LIVRE DIX-NEUVIÈME
t se détermine-t-il à envoyer prendre possession de la partie.de lPEst— Décret de l'agent Roume du 27 Avril—Le général Agé est envoyé à Sto. Domingo.—I[l y est insulté. —Il est chassé de la ville —Roume rapporte son arrêté.—Higaud se détermine à continuer la guerre malgré la prise de Jacmel.—Il organise un cinquième régiment —Il ordonne de brûler les villes et bourgs que ses troupes seraient contraintes d’abandonner.—Dessalines -marche sur Baynet.—1! prend ce bourg.—Il marche ainsi que Clervaux sur le Grand-Goûve dont il s'empare—Mort de Reraud Desruissaux —Evacuation du Peti-Goûve par Pétion.—Dessalines prend cette ville—Conduite de Rigaud dans le Sud—Il s'établit à Dufour près du pont de Miragoûne.—D'ssalines attaque le pont de Miragoàne; il est repoussé par Pétion.—Il tourne le pont par l’étang.—Pétion abandonne le nont.— Bataiile déDafour—Rigaud est battu.—Incendie de Miragoñne —Dessalines prend St.- Michel. — Il arrête la marche de son armée.—Le 8 Mai 1800 Toussaint déclare que les ports du Sud sont bloqués —Toussaint tente de faire assassiner Laraque commandant de l’Arcahaie —Il se défait de beaucoup de ceux dont il na plus besoin, Administration forte de Toussaint Louvertare—Ses inquiétudes relativement à la mission de Vincent—Retour de Vincent dans la colonie—Il apporte la nouvelle de la Révolution du 18 Brumaire.—Toussaint est maintenu dans son grade de général en chef.—Il se rend au Petit-Goâve —Il annonce aux habitans du Sud la Révolution du 18 Brumaire.—Bataille du Fond des Nègres. — Rigaud est vaincu.—Bataille d'Aquin.—Piverger prisonnier. —Noble conduite de Dessalines à son égard.—Dessalines prend l’Anseà-Veau et le Petit Trou.—
Ï 28 wisroire D’HAITI.— (1800)
Il revient à Aquin—1l s'arrête devant St.-Louis.—Négociations entre Toussaint et Rigaud—les débris de la légiou de l'Ouest se soumettent à Toussaint — Celui-ci envoie anx Cayes le colonel Vintent.— Rigaud ne peut s'entendre avec Torssaint —Tl veut envoin faire une levée en masse.— Dessalines marche sur St-Louis— Rigaud abandonne les Cayes.—Il part pour létranger.—Entrée de Toussaint aux Cayes —Proclamation du 6 Août 1800.—Dessalines se rend à Jéréinie.—Massacre d’hômmes de couleur et de noirs rigaudins en cette ville. —Massacres au Corail, an Petit-Trou, à lAnseà-Veau, à Miragoâne —Les demi-brigades du Nord, de l’Artibonite et de lPOuest partent pour leurs can: tonnements.—['armée de Toussaint se réunit à Léogane--Dessalines nommé général de division.—Clervaux récompensé. —Massacres des rigaudins prisonaiers à Saimt-Marc et aux Gonaives —Affaiie d'Hambourge Marlot—Son exécution. — Nombreuses arrestations aux Dayes — Nouvelles exécutions de Toussaint.—Chif ire des païtisans de Rigaud immolés pendant et après la guerre civile.
Quoique préoccupé des soins de Ja guerre , Toussaint n'avait pas
néglioé les différentes branches de l'administration. Dans les campagues du Nord et de l'Ouest les cultivateurs étaient contraints au Lravail; le fétichisme et les autres superstitions africaines élaient proscrits, elles principes du christianisme étaient répandus par des prê: tres pleins de zèle. I punissait de mort les voleurs, les impies même. Ne pouvant vaincre luimême ses mauvaises passions, il s'efforçait de dompter eelles dû peuple. Tout en priant Dieu au pied des
autels il ordonnait dés massacres; tout en prêchant la vertu ilcon-.
t'aignait des femmes honnètes à se prostiluer.
Il avait par un arrêté du 4 Janvier 1809 (14 Nivôse an 8) proscril ies danses de vaudoux, les assemblées nocturnes dans les villes, les bourgs ct sur les habitations. Il avait déclaré que ceux quien-
freindraient son arrêté recevraient des puuitions corporellss, et se
raient enShile incarcérés Ces punilions corporelles consistaient à faire courir le condamné entre deux haies de soldats armés de verges jusqu'à ce qu'il succombät sous les coups.
Los municipalités avaient arrèté le 28 Janvier 4800 (8 Pluviôse an 8 ) que les citoyens et les citoyennes quiavaient à leur service
des individus à gages, soit par mois, soit par décades ou par jour,
seratent tenus de les en aviser -et de leur envoyer les noms, âges el professions de ces individus, le montant de leurs salaires. Celui
qui quittait une maison était obligé d'y laisser sa carte domiciliaire et deu prendre une nouvelle. Tous ceux qui n'étaient pas munis d'une carte domiciliaire élaient considérés comme vagabonds et conduits devant les commandans de place qui les envoyaient sur leurs habi-
alious où en leurs demeures à des emplois utiles à la République.
Ces emplois consistaient en des corvées sur les grands chemins ou
dans Îles fortifications.
Pendant le siège de Jacmel le commerce du Cap avait éprouvé
de graves inquiétudes relativement à la suspension des paiemens que PEtat avait à lui faire. Toussaint dissipa ces inquiétudes en po met-
tant par un arrêté que tout ce qui serait légitimement dû au commerce lui serait payé ‘au fur et à mesure que Ja Lrésorerie-générale recevrait des fonds.
D'après ses ordres, l'agent Roume qu'il tenait sous son influence avait invilé le 30 Février (11 Veniôse an 8 ).les citoyens de lacolonie à se réunir en assemblées primaires le 22 Mars { 1° Germinal) à l'effet de nommer des électeurs qui le 20 Germinal (10 Avril) se réuniralent pour nommer des députés de St. Domingue au COrPS législatif. - 11 avait déclaré vu la révolte du département” cu Sud que les départements du Nord et de l'Ouest seuls enverraient chacun deux députés, l’un au Conseil des Cinq Cents, l'autre à celui des Anciens,
Toussaint porta toute son attention sur le quartier de Jacmel qui avait tant souffert pendant le siège. I y fit respecter les propriétés , et n'apporta aucune modification au réglement de culture fait par Bauvais le 44 Nivôse an G et mis en pratique dans toute l'étendue de son commandement. Les principales dispositions de ce réglement portaient que les conducteurs veilleraient soigneusement à ce que les travaux sous prétexte de maladie feinte ne fussent pas abandonnés par les cultivateurs ; que les malades seraient traités aux frais de la communauté et’ne participeraient point aux rovenus pendant tout le lemps qu ls n'iraient point aux travaux ; que les danses de toutes espèces soil de Jour soit de nuit seraient sivérement défendues les jours autres que le nonidi et le décadi, et méme alors quelles ne pourraient être prolongées au-delà de dix heures du soir; que la danse de vaudoux était absolument interdite; que les cultivateurs attachés aux habitations distantes d'une lieucau plus des villes et bourgs ne pourraient entrer dans lesdites villes qu'aux heures de repos des ateliers ; que la journée de travail commencerait au lever du soleil et finirait au coucher du soleil ; qu'il y aurait deux intervailes de repos, le premier de 9 heures du matin à 40 heures; le second de midi à -2 heures ; q ue les cultivatcurs qui ne se soumeltralent pas au réglement seraient envoyés aux travaux publics. Ce réglement était infiniment plus doux. que celui de Toussaint mis en pratique dans Îles dépariemenis du Nord et de l’Artibonite.
Depuis la prise ‘de Jacmel, les louanges les plus exagérées étaient adressées de toutes parts à Toussaint Louverlure. Comme le sue. cès définitif du général en chef n'était plus douteux chacun se hàtait de le couvrir de lauriers. Les feuilles’ du Nord et de FOuest commencérent à se remplir € des plus basses adulations.. Dans de nombreuses pièces de vers on le comparait à Hercule et aux autres demi-dieux de la Fable. Il ne se laissa pas éblouir par ces flatteries, comprit que la guerre était loin d'être terminée, et continua activement ses opérations tant militaires qu'administratives. Aprèsavoir rendu aux habitans de la colonie un compte peu fidèle de la prise
de Jacmel, il déclara que le traître Rigaud avait séduit une grande partie des hommes de couleur et de nombreux cultivateurs, quil avait refusé de s'entendre avec lui pour le bonheur de St. Domingue: Il y eut des fêtes somptueuses dans l'Ouest et dans le Nord: où le parti de Rigaud se liouvait entièrement abattu. Toussaint laissant ecux qui Pentouraient se livrer à Îa joie, jeta un coup-d'œil sur I partie espagnole tout en ordonnant à Dessalines de poursuivre ses succès contre les troupes du Sud qui-ne pouvaient résister longtemps encore à tant de masses réunies. | La colonie espagnole, comme on l'a vu, avaitété cédée à la Francé par le traité de Bâle. Maïs le gouvernement français préoccupé des affaires européennes avait négligé, depuis cinq ans, d'en prendre possession. D'une autre part les troubles qui n'avaient cessé d'agiter St.-Doimngue, de 1795 à 1800, n'avaient pas permis aux admis: trateurs de fa colonie française d'envoyer ‘des troupes à Sto: Bomingo. Le drapeau de Sa Majesté Caiholique flottait sur tous les points de la partie espagnoie. La France u'avait qu'un agent à Sto Domingo, cCtait le général de brigade Antoine Chanlatte, homme de couienr,' celui qui avait joué un si grand rôle lors des premiers concordats des affranchis avec les blancs, et ensuite sous les com: missaires civils. Polvérel et Sonthonax. à Frs On se rappelle qu'après l'embarquement d'Hédouville Foussaint avait fait vouir au Cap Flagent Roume qui était investi de tous "les. pouvoirs natiGnaux. Ce dernier avait délégué pour le remplacer à Sto: Domingo le général Chanlatte. En s’emparaut de la partie delEst Toussaint Louverture voulait augmenter ses forces et ses ressources que la guerre civiie avait considérablement affublies, et prévenirie géuéral Rigaud qui aurait pu y envoyer des députés dans le but d'en prendre luimême possession. | D'un autre côté en y faisant reconnaître son autorité il enlevait au général de couleur la faculté de s'y réfagiér s'il était obligé das handonner Îes Cayes, et d'y organiser un nouveau parti au centre de l'ile. Sa perspicacité lui faisait prévoir ce à quoi Rigaud n'avait Jjemais songé. Cependant Antoine Chanlatte était un ami-politique de Rigaud, son ancien compagnon d armes, et pariageait toute "sa haine contre - Toussaint Louverture. HS Avant Toussaint Louverture , les commissairescivils Polvérel et Sonthonax , en 1793, avaient compris la nécessité de la conquête de la partie espagnole ; car la liberté des noirs proclamée parla France dans la partie “occidentale de l'ile pouvait succomber sous les coups de puissans voisins dont tous les efforts tendaient au rétablissement de l'esclavage. Nous avons déjà vu quedean Françoiset Biassou, à la sotdede $. M. C., n'avaient cessé de faire le trafic d'esclaves pendant la guerre entre la Francetet l'Espagne. « Si l'on cède aux espaguois, aux brigands, avait dit Son- & thonax, ou si Pon mollit devant eux , disons mieux si nous.
* Pre KR Ts HISTOIRE D'HAÏTI.—(1800.) 31
« ne faisons pas la conquête de la partie espagnole, les espagnols « et les brigands envahissent, brûlent, pillent, et dévastent tout. » Sous Louis XIV, en 4698, la France songeant à placer toute l'ile sous sa domination avait offert au gouvernement espagnol un “équivalent à sa possession de St.- -Domingue. En 1640 l'île de Corse avait «été proposée au cabinet de Madrid, et en 1783 laGuadeloupe. Enfin ce fut sous l'influence de tels précédens que le Directoire exécutif proposa à l'Espagne l'abandon de sa colonie de St. Domingue, et obtint d'elle par le traité de Bâle (22 Juillet 1795 ) la partie, de Est, en lui restituant les places prises par ‘la France. Ne voulant agir en apparence que d'après les instructions du Directoire exécutif, le général en chef demanda à l'agent Roume qui s'était toujours soumis À son autorité, un arrêté par lequel :1l fut autorisé à prendre possession de la partie de l'Est. Roume pour la première fois lui résista très-énergiquement. Effrayé de la puissance de Toussaint Louverture, il voulait entièrement isoler la colonie espagnole de son autorité, et la livrer un jour intacte aux agens de Ja Métropole. Voici comment s'exprime le général Chanfatte relativement aux dispositions de Roume: « Lorsque je fus envoyé pour occuper © ici (à Santo-Domingo ) la place que j'occupe, le citoyen Roume « de qui je reçus mes pouvoirs me parla beaucoup de celle partie « espagnole el me fit tellement connaître le désir qu'il avait de conser- « ver celle possession à la France, quil me dit que malgré les « instances du général Toussaint il ne se décidérait jamais à en demander la prise de possession .....……. . ajouta même que forcé « souvent de prendre des détermirnations contre son cœur, on ie « coupeérat plutôt. en lambeaux qu'on ne ui ferait rendre Farrêté . « pour la demande de la prise de possession. » oussaint ne pouvant vaincre Fobstination de l'agent, sè résolut à à employer un moyen qui le contraindrait à accéder à sa demande. Il se rendit aux Gonaives d'où :} organisa un mouvement insurrectionnel dans les environs du Cap. | Peu de jours aprés une révolte formidable éclate au haut du Cap; les insurgés dans leur fureur menacent d' exterminer les blancs; ils disent que leur : liberté va leur Gire ravie, qu'on les trahit, qu'ils ne sont pas plus libres que dans l'ancien régime puisqu'ils ne jouissent que faiblement du fruit de leurs travaux. Roumeelfrayé des suites d'un tel mouvement se rend au milieu d'eux et s’eflorce de les calmer, Als lui demandent en toute propriété la moitié de chacune des grandes habitations , et déclarent qu'ils ne veulent plus iravailler comme des mercenaires. Roume leur dit que leur demande excède ses pouvoirs ; ils lèvent le sabre sur sa tête; * il prend la détermination de mourir et refuse de signer l'acte qu'on lui présente. Alors on l'arrête et on l'enferme dans un poulailler. Dix
* Toussaint avait ordonné à Moyse de ne lui faire aucun mal,
jours environ aprés cet événement Toussaint arriva aux environs du Cap et fit mettre l'agent en liberté, se présentant devant Jui comme son hbérateur. Mais tirant profit. de cette circonstance qu'il . avait fait naître il dit à Roume: « Il faut calmer ce peupleen {u- « reur; ee qui le soulève, c’est moins l'ambition de la propriété que « la juste indignation que lui cause un affreux trafic dont la pro- « vince espagnole est le théâtre : les nouveaux citoyens de POuest « sont enlevés et vendus aux propriétaires d'esclases de l'Est. Wfaut « mettre fin-à cet odieux abus, et pour y arriver prendre possession « de FAudience.» Roume refusa encore de consentir à la prise de” possession de l'Est. Alors Toussaint lui dit: « je puis répondre de « de, votre vie; mais je n'ai pas assez de pouvoir pour empêcher «a ce peuple de se porter sur Îa partie espagnole, et de säcrifier. « à sa “vengeance toule la population de race européenne. »
Alors Roume se détermina quelques jours après à’ rendre l'arrêté. suivant {27 Avr 1800, 17 Floréal an 8.) | :
L'Agence du gouvernement national français à St-Domingue, considérant que l'abus qui s'est introduit en transportant des cultivateurs et autres citoyens de l’ancienne partie française à la nouvelle de St- Domingue a justement excité l'intignation de toute la portion du peuple français résidant dans cette colonie; que le peuple la requis par l'organe de l'administration municipale du Cap de prendre de concert avec le citoyen général en chef en vertu du traité de Bâle et des instructions du gouvernement national les mesures les plus convenables pour” prendre immédiatement possession de la partie cidevant espagnole.
Considérant. que le moyen est récllement le seul qui puisse empêcher la continuation de ces abus, arrête : |
Art. I Le général en chef de l'armée de St Domingueest requis
de donner ordre au général de brigade Agé , chef de létat-major gcnéral de St Domingué dont le patriotisme.et la sagesse sont connus, de se transporter à la partie ci devant espagnole, pour en prendre possession au nom du peuple français avec tel nombre de troupes blanches qué le général en chef croirait nécessaires. | Art. 2. L'Agence prendra de concert avec le citoyen généralen chef les mesures convenables pour instruire le gouvernement et le capitaine général de la partie espagnole de cette prise de possession. et meltre sous sa responsabilité les ordres qu'il devra donner pour ta bonne réception du général Agé et de sa troupe partout où ils se transporteront. : | Ârl. 3. Le général de brigade Chanlatte actuellement employé comme commissaire du gouvernement à la partie ci-devant espagnole ‘exercera provisolrement, dès la prise de possession de la ville de Sto- Domingo ,- les fonctions de délégué de l'Agence dans ladite partie. Art. 4, Îlse concerlera avec Le gouvernement et le capitaine gé-.
LÉ. dd à
, HISTOIRE D’HAITI.— (1800) ue 83 héral, ainsi qu'avec le général Agé, pour que ce glorieux évènement s'opère à la satisfaction de. ous les anciens et nouveaux fran- ÇAIs. 4 | Art. 5. Il maintiendra d’accard avec le général Agé l'exercice du culte tel qu'il subsiste actuellement et invitera les curés et autres ecclésiastiques ? concourir de tous leurs moyens au bonheur public.
Art. G. Le délégué Chanlatte et le général Agé sont expressément chargés d’avoir pour le gouverneur et le capitaine général, et les autres officiers et fonctionnaires publics espagnols tous les égards dus à leur mérite personnel et à leurs grades respectifs, jusqu’à ce qu'ils sortent de la colonie. |
Cet arrêté fut immédiatement inséré au bulletin officiel de Saint- Domingue.
Nous voyons que les considérans n'étaient nullement en harmonie avec les causes qui portaient Toussaint à vouloir occuper la partie de l'Est. Le général en chef*cachait sous les aprarences des intérêts publics ceux de sa profoude politique. D'après lé texte de l'arrêté il paraissait céder au vœu du peuple de l’ancienne partie française.
Agé partit du Cap pour Sanlo-Domingo avec ses guides et quelques officiers. Dés quil y arriva, l'objet de sa mission fut connu. Le peuple laissa éclater la plus violente fureur. On n’entendit de toutes parts que des vociférations contre Toussaint Louverture qui voulait, disait-.on ; se baigner dans le sang espagnol. La foule se rua contre la demeure du général Agé, et fit entendre des cris de mort, tout en déclarant énergiquement qu'elle voulait demeurer espaguole. Les autorités aulieu de s’efforcer de calmer cette effervescence l'excitaient secrètement. Le gouverneur Dôn Joachin Garcia accueillit le général Agé avec froideur, et lui fit savoir qu'il ne pourrait, avant d'avoir consulté le gouvernement de Madrid, lui livrer la colonie espagnole. |
Sur ces -entrefaites le cabilde de S"-Domingo vint annoncer au gouverneur qu'il ne répondait pas de la vie du général Agé sur lequel le peuple lançait toutes sortes d’imprécations, Agé avait été en effet déjà insulté dans les rues ; il avait failli mème d être lapidé. li fut obligé de partir sur les instances du gouverneur ; et des dragons espagnols l'accompagnérent jusqu'aux limites de la partie française. Sa mission n'eut d'autre résultat que de faire éclater les dispo- : sitions hostiles du peuple de S°-Domingo. Son retour subit, le récit qu'il fit de l'accueil qu'il avait reçu , plongèrent l'Agent Roume dans Îles plus graves inquiétudes. Il fut effrayé d'avoir autorisé le général en chef à prendre possèssion de la partie espagnole sans avoir consulté le directoire exécutif. Il craignit que son arrêté n'excitât les espagnols à marcher contre la partie Française, ce qui eût mis Île comble aux malheurs de la colonie, la moitié de l'Ouest étant déjà ravagée par la guerre civile. H se hâta de rapporter son arrêté par
34 HISTOIRE D’uAiTI.— (1800)
un autre acte en date du 27 Prairial an 8 (16 juin 1800), et écrivit au général Chanlatte d'en aviser le peuple et les autorités de la partie de l'Est. Il serait difficile de peindre la fureur de Toussaint Louverture quand il apprit la conduite qu'avait tenue l’Agent Roume. H le qualifia de lâche, de traitre, d'intrigant vendu aux ennemis de la France. Cependant il se garda bien de publier son méconten-
tement, car Rigaud eût pu en proliter, quoiqu il eut déjà laissé lus
échapper maintes occasions d'abatire son rival. Toussaint ne tar-
dera pas à exercer ses vengeances sur TlAgent Roume qui avait.
osé faire acte d'autorité sans le consulter, et se. montrer un moment un véritable agent de la Métropole. Dès lors une mésintelligence secrète s établit entre eux. Plus tard le gouvernement de Bonaparte se déterminera à faire occuper la partie de F Est par un général Français avec des troupes Espagnoles ; mais alors il sera trop tard, car Toussaint aura eu Île temps d'en prendre possession.
Celui-ci” trouvant une résistance opiniâtre dans | Agent Roume remit cette conquête à une autre époque. Il consentit même en apparence à l'envoi, en France, dun Agent chargé de demander autorisation de la prise de possession de l'Est. En même temps le général Chanlatte envoya en Europe l'adjudant général Boyé avec mission d'exhorter le gouvernement Français à ne pas consentir à la prise de possession.
Toussaint ne songea qu'à coutinuer activement là guerre contrée le général Rigaud. Dés "le mois d'Avril 1 avait déploré , par une proclamation, l'aveuglement des citoyens du Sud qui persisiaient à soutenir le traître Rigaud ; il leur avait déclaré qu il ne nourrissait Contre eux aucun esprit de vengeance et quil n'en voulut quà Rigaud seul, Pot erguetlleux qui allait attirer sur eux toutes sortes de malheur I les exhorta à se soumettre sans plus tarder à lPauto:
rité fée s'ils voulaient éviter |: anéantissement de leurs familles
et de leurs biens; il leur dit que si Rigaud lui-même auteur de tant
de maux se présentait de bonne foi devant lui il le recevrait fra.
terneilement.
1 est vrai que la guerre. civile ne continuait encore que par l’or-
guell de Rigaud ; car depuis la chûte de Jacmel il était étident.
pour tous les esprits chairvoyans qu'il devait infalhblement tomber, Le département du Sud qui n'avait pas encore été envahi eût été sauvé de bien gran des calamités s’il avait alors reconnu l'autorité de Toussaint où s'était embarqué pour France.
Mais: le général de couleur attendait avéc impatience le retour à
S' Domingue du Colonel Vincent qui devait, eroyait-il, lui apporter.
l'approbation de sa conduite par Île Directorc lxécutif Se déterminant à continuer la guerre avec une nouvelle fureur il fit former avec les gardes nationaux du Petit-Goâve un cinquième régiment dent le commandement fut ÉOIÈRE au coloncl Renaud Desruissçaux.
fl renforça ainsi l'armée du Sud qui avait déjà perdu. plus du tiers de ses braves soldats. Des ordres furent donnés à tous les commandans de brûler les villes et les bourgs qu’ils seraient contraints d'abandonner , d'anéantir les munitions de bouche sur leur passage, de déraciner même les arbres de manière qu'ils eussent leurs racines en haut, et de n'offrir aux yeux de l'ennemi que l’image de la mort.
Toussaint, de son côté, pendant que le général Agé se dispogait à se rendre à S°-Domingo, avaitordonné à Dessalines de continuer la campagne, de pénétrer dans le département du Sud. Le 22 Avril 4800, les troupes, de Dessalines s'ébranlèrent: Le général noir s’enfonça dans les | gorges des montagnes, guidé par le commandant Conflant , résolu avant d'atteindre le Sud à s emparer de Baynet, du Grand- Goñve ,et du Pteit Goâve, les trois derniers points encore au pouvoir de Rigaud dans l'Ouest. A la tête d’une nombreuse armée il écrasera successivement Ja -petite armée du Sud dispersée sur une grande étendue de pays. Il traversa la Grande Colline et laissa à sa gauche le poste Larivoire qu'occupait l'ennemi. Après avoir atteint le pied de la montagne du Grand-Goûve, il gravit de nouveau la Grande Colline, tourna Larivoire et campa dans Île grand chemin de Baynet. Au soleil couchant, les soldats de la 4° demi bgigade découvrirent sur le sommet d’un morne non loin de la grande route une fortfication inachevée. Ils demandèrent eux-mêmes à aller lattaquer. Dessalines profitant de leur ardeur les lança sur le poste et les suivit avec la 40° demi-brigade. Avant qu'ils eussent atteint le poste ils tombèrent dans une embuscade qu'ils enlevèrent sans brûler une amorce, quoique le fort eut lancé sur eux deux boulets. Quand: ils parvinrent à la fortification ls furent accueillis par de vives décharges de mousqueterie et d'artillerie, Le colonel Dommage à la tête du 4” bataillon de la 4° s'élança à l'assaut ; ses grenadiers le suivirent, pénétrérent dans la res doute par une embrasure où était montée une pièce de 2, sen emparérent. Les fuyards furent poursuivis au loin et He coup de munitions tombérent au pouvoir de Dessalines.
Dans la nuit du 22 au 23 Avril, les Rigaudins évacuërent le camp Larivoire. Ne pouvant se diriger sur Baynet dont les environs étaient inondés des masses de Dessalines , ils se replièrent sur le Grand-Goûve par la Grande Colline. |
Pendant cet intervalle le général Laplume enlevait prés dü Grand- Goûve la position qu’occupait le colonel Faubert; et Nérette à la tête des 8° et 41° demi brigades prenait d'assaut une fortification que défendaient quelques soldats de l'armée du Sud.
Toutes les redoutes qui couvraient le bourg de Pardi ayant été enlevées, Dessalines marcha sur cette place le 24 Avril. (4 floreal). Il était à la tête de 12,000 hommes de la grande armée de Tous-
86 | HISTOIRE D'ITAITI.—(1600) dt saint, formant une division composée des 1%, 2°, 4°, %, 8°, 16 et 44° demi brigades. La 10° était à lavant garde, «Ilsn# avait à Baynet que 150 hommes du 3° régiment du Sud. Cette garnison trop faible pour soutenir un siège , évacua lé bourg après l'avoir brülé. Elle culbuta la 40° de 2,000 hommes qui avait tenté de lui couper la retraite. ‘La lendemain au point du Jour cette demi brigade prit possession de a place qui nétait quun imonceau de ruines. Une. heure après les généraux Dessalines et Laplume y arrivèrent avec un escadron. Ils apprirent que les Rigaudins avaient pris la route des Côtes de fer avec une pièce de 2 en fonte. Ils s'élancérent à leur poursuile avec les 49° et "14° - fournissant 4,090 hommes. ls rencontrèrent à une lieuc de Baynet le bataillon du ‘8 régiment du Sud réiranché dans le grand chemin. Les Rigaudins chargèrent à a baïonetie la 10° demi-brigade , la renversérent , et a virent prendre la faite laissant 200 hommes sur le champ de bataille, La 40° avait surtout été male: traitée par Îles chasseurs de Baynet , jeunes gens adroits tireurs dont presque tous les coups portaient. Dessalines fança la 44° qui fut à son tour complètement battue. Les Rigaudins reprirent position dans leur retranchement. Dessalines ne se. décourageant pas, certain d’éciaser finalemert avec ses grandes masses cette poi: gnée d'hommes, fit avancer les 4° et 7° demi-brigades, et marcha de nouveau sur deux colonnes à la têle de 8,000 hommes contre des troupes déjà épuisées par Île premier succès qu'elles . avaient obtenu. La 4* s'élança sur la pièce de 2 et lenleva après avoir perdu un ecnt de ses grenadiers ; Îes autres corps entrérent cn même temps dans la redoute et se fivrérent Lont de sutle au pillage; quoique Îa cavalérie eut vigoureusement chargé les fuyards elle ne put les empêcher de se rallier à une lieue du champ de bataille. Bressalines suspendit sa marche, et rentra à Baynet pour laisser ses troupes sc refaire un peu. Du 22 au 24 Avril, 1 était tomb5 en son pouvoir 2 piéces de 2 en fonte; 32 obus de six pouces; 8 pièces de 8; une pièce de 6 sans tourilion ; 3 pièces de 4 en fer; 3 caronades de 32 pouces en fer; 42 picrricrs ; 103 boulets de 8 ; 50 sacs à mitraille de 2 ; 19 boulets de 6; 40 bouicis ramés de 6; 24 boulets de 4; 400 fusils. + 't Dessalines, maître de toute la côte méridionale du département de l'Ouest, se détermina à remonter vers la côte Nord pour forcer le Cordon du Grand-Goûve que commandait Faubert, et pénétrer ensuite dans le département du Sud par le pont de Miragoâne. Le 28 Avril (8 floréal) ül perl de Baynet, marchant sur deux - colonnes et se dirigeant vers la moniagne du Grand-Goâve où étaient établis les postes avancés des Rigaudins. | En mèêmo temps le général Clervaux qui était demeuré campé à
Boflevue, près de Ltogane, pendant tout lé siège de Jacmel, sa, mit en marche sur Île Gran: A-Goûve , avec les 6° et 9° demi brigades. Les troupes du Suit devaient être assaillies en mème temps par toute l'armée de Toussaint. Les chefs des bandes de la montagne de Jacmet, Lafôrtane ot Conil, après avoir traversé le quartier de la Vallée, marchérent aussi sur le Grand. Goûâve; plusieurs bâtimens de guerre appareillèrent. de Léogane ee aller bloquer le port du Pelit Goâve. Si Dessaiines avait osé placer une division entre cetle dernière ville ct le pont de Miragoâne, l'armée du Sud aurait été anéantie en entier. EH était impossible que mille ou douze cents homme es qui sentaiont que là fortune se tournait contre eux, pussent résister, n'importe leur héroïsme, à un tel déploiement de forces.
Les Rigaudins étaient au cordon du Grand Goûve sous les ordres des Pétion, des Faubert, des Geffrard, des Renaud Desruisseaux et des Delva. Le 28 Avril au soir l'armée de Dessalines s'arrêta à Clavil. La première colonne sous les ordres de Nérette était tombéc dans une embuscade où elle avait perdu Deaucoup de monde ; la seconde que commandait Laplame n'avait rencontré aucune résistance. Dessalines passa à Clavik Ja journée du 29. Le 30, ma]gré d'abondantes pluies, et au travers de chemins presque impraticables, 1l atteignit l'habitation Chéridan. Le 4er Mai, 11 ‘floréal, continua sa marche; quand il arriva près du Grand-Goûve il passa sous le feu d'une embuscade, et son avant-oarde fut très mal. traiée. Get échec ne l'arrêta pas et il parvint sur le sommet d'un morne d'où il découvrit, dans la plaine, le bourg du Grand Goäve bâti près du rivage de la mer
Son gvantigarde composée de la 4re demi. brigade sous les ordres de Christophe, fut de nouveau attaquée par Figaro , à la tête d'un cent de eultivatcurs qui furent repoussés avec perle. Mais le colonel Renaud Desruisseaux qui s’avançait à la tête d'un bataillon du 5° régiment du Sud , nouvellement formé, ræla Îles fuyards et se présenta sur le champ de bataille. H attaqua avec impéluosité l'avant-garde de Dessalines, l'enfonça et la mit en pleine déroute. Christophe perdit plus de 200 At ge Dussalines réunissant toutes ses lroupes, ét donnant la droite à la 2e demibrigade, les poussa contre les Rigaudins. Renaud ion. assailli de toutes paris, soulint avec courage le choe de ces masses innombrables pendant plus d'une heure. Mais il tomba atteint d'une balle à la tête. Dessalines ne put cependant rompre ce bataillon du 5° régiment qui fit. une hanorable retraite ‘emportant son chef qui ne cessait de donner des ordres. Le 5e se retira au Grand- Goûve;. il avait perdu la plupart de ses officiers. Les Rigaudins resserrés de tous côtés détruisirent toutes les fortifications du bourg, le livrèrent aux flammes et l’abandannérent. Sur leur passage ils incendièrent plusieurs Propriétés ;
quant à celles du Tapion ils les livrérent toutes aux flammes:w#lls: s'arrêtérent au Petit Goâve. Là mourut le brave Renaud Desruis: seaux des suites de sa blessure. Il fut enterré avec pompe au cens tre de la place d'armes, au pied de l'arbre do la liberté. 1h fa victime de son dévouement à la personne du général Rigaud; car maintes fois il avait dit que cette guerre civile avait son origine dans le patriotisme aveugle de:son général qui n'aurait dû S'armer contre Toussaint Louverture que d'après des instructions précises du Directoire exécutif,
Rigaud qui se trouvait au Petit-Goâve, lui donna quelques larmes et confia au colonel Delva le 5e régiment. LI donna à Pétion le commandement de l'armée et partit pour les Cayes. |
Dessalines avait acheté chérement sa victoire; il avait compté 609 hommes tués et plus de 400 blessés. Il entra au Grand-Goâve : qui n'était plus qu'un amas de cendres. Il en partit le lendemain, 2 Mai, 12 floréal, et arriva sur l'habitation Valué où lennémi avait passé la nuit précédente. Quand il reprit sa marche, son avant: garde, composée de deux bataillons de la 4e, fut assaillie par le. feu d’un camp assis sur le sommet d’un morne qui dominait le grand chemin. Le colonel Dommage s'élança contre l'ennemi et le dispersa dans les bois. Dans la même Journée Dessalines atteignit l'habitation Dantis Pellé d’où 1 découvrit le Petit Goâve. Un nombreux corps de cavalerie formait son arrière garde; Iles succès qu'il obtenaïit depuis la prise de Jacmel avaicut fait naitre dans son armée un vérliable enthousiasme ; chacuu avait hâte de voir se terminer ‘une guerre si sanglante. | 1
Dans la soirée du 2 Mai Pétion ayant reconnu limpossibilité de se maintenir au Petit-Goâve fit commencer à 8 heures du soir un feu soutenu de mousqueterie qui força Dessalines à se tenir sur la défensive. A dix heures il évacua la ville en y laissant le colonel Faubert avec 200 hommes. Celui ci fit mettre le feu à plusieurs maisons particulières, à l'administration , qui furent consumées avec toutes les denrées qui s'y trouvaient. ï |
Aprés avoir traversé des précipices et des chemins affreux, Dessalines arriva le 3 Mai (13 floréal) avec toute son armée sur le morne qui domine le Petit-Goave. Pour empêcher l'ennemi de se replier sur le département du Sud il se disposait à établir des embuscades entre l'Acul du Petit-Goûve et le pont de Miragoâne. Mais le colonel Faubert prévint ses intentions en ordonnant à 400 “hommes d'aller occuper l'Acul. En même temps le général Clervaux ., ayant traversé le morne Tapion, donnaït une fausse attaque à la ville pour annoncer à Dessalines son arrivée ; et le même jour le port du Peitit-Goûve était bloqué par un brick et deux goëlettes. L'armée de Dessalines couronnait tous les mornes “qui dominent l'Acul et le fort Résolu ; elle s'attendait à une afs
faire générale croyant la ville encore occupée par l'armée du Sud : deux soldats s'étaient présentés aux avant-postes du colonel Jasmin de l’armée de Toussaint, et avaient dit à haute voix :—«le général « Rigaud vous fait dire de ne pas encore attaquer lennemi ; 1l va « réunir d'autres troupes et vous les envoyer.» À la faveur de l'hésitation de Dessalines | Faubert sortit de la place et s'efforça de joindre Pélion au pont de Miragoâne. | | |
… Dessalines entra au Petit-Goûve le 3. Mat dans la journée. Sans perdre un instant il forma trois colonnes de son armée ; celle de gauche était composée des 7e et 8e demi-brigades; celle du centre de la 4e et celle de droite de la fle. H s'élança à fa'tête de. 8,000 hommes à la. poursuite des Rigautins. les atteignit audelà de l'Acul. Les troupes du Sud étaient rangées en bataille autour des établissemens d’une habitation au nombre de 200:‘hommes dont 30 cavaliers. Ces braves ne craignirent pas d'attendre de pied ferme Dessalines qui les attaqua avec vigueur à 2 heures de Faprés-midi. Ils résistérent à plusieurs chocs impétueux.. La 4e qui s'élança contre eux à la baïonelte fut arrèiée ; la 8e qui se présenta rompil leurs rangs et les mit en déroute. Tous ceux des Ofliciers de l'armée de Toussaint qui étaient montés formérent un eéscadron , chargèrent les fuyards , et les poursuivirent presque jusqu'au pont de Miragoâne, limite des départemens du Sud et de l'Ouest. Dessalines rentra au Petit Goâve. était tombé en son pouvoir trois navires Américains chargés de marchandises que des corsaires du Sud avaient capturés; une pièce du 36 ; 14 pièces de 24, une de 18,-11 de 4, et toutes sortes d'ustensiles.
Le général en chef, dès quil apprit ces suceès, en félicita Dessalines auquel ïl ordonna d’envahir le département du Sud sans relard. El l'autorisa à faire des levées en masse pour remettre chaque demi-brigade au grand complet. La culture en souffrira, lui écrivaitil, c’est la faute du traître Rigaud. EH lui recommanda de: faire la guerre à ce dernier avec autant d’acharnement qu'il en avait déployé autrefois contre les Anglais. |
Pendant cet intervalle, le général Rigaud , pour centuinuer Îa guerre, et sauver le département du Sud de lenvahissement, ac: cablait d'impôts: les capitalistes, et tolérait tous les excès auxquels se livraient les cultivateurs et le bas peuple des villes. C'est celte politique désorganisatrice adoptée depuis. le commencement de Ja guerre civile qui altacha pendant si longtemps le peuple du département du Sud à la eause de Rigaud. «On prêchait en public -« aux cultivateurs le bon ordre et la modération, et l'on envoyait « secrètement des émissaires pour les pervertir ; on exaltait Îles « charmes de la liberté, et l’on ne négligeait aucun moyen d'en « paralyser l'exercice. Les circonstances exigeaient quelquefois qu'on « parlât d'obéissance aux chefs ; mais on donnait toujours l'exem-
« ple de l’insubordination ; l'on commandait le travail 4 et Von permettait que les cultivateurs se livrassent impunément à loisiveté } « et à toutes sortes d'indécences et d'excès envers les propriétaires ; « on protestait de son respect pour les lois , et on les méprisail « toutes pour ne reconnaitre que sa volonté ; on voulait avoir une’ armée, et l’on tolérait l'indiscipiine des soldats ; on favorisait ouvertement les dilapidations qui mettaient hors d'état de les payer ; « on repoussait avec mépris les conseils de la sagesse et de la pré- « voyauce pour adopler avec ardeur les mesures violentes que pro- « posaient la bassesse et la cupidité des sang sues publiques. » Rigaud ne recula plus devant aucun moyen pour exciter contre Toussaint Louverture la masse du peuple qui commençait à se lasser de cette guerre. On répandit avec une nouvelle fureur dans le département du Sud que le général en chef voulait égorger toute la race de couleur et remettre les noirs dans Flesciavage. If fut ordonné de capturer les navires Américains parce que le gouvernement fédéral des Etats Unis témoignait des sympaihies à Toussaint qui favorisait son commerce à Si.-Domingue ; des impositions forcées furent établies sur lindustrie et le commerce ; les vivres et les bestiaux des habitations furent livrés à la voracité du soldat, et l'acte d'amnistie de Toussaint fut dérobé à la connaissance des habitans des villes et des campagnes. Ces excès avaient jeté le dé: couragement parmi les bourgeois et les habitans cultivateurs, noirs, jaunes et blancs, qui découvraient que cette guerre élait devenue toute d'amour propre ; quant aux Américains ils ne s'étaient prononcés. conire Rigaud que parceque, méprisant leur neutralité, il avait ordonné, dès le début de la guerre , de capturer leurs nas vires marchands. Cette conduite légitimait les épithètes de pirate et de rebelle à la République que lui avait données Toussaint Louverture. Celui-ci plein de perspicacité dirigeait cette gucrre en capitaine habile et en profond politique. Entouré d'hommes éclairés qu'il comblait de richesses et 4 honneurs et qu'il écoutait , ne prenait que des mesures empreintes de la plus grande adresse. Il prêcha sans cesse, pour mieux tromper ses ennemis et parvenir à ses fins, la modération et l'humanité ; il fit partout respecter les propriétés , même dans les pays conquis. Mais après la chûte de Rigaud quand il n'aura plus aucun ménagement à observer, il livrera son nom à l'exécration de toute la population du Sud et de l'Ouest , en ordonnant de massacrer des masses d’innocents, dans le seul but d'affaiblit la caste de couleur. Il eût été si grand, si noble, s'il avait respecté l’amnistie qu'il avait publiée. Ces horribles exécutions , inutiles, car le parti de Rigaud était complète: ment terrassé , feront horreur même à ses partisans ; elles lui aliéneront la plupart des cœurs, et il ne commandera plus que par la terreur. ;
HISTOIRE D'HAITI.—(1800) sa 4t
| à | | Pendant cet intervalle Dessalines était parti du Petit-Godve, et avait atteint le pont de Miragoâne qu'occupaient les débris de la légion de l'Ouest sous les ordres de Pétion. Ge pont construit ‘dans l'endroit où l'étang de Miragoâne se resserre le plus vers: la mer, sert de communication entre les départemens de l'Ouest et du Sud sur la côte Nord de la presqu'île. Pétion Favait fait couper et s'étail retranché avec 2 pièces de canon vis-à vis du grand chemin du Petit-Goâve. Les restes de l’armée du Sud étaient établis à Du: four, habitation située derritre le pont , et des camps retranchés se dressaient de loin en loin sur les bords de l'étang. Il régnait à Dufour parmi les colonels une mésintelligence complète que la présence de Rigaud, revenu des Caÿes, ne pouvait faire cesser. Ce général présentait moins de 1,000 hommes aux masses que Dessalines allait lancer contre lui.
L'armée de Toussaint Louverture attaqua le pont, et fut pendant plusieurs jours repoussée avec des pertes considérables, mitraillée presque à bout portant par l’adjudant-général Pétion. Dessalines qui combattait Rigaud à coups d'hommes et dont les pertes se réparaient sans cesse par des renforts, revint à la charge, et recommençca un feu d'artillerie et de mousqueterie épouvantable. Maïs les héros de la légion de l'Ouest lui résistèrent énergiquement, Gauthier à leur tête, faisant des prodiges de valeur , se battant avec fureur pendant six heures sans perdre un pouce de terrain. Les gros ba- {aillons ennemis culbutés abandonnérent le champ de bataille couvert.de plus de mille corps expirés.
| Dessalines, désespérant de forcer le passage, résolut de le tourner par des chemins réputés impraticables, el d'aller l'attaquer par derrière pendant que Clervaux l'assaillirait de front. IT ordonna à Baudin, homme de couleur, colonel de la 9e demi brigade, d’ailer occuper une habitation à cinq lieues du pont de Miragoäne , dans les montagnes, et de #y maintenir par n'importe quel sacrifice. Bau: din, partit, surmonta tous les obstacles que présentait le chemin, atteignit la position et s'y retrancha. Rigaud fut surpris de la hardiesse de l'ennemi ; il n'avait jamais songé à fortifier ce point, ne croyant pas qu'on y pût parvenir. Trois cents hommes qu'il détacha aussitôt de son ärmée, marchèrent contre la 9e pour la débusquer. Mais tous leurs efforts furent inutiles; ils rentrèrent au quartiergénéral après avoir éprouvé quelques pertes. Rigaud commit une faute grave en ne faisant pas forufier les points militaires isolés au milieu des marécages qui avoisinent l'étang; car il combattait un ennemi qui exécutait tout ce qu’il était humainement possible d’entreprendre.
Peu de jours après, Dessalines profitant d'une nuit obscure laissa devant le pont deux demi-brigades, dont tous les feux furent allu- . més pour tromper l'ennemi, et pénétra avec tout le reste de son
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armée dans le département du Sud, en fpassant par la position qu occupait la 9e. | LA RP à
Au point du jour du 17 Mai 1809, Pétion s'aperçut qu il avait été tourné, et qu'il pourrait être assailli par derrière par toute l'armée ennemie. Après avoir encloué ses canons 1 abandonna le pont dont s’empara Clervaux aussitôt après son départ, Rigaud, de son côté,. pour n'être pas enveloppé de toutes parts par les fortes colônnes qui se déployaient autour de lui, leva son quartier-général, et se fit jour au travers de l'ennemi pour atteindre la petite savanne de Miragoäne. Il se résolut à y attendre Fennemt. Dessa- Jines fit avancer contre lui toutes ses masses qui rencontrérent une forte résistance pendant eiuq heures. Vers la fin de la Journée, succombant sous la grande supériorité numérique, Rigaud fut contraint de batire en retraite, et d'entrer à Miragoâne qu'il abandonna le même jour. Le colonel Faubert qui occupait cette ville, en encloua toutes les pièces d'artillerie, et la livra aux flammes en se reurant. La plupart des cullivateurs de ce quartier, fatigués de cette guerre dévastatrice, ne suivirent pas l'armée du Sud.
Le 47 Mai, Dessalines entra à Miragoâne pendant que ses chas-
seurs donnaient l'alarme jusqu'à St-Michel. Il rencontra dans une des maisons qui n'avaient pas été brülées une jeune fille de couleur exposée sur un lit de mort. Elle avait été abandonnée par sa famille au moment que larmée pénétrait dans la Nilles HIlesarrêta dans la maison avec un certain recuerllement , -s indigna contre la mére de cette jeune personne qui n avait. pas ‘osé braver là mort pour donner fa sépulture à sa fille. Il fit enterrer le corps avec pompe.
Le 48, il marcha contre St-Michel qu'il n’enleva qu'après quinze jours de siège. Les débris de l'armée du Sud se retirérent au Fond des Nègres. Toussaint crut que Rigaud sans cesse cuibuté songerait à lui demander la paix. Îl envoya-l'ordre à Dessalines de suspendre sa marche triomphante, En effet depuis la prise de Jacmel, Dessalines couvert de velour cramoisi, d'or et de pierreries, la. tête chargée d'un brillant panache, monté sur un coursiersuperbe, voyait les Rigaudins lui abandonner toujours le lerrain. Cependant les forces du général en chef commençaient à s'épuiser; il renforçait difficilement ses troupes depuis plusieurs semaines. Son armée dont le chiffre s'était élevé à près de 30,000 hommes avant le siège de Jacmel, se trouvait réduite, dans son cantonnement de Ste Michel, tant par le fer que par les maladies, à 414,000 hommes environ. |
1 avait déclaré en état de blocus, par un arrêté du 8 Mai 4800, tous les ports du département du Sud, de Miragoâne et d'Aquin. jus- ‘ ques et y compris les ports de Tiburon et de Jérémie, et avail inité tous les bâlimens français, américains, espagnols et autres à
capturer les naÿYires qui entreraient dans ces ports ou en sortiraient importe de quelle nation ; il avait promis aux corsaires le montant de leurs prises, après jugemens préalables, et avait ordonné de ne pas inquiéter les tavires qui, fuyant la révolte, abandonnaient les ports occupés par les rebelles.
Le général en chef, indigné de l’opiniâtreté avec laquelle les ha bitans du département du Sud -soutenaient Rigaud, prenait à leur égard les mesures les plus rigoureuses. {En même temps Il savait se défaire sur les autres points de Ia colonie, non seulement de ceux des hommes de couleur qui lut étaient hostiles , Mais encore d’un grand nombre de ceux qui servaient aveuglément ses intérêts, mais dont il commençait à ne plus avoir besoin. C'est ainsi qu'il tenta de faire ” périr Laraque qui s'élail baigné, à l'Arcahaie, dans le sang de ses frères. Il porta les nommés Destrade et Jacques Douze à soulever l'atohier de l'habitation Malary, sucrerie dans la plaine des Vases, afin dy attirer Laraque. Gelui-ci s'y rendit en effet; mais assailli par cles cuivateurs armés de couteaux et de bâtons, il n'eut que le temps * de prendre la fuite et d'éviter la mort par la course rapide de son . Cheval. Quand il fut de retour au bourg de l'Arcahaie, il avisa Tous-
saint de la tentative d’assassinat entreprise contre sa personne. Celuici parut en être indigné, fit arrêter Jacques Douze et Destrade , et les envoya à l'armée expéditionnaire du Sud pour Îles punir de n'awoir pas mieux exécuté ses ordres. Beaucoup d'hommes de couleur qui, pour donnér au général en chef des preuves de leur dévouement, égorgealent sans pitié leurs semblables, furent alors moins heureux que Laraque et périrent assassinés. L'homme de bien, l'homme mème sensible voyait, avec indifférence, être attcints par le poignard de tels scélérats devant lesiuels lon tremblait et l'on n'osait ouvrir la bouche. En 4802 Laraque n'échoppera pas à la vengeance de Toussaint; 1l sera égorgé au milieu de toutes sortes de lortures dans les bois de camnèche de l'habitation Dégand, aux Matheux, par le général Chs. Bélair,
Le général en chef au sein de ses succès faisait autant d'efforts
pour continuer la guerre que si la fortune lui avait été contraire. IL
retirait des départemens de l'Ouest”et du Nord toutes sortes de ressources par une administration vigoureuse et despotique. Afin que les autorités militaires et civiles pussent être payées, pour que la colonie se libérât envers ses créanciers, pour arrêter les dilapidations des fondés de pouvoir des propriétaires absens, il avait déclaré par un arrêté du 44 Mai 4800 , que tous les revenus des habitations et des maisons urbaines seraient versés dans les magasins et caisses de "a République, déduction faile préalablement de la part des cultivaieurs et des frais de faisance- valoir, que tous les fondés de pouvoir recevraient cinq pour cent du revenu brut des habitations, ets que le quart de subvention perçu sur le revenu brut de chaque propriéture centinuerait d'avoir lieu. Pour subvenir aux besoins militaires
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qui augmentaient chaque jour, il établit le 15 Mai 1806 (25 florcal} des bureaux de postes dans chaque commune, et le montantdes pas: se-ports délivrés fut versé dans le trésor publie, à {à diligence, des généraux commandant les arrondissemens. I se"réserva à lui seul le droit de délivrer des passe ports pour l'étranger. | aUR Dans les campegnes où n'existait pas la révolte régnait un ordre admirable, mais qui rappélait un peu l'ancien régime. Le cultivas teur ne pouvait s'absenter de sôn habitation pour aller dans là ville la plus prochaine sans être muni d'un permis délivré gratis par son gérant, son propriétaire ou fermier ; le permis était, su: jet au visa du commandant militaire de la ville d'où il sortait pour retourner sur son habitation. ‘Tous les. trimestres le quart prélevé sur le reveuu brut en faveur des cuitivateurs de chaque habitation était reparti en présence du Juge de Paix, et Ca commandant militaire de chaque commune qui dressaient un procès-verbal; ais stipulaient en quelle denrée consistait ce quart, ce qui en aurait été vendu, et le chiffre de la somme repartie. Ils dressaient-copie de ce procès-verbal et l’envoyaient au chef de ladministration de la commune ; celui-ci la fa sait parvenir à lordonaateur du département. Il devait être prouvé par cette pièce que le revenu entierde chaque habitation avait fourni quatre fois la valeur de ce quart. : Le citoyen Idlinger, blanc Européen , homme d’un vrai talent, adjudant général de l'armée de St.-Domingue, avait la haute direction. de cette administralion quoique ordonnatenr seulement de Ja ma: rine et des guerres du département du Nord. ANT Cependant Toussaint dont les vues embrassaient tout éprouvait de graves inquiétudes ; 1} lui semblait que la guerre civile dût durer longtemps encore ; son armée arrêtée à chaque pas par une résistance opiniâtre navait obtenu que dos. succès fort lents. VRigaud pouvait se maintenir aux Oaÿes aussi longtemps que la lésion de FOuest avait tenu à Jacrmel. De nouvelles insurreetions "pouvaient éclater dans le Nord et faire naître une diversion dont cette fois Rigaud eût peut-être profilé. EH était très préoccupé de l'aceueil qui serait fait au Colonel Vincent par le Directoire exéculif; car jusqu'alors on igrorait à St.-Domingue la révolution du 418 brumaire. Le commandement en chef de l'armée pouvait lui être enlevé pour être confié à Rigaud. Alors la guerre eût pris un autre caractère ; il eût perdu son influence morale , le prestige de Pautoriié de la Métropole, et en refusant de se soumettre à Rigaud il eût été à son tour considéré comme rebelle. Son rival encore puissant eût pu l'écraser par une forte réaction. Ce. fut dans ces entrefaites que le colonel Vincent débarqua à
S°.-Domingo, dans les premiers jours de Juin 4800. Il était à la tête d'une députation composée du divisionnaire Michel et du Commissaire Raymond. Dés que Toussaint apprit leur arrivée il. expé-
“pistons p'HaAtTt.— (1800) : 4ë
dia au devant d'eux des agens secrets chargés de surveiller eur conduite et de se saisir de leurs papiers dans les grands chemins. Il était déterminé à les rembarquer aussitôt après leur arrivée au Cap, si les dépêches n'étaient pas favorables à ses intérêts. Le Colonel Vincent n'était débarqué à:Sto. Domingo que pour s'assurer de l'état de la colonie Française avant d'y pénétrer. Getteconduite qui dénotait une grande défiance avait blessé les susceptibilités de Toussaint el avait accru ses soupçons. Cependant Îles trois membres de la députation avaient déjà servi sa cause avec chaleur dans la co- “onie. Deux officiers blancs furent arrêtés sur la grande route de Sto.-Domingo ; les dépêches dont ils étaient porteurs furent envo: yées à Toussaint qui après les avoir lues s’assura que la dépüia- : tion n'avail point d’arrière-mission. Le général Michel qui était venu dans la colonie lors de la dernière mission de Sonthonax, qui s'était fait estimer des hommes de toutesles couleurs, fut aussi arrèté sur la grande route du Cap ; quant au colonel Vincent, on se saisit de sa personne sur la route du Port Républicain. Après avoir acquis la certitue que leurs instructions ne lui étaient pas hostiles , Toussaint ordonna de les laisser pénétrer dans la partie Française. Il najoutait pas foi à la bienveillance de la France à son égard depuis qu'il avait cru qu'une expédition était partie pour St. Domingue: ces deux fils, Isaac et Placide, avaient été embarqués avec le général Sahuguet sur une escadre commandée par l'amiral Ganthaume, des-” tinée à apporter des renforts à l'armée d'Egypte. Muis le gouvernement Français avait fait répandre le bruit que lescadre se rendait
* à St.-Domingue , afin d'atirer laliention des Anglais hors-de fa Méditerranée; et l'embarquement des fils de Toussaint donnait du crédit à ce bruit. Toussamt s'attendait donc à chaque instant à l'arrivée d'une force européenne qui eût pu être employée au rélablissement , d'une manière absolue, de l'autorité métropolitaine. Il se transporta au Cap où il reçut la députation. Viaceat lui annonça ofiüciellement la révolution du 18 brumaire, Hüisblissement du gouvernement consulaire, son maintien dans le grade de général
“En chef des armées de St Domingue. Les deux priucipales pièces apportées par le. colonel Vincent étaient les suivauies :
Liberté, : | Égalité.
Paris le 4 Nivôse (25 Décembre 1799), l'an 8° de République, une et indivisible.
Les Consuzs De La RÉPUBLIQUE arrêtent ce qui suit :
Art. Aer. Les citoyens Vincent ingénieur, Raimoud, homme de couleur, ex-agent, el le général Michel partiront sans délai, ct se rendront à St Domingue.
46 misToiRE D’Ha1TI.—(1800)
Art, 2. Ils seront porteurs de la proclamation ci-jointe.
Art. 3. Le citoyen Michel sera mis à la disposition de l'Agent du gouvernement , Roume, pour êtreemployé dans son grade, dans les troupes de St Domingue, sous les ordres du général Toussaint Louverture. :
Art. 4. Le citoyen Raimond sera employé pour le réiab ei de la culture, sous les ordres de l'Agent du gouvernement Roume:
Art. 5. Les Agens partiront de Paris au plus tard le 5 Messitor; et dé Brest douze heures après leur arrivée dans cette ville.
Art. 6. Les mots suivants: Braves Noirs, souvenez-vous que le peuple Français seul reconnait votre liberté et l'égalité de vos droits, seront écrits en lettres d'or sur tous les drapeaux des bataillons de fa gorde nationale de la colonie dé St-Domingue.
Le Ministre de la Marine et des Colonies os chargé de l'oxécus tion du présent arrêté.
Le premier Consul, (Signé) BONAPARTE, Par le premier Consul, Le Secrétaire d'Etat, (Signé) Hugues Mare.
Pour cople conforme: Le Ministre de la Marine et des Colomtes, e (Signé) ForFrair.