‹ Histoire d'Haiti (volume 2)Chapitre 16 sur 47 · SE · texte numérisé non relu

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de ne découvrir aucun soldat, et de n’entendre aucun bruit. Dessalines avait ordonné à ses troupes de se coucher contre les murs. Appuyé contre une pièce avec Lamartinière et Magny , il suivait les mouvemens de l'ennemi. Les quatre cavaliers s'en retournèrent; l'un d'eux revint au galop, tenant une lettre entre ses doigts, ét demandant à la remettre au général Dessalines. Celui ci pour toute réponse fit pointer une piéce; feu! dit-il; et le parlementaire enlevé par la mitraïlle avait disparu. Aussitôt la division française sébranls ; la charge se fit entendre, et l'attaque commença. Les indigènes résolus à la mort, virent sans erainte s'avancer les troupes énnemies, dont les lignes enlevées par la mitraiïlle, se resserraient sans cesse, et altaquaient à la baïonnetlé avec une rare inmrépidité. Dessalines, le bras nu comme la lame de son sabre, * frappait de toutes parts, renversait tout ce qui se présentait devant lui, et attirait, par les brillans plumages qui couvraient sa tête, les coups des assaillans. ” Les français firent d'incroyables efforts pour pénétrer dans les redoutes. Un jeune officier parvenu au bord des Jussés lança son chapeau dans le fort, et s’éceria: suivez moi. Il franchit le fossé avec impétuosité atteignil les ep sur lesquels il fut percé de dix baïonneltes. Foudroyés par l'artillerie, les blancs furent culbutés, et le désordre se mit dns leurs rangs. Les indis gènes sortrent alors du fort, et les poursuivirent, la baïonnette aux reins. Rougissant de leur défaite, les grenadiers de Boudet se relournaient contre eux avec fureur; mais ils se précipitaient dans les fossés, mettaient à découvert les assaillans qu'écrasait le feu des redoutes. Pour achever le malheur des français, Ia cavalerie de la garde d'honneur , commandée par. Morissel et Monpoint, qui se tenait non loin du fort, s’élança dans la plaine, les chargea avec acharnement, rompit leurs rangs, les mil ea pleine déroute, les sabra met les:dispersa au loin. C'en était fait de cette divisien, si le général Dugua qui avait remplacé Débelle, sortant de St Marc avec le général * Léclere, ne s'était avancé vers les onze heures du matin pour Ja soutenir. Il rallia les fuyards. Le général Leclerc était parti du Port-Républicain, et était venu diriger lui-même les opérations du siège. Le général Pamphile de la Croix remplaça dans le com: mandement ie général Boudet qui avait eu, pendant l'action, le talon traversé d'une Balle. IL était midi quand le général. Dugua allaqua, à son tour, sous les yeux de Leclerc, à la tête de la 19e légère et de la 74e deligne, Ses soldats avaient juré de venger leurs frères, et d'enlever la Crête-à Pierrot. L’atmosphère était calme et brûlante ; le fer étincelait dans la plaine jonchée de cadavres. Jamais armée ne ge déploya plus de bravoure. et de discipline. que

* Avant 1840, l’auteur avait publié dans le journal l’Union, l'épisodg de la Crète-- Pierrot , son premier essai sur l’histoire d'Haïti.

cette nouvelle division. Elle maréhaitt : l'arme aux brag contre les

redoutes, En vain la mitraille la moissonnait : des lignes entière$ étaient enlevées, et le vide qu'elles laissaient était aussitôt rempli par des soldats qui semblaient sortir de terre, ‘et bravaient auda:

cieusement la mort. - La colonne toujours renaissante s'avançait/ at

pas de charge, sans être ébranlée ; et ceux des indigènes qui, n'és

coutant que leur br avoure, attendaient dans la plaine cette massen foudroyante, pour arrêler ça marche, étaient écrasés, comme les herbes

qu'elle foulait. Arrivée, à portée de fusil, elle fit une seule décharge; et

attaqua à la baïonneite avec une intrépidité prodigieuse qui vint sé briser contre le courage exaspéré des indigènes. La canonnade d&

fort fut si vive, que le sol en trembla : les échos én mukipliaiente

tellement le bruit, qu'il semblait qu'un autre combat se Hivrait dans les montagnes. La Crëte-à Pierrot, hérissée de fer, et enveloppéé M d'un nuage de fumée que le feu fendait sans cesse , résistait à Ces

assauts formidables. Cette impétuosité française se ralentit peu & peu; les trompettes sonnèrent la retraite ; et des cris de victoirém sortirent du fort lorsque la cavalerie indigène s'ébranla de nouveau «

pour sabrer les fuyards. Morisset, homme de couleur , ComMmMman-

dant du der. escadron de la garde d'honneur , se précipita ; dé la route des Grands Cahos, sur les français, ‘dans la savane d&

bourg. Il en fit un affreux carnage, et les poursuivit jusqu'au fond

Dame-Baptiste, à l'enirée de la Petite Rivière. Monpoint, noirs commandant du second escadron, s'élança de la chaîne Dame-Cités à)

chargea avec fureur, du côté opposé, et refoula à Delaunay un

grand nombre «e grenadiers européens qui furent tous lués à COUpS

de sabre. Au commencement de la journée, le général Boudet avait perdu 600 hommes ; et le général Düugua, Blessé de deux balles , venait d'en laisser 300 sur le champ de bataïlle. Gottereaus

noir , Capitaine-commandant des cultivateurs armés du voisinage, fit un grand nombre de prisonniers blancs, qui fureut sur-le champ

büionneités. Pendaut la déroute, Leclere reçut nne contusion au

bas-ventre qui lébranla tellement qu'il fut renversé ; il awraïtn

été sabré par les dragons indigènes, si le chef d’escadron Daltor ne l'avait emporté sur ses épaules, loin de la mêlée. Lamartinière

se fit livrer tous les prisonniers noirs et de couleur des 9:° ei 18:

coloniales , en disant: Je veux avoir la satisfaetion de détruire

Mmoimême ces misérables, ces tWaûtres, qui servent dans les rangs

français, contre la liberié de leurs frères. Il les fit périr, au mis

lieu d'affreuses toriures.

Désespérant d'enlever d'assaut la fortification, Leclerc se résolut à la cerner, et à la réduire par le bombardement et la famine. En attendant l’arrivée des généraux Hardy et Rochambeau, il se’ retira au bac du centre pour se refaire, Les divisions Dugua et Boudet se réunirent en une seule, et Pamphile de la Groix, le

seul officier général qui n'eut pas été blessé dans les deux derniers assauts, en prit le commandement. Cette division s'établit au nordouest de la Crète, entre la fortification et la Petite Rivière.

… Les indigènes victorieux rendirent les derniers honneurs à leurs morts, et passèrent la nuit qui suivit dans un profond silence. Le ciel était pur et étincelant d'étoiles. Au pied des remparts, un spectacle hideux s'offrit à leurs regards : des bandes de chiens dévoraient les cadâvres français qui gisaient çà et là. La plupart des guerriers détournèrent la vue de ces scènes horribles. Chacun frémit ét songea que le même sort lui était peut-être réservé. Quelques indigènes obtinrent de Magny d'aller brûler ces corps. Après avoir chassé ces animaux affamés de la plaine, ils placérent les cadävres par couches sur des bois desséchés. La flamme, montant en tour-

billons dans l’espace, répandit une odeur infecte qui s'imprégna

pour toujours dans les habits de nos soldats. Magny s'introdui-

sait dans les rangs , parlait à chaque guerrier, et le complimentait

de sa brayoure. Dessalines prenait un peu de repos; il était atteint d’une forte fièvre et d’une toux violente. Descourtilz , le naturaliste, que Madame Dessalines avait sauvé à la Petite-Rivière de PArtibonite, était prisonnier dans le fort. Comme il passait pour

médecin , on l'appela pour donner des soins au général indigène.

Il sortit de la fortification , accompagné de dix soldats, cueillit quelques simples devant eux, rentra dans la redoute , et prépara un thé, sous les yeux de Dessalines. Celui-ci, souffrant beaucoup, se montrait très- impatient de le boire. Cependant quand Descourtülz le lui présenta, il ne put vaincre la défiance profonde qu'il

“éprouvalt contre tout ce qui était européen. Il le jeta loin de lui

en disant : Blane, tu serais capable de mempoisonner. Vers Île milieu de la nuit il s’approcha de Lamartinière et lui dit: Je vais

“quitter le fort pour aller organiser les milices des communes voi-

$ines, et visiter les munitions que jai cachées à Plassac; examinez avec attention cet anneau’que jai au doigt; lorsque vous verrez un de mes officiers se présenter devant vous, el vous le mon-

“rer , alors vous opérerez l'évacuation. J avait remarqué combien

la petite éminence qui dominait, à l'est, la Crète-à-Pierrot, à une

légère distance, avait éié Aiuioie à l'ennemi pendant la hace

re attaque. Ily fit élever une redoute qu’il entoura de fossés,

dressa une batterie de trois pièces de Canon qu'il fit sortir da rand fort où il n'en resia que neuf. Ces deux positions devaient se prêter une mutuelle protection. Lamartinière prit le commandement de cette nouvelle redoute, à tête de 200 hommes. Dessalines s'élança sur son cheval et disparut suivi de Bazelais et du

commandant Roux , au milieu du Sifetent des balles des senti-

nelles françaises , S’indignant contre Laurette, son aide de camp , qui s'était rendu aux français PIQUE instans avant l'attaque di-

Cp.)

rigée par le général Dugua.: Néanmoins nous le verrons, quandh deviendra général eh chef de l'armée indigène, oublier , à ‘sons entrée ‘au Cap, la trahison de Laureite, et le reprendre dans ‘son éiat-majior. Il ne trouva pas de munitions à Plassac; comme nous l'avons. vu, le général Boudet, en marchant contre la Crète à Pierss rot, les avait fait sauter. Evénement malheureux pour Toussaint, car la Ee de la Crète.se trouvera privée de poudre, ce qui. hâtera l'évacuation du fort. é Le ve nn ouest des mornes des Cahos était parcouru dans toutes les directions par le général Hardy dont l'avantgarde était com mandée par le e général Salm.. Dessalines sorti de la Crète à Pierrot avait réuni un cent de cultivateurs, et avait eu l'audace, avec cette poignée d'hommes, de marcher à sa rencontre. Il se trouva sur. le rorne Nolo en vue du général Hardy. Le général Desplanques,; l'adjudant général Lalane et le colonel Vondor Weid, à la tête des” chasseurs de leur division, se répandirent dans les bois, chassérent Dessalines du Nolo, le poursuivirent le long des flancs de la mon“ tagne, et coupêrent ses communications avec la Crète à-Pierrot. Le général Salm surprit dans une gorge deux cents cultivateurs qui s'étaient enfuis de leurs habitations, à l'approche des français ; il les passa tous au fil de l'épée. La cavalerie de la garde d'honneur, craignant d'être enveloppée de toute parts par les nouxelles troupes qui marchai ent contre le fort, abandoava le voisinage de la Petite Rivière, et sefforça d'atteindre, soit Toussaint, Soit Dessalines. Quand la division Hardy arriva prês de la Crète, elle s'établit au pied du morne de lAcul du Parc, en avant du chemin des” Peuts Cahas, au Nord-Est de [a Crète. ï La division Fochanbeau, après avoir aussi parcouru les Cahos, avait suivi la rive tiroite de l'Artibonite, et était venue, le 22 Mars, prendre po “Es en avant de la Raque à Vaches, au Sud Est de la Crète, au pied dum morne de la Tranquillité, ayant sa droite appuyée sur la division Hardy” ctsa gauche sur FArübonite. Les grenadiers de cette division, ANTBÉS par la vengeance , deimaudaient l'assaut à grauds ceis. Mais Lecle Fe instruit par l'experience, euwvoya l'ordre à Rochambeau d'arrêter“ icur ardeur et de disposer des batteries pour commencer le Dome bardement: 1 avait fait twainer de St, Marc à la Petite-Riviére , une visgiaine dé piéces de canon, et plusieurs obusiers. Le 1% Germi= nal (22 M: ars), jour de son arrivée, Rochambeau érablit une batterie. de sept pièces, d'artillerie sur un point qui doiminait [à Crète, en. face de la redoute quo pa Lamartinère. Gelte nouvelle redoute. était protégée par un abatüs de bois de campèche. . Les divisions Boudet et Dugua, commandées s par le général Pamphile de Lacroix, étaient établies, ainsi qu'on la vu, en avant du bourg de la l'etite Rivière; elles avaient à leur droite le corps de Bourke, « au Sud-Ouest de la Crète, et à leur gauche, le général Hardy. Le À

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