‹ Histoire d'Haiti (volume 2)Chapitre 19 sur 47 · ARMÉE EXPÉDITIONNAIRE · texte numérisé non relu

ARMÉE EXPÉDITIONNAIRE

Au Quartier- Général du Port Républicain, le 10 Germinal, l'an 10 de la République (31 Mars 1802).

Le Général en chef ordonne,

Art. 4er. Tous les bâtimens français, arrivant Girectement de la

France, et chargés de marchandises françaises, ne seront assujeltis ,

pour les droits d'importation et 4 exportation, qu'à payer la moitié

de ceux qui sont exigés pour les navires étrangers. | Art. 2. Tous les bâtimens qui apporteront des marchandises sè-«

ches, fabriquées ailleurs qu'en France, paieront par droit d'impors

tation, vingt pour cent, | Le général en chef, (Signé) LECLERC.

le)

Pendant cet Intervalle, la division Boudet, saus les ordres de Pam- À phile de Lacroix, s'était rendue à St-Mare, Delà, elle se dirigea sur les Matheux pour disperser quelques rassemblemens. Elle essuya les

plus granges fatigues, en gravissant les sources de Montrouis , au travers de chemins obstrués, presque improticables, Si Charles Bulairs'était trouvé dans ce canLOn , c'en était fait de celte division, de l'aveu des généraux français, Quand elle parvint aux Matheux, elle“ n'eut sous les yeux que des campagnes abandonnées, couvertes de.

cadavres blancs. La 7e. s'était retirée avec, Charles Béair, dans les. montagnes des Cahos, auprès de Toussaint Louverture. Pamphile dem

Lacroix adressa à Charles Bélair une lettre pr laquelle 1l l'exhortait à imiter Laplume, Clervaux, Paul Louverture et Maurepas qui s 'étaienth soumis au nouveau gouvernement. Charles Bélair. lui répondit qu’ il | était déterminé à mourir pour la cause -de Toussaint, “SOU YEFACEES légitime de la colonie,

6 La division française reprit le chemin du Port Républieain. Quand elle atteignit le morne du Mardi gras, Pamphile de Lacroix reçut une lettre du général Boudet qui lui recommandait de hâter sa marche, # de fire au Port-Républicain une entrée solennelle, en distribuant se

Mnoupes de telle sorte que la population de couleur de l'Ouest ne

put pas découvrir les perles éprouvées par les français, à la Crête-

à-Pierrot. Quand il arriva à une lieue du Port Républicain, sur l’ha-

bitatien Drouillard, Pamphile de Lacroix aperçut l'artillerie de la place,

“attelée, venant à sa rencontre, pour grossir sa division. Il rangea ses ‘soldats sur deux rangs seulemént, par pelotons de seize hommes,

laissa d'assez grandes distances entre les peloions, et entra en ville, au son de la musique et des tamboürs. Le général Boulet crut qu'il avait obtenu l'effet qu'il voulait produire. Mais le vide qui existait dans

l'armée n échappa point aux CHE qui acquirent plus que jamais le sentiment de leur force. Jusqu'alors ils étaient divisés en trois partis: celui de Toussaint Louverture, le plus faible et le ptus éner-

gique; celui qui souhaitait l'expulsion des français, mais après la chûte

de Toussäint, dont la dominatiôn avait été trop sanglante; enfin le parti vraiment français, ennemi de Toussaint Louverture, ennemi de toute idée d'indépendance, aidant de bonne foi au triomphe des armes françaises, mais voulant avant tout le maintien de la RES es

de l'égalité. Nous les verrons plus tard se confondre en un seul,

sister au rétablissement de l'esclavage, et inscrire sur leur EE M Indépendance ou Ja Mort. | Quelques jours après l'entrée de la division Boudet au Port-Républicain, le général Leclerc annonça , Par une proclamation, la déportation du général Rigaud. I prétendait qu'il voulait troubler , pour satisfaire son ambition, l’ordre qui venait d'être rétabli par de si grands sacrifices. Une lettre. que Rigaud avait adresse, aux Cayes, à un nommé Duroncerey, fut affichée au Port Républicain. Il char geail eelui ei de réclamer tous ses meubles du général Laplume qui en Jouissait. Cette lettre se terminait par ces mois: « Lorsque ‘aurai entièrement. fini dé combattre les incendiaires du Nord, je

»retournerai dans le Sud, pays qui m'a vu naître et que j'ai commandé avec gloire. » Les français prétendirent qu'il voulait reprendre le

commandement en chef de ce département.

L'embarquement de Rigaud fit naitre la défiance dans la population de couleur. Elle considéra cet acte comme une atteinte ponte

à la liberté individuelle de tous les indigènes. Au Port Républicain

quand le général Pamphile de Lacroix, chef de l'état major de la » division de l'Ouest, parla de cette eirconstance aux ofliciers de la 1 43° coloniale qui Han venus le saluer, après une revue, un morne silence régna dans la salle. Pétion, à la tête de l’état-major

du corps, composé de noirs et d'hommes fe couleur ,-s'arrêta , au -

. sortir de la maison , devant l'affiche qui contenait la lettre de Rigaud, » et la lut attentivement. Il ne put contenir son émotion, et dit avec

. humeur à ses compagnons d'armes qui l'entouraient : « c'était bien. » la peine de le faire revenir, pour lui donner ce déboire , ainsi qu'à nous (OUs. :» Pamphile de Lacroix , caché derrière une des juiqu-

sies de la salle , le vit et l'entendit. Cette circonstance, et celle de la Crète à Pierrot le portèrent à le signaler au capitaine général, comme un mulâtre dangereux. Lamour Dérance, ce fameux chef de bandes, se trouvait alors au Port-Républicain. Dés qu'il apprit la déportation de Rigaud , il se hâta de retourner dansses montagnes inaccessibles , n'ayant plus aucune confiance dans les français, résolu à se tenir sur ses gardes, et à commencer les hostilités contre eux, à la première occasion favorable. Lamour Dérance, pendant la guerre civile entre Toussaint et Rigaud, s'était toujours montré, dans l'Ouest, le partisan de ce dernier.

Nous avons vu que la diversion opérée dans le Nord par Toussaint Louverture, pour dégager les rives de l’Artibonite du gros de l'armée française, avait échoué complètement par la victoire que Desfourneaux remporta sur lui, à Plaisance. L'ex gouverneur, aussitôt après l'évacuation de la Crête-à Pierrot, alla se retrancher dans le quartier de Marquez aux Petits Cahos, à quinze lieues de la Petite Rivière. La longue chaîne des Cahos s'étend du Nord au Sud- Est, entre la vallée de Goäve et le quartier de l Artibonite. Les cimes bleues de ces montagnes, couronnées de palmiers et de pins, se perdent dans les nues, en la saison des orages. D'énormes rochers enracinés dans leurs flancs, pendent au dessus des chemins qui les traversent. Des abimes d’où il ne sort qu'un bruit sourd, tel que le mugissement des vagues de la mer, s'offrent sous les yeux du voyageur quin'ose” en sonder les profondeurs Dans certains quartiers, quand le soleil a atteint le milieu de son cours, l'atmosphère devient brûlante , le feu prend quelquefois de toutes parts aux herbes desséchées, les rochers ‘éclatent , et ces lieux -se” transforment en fournaises. Un silence profond” règne dans ses effrayantes solitudes. A peu de distance de ces lieux stériles, tant les contrastes sont fiéquents dans nos montagnes, l’on rencontre une nature riante, une campagne arrosée de nombreux ruisseaux , une végétation prodigieuse , et” des habitations admirablement cuites Une multitude de femmes, d'enfans, s'étaient réfugiés dans le quartier de Marquez avec Tous=" saint, chargés de ce qu'ils avaient de plus précieu:, pour échapper à l’affreux pillage auquel se livraient les troupes françaises dans la plaine de lArtibonite. Là, s'étaient réunis, en partie, les débris del'armée de l'ex-gouverneur, Des ajoupas dressés à la hôte formaient” dans une clairière, sur un plateau assez étendu, un”cercle, au centre” duquel s'élevait une tente surmontée d'un drapeau tricolore. Là, ré-. gnait une profonde tristesse. La guerre civile ravageait netre beau! pays; le drapeau français guidait au combat les deux partis. Bientôt nous verrons Dessalines et Pétion, arracher ensemble la couleur blanche du drapeau tricolore, et déployer majestueusemant l'étendards indigène sur nos campagnes soulevées en masse au cri de l'Indé-" pendanee Nationale, ; nd

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Les sentinelles placées aux extrémités du camp étaient immobiles à leurs postes. Les soldats qui tous méprisaient la mort étaient assis sur de larges pierres, autour de leurs armes peu nombreuses rangées en faisceaux, et attendaient avec impatience le signal du départ pour courir à de nouveaux dangers. Des officiers supérieurs, Gabart, Fontaine , Vernet , Pourcely, Placide Louverture, et une foule d'autres , tenant sous leurs bras des sabres resplendissants d'un vif éclat, marchaient silencieusement , en se croisant, autour de la tente principale, d'où ne se détournaient pas leurs regards atten- “tifs. Dans ce pavillon était debout, près d’une table, Toussaint Louverture, maigre, petit de taille, aux traits mobiles, aux yeux vifs et aux gestes animés. Une riche épée pendait à ses côtés, par un ceinturon de velours doré, enrichi de pierreries. Il dictait à son secrétaire des letires auxquelles il semblait porter le plus vif “intérêt. C'était le 29 Mars, (8 Germinal). Quand il eut fini sa correspondante , 1l dit à un de ses aides de-camp: Amenez auprés de moi le chef de brigade Sabès et le lieutenant de vaisseau Gimont. Ces deux ofliciers, comme nous l'avons racunté, avaient été faits prisonniers, au Port-Républicain, par Lamartinière. Traînés de morne en morne, livrés à toute la fureur des indigènes, mille fois ils avaient été ‘sur le point d’être immolés. Mais l'ordre de Toussaint de les épargner seuls, avait toujours détourné de leurs têtes le sabre levé pour les frapper. Ils furent introduits dans la tente par l'adjudant-général Fontaine. —Citoyens , leur dit Toussaint, vous n'êtes plus prisonniers; vous serez accompagnés par des guides sûrs jusqu'au Port-Républicain, et vous remettrez ces dépêches au général Boudet. Toussaint faisait savoir au gouvernement français les vains efforts qu’il avait faits pour que le colonie ne devint pas une vaste désolation. En même temps, il envoyait à Bonaparte une lettre particulière, en réponse à celle qu’il lui avait adressée. «Vous n'avez jamais essuyé aucun mauvais traitement parmi nous, citoyens; vous avez éié témoins de notre humanité envers beaucoup de prisonniers. La France, que le premier consul à égarée à notre égard, sera juste un jour envers nous, nous en avons la certitude. Elle rendra le général Leclerc responsable de tous ces désastres quil eût pu éviter à la colonie, en employant envers moi les formes de bienséance qn'il devait à un général français, son égal, dont les armes ont vaincu les Anglais el les, Espagnols, et ont conservé à la métropole toute la colonie. » Le chef de brigade Sabès lui répondit : « Général, nous avons beaucoup souffert, et nous avons été témoins de bien des atrocités. Si vous n'aviez pas méconnu l'autorité légitime du capitaine-général, nous n’aurions pas à déplorer aujourd'hui toutes les calamités qui nous afiligent. » — Toussaint, dissimulant autant qu'il était en son pouvoir l'indignation que cette audacieuse réponse avait excitée en son cœur, répli-

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qua vivement: « Vous méconnaissez la noblesse de mon âme,'ex… toyen; J'aime trop mon pays pour sacrifier son bonheur à mon.

ambition. Le général Leclerc s’est présenté dans la colonie. je ne

dirai pas comme un gouverneur légalement envoyé par sa nation, mais comme un ennemi. Il m'a sommé de lui remettre l'autorité, *

comme si jétais un rebelle placé par les circonstances à la tête des” ‘aflaires de la colonie, comme si je m'étais déclaré indépendant de

la France que je chéris. Je n’ai fait la guerre qu'au capitaine-* général. N'étais-je pas gouverneur français, proclamé par l'Assem-"

blée Centrale? N’'avais je pas antérieurement reçu de la Commission civile le titre de général en chef de la colonie? Ce titre ne: me futil pas confirmé par le premier consul? Devais-je me soumettre aux caprices de Bonaparte, entouré de vils et eruels eo< lons, de mes ennemis personnels? Le fer et le feu ne couvriraient pas de sang et de ruines les mornes et les plaines, si le général: Leclerc m'avait donné avis de son arrivée, avant d’avoir commencé les hostilités. Je lui aurais cédé l'autorité, et la guerre n'eût pas: éclaté avec toutes ses fureurs. N'était-il pas de mon devoir de défendre le territoire français, lorsque des pavillons étrangers se présentaient pour le violer ? * Car quels précédens pouvaient me faire penser que c'était une armée française qui débarquait avec un nou veau gouverneur français? Le premier consul m'avait-il annoncé le départ de l'expédition ? Ne pouvais je pas prendre le capitaine-gé-" néral lui-même pour un rebelle fuyant la patrie, et venant, de son propre mouvement, prendre possession de la colonie? Vous, lieutenant Gimont, si un capitaine de corvette, naviguant en pleine mer, Se trouvait tout-à-coup assailli par le feu d'un vaisseau de 53 nation qui le sommât d'amener pavilion ; que ferait 1l, ce capitainef Il se défendrait, comme il l’eûl fait contre un forban. Le capitai-

ne général n'a employé aucun des procédés qu'il devait à un gou-

Yerneur français, son égal, et tout le sang qui a été versé rejaillira sur £a tête. Vous pouvez vous retirer, citoyens. » Je Les Geux français n'avaient pas remarqué sans inquiétude l'indi

-gration de Toussaint Louverture. Ils firent, à la hâte, leurs disposions de départ, s'élancèrent de toute la vitesse de leurs chevaux sur

la route des Verrettes, et ne sentirent leur existence assurée que

lorsqu'ils furent au-delà des pays insurgés: | ”

Toussaint fit un signe à ses aides-de camp qui se retirérent. I

demeura seul dans sa tente avec son secrétaire. Il croisa ses bras sur sa poitrine; sa lèle était brûlante; son cœur battait convulsi* vement; ses yeux se dérobaient sous les plis de ses sourcils. Ses

actions passées venaient en foule assaillir sa mémoire. L'inquiétude“

Ne : % * Toussaint voulait parler des pavillons hollardais et espagnols qui'exis-

taient au milieu de la flotte française,

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et le remords semblaient l'agiter. Il s’assit abimé dans de profondes réflexions. Le sang inutilement répandu après la guerre du Sud, guerre cependant juste que nécessitait son acheminement vers l'in- ‘dépendance de son pays, l'amnistie du 4er Messidor qu’il avait violée, l'exécution barbare de Moyse, son neveu, sacrifice sans fruit qu'il avait fait à la perfidie coloniale, St Domingue maintenant indépendant et bravant les forces de la France, si l'ambition de régner seul m'avait précipité Rigaud dans de si graves erreurs, le triomphe actuel d'Hédouville dont la mission avait été d'établir la division entre les noirs et les jaunes, de les laisser s’entr'égorger pour que les échafauds de la servitude fussent dressés sur leurs cadavres ; la soumission de la plupart de ses lieutenans, les quelques hommes qui lui restaient fidèles, l'impuissance où il se trouvait de continuer la guerre, les suprêmes dangers de sa race: toules ces convulsions passées, toutes les horreurs qu'il voyait dans le lointain, devaient le livrer à cette horrible agitation. * je | Dans son camp régnait un profond silence. Les sentinelles qui veillaient autour de sa tente virent un nuage de poussière qui gros- Sissait en approchant sans cesse. Bientôt ils découvrirent, à l’extrémité du plateau, quatre cavaliers, dont les chevaux ruisselans de sueur, sarrêtèrent tout à-coup. Les quatre cavaliers se firent conduire auprès du général en chef. Toussaint Louverture, après un court entretien avec eux, donna ses ordres à ses aides-de camp qui

* D'après quelques écrivains anglais, Toussaint aurait expédié an gé+ néral Boudet la lettre dont la substance suit, à l’adresse de Bonaparte, en réponse à celle que. celui-ci lui avait envoyée. Par cette lettre il aurait déclaré qu'il aimerait mieux mourir , les armes à la main , que de se rendre, que , dans tous les eas, sil était contraint de mettre bas les armes, par la puissance des évènemens , sa soiïimission ne serait que feinte, et qu’à la première occasion favorable, il recommencerait les hostilités contre la France, et lui ferait une guerre franche, dont la devise serait: Indépendance de Saint-Domingue. Il aurait parlé de “chiens amenés dans la colonie pour dévorer les indigènes. Cette lettre cst apocryphe. Elle est tout-à fait contraire à la politique qu’avouait Toussaint, à cette époque, dans toutes les pièces officielles qu’il expédiait à l'étranger. Etait:il, du reste, d'une nature à dévoiler ainsi ses projets ultérieurs, surtout lorsqu'il voulait teuter une réconciliation ,1il est vrai momentanée, mais présentée avec. toutes les apparences de la sincérité. Comment aurait-il pu parler de ehiens amenés pour dévorer les indigènes , quand ce fut Rochambeau qui envoya chercher ces bêtes féroces à l’île de Cube, par le général Noailles, long-temps après l'enlèvement de Toussaint. Nous pouvons encore avancer hardiment que Toussaint avait une intelligence trop fine pour écrire une lettre d’une telle maladresse. Du reste, la circonstance concernant les chiens prouve d’une manière évidente que cette pièce est supposée.: La lettre que Toussaint envoya à Bonaparte n'était que la justification de sa résistance à. Leclerc, |

les transmirent de toutes parts. Les tambours du camp battirent aussitôt la générale, le son de la trompette se répéta jusqu'au fond des ravins, et une joie belliqueuse éclata parmi les soldats. Toussaint: dont l'âge avait blanchi les cheveux, mais qui avait toute la vivacité

de la jeunesse, s’élança sur son cheval , passa en revue sa faible armée, et lui fit prendre le chemin du Nord. - Il allait attaquer Îa

division Hardy, qui, sortie de la Petite-Rivière de l’Artibonite, avaits passé le Peut-Fond et St Michel, et se rendait au Cap. En arrivant

à St. Michel, après avoir traversé Eschasseriaux et le fond Cabœuil, Toussaint apprit que les français étaient en marche sur le Dondon, où ils devaient se rafraîchir quelques jours. Il laissa St. Raphaël à

sa droite, passa à travers le quartier du Bassaut, et atteignit le

Dondon. Il ordonna au général Christophe de réunir ses troupes”

aux siennes. Ce général commandait aux débris de sa brigade et à plusieurs cents de miliciens du Dondon et de la Grande Rivière." Toussaint, à la tête d’un escadron, sous les ordres de Morisset, et d'une compagnie de grenadiers , commandée par Gabart, résolut d'attaquer la tête de la division Hardy, pendant que Christophe en attaquerait la queue. Hardy partit du Dondon, à deux hewes de“ l'après-midi. Il surprit le général Christophe qu'il culbuta. Il faillit même le prendre pendant qu'il fuyait à travers un bosquet de pal miers. Nos miliciens, poursuivis la baïonnette aux reins, se précipioM térent dans des sentiers connus d'eux seuls, et échappérent aux .

français. Ils allèérent se rallier autour du heat Toussaint Louver-

ture qui attaquait la tête de la division. De vives décharges de #

mousqueterie remplirent les bois d'un bruit sourd et prolongé. Les“

grenadiers de la 4 coloniale , répandus de toutes parts, en tiratileurs,,

abattaient les français, en se protégeant derrière les arbres. Les balles des blancs se perdaient dans les feuillasges, coupaient les bran=« ches et s’aplatissaient contre les pierres. Quand ils couraient à lan

baïonnette sur les indigènes, ceux-ci disparaissaient dans de petits

chemins, et reparaissaient plus loin, Ils tombaient en poussant. des eris de désespoir , et se tordaient sur une terre brülante. qu'ils appelaient déjà le tombeau des français. Hardy fut contraint

de battre en retraite; il fut inquiété par Morisset et Placide Lou- -

verture, à la tête des dragons de la garde d'honneur, jusqu’au Car:

refour formé par l'embranchement des routes du Cap etde la Grande Rivière, et jusqu'à la Tannerie. Cependant 1il ne rentra au Cap

qu après avoir entièrement dégagé cette ville des bandes d'insurgés

qui la cernaient. Depuis l'ouverture de la campagne, Placide n'a- $

vait cessé de déployer le courage le plus brillant. "0

Toussaint établit un cordon de troupes, de la Grande-Rivière à: la. Marmelade. 11 l'appela le cordon du Nord, et en confia le commans*

dement au général Christophe. 1 se retira à St. Raphaël où 1! établit” sen quartier-général. Il fit fusiller l'administrateur général Vollée,

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blanc français qui lui était très-dévoué, et qui avait mieux aimé le suivre, que d'aller joindre l’armée expéditionnaire. Vollée avait été son ami. Il fit rendre à ses restes les plus grands honneurs militaires. * Les français avaient perdu tous les points dont ils s'étaient emparés dans l'intérieur du Nord.

« Presque en même temps les divisions de Flessingue et du Hâvre débarquèrent au Cap. Elles renforcèrent l’armée française de 2,000 hommes. Le général de brigade Boyer en fit aussitôt marcher une partie contre l'ennemi. Il sortit du Cap, à la tête de 1,590 hommes de troupes européennes, de deux bataillons de la 10e. colo: niale qui avait fait sa soumission à Sto Domingo, et vint attaquer Sans Soucy et le colonel Jasmin qui commandaient à S.te-Susanne les miliciens de ce canton, sous les ordres du général Christophe. Il fut repoussé avec perte. Les insurgés firent quatre- cents prisonniers qui furent conduits à Toussaint Louverture, à la Marmelade. Celui-ci les interrogea sur lè but de l'expédition; ils lui répondirent qu'on ne les avait pas envoyés pour combattre , mais pour tenir garnison dans un pays français; que, du reste, ils découvraient qu'ils ne seraient pas plus heureux quen Egypte. Toussaint leur fit donner toutes sortes de soins, et leur laissa la liberté de circuler: dans la campagne. Au grand étonnement des - indigènes , ils se mirent à s'exercer à la course, dans les savanes, à lalutte, à sauter par dessus de larges fossés, et à s'élancer avec légèreté sur des chevaux fougueux. Les indigènes disaient à Toussaint : Quels sont ces blancs ? ils franchiraient les mornes avec autant d'agilité que nous. — Ne vous aije pas déjà dit, leur répondit Toussaint , que Bonaparte nous a envoyé ses meilleures troupes; mais elles suceomberont bientôt sous l'influence meurtrière de notre soleil. |

Le capitaine général était revenu au Cap. IL envoya Île général Dugua dans le Sud y avec mission de lui faire un rapport sur l'état de ce département ; et le général Rochambeau à St Marc. Il se proposait, de son côté, d'aller visiter la partie de l'Est. Il ordonna aussitôt de travailler aétivement à la reconstruction du Cap. Il demanda au ministre de la Marine et des LColonies des charpentiers, des menuisiers, des maçons; et lui annonça qu'ils trouveraient largement de quoi gagner leur vie, qu'ils seraient payés au poids de l'or, et qu'avec un peu de conduite, ils pourraient commencer une petite fortune.

Comme la saison des pluies allait arriver, il cantonna l’armée de

* Il avait cru pouvoir enlever à la connaissance de l'Europe, par l'assassinat de Vollée, qui ne avait jamais perdu de vue, toutes les atrocités qui avaient été commises autour de li, depuis l'arrivée de l’armée expéditionnaire. Les français, de leur côté, commettaient les mêmes atrocités..

la manière la plus commode, afin qu’elle n'eut pas à souffrir de l'hivernage. On lui avait envoyé par le :Zélé et le Tourville quelques recrues sanS fusils; ce qui était une faute grave, car l'arme: ment de ces nouveaux soldats dégarnissait les arsenaux qui déjà ne renfermaient pas assez d'armes. Il s’en plaignit améèrement au ministre de la Marine, et lui demanda , en même temps, qu'on püt recevoir à St: Domingue un paquebot par semaine, afin que le soldat fat à même d'avoir fréquemment des nouvelles de sa famille. Com: me la tranquillité se rétablissait de toutes parts, l'amiral Villaret Joyéuse, jugeant que sa présence devenait inutile à St-Domingue, parut du Cap, le 20 Germinal (10 Avril), et atriva à Brest avec huit vaisseaux de son escadre. Quelques jours après son départ, Leclerc apprit qu'une révolte avait éclaté dans les ateliers de la Tortue, petite île vis à vis du Port de-Paix, en faveur de Toussaint. Louverture. Il y envoya Martial Besse, homme de couleur, qui avait été nommé général par le peuple de Paris, à la prise de la Bastille. Martial Besse, par des mesures prompites et énergiques, fit rentrer les ateliers dans le devoir. Comme il les avait traités avec humanité après la victoire, n’exécutant pas les ordres cruels qu'il avait reçus, Leclerc le fit arrêter, à son retour au Cap, embarquer ensuite pour*. France. Peu de temps après son arrivée en Europe il fut HA BPSOHAEE dans la forteresse de Joug. à

Pendant cet intervalle, Charles Bélair se tenaitaux Cahos auprés de Toussaint Louveriure, Quant au général Dessalines, 1! était retenu, dans la plaine de FArübonite, sur : habitation Marchand, par une fiévre. violente. Il avait reçu l'ordre de Toussaint d'occuper les défilés qui conduisent au centre des mornes des Cahos. Quand :l se releva, il commanda à ses ofliciers de réunir leurs troupes pour qu'elles fussent passées en revue. Quelle fut sa surprise quandl ne vil sous les armes que soixante hommes. Dans son indignation, il brûla lo cervelle à deux capitaines qui étaient à ses côtés, et déclara. aux autres officiers qu ils seraient tous fasillés, si dans peu de jours, ils n'avaient pas réuni uue force imposante. En l'espacede 48 heures” il put se mettre à la tète de 3000 miliciens aux quels il communiqua son ardeur.

Depuis l'évacuation de-la Grête-à-Pierrot, Toussaint était devenu beaucoup plus humain envers les prisonniers français. Les deux partis , fatigués de tant de carnage , avaient suspendu Îles hostilités. Le capitaine: général, songeant à proposer à l'ex gouverneur M se soumeitre, cessail toute agression. Il commençait à redou-

, de la part des révoltés , une résistance désespérée, soutenue se l'horreur du rétablissement de l'esclavage. En effet, que n'au. ralent pas entrepris des hommes qui préléraient la mort à la servi-. tude? Toussaint, de son côté, attendait l'hivernage, ou la saison des pluies et du débordement des rivières, pour recommencer là

HISTOIRE D’HAITI.— (180$) pdi

guerre, si les français ne lui offraient pas une retraité honorable,

æt le maintien dans leurs grades et fonctions de tous les officiers

qu'il avait sous ses ordres. Il-se rendit sur l'habitation Paparel, y réunit tous les prisonniers français qui avaient été blessés, et leur fit prodiguer toutes sortes de soins. D’après son nouveau plan de campagne, Dessalines devait, aussitôt après le débordement des eaut de l'Artibonite, reprendre le camp de Castera et la Crête à Pierrot; Vernet devait reprendre les Gonaïves ; et pendant que Christophe

“arrèterait les forces françaises au cordon du Nord, il se proposait

de s'emparer lui-même de Plaisance et du Limbé. Il comptait,

pour le triomphe de ses armes, sur la défection des troupes coloniales qui s'étaient rendues aux français, et sur l'insurrection des cultivateurs du Nord. Ilavait établi son quartier-général à la Marmelade. Là, il recevait des rapports qui l’afiligeaient profondément sur la-mésin« telligence qui existait entre ses généraux : l'envie les divisait. IL employa en vain toute son autorité pour amener entre eux une réconciliation. Combien son influence ne s’était-elle pas affaiblie par les revers de la fortune? Avant l’arrivée des français, quand :ül

disait à un soldat: Ôôte-toi la vie; le malheureux sortait des ‘rangs,

et allait se donner la mort, sans murmurer. Dessalines mettait tout en œuvre pour perdre Charles Bélair dans l'esprit de l’ex-gouverneur.

“On se rappelle que Pamphile de Lacroix avait exhorté Charles Bélair,

par une lettre, à se soumettre au capitaine-général: Dessalines s'étayait de cette circonstance pour l'accuser de trahison, et le faire

fusiller.

Toussaint vit naître avec douleur une division qui devait considérablement affaiblir ses forces. Cependant il ne put se résoudre

“à sacrifier à la haine jalouse de Dessalines un général dont l’inne-

cence était si évidente. Charles Bélair lui avait envoyé la lettre

“quil avait reçue du général français, ainsi que la réponse qu'il lui

“en avait faite. Toussaint se vit contraint de les éloigner l'un de

autre. Il remplaça Charles Bélair, aux Grands Cahos, par le colonel Montauban. Il le fit venir, auprès de lui, à la Marmelade. Charles

Bélair était son faveri intime; il l'avait choisi pour le remplacer

au gouvernement de la colonie. Dessalines envieux des faveurs dont jouissait son rival auprès de l’ex-gouverneur lui portait une haine implacable , haine qu'il assouvira plus tard. | | Le général Christophe, commandant du cordon du Nord, brisé par les armes françaises, se résolut, de son côté, à faire sa soumission au général Leclerc, à l'insu de Toussaint Louverture. Il entra en

pourparler avec le citoyen Vilton, homme de couleur, qui comman-

dait à la Petite-Anse pour les français. Vilton, qui était son ann

“et un de ses anciens frères d'armes, avisa le général Hardy du désir

qu'il maniféstait de reconnaître le nouveau gouvernement. Le général Hardy ft rédiger la lettre suivante, que Villon fut contraint

de signer, par un nommé Anquetil, chez le citoyen Blin dewWilles neuve, un des grands planteurs de la plaine du Nord :

‘Petite Anse, le 26 Germinal an 40, (16 Avril 1802.)

Vilton, commandant de la Petite Anse, au citoyen Henry CRT Ben ; ral de brigade, en son quartier général.

Mon cher Compère.

Je cède aux sentimens que m inspire mon ancienne amitié pour 4 vous, J'ai vu avec un mortel regret ces refus que vous avez fans 8 vous soumetire aux noue du général français que le premier sul a envoyé à St:Domingue, pour achever de maintenir et con-w solider l'ordre que vous aviez si bien ‘établi dans la ville du Gap la dépendance du Nord, où vous vous étiez fait aimer de tous lesm colons. Vous nr'aviez dit plusieurs fois, mon cher compère, que” notre plus grand plaisir était de voir arriver les fFançais, pour dé" poser “entre leurs mains l'autorité dont vous étiez revêtu ; par quelle" Atalité faut il que vous ayez si subitement changé os ‘bonnes intentions ? Vous avez par à renoncé à votre bonheur, à la conservation de voire foriune, au FE à sort que vous pouviez fire à votre aliueble famille; vous l'avez plongée, ainsi que vous, dans la misère Ja plus affreuse. Vos intentions m'ont toujours paru si pures, eu votre dévouement à la nation française ne me laissait aucun doute” sur la con£ulle que vous deviez tenir, lorsque tout d'un coup , à l'apparition de l'escadre française, vous n'avez plus été le même homme Tout ie moude, et surtout vos aïnis, croyaient aussi quevous'aviez été mal conseillé, et peut-être dominé par quelques chefs noirs qui vous entouraient; on à dit tant de bieñ de vous à Mr. Leclerc" général en chef, et il est si PEARL que ce sont de mauvais conseils qui vous ont fait prendre le parti de lui résister, qu'il est tout prêt à vous pardonner, si vous voulez ramener sous son obéissance Ja troupe que vous commandez, et le poste que vous occupez. C'est . une belle porte qui vous est ouverte, mon cher compère, ainsi qu'aux" braves officiers et soldats qui sont sous vos ordres; ils seront tous traités de la même manière que l'armée française, et l'on vous assurera, k

ainsi qu'à votre famille, tout le bonheur que vous pouvez désirer surtout si vous avez le courage de demander à sortir de la colonie, | et c'est ce que vous pourriez faire de mieux, pour n'ètre point exposé aux hames des rebelles aux ordres de la France, qui ne voudront pas faire comme vous. On vous assurera une belle fortune,» el vous en Jouirez paisiblement, sous la protection de la France, dans le pays que vous voudrez choisir. à Voilà; mon cher compère, ce que ma tendre amitié pour vous €

“otre famille m'engage À vous écrire. Je jouirai de voire bonheur, si je puis contribuer à le faire. Il ne dépend que de vous de mé donner cette satisfaction, en suivant les avis devotre ancien ami, Répondez-moi, et faites-moi savoir vos intentions , pour les faire réussir de la manière qui vous paraîtra le plus convenable. Tout le monde est ici, dans toutes les parties de la colonie, témoin de la franchise, de la loyauté des généraux français, et je ne crains pas de vous répéter el de vous assurer que vous pouvez avoir toute “confiance en eux; ils vous ouvriront toutes les portes, vous aideront de tous leurs moyens, et vous mettront dans le cas d’emporter aveg vous tout ce que vous possédez, pour en jouir paisiblement partout où vous voudrez aller. Ainsi, mon cher compère, eroyez moi, quiliez celte vie errante et vagabonde, qui vous déshonorerait, si “ous fa meniez plus long-temps, et regagnez l'estime des bons ci- …Loyens par un retour sur vous;même, en abandonnant la cause d'un “ambitieux qui finirait par vous perdre. Ne‘“faites pas attention à “otre mise hors la loi; le général Leclerc a dit qu'elle n'aurait pas eu lieu, s'il vous avait connu plus tôt, et que cette proclamation serait annulée aussitôt qu'il apprendrait que vous récommaissez votre erreur ét que vous abandonnez la cause des rebelles.

Salut et amitié, (Signé) VILTON.

Christophe, voyant les populations accourirde toutes parts au-devant des français , sentait l'impossibilité de continuer la guerre avec succès; el comine l'existence nomade, de guérillas, qu'il menait à travers leg mornes ne sympathisait pas avec son humeur, il se résolut à défendre la liberté de ses frères, pour le moment, non plus sur les champs de bataille, mais dans les conseils coloniaux. Il méditait la réponse qu'il avait à faire à Vilton, lorsqu'il reçut la lettre suivante que lui avait adressée Leclerc. |

Au quartier-général du Cap, le 29 Germinal, lan 40 de la Républi: que française. (19 Avril 4802.) j

Le général en chef au général Christophe.

Vous pouvez ajouter foi, citoyen général, à tout ce quele citoyen “Millon vous à écrit de la part du général Hardy. Je tiendrai leg promesses qui vous ont été faes; mais, si Vous avez intention de “ous soumettre à la République, songez qu'un grand service, que xous pouvez lui rendre, serait de nous fournir les moyens de nous assurer de la personne du général Toussaint.

(Signé), LECLERC.

did - ILISTOIRE D'HAITI.— (180%)

L'on voit déjà renaître cette perfidie coloniale qui fera pendant quelque temps le malheur des indigènes, mais qui amènera lexterminätion des français. |

Christophe se “hâta de répondre au commandant Vilton, par une %ettre en date du 30 Germinal, (29 Avril 1802.) Il lui dit quil serait disposé à tout faire pour le bonheur de ses concitoyens, sal pouvait acquérir la conviction qu'ils seraient tous libres et heureux...

« Jai renoncé, dites-vous, au bonheur! ER! quel bonheur, quelle: fortune, quel sort magnifique pour moi et pour ma famille eussent pu jamais me consoler de la douleur de voir mes semblables réduits au dernier degré de Pinfortune sous le poids de l'esclavage! Mes intentions sont toujours pures, eL vous étiez, plus que personne, à même de connaître mon dévouement à Îa nation française. Mes inenutions, mes sentimens n'ont point varié; je suis toujours le même

homme. Sentinelle placée: par mes concitoyens au poste où je dois.

veiller à la sûreté de leur liberté, ‘plus chère pour eux que leur existence, j'ai dû les réveiller à l'approche du coup qui allait Fa- RÉANUP ue ei ee ue Ris eee) ME SU SR he +

Veus me donnez le conseil, mon cher compère, de ne point faire ‘attention à ma mise hors la loi; le général Leclerc, m'annoncezvos, à dit qu'elle n'aurait pas eu lieu s'il m'eut connu plus tôt, et que celte‘ proclamation ‘serait annulée aussitôt que je reviendrais de mon erreur. ‘Je suis prêt à en revenir; mais il faut m'éclairer, éclaircir mes doutes, et m'en tirer. ‘{l n'est point de sacrifices que Je ne fasse pour la paix, et pour ie bonheur de mes concitoyens, si Jobtiens la conviction ‘qu'ils seront tous libres et heureux. Ilne me reste plus d'autres sacrifices à faire que celui de ma vie; j'ai déjà fait tous les autres; que les preuves nécessaires à ma conviction me

soient offertes, et je l'offre de bon cœur ce sacrifice, si, en me

démontrant que je suis dans l'erreur, il peut l’expier et rendre la Ja tranquillité et'la félicité à mon pays, à mes concitoyens. * |

« Je vous salue d'amitié, H. CHRISTOPHE. »

Le même jour 30 Germinal(20 avril), Vilton écrivit, de la Petite

Anse, à Christophe, qu’il avait reçu sa lettre, et que sa soumission au général Leclerc lui acquerrait un protecteur qui preudrait lui-

même le soin de lui faire un sort ; il ajouta qu'il avait communiqué”

Sa lettre au capitaine-général, ainsi qu'au général Hardy. Céluici écrivit aussi au général Christophe, à la date du 36 Germinal. Al

Jui dit que les français, après avoir combattu pendant douze ans« pour la liberté, ne seraient pas assez vils, à leur-propres yeux «

pour ternir leur gloire en rétablissant l'esclavage. “Il termina sa

de - ee ae: ares fr,

» Jettré en Jui disant de se rendre sur l'habitation Vaudreuil pour:

lui faire verbalement ses propositions de soumission.

Le 2 Floréal an 10 (22 Avril) Christophe qui était indigné de la. proposition qui lui avait été faite par Leclerc, de livrer Toussaint Louverture , répondit à Hardy qu'il eût consenti à l'entrevue qu'il provoquait, non seulement à Vaudreuil, mais à la Petite Anse et au Cap, si le capitaine-général n'avait réveillé en lui la défionce en « Jui proposant une perfidie ,unelâcheté. Il lui offrit une entrevue à Montalibon, habitation au centre des lignes des deux armées. . Le même jour 2 Floréal- (22 Avril), de son. quartier-général de Ro: billard, au Grand Boucan, il adressa à Leclerc la lettre qui suit:

« Jai reçu la vôtre du “29 du mois expiré. Désirant ajouter foi à ce que ma écrit le ciioyen Vilton, je n attends que la preuve qui doit me cosvaincre du maintien de mn liberié et de l’égaliié en fa. veur de la population de cette colonie. Les lois qui consacrent ces principes, et que la Mère Patrie a sans doute rendues, porieratent

dans mon cœur cette conviction, et je vous proteste qu en obicoaut,.

cette preuve désirée, je.m y soumeitrai immédiatement. Vohs me proposez, citoyen général, de vous fournir les moyens

“de vous assurer du général Toussaint Louveriure :. ee serai de ma.

part une perlidie, une trahison, et cetie proposition, dégradanie

“pour. moi, est à mes yeux une marque de linviucible répugnance.

que vous éprouvez. à me croire ‘susceplible des moindres sentimens.

de délicatesse et. d'honneur. Ilest mon chef et moaamri. L'amitié, citoyen, général, est-elle compatible avec une aussi monsirueuse Jâcheté ? è | Les.leis dont je viens de vous parler nous ont éié promises par. la Mère-Patrie, par la proclamation que ses consuls. nous ont adressée, en nous faisant l'envoi de la Constitution de Fan VE.

Remplissez , citoyen général, remplissez cette promesse. maternclie,,

en ouvrant à nos yeux le Code qui la renferme, et: Vous verrez accourir près de cette Mère bienfaisante ous ses. enfans, el avec

eux le général Toussaint Louverlture, qui, alors. éciairé comme

eux, reviendra de l'erreur où il peut être; ce ne sera .qu'alors que

cette erreur aura aiusi été détruite , qu'il pou: rra, S'il persiste malgré.

“l'évidence, être considéré comme criminel, et encourir justement 18 nathème: que vous lancez conire, lui, et Ac vous me proposez l'exécution. | | AL

… Considérez, citoyen général, les heureux efféts qui résulteront de Ja plus simple exposition de ces lois aux yeux dun peuple jadis

écrasé sous le poids des fers, déchiré. par le fouet d'un barbare-

esclavage, excusable sans doute d appréhender les horreurs d'un pa-

reil sort; dun, peuple enfin qui, après avoir goûté les douceurs.

de la liberté et de l'égalité, n'ambilionne d'être heureux que par elles, et par l'assurance de n'avoir plus à redouter les chaines qu'il

46 SMISTOIRE D'HAITI.—— (1302)

a brisées. L’exhibition de ces lois à ses yeux arrêtera l’effusion du du sang français versé par des français, rendra à la République’ des enfans qui peuvent la servir encore, et fera succéder aux hor= reurs de la guerre civile la tranquillité, la paix et la prospérité au ‘sein de cette * malheureuse colonie. Ce but est digne /sans doute de Ja grandeur de la Mère Patrie ; et l’atteindre, citoyen général, ce serait vous couvrir de gloire et mériter les bénédictions dun peur ple qui se complairait à oublier les maux que lui a déjà fait éprou-e ver le retard de leur promulgation,

Songez que ce serail pérpétuer ces maux jusqu'à Ja dés éti entière dece RRpe que de lui refuser, la participation de ces lois hécessaires au salut de ces contrées. Aü nom de ‘mon pays, au. nom de la Môre- Patrie , je les réclame ces jois salutaires , et St Domingne est sauvé.

J'ai l'honneur de vous saluer,

restante dléilinns eg dés ©

(Signé) CHRISTOPHE. »

Leclerc lui répondit par une lettre du 4 Floréal (24 Avril) qu'il ne devait pas douter des vues bienveillantes du gouvernement fran" cais à l'égard des habitans de Domingue, que le gouvernement travaillait , en ce moment, à un,code qui assurerait pour toujours Hberié aux noirs. Il l'exhorta à se fier à sa parole , s'il ne voulait . pas être considéré eomme l'ennemi du nom français, et à se rendre à une entrevue quil lui offrait au Haut du Cap. Il luï donnait sa pareie d honneur, que s'ils ne Ar eRaQe pas à sentendre défini" tivement, il aurait fa liberté d'aller se meiïtre de nouveau à la têten de ses iroupes ; il terminait sa lettre «en lui disant que le refus qui lui avait fait de lui livrer ‘Toussaint Louverture, ajoutait en=« core à la hauie idée quil s'était formée de son caractère. Quorde plus perfide et de plus lâche que cette proposition faite par Leclere au général indigène ? Combien ne s’avilit-il pas dans sà réponse, le capitaine général , iorsqu'il dit à Christophe qui avait repoussé

avee une indignation noble et pleine de dignité, cette infime pros M position, que son refus ajoutait encore à il haute idée qu'il avait « de son caractère. Qu'il est hongeux pour le corrupteur d être contraint de flatter celui qui a repoussé avec horreur ses propositions COrrup=s $ irices. 1 ) #

Le 5 Floréal (25 Avril) Christophe consenti à une entrevues au Haut du Cap. Le jour qui suivit, il partit de son quartier général des Cardinaux et se rendit, à onze heures du matin, au lieu M désigné pour l'entrevue. I y rencontra le général Leclerc. qui lui fit l'accueil le plus flatteur, reçut sa soumission, et le mäintint dans son grade de général ‘de brigade. Après un court eniretienn avec le capitaine-général , il se transporta à la Grande-Rivière, en" “suite à la Marmelade où Toussaint avait son quartier-générals)

MNT TU EU pi nait TE TR DEN TRE F nine Fe

HISTOIRE D’HaiTi.-—(1802) He : D”.

Al

n'y penconisa. pas ancien gouverneur qui organisait à Ennery. là milice de ce quartier. Il le vit ensuile arriver, aprés l'avoir, at-. tendu près d'une journée.

Il ne lui avoua pas qu'il avait reconnu le nouveau gouvernement. “Cependant il lui fit savoir qu'il avait eu ‘une entrevue avec Leclere, au Haut du Cap, et qu'il en était sorti convaincu des bonnes dise positions de Bonaparte à l'égard des noirs. Il engagea Toussaint À “ne plus reprendre les hostilités, et lui donna l'assurance que la Prance , après sa soumission, le traiterait avec honneur et magnificence. Toussaint le blâma. sévèrement d'avoir eu une conférence avec Leclerc, sans son autorisation, et lui ordonna de. retourner au cordon du Nord. Christophe, aussitôt qu'il eut quitté Toussairrt, hivra au général Salm, la Grande-Rivière, le Dondon, le Mornet, Je Port-Français. A la tête de 800-hommes de troupes coloniales , il se rendit de nouveau au Haut du Cap, où ses sotdats jurérent 6e déhté à la France. Par sa soumission, Christophe enlevait à Toussaint tout espoir d'une plus longue résistance : en dégarnissant.le cordon. du Nord, il permettait aux français de pénétrer dans les cantons. encore en. insurrection. En même temps le chef de bataillon Chancy. apportait à Toussaint une lettre du. ré inéral Boudet, Celui ei: lui. “écrivait que les dépèches qu'il avait reçues par le chef de brigade. MSabès et le lieutenant de vaisseau Gimont, avaient été anroyées en. France au 4% Consul, Quoique Bonaparte: eut résolu la perte, de. Toussaint Louverture , Boudet usait de courioisie envers l'ancien gouverneur, pour calmer son indignation contre la mé uropoie , et luë laisser entrevoir la: moe d'une réconcitiation qui n’était qu'un piège. Le général Dacle , de son côté, voulait mettre fin à Îa guerre civile qui, ant l'inquiétude dans les campagnes , arrê: iauble développement, de la culiure. Toussaint, abandonnés. de ses meilleurs lieutenans et de presque touies ses troupes, ne pouvait plus tenir la campagne. Leclerc lui adressa une lettre par quelle it exhorta à cesser des hostilités qui perdaient la colonie. Er même temps le général Fressinet qui était arrivé avec la division de Flessingue, le conjura, de se hâter de faire sa soumission. à la Républi- “que. Fressinet avait autrefois servi à St. Domingue sous le gouverneur Laveaux. Toussaint répondit à Leclerc quil: accepterail les. propositions qui lui seraient faites, si elles étaient en harmonieavec les égards qui lui étaient dus; qu il avait besoin de repos , efqu'on. devrait épargner à St. Domingue le spectacle de nouvelles on “Ce fut alors qu'il se convainquit de la soumission de Christophe, par une lettre que lui adressa ce dernier. Il s’en montra violemment indigné. En même temps le commandant du Mornet ,et Lafleur, commandantde la grande Coupe du Limbé, vinrent le joindre à Ja. Märmelade. His lui apprirent que no avait ordonné de- Lwrer ces ii échas aux français, et qu'ils s'étaient enfuis ,. abandon

48 BISTOIRE D’HAITI.-—(180$)

nés de leurs troupes, à l'approche du général Salm. Ils se montraient convaineus que Christophe voulaient livrer aux français Vane gien gouverneur. : La résistance devenait de plus en plus impossible. Avant de prendre la détermination désespérée de se jeter dans les mornes les plus retirés, Toussaint écrivit une lettre à Leclerc , par laquelle il lui demandait dans quel butil voulait continuer à exercer’ les horreurs de la guerre civile dans la colonie. Il terminait sa leitre par ces mots: « que des circonstances fort malhkeureuses « avaient déjà occasionné bien des maux ; mais quelles que fussent « les ressaurces de l’armée française, 1l serait toujours assez fort et « assez puissant, pour brûler, ravager, et vendre chèrement une

«vie 4 j'aÿait été aussi quelquefois utile à la Mère Patrie. » Le- 0e Biaprit.que son, ennemi, aux aboiïs, désirait , pour se soumet

fré que la: proposition précise d’une réconciliation lui fut faite.

fe

. Du reste depuis “plusieurs jours l’ex-gouverneur employait secrète-

ment tous les moyens pour faire connaître aux français la situation: douloureuse où il se trouvait. Le capitaine-général s'abstint de le réduire au désespoir dans la crainte qu'il n'incendiât de nouveau toutes les plantations. L'armée française était considérablement affai blie ; elle avait déjà perdu, en l’espace de 3 mois, 5,000 hommes dansw les comhats, et près de 5,000 malades encombraient les hôpitaux: Leclerc avait besoin de donner quelque repos à ses troupes. Le 4° Mai, il répondit à Toussaint : « Je vois avec plaisir, citoyen général," le parti que vous prenez de vous soumettre aux armes de la Répu=« blique. Ceux qui ont cherché à vous tromper sur les véritables in: tentions du gouvernement français sont Bien coupables. Aujourd'hut, il ne faut plus nous occuper à reveir les maux passés. de ne dois m'occuper que des moyens de rendre; le plus promptement possibie, la-colonie à son ancienne splendeur. Vous, les généraux et les troupes sous vos ordres, ainsi que les habitans dé cette colonie, ne craiguez point que je recherche personne sur sa conduite passée: Je jette Le voile de l'oubli sur tout ee qui a eu lieu à St. Domingue@« avant mon arrivée. J'imite en cela l'exemple que le Premier Consul a donné à la France, après le 18 Brumaire, |

« Tous ceux qui sont ici ont-une nouvelle carrière à parcourir, et à l'avenir je ne connaîtrai plus que de bons et de mauvais ei toyens. Vos généraux et vos troupes seront employés. et traités comme le reste de mon armée. Quant à vous, vous désirez du repos le repos vous est dû; quand on a supporté, pendant plusieurs an nées, le gouvernement de St. Domingue, je conçois qu'on en ait besoin. Je vous laisse maitre de vous retirer sur celle de ves habi=« tations qui vous conviendra le mieux. Je compte assez sur l'atta ghement que vous portez à la eolonie de St. Domingue, pour croire que vous emploierez les momens de loisir que vow aurez dans vetre

retraite, à me eommuniquer vos vues sur les moyens propres à faire refleurir dans ce pays, le commerce et l’agriculture.

Aussitôt que l'état de situation des troupes aux ordres du général “Bessalines me sera parvenu, je ferai connaître mes intentions sur Ja position qu'elles doivent occuper. Vous trouverez à la suite de cette letire l'arrêté que j'ai pris pour détruire les dispositions de celui du 28 Pluviôse (17 Février) qui vous était personnel.

AA (Signé) LECLERC.

Toussaint en recevant cette lettre qui ne l'obligeait pas à se rendre auprés de Leclerc, [ui demanda cependaut une entrevue au pied du Mornet. Il communiqua à Dessalines la lettre qu'il avait reçue, et lui annonça la détermination qu'il avait prise de faire sa soumission, gontraint par la trahison du général Christophe qui, dégarnissant le cordon du Nord, le mettait dans l'impossibilité de continuer la guerre. Dessalines combaltit énergiquement sa résolution. Les nègres, Îui ditil, se soulèveront un jour en masse contre les français; si vous faites use guerre de partisans, vous hâterez le moment de cette insurrection générale dont vous deviendrez le chef. Ces paroles nébranlèrent pas la détermination de Toussaint qui cependant lui “donna l'assurance, qu'aussitôt après le débordement des rivières, il reeommencerait les hostilités, et le conjura, au nom de l'amitié, de se soumettre aux ordres qu'il lui donnerait. Dessalines jusqu'alors trés-devoué à l’ex-gouverneur lui promit de ne pas contrarier ses desseins.

Toussaint eût dû suivre les conseils de Dessalines. Les français lui tendaient un piège dans lequel il allait se précipiter. Quant à …Dessalines 11 ne se montrait si résolu à continuer la guerre que parce qu'il n'aitendait aucun quartier du général Leclerc auquel il avait été signalé comme l'ennemi le plus implacable des blancs.

. Avaut de partir pour le Mornet, Toussaint entendit la messe et gommunia à la Marmelade, Ses soldats, à son exemple, remphrent leurs devoirs de chrétiens. Ils adressérent à Dieu de ferventes prières, pour le bonheur de leur chef. Aux premières blancheurs de l'aube, les trompettes du camp avaient sonné l'air de Diane; touie sa garde sétait agenouillée, et le ciel avait retenti des cantiques à l'Eternel. Cétait un spectacle imposant que celui d'une foule de guerriers inclinant leurs têtes superbes devant le Dieu des armées. Toussaint qui élait fanatique, et se confessait toutes les fois que sa conscience était labourée de quelques violents remords, ne négligeait jamais ces “crémonies religieuses qui se célébraient dans les camps et les casernes, Îl partit de la Marmelade, et atteignit le Mornet où il ne rencontra pas le général Leclerc, eontre son attente. Il ne voulut pas l'y attendre ; et malgré les instances de Morisset et de Gabart,

250 ; HISTOIRE D’HA1TI.—— (1802) qui l'exhortaient à ne pas trop se fier à la loyauté des-blancs, 5 s'élançca sur la route du Cap, accompagné de ces deux officiers, de Placide Louverture, d Isaac, et d’une compagnie de dragons. Ilapprit, en chemin, par une lettre que lui avait adressée Leclerc, que le traité entre la France et l'Angleterre avait été définitivement conclu à Amiens le 23 Mars 1802. [Il rencontra campé sur un des plateaux du Mornet, le général Fressinot, à la tête de quelques troupes eus ropéennes, et de la 10e coloniale. Les officiers noirs et de couleur” de cette demi-brigade l'accueillirent par les plus vives acclamations, et [ui apprirent comment les français étaient entrés à Sto. Domingo il déjeûne avec le général Fressinet qui après le; repas, le serra avec” chaleur dans ses bras. . il se rendit au haut du Cap. H vie, avec étonnement s'approcher de lui le colonel Robüilard, jeune hom-\ me, aive-de-camp de Christophe. Aussitôt que cet officier eut pros noncé le nom de son général, Toussaint lui dit: Je ne veux jamais entendre ce nom. Robillard le salua respectueusement et se retira La soumission de Christophe qu'ii appelait une trahison, fui faisait horreur ; il le considérait comme l’auteur de la dém arche qu'ilétaits contraint de faire. Quand il passa devant Île poste qu'oecupait le général Clervaux, la Ge demi-brigade coloniale- l'accueillit avec en thousiasme. Eñifin il entra au Cap en triomphateur. H fut salué, par de nombreuses salves d'artillerie. Les français laissérent éclater une vive joie. Le prestige de la puissance de Toussaint était dé” truit. Sa soumission quil apportail justifiait celle de tous ses lieu tenants. Ses partisans crurent à Ja sincérité de sa démarche; ils. furent tous découragés, et aucun d'eux ne voulut être plus dévoué” à Toussaint que celuier ne Fétait à lui sa à Après avoir étés le gouverneur tout puissant de la colonie, 1l dédaigna, prétendait- on alors, de devenir le chef d'une bande de partisans. I aima mieux, vivre dans l'isolement, en attendant l’occasion favorable de ressaisren Fautortté. | | # î

Hi fut reçu au palais du gouvernement par és généraux Débelles et Hardy. Leclére était à bord du vaisseau du contre-amiral"Mass ou Aussitôt qu'il us l'arrivée de, Toussaint, il se rendit au palais national, et se jeta dans les bras de l'ancien gouverneur. IL lintoduisit dans une salle magnifiquement ornée. Là, étaient ré" unis le général Villate, Paul Louverture, le colonél de cavalerie Jea 1e | Pierre Louverture, frère de Toussaint, “le chef de bataillon Chancy,* M°° Louverture, Pauline Bonaparte dame Lecleic, les généraux Har=# dy, Dugua et Débelle. Après les complimens ‘d'usage, Toussaint. dit à Leclerc: Vos lettres, général, sont dés monumens de la nobless 31 de votre cœur ; j'accepte les propositions que vous me faites; et si vous m'aviez donné connaissance de vos pouvoirs par un aviso, Das un seui CGup de canon n’eüt été tiré De part et d'autre lon con vint qu'un aviso eut épargné à la celonic gt maux de Ja Le 7

HISTOIRE v'Harrr.(1802) 251

out est oublié, répondit Leclerc; nous travaillerons désormais à la Drospérité de la colonie, moi en rétablissant ordre dans l'administation et les campagnes, vous en m'aidant de vos sages conseils, Car, Bénérat , jentre dans une carrière épineuse que vous avez parcourue avec éclat : : que le Ciel me fasse la mème faveur! Tout l'état-major du nr! Leclerc St au Palais du gouvernement, et l'on remarqaait dans la foule des officiers généraux, Clausel qui déjà était devenu une des gloires és h France.

Les premières dames blanches de la ville formaient un cercle brilint autour de Pauline Bonapar te, et s'entretenaient avec de beaux et jeunes officiers. Ceux-ci ne possédaient pas cette galanterie exquise à faisait ie charme des salons de Versailles, lorsque Marie Anloineite attirait à la cour, par ses grâces et ses profusions, toute fa noblesse de France: la galanterie révolutionnaire perçait par intervailes. La Sœur du 4* Consui captivait par sa beñuté l'admiration générale. Mais, à l'étonnement de tous, elle ne partageait pas la gaieté qui régnait äutour d'eite. Sa physionomie contrastait avec celle des dames qui éttient à ses côtés, par une réserve calcuiée. La mélancolie couvrait Son front cent d'un bandeau enrichi de pierreries; les longues boucles de ses cheveux se déroulaient autour de son eou d'’albâire, ét lincarnat de ses joues avait disparu. Elle parlait avec langueur dé notre climat meurtrier, de la tristesse de notre pays, de l’aspect sombre et monotone dé nos monlagn 1es. Quand reverrai-je la Frances disaitelle , les salons des Tuileries, nos bals, nos opéras, Hos magnifiques promenades, 4 28

La compagnie de dragons commandée par le chef d'escadron Morisect,

Qui avait suivi Toussaint Lour eriure, avail pénétré dans la cour du palais national, et se tenait rangée, le sabre nu, dans une attitude défiante et wenaçante. Leclerc reçut de Toussaint le serment de fiuéline à la France, Aprés lui avoir promis la garantie d'une retrarie honorable, la liberté individuelle pour ses anciens partisans, le maintien dans leurs grades respectifs de tous ses officiers , il l'invita dpasser dans une autre salle où tous les assislans se mirent à table. Après le repas, lorsquil se disposait ‘à sorüir du palais, lon vit Paul Louverture, son frère, qui commandait à Sto. Domingo lors de l'arrivée des français, s'offrir à lui pour | embrasser. Il l'arrêta Pun, geste : Je ne puis, ui dit-il, recevoir les témoignages d'une mitié vulgaire. Les nobles sentimens n'ont jamais fait battre votre Cœur; vous n'avez jamais connu l'héroïsme du dévouement; vous D trahi; j'avais placé en vous toute ma confiance, et ‘javais droit de cowpter sur votre fidélité, car vous êtes mon frère. Aussi êles vous bien coupable? Que nes autres lieutenants aient abandonné, je n'en suis pas élunné; mais vous que j'ai comblé de bienfitsver d'honneurs!!!... Je n'aurais dû apprendre voire soumission qu'après l'entrevue que je viens d'avoir avec le général Leciere.

Vous auriez dû régler votre conduite sur mes démarches, com nous calculons Îles heures sur le cours du soleil. Il fui tourna dos. Il convint avec Leclerc que les généraux Vernet e Charles Bélair seraient employés dans l'armée française. Quant à ce qui Co cernait Dessalines, ce ne fat pas sans beaucoup de peine qu'il obs tnt du capitaine général qu'il fût maintenu dans son grade de di visionnaire ; les français ne pouvaient lui pardonner d'avoir immol tant de blancs. Mais ces massacres n'étaient ils pas inévitables, quand on songe que les indigènes insurgés portaient dans l’âme la convics, tion qu'on voulait les replonger dans la servitude? Ne devaient ils. pas se défendre énergiquement par tous les moyens humainement, possibles ? Du reste Dessalines n'avait fait qu'exécuter impitoy abiement | les ordres de son chef. Si l’histoire doit maudire ces cruautés quë n'étaient que représailles, Toussaint, qui les avait ordonnées 4 en est'le principal coupable. L'ancien gouverneur sortit du Capau milieu des félieitations des généraux français. I atteignit les postes, avancés du général Fressinet; 11 traversa ensuite la plaine du Nos suivi d'une foule d'officiers qui lui firent leurs adieux sur ne | tation Noguës. De part et d'autre l’on n'avail pas été sincère da l'entrevue qui venait d'avoir lieu. Leclerc rêvait déjà aux moyens de faire enlever Toussaint Louverture, et celui ci songeait aux moyens! de soulever la généralité des cultivateurs du Nord et de l’Artiboi nite, aussitôt après le débordement des rivières par les pluies de L'hiver” nage. Quand l'ancien gouverneur parvint à la Marmelade , $le come mandant du bourg le reçut aux détonnations de plusieurs salves d'artillerie. Le lendemain il passa en revue sa vaillante garde d bone neur pour la dernière fois. Il rappela à ses soldats leur courage dans les combats et leur dévouement à sa cause; il leuren témo gna avec émotion toule sa reconnaissance. En présence du come mandant français que Lecierc avait placé dans le Canton, il leur recommanda de servir avec fidélité le nouveau gouvernement. Des. Järises tombèrent des yeux de Môrisset, de Monpoint , . de Magay, et de tous les vétérans de la garde d’ pe, El se OS le mê= me jour dans la .vallée d'Ennery quil avait choisie pour être le lieu de sa retraite. D'Ennery est un bourg pittoresque bâti près d e bords d'une petite riviére.dont les eaux arrosent une campagne riche ei verdoyante. Le chemin qui traverse là nallée est large et om bragé de grands arbres, et les voitures y roulent sans obstac Toussaint réunit autour de lui, dans*ce canton , toute sa fami Il y possédait quatre habitations. Er | Le jour qui suivit sa sortie du Cap, le al Villate qui. avait assisté à la fête célébrée au palais du gouvernement, fut enter sans pompe funèbre , sans honneurs militaires. L'on présondis l'époque, que les colons l'avaient fait empoisonner : personne n'ignos rait le dévouement de Villate à la cause de la liberté générale, Dept 15

Ïà soumission de Toussaint, la présence dans la colonie des officiers fndigènés de réputation contrariait les intérêts français. D'après les instructions qu'il avait reçues de Bonaparte, Leclere aurait pu les embarquer pour France, et les faire placer dans les troupes du contiñent européen. Mais les colons, dont il s'entourait, lé détournérent de celte idée, en lui exposant que l'enlèvement de Rigaud déjà effectué, et celui de Toussaint , les chefs des deux couleurs, sufliraient pour rétablir l'ordre. Ils lui donnérent le conseil dexterminer insensiblement les autres chefs ef de museler le reste des tigres.

Leclere adopta cette politique qui mise en pratique hâtera le triomphe de la liberté. Effrayé des résultats de son système, il voudra en vain en arrêter le développement ; il ne pourra lutter contre cette soif ardente de carnage qu'éprouvaient les colons; il subira leur influence, et sa politique heureusement dévoilée à la masse des indigènes, alors qu'elle était en état de résister aux efforts de la France, fera naître l'Indépendance d'Haïti.

… Le capitaine général fi publier l'arrêté suivant qu'il avait déjà adressé à Toussaint, sous le pli de sa lettre du 4er Mai.

41 Floréal an 10, (ler Mai 1802.) Le général en chef ordonne :

Les dispositions de l’article premier de l'arrêté du 28 Pluviôse dérnier qui mettent le général Toussaint Louverture hors la loi sont rapportées, En conséquence il est ordonné à tous les citoyens et Militaires de regarder eomme nul et non avenu cet article.

(Signé) LECLERC.

Le chef de l'état: major de Toussaint, l’adjudant-général Fontaine, remit, six jours. après la soumission de l'ex gouverneur, à l adjudantcommandant Périn, l’état exact des troupes qui occupaient la Marmelade. Alors finit cette lutte entre Toussaint et les français appelée la guerre détrois mois, parce qu'elle avait duré trois mois, des premiers jours de février au 1° mai. Leclerc se résout , Pour se préparer les facilités d'enèver Toussaint Louverture, aussitôt qu un prétexte quelconque se pré- ‘Senterait, de disperser sur tous les points de l'île les demi- -brigades indigènes, de faire reutrer sur leurs habitations les eultivateurs qui dvaieut été armés. Toussaint, isolé dans la vallée d'Ennery, sera arrêté sans pouvoir opposer aucune résistance.

Dessalines reçut du capitaine général l'ordre de se rendre à St.- Marc, avec les débris de la 4.°, commandés par Gabart. Il entra en cette ville . au milieu des acclamations universelles des indigènes. Il fut extraordinairement flatté par les françäis qui mirent aussitôt tout en œuvre , pour corrompre la 4.° et l’exciter contre ceux qu'ils äppelaient les brigands. Lamartinière reçut Fordre de se rendre aq

254 HISTOIRE D’HAITI.— (1802) Ed 1 Port Républicain, pour y prendre le commandement de la 3.%col6s, biale, Il arriva en cette: ee monté sur un coursier superbe; "1 avait une attitude fiôre, et son chapeau était surmonté d’un brillant panache rouge. Quand il traversa la rue des Fronts-Fonts, il fut assailli par une multitude de femmes de couleur, armécs de pierres) et de bâtons, qui le huaïent, et s'indignaient contre le capitaines général, qui aurait dû, disaient elles , fire fusiller un tel scélérat Elles se ranpelaient sa résistance à la porte de Léogane, et sa ter totive d'incendier la ville, à l'arrivée des français. 41 les ft rentretn dans lordre par son sang froid et sa fermeté. Le Port-Républicai était alors une ville entièrement dévouée à la France. Les généraux Boudet et Pamphile de Lacroix le trailérent avec distinction. Nous le verrons rendre aux français us grands services qu'à Tous: | saint Louveriure. + Les casaques ronges , qui formérent plus tard la 44e demie brigadi coloniale, furent envoyés aux Gonaïxes. Le bataillon des grenadiers @ la garde d'honneur de Toussaint fut acheminé sur Plaisance “oi commandait le général Clausel qui venait d'être nommé général der division. Les deux escadrons de la garde d'honneur, commandés, par Monpoint et Morisset , refusant de se laisser incorporer” dans [a .gendarmerie, furent licenciés. Les troupes coloniales étaientu PR Rats aux lieux de leurs cantonnemens. Les draps de la gars. de de Toussaint, devenus laboureurs, s'étaient répandus dans le can= ton d'Ennery, prêts à s'insurger au premier signal de leur anciens chef. On fit rentrer dans les villes les pièces d'artillerie qui avaien ‘| été trainées dans NAREU par les insurgés. Les arsenaux reçus rent plus de cent canons de différens calibres. 5. 7840 s 4

Quelques semaines après, Leclerc déclara ,. par un Arrè

du 42 Prairial, an 10 ( 2 Juin 1002 ), que l'armée françai étant une , l'a rmée coloi siate cesserait d'exister séparément, el serait incorporée dans lex troupes européennes. D'après cet arrêtés les gardes à pied de Toussaint formèrent trois CES de cent honimes chacune et furent appelés guides du: Nord, s les ordres du colonel Magny; les 4°%° et 2° demi- brigades coll niales formèrent le 4° bataillon de la 44° légère ; les deux bataitlent de la 4° coloniale, sous les ordres du général Dessalines, compo: sèrent le 3° bataillon de la 5° légère; : le deuxième bataillon de 198% de ligne fut formé des 5°et G° coloniales; la 7° coloniale compos le 3° bataillon de la 81° de ligne; la 8° coloniale composa le 2° bataïllom de la 3° légère ; la 9° coloniale forma le 2° bataillon de la 74° de lignes la 8° coloniale ‘composa encore le 3° bataillon de la légion expéditions paire; le bataillon de la 4° coloniale , cantonné à Jérémie, forma . 9* bataillon de la 90°; la 3° demi brigade coloniale, et. le 4% batail S lon de la 44 coloniale formèrent le 9° bataülort de la 68°; de £* bataillon de la 44° coloniale forma le 8° bataillon de la légi on

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HISTOIRE D'HAÎTI.—(1802,) | 255 A .

de la Loire; le 2° bataillon de la 41° coloniale et celui des Casa. ques Rouges, composèrent le 4° bataillon de la 7° de ligne ; la 49° coloniale forma le 2° bataillon de la 19° légère.

Les généraux français, d'après une ordonnance de Leclerc, publiée par le général Dugua,i chef de l'état major de l'armée, pas- Sérent en revue sur tous les points de l'île, les troupes coloniales, et vérifièrent les brevets de nomination des officiers. Les grades qui avaient été donnés par Toussaint Louverture depuis le 17 Plumiôse an 10 (époque de l'ouverture de la campagne }, furent déclarés nuls, en contravention aux conditions de la soumission de Toussaint. Ce fut ainsi que Chancy, neveu de Toussaint Louverture, qui avait été nommé chef de bataillon, après le débarquement des. français, redevint capitaine.

Le calme et l'ordre se rétablissaient dans la das après de si “iolentes convulsions et de si grands excès; l'influence de Toussaint était presque éteinte; la plupart de ses lieutenans qui l'avaient trahi ne woyaient pour eux , de sûreté, dans l'avenir, que dans sa ruine complète. La prépondérance métropolitaine était rétablie. Si le gouvernement de Bonaparte s'était montré sincère envers les indigènes, sil n'avait vu en eux que des citoyens libres comme ceux des dépertemens de la Môre Patrie, si aueun acte tentant au rétablisse- “ment de l'esclavage n'avait été fait, la colonie serait demeurée pour {oujours à la France ‘qui eût trouvé dans les noirs et les hommes de couleur un dévouement sans bornes.

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