‹ Histoire d'Haiti (volume 2)Chapitre 12 sur 47 · DAT · texte numérisé non relu

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HISTOIRE Duairi.—(1802) 16%

D'évèque Mauvicille arriva de Sto. Domingo auprès de lui. Il employa toute son éloquence pour le déterminer à se soumettre au nouveau “gouvernement, s’étayant de la proclamation de Toussaint qui faisait un devoir aux fonctionnaires civils et militaires de recevoir Is envoyés de la métropole avec le respect de la piété filiale. IL “est probable, lui dit Mauvieille, que le gouverneur lui-même a fait “à Soumission. Glervaux, vaineu par Îles argumens de Pévêque, reconput l'autorité du capitaine-général Leclerc. Celui-ci peu de jours après lui envoya le général Claparède qui prit possession de la ville, au nom du gouvernement français. Clervaux fut maintenu dans son gradeade général de brigade et dans son commandement dû département de Cibao. Mauvieille revint à Sto. Domingo ; il pré: Senta à Paul Louverture une lettre par laquelle Clervaux l'exhor- Hita se soumeitre au capitaine général Leclerc dont l'autorité était légitime d'après les proclamations de Toussaint lui-même. Paut Louverture suivant l'exemple de Clervaux reconnut aussi le nouveau gouvernement. Le 2 Ventose le général Kerverseau entra à Sto. Domingo à la tête des troupes françaises, le félicita de son attachement à la métropole , et l'engagea à exciter par une proclamationsles garnisons. de laipartie espagnole à imiter la conduite de celle de S°. Domingo. Paul Louverture adressa aux troupes du département de 'Ozama üne proclamation dans laquelle il disait: « Que la liberté pour lui et « les siens était le talisman qui enflammait son zèle el son amour « pour la mère patrie. » 2 Ventose (21 Février.)

Révenons aux événemens qui se passaient. à peu près en même temps dans le département du Nord, aussitôt après la prise de possession du £Cap. Les généraux français promettatent d'écraser Tous- Saint d'un seul coup. Cependant Leclerc pensa qu'il serail plus prudent, plus sage et moins barbare d'employer préalablement la voie. dés négociations, pour amener Pex-gouverneur à un accommodement, en Ini proposant la seconde place de à colonie. Il croyait que les, nombreuses troupes qu'il avait envoyées dans l'Ouest répandralent le découragement autour de lui. Mais Toussaint avait un cœur que. les obstacles rendaient de plus en plus énergique; et chaque trahi: Son de ses officiers ne pouvait que le fortifier dans la détermination qu'il avait prise de mourir les armes à la main.

Leclerc envoya chercher Isaac et Piacide "Louverture qui étätent à bord du vaisseau le Jean Jacques, et qui n’étaient pas: encore descéendus au Cap. Tous les deux, fières utérins, ils étaient différens. de caractère. Isaac l'aîné, d'une humeur. froide, d'un esprit lent, possédait une âme faible , -et élail incapable de ces résolutions héroiques qui distinguent du vulgaire l'homme passionné. Cependahlil réunissait les qualités de l’homme vertueux; if avait un cœur compalissant; religieux, il comblait de ses bienfaits les malheureux qui l'ap-

prochaient , et des connaissances assez étendues ornaient son esprit:

Placide le plus jeune, d'une humeur fougucuse et entreprenante était entièrement dévoué à la eause de son beau-père. Moins studieux que son frère, il ne s'était pas livré à l'étude avec la même ardeur. Sa vive imagination n'avait pu soutenir le poids des sciences abstraites: elle ne rêvait que la gloire et la liberté de son pays.

Personne n'ignorait l'amour que l'ex-gouverneur portait à ses en: fans; les aulorités françaises . pensaient qu'il ferait bien des concessions à la mère patrie tant que ces deux jeunes gens seraient entre les mains de la République. Un paragraphe des instructions de Bonaparte à son beau-frère portait que toutes sortes d'égards seraient observés envers les fils de Toussaint afin de Îles gagner au parti de la France. Bonaparte semblait croire que cts jeunes gens ranèneraient leur père sous les drapeaux de la République quil avait

presque abandonnés, s'ils se dévouaient à la cause de la métropole,

Quand ils furent conduits en présence de Leclerc, celui-ci leur dit, en leur remettant la lettre adressée à leur père par le 1° consul : Je pense que cet écrit que vous donnerez au général Toussaint établira entre votre père el moi l'accord le plus parfait. Le 7 Février à onze heures du soir, le citoyen Coisnon , Isaac et Placide partirent

du Cap, laisfant derrière eux un théâtre de dévastation et de car.

nage; jls reconnurent partout les traces du passage du général Christophe. Quand ils arrivèrent aux avant-postes du général Desfour- DAUX , l'adjudaht commandant Dampierre leur fit laccueil le plus flatteur. Ils passérent la nuit dans le camp. Dès l'aurore, ils en

partirent , et pressèrent leurs chevaux. Lorsque le soleil inonda de

ses rayons les campagnes d'Ennery, d'une richesse prodigieuse de végétation, couvertes d'une belle population , de nombreux troupeaux, des échappées de vue d'une rare magaificence excitèrent leur admiration. Le fer, le feu n'avaient pas encore ravagé ces cantons, Ils avaleut laissé loin derrière eux la pointe du Mornet. Le chemin était .rempli de femmes et de cuitivateurs ; on les arrêtait pour les questionner, Ils dirent le motif de leur voyage; chacun les félicitait de leur retour dans leur pays, el la foule les suivait avec acclamations. Elle les accompagna jusqu'au bourg d'Ennery. Leur mére averlie de leur arrivée, par les cris d'enthousiasme qu'elle entendait, accourut au-devant d'eux. Ils entrèrent au palais{de leur père, à neuf heures du, soir, deux jours après leur départ du Cap. Oa expédia aussitôt un courrier pour le quartier général des Gonaives où était Toussaint Louverture. Celui ci, le lendemain, dans la

nuit du 9 Février , arriva à Ennery, suivi de son état major. Ilavait

aussitôt saisi le motif de cette courioisie du général Leclere : sa sensibilité paternelle était mise à l'épreuve, Il serra ses fils contre son cœur, les coûvrit de baisers et leur dit : « Mes enfans, si vous m'abandonnez vous ouvrirez dans mon cœur une plaie qui ne sé fermera jamais. » Le citoyen Coisnon voyant son émotion et les larmes

“ qui inondaient son visage, profita de ce moment favorable pour lui adresser la parole: .Estce le fidèle serviteur de la République que “je vois? Toussaint que la dissimulation n'abandonna presque jamais lui répondit : Pouvez-vous en douter? Le citoyen"Coisnon conmtinuant : le 1 Consul vous envoie vos enfans pour qu'ils soient auprés de vous les interprètes du gouvernement français. Alors Isaac raconta à son père combien il avait été heureux en France; quil mavait vu au palais des Tuileries le 4% Consul qui ne souhaitait que la gloire de son père et le bonheur de St. Domingue. En même “iCinps il lui présenta une boîte d'or dans laquelle iétait une lettre de Bonaparte revue du sceau de l'Etat, suspendu à un cordon de Msoie. Toussaint louvrit et lalut attentivement :

… Au citoyen Louverture, général en chef de l'armée de St. Domingue. Citoyen Général ,

La paix avec l'Angleterre et toutes les puissances de l'Europe qui vien! d'asseoir la République au premier degré de puissance et de gran- …deur, met à même le gouvernement de s'occuper de la colonie de St. Domingue, Nous y envoyons le citoyen général Leclere, notre beau frère, en qualité de capitaine général comme premier magistrat de la colonie. Il est accompagné de forces convenables pour faire respecter la souveraineté du peuple français. U'esi dans ces circonslances que nous nous plaisons à espérer que vous allez nous proue ver, et à la France entière, la sinciriié des sentinens que vous avez constamment exprimés dans les différentes lettres que vous nous avez écrites. Nous avons conçu pour vous de Festime, el nous nous plaisons à reconnaitre et à proclamer les grauds services que vous avez rendus au peuple français si son pavillon flotte sur St. Domingue, c'est à vous ei aux braves noirs quil le doit. Appelé par vos talens et a force des circonstances au premier commandement, vous avez détruit Ja guerre civile, mis un frein à la persécution de quelques hommes féroces, remis en honneur la là religion et le culie de Dieu de qui tout émane. À ï La constitution que vous avez faile, en renfermant beaucoup de bonnes choses , en contient qui sont contraires à la souveraineté du peuple français, dont St-Domingue forme une portion. Les Cir- Constances où vous vous êtes trouvé, environné de tous côtés d'ennemis, sans que la Métropole puisse ni vous secourir, ni vous alimentér , ont rendu légitimes les articles de cette constitution qui pourraient ne pas l'être ; mais aujourd'hui que Îles circonstances sont si heureusement changées , vous serez le premier à rendre hommage à la souveraineté de la nation qui vous compte au nombre de ses plus illustres citoyens, par les services que vous lui avez rendus,

ct par les talens et la force de caractère dont la nature vous a doué:

Une conduite contraire serait inconciliable avec l'idée que nous avons coneue de vous. Elle vous ferait perdre vos droits nombreux à la reconnaissance de la République , et creusera sous vos pas un précipice qui en vous engloutissant, pourrait contribuer au maiheur de ces braves noirs dont nous aimons le courage, et dont nous nous vérrions avec peine obligés de punir la rébellion. - Nous avons fait connaître à vos enfans- et à leur précepteur Îles sentimens qui nous animaient , et nous vous les renvoyons. Assistez de vos conseils. de votre influence, et de vos talens le capitaine général, Que pouvez-vous désirer? La Hiberté des noirs ! vous savez que dans tous les pays où nous avons été, nous l'avons donnée aux peuples qui ne l'avaient pas. De la eonsidération , des honneurs, de la fortune! Ce n’est pas après les services que vous avez rendus, que vous rendrez encore dans cette circonsianee, avec les sentimens particuliers que nous avons pour veus, que vous devez être incertain sur votre considération, votre fortune et les honnenrs qui vous attendent. | |

Fâites connaître aux peuples de St-Domingue que la sollicitude, que la France a toujours portée à leur bonheur a été souvent im-° puissante par les circonstances impérieuses de la guerre; que les. hommes venus du continent pour l'agiter et alimeñhter les factions étaient le produit des factions qui etles mêmes déchiratent la patrie; que désormais la paix et la force du gouvernement assurent leur prospérité et leur liberté. Dites que si la liberté est pour eux le premier des biens, ils ne peuvent en jouir qu'avec le litre de ci toyens français, et qué tout acte contraire aux intérêts de la patrie, à l'obéissance qu'ils doivent au gouvernement et au capitainegénéral qui en est le délégué, serait un crime contre a souve-, raineté nationale qui éclipserait leurs services et rendrait St-Dominque le théâtre d’une guerre malheureuse où des pères et des enfans. s'entre -égorgeralent. Et vous, général, songez que si vous êtes le Premier de votre couleur qui soit arrivé à une si grande puissance et quise soil distingué par sa bravoure et ses talens militaires, vous êtes aus$i devant Dieu et nous Île principal responsable de leur conduite.

S'il était des malveillans qui disent aux individus qui ont joué le premier rôle dans les troubles de St Domingue, que nous venons pour rechercher ce qu'ils ont fait dans des temps d’anarchie, assurez-les que nous ne nous informerons que de leur conduite: dans celie dernière circonstance, et que nous ne rechercherons le’ passé que pour connaître Îles traits qui Îles auraient distingués dans la” guerre qu'ils ont soutenue contre les espagnols et les anglais AUTRE | été nos ennemis.

Comptez sans réserve sur notre estime, et conduisez-vous comme .

doit le faire un des principaux citoyens de la plus grande nation du monde. bg | Paris le 27 Brumaire an 40 (18 Novembre 1801).

Le premier Consul, (Signé), BoNAPARTE.

Aprés la lecture de cette lettre, Toussaint toujours calme, eñ présence d'ane foule d'officiers de tous grades , de sa femme, de de son beaufrère, de ses deux nièces, dit an citoyen Coisnon: jéprouve pour vous la plus profonde reconnaissance ; vous avez donné les meilleurs soins à mes enfans. Vous direz au pénéral Leclerc que je ne traiterai avec lui que lorsqu'il aura arrêté les progrès de son armée: du reste je lui adresserai une lettre à ce sujet. Toussaint passa toute la nuit à écrire. Ses paquets à l'adresse du gonéral Leclere furent remis au citoyen Coisnon, par l'adjudant général Fonmine, noir. À quatre heures du matin, il eut une conversation d'une heure avec ses enfans et retourna ensuite à son quartier général des Gonaives, aprés avoir entendu la messe. C'était une habitude quil nennégligeait jamais de pratiquer, dés la pointe du jour, avantde se livrer à ses occupations politiques. Aussitôt qu'il fut arrivé aux Gonaivés, il expédia pour le général Leclerc, un nouveau paquet, au Citoyen Coisnon qui était encore à; Ennery avec ses fils. Le Citoyen Grenvilie, instituteur de son troisième fils, avait été chargé de là dépêche. Quelques heures après, madame Louverture entra jux Gonaives, suivie de plusieurs animaux portant, prétendait-on, le irésor particulier de Toussaint.

Toussaint avait fait réunir à la Pelite Rivière de l'Arübonite des Sommes importantes. fl envoya l’ordre an commandant Aignan de lés transporter aux Cahos. Aignan en chargea un grand nombre dé mulets qui furent confiés à la garde d'un bataillon de troupes “coloniales. Quatre cents espagnols qui avaient été arrachés à leurs demeures, conduisirent ces muleis. Hs gravirent des sentiers presque impraticables au travers d'énormes rochers et de profonds ravins, et déposèrent les caisses d'or et d'argent sur-l'habitation Ma-

nan. Tous les espagnols qui avaient travaillé au ‘transport de ces fonds furent, diton, sacrifiés. Aignan reçut l'ordre de porter la surveillance la plus sévère sur le lieu où étaient cachées les plus grandes réssources de l'ex-gouverneur. La plus grande partie de cet argent n'apparienait pas à Toussaint personnellement. C'était particulièrement l'or des caisses nationales de l'Arcahaie, de St. Marc, des Verrettes, de la Petite Rivière et des Gonaïves. Au milieu des bagages se trouvait aussi l'argent appartenant aux généraux Desssalines , Vernet, Charles Bélair. ‘Il est impossible d'évaluer méme approximativement la valeur de ces fonds. Il est certain qu'elle a dû être énorme, si l'on se rappelle les grandes économies que

faisait Toussaint chaque année. Les américains l’évaluent , sans raïson, à 220,090,000 de franes; les français à 33,000,009. Peut-être seraitil raisonnable d'adopter ce dernier chiffre; car lorsque la division Rochambeau pénétrera aux Cahos , elle enlevera presque la totalité de cé trésor qui sera transporté aux Gonaïves , et ensuite au Cap par mer. |

. Les confesseurs de Toussaint , les pères Anthaume, Molière et Corneille avaient aussi reçu des lettres du général Leclerc qui promettait à chacun d'eux la mitre d’évèque, s'ils parvenaient, au tribunal de la pénitence, à déterminer lex-gouverneur à reconnaître l'autorité légitime de Ja métropole. Ces écclésiastiques qu'ont la dissimulation de leur pénitent, pour lequel a a religion n'était souvent qu'un moyen , mis en pratique à l'effet de parvenir à ses fins, répondirent au capitaine général qu'ils étaient tout dévoués à la France , mais qu'ils n’oseraient faire une telle proposition à Toussaint dans la crainte de perdre leurs têtes que la métropole ne leur rendrait pas.

Les citoyens Coisnon, Grenville et les fils de Toussaint, partis d'Ennery, arrivaient au Cap au milieu de la nuit, et remettaient. à Leclerc la réponse de l'ex-gouverneur. Celui-ci lui avait écrit que ce n'était pas à coups de canon qu'on apportait le bonheur dans un pays ; 1Î lui reprochait de ne ui avoir pas envoyé la lettre du 1% Consul avant d'avoir commencé les hostilités, et surtout de paraitre douter des grands services qu'il avait rendus à la France, et des droits qu'il avait acquis à la reconnaissance nationale ; il lui annonçait qu'il préférait la liberté des noirs au bonheur d'avoir ses enfans auprès de lui; qu'il les lui renvoyait, et que leur présence au milieu des français ne l’empêcherait jamais d'agir comme il le jugerait convenable dans l'intérêt des habitans de St. Domingue ; qu lui faudrait beaucoup de temps pour réfléchir au parti qu'il aurait à prendre ; qu'en attendant il le priait, pour épargner le

sang déjà, versé avec trop d'abondance, de suspendre la marche de SES troupes.

Après Ja lecture de cette lettre Leclere entra dans une violente colère; il traita Toussaint de rebelle, en présence de son élat-major , d’Isaac et de Placide. Il dicia à” son secrétaire une leitre par

lquelle 11 annonçait à l'ex-gouverneur que le Port:Républicain et tout le Sud avaient reconnu l'autorité légitime de la France, que le: Port-de Paix allait être attaqué, le Môle St. Nicolas. bloqué par mer, que le général Boudet marchant sur-Si. Marc , ne s’arrèterait que sur les rives ide l'Artibonite. Il ajouta qu'il condescendrait cependant , quoiqu'il eût pour instruciions de ne pas discontinuer les opérations de la guerre, à un armistice de deux jours, pour entrer en négociations, qu il le nommerait son premier lieutenant s'il profitait de ce délai pour faire sa soumission; mais qu'après les deux jours expirés, s'il n'avait pas reconnu le nouveau gouvernement,

HISTOIRE D’IHAITI.—(1802) 173 Ï serait mis hors la loi par une proclamation et dévoré par la ven- geance de la République.

Isaac et Placide partirent avec cette lettre pour le quartier-général des Gonaïives, laissant au Cap les citoyens Coisnon et Grenville, harassés de fatigue. Quand ils arrivèrent aux Gonaives Toussaint les reçut avec froideur. IH lut la lettre de Leclerc, et s'indigna de la réponse arrogante et impérieuse du nr général. Cepen- . dant il redevint calme, et ne se montra pas abattu par cet ultimatum. JIldit à ses fils ‘qui s'étaient jetés dans ses bras: Mes Es, je déclare la guerre au général Leclerc, mais non à la France; je “veux qu'il respecte la Constitution que “le peuple de St- -Domingue sest donnée. Je ne puis traiter avec le 1er Consul puisqu'il à déchiré l'acte qui garantit toutes nos libertés. Mes enfans, je ne voudrais pas contrarier vos sentimens ; je nemploierai ni la ruse, ni la violence pour vous retenir auprés ;jde moi: si votre pére devenait Vauteur de vos malheurs, il serait toute sa vie poursuivi par les remords. Choisissez entre le capitaine- général et la liberté de votre pays.

Il les éloigna aussitôt de son sein; son front se couvrit d'anxiété et de douleur. Eh quoi, leur dit-il, vous hésitez dans votre choix ; l'homme d'honneur doit se vouer à une cause, et non servir deux partis à la fois. Isaac s'écria : Je reste fidèle au capitainogénéral qui représente la France, ma patrie. Ces paroles obseurcirent le front de Toussaint et répaudirent sur ses traits une profonde affliction. Il dit à voix basse: ils ont corropu son jeune cœur, ils lui ont appris à haïr son père. Et vous, Placide, m'abandonnerez-vous? Placide se précipita à ses genoux en s'écriant : La France’, ses plaisirs, sa gloire, J'ai tout oublié; mon existence vous est vouée; je vous suivrai dans les combals; je mourrai à vos côtés. Toussaint le releva avec transport, le flauta de ses caresses , et le montra avec orgueil à ses officiers.

[l sortit aussitôt du gouvernement, fit battre la générale, et réunit sur la place d'armes sa belie garde d'haneur qui format un bataillon d'infanterie et deux escadrons.

Il se plaça au centre de ses grenadiers, ayant à ses côtés le gé- - néral Vernet et le chef d’escadron Morisset. ‘Il leur dit d'une voix émue que le général Leclerc leur proposait la honte et l'ignominie, quil voulait que la Constitution, le seul garant de leur liberté, fût anéantie, et qu'ils se missent à la discrétion du gouvernement français. Il leur demanda s'ils seraient assez lches pour se soumettre à de tels caprices ; s1ls pourraient subir encore le joug de l'esclavage. Les soldats lui répondirent: Nous mourrons tous pour a liberté. :

Toussaint leur présenta Placide au grade de commandant et leur gt : Il est prêt à mourir. pour votre cause. Placide fut accueilli

Le

avec acelamations par ces vieux guerriers que i'effrayaient pas les

périls de la campagne qu'ils allaient entreprendre. Pendant cette revue fsasc était renfermé au palais colonial dans les bras devsa

mère; il voulait se rendre au Cap; mais elle le retint par ses”

larmes. ct ses caresses.

Les te ns des Gonaïves, effrayés des calamités de la guerre

par les maux qui aflligeaient déj» les habitans du Cap refugiés en grand nombre dans leur ville, supplièrént Toussaint Louverture de leur permeltre d'envoyer une députation auprès de Leclere, dans le but de le porter à sauver la colonie des fléaux dontelle était menacée, en reconnaissant la Constitution de St-Domingue: Cette dépi utation fut , pour ainsi dire, chassée du gouvernement du Cap par Leclerc qui la chargea d annoncer à Toussaint qu'il avait sous-ses ordres de nombreuses baïonnettes, et quil ne cesseraït les hostilités qu'après quil l'eût vaincu et arrêté comme traître à la patrie. Leclerc croyait que lôout fuirait à l'approche des’ forces considérables qu'il avait à sa disposition. Elles venaient encore de s’augmenter par l’arrivée de quelques troupes; et le vaisseau le Desaix qui s'était brisé devant le Cap était une perte insensible pour sa flotte forte de 73 bâtimens tant vaisseaux, corvettes que fréga:

tes. Il mit aussitôt à exécution les menaces qu'il avait faites à

Toussaint. Le général RARES , qui était parti du Cap pour le Port:

de-Paix avec une escadre, vait déjà opéré son CÉPRRE RS à l'embouchure des Trois Rise

tic ‘à

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