‹ Histoire d'EspagneChapitre 16 sur 31 · PARTEZ, MON FILS. IL N'Y A PLUS DE · texte numérisé non relu

PARTEZ, MON FILS. IL N'Y A PLUS DE

PYRENEE S . »

HISTOIRE D'ESPAGNE. m

lémoin jadis des pénibles préoccupations de Charles II et des rêveries solitaires de la belle Anne de Neubourg, avait repris une animation nouvelle Tout ce que Madrid avait de plus brillant remplissait les salles du palais ; tous les corps de l'État s'y trouvaient réunis pour saluer roi d'Espagne Philippe V de Bourbon, et la grandesse y avait également de nombreux représentants. Une question de préséance faillit compromettre l'affection que la noblesse espagnole témoignait au nouveau souverain. Philippe, par attachement pour son pays originaire, autant que pour s'assurer l'appui de la Fiance, nécessaire à la consolidation de sa couronne, avait rendu un décret qui accordait aux pairs de France le rang et les prérogatives des grands. L'hidalguia, dont l'attachement à ses privilèges et à son honneur national avait été le plus puissant motif de sa détermination à embrasser la cause du petit-fils de Marie-Thérèse, ne dissimula pas son mécontentement à la publication de cette ordonnance. Philippe se hâta de prévenir les conséquences d'une pareille décision , en obtenant de son aïeul que les grands d'Espagne jouiraient à la cour de France du même rang et des mêmes préro-

galives que les ducs et pairs de ce royaume. C elait une politique difficile à tenir, que de chercher à complaire lout à la fois à l'Espagne et à Louis XIV.

Ce puissant monarque, en affectant de ne pas vouloir s'immiscer dans les affaires de la Péninsule , était flatté intérieurement de les diriger du fond de son palais. Le cardinal Porto-Carrero avait le grand tort de s'en référer à lui pour tous les cas difficiles, et d'introduire dans les conseils du roi d'Espagne des Français envoyés de Versailles, tels que le financier Orry et le comte de Marsin , ambassadeur de France. Cette sympathie pour ses compatriotes, naturelle à tout prince venu du dehors, laquelle avait été si funeste à Charles- Quint au commencement de son règne , fut aussi préjudiciable à Philippe V. Tel était l'éloigné ment des Espagnols pour les étrangers, qu'ils voyaient de mauvais œil même les sages mesures prises par Orry, intendant général du trésor royal. Celui-ci, dans la louable intention de mettre de l'ordre dans les finances , voulut corriger les abus invétérés et remédier aux dilapidations des revenus royaux. Élevé dans un pays où l'autorité apportait peu de ménagement à l'accomplisse-

ment de ses vues administratives, il voulut entamer la réforme avec énergie et impartialité ; aussi s'aliéna-t-il beaucoup de monde, d'autant plus qu'il s'était arrogé un pouvoir qui éclipsait celui des autres ministres. Les Catalans, les premiers, témoignèrent leur mécontentement ; mais l'ordre fut rétabli par l'arrivée de Philippe à Barcelone, où ce prince épousa la princesse Louise de Savoie. L'orage grondait aussi au dehors : les manœuvres secrètes de l'empereur Léopold et la jalousie qu'inspirait Louis XIV firent naître une coalition terrible contre les princes de Bourbon. L'Autriche, l'Angleterre , la Hollande, l'électeur de Brandebourg (depuis premier roi de Prusse), le duc de Savoie et le roi de Portugal conclurent , à la Haye, un traité connu sous le nom de la grande alliance contre la France et l'Espagne. Les Anglais et les Hollandais se chargèrent des hostilités sur mer : commandés par le duc d'Ormond, ils eurent l'avantage en plusieurs rencontres. Ils enlevèrent dans le port de Vigo vingt-trois vaisseaux français ou espagnols qui accompagnaient les galions du Mexique. Le butin s'éleva à plus de 12 millions. D'un autre côté, l'archiduc Charles , second fils de l'Empereur, se présentait

comme le compétiteur de Philippe V. Le 12 septembre 1703, il fut même reconnu solennellement à Vienne en qualité de roi d'Espagne par tous les ministres étrangers , à la réserve du nonce du pape et de l'ambassadeur de Suède. A la tête des armées coalisées , il soutint d'abord avec bonheur ses prétentions illégitimes ; secondé du prince Eugène de Savoie, il combattit en Italie les armées franco-espagnoles , commandées par le duc de Vendôme. Puis, à la suite de succès et de revers balancés, il passa, en 110k, en Angleterre, où il fut traité comme roi d'Espagne. Le gouvernement britannique ayant mis à sa disposition une flotte et un corps d'armée , l'archiduc ne tarda pas à s'embarquer pour la Péninsule. Il aborda en Portugal, et se dirigea aussitôt vers l'Espagne. Ce fut alors que se frappèrent des médailles à son effigie avec cet exergue : « Charles III, par la grâce des hérétiques, roi catholique d'Espagne. » Ce sarcasme décelait un des motifs de l'Angleterre à se mêler aussi chaudement des affaires de la presqu'île ibérienne. Le protestantisme avait à cœur de propager ses doctrines dans une des contrées les plus fidèles au catholicisme. On peut le voir par les dépêches du général de la reine

Anne, milord Galloway, qui s'efforçait de rattacher l'intervention anglaise au grand mouvement des protestants du Languedoc, dirigé par Havanel et Jean Cavalier. Le maréchal de Villars, en pacifiant les provinces méridionales de France, coupa court à ces négociations. Les actes fracriléges des soldats fanatiques de l'Angleterre apprirent aux Espagnols partisans de l'Autriche le cas qu'on devait faire de ces auxiliaires qui profanaient les églises, attaquaient par l'ironie et l'insulte les pratiques et les croyances catholiques, « au point que, ainsi que le rapporte le marquis de Saint- Philippe , Dieu même, vivant sur nos autels dans l'auguste sacrement de l'Eucharistie , fut foulé aux pieds par ces sacrilèges ; quelques hérétiques le traitèrent même avec une indignité que notre plume a horreur de décrire. »

Les Anglais, à lilre d'alliés du prétendant à la couronne d'Espagne, s'emparèrent de Gibraltar, qu'ils ont toujours c onservé jusqu'à nos jours. Puis, en 1705, ayant débarqué l'archiduc Charles sur les côtes de la Catalogne, ils soulevèrent celte province et s'emparèrent de Barcelone. Ces succès enhardirent les mécontents, et Philippe se vit

obligé de se relirer jusqu'au pied des Pyrénées. Le bruit même qui vint à se répandre que ce prince, cédant aux sollicitations de la France, allait quitter le territoire espagnol, devint la cause de nombreuses défections. Les ministres crurent devoir prévenir leur maître que si réellement il abandonnait son royaume, il le perdrait infailli blement. Philippe se rappela l'exemple de son aïeul Henri IV, qui, dans une extrémité semblable à la sienne, aima mieux dans la plaine d'Arqués s'exposer aux chances d'un combat, que de passer en paj s étranger. Il réunit ses troupes : « Je vous donne ma parole royale, leur dit il, que plutôt que de quitter l'Espagne, je mourrai avec le dernier escadron de cavalerie. » Philippe ne put proférer ces mots sans un attendrissement qui gagna ses soldats. Un événement heureux donna quelque consolation à Philippe. La reine , le 25 août 1707, mit au monde un prince qui fut nommé Ferdinand- Louis , à cause de ses deux illustres aïeux de France et d'Espagne , saint Louis et saint Ferdinand. La naissance de cet infant causa une joie générale ; car ce prince , né en Espagne , devenait une barrière de plus contre les ennemis de son père. Cet événement diminua l'influence

du parti de l'archiduc, et assura les avantages que celui de Philippe V avait retirés de l'éclatante victoire d'Almanza , remportée , le 23 avril précédent , par le maréchal de Berwick sur les Anglais et les Portugais, commandés par le marquis de Las Minas et lord Galloway. Les talents militaires du duc d'Orléans (depuis régent de France), du chevalier d'Asfeld et du marquis d'Avaray, achevèrent de soumettre à Philippe V les royaumes de Valence et d'Aragon. Le duc d'Orléans poussa même jusqu'en Catalogne, et, après onze jours de tranchée, s'empara , le 13 octobre, de la ville de Lérida , qui passait pour l'écueil des plus grands capitaines. Cependant , à l'extérieur, la guerre européenne dite de la Succession de Charles II , au début de laquelle Louis XIV avait paru si formidable , devint pour la France une source de calamités. Le roi de France, réduit à la défensive, avait encore de la difficulté à garder ses frontières. La détresse de ce prince ne lui permettait d'envoyer dans la Péninsule que de faibles secours; aussi les Anglais et l'archiduc Charles luttaient-ils avec avantage dans la Péninsule contre Philippe V. Ce prince fut encore contraint de quitter sa capitale. Sur ces entrefaites, Louis XIV envoya à son

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petit-fils, non une formidable armée, mais un général. Telle est la puissance du génie d'un seul liomme : Philippe V se trouva bientôt à la tête de trente mille soldats, équipés et enrégimentés. Cette fois le péril fait taire toute rivalité et toute susceptibilité nationale. Les Espagnols, qui avaient eu sujet de se plaindre de V influence de la princesse des Ursins et des autres Français de l'entourage du roi , apprécient unanimement le talent supérieur du duc de Vendôme, et se soumettent sans difficulté à son commandement. Grâce à l'épée de l'illustre capitaine, Philippe rentra dans sa capitale; puis, sans donner à l'ennemi le temps de se reconnaître, il le poursuivit jusqu'au bord du ïage, et , le 9 novembre 1710 , emporta le village de Brihuega, dans la Nouvelle- Caslille, où un corps de six mille Anglais et Portugais s'était retranché. Slanhope, leur général, et cinq mille d'entre eux tombent au pouvoir de Philippe Y. Le lendemain matin , le monarque et le duc de Vendôme apprennent que Staremberg accourait au secours des Anglais ; ils se portent aussitôt audevant de lui , et rencontrent les Allemands près du bourg de Villaviciosa. Le duc de Vendôme range en bataille l'armée royale , et remporte une

victoire complète, qui lui mérita le glorieux titre de Restaurateur du trône de Philippe V, et fut suivie de la soumission de TAragon. L'avénement de l'archiduc Charles au trône impérial vint aussi contribuer à la pacification de l'Espagne et rendre le repos à l'Europe. Toutes les puissances, qui étaient lasses de la guerre , envoyèrent des plénipotentiaires au congrès tenu à Utrecht en 171-2. A la suite de ces conférences , qui réglèrent les intérêts des États européens, Philippe V fut reconnu unanimement comme roi d'Espagne , à condition qu'il renoncerait à la couronne de France pour lui et ses descendants , ce qui fut consenti solennellement par ce prince. Quelque temps après, la reine étant morte, Philippe se remaria à Elisabeth Farnèse, princesse héritière de Parme , dont il eut plusieurs enfants , d'où sortirent les Bourbons de >~aples et de Lucques. Ce mariage, négocié par le Parmesan Alberoni , attira cet étranger à la cour de Madrid ; il sut gagner la confiance du roi. Mais la mauvaise direction qu'il donna aux affaires et la guerre qui s'ensuivit avec la France lui firent perdre sa faveur. Le régent de France se réconcilia avec Philippe V. et cimenta cette alliance par un pro-

jet d'union entre le jeune roi Louis XV et l'infante Marie -Anne, union qui ne devait pas se réaliser. On pouvait croire que Philippe V allait goûter sans nuages cette paix vers laquelle le portaient la modération de ses goûts et sa bienveillance naturelle; il n'en fut pas ainsi. Du moment où le repos fut rétabli dans sesÉlats , une sorte de taciturnité s'empara de lui. Les conlinuelles vicissitudes qu'il avait eu à supporter depuis son arrivée en Espagne l'avaient rendu vieux avant l'âge et désabusé des grandeurs de ce monde ; il éprouva le besoin de la solitude , et le 10 janvier 1724 il se démit de la couronne en faveur de son fils Louis, prince des Asturies; mais la mort inattendue de ce jeune monarque vint, le 31 août suivant, obliger Philippe V de reprendre le sceptre. Son premier soin fut de convoquer les cortès et de faire reconnaître prince des Asturies son fils Ferdinand, le dernier enfant qu'il avait eu de Marie-Louise de Savoie. Ensuite il s'occupa avec soin de l'administration de son royaume ; il rechercha tous les moyens d'en augmenter la prospérité. Il attira à sa cour le Hollandais Riperda, dont les plans l'avaient séduit. Cet étranger, chargé en 1725 d'aller auprès de

l'empereur négocier un traité d'alliance et de commerce, parvint à terminer les contestations qui depuis longtemps divisaient les deux cours de Vienne et de Madrid ; et le 30 août , il signa un traité par lequel l'empereur consentait à ce que les duchés de Parme et de Plaisance fussent assurés à l'un des enfants de Philippe et d'Élisabeth Farnèse, héritière de ces États, et qu'en retour, l'Espagne céderait à l'Autriche les provinces des Pays-Bas possédées par la branche austro- espagnole jusqu'au règne de Philippe V.

L'étranger Riperda, fait duc et premier ministre à la suite de cette paix, fut bientôt obligé de se retirer devant le grand nombre d'ennemis que lui avait suscités sa rapide fortune. Don Joseph Patino et Orendam, comte de la Paix, lui succédèrent. Ces ministres habiles, surtout le premier, firent bénir par leur bonne administration le nom de Philippe V, et dédommagèrent ainsi ce prince des soucis du trône. Partout la fortune semblait lui sourire. Ses généraux remportèrent en Afrique une victoire éclatante sur les Maures. Son second fils, don Carlos, après de brillants succès militaires , avait consolidé les droits de la nouvelle dynastie d'Espagne sur les États napoli-

tains. Un traité fut signé à Vienne le 3 octobre 1735 , par lequel ce même don Carlos fut reconnu roi des Deux-Siciles.

Le 8 janvier 1737, les plénipotentiaires de l'empereur Charles VI et des rois d'Espagne et des Deux-Siciles se réunirent de nouveau à Pontremoli , en Toscane, pour terminer les différends des trois couronnes. L'empereur abandonna définitivement Naples et la Sicile à l'infant don Carlos , et ce prince, ainsi que son père, renonça à ses droits sur les duchés de Parme , de Plaisance et de Guaslalla. Enfin, l'année suivante, ce traité reçut une dernière ratification à Vienne, à l'occasion du mariage de don Carlos avec la princesse Marie de Saxe, fille d'Auguste III, roi de Pologne.

Dès lors Philippe V, tranquille sur l'avenir de ses enfants, pouvait, à l'ombre de la paix, travailler selon ses désirs à la prospérité de ses États. Malheureusement, il ne fut pas maître de dissiper cette mélancolie qu'avait jadis imprimée en lui la mauvaise fortune. Ses principes religieux l'empêchèrent d'être ébloui des grandeurs dont il avait appris à connaître le néant; aussi était-il préparé à quitter la terre quand son heure

fatale vint à sonner, le 9 juillet 1746. Sa mort arracha des larmes sincères aux Espagnols ; il avait mérité leur estime pendant sa vie par son administration juste et éclairée, et reçut d'eux le nom de Courageux pour sa bravoure dans les combats.

Ferdinand VI, prince d'un naturel bienveillant et de mœurs douces et pures , à qui on ne pouvait reprocher qu'un peu de faiblesse et d'irrésolution, comme à son père Philippe V, avait pour unique ambition de rendre ses peuples heureux. Sa première pensée fut de mettre de l'ordre dans les finances, et il acquitta les dettes que les grandes guerres du règne précédent avaient fait contracter à l'État.

Son amour du repos le lit accéder facilement aux conditions de paix d'Aix-la-Chapelle , dont les préliminaires furent signés le 30 avril 1748. Ce traité termina la guerre dite de la Succession de Charles VI , et rétablit le calme général. Louis XV venait de rendre à la maison de Bourbon sa prépondérance en Europe , à la suite des victoires de Fontenoy, gagnée sur les Anglais (1745); de Rocoux, sur les Autrichiens (1746); de Lawfelt, sur le duc de Cumberland (1747), et des prises de Berg-op-Zoom et de Maestricht (1747-1748).

Il déclara , par l'organe du marquis de Saint- Severin, son ambassadeur, qu'il voulait faire la paix en roi ; et avec une générosité digne d'un vainqueur, il ne demanda rien pour lui , mais tout pour ses alliés. Marie-Thérèse ne fut reconnue héritière de l'empereur Charles VI, son père, et son époux, le grand-duc de Toscane, François de Lorraine, empereur d'Allemagne, que sous les conditions suivantes : on céderait la Silésie et le comté de Glatz au roi de Prusse , et les Bourbons d'Espagne obtiendraient la possession définitive des États d'Italie en litige. Ainsi Ferdinand VI, avec l'appui de la France, fit assurer à don Carlos , son frère , et à ses héritiers , le royaume des Deux - Siciles : toutefois , sous la clause expresse, déjà formulée dans les traités précédents, que jamais cette couronne ne pourrait être réunie à celle d'Espagne ; puis il obtint les duchés de Parme , Plaisance et Guastalla , pour don Philippe, son second frère. Ce prince y avait droit du chef de sa mère , Elisabeth Farnèse , héritière de ces États , lesquels devaient retourner à la maison d'Autriche si l'infant ou sa postérité montaient sur le trône d'Espagne ou sur celui de Naples.

Ferdinand VI conserva les anciens minisires de son père, Laquadra, marquis de Villarîas, el Zeno, marquis de l'Eusenada. D'après leurs conseils, il poursuivit la réforme des finances. Sur les représentations de ses peuples , qui souffraient beaucoup des vexations des fermiers , il changea ce mode de perception en usage sous la dynastie d'Autriche, et mit en régie les impôts de l'Espagne, d'après le plan sagement conçu par Campillo , l'un des derniers et des plus habiles ministres de Philippe V.

Les libertés de l'Église espagnole furent aussi l'objet de la sollicitude de Ferdinand VI, et, en 1753, l'abbé Figueroa, habile négociateur, régla avec le saint-siége le concordai qui conciliait les intérêts du clergé avec ceux de la papauté, et confirmait à la royauté la nomination à tous les grands bénéfices de la monarchie. L'unique pensée du souverain était donc de ramener le repos et la prospérité au sein de ses États, tant éprouvés sous le règne précédent. Aussi , quand , en 1756 , la guerre se ralluma entre la France et l'Angleterre, il refusa d'y prendre part. Aucune des branches de l'administration ne fut négligée par Ferdinand VI. Il fit fleurir les sciences et les

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arts, pour lesquels il avait un goût prononcé; il fonda une académie royale de peinture, de sculpture et d'architecture, et établit des institutions gratuites en faveur de ses sujets. Il plaça la justice sous sa surveillance immédiate, et souvent il usa du droit de grâce, et fit naître le repentir dans le cœur du criminel. Pour mieux s'éclairer, il consacrait deux jours de la semaine à écouter les réclamations de ses sujets.

Le bonheur dont Ferdinand VI les faisait jouir et les bénédictions dont son nom était entouré auraient dû préserver ce prince de l'atteinte d'un mal qui semblait inhérent au trône d'Espagne. Néanmoins, une mélancolie encore plus sombre que celle de son père s'empara de lui. Au fond de son palais du Buen-Reliro, il ne pouvait trouver aucun remède à l'affection qui minait sa santé et affaiblissait son esprit. Marie-Barbe de Portugal , sa femme, recourut alors à Farinelli, le grand chanteur, dont le talent fameux dans toute l'Europe avait apporté quelque adoucissement à la morosité de Philippe V. Ferdinand en obtint un semblable soulagement. Les accords harmonienx ont toujours eu une influence salutaire sur les intelligences maladives. Le charme puissant de la

voix de Farinelli dissipait les nuages qui obscurcissaient la raison du souverain. Farinelli ne put qu'alléger les souffrances et non prolonger les jours de Ferdinand VI. Ce prince, miné par une maladie de langueur, succomba le 10 août 1759, à l'âge de quarante-six ans, sans laisser de postérité. Les qualités de son cœur lui méritèrent le surnom de Sage.

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