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HISTOIRE D'HAITI.—(1607). 199> j Liberté , Egalité.
Toussaint Louverrurt, Gouverneur de Saint Domingue, au citoyen Dommage, gén‘ral de brigade, commandant en chef l'arrondissement de Jérémie. ‘dr
Au quartieregénéral de St. Marc, le 20 pluviôse, an 10, __ (9 février 1809).
… J'envoie auprès de vous, mon cher général, mon aide-de-camp “Chancy. Il est porteur de la présente, et il vous dira de ma part “ce dont. je l'ai chargé. Les blancs de France et de la colonie, “réunis ensemble, veulent nous ôter la liberté. Il est arrivé beaucoup de vaisseaux , et des troupes qui se sont emparées du Cap, du Port-Républicain et du Fort Liberté. Le Cap, après une vigoureuse résistance a succombé ; mais les ennemis n'ont trouvé qu'une “ville et.une plaine en cendres; les forts ont sauté et tout à été incendié. La ville du Port Républicain leur a été Hivrée par le traître général Agé, ainsi que le fort Bisoton qui s'est rendu sans coup. férir, par la lâcheté et la trahison du chef de bataillon Bardet ancien oflicier du Sud. Le général de division Dessalines maintient “ans ce moment un cordon à la Croix des Bouquels, et toutes nos autres places sont sur la défensive. Comme la place de Jérémie. est très forte par le$ avantages de la nature, vous vous y main: miendrez et. la défendrez avec le courage que je vous ‘connais. Méfiez vous des blancs; ils vous trahiront s'ils le peuvent :: leur désir bien. manifeste est le retour de l'esclavage. | … Enconséquence, je vous donne carte blanche; tout ce que vous ferez: sera bien fait; levez én masse les culiivateurs, el pénétrez les bien de “cette vérité qu'il faut se méfier des agens adroits qui pourraient “avoir recu secrètement des proclamations de ces blancs de ‘France et qui les feraient circuler sourdement, pour séduire les amis de
la liberté. *
- Je donne ordre. au général Laplume de brûler Ja ville des Gayes, les autres villes et toutes les plaines; et dans le cas qu'il ne pourrait résister à la force de l'ennemi, alors toutes les troupes des différentes garnisons et les cuitivateurs aient vous grossir à Jérémie; vous. vous entendrez parfaitementavec le général Laplume pour bien faire les choses; vous emploierez à planter des vivres en grande quantité toutes les femmes cultivatrices.
* Depuis l’arrivée de l’armée française, Toussaint appelait les hommes dé couleur, les amis de ja liberté. ‘I! disait à ses lieutenans que les mulâtres avaient disputé aux noirs la prépondérance politique, mais qu'en Trésence de la tentative du rétablissement de l'esclavage, ils sacrificraient leur ambition , et ne feraient pas cause commune avec les blancs.
° 2oG | HISTOIRE D'HAITI.—(1502)
Tâchez autant qu’il sera en votre pouvoir de m'instruire de votre position. Je compte entièrement sur vous, et vous laisse maître de tout faire, pour nous soustraire du joug le plus affreux.
Bonne santé je vous souhaite,
Salut et amitié, Qi Toussaint LOUVERTURE.
Aussitôt qu’on lui eut remis ces lettres , le général Pamphile de Lacroix, ignorant que Dessalines fut à la Petite Rivière de PArti-w bonite, établit des embuscades dans la nuit du 8 au 9 Ventôse (du 26 au 27 Février, } entre le Pont Rouge et la porte St. Joseph. Le contre-amiral Latouche Tréville descendit en ville avec les deux tiers de ses équipages et vint renforcer la garnison. A chaque instant, pendant la nuit, les français s’attendaient à l’arrivée de Dessalines. Le feu prit par accident dans une des cases de la plaine du Culde-Sac; les flammes furent aperçues du fort National qui commande toute la ville. Dessalines! Dessalines! s’écria t-on de toutes parts, aux armes! La garnison, la garde nationale, les marins, se rangèrent sur les remparts. La place ira ure partie de fa nuit sur la plaine; les cultivateurs étonnés fuyaient au loin cherchant un abri contre les boulets. La garnison de ‘Ia Croix-des Bouquets entendant gron=" der le canon se ünt sur la défensive. Au jour, les français ne découvrant pas l’ennemi se glorifiaient de Icurs suecès ; Pamphile de Lacroix se montrait heureux d’avoir sauvé le Port Répubheain d'un coup de main, quand un courrier, arrivant de Ha Croix-des- Bouquets, annonça que Desalines n'avait pas apparu dans la plaine qui élait en parfaite soumission. Le capitaine {hancy , porteur des deux lettres incendiaires qui avaient été interceplées, attendait la mort dans les cachois du Port Républicain. Pour le sauver, plusieurs officiers indigènes qui servaient dans l’armée française , déclarèrent au général PBamphile de Lacroix quil avait été maintes fois persécuté par l’ex-gouverneur , à cause de sou dévouement à la métropole, et” qu'il n'aurait jamais consenti 4 se charger d'un tel paquet s'il en avait connu le contenu. Ils ajoutèrent que peu de mois avant larrivée des français, Chancy avail élé emprisouné pour ses opinions « françaises, Chancy avait été réellement emprisonné , mais ce fut. pour avoir séduit une femme mariée. Le général français trompé par cette fausse déclaration, mit aussitôt le prisonnier en liberté: * Rochambeau et Hardy étaient campés au Pont de l'Ester. Le capitaine général Leclerc leur ordonna de parcourir les montagnes des Cahos où s'étaient réfugices lesdames Dessalines, Louverture, Vernet, Gabart et une foule d'autres familles, d'atteindre ensuite le Mirebalais pour se porter sur les derrières de l’armée indigène qu'il voulait.
toujours tenir entre deux feux. . Toussaint, chassé, de la Petite-Rivière de l'Artibonite, devait être jeté sur les baïonnettes de Hardy ou dé Rochambeau. Celui ci i, nt HUE du général Rigaud, partit pour les grands Cahos le #1 Ventôse (?2 Mars), longeant M rivière du Cabœueil. Ii recueillit au morne à Pipe un grand nombre de blancs qui s y étaient réfugiés. Aux Cahos, commandait le chef de bataïlon Aïionan, homme-de couleur, très-dévoué à Toussaint, campé sur Phabitation Magnan avee une compagnie des miliciens de Dodard, ct trois compagnies de la 8e. Les français voulaient, avant d'atteindre le Mirebalais , semparer des caisses d'argent transportées dans la Montagne par ordre de Toussaint. Dès qu'il sut la marche des divisions Hardy et Rochambeau, au-travers des Cahos , Dessalines expédia au commandant Aignan, pour le renforcer, un bataillon de la 4e.
Pendant que ce bataillon parvenait au Grand Fond Magnan, la division Rochambeau, conduite par des guides indigènes, atteignait, par la source Michaud, le plateau de la montagne. Les cavaliers français, montés sur les chevaux du pays , gravissaient rapidement ces mornes presque inaccéssibles. La 4e. arrivant près de Magnan, au milieu de la nuit, et découvrant uue ligne de baïonnettes dans . le chemin qui conduit à cette habitation , crut que c’étail un corps “français. Elle ura sur la 8e., qui riposta vigoureusement. Pendant que les indigènes, se prenant mutuellement pour l'ennemi, s’en: tre fusillaient , les français passèrent au milieu d'eux , dans un ravin qui les séparait , parvinrent sur le plateau de Magnan, et s'y rangérent en bataille. À la pointe du Jour, Rochambeau lança sa cavalerie et ses chasseurs sur les miliciens de Dodard, qui, attaqués avec une vigueur Incroyable, furent rompus, sabrés et foulés aux pieds des chevaux. Une foule de femmes, de vieillards, d’enfans, éperdus, se précipitèrent dans de profonds ravins, fuyant une mort imminente. La 4e. et {a 8e., harassées par une nuit entière de combat, s'étaient reconnues au lever du soleil. Elles descendirent avec précipitation vers la plaine. Les soldats de Toussaint poursuivis, la baïonnelte aux reins , abandonnérent tous les bagages qui leur avaient été confiés. Quelquefois, pour arrêter l'acharnement des français , ils laissaient tomber devant eux les sacs d'argent dont ils s'étaient saisis dans leur fuite, et se dispersaient dans les bois. La plupart des prisonniers indigènes furent saeritiés par le soldat “européen qui, fatigué de carnage , se livra au pillage. Les femmes furent dépouillées avee une rage frénétique ; ces infortunées eurent les oreilles arrachées avec les boucles qu elles portaient ; elles furent mises entièrement nues, violées et flageliées. Pour une bague , un collier , un bijou quelconque , l’indigène , n'importe son âge ou son sexe, recevait la mort. Le général Rochambeau fit enlever les trésors des caisses nationales de St-Marc , des Verrettes, de la Petite-
Rivière et des Gonaïves, et les achemina aussitôt, sous la garde d’une: forte colonne, sur la ville des Gonaïves. Au milieu de ces scènes. de carnage, les dames Gabart, PDaut et Vernet, se précipitèrent aux genoux du général Rigaud, et lui demandèrent en grâce de less sauver. * Rigaud, les prenant sous sa protection, les mit à labmi de tout danger. 11 demanda à madame Gabart des nouvelles de Dessalines. Quand ïl sut qu'il était à la Petite-Rivière de l'Aruübo®“
nite, il dit: Je suis fâché de ne pouvoir lui parler ; car je luiau-«
rais fait comprendre les intentions du gouvernement français que ne veut que le bonheur des habitans de St-Domingue, et quine
fait la guerre qu’au traître Toussaint Louverture. Dés l'apparition
des Français sur le plateau du Grand fond Magnan, les dames Lous
verture et Dessalines avaient pris la fuite, et s'étaient retirées sur
l'habitation Vincendière, vêiues chacune d’une simple chemise. Den là elles se rendirent , au milieu de toutes sortes de dangerstet des
plus grandes privations, au Petit Cahos, près de St-Michel. * En” même temps, le général Hardy passait au fil de l'épée .600 culu= vateurs armés qu'il avait cernés dans une des gorges de la mon“ tagne. | . |
Un grand nombre d'écrivains ont avancé que les trésors particuliers de Toussaint avaient été enfouis aux Cahos, et qu'ils sy trou= vent encore. L'ex-gouverneur avait fa ‘transporter aux Cahos un
argent qui, en grande partie, ne lui appartenait pas. Nous venons
de voir que cet argent fut enlevé par Rochambeau. Quant aux trésors A
particuliers de Toussaint lui-même, beaucoup de.gens croient «encore:
qu'ils ont été enfouis dans le quartier d Ennery sur l'habitation Sansée:
Cependant on a vu qu'à l'arrivée des Français , -madame Louverture"
était entrée aux Gomaïves, accompagnée des sommes provenant des épargres de son mari. Tout porte à croire qu'il n'existe dans. la coionie- aucune somme enfoute par Toussaint. ‘Christophe , qui fut pus tard si puissant dans-le Nord et l'Artibonite, qui, en 4802, était initié à tous les secrets de l'ex-gouverneur, n'ajouta jamais foi à l'existence de ce trésor, et ne fit faire aucune fouille, ni Ennery, ni aux Cahos, pendant tout le temps de son règne despotique et civilisateur. | ÿ Le général Boudet , qui était toujours à St-Marc, écrivit plusieurs: lettres à Leclerc, l'exhortant à eutreprendre un voyage au Port:
* Rigaud était revenu, eomme on l'a vu, à St:Domingue , avec l’ar
mée expéditionnaire. Il combattait, ainsi que ses anciens frères d'armes,
avec acharnement, contre ‘F'oussaint Louverture.
##*-Dans les bulletins de l’armée française on lit gne Rochambeau fit ur butin considérable dans les mornes des Cahos. Ce rapport s'accorde par: faitement avec les traditions haïtienres, et le dire des anciens quivont gombattu les français , à cette époqte, dans le quartier :de : l’Artibonitess
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