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CHAPITRE IV

Ferdinand, second fils da roi de Castille, élu roi d'Aragon. — Qualités brillantes de ce prince. — Alphonse V le Magnanime. — 11 hérite da royaume de Naples. — Jean 11. — Cortès d'Aragon. — Le Justicier. — Ses attributions. — Ferdinand V le Catholique.

Les vastes possessions du roi Martin échurent à une branche de la maison royale de Castille, par l'élection du second fils de Jean Ier, roi de Castille, l'infant don Ferdinand, à qui les Aragonais décernèrent la couronne , et conséquemment celles de Sardaigne et de Sicile , qui en relevaient. Les brillantes qualités de l'infant de Castille déterminèrent le choix des électeurs tout autant que sa proche parenté avec leurs derniers rois , dont il était le propre neveu par sa mère Éléonore d'Aragon. Déjà Ferdinand était célèbre par la victoire d'Àntequerra, qu'il avait remportée sur cent mille Maures, n'ayant avec lui que vingt mille combattants, et par son haut mérite, qui l'avait fait nommer régent de Castille pendant la minorité du roi Jean II, son neveu. Ferdinand, avec la reine sa

femme, Éléonore de Castille-Albuquerque, ses cinq infants et ses deux infantes , se rendit aussitôt à Saragosse , où les cortés se réunirent. Là , après avoir juré de garder les institutions et fueros de la nation, et reçu le serment de fidélité des états, il fit déclarer son fils aîné Alphonse son successeur. Dans ce même temps, l'archevêque de Cagliari vint lui rendre hommage pour le royaume de Sardaigne. Ensuite, Ferdinand envoya en Sicile don Rameu de Montesa à la tête d'une brillante ambassade, afin de notifier sa nouvelle royauté aux peuples de cette contrée. Le seigneur de Montesa , muni de pleins pouvoirs , fit prêter serment d'obéissance aux nobles et aux bourgeois t et s'engagea à son tour, au nom de Ferdinand, à maintenir leurs lois et privilèges. De nouvelles cortès s'assemblèrent à Saragosse en 1414 , à l'occasion du couronnement du roi et de la reine. Cette cérémonie fut célébrée avec pompe le 15 janvier. « Ensuite , rapporte Zurita , le roi ayant été sacré et couronné, il s'assit sur son trône, pendant que les états juraient tous ensemble fidélité à Alphonse son fils, créé, à cette occasion, duc de Girone. Le roi plaça un manteau sur les épaules de l'infant, un chapeau sur sa

tête et une baguette d'or en main, et lui donna le baiser de paix. »

Alphonse V, dit le Magnanime, hérita du trône et des qualités de son père Ferdinand, et fut un des plus grands princes qui soient montés sur le trône d'Aragon. Trop généreux pour raffermir son pouvoir aux dépens des libertés de ses peuples, il comprit que la meilleure manière de faire apprécier à ceux-ci ses vastes projets, c'était de respecter leur noble susceptibilité , et de tirer parti du caractère fier et aventureux des Aragonais en les engageant dans des entreprises utiles et glorieuses. S'élant fait déclarer héritier du royaume de Naples par Jeanne II d'Anjou , reine de ce pays , il obtint de ses sujets, pleins de confiance dans ses talents et ses hautes qualités, toutes les ressources nécessaires pour triompher de René d'Anjou, qui lui disputait les Étals napolitains. Il réunit ceux-ci à ses autres possessions héréditaires, et acheva de rendre la maison d'Aragon souveraine de la Méditerranée , jusqu'au golfe Adriatique. Les succès d'Alphonse sur la côte d'Afrique concoururent également à placer le peuple aragonais au premier rang des puissances maritimes. L'encouragement que ce prince donna aux arts et aux

lettres, et l'accueil qu'il fit aux artistes et aux savants lorsqu'ils s'enfuirent de Constantinople pris par Mahomet H, contribuèrent autant à la civilisation de ses royaumes, que ses armes à l'agrandissement de ses frontières.

Jean II, son frère, lui succéda en 1458. Ce prince , déjà roi de Navarre du chef de sa femme , Blanche d'Évreux , héritière de cet État , se montra, comme Alphonse V, fidèle observateur des institutions de l'Aragon. Ayant convoqué, en août 1460, les cortès à Fraga, il fit sanctionner par elles, dans les formes constitutionnelles, la réunion à perpétuité des royaumes de Sicile et de Sardaigne à la couronne d'Aragon. Ce prince respecta également l'autorité éminente du justicia (grand justicier du royaume), et confia à ses propres peuples le soin de limiter eux mêmes les prérogatives d'une charge que celui qui en était revêtu pouvait rendre pernicieuse à l'État , s'il ne se trouvait soumis à une autre puissance créée pour contrôler ses actes. Les cortès, réunies en 1461 , déterminèrent par une loi l'établissement de ce tribunal, dont l'origine remonte aux premiers fueros de la nation , à l'époque même de la création de la dignité du justicier.

Seulement les cortès de 1461 s'appliquèrent à donner une nouvelle force à ce conseil , en l'assujettissant aux formes d'une procédure plus régulière, dont voici les principales. Chaque assemblée nationale, avant de se séparer, élisait parla voix du sort dix-sept membres pris dans son sein , lesquels devaient composer cette commission d'enquête attachée au justicier. Celle-ci se réunissait trois fois par an, à époques fixes, pour entendre les plaintes portées contre le justicier ou ses délégués. Le justicier lui-même, malgré son caractère inviolable, devait , sur la citation des dix- sept inquisiteurs, comparaître à leur barre. Le jury , sous la foi du serment, prononçait sa sentence, qui pouvait faire encourir au justicier ou à ses délégués les plus graves châtiments, tels que la confiscation des biens , la dégradation et quelquefois la peine de mort. C'est ainsi que, dans leur amour inquiet d'indépendance, les Aragonais se mettaient en garde contre ceux mêmes qu'ils avaient préposés à la conservation de leurs libertés.

Jean II, étant mort en 1479 , eut pour successeur son fils Ferdinand , dit le Catholique , qui s'empressa d aller à Saragosse, à Barcelone et à Valence jurer les privilèges, les lois et les insti-

lutions de ces divers États de la couronne d'Aragon. Ce prince, dix ans auparavant, avait épousé Isabelle, héritière de Castille. Il fut , à proprement parler, le dernier roi d'Aragon , et les événements de son règne sont tellement unis à ceux de la Castille, que nous croyons ne devoir les rapporter qu'au chapitre suivant, pour donner à notre récit plus de concision et de clarté.

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