LIVRE VINGT-TROISIÈME
Sommaire. Dieudonné Jambon se rend de Jacmel à Eéogane pour se concerter
avec Pierre Louis Diane.—$Sa conduite. — Dessalines à Léogane —Il ordonne à Pierre Louis Diane de tout incendier et de massacrer les blancs.—[ncendie de Léogane—La 8e. se retire au Cabaret Quart —Les Français prennent posses” sion de Léogane—Delpèche, commandant du Petit-Geâve, se soumet aux Français—Laplume reconnaît l'autorité de Leclerc.—Aquin, lAuse-à-Veau, Tibuton Se sonmettent — Dommage , à Jérémie, veut en vain résister; il est obligé de se soumettre —Chs. Bélair incendie l'Arcahaie.— Le lieut -colorel Valabrègue sen empare —L'adjudant-général Darbois arrive à Léogane avec 1,400 hommes. —Il bat la 8e au Cabaret- Quart.—Il revient dans la plaiue de Léogane et
se retranche à Cpttin.—Pierre Louis Diane vient l’attaquer et est repoussé. —
nl se retire dans la haute plaine du Cul-deSac.—[amour Dérance reparaît , et
Den Prontnce pour les Français—Darbois revient au Port Républicain. — Les
1,400 hommes qu'il commandait se rendent dans le Sud.— Boudet envoie Darbois sur le vaisseau le Duguay Trouin prendre possession Ge Jérémie.— Dommage est arrêté et envoyé au Cap —Dressalincs ne peut pénétrer dans le Sud.—Les cultivateurs tirent sur lui de toutes parts —Il se rend à Jacmel; son discours
à la population de ceue ville.—Il soit de Jacmel.— Il est poursuivi dans les
campagnes —Il atteint Lamartinière dans la haute plaine du Cul-de Sac.— Dieudonné Jambon se soumet aux Français qui sont maîtres du Ca», et de la portion de lite qui s'étend de l’Arcahaie à Tiburon —Dessalines annonce tellement sur son passage que les Français. sont venus rétablir l'esclavage que la population éprouve des inquiétudes.—Boudet se saisit des papiers secrets de Toussaint. — Clervaux à StYague, Paul Louverture à Santo-Domingo se soumettent aux Français. — Avant d'attaquer Fos saint , Leclerc emploie les voies de la conci.
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liation.—Il lui envoie Isaac et Placide —Caractère de chacua de ces jeunes gens. Lettre de Bonaparte à ‘Toussaint —Toussaint envoie aux Calkos Îes fonds des caisses de Saint Marc , des Gonaives, de la Petite-Rivière et des Verrettes. — Ultimatum de Leclerc.—Toussaint place ses fils dans Palternative de se pronon-" cer soit pour Jui, soit pour la France.—Isaac se prononce pour la Erance“ Placide pour Toussaint— La garde d'honneur de lex-gouverneur préfère Ja guerre à la domination de Leclerc.-—Celui-ci se dispose à entrer en campagne.
La Houvelle de l'occupation du Port-Républieain par les français s'était répandue de morne en morne avec une rapidité incroyable dans tout le département de l'Ouest. Le colonei Dieudonné Jambon, commandant de larrondissement de Jacmel, s'était tout de suite transporté à Léogane pour se concerter avec Pierre Louis Diane,
colonel de la 8e., sur les moyens de résister aux français, quand
ils pénétreraient dans leurs arrondissemens respectifs. Pierre Louis Diane lui dit qu'il était disposé à combattre l'ennemi avec le dernier: acharnement et qu'il saurait mourir pour la cause du gouverneur Toussaint Louverture. Dieudonné Jambon certain du, concours de la 8e demi-brigade relourna à Jacmel excitant contre les blanes toutes sortes de passions, et faisant l'éloge des hommes de couleur. Il réunit sur la place d'armes unecompagnie de grenadiers, de Fancienne légion de l'Ouest ,et ordonna à Mimi Bode, homme de*couleur , qui en était le capitaine, dedésarmer , en évitant leffusion du | sang , les soldats d'un bataillon européen dispersés. dans différents postes. Il était sept heures du soir. Dieudonné Jambon et; le commandant de Îa Pose Ferrand, officier noir, se rendirent au quartier d'un des bataillons de la 8e en garnison à Jacmel et lui firent se tenir sous Îles armes prêt à fondre sur les'troupes blanches si elles résistaient. A dix heures du soir, Mimi Bode vint annoncer à ce eudonné que le bataillon européen avait livré ses armes. Ea
uit s écoula avec calme. Le lendemain, dans la matinée , les bourpu biancs furent aussi désarmeés ; ils” n opposèrent aucune r'ésistance. Dieudonné féunit sur la place d'armes la garnison et lui ordonna de jurer fidélité à Toussaint Louyerture ; les soldats de la 8e crièrent tous avec enthousiasme : vive le Gouverneur! mais les troupes Sous les ordres de Mimi Bode, la plupart vétérans de la légion de l'Ouest, demeurèrent mornes et silencieuses.
En même temps Dessalines qui, comme nous l'avons vu, avait pé- : nétré dans le Cul-de-Soc, ordonnait à Lamartinière d'occuper lhabatation Jone au pied des mornes qui ceignent la plaine, et de s’y défendre vigoureusement contre les français s'ils l'attaquaient : voulant se rendre dans le département du Sud, il se ménageait une retraite au cas quil füt obligé de rétrograder. Il partit avec cent chasseurs de la 7° accompagné du chef d’ éscadron Bazelais, son aidede-camp. Il traversa la Coupe, atteignit le camp Fourmi d’où il. voulut se jeter dans la grande route du Port-Républicain à Léogane,
en longeant la. Rivière Froide, Mais il apprit que cette grande route était occupée par des postes français qui s’avançaient jusqu’à Grescicr; les cultivateurs de ces quartiers, ainsi que ceux du Cul-de- Sac, s'étaient rendus au général Boudet, heureux de pouvoir méconnaître l’autorité de Dessalines dont ils n’oublisient pas les cruelles inspections. Alors au travers de chemins presque impraticables, de précipices affreux, les soldats qui accompagnaïent Dessalives gravirent avec rapidité, au moyen de fortes lianes, les mornes du Fond Fevrier, abandonnant les magnifiques coteaux de la rivière Froide. IS" atteignirent Îles montagn:s qui ferment la plaine de Léogane. L'officier blanc qui commandait cette place était d'avis qu'on la liyrät à Boudet; mais Pierre Louis Diane refusait d'agir sans les or: dres de Dessalines commandant de la division de l'Ouest qu'il attendait avec anxiété, Celui ci pénétra dans la ville et ordonna à Pierre Louis Diane d'exécuter les instructions qu’il avait reçues de Toussaint, cest.à dire d'egorger tous les blancs, de transporter les munitions de guerre à Tavet dans les mornes, et d'incendier la place. Pierre Louis Diane envoya les mêmes ordres au Grand Goûve et au Peiit- Goûve. Pierre Tony, officier noir, eommandant du Grand-Goûve, fit fusiller un habitant blanc qui lisait la proclamation du 4° consul; uant'au commandant du Petii Goûve, Delpèche, homme de couleur, il refusa d'égorger les blancs, et répondit à Pierre Louis Diane qu'il avait besoin, avant de prendre une détermination, de s’entretenir avec le colonel Nérette qui commandait à Aquin. … Pierre Louis Diane, et Larese chef d’un des bataillons de la 8°, firent sur le champ battre la générale ; les troupes se rangèrent en bataille sur la place d'armes, vasie savane environnée d'arbres; quelques compagnies dela garde nationale de la plaine ayant à leur tête leur colonel Jeannot Millien , noir, parcoururent les rues, pénétrèrent dans les maisons et arrêtèrent tous les blancs. Un seul colon fut sauvé, un nommé Fisson, espion du gouverneur , auquel Pierre Louis Diane permit dese rendre au Port-Républicain ; son épouse, femme blanche d'une rare beauté, avait été la maitresse de Toussaint. Millien Jeannot conduisit les blancs qu'il avait arrêtés, au nombre de 400, sur les bords de la grande rivière dont le lit presque privé d’eau par la sécheresse ne formait qu'une ligne de cailloux ronds et blanchâtres. Ces infortunés furent dépouillés et massacrés à coups de sabre et de baïonnette. Ces mêmes lieux avaient vu tomber sous la hache des centaines d'hommes de couleur après la chute de Rigaud. Maintenant les blancs qui avaient applaudi à l’égorgement des mulâtres étaient à leur tour horriblement poursuivis par une haine alors vraie et implacable. | |
Quelques cavaliers de la garde nationale de Léogane s’avancèrent jusqu'aux environs de Grescier. Ils découvrirent rangée en bataille dans la grande route une superbe compagnie de dragons français
LU
du 49e. régiment , la tète chargée de bonnets à poils surmontés de flammes rouges. His retournérent à Léogane et annoncérent à Pierre Louis Diane et à Larose ce qu'ils avaient vu. Ceux-ci se hâtérent de livrer la ville au pillage ; et en uninstant tous les habitans furent dépouillés; le soklat après avoir enlevé tout ce qu'avaient laissé les blancs assassinés , ne respecta ni les hommes de couleur ni les noirs qu possédaient quelque fdrtune. L'argent de la «trésorerie du en MD fat. placé dans des caisses et confié à un détachement qui | e > Lransporta au Cabaret Quart, à deux lieues dans l'intérieur. L'Eglise de Sainte-Rose avait été respectée : Pierre-Louis Diane ordonna au capitaine Sterling, homme de couleur, d'aller Ja dépouiller. Quand Sterling arriva devant l'entrée principale du Temple du Seigneur , ül tremblait violemment; 1l hésita; il n'osait y pénétrer ; énfin subissant l'influence de l'ordre quil avait recu, il se mit à genoux , commanda à ses sol: ie de limiter , et s'écria. levant les bras vers le ciel: « Mon Dieu! je suis un officier subal- « terne; je suis envoyé ici paf mon colonel pour commeltre un « Sacrilége; je vous prie de me pardonner et de ne vous en pren: « dre qu’à celui qui m'a commandé de profaner votre demeure. » Il ordonna à sa compagnie de rester toujours à genoux , entra dans. l'Eglise avec deux officiers, enleva le Si-Sacrement et tous les autres ornemens d'or et d'argent. Il fit ensuite apporter ces objets à Pfe. Es. Diane; celui ci en chargea un mulet qui fut achemineé sur dacmel. Le lendemain le vaisseau l'Argonaute se présenta devant Léogane. Earose et Pierre Louis Diane lirent battre la générale; la 8e. prit. les armes, sortit de la vile à laquelle on mit le feu aussitôt aprèsz en quelques heures elle fut presque réduite en.cendres. Les soldats qui oceupalent le fort Ça ra le firent sauter en se retirant. ÆEa8e. suivie d’une foule de femmes, d'enfaus, de chariots chargés d'objets de tous genres, alla preudre position au Cabaret Quart, ravin traversé d'une petite rivière et que deminent de hauts mornes couvertsde mapoux dont les cimesse balancent dans l'air à une grande élévation. Le colonel D Heuin qui, quoique blessé, était à la tête de la compagnie des dragons français campés à Grescier , parlit de cette bourgade, aussitôt après le plosion du fort Ça lea, en. découvrant les tourbillons de flammes qui sertatent de Léogaue. Quand il parvint à la Grande Rivière 11 fut saisi d'horreur à Nr vue de nombreux cadavres blancs qui couvraient le chemin : Les dragons pressèrent leurs chevaux pensant pouvoir encore arriver assez i0t pour sauver quelques malheureux. Mais ils trouvèrent la ville en cendres et entièrement abandonnée. D'Henin s'y arrêta, et reçut du vaisseau qui louvoyait devant le port, des renforts de imatelots, à l'aide desquels’ il sauva quelques maisons où il logea ses cavaliers. Dessalines qui se trouvait au Cabaret- Quart., satisfait du eommandant Larose, homme de couleur, lui dit qu'il était un bon répu-
blicain , ce qui signifiait qu'il était dévoué à la cause des noirs. 11 envoya l'ordre à Delpèche, commandant dn Petit Goûve, d'imiter la conduite qu'avait tenue la 8e. à Léogane. Il demeura toujours dans la plaine de Léogane épiant la marche des événemens , incerfin jusqu alors sur quel point il se ‘dirigerait.
Aussitôt aprés la prise de possession de” Léogane, le général Boudet fit appeler au gouvernement du Port- Républicain , le capitaine Gélestin, un des officiers qui s'étaient soumis après l'occupation de cette ville. 1 Lui confia la mission délicate de se rendre aux Cayes auprès du général Laplume, commandant du département du Sud, pour lui présenter les ordres de la France. Célestin accepla avec empressement et partit. Sur son passage il gagna à la cause de la métropole le chef d'escadron Delpèche, commandant du Petit Goàve: Continuant sa route avec rapidité, il. atteignit Aquin et obtint de Nérette uh sauf-conduit jusqu'aux Cayes. Le général Laplumo subissant l'influence des citoyens la plupart très hostiles à Toussaint Louverture, réunit les autorités et Hour proposa.de se soumettre au capitaine général Leclerc. Elles accueillirent cetle proposition par des cris d'enthousiasme qui furent répéiés dans toute la ville. La 41e demi-brigade , cantonnée aux Cayes, répéta les cris de vive la France au milieu des plus vives démonstrations de joie. L'exemple de Laplame fut aussitôt suivi par Nérette à Aquin, Mamzelle à l'Anseà-Veau , et Desravines à Tiburon. Dans toutes ces villes il y eut de brillantes fêtes"; les troupes coloniales reçurent double ration, des liqueurs en abondance et fraternisèrent avec’ les blancs. L'enthousiasme en faveur de la France était devenu de toutes parts un véritable délire. Les deux 4° bataillons de la 12°, en garnison à lAnseà Veau , se firent suriout remarquer par des manifestations d'un dé-
vouement'sans bornes. Combien ne fut pas heureuse pour la France
celle occàsion d'asscoir de nouveau sa domination à St-Domingue; mais cette population du Sud si enthousiaste éteit cruellement trompée par de perfides proclamations ; ‘elle ne comprendra quil était de ses intérêts de soutenir alors Toussaint que lorsque la tentative du rétablissement de l'esclavage la coniraindra à prendre Îes armes contre la France. 11 faut aussi reconnaitre qu'un grand nombre d’ofiiciers français, ignorant les dispositions des ste EIdNe secrètes de Leclerc, se conduistient ; de bonne foi, à l'égard des noirs et des hommes de couleur. L' apparition seule des vaisseaux le Duguay Trouin, | Argonaute et l'Union, dans la plupart des ports du Sud, avait déterminé les citoyens de ce département à méconnaitre l'autorité de Toussaint.
Nous avons vu que le général Dessalines en traversant la viile de St Marc gvait expédié par mer à Jérémie auprès du colonel Dommage, commandant de l'arrondissement de la Grand’ Anse , Sezaire Savary homme de couleur, lieutenant dans la 4° demt- bri gade, et un officier noir. Ces deux envoyés avaient annoncé à Dommage late
158 7 miéroine D'HAITI.— (1802)
rivée d'une expédition française formidable , et lui avaient transmis l'ordre verbal de massacrer tous les blancs indistinctement militois res et bourgeois, de brûler la ville, ainsi que les bourgs, d'aller se retramcher dans les montagnes de la Hotte et d'y faire aux français une guerre à mort: Savary et son compagnon retournérent à. St. Marc dans le canot qui les avait amenés à Jérémie. Dommage confia au chef de bataillon Ferbosse , commandant du 2° bataitlon de la 4°, l'ordre qu'il venait de recevoir; mais celui-ci refusant de l'exécuter cnavisà l’adjudant-général Bernard commandant de la: place, el lous les autres blancs de là ville. Ceux. ci se réunirent et déelarèrent qu'ils vendraient chèrement leur! existence Néanmoins Dommage fit prendre les armes à la 4° et au 3° bataillon de la 12° commandé par Désiré , et leur ordonna d'arréter les blancs et dincendier la ville. Les soldats qui avaient été gagnés refasérent de lui obéir. En même temps on apprit à Jérémie la soumission de Laplume au capitaine général ‘Leclerc. Les blancs envoyérent,aussilôt aux Cayes une députation dont le chef le ciloyen Lapineau jura eritre les mains de Laplume, au nom des habitans de Jérémie, fidélité au nouveau gouvernement Lapiume écrivit à Dommage qu'il eut à se soumettre au général Leclerc aussttôt après la réception de sa lettre, sivon il serait traité com: me, rebelle. Pommage toujours menacé par Ferbosse et Désiré fut contraint de renoncer à ses projets de massacre et d'incendié.
En même tems le général Boudet envoyait le l'.-colonel Valabrègue prendre possèssion de l'Arcühale. A l'approche des français le général Charles Bélair arréia tous les blancs, évacüa le bourg avec la 7° demi brigade ‘après l'avoir incendié et se retira dans les mornes des Matheux avéc toute la population. Le colonel Laraque qui sous: Toussaint Louverture avait si cruellement persécuté les hommes de couleur fut assassiné sur l'habitation Dégand par des jeunes gens dont il avait fuit mourir les parens, malgré ses énergiques démons: trations contre les français. Yalabrègue s'empara du bourg de l'Arcahale sans coup férir. |
Aussitôt que Boudet apprit la soumission du général’ Laplume il achemina sur le département du Sud 1,400 hommes, sous les ordres de l'adjudant.général Darbois, ofliciee brave, mais cruels d'une des vieilles familles aristocratiques de France, pour soustraire cette province à la dévastation dont la menaçait Dessalines. Celuiei voulait la châtier, disait on , pour s'être lâchement livrée aux français. Darbois parvenu à Léogane y apprit que la 8°s était retirée au Cabaret Quart. El marcha contre elle. Pierre-Louis Diane était à Tavet fortifiant cette position. Les soldats de la 8° qui s'étaient portagé le trésor de Léogane, ne se doutant pas que les français pussent pénétrer dans la “montagne pour les attaquer, jouaient au milieu du ravin, dans Île plus grand désordre... Tout-à-coupals
HISTOIRE D’rairi.—(1802.) 159
entendent une-fusillade; un moment après ils apprennent par des fuyards que leur poste avancé est enlevé; ils se saisissent de leurs armes et veulent se mettre en bataille; mais déjà les français débouehaient sur eux au pas de charge, "et les attaquaient en exécutant des feux de pelotons. Les indigènes font une seule décharge, prennent la fuite et abandonnent tout leur butin. Chargés de leurs armes et de leurs havre-sacs remplis d'argent ils gravissaient difticilement les rochers qui dominent la ravine. Les français les abattaient en grand nombre sur le flanc de la montagne. Quelquefois avant de tirer ils criaient à chacun d'eux : Jette ton havre sac, et sauve tot! ce que faisait le soldat indigène qui gagnait ensuite à travers les bois le sommet des mornes avec une rapidité prodigieuse. Darbois avait été blessé au pied dans l’action. La 8e. ne se rallia qu'au camp Tavet. Pierre Louis Diane devint furieux en appregant la déroute de son régiment. Il dit à ses soldats que jamais la 8e. n'avait fui, qu'elle avait sans cesse battu Îles anglais à Trianon, au Mirebalais, qu'il fallait réparer la honte dela journée de la veille, Après avoir relevé leur moral, il marcha sur le Gabarët-Quart, Eà il apprit que les français s'étaient retirés à Cottin dans la plaine de Léogane. Il eut l'audace , au milieu de la nuit, de sorur du défilé et d'aller assaillir Phabitation Cottin. Les français qui étaient plongés dans le sommeil furent réveillés par le bruit de la mousquéterie. IIS coururent à leurs armes, se mirent en bataille et commencérent sur la 8e. un feu formidable. En moins d’une demi-heure les troupes coloniales furent culbütées et repoussées au loin. Elles se retirérent à Tavet abattues et consternées.. Pierre Louis Diane et Larose, menacés par Lamour Dérance, se retranchérent à Tavet, et y attendirent des nouvelles de Jacmel pour demeur rer dans la position qu'ils occupaient, ou pour se rendre dans la plaine du Cul de Sac. Lamour Dérance réfugié dans les mornes du Bahoruco, n'avait pu être soumis par Toussaint Louverture, auquel il n'avait jamais cessé de faire une guerre de partisans depui is la chüte de Rigaud. Il avait appris avec joie l'arrivée de l'armée française. |
L’adjudant-général Darbois revint de Léogane au Port-Républicain. Quant à la colonne qu'il commandait elle continua sa marche et parvint aux Cayes. Boudet envoya à Jérémie le vaisseau le Dugay Trouih chargé de deux bataillons. de la 90° et d'un bataillon #4 chasseurs de la Loire sous les ordres de Darbois. Aussitôt après le débarquement de celui-ci les citoyens , Bernard à ds Hôtes au Je féliciter au palais du gouvernement de sa victoire remportée sur Ja 8%, et lui donner l'assurance de leur dévouement à la mère patrie.
Darbois leur promit une administration glorieuse et paternelle. Doux . mage lui fut dénoncé comme le partisan le: plus acharné de Bus saint dans le Sud.- Depuis son arrivée, Dommage n'était pas venu
160 Hisforre p’uatri.—(1803).
Je saluer. le fit appeler et lui dit : Pourquoi vous montrez-vous mécontent du nouveau gouvernement ?—Je n'ai aucune nouvelle du gouvernetr Toussaint Louverture mon chef; pour léqüel je combattrai toujours ; même rontre le général Leclerc. Darbois profitant de ces mots voulut le faire arrèter vommie traître à fa pattie. Mais il rencontra la plus vive opposition de Ja part des officiers de la A° et de la 12° qui, quoique gagnés contre Toussaint ; avaient de l'es: ce pour Île colonel Dommage. Darbois fut contraint de surseoir celte arrestation. Il prit le commandement de la Grand'Anse etsignali à Boudet les chefs de bataillon Ferbosse et Désiré comime des traitres qui ne s'étaient soumis à la France que forcés par les circonstances. Nous verrons plus tard la peine qu'ils subiront pour s'être opposés à l'arrestation de Dommage. Celui-ci ne tarda pas à être envoyé au Port-Républicain où Boudet l'avait fait appeler. II fat ensütte embarqué pour le Gap. Leciere le mit sous la surveil: lance de la haute police en attendant une occasion favorable de le livrer au dernier supplice.
Dessalines avait appris dans les montagnes de Jacmel la soumission de Delpêche commandant du Peiit-Goûâve. 1ljura de punir le traitre de sa lâcheté. Par cette dernière circonstance s'évanouissait l'espoir qu'il avait de pénétrer dans le Sud. Déjà lordre avait été donné aux cullivateurs de tirer sur lui partout où ik se présentgrait. HN fut contraint de gagner promptement Jamel où Dieudonné Jambon se montrait toujours très-dévoué à Toussaint Louverture, Quand 1 arriva en cette ville, 1l fit battre la générale, et réunit les hommes de toutes les couleurs ‘sur la place d'armes: Ise Unt au milieu de fa foule et dit d'une voix “forte : Le gouvernour Toussaint avait été égaré par les colons ; ces perfides ont trompé le gouvernement français en écrivant au 4% consul que nous voulions nous rendre indépendons de la métropole, lor sque nous ne. demandions que fa ratification de notre constitution qui garantit nos libertés. La France est toujours notre patrie; nous combattrons le général Leclerc non pour réaliser lindépendan ce de noire pays ; mais pour contraindre la métropole à respecter nos droits et à nétablir aucune différence entre ses enfans européens et ses enfans de sang africain. Hommes de couleur 61 noirs, aujourd hui le gouververneur Toussaint reconnait ses erreurs; il maudit les colons de l'avoir égaré, et il gémit de la cruelle guerre qui nous a divisés. Nègres et Mulätres! Nous sommes tous frères ; réunissons-nous contre les colons, nos ennemis communs ; nous ne leur devons aucune com miséra tion : ils n'en ont jamais eu pour nous. Lamarlinière vient de s'immortaliser au Port HÉRNES imiions le ! oublions le passé! »
Les blancs tremblaient dans la foule et se résignaient à leur malheureux sort. Sur le champ Dessalines dont la voix ne produisit |
istôtRe p’Haiti.—(1809) : 161
äuücun enthousiasme, commanda aux colonels Dieudonné Jambon et Ferrand, de les conduire en prison. Les blancs furent aussitôt arrêtés sous ses yeux. Il se hâta ensuite de sortir d'une ville dont la plupart des habitans lui paraissaient hostiles. Il quitia Jacmel dans à nuit qui saivit son arrivéé, avec une escorte de douze cavaliers. Aprés avoir traversé la Bosseline , au pied du morne Commissaire, il fut poursuivi avec acharnement par le commandant Bélair , noir, qui détestant sa férocité , voulait limmoler, Un capitaine de là garde nationale de la Gosseline nommé Télémaque, noir , facilita son évasion. Il atteignit au milieu dés plus grands dangers , après avoir essuyé le feu de plusieurs embuscades , les bords de l'étang salé: Il partit pour la Petite Rivière de l'Artibonite , prenant la route du Mirebalais, emmenant avec lui Lamartinière, Magny Monpoint , ainsi . que la g garde d'honneur, Il laissa à sa gauche le quartier de lArcahaie déjà en partie occupé par Îles français. he bé (a |
Le jour qui suivit son départ de Jacmel, le colonel Dieudonné, et Ferrand, commandant de la place, commencérent à faire sortir de la ville les canons et le train d'artillerie, pour les transporter dans les mornes de Tavel. ls avaient reçu publiquement l'ordre de massacrer les blancs et d'incendier la ville, à l'apparition d’une éscadre française. Cet ordre- avait jeté la consternation parmi les habitans de toutes les eouleurs: hommes et femmes étaient épouvanités d'un tel carnage.
Tout à coup Mimi Bode,et le capitaine d'artillerie Langlade , qui avaient désarmé les blancs , lorsqu'ils étaient incertains de l'issue des événemens, à la tête des soldats qu'ils avaient gagnés et de quelques citoyens courageux , $e prononcèrent hautement contre ces cruelles mesures d'assassinat et d’incendie. Pourquoi , disaient-ils, exercer ces horreurs, à l'exemple de Lamartiniére ; de Lârose ét de Pierre Louis Diane? Est ce pour denieurer sous la verge de fer de Toussaint Louverture , ‘sous un BOUVETREMENE affreux, où les hommes les plus respectables et les plus dévoués à la légalité ne sont pas certains de leur existence à chaque heure du jour. Leur voix re- ‘entit dans toute la ville. La plupart des hommes de couleur et des noirs se ralliérent autour d'eux. Les blancs qui attendaient la mort dans leur prison furent mis enliberté, S'armant de courage, se voyant soutenus par 400 hommes braves et déterminés réunis autour de Mimi Bode, ils se présentérent en la demeure de Dieudonné Jambon et lui offrirent 10,000 piastres s’il voulait se déclarer franchement leur protecteur , et se soumettre au nouveau gouvernement , avant l'arrivée d’une escadre française dont l'apparition devail être le signal de leur destruction. Dieudonné aceepta la proposition , et se disposa aussilôt à recevoir les français comme des frères d'armes. Les blancs de Jacmel qui avaient été bien traités sous le gouverneur, revenus de leur terreur , FnNiRent à Boucet
162 HisToige D’HAITI.— (1802)
qu'il. était inutile d'envoyer une garnison en leur ville, attendu que le colonel Dieudonné Jambon s'était souwis au nouveau gouyerneur. lis lexhortaient dans leur adresse à ne rien changer au système d'administration toui paternel de Toussaint Louver ture. Boudel qui n'était pas encore initié aux mystères du système colonial, et qui ne jugeait Toussaint que par ses actes, s'indigna de la bassesse des blaucs de Jacmëi qui, ditil, déifieraient la peste si elle donnait dés places. Les colons de la sarde nationale et le bataillon français reprire nt leurs armes ; lés canons , ainsi que tes munitions, qui avaient été déjà transportés à Tavet, furent ramenés à Jacmel. C'est ainsi que Dieudonné Jambon, persécuteur acharné des braves de la légion de l'Ouest, aprés la chute de Rigaud, trahi son chef, pour 10,000 pistres. Quant au colonel Ferrand, commandant ée la place, il avait conservé une parfaite neutralité el avait suivi le cours des évènemens. Le général Pageot arriva à Jacmel avec un bataillon de la légion de la Loire et-soixante recrues de la légion de l'Aude. Dieudonné accusa Ferrand auprès du général français d'avoir été un de ceux qui l'avaient conseillé de massacrer les blancs et d'incendier la ville, après le départ de Dessalines. La présence continuelle de Ferrand qui avait refusé l'or des colons, ei qui s'était modelé sur Dieudonné Jambon, commandant de l'arrondissement, son SpAAUts était un reproche perpétuel de la trahison de celui ci. Pageot noble et généreux, mais trompé dans cetie circonstance, arrêla Ferrand, et le fit embarquer pour France. Ce fait excita lindignation de ‘la plupart des citoyens indigènes; * mais la défiance ne s'était pas encore éveillée, Dieudonné fut confirmé dans sen grade de colonel commandant l’arrondissement.** Rien ne fut changé dans le quartier de Jacmel; les cultivateurs se livrèrent à leur travaux accoutumés, et chacun attendit du nouveau gouvernement liberté et bonheur. Pierre Louis Diane et Larose’ ayant appris la soumission de Jacmel , abandonnérent Tavetet atteignirent la plaine du Cul-de-Sac, après avoir essuyé dans les montagnes de Jacmel et du Grandfond le feu des bandes de Lamour Dérance. Celui-ci ft prisonmer tout le second bataillon de la 8°. Quinze jours après l’arrivée de la division Boudet au Port-: Républicain , Les français étaient en possession de tout le Sud, et de la province de l'Ouest jusqu’à L'Arcahaie. Du Petit-Goâve à Ti buron pas une seule amorce n'avait été brûlée. Ce fut au milieu des acclamations de joie et du plus grand. enthousiasme que les troupes françaises furent accucillies à FAnseà-Veau, aux Cayes, et à
* Dès à présent nous entendons par indigènes, non seulement les noirs et les hommes de couleur nés à Saint-Domingue, mais. encore les afri- Cains trausplantés.
## Ce'ïnème Dieudonné Jambon, après l'évacuation des français, tal
les vengeances de Dessalines, se RAT à Porto- Rico, y acheta une habitation, et se montra toujours très-cruél envers ses esclaves.
frisroire n’uatri.= (1802) 163
Jérémie ; ces villes faisaient expier à Toussaint ses crüelles vengeana
Es
ces après [a guerre civile.
Darbois trouva dans les magasins du département du Sud plus de douze millions en denrées du pays. Le commerce reprit bientôt son cours ordinaire , et les travaux des champs recommencèrent avec une nouvelle vigueur. Le soldat français tenait une conduite admirable; il exerçait le plus grand respect à l'égard des citoyens qu’il appelait frères ; et dans ses marches, il observait une discipline rigous reuse; excepté sa galété exagérée, elles mots plaisants que les nou-
mveautés qu'il découvrait lui ärrachaient , ce qui parfois choquait les
indigènes ; il Sympathisait assez bien avec ces derniers. Soldat dela liberté , il ne songeait nullement au rétablissement de là servi: tude; les noirs et les hommes de couleur n'étaient à ses yeux qué des compatriotes. Plus tard nous l'entendrons se plaindre d’être devenu l'instrument de la tyrannie; . alors nous verrons ses chefs s'étudier à corrompre son cœur où pénétrera insensiblerüent la perfidie coloniale. Cependant tout en recevant fraternellement les frangas, quelques indigènes n'avaient pas pleine confiance en leurs pas
roles; et cette vérité auils étaient venus pour rétablir là servitude,
vérité que Dessalines répandait partout sur son passage, était quelquelois favorablement accueillie Dar nos soldats et nos cultivateurs qui en témoiguaient toutes leurs inquiétudes. Les généraux fran: çais S'efforçaient d’étouffer ces propos par de magnifiques promesses, et par le maintien de la discipline la plus sévère dans l'armée: À une grande revue de la division Boudet au Port Républicain, le général Pamphile de Ia Croix vit s'approcher de lui un vieux colo-. nel noir nommé Paul Lafrance, qui lui demanda naïvement'si les français n'avaient pas l'intention de rétablir l'ancien régime. Cette uestion de la part d’un officier supérieur , dévoué à là métropole, fit” sentir au. général français combien les siens pourraient inspirer peu de confiance à là population , quoiqu'ils fussent félicités d’as voir renversé le gouvernement de Toussaint: Quelques jours après, le général Boudet parcourant les lettres et autres papiers secrets de
Toussaint , trouvés au palais national , dans le double fond d’une cas-
Sette, rencontra des bagues, des tresses de cheveux de toutes les
nuances et de toutes les espèces , des cœurs en or percés de flèches,
des souvenirs, de tendres petits billets. Il tint en ses mains les té- Moignages des conquêtes amoureuses de Toussaint Louverture qui ce: pendant était vieux, laid, sans grâce, ni douceur. Mais en, sentimént aussi bien qu’en politique, rien ne résistait à la terreur qu’inspirait le gouverneur. N’était-il pas le souverain tout puissant du pays, le dispensateur des places civiles et militaires? Le général donitiot après avoir lu quelques billets sentit la rougeur lui couvrir le front : il avait vu les noms de plusieurs dames blanches de haute Gondition. Il s’écria: « N'allons pas plus loin ! nous serions peut-
être ‘obligés de mépriser la plupart des gens que nous devons voir chaque jour. » Il jeta au feu la cassette. Boudet avait reçu en communication une partie des instructions secrètes de Leclerc. Un des articles était ainsi conçu: « Les femmes blanches qui se sont prostituées aux nègres, quel que soit leur rang, seront renvoyées en France. » Boudet sentant les difficullés. d'établir les preuves de la prostitution ,eul horreur de l'espionage, moyen il qui eut jeté la mort dans tes familles. |
Jusqu’alors la haute plaine da Cul-de-Sac n’était pas au pouvoir des français. Sur les versans des mornes qui l’avoisinent s'étaient retirés les débris de la 8°. Pierre Louis Diane et Larose en descendaient toutes les nuits , et se ruaient jusqu'aux portes de la Croix des Bouquets, saccageant tout. Boudet était d'autant plus inquiet, que Lamour Dérance dont il ignorait les dispositions bienveillantes, retranché dans les mornes du Grandfond , pouvait aussi envahir la plaine, ainsi que la ligne que forment au Sud-Est de la ville les mornes de l'Hôpital. Comme dans le Nord les français avaient à vaincre de plus grands obstacles, Leclerc usait, envers les indigènes, de toutes sortes d'égards, et s’efforçait de capter leur confiance pour les porter à s’armer contre les insurgés, car la guerre civile allait s’allumer avec fureur. Toussaint était disposé à lui opposer la plus vive résistance. S'il parvient à vaincre les français et à les rembarquer , il se déciarera souverain indépendant; et s’il demeure vaincu, il légitimera sa résistance , ‘en déclarant qu'il n'avait jamais foulé aux pieds le drapeau de la France, et qu'il ñe voulait que contraindre la métropele à respecter sa Constitution par laquelle St. Domingue était toujours reconnue colonie française. |
Le général Boudet rendit compte au capitaine-général de tous les avantages quil avait obtenus dans l'Ouest et dans le Sud, et de la soumission de la colonie, de lArcahaie à Tiburon. Ces succés réjouirent extraordinairement l'armée dont les forces allaient s'augmenter d'auxiliaires indigènes , alors les meilleurs soldats du monde sous le ciel brülant des tropiques. | |
Pendant cet intervalle les frégates la Fraternité et la Précieuse’, sous les ordres du capitaine de vaisseau Bernard, chargées de mille hemmes de débarquement, commandés par le général Kerverseau , s'étaient présentées le.3 Février (13 pluviôse) devant Sto Domingo. Le général français envoya un parlementaire à Paul Louverture, commandant pour Toussaint du département de l’Ingaño, au nom de la République Française. La 16° demi-brigade dont Jean. Philippe Daut était le colonel, et un bataillon de la 7° formaient la garnison de la place. Paul Louverture-reçui le parlementaire avec courtoisie et magnificence. Celui ci lui fit connaître que le général Kerverseau avait été envoyé par le 4* consul pour prendre possession de Sio Domingo, et que le nouveau gou-werneur était le capitaine général Leclerc, commandant en chef de
HISTOIRE p’iairi. (1802) t65:
l'armée française. Paul Louverture , homme. faible et acces- “sible aux séductions, lui répondit néanmoins qu'il expédierait des “courriers au gouverneur , et quil agirait d’après les instructions qu'il
en recevrait. Le parlementaire retourna. auprès de Kerverseau et
lui apprit les dispositions de. Paul qui paraissait déterminé à ne se
soumettre qu'autant qu'il en recevrait l’ordre de Toussaint Louverture. Les batteries formidables de la côte menacèrent de couler
“à fond les deux frégates si elles ne prenaient pas le large; cllès
gagnèrent la haute mer. L'évèque de Sio-Domingo, monseigneur Mauvieille, qui avait été envoyé. en cette ville par le Directoire
comme on La vu, entièrement dévoué aux intérêts de sa patrie ; employait , depuis qu il avait appris l'apparition d'une flotte française à Samana , toutes sortes d'intrigues pour exciter la population à pren-
| dre les armes contre la garnison, alin de. favoriser le débarquement
“des français. [l avait tellement usé de son influence ecclésiastique,
influence magique sur l'esprit religieux et fanatique des Espagnols,
surtout en exailant l'imagination des femmes , quil était parvenu
à armer trois cents citoyens , la plupart anciens nobles, humiliés de subie l'autorité d'un chef ci devant esclave. Dans la nuit. du 9 Février, Mauvieille fit savoir à Kerverseau, dont les frégates louvoyaient à la vue de Sto- Domingo, que s'il lentail un débarquement, la ville: énlière se souleverait contre la garnison, et seconderail ses opérations. Tous les citoyens en effet. s étaient hautement prononcés contre Tous-
saint Louverture. Au milieu de la nuïi du 20. Pluviôse (9 Février).
les trois cents espagnols surprirent un fort de la ville sur le. bord de la mer, et s'en emparèrent sur 12 sokilats de la 40% En même temps Kerverseau chargeait ses chaloupes. de soldats, et. s'efforçait à atteindre le rivage; mais la mer était si orageuse et les brisants. si furieux que les français ne purent s'approcher des côtes. de fer qui bordent embouchure de l’'Ozama. A la pointe du jour, Jean Philippe. Daut, à la tête de la 40° , donna assaut à la fortificalion, l'enleva à la niélte él en. chassa les Espagno's qui furent précipités dans la. mer où 1ls se noyérent en grand nombre. Les fuyards se répandirent dans les campagnes , excitant à. la révolte, Le Ghrist à la main, les paisibles laboureurs, au nom, de. FEternel. Le 11 Février (22 pluviôse) pendant la nuit, “les Espagnols s'emparérent d'un poste hors de la ville, et s'y retranchèrent ; Paul Louverture marcha contre eux, leur livra combat et les mit en pleine déreute. *
* I] ne faut pas entendre par espagnols des hommes européens; nou entendons .parler des sang-mêlés, issus de blancs A se et de femines noires, qui forment la plus grande partie de la population de l'Est. Les. habitans de la partie de l'Ouest les appællent espagnols, et de leur côté les habitans de l'Est anpellent français les noirs et les hommes de couleur de Fancienne partie française,
166 | WISTOÏRE D'HAITI.— (1802)
| Pendant ees événemens deux courriers envoyés , l'un par Paul Louverture, Fautre par Clervaux qui commandait à St-Yague , arrivèren: aux Gonaïves, et remirent à Toussaint les dépêches de ces deux gé-
néraux. Le gouverneur expédia à Paul, ainsi qu'à Clervaux, l'ordre
d'évacuer les villes qu'ils occupaient, et de se retirer à St Raphoël. Toussaint, reconnaissant l'impossibilité de conserver les grandes milles; voulait réunir toutes ses forces autour de lui pour faire aux Français une guerre de montagnes, de crêtes en crêtes. Avec la connaissance
parfaite qu'il avai des localités, il avait l'espoir de la victoire. Le:
courrier envoyé à Clervaux tomba dans les avant postes français qui s'étaient déjà prolongés au loin dans l'intérieur, et fut assassinés Le.
courrier de Paul Louverture, quand il parvint dans la plaine de Sto- Domingo, fut arrêté par les Espagnols qui s'étaient soulevés en faveur.
dés Français. La lettre dont il était porteur fut envoyé [à Kerverseau. Par celte dépêche, 11 était ordonné au général indigène d’abandonner Sto. Domingo et de’se retirer à St. Raphaël. Kerverseau,
accompagné de quelques officiers, aborda le rivage et demaudà une
entrevue au général Paul qui l'accepta. Elle eut Heu sons les murs de la place. Kerverseau remit à l’indigène la lettre que Touss
saint avait adressée à ce dernier. Le général Paul, après en avoir pris leciure , fut étrangement surpris de la recevoir par l'ennemi,
Kerverseau lui donna l'assurance qu'elle lui avait été : expédiée par Toussaint dans un paquet. Cependant Paul n’ajoutant pas foi à la’ parole du français, lui répondit qu'avant de lui livrer la ville; 1l consulterait l'état-major de la 40e.— Vous agirez, comme bon vous semblera , répliqua Kervefseau ; mais le général Toussaint Louverturé
vous rendra responsable de votre conduite. Souvenez vous de Moyse”
qui, pour n'avoir pas suivi les instructions de son oncle, se perdit
en prenant les armes contre la métropole. Paul Louverture rentra” à Sto. Domingo, réunit tous les ofliciers de la garnison, leur. fit
donner lecture de la lettre , êt les chargea d'en vérifier (a signature qui fut aussitôt confrontée avec toutes celles du souxerneur trouvées
au bureau de l'Arrondissement. L'état major déclara unanimement
que cetie signature était celle de Toussaint. Néaumoins Paul Lou. vériture n "ouvrit pas aux français les portes de Sio. Domingo, excité
dans sa détermination par la garnison qui avait l'espoir d’être. bientôt secourue par. le géuéral Clervaux, commandant de St:Yague..
Kerverseau ne redoutant pas une canonnade à boulets rouges, bloqua dans la journée du 24 pluviôse (143 févr ier), l'embouchure de lO- Zama , et caplura deux’ bâtimens américains qui avaient tenté d’en-
trer dans le port. D'un autre côté, les Espagnols soulevés dans.
les campagnes serraient étroitement la place.
Clervaux à St. Yague, à la tête de 700 hommes de la 6° demi-. brigade , ne recevait aucune nouvelle de Toussaint Louverture. JU était dans les plus vives in sur le sort de son chef.