‹ Histoire d'Haiti (volume 2)Chapitre 13 sur 47 · LIVRE VINGT-QÜATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-QÜATRIÈME

Sommaire. Une escadre française se présente devant le Portde-Paix.— Le géné»

ral Humbert enveie des parlementaires à Maurepas —Réjonse de Maurepas = Celui-ci évacue le Port de-Paix , et l’incendie.—Les français débarquent à Pembouchure des Trois Rivières — Combat au gué des Trois Rivières — Combat du morne de la coupe Aubert, —Flumbert entre au Port-de-Paix,— Conduite généreuse de Maurepas à l’égard des blancs du Portde-Paix—Flumbert ma arche sur le camp des Trois Pavillons—Il y est battu.—Boudet tente de débarquer à St. Mare ; äl est repoussé par le canon du fort Libre.—1Il débarque à Menus Dessalines se rend dans la plaine du Cul-de-Sac, pour contramdre Ja division Boudet à rétrograder —Lamour Dérance et -Lafortune reconnaissent l'autorité

de Leclerc.—Pierre-Louis Diane s approche du Fort-Républicain pour lincendier.

—[l est pris par les français et embarqué—Le capitaine général Leclerc entre en campagre—Son adresse aux habitants de St. Domimoue.—Toussaint ct Christophe sont mis hors la loi -—Forces que Toussaint peut opposer aux fran çais.— Plan de campagne de Leclerc -—Les divisions f'ançaises s’ébranlent. — Desfournaux se porte sur Plaisance — Hardy £e porte au grand Bones et au Mornet— Le genéral Boyer et le contre-amiral Magon prennent Sainte Suzane, le Trou et Vallière—[Hesfournaux entre à Plaisance.—Rochambeau s'empare

de St-Raphaël—Hardy bat Christophe au Dondon—Il escalade le morne Bois. in et entre à la Marmelade—Rochambeau s'empare de Saint-Michel de PAta- Dre débarque au Port-de-Paix.—ÏIl marche contre Maurepas sur quatre colonnes ; il est battu de toutes parts— Hardy chasse Christophe d'Ennery. —Le général Salm enlève le Bayonnet sur Christophe Christophe se retire vers les Gonaives.—Rochambeau sortant de St. Michel s'établit à Barade —"Toussaint part des Gonaïves, et marche contre Rochambeau.—Iltraverse Le quartier

de Lacroix et pénètre dans la ravine à Coul-uvre.--Il attaque Rochambeautà Barade.--Tl est battu, et rallie ses soldats à Périsse.=-fes français viennentLy attaquer} les combat et derneure maître du champ de bataille. —Desfournaux

enlève la coupe à Piutade Combat du Chatelain.— Combat du pont des Dat-.

tes Verurt livre aux flammes Ta wille des Gonaïvés et lPévacur. —Lécleré y

pénèire,—Coinbat An cnnetière dn blockius —Vernet et Christophe se wretirent.

au pont |'Ester. Toussaint vient les y jaindre—Rochambeau arrive aux "Go: naives—Boudet marche de Mont'ouis sur St Marc. Incendie de cette rille.par

Vhoo: li nan « JESSaUCes

Boudet entre àw8t. Marc:— Dessalines se retiré à la Petite-Rivière de PArtibonite —Lcclere porté toute son attention sur Maurepas —Jean-Rabel se soumet aux français —THahin Golait marche contre Maurepas —La”frésate la Furieuse prend possession du Môle Maurepas enveloppé de toutes parts sersou: met à Débeils — Félicitations adressées par Leclerc à ses trounes —Lettres, de Toussaint à Déessa'ines et à Dommage Elles sont interceptées. Pamphile de La Croix, craignant que Dessalines ne l'attaque au Port Républicain, Se met sur la défensive. — Rochambheau et Hardy parcourent les Cahos—Rochambeau y fait uw butii considérable — Réflexions sur le trésor particulier de "oussaint: — Leclerc se rend au Port Républicain —Arrivée en cette villewde 350 Rigau-

dns nous et jrunes venant de St Yague de Cube.— Toussaint établit son quarss tier-général dans Ja plaine de l’Artibonite.— Points qu’occupe son armée.—[l fait:

armer le fort de la Crète à Pierrot,

Le 20 Piaviôse (9 février) une goëlelte française louvoyait à Ja vue du Port de Paix. Un canot s'en détacha et atteignit le rivage: Deux pariementaires, Îles citoyens Breton et Bistaret, porteurs de la proclamation du 4er consui aux habitans de St-Domingue,"traversèrent la ville et se rendirent au paiñais colonial auprès du générai Maurepas. Celui-ci leur demanda, comme s'il ignorait les événemens qui ‘Se passaient autour de lui, quel était l'objet de leur mission. —Nous venons vous sommer de livrer la place au capitainegénéral Leclerc, sinon elle sera ensevelie sous le feu de Pescadre française. Maurepas, d'une tatile élevée, d'une humeur calme; entièrement dévoué à Toussaint Louverture , leur répondit: Jene recevrai Îles troupes de votre général que sur les ordres du gouver: neur; en attendant je saurai faire mon devoir en homme ‘de cou: rage Je vous déclare que vous êtes mes prisonniers. Il les fitlier l'un à l'autre, et acheminer ensuite sur les Gonaïves à travers la montagnc; mais leurs conducteurs les massacrèérent en chemin. Le général Humbort, commandant de la division française, ne voyant pas revenir ses parlementaires, pénétra le lendemain, 21 pluviôse, (10 février) dans la rade avec un vaisseau de ligne, le Watigny, capitaine Gourdon, deux frégates, la Furieuse et la Clorinde , et plusieurs navires de transport. Toul à-coup les quatre forts de Îla ville tirent à boulets rouges sur l'escadre qui, de son côté, vomit la mort dans les redouies de la place; mais les Indigènes n'abandonnent pas leurs posies. * Le citoyen Poitevin, homme de cou-

* Tous les blancs créoles et européens , presque sans exception, s’é-

Histoire p’Harti.—(1806) 177

leur, commandant du port, lança du fort Pageot, dressé &ur un des quartiers élevés de la ville, à peu de distance de la mer, un boulet qui emporta vingt hommes à bord du vaisseau français. L’escadre cessa aussitôt son feu, gagna le canal de la Tortue, et fit des signaux : plusieurs autres navires de guerre vinrent se joindre

à elle. En même temps Maurepas ne trouvant aucune opposition dans la population noire et jaune, faisait évacuer la ville, Hommes , femmes,

enfans, noirs, de couleur, gravissaient la montagne, emportant des mumitions de bouche ei de guerre, et trainant avec ardeur des pièces de cam-

pagne. Les bourgeois bianes qu’ils conduisaient devant eux, étaient aus-

si chargés de munitions. Les pluies étaient tombées avec abondance ;

Patmosphère était chargée de brouillard; le fleuve des Trois Rivières, en

débordement , couvrant de ses eaux les chemins qui conduisaient à l’in-

térieur, les avait rendus presque imoraticables, Quandla ville fut en par= tie abandonnée, Maurepas, à la tête de la 9e, mit, le premier, le feu à sa

propre maison ; en quelques heures le Port-de-Paix fut tout en flammes. Il se retira au fort Pageot qui domine le canal de la Tortue,

pour suivre de l'œil les mouvemens de l'ennémi. L'escadre était mouillée à une demi lieue de la ville, à embouchure des Trois Ri- “vières. Là , débarquérent les français au nombre de. 1,800 hommes.

ls se rangèrent sur l'hsbitation Lacorne Guédon , et se mirent en marche sur le Port-de Paix par la grande route. Maurepas avait vu sopérer leur débarquement, sur la rive gauche du fleuve: Ilavait envoyé le 4° bataillon de la 9e, de 400 hommes , s'embusquer au gué

des Trois Rivières. Les français, dès qu'ils découvrirent les indigénes, se précipitèrent sur eux à la baïonnette’, en pénétrant dans l’eau: jusqu'à la ceinture, le général Humbert à leur tête. De la rive opposée, la Je en renversa un grand nombre par un feu bien noavri. Le combat s'engagea ensuite à l'arme blanche avec une fureur égale de partet d'autre. Les français , ne pouvant forcer Le passage, se retirérent en bon ordre, eonduits par des indigènes hosliles à Toussaint, et longèrent la rive gauche jusque sur Fhabitatiom Paulin où il y avait un autre gué. N'y trouvant pas de troupes enñemies, ils passèrent sans obstacle, traversèrent l'habitation Aubert et gagnèrent le chemin du Gros Morne. Après lavoir suivr quelques instans , ils Pabandonnèrent, et pénétrèrent dans un sentier qui les, conduisit au pied d’une éminence appelée le morne de la coupe Aubert. Là, était en embuscade le capitaine Capoix avec cent hommes de la 9e. Dès qu'il aperçut les français, 1l com-

taient jetés dans les bras des français, à l’arrivée de Leclerc. Quant aux noirs et aux hommes de couleur qui s’apnelaient déjà entre eux indigènes, ils s'étaient divisés en deux eanps: les uns, noirs et°mulâtres, c'étaii le plus petit rombre, s'étaient prononcés pour Toussaint ; les autres, noirs et mulâtres, s'étaient prononcés pour les Français,

mença un feu des plus vifs sur leur colonne; ils lui répondirent avec vigueur. Capoix, atteint d'une balle à a Jimbe , iomba au milieu des siens qui, pour n'être pas enveloppés, gagnèrent avec rapidité lé sommét du méôrne. ‘ls disparurent au travers des rochers, des buissons et des arbres, emportant tous leurs blessés. Humbert s'arrêta à cinquante toises environ du Port de-Paix, pour se reconnaître. La ville ‘n’était plus que ruines fumantes : dans sa mar: che rapide, ‘il avait perdu deux cents hommes. ‘Un détachement de cent matelots du Watignyÿ déploya la plus grande intrépidité. Les marins eurent à déplorer Îa perte du Héutenant ES Mésoé , de l'enseigne Bordenbach et de l'aspirant Gelin. lieutenant de vaisseau Lévenard, et le lieutenant d'artilierie Frs furent ‘grièvement ‘blessés. Maurepas avait abandonné le fort Pageot , aprés, avoir fait enlever Les munitions de la fortification par un bataillon de la garde nationale de la montagne , sous les ‘ordres du capitaine Nicolas. Gelui-ci passa avec une pièce ‘de 4, sans ‘ètre attaqué, à là portée! de fusil de la division Humbert harassée de fatigue, et ‘vint se “pas à Maurepas qui avait établi son cuartier- général aux Trois! Pavillons, sur l'habitation Brissot, à trois lieues dé la place. C'était une magnifique position que traversait le grand chemin dela montagne: Le camp indigène s'étendait sur un plateau flanqué de larges ravins, au “ond desquels des ‘torrens rapides roulaient avec fracas de larges pier.

s., des troncs d'arbre et d'autres masses. Maurepas faisait régner autour de lui l'ordre ‘le plus parfait : les famiites blanches étaient respectées sur leurs propriétés; il ne se comimettait aucun vol; les” enfans, les femmes, les ‘vieillards de toutes couleurs, réfugiés dans les gorges de la montagne, étaient en sûreté sous la protection de plusieurs compagnies de gardes nationaux. C'est ile seul quartier où les indigènes, combattant pour Toussaint, n'aient pas massacré les” blancs à l'apparition des français. Les principes d'humanité que pra tiquait habituellement Maurepas, avaient germé dans le cœur de ces braves. Lé commandement du quartier-général des Trois Pavillons fut confié au chef de bataillon Réné Vincent. Cet officier, pendant toute la nuit, fit abattre par les soldats du 4% bataillon de la 9e tous lés bananiers du voisinage, et en fit un rempart au milieu du grand chemia de la montagne.

À la pointé du jour , le temps devint sombre et froid, une pluie fine commença à tomber | et les mornes furent enveloppés d'un épais brouil lard. Cétait lé onzé Février. Les travaux des indigènes n'étaient pas encore lerminés que leurs sentinelles annoncèrent l'en nemt.. Le général Humbert venait de déboucher sur eux, à la tête de 1200 hommes ; il en avait laissé 400 au Port-de-Paix.… Au qui vive des indigènes, Humbert répondit: français! Réné Vincent monta Sur le rempart et demanda au général français qu'il avait « reconnu à son costume; Où allez-vous ?-Nous vous poursuivons

misroire p’uarri.—(1802) | 179

pour vous contraindre à obéir aux volontés de là France , répondit Humbert.—Nous vous avons abandonné le rivage, répliqua Réné Vincent; que désirez vous encore? Laissez nous nos montagnes , Simon vos os y demeureront ensevelis.—Rendez vos armes, s'écrient les français. —A ces mots un tressaillement d indignation glissa dans les rangs des indigènes. Réné Vincent commanda à 200 grenadiers qui étaient derrière les remparts de déposer leurs havre sacs , et de mourir jusqu'au dernier pour fa liberté, Les capitaines Placide Louis et Placide Lebrun commencèrent le feu. Déjà la mort voltigeait dans les rangs français; nos soldats, le genou en terre, derrière le rempart, lançaient une grèie de balles sur les blancs dont des lignes entières étaient en mème temps emportées par la mitraille d'une pièce de 4. La garde «nationale enbusquée dans les sentiers de la montagne tiraillait sur les deux flancs de lennemi. Maurepas se tenait aux Trois Pavillons , à peu de distance du lieu du eorsbat, avec 800 hommes de troupes de ligne. Il recevait les blessés et” envoyait des munitions et des renforts à Réné Vincent. L'on ée battait depuis sept heures du matin, et à cinq heures de l'après midi le feu ne discontinuait pas. Les français, sans artillerie, furent contraints de battre en reiraite. Ils s égarèrent en grand nombre dans les sentiers tournans de la montagne, tombant dans de larges trous que recouvraient de hautes herbes, et perdant leurs armes. “Les femmes indigènes, dispersées de ious côtés, les terrassaient à coups de pierre , à eoups de bâton , les garroitaient et les eonduisaient à Maurepas aux Trois Pavillons. Humbert , poursuivi par la garde nationale, rentra au Port-de Paix dans le plus grand désordre. IE avait perdu trois cents hommes ant morts que prisonniers.

Le 24 Pluviose, 13 Février, {l lut arriva 400 hommes de renfort sur le vaisseau le Jean Bart. Le même jour 1l revint attaquer le fort des Trois Pavillons avec 1,309 hommes. Il était plein de fureur ; il ne respirait que ME DE Ses troupes se précipitérent avec rage sur les indigènes ; mais leur valeur succomba comme la veille. Elles furent foudroyées , taillées en pièce, et poursuivies, là …baionnette aux reins , jusqu'au Port de Paix. Elles n’ÿ rentrérent qu’au nombre de 900.—Humbert fut cruellement puni de sa témérité. S'il ne fut pas honteusement rembarqué, c'est que Maurepas avait pour instructions de ne pas occuper le littoral. Tous les prisonniers français furent acheminés sur les Gonsives auprès de Toussaint Louverture. Dans ces différentes actions, les indigènes ne perdirent que cent cinquante hommes environ.

Peu de jours après la défaite de Humbert aux Trois Pavillons, “les vaisseaux l’Aigle, le Héron , et la frégate la Guerrière , chargés de troupes de débarquement, partirent du Port- Républicain avec le général Boudet, et se présentèrent devant St. Marc, louvoyant du Nord au Sud. Les * chaloupes remplies de soldats gagnaient rapidement

180 k HISTOIRE D’HAITI.— (1892)

le rivage à force de rames, quand tout à coup le fort Libre, élevé au Sud de la baie, tira vigoureusement à boulets rouges sur l’esca» Sdre. Les deux vaisseaux Jâchèrent leurs bordées sur ia redoute dont le feu ne, s'éteignit pas. Gabart, à da tête d'un bataition de fa 4e, excitait les canonniers à mourir à leurs posies. Le vaisseau } Atgle qui portait le général Boudet, s'approcha très-près du rivage, et couvrit le fort d'une grêle de boulets. Au moment quil virait, il reçut un boulet rouge qui causa sur le pont un grand dommage; un second boulet partit de la redoute et allà se fixer dans l'arrière ; les flammes éclatérent à bord tout à-coup. Le cri au feu! au feu! répandit le :plus grand désordre sur le pont. Néanmoins les français parvinrent à éteindre l'incendie, au milieu des boulets lancés du rivage , qui traversaut la longueur du bâtiment, enievaient à chaque instant quelques hommes. Les deux navires prirent la haute mer ei aliérent débarquer les troupes au Montrouis, entre St. Marc et l'Arcahaie. Ë Aussitôt après la retraite de l’eseadre française, Dessalines partit de Si.Marc, et se rendit dans les mornes de l’Arcahaie où 11 ordon:, na à Charles Bélair d'aller orcuper les Verrettes. I descendit ensui-. te dans la plaine du Cul de-Sac et y apprit la soumission dés chefs de bandes Lamour Dérance et Lafortune au nouveau gouvernement, Il avait l'intention d'attaquer sérieusement le Pori-Républieain pour contraindre à réirograder ia division Boudet qui menaçait St: Mare: Il en reconnut l'impossibilité: il eut élé anéanti sous les coups de Lamour Dérance. Celui-ci, dès qu il avait appris l’arrivée de Rigaud avec les français, s'était hâié de re:onnaitre l'autorité de Leclerc; Néanmoins Dessalines ordonna à Pierre Louis Diane de faire circuler le bruit d'une attaque contre le Port-Républicain, dans l'espoir d'obtenir le même résultat. I revint sur ses pas et rentra à St. Marc-par les hauteurs de cette ville. Pierre Louis Diane pour mieux accréditer la - nouvelle d’une attaque prochaine contre le Port Répubhcain, eut lim prudence d'abandonner la haute plaine du Cul-de Sac, et de pénétrer jusqu à Goureau , à deux lieues de cette ville, malgré les sages avis du chef de bataillon Larose qui l'avait exhôrté à gagner la Petite Rivière de l'Artibonite. Laro$se qui avait refusé de le suivre, réunit les compagnies d'élite de la 8e., leur confia les drapeaux du corps, se rendit aux Mirebalais d'où il atteignit Lamartiniére à la Petite Rivière de l'Artibonite. Pierre Louis Diane se trouva à Goureau avec une centaine de soldats de la 8e. Mais il croyait qu'il eût pu soulever la masse des cuitivaieurs du Cul-de Sac en faveur de Toussaint, et incendier le Port Républicain.* Dès que le com-

-* Les cultivateurs du ul de.Sac avaient répondu à Dessalines qui:les excitait à l'insurrection: Lorsque vous étiez inspecteur de Culture, sous le gouverneur "Toussaint, vous nous faisiez travailler, sous le bâton, au nom de la République française; vous nous disiez alors que cette Répu-

mandant français de Ta Croïx-des-Bouquets apprit qu’il avait établi

“son camp à Goureau, il sortit du bourg avec un bataillon euro-

péen précédé d’une foule de cultivateurs armés, el vint .l'attaquer. Pierre Louis Diane se battit vaillamment ;: “mais il. succomba sous la supériorité numérique de Fennemi:- les cultivateurs poursuivirent avec acharnement ses soldats dispersés dans la plaine, les firent prisonniers a plupart. Hs le découvrirent lui même caché dans les jardins de cannes de Goureau. IH fut arrêté et conduit au Port-Républicain avec les autres prisonniers. Le général Pam- “phile de la Croix les embarqua sur l'escadre du contre-amiral Latouche Tréville.. Où nenteadit plus jamais parler d'eux. Cependant l'on pre tend que linfortuné Pierre Louis Diane mourut au bägne à Rochefort. i

De son. eôté le général Leclerc entrant en campagne , adressait à. la colonie la pr oclamation. suivante

Au. quartier- énéral du Cap, le 98 Pluviose an 10: QT Février 1802.} Halte de St.-Domingue , :

Je. suis venu ,au nom. du gouvernement Français , vous apporter la paix el le bonheur: Je -eraignais. de rencontrer des obstacles dansles vues ambilieuses des chefs de la colonie : je ne me suis pas trompé: Ces chefs qui: annonçaient. leur, dévouement à la France dans leurs proclamations ne pensaient à rien moins qu'à être français; sils parlaient quelquefois de la France , c'est qu'ils ne se croyaient pas en. mesure de [à méconnaître ouvertement.

Aujourd'hui. leurs intentions perfñides sont démasquées. Le géné: ral Toùssaint a renvoyé ses enfans avec une lettre dans laquelle il assurait qu'il. ne désirait rien tant: que le bonheur de la colonie, et quil était *prèt à obéir à. tous les ordres que je lui donnes rais. Je lui ai ordonné de se rendre auprès dé moi; je-lui ai. donné ma. parole de l’employer comme mon lieutenant général : il na ré* pondu. à cet ordre. que par des phrases; il ne cherche qu'à gagner du. temps.

J'ai ordre du, gouvernement Français de faire régner + promptement la prospérité et l'abondance; si je me laissais amuser par des détours. astucieux et perfides, la. colonie serait lethéâtre d'une longue guerre civile.

J'entre en campagne, et je vais apprendte. x ce rebelle quelle est la force du. gouvernement Français. Dès ce moment ïl ne doit plus être aux yeux de tous. bons HQE qui habitent Si. Dormyaue qu un monstre insensé. Ÿ

J'ai promis aux habitans. de St: Domingue. la liberté ; je saurai

blique ne voulait que notre bonheur. Pourquoi ferait-elle aujourd'hui nore malheur, quand il’ est impossible qu’eile nous maltraite plus horrible ment que sous l'ancien gouverneur.

les en faire jouir; je ferai respecter les personnes et les propriétés. |

J'ordonne ce qui suit :

Article 4”. Le général Toussaint et le général Christophe sont mis hors la loi, et 1l est ordonné à tous les citoyens de leur courir sus et de les traiter comme des rebelles à la République Française.

Art. 2 A dater du jour où l'armée française aura occupé un quartier, tout officier soit civil, soit militaire qui obéira à d'autres ordres quà ceux des généraux de l'armée de la République Française, que je commande, sera traité comme rebelle. Lu

Art 3. Les cultivateurs qui auront été induits en erreur et qui trompés par les perfides insinuations des généraux rebelles, auraient pris les armes, seront traités comme des enfans égarés et renvoyés à la culture, si toutefois ils n’ont pas cherché à exciter du soulèvement.

Art. 4. Les soldats des demi brigades qui abandonneront l’armée de Toussaint, feront partie de l'armée française. AE

Art. 5. Le général Augustin Clervaux qui commande le département de Cibao,. ayant reconnu le gouvernement français et l'autorité du capitaine général, est maintenu dans son grade et son commandement.

Art. 6. Le général chef de l'état-major, fera imprimer et pu-

blier la présente proclamation. À Le capitaine général Commandant l’armée de St. Domingue, : Signé , LECLERC. À

Cette proclamation n’ébranla pas la résolution qu'avait prise Toussaint de mourir les armes à la main, Il se sentait assez fort pour, après une vigoureuse résistance, contraindre Leclerc à lui faire d'honorables propositions d’accommodement. Cependant il avait peu de troupes à sa disposition; la trahison lui avait faie perdre la plus grande partie de l'armée coloniale: aux Gonaïives, le général Vernet, homme de eouleur, vieillard sexagénaire, commandait à une division composée d'un bataillon, de deux escadrons de la garde d'honneur, du 2° bataillon de la Te. et d'un bataillon des miliciens,. appelés casaques rouges. À Si. Marc, et à la Petite-Rivière de l'Artibonite, Dessalines commandait à deux bataillons de fa 4e. , à quelques compagnies de la 3e. sous les ordres de Lamartinière, et à. six compagnies d'élite dela 8e sous les ordres de Larose. Charles

élair commandait dans les mornes de l'Arcahaie et des Verrettes à un bataillon dela %e, A la Grande Rivière du Nord, Christophe | avait sous ses ordres un batailion de la 1°° demi brigade, la 2e. demibrigade , etles débris de deux bataillons de la 5e. Le colonel Romäin avait sous ses ordres, dans les mornes de Limbé, un bataillon dé la 4°* coloniale. Telles étaient les troupes qui restaient à- Toussaint : lles fournissaient une force effective de 5,800 hommes, noirs ét de couleur. Presque tous les mulâtres de l'Artibonite, de gré ou -

HESTOIRE. D'HAITI.— (1802) . ‘ 183 de force, étaient sous les.drapeaux de Toussaint ; aussi férmaient ils ur. cinquième environ de sa petite armée. La confiance de Lamartiniére dans le triomphe final des armes indigènes, sa détermination de vaincre ou de mourir les transportaient d’entliousiasme. Le: général Maurepas, qui contenait toujours l'élan, des français dans la montagne duPort-de-Paix, ne pouvait venir renforcer le gouverneur. Nous verrons celui ci avec celle poignée de braves (5,800 hommes ) avoir Jaudace incroyable de s'opposer à la marche de plus de 16,000 hommes de troupes fraiches, que Leclerc avait réunies. dans le Nord. Nous ne pouvons pas nous glorifier d’avoir vaincu. les français en rase campagne ; ils nous étaient beaucoup trop supérieurs en tactique; mais nous avons la gloire d’avoir usé une. armée composée des meil- “eures troupes du monde, en ne redoutant pas dè nous présenter, chaque jour , devant elle, et de lui disputer héroiquement le terrain. ‘pied à pied. Cependant d’après la résistance opintâtre que les francais ont rencontrée pendant la guerre de trois mois qui a amené la chute de Toussaint, on peut avancer hardiment qu'ils auraient été rembarqués, un mois après leur arrivée, si la population entière et toute l'armée coloniale s'étaient prononcées contre eux à leur débarquement. Les généraux français eux-mêmes l'ont avoué dans leurs. mémoires. É | |

D'après son plan de campagne, Leclere devait refouler aux Gonaives. toutes les forces de Toussaint, les y bloquer de toutes parts, et les précipiter dans. a mer où elles eussent rencentré une mort certaine. Il confia le commandement de l'arrendissement du Cap. au général Boyer, celui de l'arrondissement du. {Fort Dauphin au contre-amiral Magon, et ordonna aux divisions de son. armée d'aban-donner les points qu'elles occupaient pour converger vers ce centre. Le général de division Debelle, commandant de. l'artillerie et du génie de L'armée, reçut l'ordre de partir du Cap avec 1500 hommes, d'aller renforcer Humbert dont le capitaine général avait 4D= pris les échecs dans les mornes du Port-de Paix. I devait attaquer Maurepas et le contraindre à se replier sur les Gonaives. Le 98. Pluviôse ( 17 Février } presque toutes les troupes françaises qui occupaient le département du Nord s'ébraulérent. La division Desfournaux sortit du. Limbé, et suivit la route de Plaisance; celle de Hardy. partit du Cap et se porta au Grand Boucan et au. Mornet. Les garnisons du Cap etdu Fort Dauphin réunies, marchèrent, sous les ordres du. général Boyer et du contre amiral Magon, sur Sainte

Susanne, le Trou, et Vallière,. et enlevérent ces positions aprés. plusieurs combats des plus acharnés. Le 29 Pluviôse ( 18: Février), le général Desfournaux s'établit près de Plaisance. Le commandant de ce bourg , Jean Pierre Dumesnil, officier noir, au lieu de - tout livrer aux flammes , à l'approche des français, d’après les 1nstructions de Toussaint, vint au-devant de Leclerc avec 300 hommes.

d'infanterie et 200 cavaliers, et lui fit sa soumission. Lelendemair Desfournaux entra à Plaisance sans coup férir. | Le général Rochambeau, de son côté, qui, comme on l’a vu, était sorti-du Fort Liberté, atteignit l'ennemi le 18 Février , le dispersa dans les bois, après un combat des plus meurtriers , et s'empara de St. Raphaël. Le même jour Christophe fut assaillhi au Dondon parle général Hardy qui le baitit complétement. Il se retira à la Marmelade dans le plus grand désordre avec les débris des 1°, 2°, et 5° demi brigades. H y laissa une partie de ses troupes pour tenir en échecle général Hardy, et alla se retrancher à Ennerÿ, sur la route du Cap, entre Plaisance et le Poteau, avec l'espoir d'arréter par un combat opiniâtre, l’élan de Leclerc sur les Gonaives: Le 30 Pluviôse (19 Février }, le général Hardy sempara du morne à- Bois Pin, position presque isexpugnable, et entra à la Marmelade au pas de charge et à la baïonnette, culbutant devant lui les trou pes que Christophe y avait laissées. * és Rochambeau ayant appris que Toussaint avait un dépôt considé: rable de poudre à la ravine à Couleuvre , se résolut à abandonner les traces du.général Christophe. El pénétra dans des sentiers que n'occupait pas l'ennemi, se dirigea sur St. Michel de l’Atalaya dont il s'empara sans coup férir le 49 Février. Sa colonne de droite enleva sans tirer un coup de fusil la Mare-à-la Roche, position assez forte que défendaient quatre cents hommes soutenus par de Fartillérie. Par cette manœuvre Rochambeau devait, après s'être assuré une retraite sur St. Michel, déboucher à l’improviste par la ravine à Couleuvre, dans la plaine de Lacroix, nommée savane Désolée, et couper toute retraite à Toussaint, en s’établissant entre les Gonaives et le pont de l'Ester. | | Le 19 Février , et le jour qui suivit, les pluies tombèrent avec tant d'abondance dans les quartiers qu'occupaient les français, que les chemins devinrent impraticables. Les troupes blanches furent con: traintes d'arrêter leur marche, - Pendant ce temps, le vaisseau l’Intrépide et deux frégates, eommandés par Linois, débarquaient au Port-de Paix le divisionnaire Débelle, à la tête de 1,500 hommes de renfort. (19 Février). Les échecs qu'Humbert avait éprouvés en combattant Maurepas avaient frappé d'étonnement l’armée française. C'était un des illustres généraux de l'expédition. Sous les ordres de Masséna, en Suisse, il avait particulièrement contribué au gain de la bataille de Zurich. Leclerc écrivit à Desfourneaux de faire occuper le Gros-Morne afin que Maurepas fut placé entre deux feux,

* En parlant du Morne-à-Boispin, Leclera dit dans son bulletin: c'est la position la plus formidablé que j'aie rencontrée depuis que je fais la guerre. | En

" Le jour qui suivit son débarquement au Port-de-Paix', Débelle Polu: de marcher contre l’ennemi, malgré les sages avis du général! Humbert, qui devenu plus prudent par ses différents échecs, voulait qu'on forçat Maurepas à la soumission en le cérnant étroitement. Ge fut en vain qu'il exposa à Débelle qu'il répandrait sans succès le sang français. I 'avait la certituile que Maurepas se rendrait à discrétion aussitôt après la chute de Toussaint. Le nouveau général, entreprenant , fougaeux, jura d'exterminer les brigands. Les troupes arrivées avec lui jointes à celles du général Humbert , formaient une division de 2099 hommes. El iles furent divisées en quatre colonnes , deux de droite, une du centre, et une de gauche. C'était le 20 Février.

La première colonne, de droite, se mit en marche par Îe chemin du Gros-Morne pour attaquer Maurepas en queue; fa seconde colonne , de droite, traversa l'habitation Lacoupe Aubert, et se présenta dans la montagne en vue de Paulveau qu'occupait Bodin , homme de couleur, celonel de la Ge, avec le troisième bataillon de sa demibrigade. Celle de gauche suivit le chemin du Cap jusqu'à Fhabitafon Laveaux Lapointe: elle escalada la vigie de Lapointe, pénétra dans Ja montagne par l'habitation Chapron, et s arrêta à Brossicr , à un quart de lieue du camp de Maurepas. La colonne du centre, de 800 hommes, où se trouvait Débelle, suivit le grand chemin de la montagne et arriva aux Trois Pavillons où était retranché Réné Vincent. Pendant plus d'une heure elle fit des signaux, agitant de longues perches surmonttes de drapeaux. La première colonne de droite qui devait prendre en queue le général Maurepas avait ordre de répondre à ces signaux dés quelle les apercevrail, et de commencer l'attaque , afin que l'ennemi se trouvät entre deux feux. Débelle ne découvrant dans l'air aucun signal du côté du chemin du Gros-Morne, ordonna néanmoins de commencer le feu, impatient d'en venir aux mains. :

Le combat s’engagea avec acharnement. Pendant que Réné Vincent résistait avec intrépidité à l'impétuosité des français # Bébelle entendit le canon’ de la seconde colonne de droite qui combattait le colonel Bodin à Paulveau.

Dès qu'il avait appris la présence de la colonne de gauche sur le glacis de Brossier, Maurepas avait ordonné à la garde nationale de la montagne d’obstruer , au moyen de troncs d'arbre, de pierres, recouverts de terre , le sentier par où elle venait de passer, el de s’embusquer , et derrière ce rempart et des deux côtés du chemin. Les français , s’ils battaienten retraite, devaient être exterminés. Les femmes blanches et les . colons, réunis sur l'habitation Brossier, avatent jeté le découragement dans l'âme des soldats français déjà abattus par les défaites précédentes, en leur peignant les indigènes gomme des barbares inexorables. Dès qu'ils commencèrent leur

feu, Maurepas leur lança quelques boulets qui | répanditent parmi | eux une terreur panique. Jls-prirent la fuite ct furent poursuivis | avec acharnement par les chasseurs de la 9e, la plupart adroits He reurs et montagnards agiles. Qus:nd ils furent arrivés au lieu où. la garde nationale avait élevé un rempart, ils furent assaillis par un feu des plus vifs et périrent presque tous. En même temps, Réné. Vincent soutenait difficilement le choc de Débelle; ses soldats chancelaient ; il perdait du terrain; enfin, ses grenadiers culbutés par. limpétuosité française prenaient la fuite , quand Maurepas, vainqueur | de la colonne de gauche, voyant arriver dans son camp quelques : fuyards, lança pour He soutenir cent grenadiers frais ‘et dispos, avee une pièce de 4. Le combat fut rétabli Les français mitrail- | lés à bout portant, battirent en retraite en bon ordre , abandonnant le champ de bataille jonché de morts et de blessés.

Si la colonne de gauche avait fait la plus légère résistance sur le glacis de Brossier , Réné Vincent, culbuté, aurait été poursuivi par Débelle qui eût attaqué en flanc le général Maurepas et l'eût infailliblement vaincu.

De sen côté Bodin, retranehé à Pauleveau, avait vu fuir, aprés un combat des plus meurtriers, la seconde colunne qui rentra at commencement de la nuit, au Port de Paix, où elle rejoignit le. général Débelle. | | |

Nous devons nous rappeler que la première colonne de droite était sortie du Port-de-Paix pour attaquer .en queue le général Maurepas: Elle était de cinq cents hommes. Après avoir traversé l’habitation. Aubert, elle avait suivi le chemin du Gros Morne:, conduite par deux guides: Cadiac, colon blanc, créole du Port de Paix, et Colin, noir, de lhabitation Suberby. Elle s'était rendue à Chansolle, dite rivière Froïde , avait traversé l'habitation Merlé et était venue déboucher à Delaunay. Elle avait employé toute la journée à faire cette route, au travers de sentiers devenus presque impraticables par les eaux débordées des Trois Rivières et par les pluies qui n'avaient cessé de | de tomber avec abondance Quand elle atteignit Payette petite place où elle devait commencer son attaque contre Maurepas, il était nuit ; elle n'avait pu apercevoir pendant sa marche les signaux faits par Débelle qui, versle milieu de la journée, était retourné au Portde Paix. Maurepas apprenant Fapparition d'une nouvelle colonne sur ses derrières, n'ayant plus aucun ennemi à combattre, ni de front, ni sur ses “flancs, commanda à Nicolas Louis de se metire à la tête de. quarante grenadiers de la 9e et d’un bataillon des. milieiens de St Louis du Nord , commandé par Prudent, et d'aller combattre les français, A l'approche des indigènes, au ceptre de Ja nuit, les troupes européennes se retranchèrent dans la grande case de l'habitation Payette Petite Place, vaste maison entourée de murs. Nicolas Louis s'établit sur une éminence qui les dominait, Pendant toute lenuit

il tira sur eux: ils répondirent à son feu; de part et d'autre les

balles se perdaient. Les français étaient au centre de la montagne, “énveloppés de toutes parts. A la pointe du jour n’entendant pas le feu des autres colonnes dont ils ignoraient le sort, ils sortirent en

tirailleurs , de la maison, traversérent l'habitation Bion, et débouchèrent dans la grande ronte du Gros Morne, où ils se formérent en colonne serrée. Nicolas Louis qui les alonnait les attaqua des deux côtés du chemin, tantôt en tête, lantôt en queue ; et après chaque décharge de mousqueterie, il allait les attenire plus loin , au-traversde sentiers étroits recouverts d'arbres touflus. Dès qu ils reparaissaient, 1l les attaquait de nouveau. Ils répondaient au feu des indigènes, mais leurs balles se perdaient dans les feuillages. Les miliciens de la montagne, dispersés dans les buissons, les abattaient à loisir. Nicolas Louis prenant toujours le devant, au pas de course , alla s embusquer à une des Ron des Trois Rivières, le long du chemin. 11 laissa presque toute la colonne traverser le fleuve, sans l'inquicter;

“mais il en atlaqua la queue pendant qu'elle marchait encore dans

Peau. Une foule de français et de polonais, abattus par la fusillade, furent entraînés par la RÉTA du courant avec armes et, bagages:

Colin Suberby qui leur servait de guide fut tué au milieu du fleuve.

Nicolas prit encore le devant par des chemins de traverse, et alla

.se poster à la passe Aubert. Un feu vif et soutenu prit en flanc la

colonne française qui trayersa la rivière avec les plus grandes dif: ficultés. La ville du Port-de Paix, entendant la fusillade, envoya deux cents hommes à sa rencontre. . Nicolas ne jugea pas qu il fut prudent de les poursuivre plus loin. Il se contenta de mettre le feu aux cannes de Phabitation , pendant que les français les traversaient. Les flammes et la fumée mirent le désordre dans leurs rangs, et beaucoup tombèérent encore sous les coups des indigènes. Ils rentrèrent au Port-de-Paix, au nombre decent, protégés par le renfort qui était venu à leur rencontre. Ils étaient écrasés par la fatigue, couverts de boue et Ge sang, ayant la physionomie troublée, ressemblant à des hommes égarés.

Le 2 Ventôse (21 Février) Christophe fut assailli à Ennery par le général Hardy. Celui-ci enleva le bourg à la baionnette. Christophe

-céda le terrain pied à pied reculant devant des forces bien supérieures

aux siennes. Toussaint lui envoya l'ordre, des Gonaives , d'occuper

les mornes rocailleux et presque inaccessibles du Bayonnet, position

que la nature a fortifiée, en vue des hauteurs d'Ennery et dominant Ja ravine à Couleuyre.* Christophe s'y établit et couvrit la dreite de . la position que Toussaint venait de faire prendre à la Coupe-à-Pintade par le 2° bataillon de la 7e pour arrêter Ja marche de Leclerc sur les Gonaïives.

… * Leclerc dit dans ses bulletins: Le pays est rempli de diflicultés; je

&ai tien vu dans Les Alpes qui leur soit comparable.

Le général Hardy, faisant toujours talonner Christophe , lança contre lui, aussitôt après l'occupation de la vallée d'Ennery , la brigade

du général Salm. CGette

chasseurs fran

ÇAIS, Sans

brigade , quoiqu'elle fut déjà harassée de fatigue, marcha le reste dela journée du 24, toute la nuit qui suit, et atteignit le Bayonnet à la pointe du jour du 22 Février ( 3 Ventôse). Les troupes européennes s'avancèrent conlhe les indigénes au pas de charge.

Malgré le feu le plus vif de l'ennemi, les y répondre, grimpèrent avec une adresse.

et une agililé incroyables le long du morne du Bayonnet, en attei-

gnirent 1e sommet ,

et virent fuir devant eux, après un combat

très- sanglant, le général Christophe qui cependant avait déployé un rare courage , bravant la mort au premier rang de ses soldats, Le général Salm le poursuivit avec acharnement et dispersa ses soldats

au loin dans

les bois.

retira vers les Gonaives.

Voyant les français fondre sur lui de tous côtés , Toussaint, Lou-

verture épiait leurs manœuvres, et s'efforçait de "découvrir où Il

porterait sa

gne. Déjà Rochambeau, en possession de St. Michel, pouvait se di.

principale

I fit un butin considérable. Christophe se

attaque , le coup décisif de la campa-

riger ou sur les Gonaives par la savane Désolée, où sur l’Ester , et par l'une ou l'autre manœuvre, couper toute retraite à Ia. garnison des Gonaïvés sur l’Artibonite.

Instruit par ses émissaires de la directign qu'avait prise chaque

division f rançaise ,

Toussaint eut une de ces inspirations qui n'ap-

partiennent qu'au génie, et se idétermina, en sacrifiant les Gonaives, à arrêler la marche de la division Rochambeau , afin de terminer avec honneur cette campagne jusqu'alors si malheureuse. Vain= queur de Rochambeau à la ravine à Couleuvre, il avait l'espoir que: les français dont les pertes étaient déjà considérables , lui offriraient la paix. li se trouvait en présence du plus grand danger : car Sk

Rcchambeau a

le temps

de pénétrer entre l'Ester et les Gonaïves,

c'en est fait de lui; il se trouvera séparé des généraux Charles Bélair et Dessalines, pressé du côté de la Coupe-à-Piutade par Leclere en personne, du côté du Bayonnet par Hardy, et du côté de la savaue Désolée par Rochambeau. Resserré dans un demi-cercie ayant pour diamètre le rivage de la mer des Gonaives , il se trouvera réduit à mettre bas les armes, se livrant à la discrétion de lennemi, ou à se noyer dans la mer. Le plan de campagne de Leclerc eût été réalisé. S'il bat Rochambeau à la ravine à Couleuvre , et que les français ne lui offrent pas la paix, il favorisera la retraite de Vernet, des troupes et de la population des Gonaïves, de: sa femme et de toute sa famille, sur les rives de l'Artibonite.

Le général Rochambeau était déjà arrivé vers la gorge nommée la Ravine à Couleuvre.

et le Bayonnet à

à droite,

Ce défilé laisse la Coupe à l'Inde à gauche- Parti de St-Michel, il avait traversé Plata

La

HISTOIRE D'IAITI, (1802) . : 189 ma, Mamont, et s'était arrêté à Barade, à l'entrée du défilé, du voté de la montagne. 3 ventôse (22 février). Il était temps que “Joussaint marchât contre lui. L'ex-gouverneur confia le cemmandement des Gonaïves au général Vernet, laissa sous ses ordres le 2° bataillon de la 7e., le corps des Gasaques rouges, et un escadron de sa garde commandé par Morissel. Vernet, homme de couleur. ent pour instructions de combattre à outrance les français, d'arrêter leur marche et d'incendier la ville s'il se trouvait obligé de reculer devant la multitude des forces ennemies. Il envoya l'ordre à “Dessalines , qui était à St-Marc, d'incendicr cette ville, ainsi que les Verrettes, et de se retirer à la Petite-Rivière de l’Artibonite. 1 plaça en observation en avant des Gonaïves deux compagnies de dragons; et pour couvrir Cocherelle, habitation sur la route de la. Savane désolée, où étaient réunis son épouse, Isaac son fils, ses sœurs, les demoiselles Chancy ses nièces, 11 ordonna à Morisset d'occuper les avenues de l'habitation, à la tête d'un escadron. ‘I partit de Cocherelle à midi, avec 609 hommes de sa garde, dont 200 dragons sous les ordres de Monpoint, et 400 faniassins com: mandés par Magny. Be Cocherelle à la Ravine-à-Coulcuvre 1l existe “rois lieues; le chemin est beau et plat. Toussaint qui voulait occuper la gorge par laquelle Rochambeau devait déboucher dans la plaine, accéléra la marche de ses troupes, traversa le ruisseau de Lacroix , atteignit, à la chûte du jour, l'entrée de la Ravine. Li dis- “iribua des vivres et de la viande fraiche à ses soldats, et les laissa se reposer jusqu'à neuf heures dans la nuit. C'était le 22 février. A dix heures, après avoir fait sa prière , il ordonna d’éteindre tous les feux du camp, et pénétra dans la gorge. La Ravine à Couleuvre, dans la commune des Gonaïves, est un defilé très aride qui, traversant le quartier nommé Lacroix, débouche , au sud-est, dans là Savane désolée. Vers l'extrémité de la gorge, à l'endroit où vient se terminer le chemin de Mamont, s'élève le morne Barade, commandant le défilé dans toute sa longueur, et inexpugnable par ses fortiñications naturelles. Toussaint Louverture hàtait sa marche, au sein de la nuit, pour occuper ce point, s'y retrancher, et ailendre la division Rochambeau quil avait l'espoir d'exterminer dès qu'elle se serait engagée dans la gorge. A onze heures on l’entendit sécrier en se signant: Dieu tout-puissant! fais moi la grâce d’atteindre cette position avant l'ennemi; encore une demi-heure de marche. Mais Rochambeau, gutdé par un indigène, nommé Noël Lory, occupait déja Barade , comme on l'a vu. Sa division, forte … de 2,000 guerriers, superbes et intrépides, était composée d’un régiment de ligne et de la 5e. légère commandée par le colonel Rev. Il avait sous ses ordres le général de brigade Brunet et les ad- … judans-commandans Lavaleite et Andrieux. Toussaint n'avait à lui opposer que 1600 hommes, y compris les cultivateurs armés qui

l'accompagnaient. Les français n'avaient éprouvé aucune privation, et dans les quartiers qu'ils avaient traversés, de St-Michel à Barade, ils avaient trouvé des ombrages, des riviéres , des fruits, des vivres en abondance.

L'ex gouverneur marchait à la tête des grenadiers de sa garde. Il entendit tout à coup Île qui vive d'une sentinelle française. Ses yeux” brillérent avec inquiétude : Garde d'honneur du gouverneur, répondit-il lui-même. Feuf en avant ! ‘es troupes atteignent le pied du morpe , et montent à l'assaut. Plusieurs fois , elles parviennent au sommet de la position; mais les français, faisant pleuvorr sur celles une grêle de bailes, les renversaient de toutes parts. Toussaint n'en excilait pas moins Magny à ne pas ralentir ses attaques. Mais Rochimbeau échelonna le long des flancs du défilé plusieurs compagnies d'infanterie légère qui rent un feu plongeant sur Îles indigènes déjà en désordre au fond du ravin, cavalerie et infanterie. Après avoir soutenu le choc des en pendant toute la nuit, Toussaint batlit en retraite à- la pointe du u jour. Monpoint ouvrant. les rangs de son escadron, donna passage à l'infanterie. En même” temps les indigènes faisaieot sauter la poudrière de la Ravine à- Couleuxre, dépôt considérable de munitions, dont les français étaient sur le point de s'emparer. Toussaint déboucha dans la plaine de Lacroix, et ne put rallier ses L'oUpes que sur l'habitation Périsse, ! à une lieue de fa ravine. Il était plein d'agitation, il mit pied à terre et se saisit d'un fusil. Il se tourna vers ses soldats et leur dit qu'il prouverait aux français ce que peuvent les braves de sa garde. Il leur exposa que ce combat devait décider de leur sorti que vaincus, 1l8 seraient replongés dans l'esclavage , que vainqueurs 315 AT à jamais ire “liberté. Ils jurérent tous de vaincre ou de mourir. La plus énergique détermination était peinte sur Île visage de chaque soldat; et le cri de vive le gouverneur, éclataié dans les rangs. L'avait garde de la division française s'avançait” audacieusement ‘dans la plaine (23 Février.) Toussaint reconnut au premier rang le général Rochambeau Il établit aussitôt sa cavalcrie dans un chemin nommé Marie-Louise débouchant dans la savane, derrière une haie haute, longue et épaisse, afin qu'elle put fondre à l'improviste sur le flane de la colonne française, dès qu'elle atteindrait Périsse. Il se tint à la tête de sou infanterie rangée enbataille. Les grenadiers de la garde d'honneur, dès que les” français furent parvenus à portée de la mousquelérie, firent une terrible décharge, et,s'avancèrent à la bayonnette. Le combat s'engagea avec acharnement. Les français en colonne serrée se précipitèrent avec fureur sur les indigènes qui leur présentaient un front formidable. Gependant la baïonnette, arme terrible dans les mains françaises, faisait de grands ravages dans les rangs de la garde d'honneur. Celle-ci perdit du terrain culbutée par tant d'impétuosité. Elle

kr à

tommençait à fuir quand un jeune officier l'arrêta par ces mots : oubliez-vous voire serment ? oub'iez-vous que le gouverneur est au Milieu de nous ? Pendant ce combat à larme blanche, Toussaint s'aperçut que Rochambeau n'utilisait pas les avantages de sa force numérique. I échelonna deux compagnies d'infanterie le long des flincs de l'ennemi. Les français lombèrent en grand nombre sous le feu de nos chasseurs, adroits tireurs. Lui-mème, au centre

supportait le choc de la masse ennemie avec une prodigieusé intrépidité. La lutte continua avec la plus grande opintâtreté de part et “d'autre. L'on se fusillait à bout portant; les sabres, les baïonnettes s’entre croisaient; le earnage était horrible. Les français gagnaient toujours du terrain, malgré la ténacité des indigènes. Si Rochambeau avait eu de la cavalerie, Îles troupes de Toussaint auraient été anéanties. De part et d'autre il n'y avait pas d'artillerie. Des cris de victoire sortirent des rangs français.” Toussaint bouillant dei colère, voyait la fortune se tourner contre lui. Armé d'ua fusil, il main- “icnait à grand peine devant l'ennemi $ses soldats qui: chancelaient. Dans ce moment suprême, Î Monpoint demeurait cependant immobile à la tête de la cavalerie. L’ex-souverneur indigné de son maction se transporte auprès de lut, Lui fait de vifs reproches et lai commande de charger. Monpoint hésite; Toussaint le pousse de la “main avec violence et le frappe de sa canne. Monpoint, le désespoir dans l'âme, s'élance à la tête de ses dragons, et cherche la mort dans les rangs ennemis. Il perce avec impétuosité les bataillons français, et sépare leur avant garde de leur corps principal. Il se “précipite avec cent de ses dragons sur leur centre ébranlé, charge avec vigueur, pendant que le reste de Ta cavalerie sabrait dans 1à savane l'avant-garde française qui s était presque débandée. Le centre de la division # ançaise se replia sur la Ravine à Couleuvre, où vinrent se rallier les soldats de l'avant garde.*

Toussaint demeura maître du champ de bataille. Il avait perdu 300 hommes tant dans le défilé qu à Perisse ; les français enjavaient perdu 200 environ. Il tomba en son pouvoir une trentaine de pri: sonniers. Il employa le reste de la journée à donner là sépulture Aux morts, et des soins aux blessés. Il passa la nuit du 23 au 24 Février sur le champ de bataille faisant épier les mouvemens de Rochambeau, et attendant, pour agir, des nouvelles des Gonaives.

Pendant cet intervalle la division Desfournaux, s'établit en avant d'Ennery où le général Hardy avait réuni Loute Isa division. Elle suivit la grande route des Gonaïves (22 Février). Le unes Leclerc commandait en personne ce corps d'armée. Le chef de bataillon Marinier , officier noir, à la tête de 600 hommes de Ai 1e, avait

-* Dans son bulletin, Leclerc rapporte que Îles troupes de Toussaint sébattirent bien, mais ‘que tout céda à l’impétuosité française.

dressé une enibuseade à l'entrée de la Coupe à-Pintade, au miliet

du grand chemin, près de Poteau. Le lendemain, 23 Février (4 Ven-

tôse), l'avant. garde française, tombant dans l’embuscade, fut rejetée sur le gros de l'armée dont la marche fut un instant arrêtée. Desfourneaux soutenn par la brigade Desplanques et la division Hardy, fit battre la charge et enleva l'embuscade, aprés avoir perdu plus de 300 hommes. Les français furent étonnés du courage opimiâtre des indigènes dans cette affaire. Le même jour la brigade Salm et la division Hardy s'établirent au Poteau. Marinier se retira en

bon ordre à l'entrce des Gonaïves, au pont des Dattes. Il y trouva .

Morisset avéc son escadron. Les généraux Hardy, Salm et Pambour débouclérent de leur côté sur la route du Châtelain pour faire leur jonction javec le capitaine général aux Gonaïves. Ils culhutèrent le bataillon des Casaques rouges sur la ville. Hardv atieignit sans obscle le pont des Dattes. Là s'engagea un nouveau combat. La Te retranchée dans une forte position, soutenue par l'escadron de Morissel, contint l'ardeur de la colonne française qui, sans cavalerie, recula devant la valeur impétueuse des dragons de la garde d'honneur. Morissel laissa Marinier dans ses retranchemeus des datles et vola au secours de Vernet qui défendail héroïquement l'entrée des Gonaives contre Leclerc en personne. Douze mille hommes, depuis fa pointe du jour, s'efforçaient de pénétrer dans ceite place dont les approches n'étaient défendues que par 1,400 hommes. Morisset

fi une charge brillante et repoussa les Français jusqu à la Tannerie"

Vernel, entouré de tant de forces , perdant inutilement de braves SoIdARS, à la défense d’ une place qui il serail toujours s contraint d abandonner à l’opiniâtreté d'un ennemi dix s supérieur én nombre, commanda l'évacuation. La ville fut livrée aux flammes; et: pendant que les femmes, les enfans, les victilards emportaient dans

des chariots leurs objets les plus pré cieux, Morisset, par des ebar-

ges désespérées, Ton la marche des Français qui eussent vouu sauver la ville d'un en:brasement général, pour trouver des abris contre Îles ans brälans du solcil. Leclerc déploya la divi-

sion Desfourneaux dans la plaine. Les casaques rouges , la cavalerie

iudigène , le2° batailion de la 7e, se voyant sur le point d'être eñveloppés, gagnérent le nrorue Grammont , Où Vernet rencontra Ma-

damc Lourverture, ainsi que toute la famille de l'ex-gouverneur, qui.

avait abandonné Cocherelle. Leclerc prit possession d'une ville en cendres, 5 Ventiôse (24 février). Ses soldats n'en jetèrent pas moins

des cris de victoire. , De Grammont, Morisset entendit ces acclamations joyeuses. H s’éeria : Quoi! après tant de défaites, 1ls ont l'au- .

dace de chanter victoire! I s’élança sur son cheval, et dit à ses

compagnons harassés de fatigue : que quinze intrépides dragons me suivent. Tout. l'escadron l'entoure avec empressement. Il traversa …

le morne Grammont, et arriva au cimetière près du blockhaus.«

Les troupes françaises avaient mis leurs armes en faisceaux”, et se livraient au repos. La nuit était descendue sur la ville. Il se précipita sur un bataillon européen et en fit un affreux carnage. Il retourna à Grammont, emportant un drapeau qu'il avait enlevé à l'ennemi. Pendant la nuit, le général Christophe fit sa jonction àvee Vernet.

HS prirent l’un et l'autre la route dn pont de l'Ester. Ils firent

acheminer sur les Cahos les femmes et les enfans qui avaient évacué les Gonaives. Vernet avait perdu dans ces divers combats 200 hommes des Gasaques rouges, 300 hommes de la 7e, et de l’escadron de Morisset il ne restait plus que 60 dragons. Il expédia à Lacroix un courrier qui annonça à Toussaint. l'incendie et l'évacuation des Gonaives, et sa retraite opérée sur le pont de l’'Ester. Toussaint partit de Lacroix él l'atteignil avec précipitation. Il envoya Magnÿ avec une partie

“de sa garde d'honneur à la Petite-Rivière de l’Artibonite. Pourcely,

homme de couleur, alla camper avec le reste de ses troupes, sur Phabitation Marchand. Les quelques prisonniers faits aû combat de Lacroix, et les blancs arrêtés aux Gonaïives , furent eonduits à la Petite-Riviére de LArtibonite. Ils furent livrés à un détachement qui les emmena à la Verdure, habitation voisine du‘bourg. On les fit tous égorger en disant: Nous n'avons pas assez de provisions

“pour nourrir nos soldats; comment ferions-nous pour entretenir ceux

qui viennent nous détruire. ve

Toutes communications entre Toussaint et Maurepas furent intercepiées par l'entrée des français aux Gonaïves. Le vieux général Dugua pensa que cet événement aménerait la soumission de Maurepas et {a fin de la campagne. Mais les français avaient des luttes encore bien plus sanglantes à soutenir. En demeurant maitre du champ de bataille de Lacroix, près de la Ravine-à-Couleuvre, Toussaint sauva d’une ruine complète le principal corps de son armée, sa famille et lui même. Etant sous le coup d’une mise hors là loi, ïk eût été infailliblement fusillé sans jugement avec ses principaux partisans, s'il avait été fait prisonnier. | :

Rochambeau s'étant aperçu qu'il avait abandonné Périsse, déboucha dans la savane Désolée, et se rendit aux Gonaïves auprès de Leclerc. Mais sa proie lui avait échappé. | - + Le jour qui suivit son entrée aux Gonaives, 6 Ventôse (25 Février} Leclere apprit que Débelle avait été repoussé par Maurepas. Il ordenna à Desfourneaux d'aller vecuper le Gros-Morne, et à Rochambeau de se porter sur le pont de l'Ester, de pousser des reconnaissances sur sa gauche et sur sa droite, pour avoir des nouvelles du général Boudet et de la retraité de l'ennemi.

Pendant que Leclerc assaillait les Gonaïves, le général Boudet,

campé au Montrouis, s'ébranlait pour marcher sur StMarc. Il ordonna au lieutenant colonel Valabrègue qui avait pris possession de + ° , # . e e 4 Q É ? .

V'Arcahaie, d'opérer sa jonction avec Lui, Valabrègue partit de l'Ar- Ar; \ : j ;

sur les bords de l’Artibonite pour opérer sa jonction avec Lecleré.M

A9 HISTOIRE D'HAITI.——(1802) cahaie le 4 Ventôse (22 Février), tomba dans plusieurs embuscades dressées par les cultivateurs, et éprouva des pertes considérables. Les français, suivant la route de Montrouis, au milieu du jour, avaient un sol brûlant sous les pieds, un soleil ardent sur [a tête. La chaleur, la fatigue les accablaient tellement que beaucoup se coucharent avec insouciance sous les arbres, et se laissaient massacrer par des culiivateurs que Charles Bélair avait armés. Valabrègue attéigmit Boudet, au milieu de la nuit, et la division française se mit en marche. Elle rencontra un poste que les indigènes occupaient non loin dé Montrouis. Eile l'attaqua afin d'ouvrir le chemin qui conduit à St: Marc. Eïlé fut deux fois repoussée; Boudet fut obligé de faire car nonner cette redoute pendant une partie de la matinée du 23 Février. Les indigènes ne pouvant résisier à l'artillerie, abandonnèrent latposilion et se repliérent sur Si.Marce. Boudet laissa ses troupes sé reposer le reste de la journée et toute la nuit qui suivit, Dès l'aurore, Ja division reprit sa marche ; elle vit s'élever devant elle , le long du chemin , des flammes qui dévoraient de superbes habitations. En même temps, Dessalines réunissait sur plusieurs points de la ville de Si Marc, des barils de goudion, de résine, des tonneaux” de tafia, de rhum et d'huile. 1 avait fait allumer un bûcher au centre de la grande place, et les soldats de la 4° étaient tous armés de torches de bois pin. I! disait aux noirs et aux hommes de cou= leur de ne laisser aux français que des cendres et des cadavres de blancs. En effet on massacra tous les blancs; et les femmes etles enfans indigènes se retirérent dans les mornes, escortés par lés dragons de la garde nationale, là plupart hommes de couleur. Dans le quartier de TlArtibonite presque tous les mulâires avaient em-" brassé la cause de Toussaint Louverture. ” Dessalines se saisit d'une torche, s'avança, accompagné du chef d'escadron Bazelais, son aide de camp, vers sa demeure dont la cons-« truction et l'ameublement fui avaient coûté un million de francs, y pénétra, et y mit le feu de sa propre main. L'incendie se propaz . gea avec rapidité dans tous les quartiers, et la ville fut réduite en cendres en quelques heures. Le lendemain Charles Bélair livra aux flammes le bourg des Verrettes. Le 6 Ventôse (24 Février) Boudet… entra à St.-Marc, sans coup férir. 11 n'y trouva pas’ une âme. AN chaque pas le soldat français était arrêté par de nombreux cadavres“ blancs dont les rues fumantes étaient encombrées. Boudei fit donner” la sépulture à tous ces corps, et logea dans les forts une partie“ des troupes de sa division. Il poussa des reconnaissances jusque“

Mais il ne rencontra sur les rives du fleuve , ni troupes françaises, | ni troupes indigènes. Il retourna à St Mare d’où il expédia un navire aux Gonaiyés pour s'assuter si le capitaine général y était entré. Dessaiines s'était retiré à la Petite Rivière de l’Artbonite où il PONTS.

Histoire D’xaiti.=(1802) 19ÿ

rencontré Lamartinière et Larose. Le 7 Ventôse (26 Février) Leelerc apprit que Boudet était en possession de St-Marc. Il se résolué à porter toute son attention sur le général Maurepas qui seul jusqu'alors avait battu toutes les colonnes qu'on avait dirigées contré lui Le capitaine général ordonna à Hardy de se rendre au Gros- Morne avec cinq compagnies de grenadiers et huit cents hommes de sa division. Il y ajouta une compagnie de cent hommes de sa “garde. Le 26 Février il marcha en personne avee toute sa gardé d'honneur , et s'établit, à onze heures du soir, à 2 lieues du Gros- Morne. Il avait le projet de s’avancer à la tête de la division Desfourneaux, et de quinze cents hommes de celle de Hardy , jusqu'à 2 lieues du quartier général de Maurepas, pour Fl'attaquer le 28 au point du jour, de concert avec Débelle qu'il avait prévenu de cette manœuvre.

Pendant cet intervalle, le capitaine Gourdon, commandant les forces navales du Port de Paix, expédiait, d'après les ordres de l'amiral Nillaret Joyeuse, la frégate la Furieuse pour le Môle St-Nicolas. Au Moment quelle allait parür, une députation des habitans blancs, noirs et jaunes, de la commune de Jean Rabel, arriva au Port-de-

“Paix, apportant une pétition signée d'un grand nombre de citoyens qui offraient de se soumettre sans résistance, et demandaient quelques troupes afin qu'ils pussent, secondés par elles, faciliter l'en trée de la frégate au Môie. Le général Humbert accueillit favorablement la pétition, et fit embarquer, sur la Furieuse , ecut hommes d'artillerie de marine que la frégate, en passant, devait déposer à Jean Rabel. LUS ne | |

A deux lieues de Jean-Rabel, village pittoresque, situé au miliew d'une vallée fertile, s'élevait, sur le rivage de la mer, un fort de gazon qu'occupait le sous-leutenant Alain, a la tête de la 8e compaguie du 3e. bataillon de la 9e. Un fort détachement de cette demi-brigade était cantonné au village. Dés que la Furieuse se présenta en vue de la fortification , les habitans de Jean Rabel, connaissant les sen timens du sous-lieutenant Alain qui neût jamais livré la redoute, énvoyèrent pour le remplacer le capiiaine Louis Etienne Golart ; commandant du détachement de la 9e. Golart était un. ennemi linplacable et de Toussaint Louverture et de Maurepas. Son frère, Bubin Golart, noir, avait commandé, sous Toussaint ; le 2e batail- “on de la 9e., avant la guerre civile. Quand la lutte éclata entre oussaint et Rigaud, il embrassa la cause de ce dernier. Mais vaincu par Maurepas, aïors colonel, il s'était réfugié dans les montagnes de Jean Rabel. Dès qu'il apprit les dispositions des habitans dé Jean-Rabel en faveur du nouveau gouvernement , excité par la “häine et la vengeance , il sortit de sa retraite, entra au bourg, se “mit à la tête de son ancien bataillon , et prit le commandement “de la commune. Il se rendit au fort du rivage qu'il trouva occupé

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par cent hommes de troupes de marine. Ceux-ci furent conduits à Jean-Rabel dont la garde nationale avait été réunie. La frégate Wa Furieuse , commandée par le capitaine Topsent, continuant sa route, entra au Môle St-Nicolas, sans Coup férir, aux eris de wive la France, que poussait la population rangée sur le rivage. Les français y trouvèrent un matériel de guerre considérable et des lettres de Toussaint adressées au commandant de la place, aussiiôt après l'arrivéé . de l’armée expéditionauire, par lesquelles 1] demandait avec instances l'imprimerie, tous les fusils et pistolets qui se trouvaient dans les magasins, quatre pièces de 24 et deux moriiers. Lubin Golart se résolut aussitôt à marcher contre Maurepas, son ennemi personnel, à Ja tête des cultivateurs, tous noirs, de la commune de Jean-Rabel. Il déclara qu'il voulait avoir la gloire de l'arrêter lui-même, et la satisfaction de Fécorcher vif. Maurepas ap prit par le sous lieutenaut Alain, qui s'était refugié auprès de lui, les projets cruels de Lubin Golart. Les éclaireurs de la 9e. vinrent aussi annoncer que le général Desfourneaux occupait le Gros- Morne, que les communications avec Toussaint étaient interceptées, et que Débelle allait marcher avee une nouvelle division contre le camp des Trois-Pavillons, par le grand chemin du Port de Paix. Mau: repas reconnu quil serail attaqué en tête par Débelle, en queue par Desfourneaux , et en flanc par Lubin Golart. Ce dernier ennemi était, plus que tous les autres, redouté du général indigène. Lubin Golart, créole du quartier du Port de Paix, connaissant les sentiers tournans el les gorges les plus profondes de la montagne, eût dé. couvert Maurepas dans n'importe quelle retraite. Enveloppés de toutes parts par l'ennemi, les partisans de Toussaint résolurent de se sou-# mettre. Le 7 Ventôse (26 Février) Maurepas envoyæ, au Port-de- Paix, unde ses aides-de came auprès de Débelle qui-accepta avec empressement la soumission du général indigène. Le français lui proposa le jour même une entrevue au porlail de la ville, Maurepas accompagné du colonel de la 9e., Bodin, homme de eouleur, du chef de bataillon Réné Vincent, noir, et de quelques autres officiers , se rendit au lieu du rendez-vous. Débelle ne tarda pas à y arriver monté sur un beau cheval qui caracolait avec fierté. Il mit pied à terre et demanda où était le général Maurepas. . Celui erse présenta devant fui, non pas en vaincu, mais en vainqueur que de malheureuses circonstances contraignaient à se soumettre. Vous aurez à entrer en ville sur le champ avec “outes vos troupes , lui dit Débelle. — Général, répondit Maurepas, mes soldats sont épars dans la mon-« tagne; Je ne pourrai les réunir à l'instant, accordez-moi 24 heu“ res. Débelle feignit de ne l'avoir pas compris. —Quelle est la force | de vos troupes, lui demanda Débelle ? — 800 hommes de la 9e.“ autant de la garde nationale, et 4,000 cultivateurs irréguliers , am pluparé sans armes. — C'est impossible, sécria Débelle; si peu

de troupes n'eussent pu résister à a valeur française. — Il devint agité; la rougeur couvrit son front.— Je vous réitère l'ordre d'entrer en ville sur le champ. Maurepas refusa formellement de lui obéir. Je suis votre supérieur, répliqua Débelle. —Maurepas résistait “toujours avec calme et dignité. Débcile vaincu par la ténacité de Pindigène, lui accorda les 24 heures demandées. La perfidie européenne avait. fait naître la défiance dans l'âme de Maurepas, qui eraignait de tomber , sans défense, sous les coups des français. Le lendemain , (27 février), il licencia ses 4.000 cultivaleurs, ainsi que là garde nationale, et descendit de la montagne, à la tête de la de, tambour battant, enseignes déployées. I vit 3,000 hommes dé troupes blanches, rangés en bataille dans la savane qui s'étend “l'entrée du Port de Paix. El entra en ville à la tête de ses soldats qui agitaient leurs drapeaux tricolores en chantant la Marseil- “aise. Débelle Fur commanda de prendre sa ligne de bataille Le long du rivage , visà-vis de plusieurs frégates dont les sabords étaient ouverts. Les indigènes erurent à leur. dernière heure; et déjà la détermination de mourir héroïquement jusqu'au dernier s’exprimait sur leurs visages, quand Débelle ordonna de leur distribuer [a ration. ’

Lubin Golart, suivi d'une masse considérable de cultivateurs demandant la tête de Maurepas, etait déja arrivé sur l'habitation Lacorne. Guédon. Il y apprit la soumission de son ennemi. Il entra dans une violente fureur, dit quil avait perdu le fruit de la rapidité de. sa course. |

Le 28 Février, Leelerc., de son côté, se disposait à faire attaquer

Maurepas par Desfourneaux, quand un courrier vint lat annoncer ‘sa soumission. Li s'en montra joyeux. I lui expédia l'ordre de venir le joindre au Gros Morne, et renvoya aux Gonaïves les 800 hommes de la division Hardy.

Comme Toussaint combattait toujours les français avec acharnement, Leclerc, pour porter ses partisans à la défection, accueillit le général Maurepas, au Gros Morne, avec distinction, le maintint dans sow grade de général de brigade, ct lui confia le commandement du Port-de- Paix. Débelle vint au Gros Morne avec deux bataillons “de la 9e coloniale. Delà, il en achemina un sur Plaisance où devait se rendre le généra! Desfourneaux. Lui-même partit pour les Gonaives avec le 3e batailion du même corps, commandé par le colomel Bodin. Leclerc trausporta son quartier: général aux Gonaïves. Il adressa des félicitations à toute l’armée expéditionnaire, et particulièrement aux 5e, 11e, 19e lésères, et aux 84e et 68e de ligne. Il signala au ministre de la guerre comme s'étant bien conduits, Île chef de brigade Grandet, de la division Desfourneaux, l’adjudant commandant Desplanques qu il nomma général de brigade, le général Salm, de la division Hardy ; le général de brigade Brangt. les

adjudans commandans Lavalette, Andrieux, et le chef desbrigade

Rey, colonel de la 5e légère, de la division Rochambeau. Entune

campagne de moins de dix jours, l'armée de Toussaint avaitmété

PRES. et culbutée au delà du pont de l'Ester, vers l'Artibonite. En même lemps le général Pamphile de Lacroix , ignorant les

événemens de lArtibonite et du Nord, s attendait série à être

attaqué par Dessalines. On avait intercepté deux lettres qui venaient

de lui être livrées, saisies sur le capitaine Chancy , homine de couleur, néveu de Toussaint, qui avait élé arrêté dans les mornes du Peut Goûve. Chancy, n ayant pas fait rencontre avec Dessalines’,

s'était efforcé d'arriver à Jérémie auprès de Dommage. Ces etres avaient été écrites par l'ex gouverneur , alors qu il venait d apprendra |

que le général Boudet avait pris le Port- Républicain. Liberté , | | Egalité.

Au quartier-général des Gonaïves ets pluviôse , am nr 040$ 1:68 février 1302.)

Le Gouverneur-Général, au général Dessalines, commandant en chef l’armée de l'Ouest. |

Rien n'est perdu, citoyen général, si \vous pouvez parvenir 2

. gnlever aux troupes de débarq: ement les ressources que leur offre le PortRépublicain. Tâchez, pa ious les moyens de force et

d'adresse, d'incendier cetie place ; elle est construite ‘en boiss “uk

ne s'agit ‘que d'y faire entrer q' relques émissaires fidèles. Ne s’en

irouvera-t-il done pas sous vos ordres d'assez dévoués pour rendre”

ce service ? Ah! mon cher général, quel malheur qu'il y ait eu un

traître dans cette ville, et quon n y ait pas mis à exécution vos

ordres et les miens ; guettez le moment où la garnison s'affaiblira

par des expéditions as les plaines, et tâchez aigrs de es

et d'enlever cette ville par ses derrières.

N'oubliez pas qu'en atiendant la saisen des pluies qui doit nous

débarrasser de nos ennemis, nous n'avons pour ressources que da

destruction et le feu. Songez qu'il ne faut pas que la terre, bai-

gnée de nos sueurs, puisse fournir à nos ennemis le moindre ali-

ment. Carabinez * les chemins; faites jeter des cadâvres et des” chevaux dans toutes les sources ; faites tout anéantir ét tout brûler,

our que ceux qui viennent pour nous remettre en esclavage ren-

contrent toujours devant leurs yeux l'image de l'enfer qu ils méris

tent. Salut et ‘amitié.

Toussaint LOUVERTURE.

# Obstruez, sobres

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