippe. Les alliés exigèrent que le r(^ de France les aidât à détrôner son petit-fils. « Taime mieox, dit noblement Louis , faire la guerre à mes ennemis qu'à mes enfants, » et la guerre continua. Cette magnanimité dans le malheur ne fut pas favorisée par le sort des armes. La funeste journée de Malplaquet vint ajouter mi désastre de plus à tant d*infortunes. Ne pouvant obtenir la paix , Louis xiv rappela les troupes françaises qoi combattaient en Espagne, et abandonna son petitfils à ses propres efforts. Philippe perdit deux batailles, et se vit obligé de sortir une seconde fois de Madrid où Tarchiduc rentra de nouveau.

Le courage de Philippe parut alors Tabandonner ; mais ranimé par la reine, il reprit bientôt de plus nobles sentiments et se montra digne de régner. En 1710, ses sujets ayant joint ses instances à celles de leur souverain » obtinrent de Louis xiv qu'il leur envoyât le duc de Vendôme; et l'arrivée de ce général, à la tête de trois mille hommes, rendit le courage aux Espagnols. Enfin la victoire de Yillaviciosa , gagnée le 10 décembre 1710, par Vendôme et Philippe, fixa la destinée des Bourbons d'Espagne.

Cet heureux événement, et surtout la mort de l'empereur Joseph I, et l'élévation de l'archiduc Charles, son frère, à l'emphre, changèrent les dispositions des puissances alliées. Si Charles, devenu empereur, était encore resté roi d'Espagne, la monarchie de Charles Qolnt allait être rétablie, et l'influence de la maison d'Autriche revenait aussi puissante que jamais. Ces considérations détachèrent l'Angleterre de l'alliance, et donnèrent lieu à des négociations.

La victoire de Denain , gagnée par le maréchal V^lars en Î7I2, sauva la France et hâta la conclusion de

la paix. Elle fut signée à Utrecht , le il aTril 1713, entre Philippe et les alliés. Par un des articles de ce traité, qui fut déclaré loi pragmatique, fondamentale et inviolable, Philippe V renonçait pour lui et ses descendants à la couronne de France, et le duc de Berry, son frère, à la couronne d'Espagne. Ces formalités ayant rendu nécessaire la convocation des cortès, Philippe v profita de cette circonstance pour changer Tordre de succession qui avait subsisté jusqu'alors en Espagne, et qui était connu sous le nom de succession castillane» Ce mode de succession fut remplacé. par la loi saliqoe, qui excluait les femmes de la couronne, tant qull y aurait des descendants mâles de la lignée de Phihppe.

L'Espagne fut encore obligée de céder les Pays-Bas , ses possessions d'Italie et Gibraltar.

Cependant la Catalogne persistait encore dans la révolte ; il fallut employer la force pour la réduire , et le royaume ne fut entièrement pacifié qu'en 171A, après la prise de Barcelone et celle de Maîorque.

La reine étant morte en 171 A, Philippe en fut Imigtemps inconsolable ; il ne voulut plus habiter le palais de l'Escurial, et se retira dans le palais du doc de Medina-Celi. La princesse des Ursins qui avait été toute puissante pendant la vie de la reine, dont elle' était h favorite, engagea Philippe à se remarier avec Elisabeth Famèse , princesse héréditaire de Parme. Elle se flattait de perpétuer son crédit, sous le nom de cette nouvelle reine, qu'on lui avait représentée comme une enfant timide, sans génie, sans courage et sans talents. Mais Elisabeth était au contraire une femme d'un esprit élevé et cultivé, et n'était surtout pas d'humeur à se laisser gouverner. En arrivant en Espagne elle fit chasser M"* des Ursins, qui avait exercé tant d^empire à la cour.

Albéroni, qui avait contribué au mariage d'ÈIIsabetiit

fat nommé premier ministre. Cet homme , que l*on peut comparer à Mazarin , avait des vues grandes et utiles , et la capacité nécessaire pour les réaliser; mais il avait trop présumé des ressources de l'Espagne, en se flattant de rétablir sa domination en Italie. Il s'empara de la Sardaigne , qui était occupée par les troupes de Tempereur, et prépara un formidable armement contre la Sicile ; mais les Anglais , jaloux de la marine espagnole, arment une escadre nombreuse, attaquent la flotte d'Espagne à la hauteur de Syracuse, et lui enlè* vent vingt-cinq vaisseaux.

Cependant Albéroni ourdissait en France une conspiration connue sous le nom de Ceilamare, laquelle avait pour but d'enlever la régence au duc d'Orléans, et de la faire donner , par les états de sa nation , à Philippe v ; et en même temps il formait le projet de rétablir la maison des Stuarts sur le trône d'Angleterre. Mais la flotte destinée à y porter le prétendant fut dispersée ; et, de son côté, le régent ayant découvert la conspiration, sut prévenir les desseins des conjurés. La conjuration de Gellamare n'eut d'autre efl'et que d'amener une rupture entre la France et l'Espagne ; après quelques hostilités peu importantes, Philippe demanda la paix et l'obtint à condition de renvoyer son ministre ; Albéroni fut sacrifié au salut de l'état et retourna en Italie.

. Après le renvoi d'Albéroni , l'Espagne accéda ( 1720 ) au traité de la triple-alliance, conclu à La Haye, trois ans auparavant (1717), entre la France, l'Angleterre et la Hollande. M*"* de Montpensier, fille du duc d'Orléans, fut mariée au prince des Asturies , et M*"* de Beaujolais, la cinquième fille du régent, épousa l'année suivante (1721) don Carlos, fils aîné de la reine d'Espagne.

En 172A, Philippe v, accablé d'infirmités, de lassitude et de dégoûta , abdiqua la couronne en faveur

202 pflnim T.

de flonfib Loois, prince des Astories. PliiRppe a^ait idors quarante ans, et régnait depuis nngt-qaaitre ; mais les agitations continuelles de ce règne ra?aient complète ment dégoûté des grandeurs, n dioisit pour sa retraite le magnifique palais de Saint-Ddefonse (on la Granja)^ qu'il avait fait construire à Tindtation de Versailles. Là, il Tivait af ec la reine dans Ilnaction la plus complète* Mais il fut bientôt arraché à ce repos par la mort de son fils, qui ne régna que sept mois. Philippe serait peut-être resté dans sa retraite , si la reine , que la couronne n*avait pas^ fatiguée autant que lui, ne Teût fait remonter sur le trône. Les cortès forent asseniblées pour la reconnaissance de Ferdinand , second fils du roi, en qualité de prince des Asturies.

Ce fut alors que Riperda, riche Hollandais, attiré i la cour de Madrid comme directeur des manufactures, entreprit de ménager la paix entre Tempire et l^pagne. n se rend à Vienne, s*y tient caché dans un faubourg; et, par la médiation du prince Eugène, il fait réussir le traité , que les plus grands politiques avaient inutilement tenté de conclure depuis treize ans. Ce traité iîit signé le 30 avril 1725. Philippe renonçait aux royaumes de Naples et de Sicile, aux Pays-Bas et an Milanais, et Tempereur à l'Espagne et aux Indes. Riperda , comblé de gloire par le traité de Vienne , fut élevé à la plus haute faveur; mais bientôt le poids des affaires Taccabla. U excita le mécontentement des Espagnols, et sa disgrâce suivit de près son élévation.

La guerre qu'occasionna le siège de Gibraltar, entrepris par ordre de Philippe, fut de peu de dnrée^ et ce prince consentit volontiers à la médiation du cardinal de Fleury, premier ministre de Louis xv. En 1729, FEspagne et le Portugal s^nnirent par une double alliance entre les infantes et les héritiers des deux monardhies.

En 1781, la mort d'Antoine Famèse , duc de Panne,

PHIUPPB T. 203

beaa-père de PhiUppe v, liTra ce duché, que les puissances de l'Europe se disputaient depuis seize ans, à rinfant don Carlos, fils de Philippe et d'Elisabeth Farnèse. Ce jeune prince passa en lUUe , et fut reconnu grand-duc de Toscane et de Florence.

L'année 1732 est signalée par la conquête d'Oran et de Geuta, sur la côte d'Afrique. L'Espagne conserve encore la dernière de ces places.

En 1733, la mort de Frédéric ii| roi de Pologne, et l'élection de Stanislas Lecksinski, beau-père de Louis xv, •menèrent une nouvelle guerre entre l'empereur et la maison de Bourbon. Malgré la légitimité de l'élection de Stanislas, l'empereur, d'accord avec la Russie, força les Polonais à recevoir pour roi le fils de Frédéric Louis XV , humilié dans la personne de son beau-père , signe une alliance offensive et défensive avec l'Espagne et la Sardaigne. A des mesures indécises, à des traités sans fruit, succédèrent alors des hostilités conduites avec vigueur. Tandis qu'une armée française passait le Rhin et qu'une autre traversait les Alpes , l'Espagne envoyait en Italie trente mille honmies, sous les ordres du comte de Montemart L'infant don Carlos , nommé au commandement en chef de cette armée, la condoisit à la conquête du royaume de Naples dont il s^mpara sans difficulté. La Sicile fut promptement soumise à son tour, et dans cette rapide expédition don Carlos fut reçu par toute la population moins comme un conquérant que comme un souverain. Philippe v déclara son fils roi des Deux-Siciles; don Carlos fut couronné le 13 mai, aux acclamations des Napolitains , transportés de joie d'obéir à un monarque particulier et de ne plus être gouvernés par des vice-rois. D'un autre côté, les Français obtenaient d^éclatants succès en Lombardie. Ces désastres accumulés conduisirent rcmperev Charles vi à demander la. paix. Elle fat si-

26& PHIUPPB V.

gnée à Vienne « le 18 Novembre 1736. Par ce traité, Stanislas renonça à la Pologne; conservant le titre et les prérogatives de roi, il eut les dochésde Bar et de Lorraine , pour être à sa mort réunis à la couronne de France. Le duc François de Lorraine eut la Toscane , avec une pension de trois millions , payable jusqa^à la mort du grand-duc Jean Gaston, dernier prince delà maison de Médicis. Don Carlos fut reconnu roi des Deux-Siciles.

Une collision avec FAngleterre succéda à cette guerre* Les hostilités eurent lieu principalement dans ' les mors d'Amérique et sur les côtes des Indes occidentales ; elles ne furent terminées que la quatrième année du règne de Ferdinand, et elles n'offrent, sauf quelques faits d'armes isolés , que peu d'événements importants.

En 1739, la mort de l'empereur Charles vi, replongea l'Europe dans la confusion. On voulut disputer son héritage à sa fille, l'immortelle Marie-Thérèse , malgré les traités et la pragmatique sanction reconnue par toutes les puissances. L'Espagne, d'accord avec la France, voulut saisir cette occasion de former on établissement en faveur de don Philippe, le second fils de la reine Elisabeth et du roi. Don Philippe marcha lui-même à la tête de l'armée franco-espagnole destinée à lui conquérir on état. Mais , avant la fin de cette guerre , Philippe v monrut le 9 juillet 1746, âgé de soixante - trois ans, après un règne de quarante-six.

Ce prince fut vivement regretté de la nation , et il le méritait; car, malgré ses irrésolutions, malgré sa fadlité à se laisser gouverner, surtout par Elisabeth Farnèse , qui conserva son influence sur lui jusqu'à sa mort, sa candeur, sa bonté, son esprit de justice, lui donnaient réellement des droits aux regrets des Espagnols. Il désira toujours ardemment le bien de l'Espagne, et ce désfar tnt en partie rempli. Le royaume retrouva sont loi une

Page 1