PROCLAMATION
Paris, le 4 Nivôse, l'an 8 de la République Fran: ‘çaise une et indivigibles
Les Consuls de la République Française, aux citoyens de St-Domingue. gs 7 Citoyens, ” #14
Une Constitution qui n’a pu se soutenir contre des violations: multipliées est remplacée par un nouveau pacte destiné à affermir la liberté.
L'article 91 porte que les colonies françaises seront régies par des lois spéciales. Cette disposition dérive de la nature des choses et de la différence des climats. Les habitans des colonies françaises situées en Amérique, en Asie, en Afrique ne peuvent être gouvernés par la même loi. La différence des habitudes, des mœurs, des intérêts , la diversité du sol, des cultures, des productions exige des modifications diverses. Un des premiers actes de la nouvelle
HISTOIRE D'HAÎTI.—(1800.) 47 législature sera la rédaction des lois destinées à vous régir. Loin qu'elles soient pour vous un sujet d'alarmes vous y reconnaîtrez la sagesse et la profondeur des vues qui animent les légisiateurs de la France. Les Consuls de la République en vous annouçgant le nouveau pacte social vous déclarent que ls principes sacrés de la liberté et de l'égalité des noirs n’éprouveront jamais parmi vous d'attéinie ni de modifications. S'il est dans la colonie des hommes malintentionnés , s'il ‘en est qui conservent des relations avec Îles puissances ennemies, braves noirs, souvenez-vous que le peuple français seul reconnail votre liberté et l'égalité de vos droits.
Le premier Consul, (Signé) BONAPARTE , etc., etc.
Ces deux pièces ne purent satisfaire Toussaint Louverture qui laissa paraître quelque mécontentement, quoiqu'il eût é£é maintenu dans.son grade de général en chef. Ii se sentit humihié de n'avoir pas reçu une lettre particulière du premier Consul qui, pensait- 11, né lui était pas supérieur; il s'en plaignit même trés- amérement. Mais cette disposition de la proclamation qui livrait le sort .des noirs à un des premiers actes de la nouvelle législature l'afiligeait surtout profondément. Il redoutait des mesures tendant au rétablissement de l'esclavage , ou du moins à l’affaiblissement de {a prépondérance des nouveaux libres. Les noirs avaient acquis leur ft berté en combattant les colons royalistes, les Espagnols ei les Anglais, comme les Français européens avaient acquis la leur par «cs vICtoires sur les émigrés et La coalition. Il trouvait inique qu'on püt songer à aliéuer la liberté du peuple de St Domingue oblenue au prix de tant de sacrifices. En effet tous les droits civils et politiques dont jouissaient les noirs et ‘les hommes do couleur pouvaient leur être enlevés par un décret de la Métropole. “Toussaint sentit plus que jamais le besoin de se rendre indépendant, afin que l'état politique des siens ne fut pas sans cesse laissé à la discrétion du gouvernement français Il comprit aussi combien il lui importait de se hâter d'écraser Rigaud qui, ayant Loujours foi en la sincérité de la Métropole, était le pius grand. obstacle à la proclamation de l'indépendance de Si- Domingue. Il prit la ferme détermination de continuer au-travers du sang sa marche vers le bonheur des masses noires. Celles ci, en Sant de la France à laide des hommes de couleur victimes de la réaction de 4802 sous Leclere et Rochambeau, ont tout gagné : liberté, honneurs, richesses et un sol fécond qui doit leur demeurer à tout jamais si “elles parviennent à établir une administration équitable, vigoureuse et hbérale.
Bonaparte s'était flatié que Toussaint eût remis le commandement en chef au divisionnaire Michel qui lui-même s'était nourri de cette idée. Le général en chef ne tarda pas à découvrir que le
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vieux divisionnaire avait cette prétention. Il ne vit dès lors en Jui qu'un nouvel Hédou le laccueillit avec froideur et dédain, et fit soufiler à ses oreilles des projets d'assassinat ou de déportation. Michel déjà dégoûté de la colonie par son arrestation sur la route de Sto Domingo , demanda à retourner en France. Toussaint s'empressa de lui accorder sa demande avec bienveillance ; mais ul Fexhorta à demeurer quelque temps encore dans la colonie, enattendant le résultat des négociations qu'il voulait entaner avec Rigaud. | Malgré les instances de Vincent et de Raymond, le général en chef ne voulut pas faire inscrire sur les drapeaux des troupes coloniales ces mois: Braves Noirs , souvenez vous que le peuple Français seul reconnaît votre liberté et l'égalité de vos drouts. Il déclara queles noirs ne devaient leur liberté qu'à leur héroïsme dans les combats. Il partit du Cap et vint dans le courant de Juin ‘dans le ‘département de l'Ouest. H se rendit au Petit Goâve d’où il annonça par une proclamation en date du 49 Juin (ler Messidor) aux citoyens du Sud, qu'il avait reçu du gouvernement consulaire des instructions qui lui prescrivient de rétablir le plus tt possible la paix et l'ordre dans la colonie, qu'il accorderait à tous les révoltés amnisie pleine et entite s'ils mettaient bas les armes. Nous voyons que Bonaparte suivait à l'égard de St Domingue la même politique que le Directoire : laisser les noirs s’affaiblir. en écrasant les hommes de couleur, maintenir le plus fort dans ses grade et honneurs, et se taire à l'égard du plus faible. L'autorité absolue de la Métropole devait être rétablie sur les ruines des deux partis. La mission da colonel Vincent en Europe avait cu pour résultat de laisser les choses telles qu'elles étarent avant son départ; le gouvernement consulaire tout en maintenant Toussaint dans son grade de général en chef, gardait le silence “4 la condulle de Rigaud; aussi la guerre continua Lélle avec fureut L'amnistie du 4er Messidor n ‘ayant pas été accucillie par la population du Sud, Toussaint envoya l'ordre à Dessalines de continuer, la guerre. Celui ei qui avait son quartier-général sur lhabitation Muzaine venait de se relever d'une maladie gs avait failli le conduire au tombeau. .
Le 28 Juin, il apprit par des transfuges que l'armée du Sud occupait la plaine du Foad des Nôgres, queile avait deux pièces en bronze du calibre de 4, que Finfanicrie poussait ses avant postes jusque près de Muz: ine et que la cavalerie se tenait à la gauche de ‘Liufanterie sur une habitation opposée. . Le général Rigaud vint des Cayes se mettre à la iète de ses troupes dont le chiffre s'élevait à 800 hommes, et se détermina à attaquer. Mais Dessalines, instruit de ses pro: iels , le prévint. C'était le 29. Comme ce jour là il se trouvait gravement malade, il confia le commandement en chef des
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troupes au colonel Dommage, officier de l'Artibonite, qui avait toute sa confiance; cependant il y avait dans l'armée deux généraux de brigade, Lapluime et Clervaux; mais Laplume avait autrefois servi sous Rigaud, et Glervaux était homme de couleur. Il demeura à Muzaine avec le premier bataillon de la 4e et la 7e demi-brigades Dommage pénétra dans la plaine du Fond des Nègres à la tête de 10,000 hommes. Le 2e. et le 3e. bataillon de la 4e. for. marient lavant garde ; venaient ensuite les 8e., 10e. et 11e. commandées par Laplume ; les Ge. et 90. formaient l’arrière-garde, sous les ordres de Ciervaux. Rigaud avait eu l’imprudence de se ranger en bataille au milieu de la plaine. Dommage l’attaqua audacieusement ; le combat fut opiniâtre; et après deux heures d’une lutte sanglante , la 10e. enleva aux Rigaudins une des pièces de bronze. Alors Dommage pour les cerner de toutes parts déploya ses nombreuses colonnes. Rigaud pour n'être pas enveloppé ;battit en retraite ; mais la 4e. s'élança sur lui avec impétuosité et le culbuta. La cavalerie du Sud au lieu de charger pour protégèr la retraite de Pinfanterie, prit la fuite et atteignit Aquin bride abattue. La plaine du Fond des Nègres était couverte de morts; et la 8e., la 1le., la Ge. et la 9e. venaient d'y arriver. Il y avait une heure que la bataille était gagnée quand le 3e. régiment du Sud, de 200 hommes environ, déboucha dans la plaine et se présenta sur le champ de bataille. Ce faible corps fut tout-à coup enveloppé et anéanti sous un feu formidable. Ses drapeaux tombérent au pouvoir de l'ennemi. Les troupes de Toussaint continuèrent leur marche jusqu'à l'extrémité de la plaine. Là elles découvrirent deux camps, assis l’un à droite et l’autre à gauche, sur deux mornes qui forment la Petite Vallée. Laplume attaqua la fortification de gauche à la tête de 2,000 hommes ; et la Se., ayant à sa tête Pierre-Louis Diane, son colonel, assaillit celle de droite. En moins d’une heure les deux positions furent enlevées. Les Rigaudins allèrent se réanir plus loin derrière un petit rempart sur le morne Trémé ou Dufrété. Le colonel Romain Cap qui s'était trouvé dans la fortification de droite n'avait opposé qu'une faible résistance. Comme Rigaud lui reprochait sa conduite, il lui répondit : le géncral Toussaint n’en veut qu'à vous seul. il prit ensuite la fuite à travers les bois. (Ce méme Romain Cap sera arrêté après la chûte de Rigaud et livré au dernier supplice par Toussaint 'Louverture.. Jde |
Laplume ne put enlever le rempart derrière lequel s'étaient retranchés les Rigaudins ; cependant le lendemain 30 Juin, ïl parvint à le tourner et à s'en emparer. Ce fut dans celte affaire qu'Auger qui s'était couvert de tant de gloire à Jacmel, fut mortellement blessé. Il olla terminer ses jours aux Cayes. Laplume par de fausses manœuvres sacrifia un grand nombre de ses soldats. On peut en juger
par les pertes de la compagnie des grenadiers du 4er bataillon de la
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8e. qui eut quatresvingts hommes de tués. Le colonel Pierre Léuis Diane fut grièvement blessé. Le général Laplume, mécontent d'avoir, vusconfier le commandement en chef de l’armée au colonel Dome. mage n'avait donné que mollement. Dessalines qui venait d'arriver de Muzaine au Fond des Nègres l'appcla devant lui, le maliraitar en paroles, le menaça de le frapper et de le faire fusiller, 1h de chassa de sa présence en lui disant qu'il dénoncerait sa conduite au général en chef. Laplume se retira en s'inclinant sans proférer une parole. Combien était déjà grande la puissance de Dessalines qui, général de brigade, ne craignait pas de traiter ainsi un général de brigade. Ce trait prouve aussi combien était fausse la position de tous ceux qui avaiemi autrefois servi sous Rigauü; Laplume général de brigade avait en réalité moins d'influence sur les troupes qu'un chef de bataillon ou un colonel du Nord ou de lArtibonite. Dessalines sans offenser les officiers supérieurs de son armée pouvait le traiter comme le dernier ‘des soldats. | Le 8e bataillon de la 7e., commeudé par Guerrier, fut détaché de l’armée pour conduire au Petit Goâve les blessés et les prisonniers. ut
Les Rigaudins avaient laissé sur le champ de bataille beaucoup. de munitions de bouche, 800 pierres à feu, 54 gargousses de 8 et leurs deux pièces d'artillerie. Toussaint était au Petit-Goûve quand les prisonniers y arrivérent; lorsqu'il en partit ces infortunés furent fusillés la plupart. Le géuéral en chef n'assistait que rarement à ces scènes de carnage. Il niait loujours d'en avoir eu connaissance, pleurait publiquement sur le sort des victimes et disait que Dessa- = lines outrepassaii ses instructions. | | j |
Dessalines ne donnant pas à ennemi le temps de reprendre haleine ordonna à une division forte de 8,000 hommes , composée des 6e, 7e, 9e et 10e d'aller s'emparer des hauteurs de l'habitation Dufrélé. Clervaux ne puten prendre possession qu'après un com bat des plus sanglans. Dessalines qui s’avançait sur deux colonnes, avec le reste de l'armée, l’atteignit le 5 Juillet (46 Messidor). De Dufrété 11 découvrit les troupes du Sud rangées dans la plaine quis'é tendait à ses pieds Elles étaient au nombre de 706 hommes commandées par le général Rigaud en personne. Dessalines deseendit des mornes avec la colonne de droite, pendant que Clervaux, guidé au travers des bois et des ravins par Giles Bambara montagnard du Petit-Goûve, s’efforçait de tourner l'ennemi. Il forma trois divisions de la colonne de droite: la première ou lavant-garde fut confiée au colonel Désir Laurent, la deuxième ou le centré au co: lonel Dommage, la troisième ou l’arrière-garde au colonel Paul Lou verlure.. | 57 HAUTE A . Le général Rigaud frappé de la force numérique de l'ennemi se replia avec précipitation sur le bourg d'Aquin. Le colonel Dommage s'élança
BISTOIRE D'HAITI—(1800) 51
contre lui avec la 4e demi-brigade, prenant la droite sur le colonel Désir Din Rigaud à la tête de 700 hommes attendit de pied fer: me les 2,009 hommes qui formaient la division du centre. La 4e fut accueillie par un feu vif, soutenu, meurtrier, et abordée à la baïon- Dette; Dommage culbuté prit la fuite; la terreur se saisit de ses soldats aui jetérent leurs fusils, en criant‘ sauve qui peut. Dessalines indigné ordonna à la division du colonel Laurent de croiser la baïonnetie sur la 4e pour l'arrêter et la contraindre à retourner au feu; ce fut en vain; les fuyards qui n'avaient pas l'audace de faire volte face, se précipitérent avec fureur sur les baïonneites de leurs compAynoùs d'arses et s'ouvrirent un passage Dessalines ordonna , aussitÔt après cet échec, à la 8e de serrer les rangs et d’attaquer “'enneuii. Comme le coïonel et les chefs de bataillon de ce corps avaient été blessés au Fond des Nègres, il en confia le commandemont à Gabart Vaillant. Rigaud venait de ranger ses soldats par pelotons à l’entrée de la ville. La 8e, au pas de charge, attaqua audacieusement l'ennemi par des feux ‘de chaussée; la fumée devint si épaisse que les combattans cessèrent de se voir; lon se fasiilan presque à bout portant, à une distance de dix pas ; cepen. dat cédant à la force numérique, Rigaud commanda d'exécuter des feux de chaussée en retraite ; il avait deux pièces de canon qui enlevaient à chaque instant à l'ennemi des lignes entières. Gabart se précipita avec les chasseurs de la 8e sur les canons, sen empara el fit baionnetter les artilleurs sur leurs pièces. En même temps Clervaux, après avotr tourné les Rigaudins , se présenta sur le champ de bataille avec 4,000 hommes. 3: infanterie du Sud écrasée sous le feu de 6,000 hommes, prit la fuite. Rigaud dont le cheval, le chapeau et les habits étaient percés de balles, se mit à la tête de sa cavalerie qui nétait que de 50 dragons, et chargea la 8e; mais
il fut sans cesse arrêté par la mousqueterie. Il se retirait vers le
fort du rivage après avoir traversé la ville, quand Dessalines lança
contre lui toute sa cavalerie forte de. 1500 hommes. Le chef d'’escadron Desravines à la tête de cette cavalerie tailla en piéces les dragons du Sud. Rigaud faillit plusieurs fois d être pris dans la déroute. Un capitaine des dragons de l’Artibonite, nommé Charlotin Mar-
cadieux, allait lui donner ‘la mort lorsqu'il le reconnut; il laissa tomber
son su bre et favorisa sa fuite. Tous les fuyards qui s'étaient précipitést vers le rivage de la mer pour atteindre les embarcations des Cayes furent faits prisonniers par la cavalerie. Dessalines après avoir lancé à la poursuite de l'ennemi la divison Laplume ordonna à ses troupes de bivaquer. IL était midi; l'armée se livrait au repos, quand tout à-coup les sentinelles donnèrent l'alarme ; et ces cris aux armes!
“aux armes! relentirent dans le bourg. C'était un corps de 300.hom-
mes sortant de l'Anseà-Veau, commandé par le colonel Piverger, qui croyant le bourg d'Aquin au pouvoir de Rigaud, était venu si-
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lencieusement se ranger sur la place d'armes vis-à-vis de Ja maison qu'occupait Dessalines. Celui-ci n'eut que le temps de se sauver par une porte dérobée et d'ordonner au 3e bataillon de la 4e d'attaquer l'ennemi; en même temps la générale était battue à travers la ville; les troupes se réunirent, et les Rigaudins enveloppés de toutes parts se défendirént avec un rare courage. Quand fa cavalerie les chargea ils prirent da faite; l'adjudant général Blanchet et Je colonel Batichon atteignirent les bois et ‘échappèrent à la mort; mais Piverger quoiqu'il eût un bras fracassé par une balle continua à combaitre vaillamnrent. 4l allait être victime de la fureur des sol: dats quand Dessalines se précipita vers lui, Hui fit un rempart de son corps, et s'écria : ne lui arrachez pas la vie, c'est un brave! Néanmoins les officiers de la 4e voulaient le percer de leurs épées; Dessalines le prit sous le bras , le conduisit:au balcon de la:maison qu'il occupait, l’entoura de considérations et de soins; tout-à-coup un coup de fusil part , la'balle siffle aux oreilles de Dessahines: c'était un officier de la 4e qui voulant abattre Piverger avait failli tuer son général. Get officier fut arrêté, mis au cachot; l'on n'entendit plus parler de lui. | |
IL était tombé au pouvoir des vainqueurs deu: drapeaux , une pièce de 4 en bronze, deux pièces de 24, des munitions de bouche et le porte-feuille de Rigaud. |
On est vivement frappé de l'incapacité du général Rigaud comme homme de guerre; l'on ne découvre aucun plan dans sa défense; à a à combattre 44,600 hommes ; il peut leur en opposer 4,800, et cependant 1l se présente partout avec 809 ou 700 hommes ; sa petite” armée est disperséc; elle est battue partiellement; l'on n aperçoit pas l'esprit qui dirige ; absence complète d'inteliect, pas d'ensemble dans les opérations, nul point de ralliement ; les colonels cantonnés à PAnsea-Veau , aux Côtes de Fer et ailleurs, ne recevant aucun ordre, cherchent eux-mêmes l'ennemi et viennent se briser successivement contre une masse compa@te dirigée avec intelligence el énergie.
Deux Jours aprés la bataille d'Aquin (7 Juillet 1800, 18 Messidor) Dessalines après avoir laissé sous les erdres du généralde brigade Laplume, Île reste de son armée, partit d'Aquin pour l'Anse à-Veau avec 800 hommes. Un espace de dix lieues sépare Aquin de fAnse-à-Veuu. Dessalines ne put le même jour atteindre cette dernière ville à cause du débordement des rivière$. 4H passa la nuit sur l'habitation Piémont à deux lieues de l'Anse*à- Veau. Dans la journée du 7 à deux heures de Faprès-midi les Rigaudins avaient évacué cette ville après l'avoir Hvrée au pillage. Dessalinés y entra le jour suivant. Beaucoup de cultivateurs et'un grand nombre de bourgeois fatigués de la guerre vinrent lui faire leur soumission. 11 envoya à Toussaint Louveriure ceux*qui lui furent désignés conime les plus influens ;' c'était les envoyer à la
mort. Il réunit la population sur la place d'armeset lui fit donner lecture de l'amnistie du: 4% Messidor.
Une goëleite sortie du: Petit Trou croyant la: ville encore au porvoir de l’armée du. Sud vint mouiller dans la rade de l’Anse-à Veau; elle fut prise et livrée au. pillage. Il tomba au-pouvoir de Dessalines trois " pièces de 24, 5: piéces de 8 démontées; & pierriers, 1402 boulets de 2%, cinq: boulets: de 8, onze écouvillons de différents calibres, onze cornes d'amorce ,un moule à balles, un baril et demi de poudre,
Le lendemain 9. Juillet (20- Messidor } à 4 heures: de laprès- midi il marcha sur le Petit Trou. Ua espace de cinq licues: sépare ce bourg de FAnse-à Veau. Parvenu à un quart de liéue du bourg il divisa son armée en deux colonnes. Ea première fut confiée au colonel Paul bouverture, et. lui-même à la tête de la seconde pénétra: dans la place ; il y rencontra des cavaliers et des FRE niers alimentant le feu qui avait été mis aux maisons. À: la première décharge qu'ils essuyèrent ils abandonnèrent le bourg. Ce fut envain que Dessalines fit tirer du eanon sur de nombreuses embarcations chargées de familles qui gagnaie nt la haute mer pour se rendre au Corail et à Jérémie; il ne put les couler à fond. De même qu'à lAnse- à- Veau beaucoup} de cullivatours. vinrent lui faire leur soumission. Dessalines qui s'était fait [suivre des prisonniers faits à Aquin, embarqua: aa Petit Trou pour St-Marc, le colonel Piverger, un capitaine de la légion de l'Ouest et un grand nombre d ets de l’armée du. Gnden Loin d'imiter sa générosité Foussaint les fera tous fusiller. Cependant dans ses proclamations il recommanudait à Dessalines de respecter les propriétés et les personnes tout en faisant triompher les armes de la République, de. maintenir l'ordre, de rétablir la cullure dans les pays soumis, et surtout d'éviter l'effusion: du SAN£,
Dessalines partit du Petit-Trou, gravit le morne l'Asyle et revint. à Aquin sans avoir, rencontré l'ennemi. Les débris de la légion de l'Ouest sous les ordres de Gauthier étaient campés au morne Saint- George et à St-Louis. Il ne restait de ces héros que cent cinquante. hommes: environ. Après: avoir accordé à ses troupes lrois jours de repos, Dessalines marcha sur St Louis. Son armée s'arrêta au pied du morne St-George sur le sommet duquel étaient canipés cent hommes. commandés. par le: colonel Jean Céeite. IL résolut de tourner cette posilion. El ordonna à Clervaux de gravir un morne presque inaccessible, au-travers de précipices profonds, de rochers à pic et de grands arbres entrelacés de lianes. Les soldats des 6e et %e demi-brigades grimpèrent avec gaieté, mais lentement, marchant en file , se passant mutuellement leurs fusils, et s'euir ‘aidant en se donnant la main. S'ils avaient été attaqués dans ces gorges ils auraient été exterminés. Mais l'ennemi ne se daviait pas qu ils eussent pu passer par cet affreux chemin. Ekns l'après midi, le
&4 R MisTOiRE£ D’HarTi. (1800) .
général Clervaux était sorti de ces défilés et avait atteint le sommèt de la montagne , qui était admirablement culuvé. Il en destvendif aussitôt après et se dirigea vers la rivière de St-Gcorge. 1 renconta un poste qu'il enleva, et traversa la rivière pour tourner le bourg de St-Louis et couper la retraite à toute l’armée du Sud.
Jean Cécile découvrant ses intentions abandonna sa position se
replia sur St. Louis en opérant sa retraite au travers des marécages qui s'étendaient le long du rivage de la mer. La division Clervaux et celle que commandait Dessalines en personne se réunirent au morne St Georges. De là toute l'armée marcha sur St- Louis; elle s'arrêta sur l'habitation Aïlard où elle campa. Dessalines se disposait à s'emparer du bourg quand Toussaint lui Hi con naître que des négociations allaient être entamées avec le général Rigaud. Il suspendit sa marche. De part et d'autre on était fatigué de la guerre. Le découragement était devenu général dans le département du Sud ; des trahisons éclataient à chaque instant; les cultivateurs qui s'étaient aperçus que Toussaint ne voulait pas ni ne pouvait rétablir l'esclavage se soumettaient de toutes parts. Quant à Toussaint, cette guerre désastreuse ruinait ses projets d'ordre et de travail dans le département du Sud. Rigaud fidèle à son système de défense se retirail en détruisant lout ce qu'il trouvait sur son passage , chassant devant fur les habitans et ies bestiaux , incendiant les propriétés rurales, les bourgs, les viiles, barricadant les chemins et saccageant les récoltes.
Toussaint craignait encore de rencontrer aux Cayes qu'il voulait sauver des horreurs d'un siège une résistance aussi opiniâtre que celle quil avait éprouvée à Jaemel. Ceût été verser un sang inutile, car la cause de Rigaud était “dés entièrement perdue.
Au commencement de Juillet il s'était résolu à envoyer auprès de Rigaud pe lui detiander la paix et lui présenter l'amnistie du 4er Messidor , trois hommes sages et éclairés, Il avait choisi le co- Jonel Vincent , le citoyen Philippe César Juge au tribunal de Léogane, et le citoyen Arrauit häbitant de la même commune, La mission était délicate, et si le coionel Vincent n'avait pas été un des membres de la députation , l'existence des envoyés eût sue com promise.
Le commissaire Roume leur avait donné un saufconduit ainsi conçu : (
Liberté, Egalité, SAUF-CONDUIT. ts
Au Cap Français le $ Juillet 1800 (19 Messidor an 8) de la Fr blique Française une et indtoistUle.
L'Agent national français à st. Domingue autorise par ces pré
sentes, et en. vertu des ordres à lui donnés par les Consuls de la République, le citoyen Vincent, directeur des fortifications à St. Domingue,. à se transporter immédiatement à la ville des Cayeset dans tout autre endroit de Flarrondissement du même nom, où lui et ses deux collègues jugeraient nécessaire de se transporter, pour y porter au. non des Consuls Français, el en vertu des pouvoirs à eux donnés par PAgent national et par le général en chef de l'armée de St. Domingue, pour y porter, disons-nous, l'olivier de la paix, et ramener par un accomodement effectif, la tranquillité et le bonheur nécessaires à: cette colonie infortunée, ce quine saurait s'efléctuer que par la réconciliation sincère des habitans de l'arrondissement des Cayes avec leurs. concitoyens du: reste de la colonie. Le citoyen Vincent et ses deux collègues.sont mis-sous-
la sauvegarde non seulement des lois françaises, mais même du droit des gens qui rêgle les rapports des peuples divisés par la guerre, l'agence avertissant que toute personne qui oserait s'opposer à leur marche ou les molester se rendrait responsable d'un crime impardonnable aux yeux de toutes les nations policées. |
Si | Agence vient de faire usage de cet avertissement, ce n'est que pour satisfaire à la. responsabilité -qui. lui est imposée, car eile croirait faire: injure aux habitans de l’Arrondissement. des Cayes si elle imaginait qu'ils en eussent le besoin.
E’Agent particulier, ROUME.
= Le Secrétaire général, L. BLANCHARD.
Les envoyés munis des instructions de Toussaint Eouverture se: rendirent à Jacmel où ils s’embarquèrent pour les Cayes sur une goëlette parlementaire. Quand ils arrivèrent en cette ville, ils fu. rent accueillis avec indifférence par la plupart des: citoyens. Le général Rigaud était absent. Ils voulurent remeltre leurs dépêches à Ja Municipalité, mais ils. apprirent qu'elle avait été suspendue de
ses fonctions parce qu'elle avait plusieurs fois énergiquement demandé la paix. Dès que Rigaud apprit l’arrivée de. la: députation il rentra aux Cayes. Vincent, Philippe César et Arrault lui furent présentés par son frère Augustin. H était extraordinairement agtté; et après qu'il eut pris lecture des pièces qui maintenaient Toussaint Louverture dans son grade de général en chef des armées de St-Domingue , il laissa éclater une fureur difficile à peindre. Les mots de vengeance, d’arrestation, d'exécution sortirent de sa bouche. Il eût méprisé le sauf-conduit et fait emprisonner les. députés si le colonel Vincent ne lui avait présenté une lettre düù jeune Rigaud , placé au collège de Liancourt à Paris. Le jeune homme di $ait à son père combien il avait été l'objet des soins tout paternels
du colonel Vincent. Après la lecture de cette lettre Rigaud tomba dans un grand abattement, et laissa découvrir tout son désespoir: Les officiers qui l’entouraient crurent un moment qu'il allart s'arracher la vie. Néanmoins quand il redevint plus calme il adressa quelques paroles insultantes à Philippe César et à Arrault; 4 leur demanda comment ils pouvaient, eux qu'il avait connus gens hon:. nêtes, servir de vils instrumens à un monstre tel que Toussaint Louverture. Les députés sortirent de la demeure de Rigaud au milieu des outrages de nombreux flatieurs qui prétendaient qu'ils ne reverraient plus la ville du Cap. Cependant le peuple des Caves souffrant de toutes sortes de privations accourait auprès de Vincent et s'informait de l’objet de sa mission. Quand il sut quelle était toute pacifique, il témoigna hautement le désir de voir se terminer la guerre. Quant à Rigaud, renfermé chez lui, il ne voulait pas entendre parler de transaction avec son ennemi. Mais vaincu par les instances de ceux qui l'entouraient, il se détermina à envoyer une députation dans l'Ouest, quoiqu'il ne fût nullement disposé à rendre la paix à la colonie en s’entendant avec Toussaint Louverture : ül voulait gagner du temps pour se fortilier. Il ‘änvila Vincent, Philippe César et Arrault à atténdre sa réponse jusqu'au retour des députés qu'il allait envoyer auprès de Toussaint. Il choisit les citoyens Martin Bellefond, Chalvière et Latulipe, qui se rendirent au Petit-Goâve où était le général en chef. Celui-ci les accueillit avec bienveillance. Ils lui proposèrent, au nom de leur général, de ré tablir les choses telles qu’elles existaient avant la guerre civile. Toussaint y consentit, mais à condition que Rigaud avouât ses torts etreconnüût son autorité sans restriction aucune. La députation partit du Petit- Goâve et rentra aux} Caÿes le 20 Juiilet (1er thermidor). Rigaud, quoiqual fût humilié de la réponse de Toussaint, contint l'élan de sa fureur qui, du reste, ne pouvait plus être terrible. Voulant gagner du temps il envoya auprès de Toussaint Louverture le citoyen Bonard avec mission de lui demander qu’il suspendit la marche de son armée, jusqu'à ce qu'il eût le temps de faire ses préparatifs de départ. Toussaint après avoir répété à Bonard ce qu'il avait déjà dit aux trois premiers députés, envoya de nouvelles instructions à Vincent, à Arrault et à Philippe César. * Ceux-ci devaient demander que son Adresse aux habitans du Sud, en harmonie avec ces instruclions,
% Instructions pour les citoyens Vincent, Arrault et César, députés auprès des autorités constituées, tant civiles que militaires , de la ville des
Cayes &c.
k. “ Vous demanderez que mon adresse (aux habitans du. Sud }) soit sur le “4 champ imprimée, et envoyée de suite dans tous lieux du département du Sud; vous autorisant à faire connaître partous les moyens que vous
HISTOIRE D'Ha1TI.—({800! je GT
fût imprimée et répandue dans tout le département. Cette Adresse portait que Toussaint était déterminé à oublier le passé , à pardonner aux coupables, à protéger chacun dans ses biens'et ses affections. Mais elle portait aussi que quatre citoyens ne pourraient dans aucun cas jouir de cette Amnistie, attendu qu'ils avaient trahi la confian-
? 4 ’ Q * , : % ce, l'honneur et la République, en abandonnant l'armée de FOuèst et
du Nord pour passer dans le Sud : ces quatre personnes étaient Bellegarde, Millet, Dupons et Pélion. ;
CN
Cas ee
croirez les plus convenables mon ardent désir de terminer la guerre qui vous afflige, ma volonté immuable d’onblier le passé, de pardonner aux coupables, de protéger chacun dans ses biens et dans ses :flections.
Quatre personnes seulement ne pourront jouir de cetie amnistie générale
parceque s'étant rendues coupables de trahison je dois pour le maintien de la subordination, ct la discipline militaire, faire une différence entre des hommes qui , attachés à l'armée du Sud, ont dû obéir au chef qui les commandait, [lui senl étant chargé de la responsabilité de ses opérations | et des hommes qui servant dans les armées du Nord et de
: POuest, ont trahi la confiance, l'honneur et la République. Ces quatre : personnes sont Bellegarde, qui, en raison de sa qualité d'étranger sera renvoyé de la colonie, Millet, Dnpons et Pétion qui seront punis de
leur trahison , par quelque temps d'arrêt, après lequelils seront rendus à leurs familles.
&“ Le parti auquel le générat Rigaud s’est arrêté celui d'abandonner Île département du Sud, pour aller rendre compte de sa conduite an gouvernement français, est celui que l'honneur devait lui prescrire; mails
: les choses sont dans une position à exiger de lui qu'il le fasse de suite:
12 Parceque le général de division Michel, étant sur le point de son départ pour France, il est nécessaire qu'il puisse porter au gouvernement français la nouvelle certaine de la pacification de St.-Domingue; 22 parce qu'ensuite le moindre délai peut porter des entraves à cette pacification. | *
“ Le départ du général Rigaud ayant pour objet de rendre compte de sa conduite au gouvernement, il ne saurait se considérer comme s'expatriant de Saint-Domingue. Pourquoi voudrait-: donc arracher sa famille à son pays, à ses foyers, à ses propriétés? qu'il les laisse avec sécurité à Saint-Domingue, elles trouveront sureté et protection ; il peut en outre les charger de -la direction de ses biens, du soin de ses effets, et il peut compter que tout ce qui leur appartient sera respecté, je lui en donne ma parole d'honneur; et il doit, d'autant pius compter qu'en pareil cas, je ne pourrais voir avec plaisir que lon fit de Ja peine
à ma famille, et qu'on la forçât à s’expatrier. Dans une pareille Cir-
constance je ferai done pour eux tout ce que je voudrais que l'on fit pour moi. Cette assurance de ma part devant pour ses propres Intérêts le déterminer à partir seul, il n'a plus besoin du délai qu'il demande pour faire ses apprêts. S'il ne trouve pas dans le Sud un bâtiment prêt à mettre à la voile, offrez lui de se rendre au Cap avec vous, auprès de l'Agent, soit par mer, soit jar terre ; je vous ferai fournir pour le voyage tout ce quil vous faudra, pour arriver sûrement et à bon port.
: Si lorsqu'il sera rendu au Cap il persiste à vouloir aller en France :1l
58 | | nisToire D'HAITI.— (1800)
Toussaint recommandait à ses trois députés de hâter le départ de Rigaud afin que le général Michel qui devait bientôt partir pour France, püût annoncer au premier Consul la pacification de la colopie; il leur recommandait d'exhorter Rigaud à laisser 8a famille aux Cayes, à donner à ses parens la gestion de ses biens qui seraient
ee de lui offrir, sil n'y avait point de navire en départ aux. Cayes, passage à bord de la frégate Américaine le Boston, sur laquelle
le génér : Michel devait relourner en France. Vincent proposa à Rigaud tout ce qui était porté dans les instructions ; mais celui-ci fut indigné à la seule idée de livrer Beilegarde, Millet, Dupons et Pétion. Il ordonna aux députés de quilier les” Cayes à bref délai. Vincent se hâta de s’embarquer pour Jacmel avec ses collègues.
Pendant cet intervalle, Bonard revenait aux Cayes et rapportait
la réponse de Toussaint. Rigaud déierminé à disputer le térrain pied à pied fit sonner le tocsin dans la plaine des Cayes, voulant pour la première fois faire une levée en masse. Mais pas un cultivateur ne répondit à son appel, chacun était fatigué de la guerre.
Le général en chef, apprenant Ja mauvaise foi de Rigaud, rompit
des négociations que celui-ci n'entretenait que pour gagner du Re
et croA l'ordre à Dessalines de continuer sa marc che. 2
‘ pourra partir avec le général Michel, quis’y rend par la voie des Etats- Unis sur la frégate de cette nation (le Boston) sur laquelle le commodore lui a offert un passage ; si au contraire, il préfère rendre à “ J’Agent les comptes de le got ivernement exige de Jui, il pourra le faire ‘ et sera certain après sa soumission de me voir adhérer avec plaisir à “son retour dans le Sud en qualité de général de brigade commandant ‘ sous mes ordres l’armée dudit département , ....... G |
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# Fn attendant son départ , il: est nécessaire qu'il s'occupe sans délai du “soin de faire retourner dans leurs quartiers respec'ifs et au sein de leurs “ fannlles, tous les habitans, propriétaires, cultivateurs et autres personnes # du départenent du Nord et de l'Orest réfugiés dans le Sad : quil rén-
voie à Jacmel l4 légion de lPOnest officieis comme soldats , et dans leurs.
‘ garnisons respectives les militaires qu'il peut en avoir retirés, et comme : d'après les avis que je reçois du général Dessalines » je suis instruit # qu'on profite de la suspension d'armes que Jai ordonnée pour fortifier # Saint-Louis. d’une manière à me faire croire que l’on n’est pas comme
# moi, dans l'intention de se soumettre à la volonté uationale, et qu'on.
“ ne veut faire aucun sacrifice pour sanver le département ‘du Sud , assurer lé bonheur de ses habitans, jexige que .la garnison seu- ‘“ lement nécessaire à la garde de cette ville, soit composée moitié des
“ troupes du Sud, moitié de celles sous les ordres du généra! Dessalines.
“ qui les fera rentrer aussitôt que le général Risaud en aura retiré le surfé PÉPIUS. |
f Signé, Toussaint LOUVERTURE, L
“HISTOIRE D’HaTr.—(1800) | 69
Dessalines somma le bourg de St-Louis de se rendre à discrétion. Les débris de la légion de l'Ouest, qui occupaient ce bourg, n'opposérent aucune résistance.
- Gautier qui commandait encore ces ‘intrépides soldats dont le chiffre avait été réduit de 1800 à 150, vint sur lhabitation Allard où 11 fit sa soumission. Dessalines achemina sur Aquia celle poignée de braves qui , couverts de blessures , les picds gonilés par les marches et les contre marches , se soutenaient à peine. Toussaint qui Ho Aquin avec une nombreuse cavalerie les fit se ranger sur ia place d'armes ; il monta ensuite sur autel de la patrie et leur dit: en combattant pour le général Rigaud,
vous avez combattu contre la France notre patrie, Vous avez Soutenu une cause anti ch D mais puisque j'ai publié une amnistic j'oublie le passé. Je ne vous parlerai que de la conduite que vous aurez désormais à tenir: Jurez vous d'être fiaèles à la mère patrte, notre bienfaitrice, jurez vous d'obèir entièrement à ses lois et de ne jamais prendre les armes contre elle. * Gautier sortit des rangs, se tourna vers Péglise, porta la eg sur sa poitrine, la leva ensuite
vers le ciel, et dit : je le jure! les ofliciers et les soldats répé-
térent après lui le même serment. Le lendemain Gautier reçut l'ordre de se rendre.à Jaemel par les Côtes de Fer. En 1801, après la prise - de possession de la partie de l'Est, Toussaint le fera assassiner.
Dessalines aprés être entré à St Louis y passa quatre jours attendant des ordres de Toussaint Louverture qui voulait donner à Rigaud le temps de s ‘embarquer afin d'éviter de nouveaux combats. I partit de ce bourg après en avoir confié le commandement à Jean Louis
. Balarquier un des chefs de bataillon de la 9e., et atteignit Ca-
vailion qu'occupaient les débris du 5e. régiment commandé par le colonel Delva. Celui ci abandonna fa place qui se soumit sans résistance. Dessalines arriva sur Fhabitation Delmas que traversait la grande route des Cayes. I y campa et fit savoir à Rigaud qu'il lui accordait six jours pour évacuer la piace. Rigaud fit tous ses efloris pour porter les citoyens à supporter un siège; mais 1f ne rebcontra ,que des cœurs decouragés: de toutes parts l'on demandait la paix. H prit la détermination de partir. Ii sortit des Cayes accompagné de ses parens et d’un nombreux cortège d'amis au milieu
de toutes sortes de témoignages d'imérèt; le peuple respectant son malheur le couvrait de bénédictions. Chacun versait des larmes et gémissait qu'il eut été trahi par la fortune; mais chacun sentait profondément que la résistance était devenue impossible. H fit de touchans adieux à la foule, et prit là route.de Tiburon, Il fut
* Notes de ans ofiiciers ces deux armées présents à cette scène, C2
accompagné jusqu'à la Cohanne par le colonel Jean Cécile. I arrivas à Tiburon avec toute sa famille, et trois oflicicrs, Borgella, Lamarre qui devint plus tard si célèbre, et un nommé lAngevin. Mais pendant Ia route ces ofliciers avaient découvert combien il y avait per de générosité en son cœur, combien il comprenait peu ile dévoue: ment: il n'avait cessé de leur faire sentir la. différence qu'il établissait entre eux et ses parens. Aussi se déterminèrent-ils à ne pas le suivre, malgré toutes ses instances. Dès qu'il se fut embarqué, ils retournérent aux Cayes, résolus‘ à ‘hraver toute la fureur de Tous: saint Louverture, en lequel ils trouveront cependant de la générosité. Toussaint avail maintes fois éprouvé les crueiles inquiétudes du. pouvoir; il comprit ce quil y a de noble et d'héroiïque dans la. fidéliié; l'infortune pouvant aussi le frapper, il ne voulut pas punir le dévouement exercé envers un rival malheureux. Rigaud et ses parens se rendirent à la Guadeloupe ; le gouverneur de cette île leur donna une franche hospitalité. Hs s'embarquèrent ensuite pour France. Quand ils arrivèrent à Brest, 1ls vécurent sous la surveillan: ce de la police, sans être inquiétés, de manière mème à ne sen. pas douter. * | La plupart des officiers supérieurs de l'armée du Sud dont l'existence était menacée, les Faubert , les Geffrard , les Delva , les Bonnet, les Birot, etc. , ete. s'embarquèrent aux Cayes avant l’arrivée de: Dessalines. Ils furent accompagnés jusqu'au rivage par toute la population noire et Jaune. Ils se dispersèrent les uns dans les. Antilles d'autres sur le continent Américain. Ils vécurent dans une profonde misère; Rigaud en partant des Cayes avait refusé de partager avec eux unesomme assez importante qu'il avait en sa possession. Pétion fut plus heureux que ses compagnons. d'infortune ; if. reçut à Paris un traitement honorable du gouvernement consulaire, Quant aux coions royalistes qui avaient toujours été en disgrâce. sous ladministration de Rigaud, ils témoignaient hautement leur joie de la prochaine arrivée de Toussaint Louverture, et se montraient aussi fiers el arrogans qu'ils avaient été humbles et rampanis pendant la guerre civile. | Telle fut la fin de ces luttes intestines que la marche de. Toussaint vers l'indépendance de St Domingue avait fait naîtré. Rigaud ju redoutait pour sa caste l'alliance du parti colonial avee le gé: néral en chef représentant des masses noires, avait voulu s appuyer sur la Métropole pour résister à cette ligue formidable. I craignait influence politique des anciens colons qui, voyant des rivaux dans les hommes de couleur, ne travaillaient qu’à leur destruction depuis 4790; et 11 croyait avoir tout à craindre de Toussaint, dont il ni
* Rigaud revint à Saint-Domingue avec l'expédition de Leclerc de
HISTOIRE D'HAUTI. (1800) 61
gnorait pas l'animosité contre les mulâtres depuis qu'il avait eu à leur disputer la prépondéranee politique dans l'Artibonite et dans le Nord, en luttant contre Blanc Cassenave et Villate. Rigaud ct la plupart des anciens libres , ayant dès l'aurore de la révolution embrassé la cause de fa liher té, éprouvaicut de la répugnance à reconnaître la suprématie d’un citoyen qui combattait dans les rangs espagnols pour le rétablissement de l'esclavage, pendant qu'ils revendiquaient les droits de l'homme. C'est pour ce moiif que nous voyons presque tous les anciens libres nègres et mulâtres, connus avant la révolution sous la dénomination de gens de couleur, se railier au parti de Rigaud. Mais la Métropole qui craignait que les deux partis ne se réunissent un Jour contre elle, mus par des intérêts demeurés toujours communs à l'égard du blanc , les Htissait s’affaiblir l'un et l’autre par une guerre acharnée. Elle avait l'espoir de rétablir sur les ruines des deux rivaux son autcrité qui se De au milieu de ces luttes dont les intérêts étaient étrangers
- sa politique.
Rigaud conduisit cette guerre en mauvais capitaine; dès la prise. du Petit Goâve il commit les fautes les plus graves ; 11 demeura aux Cayes quand Îles populations noires elles mêmes de l'Ouest et d’une partie du Nord lui tendaient les bras; 1l exeita sur tous les points de la colonie les passions des hommes de couleur, et partout il les abandonna aux vengeances de Toussaint Louverture. Sa chüte entraîna celle d'une foule de familles que ses fautes avaient come promises ; égoiste, colère, jaloux de ‘toute influence, ïl fut, dès l'origine de la révolution , l'ennemi secret de Bauvais dont la gloire toujours pure le tourmentait. Sur la ilerre d'exil, ül refusa le pain quotidien à ses compagnons d'infortune qu ‘accablait Ia misère.
Cependant la haine contre Toussaint s'était tellement déMétobpée dans le Sud que Rigaud y laissa de profonds regrets et une aveugle admiration. Les vengeances horribles qu'exerça PE cénéral en chef au mépris de l'amnistie du Aer Messidor, firent encore gémir davantage sur la chûte d'un chef dont les fautes et les folles passions avaient bouleversé la colorie de fond en comble.
Toussaint venait de renverser le plus grand obstacle à son projet d'indépendance ; désormais il marchera à pas de géant vers le but qu'il se proposait d'atteindre,
Dessalines poursuivant sa marche entra aux Gayes en triompha teur. Son armée, quoiqu elle eùt éprouvé toutes sortes de privalions, pe se livra à aucun excès. Il : s'élança à la poursuite de Rigaud. Ce ne fut qu'au pied du morne de {Tiburon qu'il apprit son embarquement. [l revint aux Cayes où il attendit le général en chef. Les colons apprenant l'arrivée de Toussaint Louverture excitéreut une foule de dames à lui faire une‘adresse, Le 2 Août 1800 (14
Thermillor) celles ci envoyèrent à sa rencontre une députation char: gée de lui offrir le témoignage de leur reconnaissance. Leurs sentimens étaient exprimés par les vers sui vans : HS
Magnanime héros que désigna la France, « Pour être de ces lieux le Dieu réparateur,
« Tu fais naître chez nous là flatteuse espérance
« De voir revivre iei la paix et le bonheur.
« Puisse de tes vertus l'étonnant assemblage « T'assurer une place à l'immortalité;
« Nous en entretenons lagréable présage « En répétant que rien ne fut mieux mérité.
« Que tes jours prolongés jusqu'à l'âge d'enfance « Ne cessent de couler exempts de tous malheurs, « Et convaincu surtout de notre reconnaissance « Reçois avec ceci l'offrande de nos cœurs »
Cette adresse fut suivie d’une autre pièce enfantée par la terreur; cinquante-deux signatures d'hommes noirs, jaunes et blancs la couvraient. Elle était remplie des plus basses flatieries envers Foussaint Louterture, et des injures les plus grossières contre Rigaud: Celui-ei y était traité d'infâme, de brigand, de parjure, d'assassin. Chacun cherchait à sauver sa tte menacée de la vengeance de Toussaint Louverture ; mais toutes ces adulations ne sauveront pas la population vaineue de la plus horrible proscription. | |
Le jour qui suivit l'envoi de ces adresses Toussaint Lomeae entra aux Caÿes. Malgré les efforts des colons pour: “donner à Ja ville une physionomie de réjouissance ; la tristesse réguait partoul.
L'adjudant général Toureaux qui n'avait cessé de trahir Rigaud pen: dant la guerre civile, se présenta devant le général en chef , portant” une longue barbe, et se prosterna à ses pieds en lui disant: J'avais fait vœux de ne couper ma barbe qu’: aprés le trioisnhe de vos armes. Toussaint lui répondit : Vous m'en avez trop dit M. Foureaux; sortez de ma présence. ne voulut plus le recevoir, le «ouvrit même de mépris. Toureaux, repoussé du cercle des favozis de Toussaint , devenu l'objet du ‘dédain général, tomba dans le pius profond chagrin. 24 ur Re
Le général en chef fit publier (5 Août 4800, 17 thermidor) dans toutes les rues de la ville, que ses ennemis étant terrassés , 11 était déterminé à faire le bonheur de son pays, qu’il était pénétré, de: cette preseription de l'Eglise : pardonnons à ceux qui nous, ont offensés ; et qu'il maintenait en conséquence toutes les EPA de son amnisiie du 4er Messidor. ’
Le lendemain il adressa une proclamation à la population du Sud. Après avoir récapitulé la cn à des malheurs de la guerre civile:
LA
qu'il attribua à Rigaud, il rappela aux habitans du Sud, avec une profonde hypocrisie, son amnislie du premier Messidor; il les exhorta à se réunir autour de lui, en les appelant fréres et amis. Il leur annonça que les personnes seraient respectées , et qu'il n'aurait été clément qu'à demi s'il ne s'occupait des mesures les plus propres à réunir les membres d'une même famille, à rétablir chaque citoyen dans sa propriété. Il exprima que ceux dont la consetence était demeurée pure , et qui n'avaient été entrainés que par séductions ou par crainte avaient été assez punis par les fausses alarmes dont on les avait environnés; 1l leur annonça en conséquence, que les citoyens du département du Sud dont les biens n'avaient jamais élé séquestrés ou dont les séquestres avaient été levés avant l'époque de la guerre civile, et dont les propriétés avaient été séquestrées depuis là guerre civile présenteraient leurs titres à l'officier d’ade ministration de leur arrondissement qui, après examen de leur précédente mise en possession, serait tenu de lever le séquestre et de les réintégrer dans leurs droits purement et simplement. Ii déclara en outre que vu les ‘dépenses extraordinaires de la guerre, les récoltes demeurées sur les habitations du Sud, séquestrées .en “conséquence de Fabandon fait par les propriétaires qui avaient suivi le général Rigaud , seraient partagées ainsi qu'il suit: la moitié pour la République, et cette moitié serait transportée dans les magasins de l'Etat aux frais des propriétaires, le quart pour Îles propriétaires, et l’autre quart pour les cultivateurs.
Il annonça encore que la guerre civile étant finie, les cultivateurs relourneraient sur leurs habitations respectives pour s'occuper imnédiatement de la culture; que ceux quise trouvaient dans Îles villes, bourgs et autres endroits en sortiraient sur-le champ pour se rendre chez eux afin d'y travailler avec-ardeur , que les commandans de communes et d'arrondissements, les capitaines de sections , les inspecteurs de ‘culture, les ofliciers de gendarmerie étaient tenus de faire exécuter ses instructions , sous leur responsabilité personnelle.
Cette responsabilité était telle qu'ils perdatcnt leurs têtes si la culture était négligée dans l'étendue de leurs commandemens.
Pendant ect intervalle Dessalines partait des Cayes suivi de la plus grande partie de l’armée sous ses ordres et s’acheminait sur Jiérémie. Celle ville était commandée par un vieillard, homme de couleur, nommé Gaspard. Les blancs de là Grand'-Anse qui de tout tcmps abhorraient les mulâtres et qui avaient beauc up souffert sous lautorité de Rigaud, se redressaient avec fierté etse réunissalent. Hs ne respiraient que vengeances. ls n'ignoraient pas que tout ce qu'ils pourraient faire souffrir aux gens de couleur ne serait pas condaniné par Toussaint Louverture. MS. | à
Dès qu'ils apprirent que Dessalines approchait de leur ville, ils formèrent une garde d'honneur de 200 cavaliers et vinrent au-
“devant de Vlarmée qui traversait dans des bacs la rivière de Jérémie. Dessalines qui détesta toujours les blancs, dès qu'il les aperçut, s'approcha d'eux, et leur ordonna de se disperser tous, sous peine d'être fusillés. La terreur se répandit parmi eux, ct ils retournèrent à Jérémie bride abattue, honteux de. laceweil qu'ils avaient reçu, et craignant d'être confondus avec les Rigaudins. é vd Dessalines entra: dans la place à la tête de son armée; il y régna aussitôt une consternation générale. Le lendemain com mencèrent les exécutions des Rigaudins noirs et jaunes. Beaucoup de citoyens qui n'avaient pas pris une part active aux affaires pus bliques furent dénoncés par les colons , arrêtés et baïonnettés. D'autres étaient, le soir, assassinés dans les ruës ou chez eux. Chaque après-midi Dessalines en faisait réunir, un grand nombre sur la plage près du fort Lapointe; après une seule décharge on tuait à goups de baïonnettes ceux qui n'avaient pas été alleints ou qui, lessés seulement, respiraient encore. La plupart des hommes noirs et de couleur qui, sous Rigaud, avaient exercé quelque influence, avaient déjà pris la fuito en s'embarquant pour les Antilles. Dessalines cruel par instinct et excité par Toussaint Louverture se bus gna dans le sang. En même temps de semblables massacres avaient lieu au Corail, au Petit-Trou, à L'Anse-à-Veau, à Miragoäne, et au Petit Goâve. | ee MENT Après avoir été fêté par les colons, Toussaint partit des Cayes emportant les noms de tous ceux des Rigaudins noirs et de couleur qui devaient être sacriliés. Par son amnistie il retenait ceux qu'il avait Pintention de faire mourir. Le 23 Août il avait délerminé les limites du département du Sud et avait nommé le général Laplume commandant en chef de ce département: Quand il traver= sa Aquin 1l nomma Île colonel Nérette commandant de lArrondisscment de cette ville. H atteiguit Léogane le 80 Août. Aussitôt après son arrivée en ceite ville, il ordonna aux troupes quiavaicut fait la campagne du Sud de sy réunir. Dessalines partit de Jérémie après y avoir laissé un bataiflon de la 4e., sous les ordres de Dommage , devenu: commandant de lArrondissement de la Grand’- Anse. ie. SA L'armée expéditionnaire du Sud ne tarda pas à tre réunie à Léogane. Il y eut en cette ville une fête religieuse et patriotique. Toutes les troupes massées sur la place d'armes furent passées ‘en revue par le général en chef qui ensuite monta sur l'autel de la patrie et leur dit: « Vous avez défendu avce le courage qui ea- « ractérise l’homme libre lattentat fait à vos droits par Rigaud. « Vous vous êtes couverts de gloire, et pour que vous ne la ter- « DisSieZ Jamals par une action indigne de vous, chaque demi-bri « gadc composant l'armée aura un tableau où seront inscrits en gros
WISTOIRE D'HArER ST CIEN) - 65
« caractères, le nom du chef de la déme brigade et ensuite ces « mots: Ja discipline , Ja subordination et. la bravoure ont procuré « la victoire. » IL leur recommanda ensuite de toujours prier Dieu à qui seul ils devaient leurs s triomphes. Il descendit de l'autel de la patrie et se rendit à l’église suivi de tous les officiers supérieurs de l'armée. Après qu'on eut chanté le Te-Deum il monta en chaire, et ordonna au général Dessalines de s'approcher de lui : il ôta à celuici de ses propres mains le ceinturon de général de brigade, et le remplaça par celui de général de division. Il appela ensuite le général . Clervaux , le serra dans ses bras et lui fit don d’une superbe carabine, en lui disant que personne, exceplé le général en éhef ne s'était servi de cette arme. Les officiers supérieurs retournèrent à la tête de leurs corps au milieu des chants de la musique militaire. Le reste de la journée s’écoula en fètes et en réjouissances. Toussaint qui ne songeail qu'à s'isoler de ja métropole avait préféré cette inseription : la discipline, la subordination et la bravoure ont procuré la victoire, à celle qu'avait envoyée Bonaparte : braves noirs, souvenez-vous que le peuple français seul reconnais votre liberté et l'égalité de ves droits.
Après avait fait incorporer dans les demi brigades du Nord et de l'Artibonite les débris des régimeñs du Sud il ordonna à Dessalines de se rendre à St. Marc avec l'armée. Après avoir atteint le quartier de l’Artibonite les troupes se retirèrent dans leurs cantonnemens respectifs. :
Il y avait à Léogane trois cents prisonniers noirs et jaunes du parti de Rigaud. D'après les ordres de Toussaint ils furent conduits non loin de la ville, daus des lieux écartés, et furent Impitoyablement immolés , en présence” d’une compagnie des guides du général en chef. Lorsque ces cavaliers se furent assurés que ces malheureux ne donnaient plus aucun signe de vie, ils abandonnérent le champ de carnage et se retirérent dans la grande route du Portau-Prince. Toussaint se rendant en cette ville ne tarda pas à les rencontrer. Il était calme et préoccupé. Tout est-il tranquille’, demanda-t-1l à l'officier qui Arr ses guides? — Oui général en chef.—Vous n'avez rien entendu, n’estce. pas? — Non général en chef.—Il n'y a pas eu d Een de ce côté-ci ? Non gé- -néral en chef. — J'en suis heureux, car je hais les scélérats; mon amnistie est donc bien observée ? — Oui, général en chef.— Je suis content de vous , jeune homme; vous comprenez votre devoir; continuez de la même manière, vous serez récompensé. Il parlait à
un oflicier de couleur nommé Lerebours. Celui ci pour sauver sa tête se garda bien de dire qu'il avait été témoin du massacre qui venait d'avoir lieu,
Toussaint niait le plus souvent ces affreuses exécutions qu'il or- POUR luimême.. Il en accus Dessalines qu il ne cessa jamais
cependant de combler de faveurs, Dès qu’il arriva au Port-au-Prince, Bessalines vint l'y joindre. Il y avait en cette ville une cinquantaine de prisonniers rigaudins tant officiers, soldats que bourgeois. Dessalines les conduisit hors de la ville dans un petit bois prés de l'hôpital. Tous ceux qui en marchant à la mort démontraient de la fierté -et de la résignation, excilèrent son admiration et furent sauvés. * Les autres furent tués :à coups de baïonnette. 1l existe encore aujourd'hui dans la savane qui s'étend derrière l'hôpital une croix dite des Martyrs, élevée sur la fosse commune, qui recevait les cadävres de ces infortunés. Souvent des âmes pieuses sy rendent pour adresser des ‘prières à l'Eternel. Un de ces malheureux , percé de coups de buaïonneltes, respirait encore; vers le milieu de la nuit, alors que les gardes s'étaient retirés, 4 se traina vers une case où brillait une Jumière! Une femme noire Île reçut , le traita avec humanité, et alla le lendemain se Jeter aux pieds du général en chéf lui demandant la grâce de linfortuné. — Lui faire grâce, s’écria Toussaint, et pourquoi? qu'a t-il fait ?— Il se meurt, répondit la femme; 1l est percé de coups. — A t-on. arrêlé ses assassins ? demanda Toussaint Louverture. Il ordonna qu'on le transportât en sa présence. Dès qu'il le vit, il versa des larmes et déplora un tel crime. Il lui fit donner :toutes sortes de soins ; et. cet homme nommé Rateau vécut bien des :années après.
Toussaint se rendit ensuite à SL:-Marc où il y avait dans les cachots 600 Rigaudins. 1l ordonna à Dessalines de les faire exé. cuter. Gelui ci fit d'abord conduire sur le rivage sablonneux de la mer les plus marquants d’entre eux. Le colonel Piverger, homme de couleur , et le commandant Galant , noir, marchaient bras dessus bras dessous et chantaient que le sort le plus. beau et le plus digne d'envie élait de mourir pour sa patrie. Dessalines dit à Ga- Jant: comment un noir intrépide comme toi a-t-il pu servir la cause des mulätres ? tu he dois pas mourir; passe soldat dans la 4e. — Moi, soldat , répondit Galant ! Si je le deviens, mon premier coup de fusil sera pour toi. Il embrassa Piverger; et ils reçurent l'un ét l’autre la mort avec un courage héroïque. Les exécutions continuërent pendant trois jours consécutifs. La ville était dans la cons- - ternation ; le ciel était sombre, une pluie fine tombait, et le soleil pendant ces jours de deuil ne brilla pas un instant sur la ville, L'on remarquait parmi les assassins Cézaire Savary, homme de couleur , qui, armé d'un couteau, poignardait ces infortunés avec une rage difficile à peindre. Quand il abandonnait la plage, il se ren: dait couvert de sang dans les cabarets, buvait en chantant ,et racontait avec quelle dextérité il donnait la mort. sb
* C'est äinsi que les commandaff Gérin et Bazelais échappèrent $ a mort, ç
HISTOIRE D'UHAITI.—— (1800) ô7
Dessalines de son côté sauvait un grand nombre de prisonnierg en les incorporant dans la 4°. demi-brigade. Déjà le 8°. bataillon de ce corps s'élevait à 959 hommes et le deuxième à 800.
Toussaint blâma sévèrement la conduite de Dessalines et partit pour les Gonaïves exprimant hautement son mécontentement, Comme ül restait encore des prisonniers, Dessalines ne voulant pas les faire massacrer à St. Marc, les achemina sur les Gonaïves. Mais quand ils arrivérent au-delà du pont de l'Ester ils furent baïonnettés par trois compagnies de la 4. qui les accompagnaient, |
Quand Toussaint parvint aux Gonaïives il réunit dans la savane du Morne de l'Hôpital 72 Rigaudins et les fit fusiller. Leurs cadavres demeurèrent sans sépulture. En même temps huit officiers du Sud , hommes de couleur , étaïent conduits sur la plage pour être exécutés. On leur proposa, s'ils voulaient avoir Ja, vie sauve de crier à bas le général Rigaud. Ils répondirent par des inveeti ves contre le général Toussaint. On les lia à la bouche des canons, et ils furent emportés par la mitraiile. |
Le général en chef parcourut ensuite d’autres quartiers et s’informa avec toutes les apparences d'une inquiétude réelle de nombreux mulâtres dont il avait ordonné la mort. Quand on lui disait qu'ils n’existaient plus, il s’écriait : je n'avais pas commandé de faire tant de mal; javais dit de tailler l'arbre, mais non pas de le déraciner. L'Histoire ne doit pas oublier madame Dessalines qui bravant les fureurs de Toussaint sauva un grand nombre d’infortunés en leur donnant asile, souvent même sous son toit.
” En même temps Toussaint songeait aux moyens de neutraliser les bienfaits de son amnistie, particulièrement dans le département du Sud. D'après ses ordres le général Laplume qui déjà avait été gagné par les colons contre les hommes de couleur envoya dans le quartier du Malfini, commune de Cavaillon, des émissaires qui s’adiet à un mulâtre nommé Hambourge Marlot, habitant de ce quartier , le firent entrer dans une conspiration contre Toussaint Louverture. Marlot croyant à la sincérité des envoyés de Laplume réunit chez lui quelques habitans ses amis et leur proposa de prendre les armes contre le généralen chef. Ce projet d’insurrection fut repoussé par la plupart de ceux qui avaient été appelés à la réunion. Marlot ne voyant plus paraître dans son quartier Îles hommes qui s'étaient abouchés avec lui, tomba dans l'inquiétude la plus vive. Tout-à coup le bruit circula aux Cayes qu'une insurrection venait d'éclater au Malini. Lé général Laplume y envoya un bataillon qui trouva le quartier dans la plus parfaite tranquillité. Marlot fut arrêté chez lui; il n’opposa aucune résistance ; il fut conduit aux Cayes, mis en prison et fusillé dans la même journée. Uu grand nombre de soldats et d'officiers noirs et jaunes de l’ancienne armée du Sud furent arrêtés et embarqués pour Jacmel.
68 __ HISTOIRE D’HAITI.—(1800) à
Quand. ils nrett en cette ville, Dieudonné nb leur fit lier les mains derrière le dos et les achemina sur le Port-Républicain. Ils étaient conduits par le commandant Lacroix qui eut pour eux toules sortes d' égards , défendit aux soldats de les maltraiter. Mais quand il arrivèrent à Léogane ils furent livrés à un conducteur brutal qui les obligea à parcourir à pied et au pas de course la route du Port-Républicain, l'espace de 8 lieues, en cinq heures. On les embarqua ensuite pour 3t.-Marc où ils furent les uns incorporés dans la 4°. d’autres fusillés. Sous préexte de révolte beaucoup d'hommes noirs et jaunes connus par leur dévouement à Rigaud furent arrêtés dans les hauteurs de Tiburon et exécutés.
La domination de Toussaint établie par des réactions sanglantes se trouva momentanément consolidée dens le département du Sud. La terreur régna de toutes parts; on n'osait prononcer le nom de Rigaud dans les conversations les plus innocentes; et si l'on parlait de Toussaint ce n'était que pour en faire le plus grand éloge.
Presque tous ceux qui ont écrit sur Toussaint Louveriure ont avancé quil avait fait massacrer plus de trente milie hommes. de couleur. Avant la révolution de 1789, alors que la popuiation de couleur était le plus considérable, elle ne comptait que cinquante mille âmes. Comment une population de cinquante mille âmes auraitelle pu fournir trente mille hommes au fer des bourreaux. D'après les renseignements que j'ai obtenus, Toussaint Louverture a fait exécuter lant pendant la guerre civile à ae après la chûte de son, rival, sur tous Îles s'points. de la colonie, cinq Mille hommes Rigaudins de qua torze ans à lâse le plus avancé. Dans cetle quantité oh pouvait compter ur tiers d'hommes noirs. Comme dans | ancien régime on appelait gens de couleur les nègres et les muiâtres libres , et que la plupart des anciens Hbres des “dcux couleurs appartenaient au part de Rigaud, on disait vulgairement qu'on avait fan mourir cent hommes de : couleur du Sud, quand on avait sacrifié cinquante mulâtres et cinquante noirs environ. ‘Je n’entends pas excuser ces crimes abominables qui plus tard ont amené la chûte violente de Toussaint Louverture ; mais avant tout il faut être vrai. Que ces crimes aient été commis sur un grand ou sur un pétit nombre de personnes, ils nemportent pas moins lexécration de la posté- rilé.
Peu de jours après l'exécution de Piverger et de Gaknt à St. Marc, un habitant de lPArtibonite nommé Cotro, noir, indigné de tant de crimes inutiles, prit les armes à la tète d’ une cinquantaine d'hommes et alla camper au fort de la Crèfe à Pierrot, près de la Petite-Rivière. Dessalines marcha contre lui avec deux bataillons ï Jun de la 4e. l’autre de la 8e. Il cerna le fort qu occupait Cotro et Vexhorta à se rendre à la Petite-Rivière de l'Artibonite où il écouterait ses griefs. Il lui promit sur son honneur que rien ne lui
serait fait. Les insurgés sortirent du fort et se rendirent à la Municipalité. Ils furent aussitôt arrêtés, tués à coups de baïonnettes. Leurs cadâvres furent jetés dans le fleuve de l’Artibonite. Cette révolle avait été étouffée en moins de trois jours.