‹ Histoire d'Haiti (volume 2)Chapitre 20 sur 47 · LIVRE VINGTI-SEPTIÉÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGTI-SEPTIÉÈME

Fe

Sommaire Une gazette officielle est imprimée au Cap.—Départ du général Bou det pour les Iles du Vent —Rochambeau le remplace dans l'Ouest —HLes US féroces de Rochambheau se manifestent.— Hettre de Rochambeau concernant les

hommes de couleur. — Leclerc, au contraire, s’eflorce de prouver ses bon . CC , , « . LL

nes dispositions envers les indigènes. — Colons qui forment, au (Caps Des F

Là +]

le eonseil particulier de Leclerc.— Leur projet de l’extermination des indigènes: — EPenézech, préfet colonial, s'oppose à leur projet. Commencement du. désars, mement —Leclere se retire à Pile de la Tortue.— Sylla, qui occupe les mornes de Plaisance, refuse de reconnaître l'autorité de Lecierc.—Celui-ci s’en plaint an T'oussamt.—Réponse de T'oussaint.—Mort de Lubin Golart —Leclerc fait attaquer Sylla par Clausel qui est repoussé.— Leclerc revient au Cap.—I1l y mande Des salines —Il sonde ses dispositions à l’éoard de Toussaint—[La fièvre jaune #6 manifeste —ÆEmbarras de Leclerc-—Il se détermine à arrêter Toussaint Louvers ture.—Il consulte à ce sujet Christophe, Maurepas et Clervaux.—Réflexions den Foussaint Louverture, sur la déportation de Rigaud.—On lavertit de se tenir SU ses gardes.—Ses relations avec l’adjudant-général F'ontaine—$Ses lettres intercep tées.— Arrestation de Fontaine. Moyens qu'emploie le général Brunet pour par venir à arrêter Toussaint — Toussaint est arrêté sur l’habitation Georges près des Gonaïves. Il est conduit en cette ville où il est embarqué sur la frégate la Créole — Il est conduit dans la rade du Cap où il esttransbordé sur le vaissau le Hé” ros.—Ses paroles au capitaine du vaisseau. — Î[ arrive en France. — Exécution. de l’adjudant-général Fontaine.— Proclamation de Leelerc annonçant à la colon nie la déportation de T'oussaint.— Conduite perfide de Dessalines envers Tous samt— Convocation au Cap d'un conseil colonial.— Le conseil est présidé pat

Bénézech.—Mort de celui-ci.—Paroles courageuses de Christophe dans le conseil.

sur

LA HISTOIRE D’HAÎTI.—(1802) 257 contre le système colonial —TLoi du 20 mai 1802, qui rétablit l'esclavage. — Fin des séances du conseil colonial Mort de Hardy. — Mort de Débelle, —- Noble conduite de Dévant. — Des hommes de couleur du - Port-Républicain et de la Croix-des-Bouquets vont joindre Lamour Dérance.—Pamphile de Lacroix prend le commandement du département de Cibao 2 Toussaint débarque à

Landernau. —Il est conduit à Morlaix ; de 1à dans la forteresse de Joux.—$Sa eaptiviié —Circonstances de sa mort—Jugement porté sur Joussaint.

Le capitaine-général, délivré des préoccupations que lui avait données la résistance de Toussaint, songea à réorganiser l’administration générale de la colonie , et surtout à se défaire de l’exgouverneur le plus tôt possible. IL ordonna le 15 Prairial an 10, (5 Jum), qu'une gazette officielle füt imprimée au Cap. Cette «feuille devait donner au public les ordres et arrêtés du capitainegénéral, les nouvelles étrangères, les avis, les notes concernant Jagriculture, le commerce, les arrivages des poris, les prix des denrées tant d'importation que d'exportation. Dans son premier numéro, elle célébra les succès du gouvernement, approuva Îles mesures qu'il prenait , et promit à la colonie une administration douce et libérale. 11 fut permis aux citoyens du Port Républicain, des Cayes et de S.to Domingo d'imprimer dans leurs villes respecives , des feuilletons contenant seulement des avis de con:merce.

A cette époque, la nouvelle des convulsions qui tourmentaient encore les îles du vent, arriva à St Domingue. Leclerc commit aus- : silôt une des fautes les plus graves de son gouvernement : ïl envoya le général Boudet à la Guadeloupe, au secours du général Richepanse que l'immortel Delgresse, homme de couleur, était sur le point d’exterminer. Boudet était parvenu, par la noblesse de son caractère, à capter la eonfiance de la plupart des indigènes de l'Ouest. Il fut remplacé dans son commandement par le général Rochambeau, dont la haine implacable contre les hommes de cou- “leur s'était manifestée depuis plusieurs années. * Les mulâtres ne

* Philadelphie, le 6e. jour du 3e. mois de l’an 3e. de la République Française, une et indivisible.

Dtien RocnamBeau, général de division, au Conseil Exécutif

s provisoire de la République. Je vous envoie, citoyers Ministres, un exemplaire d’une lettre qui m'a “été adressée par un des centre-révolutionnaires de St-Domingue , réfugié Sur le continent. Cet homme a été déporté par le commissaire Sonthonax, pendant nion séjour passager dans cette colonie, pour ses menées aristocratiques, et j'ai approuvé de toutes mes facultés cet acte de sévérité,

Toutes les grandes villes des Etats-Unis sont peuplées de cette tourbe. A Philadelphie,, ils forment la société intime du rinistre de la Répubhgue, et influent particulièrement sur ses déterminatinns ; la guerre est donc “ouverte entre cette clique et moi. Elle prodigue des regrets sincères sx

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doutèrent plus qu'il ne fut dans l'intention des français de rétablir” à leur égard le système des vexations et de la tyrannie. Rocham beau, entouré de nombreux colons qui l’incitaient à mettre en pra tique les inspirations de son âme féroce et méchante, parlait har-« diment de dresser des potences dans toutes les villes et bourgades. de l'Ouest. Des plaintes furent portées contre lui au capitaine général. Celui ci le blâma sévèrement et lui fit dire que le moment de terrifier les populations indigènes n'était pas arrivé, quelles” avaient, au contraire, besoin d’être encore ménagées. La présence de Leclerc dans le Nord contenait les tendances liberticides des co- Jons de cette province qui ne rêvaient qu'au rétablissement, officiel de la servitude. | | , Leclerc ne voulant prendre aucune mesure de rigueur contre les" indigènes, avant l'arrestation de Toussaint, ne craignit pas de s'ats tirer toute l'animadversion des colons par un acte qui produisil SUE les troupes noires el jaunes une impression tout-a-fait favorable à - la cause métropolitaine. Un colon blanc, du quartier des Grands: Bois , ayant rencontré , au Cap, un officier noir de la 10 coloniale, du Mirebalais, qui avait été son esclave , larrêta au Milieu de la rue et lui arracha l’épaulette en disant : « Misérable ne a Sais-tu pas que les temps sont changés? Ne devrais-tu pas être « aux Grands Bois sur mon habitation ?» Au: même instant un chef d'escadron français, de l'état major du capitaine général, parfaite ment instruit de la pohtique que suivait, dans le moment, le gou= vernement, vint à passer. Quoi! dit-il, au colon ; tu oses arracher à ce brave son énaulelte; ne sais-tu pas que la République Frans çaise a détruit l'esclavage partout où elle a planté son drapeau ? I

la mort de Robespierre. Elle déchire les commissaires Polvérel et Son thonax qui les ont châtiés et punis. Elle jette feu et flamme contre le décret juste et politique quia été rendu sur l’affranchissement des africains, et cependant ce sont les européens et l'espèce noire qui sauveront les colonies

Vous observerez , citoyens, que je compte peu, dans na manière de Soir, sur les hommes de couleur, tandis que j'ajoute un grand degré de confiance dans les noirs ; ces derniers sont moins vicieux, plus bram ves , plus sobres et surtout plus reconnaissants du bienfait de la libertén que les premiers. | ù

| Signé, D. ROCHAMBEAU..

C'est ce même Rochambeau qui, en prenant les rênes de la colonie," après la mort de Leclerc, fera aux noirs et aux hommes de couleur une guerre d’extermination, les fera dévorer vivants par des chiens, les fera noyer, liés les uns aux autres, dans toutes les rades de la colonie“ C’est ce même Rechambeau qui dira que les blancs ne doivent communi= quer avec les noirs que pour les détruire, comme des bêtes féroces;-quim prétendra, quand il demeurait stupéfait de leur héroïsme au milieu dés tortures , qu'ils ne sentaient pas la douleur, et qu'ils avaient la peau plus dure que celle des autres hommes. | 1

x Le

Histoire D’uArti.—(1802) 259

tonduisit l'officter noir au palais national, et raconta à Leclerc la scène dont il avait été témoin. Cette circonstance répandue dans la ville fit éclater la plus vive indignation parmi les troupes coloniales ét une défiance marquée à l'égard des français. Il est donc vrai ; Se disaiton, qu'ils sont venus dans la colonie pour rétablir l’escla. vage. Leclerc se vit contraint, pour effacer l'impression fâeheusé qu'avait produite une telle action: de condamner le ‘colon, malgré les instances des bourgeois blancs, à ètre exposé en placé publique;

pendant. toute une journée, avec un écriteau, et sur lestomac e& Sur le dos, portant ces mots : partisan de l'esclavage. Cette exposition eut lieu un samedi, jour de marché, au milieu d'un peupié

immense de cultivateurs qui couvrirent d'insultes le condamné:

De tous les colons qui comimençaient à former le conseil parti: ulier de Leclere, celui qui se montrait le plus scélérat était un noms

mé Collet. I entretenait avec les anciens roÿalistes du Sud et de.

POuest une correspondance qui ne respirait que l'exterminäation des indigènes de 7 à 50 ans. L’on remarquait au Cap, dans là foule de ces grands criminels, outre ce Collet, Dumas, Domergue, -O'Gorman, ancien officier de la garde d'honneur de” Toussaint , ‘et Eam-= franc, tous blancs , riches planteurs; aux Cayes, Mongin , ancien juge , d'une férocité inouie , Labiche, autre ancien juge qui avait combattu la France, sa pairie , sous les drapeaux anglais, et Dessongards ; au Port Républicain , Desrivièéres, Guieu, Bon, Ango, Baudamant et Saint Cyr, tous blancs. Rues

Le préfet colonial Bénézechi , citoyen vertueux, sincéremént at: taché à la liberté générale, faisait en vain tous ses efforts pour neutraliser les conseils que “les colons donnaient au capitaine-général. S'apercevant que Leclerc n'écoutait pas ses avis , il se laissä aller au découragement, et gémit sur le sort de taot de braves indigènes qui avaient rendu d'immenses services à la mére-patrie, el qui né demandaient qu’à la servir encore , en qualité &e citoyens français. … Le capitaine-général, voyant toutes les populations se livrer aux travaux agricoles, et la plupart pleines de confiance en le nouveau gouvernement, crut qu'il pourrait, sans danger, les désarmer, pour Préparer le retour de Fancien régime. Il ordonna à tous les cultis Nateurs de déposer leurs armes au bureau des chefs lieux ée comunes. Les habitans des eampagnes du département du Sud, qui avaient reçu les français comme des libérateurs, et qui se sentaient entièrement dévoués à la Métropole, ne purent comprendre pourquoi Pon employait cette mesure à leur égard. Le désarmement, qui men fut pas moins commencé, produisit quelques agitations qui heureni aucune sulle sérieuse.

Leclerc venait de 6e retirer à lîle de la Tortue, avec son épouse et sa maison militaire. Il y jouissait des bienfaits d'un heureux limat, lesprit libre des soins pénibles des affaires publiques,

croyant avoir atteint le terme de ses travaux militaires, quand il: apprit que le commandant Sylla, retiré dans les RD de Plaisance, refusait obstinément de reconnaître le nouveau gouvernement. Il adressa aussitôt à Toussaint une lettre par laquelle il le priait d’user de l'influence qu'il exerçait sur Sylla pour le porter à mettre bas les armes. Toussaint lui répondit qu'il n'exerçait aucune Imflu ence sur Sylla auquel cependant ïl avait ordonné de cesser les hostilités, après sa soumission. II chargea néanmoins Placide Louver= ture de remettre une lettre à l'adresse de Sylla, au général Dugua qui commandait au Cap en labsence de Leclerc. Dugua envoya celte lettre au capitaine général qui , au lieu de lexpédier à Sylla, se résolut à le faire attaquer. Après avoir lu cette lettre qui consia*

tait l'influence dont jouissait encore Toussaint sur les cultivateurs,

Leclerc se détermina irrévocablement à l'arrêter. Il ordonna au général Débelle qui commandait au Môle St.-Nieolas d'acheminer sur Plaisance le 3° bataillon de la 9° coloniale, commandé par Lubin Golarts

au bataillon des Casaques Rouges, des Gonaïves, de prendre égae lement fa route de Plaisance. °Le général Clausel devait, à la téten de ces deux corps, diriger une attaque sérieuse coulire Sylla. Les” casaques rouges, arrivés près de Plaisance, déclarérent qu'ils ne se bats tæxent pas contre leurs frères , et se dispersèrent dans les bois.* Le“ 3° bataillon de la 9° perdit à Plaisance son commandant Lubin Golart* qui mourut, ‘prétendit-on , empoisonné par ses soldats. (CGeux ci, quoique soumis aux français, ne lui FAO EEE pas d'avoir con: traint Maurepas à se rendre au capitaine général. Sylla, retranché daus les hauteurs dela Branle » l'EPOUSSA vigoureuscient le général, Ciousei qui l'avait d'abord attaqué avec une demi-brigade européenne. La 9° coloniale rallia les fuyards, chargea à son tour, et” débusqua l'ennemi qui se retira en bon ordre à la erète de la mon“ tagne, dans une position inexpugnable. Clausel rentra à Plaisance. sans avoir obtenu un complet succès. Il existait donc un noyau d'insurrection dans le sein du département du Nord. Leclerc sentit” que l’ordre était loin d'être rétabli ,et qu'il se repesait sur un vols can mal éteint. Il abandonna les plaisirs auxquels il se Hivrait à Ha Tortue et revint au Cap. 11 y manda le général Dessalines, le plus” audacieux des chefs indigènes, qu'il voulait gagner entièrement au parti de la France. Quand il entra au Cap Dessalines reçut l'accueil le plus flatteur de la population noire ci jaune. Les français vi rent avec douleur celle vénéralion qu'inspirait un homme encore couvert du sang des blancs. Il fallait que Leclere se sentit biens faible, pour qu’il se décidât à placer sa confiance en un guerriers dont il ne voulait pes recevoir [a soumission, il n’y avait HA quelques semaines.- Le prestige du nom français était déjà détruit»,

* On les appelait Easaques rouges parce qu'ils portaient des habits me

HISTOIRE D'HAITI. (1802) i 261

4 avait remarqué que les hommes de couleur et les noirs, anciens partisans de Rigaud, qui l'avaient aidé à renverser Toussaint Louveriure, se montraient disposés à s'opposer vigoureusement au rétablissement de la servitude. Il songea à gagner les anciens généraux de Toussaint, pour les opposer au nouveau parti qui se formait. J1 pensait qu L obtiendrait d'autant plus facilement ce résultat que des partisans de Toussaint étaient odieux. aux. partisans de Rigaud, Mais tous les moyens qu'il emploiera seront sans succès ; la conduite du général Hédouville dans la colonie avait dessillé tous les D: et. le sentinent de la liberté réunira tous les indigènes sous le même drapeau. Dessalines le trompera ; il accueillera toutes s faveurs, afin de pouvoir donner une direction à. Ja population, a protéger contre Îles français tout en les servant, attirer Fattention £onérale , préparer secrètement une insurrection dont il se fera pro- Clamer le chef. Onverra son ambition se développer prodigieusement; il auéantira, à l’aide des français, tous ceux des indigènes qui pourront Jui disputer le commandement en chef, et il «acquerra sur les sions un pouvoir sans borncs. Le générai Pamphile de “Lacroix, qui avait été remplacé au Port-Républieain par le général Dévaut , le reçut au Palais National avec les apparences de la cordialité. En l'abordant , Dessalines lui dit d'une voix altière : « Je suis le général Dessalines; dans des circonstances malheureu- Ses, Jai souvent entendu parler de vous, » Les généraux français virent en lui, comme ils le dirent plus tard, un barbare sauvage qui paraissait plus orgueilleux que repentant de ses faits. passés. Leclerc l'accueillit avez affabilité. HE lui dit quil comptait sur son énergie pour l'extermination des brigands et le maintien de l’ordre. Le tonnerre les pulvérisera, répondit Dessalines. Leclere lui fit don dune maguifique paire de pistolets, d'un beau sabre d'honneur et de 800 piastres. Le capiiaine- général lui demanda si Toussaint ne Davait pas engagé à ne pas se soumettre à la France. Cette question surprit Dessalines qui répondit affirmativement : l'éloignement de Toussaint de la colonie ne pouvait désormais que lui être agréable. Le dévouetnent à ia cause de son ancien chef était alors con- {raire à ses intérêts. Toussaint était déjà oublié. Dessalines, dans celte € éhtrevue, se montra heureusement indifférent à son sorts SI Sétait apitoyé sur lur, il aurait été arrèté et embarqué pour Fran- “ce. Leclerc le vit disposé à ne pas contrarier l'arrestation de l'ancien gouverneur, et à combattre ceux qui prendraient les armes pour F, venger. s° Dessalines partit du Cap, et se rendit à St.-Mare. Malgré les succès des français, le commeree langussait dans le Nord et l'Arlibonite. Quand les bätimens de guerre anglais ou amé-

“ * Dessalines, en effet, arrêta et fit exécuter au Cap Charles Bélair qui $e souleva plus tard pour venger Toussaint Louverture.

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ricains venaient mouiller dans les ports de la colonie, les autoritéél françaises, qui avaient le sentiment de lour faiblesse, comblaient de politesses les officiers étrangers et leur donnaient de brillantes“ fêtes. Cette courtoisie provenait du besoin que lon pouvait avoir, d’un moment à lsutre, des secours des gouvernemens étrangers; ê contre les indigènes, auxquels n’échappait pas l'inquiétude des français. Les troupes européennes commençaient à être moissonnées. par la fièvre jaune ou le mal de Siam. La peste s'était surtout, déclarée au Cap et au Port Républicain, Les hôpitaux furent en combrés de malades. Un grand nombre d'officiers européens péris= saient chaque jour. H fallut les remplacer : le gouvernement fut d'abord très-embarrassé; il avait incorporé dans les demi brigades! européennes toutes les troupes coloniales. (Comment, sans exciter" : le mécontentement des indigènes, ne pas remplacer les officiers supérieurs blancs qui avaient succombé , soit dans les combats, soit. par la peste, par des noirs et des hommes de couleur ? Cependant | le capitaine général, se défiant des troupes coloniales, refusa de donner aux indigènes , dans les troupes blanckes, des grades de colonels, de chefs de bataillon et mème de capitaines. Déjà le. soldat européen , que le contact des eolons avait corrompu, mépri=. sait Îles officiers supérieurs noirs et de couleur auxquels 1h re. fusait souvent d'obéir.

L'on ne doit pas attribuer à l'incapacité ces fautes graves commi-. ses par le général Leclerc. Il avait reçu l'ordre du Premier Con sul de tenter le rétablissement de l'esciavage ; il ne pouvait donc pas donner de l'influence à des hommes qu'il se proposait de remettrew un jour en servitude. Tous ses acies au contraire devaient tendre

les éloigner .des fonctions civiles et militaires. ;

FUye peste redoublait d'intensité: les partisans de Toussaint qui eurent l’imprudence de s'en réjouir hâtèrent la perte de leur chef Les dragons de l'anciense gardé d'honneur qui avaient été licenciés" et qui s'éläient retirés dat ns le canton d' Ennery, disaient hautement ques leur soumission n’était qu'une suspension d'armes, jusqu'au mois d’Août, Ë époque des pluies et du débordement des rivières. Ges paroles furent rapportées à Leclerc qui résolut de faire arrêter sur le champ Toussaint. Louverture. Le capitaine général manda au Cap Maurepas, Chris= iophe et Clervaux. 11 leur confia son projet. Redoutant les vengeans ces de Toussaint, s'il redevenait général en chef des indigènes, ils approuvèêrent Leclerc. Celui-ci se plaignit à l’ancien gouverneur des” Casaques Rouges qui avaient refusé de marcher contre Sylla. Tous: gaint qui n'avait aucune relation avec les officiers des Casaques Rous. ges se montra offensé de la lettre qu'il avait reçue. Il répondit à Leclerc qu'il trouvait étrange qu'on put lui supposer l'intention den recommencer les hostilités avec le bataillon des Casaques Rouges Isaac fut chargé de remettre sa lettre au capitaine général, Quand Le

HISTOIRE D'HAITI.—()802) | 865 arriva au Cap, le général Leclerc lui mit sous les yeux plusieurs letiresde Dessalines par lesquelles celui-ci accusait Toussaint d'avoir été l’auteur de la défection des Casaques-rouges.* Les fréquentes wisites que l'ancien gouverneur recevait sur l'habitation Sancey d’une foule d'officiers français continuaient toujours. On le comblait de politesses, et on lui donnait l'assurance de la bienveillance du gouwernement français. Plusieurs de ces officiers s'efforçaient adroitement de le porter à ss épancher pour lui arracher quelques paroles susceptibles de le compromettre. Ils lui annoncèrent la déportation du général Rigaud. Il leur dit: c'était contre moi qu'on l'avait fait venir ici; ce n'est pas pour moi qu'on l’a rembarqué; je plains son sort. La garnison européenne d Ennery lui rendait les honneurs Militaires toutes les fois qu'il sortait de sa demeure pour parcourir le canton. Plusieurs officiers blancs qu'il avait gagnés par de grandes largesses l’avertirent qu'il eut à se défier du général Brunet qui vebait d'arriver aux Gonaives. Le général Paul Louverture, son frère, Pengagea , par une lettre, à voir le général Vernet, qui avait un secret de la plus haute importance à lui confier. Tous ces avertis semens n'ébranlèrent pas la confiance de Toussaint Louverture ; il ne croyait pas que Leclerc pût oser le faire arrêter. Il n'en “continua pas moins ses relations avec plusieurs officiers indigènes, relativement à une insurrection qui devait éclater au mois d'août. Il était activement surveillé par la poliee française. Deux de ses lettres adressées au Cap, à l’adjudant général Fontaine, son ancien Chef d'état major, furent interceptées et expédiées à Leclerc. Dans la première il accusait les généraux Dessalines et Christophe de lavoir abandonné entièrement, et d'avoir sincèrement embrassé le parti français. Mais il ajoutait que la Providence venait enfin à son gecours. (La Providence principal hôpital du Cap). H s'informait du chiffre réel des troupes européennes, des progrès de la fièvre jaune, dela quantité de morts que les français transportaient chaque soie à la Fossette, enfin du moral des troupes.

L'autre était conçue en ces termes:

Au Quartier Louveréure, an 40.

Vous ne me donnez pas de nouvelles, citoyen. Tächer de rester. au Cap, le plus longtemps que vous pourrez. On dit la santé du général Leelere mauvaise, à la Tortue, dont il faut avoir grand: soin de m'instraire. Il faudrait voir pour des a... de la “Nouvelle. ‘Quant à la farine dont il en faudrait comme de cette.

” Li 4 ? .

… * [saac Louverture, fils de Toussaint, actuellement à Bordeaux, dit “dans ses mémoires, page 298, quil a vu les lettres signées de Dessar lines, écrites contre Toussaint. | + y

264 HISTOIRE bite 1802)

dernière, on ne l'enverrait pas sans avoir passé à la Saône, potes connaître le point où on pourrait en sûreté les mettre. æ : Si vous voyez le général en chef, dites-lui que les cultivateurs ne“ veulent plus m'obéir; on voudrait faire travailler à Héricourt, dont le gérant ne doit pas le faire. Je vous demande si on peut gagner

quelqu'un près du général en chef, afin de rendre D.........…. libre: Ii me serait bien utile à la Nouvelle , par son crédit et ailleurs. Faites dire à Gengembre qu'il ne doit pas quitter le Borgne, où il ne faut pas que les cultivateurs travaillent. Ecrivez-moi à l'habitas tion Najac. | (Signé) Toussaint LOUVERTURE. .

Cette lettre écrite de la propre main de Toussaint, d'après les français, ne pouvait être bien comprise que de Fontaine seul. Quant à ce D... dont il souhaite l'évasion, 1l veut parler de Dommage qui était prisonnier au Cap. Le colonel Gengembre, surnommé Trop” Fort, dont 1l est question, avait réellement commandé au Borgnek et y exerçait de l'influence. C'était un officier noir qui avait servi sa cause avee dévouement. L'adjudant-général Fontaine qui se trou:

vait au Cap fut arrêté et jeié en prison. Leclerc écrivit au général

Brunet d'employer les moyens les plus adreité pour arrêter le plus” tôt possible l'ancien gouverneur. Il fut d'abord assez difficile de

lui tendre un piège. Le général Brunet imagina de surcharger le“ canton d'Ennery de troupes M sous prétexte de leur faire respirer un air plus sain que celui des villes, Toussaint possédait. quatre propriétés dans ce quartier. Les habitans se plaignirent amé” rement des vexations que leur faisäient épreuver les soldats, et priés rent l'ancien gouverneur de présenter leurs plaintes au capitaines général. Des soldats français ivres ou feignant de l'être avaient même plusieurs fois insulté Toussaint Louverture. La garuison d Ennerÿ avait cessé de lui rendre les honneurs militaires. Il écrivit à ce sujets au général Brunet. Celui ei fut au comble de la joie en le voyants entrer dans je piège. H lui répondit quille priait de ne pas res fuser de se rendre à un magnifique banquet qui serait célébré aux Gonaives, et qu'il se proposait de s’aider- de ses lumières pour la« répartition des troupes européennes dans les quartiers sains et eul=« tvés de la colonie. Eh bien! sécria Toussaint: « Les voici, ces blancs, ces français, qui savent tout, qui parlaient de m arrèter 4 réduits à implorer mes conseils. » La confiance de l'ancien gouver-. neur en son étoile le perdit. Il ne croyait aux français ni l'audace, ni là puissance de l'arrêter. Mais son influence était anéantie; Iles populations avaient porté ailleurs leurs regards; l'ambition de ses" principaux officiers s'était développée; sa présence dans la colônien inquiétait non seulement les français, et les indigènes ci devant ris gaudins qui redoutaicnt ses vergeanees, mais encore Christophe"

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Clervaux, Maurepas qai s'étaient soumis à Leclere avant lui. Quant à Dessalines, son ambition s'était élevée jusqu’au souverain pouvoir. Larrestation de Toussaint était devenue un sacrifice que commandaient tous les intérêts, même les plus opposés. Cinq semaines d'isolément avaient suffi pour faire perdre de vue Toussaint Louverture.

L'ancien gouverueur se transporta sur l'habitation Béranger , d'où il devait se rendre directement aux Gonaives. Mais il rencontra sur Phäbitation George contiguë à celle de Pougaudin, le général Brunet qui était venu à sa rencontre. Le général français le reçut avec distinction dans une des chambres de la maison principale. Je suis heureux, lui dit Brunet, qu’une pareille occasion me procure Pavantage de vous revoir, d'apprécier vos talens, et de soumettre à vos lumières les plans que j'ai formés pour la répartition de nos troupes sur différents points de lile.—Mes connaissances sont bien bornées ; cependant je puis donner quelques renseignemens sur les loealités, répondis Toussaint, dissimulant son orgueil et son amourpropre flatté : le général Brunet était profondément incliné devant lur. À un signal donné, une vingtaine d'ofliciers français entrérent dans la salle, désarmérent les indigènes qui ne s'attendaient pas à cette trahison. Toussaint dégaina son sabre, et attendit avec intrépidité “ceux quil prenait péur des assassins. Un aide de camp de Leclerc, nommé Ferrari, se présenta devant fui, la pointe de son épée renersée , et lui dit: « général, d'après les ordres du capitamne-gé- …« néral Leclerc, remeitez moi votre sabre ; nous ne sommes pas “ venus pour vous faire du mal; nous ne voulons que vous arrêter. » L'infame trahison ! s'écria Toussaint Louverture; ia justice divine me Yepgera ; Cest ainsi que vous Fécompensez mes services. Îl rernit Son sabre dans le fourreau. C'était le 10 Juin. Le général B'uhet le fit garder à vue pendant le reste de la journée et toute la nuit qui suivit. Le lendemain il le fit garrotter et placer entre deux bataillons de earabiniers qui formèrent la haie. Il entra aux Gonaïves au milieu de nombreuses, iroupes européennes qu’on avait échelonnées , le long de la grande route, depuis l'habitation George jusqu'en ville. Bru- Bet avait pris ces précautions dans la crainte d'èire assailli en che- Min par des bandes de cultivateurs qui auraient pu délivrer le prisonnier. Mais le peuple de ce quartier ne se remua pas. Le coinmandant du port des Gonaïves, français blanchi dans les camps, fut chargé de l'accompagner jusqu à bord de la frégate la Créole mouillée dans la rade. P:ndant qu'on le conduisait vers le rivage, le commaniant du port alluma un cigarre et se mit à fumer. Toussaint s'écria : Quel est celui qui fume ici? l'odeur du tabac mincommode. Le vieil officier , sans respeet pour le malheur, lui dit avec insolence: Bien d'autres choses t’incommoderont teutà l'heure. Quand il fut arrivé sur le quai, il refusa de s’embar- Qquer, en disant qu'il n'avait pas l'habitude de la mer. Mais Îles

earabiniers français le crossérent rudement , et le forcérent à ea- ,

trer dans le canot, en lui disant: Allons, marche donc, papa Foussaint. * L'on n'entendit pas dans toute Îa ‘foule qui bordait le rivage

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