‹ Histoire d'Haiti (volume 2)Chapitre 10 sur 47 · FR À & A · texte numérisé non relu

FR À & A

« Donné à Paris au palais du gouvernement le 47 Brumaire an « 10 de Ja Repbtue française (8 Novembre 1801.) « Le 1° Consul,

€ Signé, BONAPARTE. »

Télémaque afficha avec en obsiiome cette proclamation dans toutes les rues, ainsi que celle du général Leclerc qui promettait au officiers civils el militaires de toutes couleurs qu'ils seraitnt confirmés dans les grades que Jeur EAU QATCE Toussaint Louverture.

* IL est impossible 4 rencontrer plus de perfidie, çar “honore avai déjà “ le rétablissement de l'esclavage,

Christophe suivi de son état-major se rendit à la municipalité ; reprocha vivement el avec menaces à Télémaque d’avoir fait affcher les deux proclamations, et lui annonça que la ville serait incendiée et évacuée. Le maire eut le courage de lui déclarer qu'il tenterait de s'opposer à cet acte de barbarie. El ordonna aussitôt à la garde municipale, en présence de Christophe, de parcourir la ville pour y maintenir «l'ordre , et il avertit les citoyens qu'ils eussent à se procurer de l’eau pour combaitre l'incendie. Chris” tophe qui connaissait le dévouement à la France de la garde pationale essaya en vain de la consigner dans les casernes. Elle par: courait les rues et calmait les inquiétudes des familles. Dès que la nuit fut descendue sur la ville, (4 février) le fort Picolet donna le signal de l'incendie par un boulet lancé Mk l’escadre. Christophe mit le premier le feu à sa propre maisoflf} magnifique édifice dont l'intérieur venait d'être enduit de goudron. En un instant les flammes s’ouvrirent un passage à travers les toits ; les citoyens répoussés par les soldats à coups de crosses de fusil, firent de vains ef= forts pour éteindre le feu. Les femmes, les enfans, les malades, las blessés, confondus, éperdus , chargés de leurs objets les plus précieux, sortirent tumultueusement de la ville, suivis de la garde nationale et de la Municipalité. Les soidats distribués dans les différents quartiers activaient l'incendie avec ordre et discipline, en lançant des matières inflammables dans les appartemens et sur les toits. Ils se hâtaient surtout d'anéantir les monumens publics. A onze heures du soir le feu avait exercé tant de ravages que la: ville était devenue presque un immense bûcher. Les troupes se livrèrent alors au plus affreux pillage. De toutes parts l'on entendait les gémissemens de la foule qui fuyait, le cliquetis des armes; les flammes s'élançant des toîts embrasés se joignaient en formes d’arcs au-dessus des rues; de haules maisons s'écroularent: une épaisse fumée touthillonnait dans les airs, et le feu après avoir dévoré un quarticr , s'allongeait sur de nouvelles proies | s'entortifait autour d'elles et les engloutissait. Le souffle brülant de la brise emportait au Join des étincelles, des tisons, et propageait l'incendie avec une ra- . pidité effrayante. Nulle puissance n'eût pu alors maîtriser Pembrasement. Les flammes dévorèrent les bureaux du contrôle, dela ma. rine , le greffe, le palais du gouvernement, les casernes, les magasins de l'Etat et la grande Eglise; les explosions des arsenaux firent trembler la terre; des masses de pierres et des poutres lancées dans les airs retombaient, en les éerasant, sur les malheureux fugitifs. A la pointe du jour, Télémaque, la garde nationale, les. femmes et les enfans atteignirent le sommet de la Vigie, au milieu des plus grands dangers. De là ils découvrirent les rnines fumantes du Cap: des murs noircis par les flammes et lézardés. Le cahitaine Ignace, à la tête de 40 grenadiers, vint ordonnar à toute

la foule } de la. part de Christophe, de se rendre sur l'habitation L'Espagne. Télémâäque refusa d’obéir : alors Ignace dans sà fureur mit le feu à deux grandes maisons élevées au sommet de la Vigie et remplies de femmes, d'enfans et de malades. Il fallut descendre du morne pour cher cher un abri contre les ardeurs du soleil. Christophe craignant l'issue d’un combat livré à la garde nationale, n’osa attaquer la population qui ne voulait pas le suivre, et se retira vers la Grande Rivière. Les citoyens de leur côté ne s'étaient montrés si paliers que parce qu'ils redoutaient le massacre de leurs femmes et de leurs ‘enfans, s'ils en étaient venus aux mains avec la 2e. coloniale.

Dans l'après-midi du 5 février (jour qui suivit l'incendie ) l'amiral Villaret Joyeuse lança plusieurs bordées du vaisseau l'Océan , de 120 canons, sur le fort Bélair qui ne répondit pas ; 1! avait été "évacué. Le contre amiral Delmothe traversa la passe du Cap, et presque toute l’escadre entra dans la rade, sans avoir éprouvé aucune résiss tance du fort Picolet qui avait été aussi abandonné. La division Humbert prit aussitôt possession de la ville; cependant l'amiral Villaret Joyeuse commanda aux bâtimens de l'escadre de ne jeter l'ancre qu après l’entrée au Cap du capitaine-général. Celui-ci venait d'apprendre l'occupation du Fort Liberté par les Français et la marche de Rochambeau , par Sainte Suzanne, sur la Grande Rivière et le Dondon. Il ordonna à la division. Hardy de débarquer. Les troupes descendirent à la baie de l'Acul et marchérent sur le Gap; quand elles arrivèrent à la Rivière Salée elles furent arrêtées par le feu d’une batterie de la rive opposée. Elles se précipitérent dans l'eau, enlevérent la redoute à la baïonneite et passèrent au fil de l'épée cent soldats de la 2e. qui occupaient le poste. Hardy et Leclerc n'éprouvérent plus aucun obstacle jusqu'au Cap où l'armée campa sur des ruines fumantes, Toute [a populalion qui avait accompagné Télémaque rentra en ville, en jetant des cris d'allégresse , embrassant les Français qu'elle appelait ses libérateurs. On évalua à 400,000,000 de francs les pertes qu'on éprouva par l'incendie.

L'escadre était mouillée ; une seule frégate la Vertu louvoyait à la vue du Cap; elle portait les Rigaud, les Villate, les Léveillé , les Pétion, les Boyer, les Belley, les Dupont , les Ludué, les Quayer Larivière et une foule d’autres indigènes qui avaient été contraints de fuir St. Domingue, aprés la chute de Rigaud. Tous ennemis personnels de Toussaint ils revenaient pour le combattre ; cependant, le gouvernement français ayant l'arrière pensée de rétablir l'esclavage, redoutait leur influence et était disposé à surveiller activement leur conduite, Leclere avait reçu l'ordre du premier consul de les envoyer à St. Louis de Madagasear, si Toussaint se soumettait sans résistance; car alors on n'aurait pas eu besein ni de leur courage, ni de leur connaissance du pays. Mais la résistanee

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de Christophe qui anvonçait, une guer re. peut être 16h28 . née détermina Leclerc à les faire débarquer. L’adjudant- généra

Pétion qui nignorait pas les dispositions: du gouvernement consulire tant à son égard qu'à celui de ses frères d armes , dit à ses camarades en découvrant les flammes de la ville du € Cap : : « Nous « n'irons pas à Madagascar; nous sommes sauvés. » Lelendemain madaine Leclerc Pauline: Bonaparte descendit au, -Cap ; sa béauté ex

clia une admiration générale. Ses yeux brilaient ue vif éclat ; et

de sa bouche gracicuse sortaient Îles expressions les plus douces. San parure était riche, élégante; et les boucles de sa chevelure noire routaient,

surses épaules d'une blancheur éclatante, Télémaque et les citoyens sem presserent d'accourir au-devant d'elle. Mais quel palais lui offrir Tout n'était quer que et cendres. Promenant ses regards autour d'elle, elle fat éffrayée. Les daines de sa suite, és pcihitres” les musiciens, les comédiens, les danseurs qui l’accoipagnaient étaient au désespoir d'entrer

dans une ville où lis entroyaient qu'iis ne pourraient faire briller leurs:

talens. L'on mit aussitôt la main à l'œuvre, et de 6e moment commencèrent les reconstructions du. Cap. Leclerc y établit son quartier:

général; il étail ®une petite taille; et sans être un homme de

grands lalens, li avail quelques sapacités. militaires. Mais les généraux Boudei et Dugua avaient acquis en Europe plus de célébrité que lui. [! poussa ses avant-postes jusqu'au Moruet où le chef de bataillon Wilton, commandant de là Petite-Anse,, vint Jui faire sa sou- Mission. P

Pendant cet int Roas Toussaint venant de là partie espagnole, ar= riva sur les hauteurs du Grand Boucan. H 3 apprit l'occupation. du Fort Liberté *| CAE du Cap. se résolut à périr les armes. à la main, et à rendre sa cause celle de tous les noirs et detous. les jaunes. Mais la plupart des habitans de St. Domingue étaient

Penreux de pouvoir secouer son joug à l'aide des français. Hs: relusérent presque partout de prendre les armes en faveur del'ex gou:

vernour qui s était baigné

gné dans leur sang nouvellement encore. dans.

l'affaire de Moyse. L'assemblée centrale composée des créatures de. Toussaint avait décrété une Constitution quile nommait gouverneur. a vie. Mais le dernier article de cette Constitution lui faisait une:

obligation de la présenter à la sanction de la France; celle-ciayant.

refusé de la ralifier, elle devenæit nulle. Les noirs a les jaunes.

comprenaient que dans un cas semblable ils retournaient sous lautorité immédiatede la métropole dont ils attendaient une nouvelle or-

ganisation. Telles étaient les idées que l'on entendait exprimer pat.

la plupart des hommes du peuple tant des villes que des campagnes.

Aussi verrons-nous presque toutes les populations de l'ile recevoir

les français comme des libérateurs et bénir le ciel de les avoir dé: livrées du despotisme de Toussaint. Ceux d’entre nous qui combattirent le général Leclerc le firent non par dévouemont à l'ex

RS

+ ftistoiRé n’marri.—(1802) 145 gouverneur, mais guidés par l'instinct de l'indépendance, par la haine qu'ils portaient naturellement aux blancs, et surtout par la crainte sérieuse et fondée qu'ils éprouvaient du rétablissement de l’esclavage. Parmi eux nous citerons Dessalines, Christophe, Lamartiniére, Maurepas, Gabart, Ch.° Bélair qui agirent sous l'influence de ces sentimens. Les noirs et les jaunes de St: Domingue loin d’aimer les blancs, les exéeraient alors ; mais ils croyaient que la France ne partageait pas les vicilles idées aristocratiques des colons qui par leur adressé avaient amené. insensiblement Toussaint Louverture dans la voie dé leur système. | :

"Toussaint Louverture n'osant se fier à personne se résolut à aller luimème reconnaître les avant postes de l’armée française. . Il s’a- Nança jusqu'au Mornet, essuya le feu de l'ennemi, eut ses habits ciblés de balles et son cheval blessé: Il revint’ sur ses pas, or. donna à Christophe doccuner la Grande Rivière ; et s’achemina sur les Gonaïvés ; accompagné du chef d’escadron Morisset, homme de couleur, de son aide de-camp Marc Coupé et de plusieurs autres cavaliers. Il fut atteint par un messager qui lui remit une lettre de, Rochambeau. Celui ci l'exhortait à se soumettre au capitaine général, et terminait sa lettre en lui disant qu'il m'avait jamais pensé que ses soldats eussent été contraints ; en débarquant sur la terre de St. Domingue, de tremper leurs baïonnettes dans le sang de leurs frères. Toussaint gagna les Gonaives où il établit son quartier-général. Le NRNe s , RES Le calme qui régnait dans la baie de la Gonave arrêtait là marche de l’escadre portant la division Boudet. Les navires semblaient dormir sur la mer; leurs pavillons que pas un souffle d'air ne ba- Jançait étaient immobiles. Latouche Tréville et Boudet, impatients, accablés sous les rayons d'un soleil brulaut, délibéraïent sur le voint quils choisiraient pour opérer le débarquement. Latouche Tréville jetie les yeux sur sa carte; il porte ensuite sa longuevue vers l'Est; mais il n'aperçoit qu'un point blanc au pied d’un morne élevé. Il prit ce point tantôt pour la ville, tantôt pour un rocher. La brise vint le tirer de son iacertitude : la surface de Fonde se gonfla doucement ; les bätimens se balancèrent, et les pavillons flottant avec orgueil appelèrent les équipages à leurs devoirs ; les voiles se déployèrent, et bientôt se dessinèrent aux regards satisfaits des français les magnifiques coteaux de Marquissant, et les constructions nuancées et pittoresques du Port Républicain. Cette ville bâtie au fond de la baie de la Gonave est dans une admirable position. Les rivages de la presqu'ile du Sud et ceux de la province de l'Ouest forment un immense bassin dont les eaux paisibles étaient, à cette époque ; sans cesse sillonnées de légères embarcations qui, sortant des an$es de la côte, venaient chargées de café, de vivres, de légumes, de fruits, aborder au Port-Républicain. Presque ceinte de hautes

montagnes qui la mettent à l'abri des ouragans ,*cette baie offre aux navires un mouillage sûr. Deux rades forment le port: la petite rade, ou le port proprement dit, vers le rivage , est séparée de: lagrande qui s'étend vers la haute mer, par une ligne de rochers de corail dont les sommets à fleur d’eau sont sans cesse couronnés d'écume. Cette ligne de rochers s'allonge da Sud au Nord ,etil

n'existe qu’un passage fort étroit par lequel les bâtimens marchands

entrent de la grande rade où mouiilent les navires de guerre , dans

la petite. Le tort Ilet , faible construction , au milieu des îlots qui séparent les deux rades, défend le passage et sert à la police de la rade intérieure. La température de la ville serait insupportable, . Si la brise d'ouest ne venait tempérer par sa fraicheur cette atmosphère brulante, chaque jour, de midi à sept heures du soir. Les

fortifications étaient alors, comme aujourd'hui, peu importantes: …

Près du Fortail Nord était le fort St.-Joseph; à l'Est, s'élevait le fort Nalional sur le sommet d’un morne commandant la villeet la baie; au Sud lon trouvait le fort Léogane, au Portail de ce nom; “a batterie Monbrun sur'le rivage était au centre de la ville, «et le fort Ste. Claire dont les batteries au niveau de la mer protégeaierit l'arsenal du côté de la rade. Enfin à une lieue de la ville, sur le chemin de Léôgane , était le fort Bizoton dont les canons dominaient toute la rade. La ville était ceinte d’un fossé large et profond, le long duquél s'élevaient de distance en distance quelques ‘fortifications.

‘avait découvert Îles voiles qui formaient lescadre de Paouche Trévile , la plupart des habitans du Portsain dont le chiffre montait au-delà de 30,000 âmesr, #at montrés disposés à recevoir le nouveau gouvernement; et ces “dispositions étaient entretenues par le général Agé, européen , come mandant de l'arrondissement , ét par le chef de brigade Dalban , commantlant de là place, aussi européen. Le père Lecun, préfet 'apostolique ‘et curé de la ville, exhortait toutes les femmes et les dévots des congrégations à accueillir les français comme des frères, à les soutenir en paroles et en actions. Le directeur de l'arsenal , Lacombe, blanc, était aussi tout dévoué aux français ; et une grande partie des noirs et des jaunes n'ajoutant pas foi aux paroles des partisans de Toussaint qui leur disaient que Leclerc venait rétablir l’esclavage, se préparaient à reeevoir brillamment larmée blanche. La joie éclatait sur les traits des colons qui attendaient ‘les troupeseuropéennes comme une armée hbhératrice : le commandement suprême d’un noir dans a colonie humiliait leur orgueil. La garnison de

Ja ville était composée des 3e. et 13e. demi-brigades coloniales,

d’un escadron de la garde d'honneur commandé par Monpoint, et

d’un bataillon de la même garde sous les ordres de Magny. ÆLamar-

“tinière Chef de bataillon dans la 3e. coloniale, homme de couleur,

s'était constitué la première autorité de la place. Il réjetait les ordres du général Agé et dirigeait lui-même tous les mouvements militaires.

. L'escadre frangaise avait abordé au Lamentin le trois Février dans la soirée. Des groupes de cHoyens se formérent aussitôt dans toutes les rues. De toutes parts lon se montrait convaincu que les français venaient non pour rétablir l'esclavage, mais pour renverser le despotisme de Toussaint Louverture. Défi les citoyens-parlaient d'organiser une garde d'honneur ; de se rendre au-devant des trous pes européennes el de fraterniser avec elles. Mais un seul homme, pe son énergie, contraignit les habitans à renoncer à leur projet 4

était Lamariinière connu par son inirépidité et la violence de son 4400 Il parcourut les rues exhortant les citoyens à s armer pour la défense de la ville ; les français viennent” rétablir l'esclavages disait-ilj mais sa voix n'eut pas d'écho. Tous les habitans croy: aient à la. magnaninité de la France :ils avaient la plupart cruelle ment souffert sous Île gouveruement de Toussaint.

Pendant cet interval lle un aide de camp du général Boudet, le chef de brigade Sabès, accompagné d'un officier de marine, le eitoyen Gimont , descendit en ville, porteur de la proclamation da ler. con: sul et de plusieurs dépêches pour le commandant de l'arrondissement. Le général Agé l'accueillit avec distinction; 1l voulait lerenvoyer ; mais Lamartinière s’y opposa, et il demeura en otage. Le -lendemaïh 4 Février, dès la pointe du jour, Agé répondit au général Boudet que le général Desssalines, commandant dela division de l'Ouest, ne se trouvant point au Port Républicain, ik ne pouvail prendre aucune détermination concernant la reddition de la place, et qu en attendant les instructions de Dessalines auquel il avait éérit à ce sujet , il garderait le colonel Sabès qui se trouveraiten pleine sûreté sous sa protection. Le perteur de cette lettre était chargé de fane connaître en même temps et verbalement au g."” Boudet que “l'autorité d'Agé étail méconnue par les officiers supérieurs de la garnison, Eamartimiére, Magny et Monpoint, et qu'il fallait hâter le débarquement. Lamartinière, de son côté, envoya dire aux français « Que si Fon brusquait ur débarquement sans les ordres du gouverneur général Toussaint Louverture ; il serait tiré trois coups de canon d'alarme, et que ce signal répété de morne en ‘norne, serait celui de l'incendie de la colonie et de l'égorgement de tous les blancs. »

Après avoir fait de »vains efforts pour porter les citoyens à prendre les armes, Lamartinière se rendit à l'arsenal. l était bouillant de fureur ; sil n avait trouvé de l'opposition dans Magny et Monpoint , il eut incendié le Port-Républic&n quil traitait de ville lâche et corrompue, prête à recevoir de nouvelles chaînes. Il'pénétra séul auprès de Lacombe et ui dit: « Citoyen, l'autorilé du gou- 4 werneur Toussaint Louvertupe est la seule reconnue des fonction-

« naires de la colonie, et quiconque la méconnait est coupable de- « vant la Constitution. Ainsi done, ciioyÿen , je vous deman- « de des munitions, des armes, pour combattre les français qui, « viennent nous replonger dans l'esclavage. » Läicombe refusa formellement d'accéder à sa demande, lui “déclarant qu'il n'en avait pas reçu l'ordre du général Agé son chef immé liant, et quedureste Leclerc n'était pas envoyé par le 1er. consul pour. changer l'ordre de choses déjà établi, mais bien pour. meitre la dernière main à Ja tranquillité et au bonheur de la colonie. Lamartinière agitail son sabre d’une nfain et son pistolet de l'autre : « Puisqu'ilen est ainsi, mourez , misérable colon, s’écria-t1l d'une voix tonnantes »: et Lacombe fut renversé atteint d’une Balle à la tète. Ce trait d'une cruelle énergie répandit la terreur dans l'arsenal; on lui en livra aussiôt toutes les munitions. Les colons qui avaient conçu le projet de l'arrêter ,effrayés, se cachèrent la plupart, et attendirent l'issue des événemens. Tous les citoyens avaient formé leurs portes ; les rues étaient pleines de patrouilles ; ettous les blanes qu’elles rencontraient étaient arrêtés et conduits aux casernes. Agé cessa entièrement de commander, et Lamartinière se trouva seul maitre de la place. NH envoya aux chéfs de bataillon Bardet et Séraphin qui occupaient le fort Bizoton avec le * bataillon de la 13e. l’ordre de vaincre ou de mourir; il plaça au reiranchement de Piémont les deux autres ba: taillons de l1 13e. et quelques artilleurs , sous les ôrdres du com= | mandant Lubin Hudicourt, Tout le Corps de la 13e, régiment du Sud, composé des anciens soldats de Rigaud, avait été gagné par les habitans de la ville, auxquels les soldats avaient promis de ne pas tirer sur Îcs français. Une compagnie de cavalerie de la garde d'honneur sous les ordres du capitaine Barthélemy Marchañd, et uné compagnie de la garde à pied commandée parle capitaine Eloy Turbet, prirent position dans la redoute du portail ELéogane. Eé reste de la garde d'honneur occupa le fort National. De gros déta: chemens de la 3e. coloniale parcouraient la ville pour contenir les habitans ,et Îles eombattre, s'ils s’armaient. dans le but d'attaquer par der niéte le fort de Léogane, pendant que les français lui donne- raient assaut. La 3e. derni- brigade était rangée en bataille sur [a place Valliére, Les troupes que Lamartinière avait à opposer à Boudet s'élevaient à 2,400 hommes ; elles eussent suffi pour défendre la place , si elles avaient été fidèles.

Le lendemain 5 Février, à 10 heures dû matin, l’armée Fate débarqua au Lamentin. Lamartinière , à son grand étonnement , n'entendit pas le canon du fort Bizoton. Aussitôt le fort National dira trois coups de canon d'alarme, et tous les blancs qui avaient - ‘été arrêtés furet conduits dans la savane Valenibrun el à Saint Martin où 1is furent impitoyablement massacrés. Boudet s'avançait à la tête d'une division de 6,000 hommes, dont les colonnes for-

fe k

| HISTOIRE L’HAITI.. (1802) F49 mées en partie de vétérans offraient un aspect imposant. Ces vail. lans guerriers brillaient de tout l'éclat de leurs uniformes. De hauts bonnets à poil chargeaient leurs fronts menaçans, de grandes guètres noïres recouvaient leurs pantalons, et leurs armes étincelaient aux rayons ardents du soleil. Lorsque la division parvint pres du fort Bizoton , Boudet y envoya un parlementaire qui déclara à Pen ee à Séraphm , qu'ils eussent, au nom de la France , leur patrie, A lui remettre le fort; qu'ils seraient mainténus dans leurs Aa et que rien ne serait changé dans La colonie. En même lemps Bou:

det, disait aux compagnies de grenadiers rangées derrière lui :.

« Camarades , Vous marclierez l'arme aux bras, sous le canon du fort, car vous tes sur le sol français: et si des rebelles. osent ti-

rer Sur vous, vous enleverez la fortification à la baïonnette, et Fa

en passerez la garnison au fil de Lépée. » Le bataillon dela 13

sortit du fort ei vint à ka rencontre des français, aux cris de 7 Yent nos frérés! La division répondit par les cris de vive la liberté! vive las République ! Le bataillon colonial prit rang dans les lignes

européennes et iarcha contre la ville. Un régiment f ançais occupa, . le fort Bizoton. Parvenu en face de la redoute de Piémont dansle

coude que forme la grande route, Boudet commanda balte-à sa colonne, et envoya le colonel de cavalerie d Henin, au fort de Léo. gane , avec mission de recevoir la soumission des troupes qui l'occupatent. Laimartinière parut dans la redoute el ordonna à la ca- Valerie de la garde d'honneur de mettre pied à terre pour combattre dans Îles retranchemens. Le colonel d'Henin arrivé au pied du fort demanda à parler à celui qui y commandait; Lamartinière se présenta. Nous ne venons pas vous combattre, lui dit-il; vous êtes français ; nous sommes frères ; nous venons augmenter, en nous. mêlant à vous, le nombre des défenseurs de la patrie. Il jeta. son épée loin de lui, et demanda à entrer seul dans le fort au milieu de ses compatriotes. Non! non! s'écrièrent les soldats. Boudet impatient de tant de lenteurs, fit rappeler d'Henin, et dit d’une voix forte qui fut entendue dans la redoute : grenadiers en avant! à la baïonnelle! La charge se fit entendre, et la division. s ébranlant , marcha contre le fort. Au même instant arriva le chef de bataillon Magny. Halte, mes amis, halle, mes frères, s'écria-t-1l , s'adressant aux français. Soit que sa voix ne fut point REC dE de , étouflée par le bruit des tambours, soit que Boudet ne voulut pas l'écouter , la colonne française était déjà parvenue au pied du fort. Feu! feu commanda Magny. La mort voltigea dans les rangs français. La garde d'honneur aux cris de vive la liberté ! vive la République! exécutait un feu nourri et meurtrier. Les gienadiers de la 68° firent une décharge - terrible et s'élancèrent contre la redoute; ils furent arrêtés, mitraillés et repoussés jusqu'à Piémont laissant la route couverte de morts. Les deux bataillons de la 12e. qui étaient à Piémont, au lieu de

les charger par derrière, se retirérent dans le morne de l'Hôpital hors de la portée de la mousqueterie. Le commandant Lubin Hus dicourt qui était à la tête de la batterie de Piémont, se voyant trahi, fit une décharge de coups de canon sur les blancs, et rentra précipilamment dans le fort de Eéogane, | Pendant cet intervalle la batterie Ste. Claire tirait sur l’escadre qui s'était embossée le long des rescifs qui séparent les deux rades: L'amiral Latouche Tréville, par le feu rapide de ses bordées, dé: monta toutes les pièces de la fortification qui fut en un clin d'œil labourée par les boulets. Alors lescadre dirigea son feu sur le. fort Léogane; mais les projectiles allèrent tomber‘bien au delà de la redoute. Eloy Turbet et Barthélemy Marchand excitent les soldats de la garde d'honneur, enflarument leur courage. Les troupes de Toussaint tirent sans interrpution sur les français qui avaient repris leur marche. Au milieu de la mitraille et d'une grèle de balles te général Boudet s’avançait à la tête de ses grenadiers , la baïonnette en avant. Il monta à l'assaut cet enleva la redoute. Sans*perdre un instant il pénétra dans la ville et se mit à la poursuite des fuyards. Ses chasseurs longeant la grand'rue furent tout à coup arrêtés par une formidable décharge de la 3° coloniale qui occupait la place Vallière. Les grenadiers français survenant, se précipitèrent avec fureur sur lennemi qui ne pouvant résister à leur impétuosité battirent en retraite jusqu’au portail St. Joseph. La garnison du fort de ce portail avait été gagnée par les citoyens. Elle laissa pénétrerau milieu d'elle, les soldats de la 3e. Ceux-ci, n éprouvant aucune déliance et se croyant avec des frères, virent tout à-coup braquer contre eux les canons ; en même temps les français qui cernaient déjà la fortification , les sommèrent de mettre bus les armes; ce qui futexécuté. La ville était inond‘e de troupes blanches. Lamartinière., Magny et Monpoint, avec une poignée de soldats, essayérent de mettre le feu dans divers quartiers avant d abandonner la placé; ils n'en eurent pas le temps les français les talonnant avec vigueur, Après avoir rallié les soldats dispersés de la garde d'honneur, ils se mirent à enlever les caisses d'argent de la trésorerie ; mais atta: qués avec acharnement par un bataillon français , ils furent culbutés et prirent la fuite. Boudet se trouva en possession d’une somme de deux:millions einq-cent-mille francs. Lamartinière évacua. le fort National dans la nuit qui suivit, et se jeta dans la plaine du Cul-de‘Sac, li se dirigea vers l'Etang , en conduisant avec lui les deux parlementaires français Sabès, Gimont, et une foule d'autres blancs qui furent massacrés, excepté les deux premiers. Boudet, entouré de son état major, passa le reste de la nuit dans une des maisons de la Grand Rue qui fut illuminée. Des patrouilles françaises parcourant la ville rencontrèrent çà et là des blancs massacrés ou bles: $és. Le lendemain Boudet se transporta au palais du gouvernement,

ke père Lecun s'y renditsuivi de tout le cerlgé et d'une multitude. d'hommes de femmes, d'enfans de toutes les couleurs. Il venait féliciter le général français d'avoir sauvé la ville de l'incendie et de l'avoir délivrée du despotisme d'un monstre, d’un Toussaint, dont ïl chantait les louanges iln yavait que quelques j Jours. Plusieurs officiers de la garde}d'honneur qui avaient combattu les français au poste de Léogane, entre autres les citoyens Thésan et Audigé, n'avaient pas suivi Lamartinière. Boudet les fit appeler au gouvernement et leur dit : citoyens , oublions le passé; vous êtes français ; servez la cause de notre patrie avec autant de courage que vous avez combattu hier pendant cette esc armouche. Le général français appelait escarmouche une affaire où sur six mille hommes il en avait perdu 400. Vousconserverez , continua-f-il, vos grades dans l’armée française.

Les troupes blanches n'occupaient pas encore le fort National. SE. Lamartinière s'était résolu à le défendre avec autant de vigueur qu'il s'était battu au poste de Léogane, Boudet eût perdu la moitié de son armée. Geluici n’osa lui faire donner assaul : à cette époque le fort était tel que les anglais l'avaient laissé, d’un aspect

L .@ Ê ; L formidable. Comme il n'y découvrit aucun mouvement , il pensa

qu'ilavait été abandonné. Il envoya pour le reconnaitre le capitaine Audigé, homme de couleur, dont il avait reçu la soumission dans. l'a matinée Celui-ci de retour Jui donna l'assurance qu'il avait été évacué. La 90e. de ligne alla en prendre possession. Dans la même journée les deux bataillons dela 13° qui s étaient retirés dans. les mornes de l'Hôpital pendant le combat , descendirent en vike el se soumirent au nouveau gouvernement. ” Sur le champ les francais s'occupèrent à rétablir l'ordre et la confiance dans la ville. Il fut permis à tous les cultivateurs du voisinage d'y pénétrer, et d'en sortir librement. On rendit aux soldats de la 8e. coloniale leurs armes, enleur disant qu'ils n'étaient pas prisonniers, attendu qu'ils étaient français. Les citoyens faisaient de toutes parts le meilleur accueil aux troupes européennes. Celles ci avaient reçu l’ordre de respecter les mœurs et les ‘usages des habitans, de bien les traiter , de recevoir avec la même cordialité les blancs, les noirs et les mulâtres de se conduire comme en. Aflemagne, en Italie et en Egypte. Elles plurent beaucoup. par. leur courtoisie et leurs hril- “lants uniformes aux femmes eréoles qui. leur eussent donné de mamifiques fêtes, si le général Boudet n'avait défendu toutes sortes de juissances publiques : le sang dun millier de blancs égorgés au- ® de la ville, l'attristait profondément, Les jours suivans ous

les commandans des cantons qui avoisinent le Port- Républicain se

soumirent successivement. Le 9 Février, cinq jours après l'oceupation de la ville, le. général Boudet apprit l'apparition de Dessalines dans Ja plaine du Cul-de Sac. Il envoya dés la pointe du jour,

deux mille hommes occuper la Goix-des-Bouquets. Les français s’em-

parèrent de ce bourg sans coup férir. Hs éteignirent le feu qui avait été mis à quelques maisons à leur approche. Dessalines

était à Saint Raphaël, quand il apprit l'arrivée de l'expédition française. Il avait mis 24 heures pour arriver dans la plaine "du Cul-de Sac, après avoir parcouru un espace de 68 heues Il était accompagné d'un bataillon de la 7e. qu'il avait pris à l'Arcahaie sur son passage. Il ne s'était arrêté qu'une heure à St. Marc pourexpédier par mer des instructions verbales, au colonel Dommage qui commandait à Jérémie, par un lieutenant de la 4e. Sezaire Savary: Il avait envoyé l’ordre à Dommage d incendier Jérémie et de massacrer

tous les blancs. Il joignit dans la haute plaine du Cul de-Sac Moupoints

Magny et Lamartinière qui étaient à la tête de la garde d'honneur.

Ce fut alors que les citoyens Si. James et O Gorman, jeunes gens.

blanes, qui étaient dans la garde de Toussaim , eurent lé bonheur ; 9 ‘À ï

d'abandonner leur corps, favorisés dans leur fuite par le. capitainé

Patience, noir, et de joindre les français.

Dessalines était plein de rage d'être arrivé trop tard. Il est certain que s'il avait été au Port-Républieain, les français n'y seraient pas entrés avec la même facilité. La terreur quinspiralt sa présence eût empêché la trahison.

L'hôpital militaire de la viile , sous la direction du citoyen Monnier , médecin en chef des hôpitaux du departement de l'Ouest, était admirabiement entretenu. Les imalades y recevatent toutes sor-

tes de soins dans de belles sailes d’une exquise propreté. Il y avait.

de nombreux officiers de santé attaches à l'établissement. Pour le trailement de ses soldats Toussaint avait fait allouer des sommes importantes, en 1801, par l’assemblée centrale, Le jour qui suivit son

entrée au Port-Républicain, le général Boudet avait porté son attention sur les blessés de sa division dont le nombre était considérable s

parmi eux l'on remarquait le général Pamphile de la Croix et le colonel d'Henin. Il avait songé à améliorer ie sert des malades. Il vint visiter l’hôpital ; il fit traiter les soidats de Toussaint qui avaient été blessés comme les siens propres. Il trouva l'établissement sur un pied si satisfaisant qu'il n'y fit aucun changement. Il maintint

les ofliciers de santé, pharmaciens et autres dans leurs grades et

fonctions.

Boudet était un officier géréral du plus beau caractère:

A, Hi

néreux , loyal, aucun préjugé de couleur ne pénéira jamais en son cœur. 1] fut toujours le protecteur des hommes de bien, nim-

den

porte la caste à laquelle ils appartenaient Sur le continent de l'Europe 1l avait démontré beaucoup de courage et des talens pendant les guerres de la liberté. Républicain sincère il fit plus tard bril: ler à la Guadeloupe, contre les Anglais, une rare intrépidité et des sentimens philantropiques qui lui valurent la haine des colons.

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