LIVRE YINGT-SIXIÈME
Sommaire Leclere part de la Petite- Rivière de l’Artibonite pour St. Marc — Dé portation de Rigäud. IL est emprisonné en Francé, dans la forteresse de Joug. —Dessalines tente de forcer le Mirebalais; il est repoussé. — Les divisions de l’armée française , sortant de la Crète-à-Piérrot, se rendent à leurs destinations. —Rochambiau se rend aux Gonaives.—La division Boudet arrive au Port-Républicain.—Effet de la déportation de Rigaud sur ses anciens partisans. —Lamour Dérance devient hostile aux français—"Foussaint est retranché aux Cahos.— Description de la position qu’il occupe —If envoie à Boudet des paques pour le ler. Consul.—Hardy. se rendant au Cap, bat Christophe au Dondon.—
Il est ensuite battu par ‘Foussaint en personne. Toussaint établit un cordon, dit cordon du Nord ,. de la Grande-Rivière à la Marmelade —[{ en confie le com: mandement à Christophe — I établitson quartier-général à $t-Raphaël — Arrivée au Cap de fi division de Flessingue et de celle.du Hâvre— Le général Boyer est battu à Ste-Suzanne par Sans-Souci et Christophe.—{eclerc'retourie au Cap.—Martial” Besse soumet quelques révoltés de la Tortue.—Leclerc fait travailler à la reconstruction du Cap.—Départ pour Brest de l'amiral Villaret Joyeuse.— Dessa- Jines réorganise un corps d'armée dans la plaine de l’Aïtibonite.— Nouveau plan . de campagne de Toussaint —Son influence sur les masses est presque anéantie, Mésintelligence entre Dessalipes et Charles Bélair. — Christo] phe se dispose à se soumettre.—Sa correspondance avec Vilton, Leclere, "Hardy —Entrevue qu'il a avec Leclerc au haut du Cap.—Il livre au général Salm tout le cordon dw Nord.— Toussaint abandonné de Christophe , se déternine à se souméttre —$a correspondance avec Leclerc.—Dessalines conseille à Toussaint de ne nas se soumet.
“ tre —!Toussaint rejette ses conseils et se rend au Cap —Réception brillante qu’on lui
fait. —[l jure fidélité au neuveau gouvernement, —Adieux de Toussaint à sa gat-
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dé,—Il choisit pour sa retraite la vallée d’Ennery—Mort de Villate au Cap. —L'arrêté qui mettait Toussaint hors la loi est rapporté. —Les troupes coloniales qui avaient combattu sous les ordres de Toussaint sont dispersées sur différents points de l’ile-—Dessalines reçoit l'ordre de se rendre à St.-Mare; Lamartinière, au Port-Républicain.—Les troupes coloniales sont incorporées dans l’armée française.—[Les grades donnés par Toussaint, depuis l’arrivée de l'armée française, sont déclarés nuls.—Armes et munitions qu’on fait rentrer dans les villes du littoral.— Toute la eolonie est soumise, de Samana à Tibuton.
Leclerc , maître de la Crète-à-Pierrot, songea à rétablir ses eommunications avec, les villes qu’il occupait. Il ordonna aux différentes divisions de son armée de se rendre à leurs desuiriations, et partit pour St, Marc, après avoir laissé une forte garnison à la Crète-à-Pierrot. La division Rochambeau se rendit aux Gonaïves, celle de Hardy se dirigea sur le Cap, celle de Boudet, sous les ordres du général Pamphile de Lacroix, prit la route du Port-Républieain. ù Quand Leclere arriva à $t. Marc, il se résolut à déporter Île général Rigaud dont la présence dans la colonie pouvait être gênante, quand il s'agirait de rétablir la servitude. Quelques plaintes portées” contre lui par le général Lapiume qui commandait aux Cayes, fourhirent un prétexte au capitaine général. À l'arrivée de l'armée française des murmures sans importance s'étaient manifestés dans le voisinage des Cayes. | | | Les autorités constituées en avaient été extraordinairement effrayées. Laplume, et les colons qui formaient son conseil , écrivirent à Leclerc que le nom de Rigaud avait été prononcé par les mécontiens. Depuis la fin de la guerre du Sud , le général Laplume était en possession des meubles qui avaient orné la demeure de Rigaud, aux Cayes. Il se disait las des demandes de celui ci qui réclamait sans cesse, depuis son retour à St. Domingue, les objets qui lui appartenaient, Les mandataires de Rigaud n'avaient pu obtenir jusqu'alors la levée du séquestre que Toussaint avait établi sur ses biens. Boisrond Tonnère affirme dans ses mémoires* que Laplume fit savoir au général Leclere que Rigaud, depuis son re-… tour, lui adressait continuellement des lettres pleines d'arrogance,ne respirant que la haine la plus implacable, haine qu'il lui por-" tait à cause de son dévouement aux blancs, Laplume ajoutait que: tous ceux qui paraissaient redouter le rétablissement d'une préten-" due servitude parlaient de le mettre à leur tête. Leclerc, quoiqu'il n’i-« gnorât pas le dévouement de Rigaud à la France, se saisit avidement- ; F4 * Ces mémoires de Boisrond Tonnère, bien au-dessous, quant au style,” de ses iminortelles proclamations, sont presque en entier un panégyrique” do Dessalines, Ils forment une brochure d’une centaine de pages, 18
HISTOIRE D’HAITI.—(1802) as!
de ce prétexte pour Île déporter. Les indigènes, en général, Javaient accueilli, du reste, avec tant d'enthousiasme, que Rochambeau qui le détestait, comme presque tous ceux de sa caste, fit savoir au. général Leclerc que la présence de ce mulâtre dans POuest, ne pourrait qu'être nuisible aux intérêts français. Rigaud était devenu inutile au capitaine général qui ne s'était servi de son influence sur ses anciens partisans , que pour combattre avec succès Toussaint Louverture. Le 4” Consul ne l'avait renvoyé dans la co- Jonie qu'afin qu'il eût pu ramener les citoyens du Sud, sous les “drapeaux de la France, s'ils s'étaient prononcés contre elle, à Parrivée de l'expédition. Rigaud se serait efforcé de les eonvaincre que la métropole ne voulait que faire expier à Toussaint toutes les atrocités qu il avait exercées dans leur département après la guerre civile. | Le capitaine général fit appeler Rigaud qui ignorait tout ee qui se tramait contre lui, et lui dit: mon cher général, vous pouvez écrire à votre famille qui se trouve au Cap, qu'elle ait à s'embarquer pour les Cayes ; car vous devez m'accompagner dans le Sud que je vais visiter. Il y avait dans la rade de Si. Marc deux frégates , la Cornélie et la Guerrière. Rigaud fat d'autant plus heureux de celte courtoisie du capitaine général qu'il avait déja demandé l'autorisation d'aller régler des affaires de famille aux Cayes. It annonça par une lettre, à son épouse , la faveur dont l'honorail Leclerc. Celui-ci s'embarqua sur la Guerrière. Rigaud. fut conduit à bord de la Cornélie, après avoir embrassé, sur le rivage , un grand nombre des officiers du Sud qui étaient revenus de Si. Yague de Cube dans la colonie , sur Îles frégates lIndienne et la Créole. Rigaud é‘onné de n'avoir pas été conduit à bord de la Guerrière où était Leclerc, en demanda le motif au capitaine du. navire. Celui ci lui répondit sèchemeut qu'il était prisonnier et qu'ileût à remettre son épée. Rigaud, dans son indignation, aima mieux la jeter à la mer. que ia rendre. La Cornélie appareilla pour le Cap. Quand: elle arriva dans la rade de cetig ville, elle envoya ses chaloupes au rivage. On les chargea des objets les plus précieux qui appartenaient à la famillesdu prisonnier. Les matelots, pendant quils retourmaient à bord, remplirent leurs havresacs de l'argeni, des bijoux et du linge qu'ils trouvèrent dans les paquets qui leur avaient été confiés , et firent soibrer la chaloupe qui en. était particulièrement chargée. Quand ils atteignirent la Cornélie, ils déclarèrent au: capitaine que par une fausse manœuvre la barque avait été renversée. sens dessus dessous. C'était le prélude des crimes qu'un grand: nombre d'officiers de marine commettront sur les infortunés indigènes qui seront enchainés à leurs bords. La famille de Rigaud s’embarqua dépourvue des objets de première nécessité; elle ne possédait que quelques gourdes que des femmes indigènes du Cap, touchées
de son malheureux sort, lui avaient données. Ces femmes serent plus tard pendues pour cet acte de générosité envers des frères infortunés. La Cornélie fit voile pour France. Quand elle ÿ arriva Rigaud fut jeté dans les prisons de la forteresse de Joug.
Dès que Leclerc parvint au Port- Républicain, il apprit que Dessalines avait tenté de forcer le Mirebalais, et qu'il avait été repoussé avec perte. Il se résolut aussitôt après, sur la demande des négocians françuis, à accorder au commerce national des avantages dont il n'avait pas joui sous Toussaint Louverture. Il publia l'ordonnance qui suit :