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» Le capitaine général annonça à la colonie arrestation de Toussaint par la proclamation suivante:
Au quartier général du Cap le 22 Prairial an 40 (12 Juin 1803).
Le général en chef, . capitaine-général de la colonie de St. Domingue,
aux habitans da St. Domingue.
Citoyens , Toussaint conspirait :, vous en jugerez par une lettre publiée, adressée zu citoyen Fontaine. Je n'ai pas dû compromettre la tranquillité de la colonie. Je l'ai fait arrêter, condamner et je l'envoie en
“France où il rendra compte de sa conduite au gouvernement fran-
La
çais Daus une autre lettre adressée au citoyen Fontaine, il s’emporte en invectives contre le général Christophe, il se plaint que
le général Dessalines l’a abandonné. Il avait défendu à Sylla de met-
tre bas les armes et aux cultivateurs de ne ‘travailler à d'autres ha-
hitations qu à celles de leurs vivres. I avait envoyé un de ses com-
plices au général Dessalines, pour l'engager a ne pas se soumettre de bonne foi: le général Dessalines me la déclaré* Il comptait beaucoup à St. Marc sur Manissait; il est arrêté.
Jai sévi contre ce grand coupable , et j ordonne aux généraux de division de l'armée de faire rentrer de vive force tous les cultivateurs qui sont encore en armes , dans les campagnes.
es cullivateurs ne sont pas les plus coupables , ce sont ceux qui les égarent. En conséquence, tout commandant de garde nationale, iout oflicier, tout gérant où propriétaire, qui sera trouvé dans uñ rassemblement armé, sera fusillé.
Quant à là commune d Ennery j'ordonne qu'elle soit destinée sur
le champ, pour avoir été si longtemps à se soumettre. \
Le général Brunet fera tout de suite exécuter cet ‘ordre. Le chef de l'état-major fera imprimer, publier et afficher le présent ordre, avec la leitre du général Toussaint, et l'enverra de
suite, à toute l'armée et dans toute la colonie. (Signé) LECLERC.
Nous avons déjà transcrit cette lettre de Toussaint. On ne peut repracher à l’ancien gouverneur que d’avoir été moins adroit que le général Leclerc qui conspirait lui-même contre la liberté. Toussaint ; de son côté, conspirait il est vrai, mais c'était contre un affreux système, pour
réaliser l'indépendance de ses frères, quil méditait depuis plusieurs
années. Quant au général Dessalines, il fut traitre envers Toussaint dans éctle circonstance, Pour satisfaire son ambition, parvenir un
jour au commandement des indigènes, il eu aux blancs celui qui
# Grazette efficielle de St-Domingue. (1802),
à68 | HISTOIRE D’HAITI.— (1802)
avait été son bienfaiteur, qui lui avait donné tous les grades. IF
conspirait déjà lui-même contre les français ; Toussaint le génait.
L'ancien gouverneur était un obstacle au ralliement de tous les in+
digènes, noirs et jaunes, au parti do l'indépendance: Dessalines érut
faire un sacrifice nécessaire au bonheur de la masse. Dessalines avait dès lors conçu deux idées qu'il accomplira par toutes sortes de moyens et au travers des flots de sang : le commandement en chef
des indigènes, et lextermination de la race blanche à St. Domingues
IL fit publier lui-même, dans le quartier de l'Artibonite, la proclas y
mation de Leclerc dans laquelle il était représeuté comme le dénonciateur de Toussaint.
Quant à Manissait sur lequel l'ancien gouverneur avait compté à
St. Marc, 1} fut jugé, condamné et lusillé.
La plupart des cultivateurs étaient rentrés sur leurs habitations
La presquile du Sud était dans un état admirable de prospérié:s
Des navires de touies les nations venaient yiratiquer. La possession, 4 française paraissait intbranlablement ritablie. Ce pengans [a joie des
français, depuis la déportation de Toussaint, était foin d'être pures ils voyaient journellement s'affaibiir leurs forces ; l'attitude ape in-e
digènes les. inquiétait ; la fièvre jaune les moissonuait déji d unc«
manière effrayante. Cependant les . masses ne désiraient que le :
maintien de la liberté générale qu'avait proclamée la Convention de
France, dont les immortels travaux ont embrassé les intérêts de tous
les peuples de la terre. | Leclerc sentant s’accroître ses embarras, et voulaut s’aider des lu:
miéres d'un certain nombre de citoyens, convoqua an Cap une ouselb
colonial. Ce conseil était composé de députés des six dépariemens, choisis parmi les plus riches propriclaires de toutes Îes couleurs. Le capitaine générai lui confia le soin de réorgauiser la colome. Les
conseillers étaient, la plupart, d'anciens colons qui avaient joul dem toutes sortes de faveurs sous Toussaint Louverture. Parmi les dé putés noirs et de couleur , l'on'distinguait le général Henry Ghristophe dont l'éloquence et les hautes idées adininistratives exciièrente souvent l'étonnement et l'admiration du conseil. L'assemblée présidée” par le préfet colonial, le vertueux Bénézech, ouvrit ses séances dans le cou rant de Juin. Elle ‘adopta le système de fermagé que Toussaint avait
établi. Cependant «elle proposa, pour la prospérité de la colomie,,
des réglemens entièrement en harmonie avez le système de la ser-u vitude. Le préfet colonial et Christophe les combattirent avec suc
cès. Malheureusement Bénézech mourut peu de jours après l’ouver-
ture de Fassemblée, emporté par la fièvre jaune. C'était un citoyen d'une humeur douce , Plein d'humanité, très dévoué à la liberté générale. S'il avait vécu, il aurait contre-balancé l'influence colo-m nialë dans le conseil ; moins de crimes eussent été commis, et moins
d'insurrections eussent éclaté contre la France. Il fut provisoire-n
CIISTOIRE D’aitI.— (1502) 269
ment remplacé par le citoyen Deraime, sous préfet du département du Nord, le 14 Juin (24 Prairial, an 40). Celui ei devint un instrument entre les mains des colons. Le commissaire de justice, Montperron, venait aussi d'être enlevé par la peste. L'assemblée déféra la présidence à Blain de Villeneuve, partisan acharné de lesclavage. L'on entendit dans une séance, qui fut des plus orageuscs , alors quil fut question du régime intérieur de St-Domingue, les colons s’écrier : « Point d'esclavage | point de colonies! » ils exposèérent ensuite avec hardiesse leur nouveau plan : les anciens Bbres noirs et jaunes devaient jouir des mèmes avantages politiques que les blancs ; mais ceux qui, avant 1794, n'avaient pas été affranchis , devaient être remis en servitude. Aprés fa lecture du projet , le général Christophe se leva plein à y taUOn monta à la tribane et sélonna qu'on püt écouter avec sang froid ‘de telles paroles. Ceux qui les profèrent, s'écria-t-il, sont les ennemis les plus dangereux des intérêts français : mel, de mon côté, et au nom des noirs, je dis: « Point de liberté , point de colonies. » M combatut ensuite avee succès la plupart des dispositions du réglement, démontra l'impossibilité de le mettre en pratique, et porta l'assemblée à le rejeter. Christophe fit alors un acte sublime de courage en laissant éclater son indignation: il était au Cap, au “pouvoir des français; il livrait sa tête à la discrétion du ‘parti co- Jonial. Après la séance, il dit au général Leclerc, au palais du gouvernement : Des hommes qui ont, la plupart, combattu contre là mère patrie sous les drapeaux anglais, ont eu l'audace de proclamer leurs doctrines liberticides, sous un gouvernement républi- “Cain. Prenez-y garde , capitaine-général , loin de maintenir la paix, ces messieurs rallumeront les feux de la guerre civile. Défiez-vous surtout du général Rochambeau ; c'est un ennemi acharné des hommes de couleur, par conséqueñt des noirs; il ne peut, par sa conduite, que les porter à s armer contre le gouvernement, Leclere parut accueïilie favorablement ses conseils et lui fit la promesse Lrompeuse de là prochaîne déportation de Rochambeau. Leciere n était pas d'un naturel per- Wide; mais il subissait l'influence du parti colonial, et était contraint de suivre les instructions du 4% Consul. Déjà une loi, en date du 20 Mai 1882, venait. d'être publiée en France, par laquelle l'esclavage devait être rétabli à la Märtinique, à Tabago , à Ste. © Eucie: Par la mème loi St. Domingue et la Guadeloupe étaient soumis à un régime exceptionnel. Cependant le général Richepanse venait de rétablir l'esclavage à la Guadeloupe. Un historien français, M° Bignon, s'efforce d’excuser ce crime de lèse-humanité par ces MOIS : Il est des conjonctures où il y aurait une stupide imprudence à ne “pas museler des tigres. *
# Vol, TL Page 428.
. 240 | tigToinE p'HAuTI.— (1884)
Aucune conjoncture ne peut permettre à l'homme de plongenson" semblable dans la servitude :. l'esclave, pour briser ses. chaines® ne doit reculer devant aucun moyen; Dieu quia créé les hommes libres} et égaux lui- pa ardonnera toutes Îles violences auxquelles 1186 livrerais peur reconquérir sa liberté. 11
a fièvre jaune désorganisa bientôt le censeil colonial en lui en Ti. la plupart de ses membres. L'assemblée cessa de se rétininés s) et la guerre qui: éclata de nouveau empêcha les cituyens de se for mer en assemblées primaires, pour procéder à d’autres élections. é
Le résultat des séances pe nombreuses du conseil colonial fuite tout-à fait contraire aux intérêts métropolitains. Dans son seimhée ass & tèrent tous les préjugés de castes de la vieille assemblée de SEM Mare. Les projets du gouvernement français y. furent publiquemet dévoilés aux indigènes, É
La fièvre jaune, continuant ses ravages, énleva les pénéraitx: Hardy” et Débelle. Go, dernier , qui mour Qt au Cap , fut enterré” avee pompe. Le général Dévaut avait le commandement de ñ, place du: Port Républicain. Loin de persécuter les indigènes les favorisait considérablement. Quand un effisier noir ou de couleur se présentait à lui au bureau de la place, il lui serrait la maint 131 Fappelait frère ou camarade. La République française, disait 4 4 proclamé partout fa liberté; elle n’a établi entre les hommes aucunes différence de couleur. Sa conduite ne tarda pas à froisser le général Ro» ‘4 chambeau qui commandait le département de l'Ouest. Ne pouvant S en= tendre avec lui, il obtint du capitaine général l’autorisation de retourner bientôt en France. K partit pour les Gonaïves, et laissa la ville à la merci de Rochambeau qui ne rencontra plus aucun frein à ses fureur Beauconp d'hommes de couleur du Port Républicain et de la Groix des Bouquets abandonnèrent leurs demeures, et se retirérent, da 18% les mornes de la Selle, auprès de Lamour Dérance, qui n'été nb +5 lait plus les ordres des français, depuis la déportation de Rigaud, 1. ! sans cependant exercer contre eux des hostilités. d.
Le général Leclerc confia au générai Pamphile de Lacroix le com. mandement du ere de Cibao. Pamphile de Lacroix, à lan tête de la 77e de ligne, alla occuper la magnifique vallée de St Yaguc “He à arrosée par le fleuve Diaque, dent les eaux s’engloutissent dans Ia baie de Monte-Christ. Là les soldats français respirant a plus sain que celui des villes, pouvaient ne pas être atteints de la fèvren jaune ; mais partout le climat de St- -Domingue les dévorait,. M.
Pendant que ces événemens se passaient à St Domingue, Toussaint À était arrivé à Brest, comme nous l'avons vu. Sa famille fut disper sur différens points de la France. Le brick la Naïade conduisi Piacide à Belle-Ile en mer; le même navire conduisit à Bayonr Madame Louverture, Isaac, St. Jean Louverture et M" Chancy.
Quant au général Toussaint, il débarqua près de Landernau, 2.
. à te
HISTOIRE D’HaiTi.—(1802.) 27h
tompagné des officiers du Iléros et de Mars Plaisir, son serviteur. 11 fut reçu sur le rivage par un adjudant-général et un escadron de dragons. Il entra dans une voiture avec plusieurs gendarmes, ét
artit pour Morlaix. De là, il serendit à Guingamp. Dans toutes à villes qu'il traversa ensuite , il fut reçu avec distinetion par les autorités. Quand il arriva devant la forteresse de Joux, il fut aussitôt renfermé dans un sombre cachot. Le château de Joux est élevé sue une des mentagnes de la chaîne du Jura, dans le département du Doubs, près de Pontarlier. * Les généraux Rigaud et Martial Besse qui y étaient déjà emprisonnés, apprenant son arrivée, lui envoyèrent des consolations par le commandant de la forteresse. Le malheur avait éteint les haines politiques. Morisset fut aussi jeté dans un cachot. On lui promit des grades et des honneurs, sil voulait indiquer le lieu où Toussaint, croyait-on, avait enfoui ses frésors. Il ne répondit pas aux questions qui lui furent faites. Nous avons vu quil n'existait pas, à St-Domingue, de trésors enfouis. par l'ancien gouverneur.
On ne laissa à Toussaint pour lui donner des soins que son vieux serviteur, Mars Plaisir. Pendant les premiers mois de sa caplivité, en juillet, août et septembre, 1l n'eut pas beaucoup à souffrir des influences du nouveau climat. On lui permettait de se promener, “quelquefois , dans les jardins de la prison. Il s'entretenait alors tuistement avec Mars Plaisir ; et loujours, dans ses conversations , ik exprimait combien il regreltait le ciel de son pays. Le gouvernement consulaire lui donnait cinq francs par jour, ainsi qu'aux autres prisonniers d'état. Avec celle modique somme que partageait avec lui Mars Plaisir, il se nourrissait et se procurait des vêtemens. Jusqu' alors sa santé ne s'était pas beaucoup altérée. Mais quand les froids humides d'octobre commencèrent à se faire sentir, il tomba dans un état presque complet’ d’épuisement. En novembre et décembre 1802, et en janvier 1803, son corps, déjà affaissé par là. ge, souffrit cruellement de la température du Jura. Il ne pouvait acheter du bois pour se chauffer, car les 5 francs qu'on lui passait par jour suffisaient à peine pour son entretien et celui de Son servitcur. Ses vêtemens sales tombaient en lambeaux; ik lui était impossible de les renouveler. Mars Plaisir, en les rapléçant, Sefforçait à Le garantir contre le froid. Pour comble de malheur, le commandant de la forteresse, homme dur et impitoyable, entra dans son cachot vers le milieu de février 4803, et annonca à Mars Plaisir qu'il allait être séparé de son maîtro. ‘Toussaint, le. visage amaigri par la fièvre, les yeux creux, demeura un moment comme anéanti, en entendant cet ordre: c'était lui enlever ses membres ,
* Ce fort a servi de prison à Fouquet, à Mirabeau, et aux généraux Rigaud, Martial Besse et Tous Ft Louverture,
son dernier soutien, sa dernière consolation. I! se leva cependant, embrassa Mars Plaisir qui sanglotiait , et lai dit : « Porte mes derniers « adieux à ma femme, à mes enfans et à ma nièce. Console toi «a de cette cruelle séparation, et pars avec l'assurance de mon « amitié et du souvenir que je te conserverai de tes services et de“ « ton dévouement. » * Le gouverneur du châtean arracha Mars Plaisir à ses embrassemens, et le livra à une compagnie de gendar-, mes. De brigade en bri gade, Mars Plaisir arriva à Nantes où il fut emprisonné, chargé de chaînes. 1
Toussaint demeura seul dans son cachot, abimé dans la douleur, et grelottant de froid. Dès le lendemain, il lui fut défendu d'en sors tir pour prendre un peu d'exercice dans la cour de la prison. Ilne& communiqua plus, quelquefois, qu'avec le citoyen Jeanin , secrétaire du commandant du Joux, et avec le commandant lui-même. Quel” ques jours après, Bonaparte qui donnait sans cesse Îles ordres less plus inhumains, à son égard, fil savoir au commandant que cinq francs étaient trop pour un rébelle, et que trois francs suffiraients En moins d'une semaine Toussaint se trouva dans le dénûment le plus absolu. On ne lui fournissait que du gros pain, un peu des farine et une bouteille d’eau ; son cachot devint de plus en plus in fect ; le souffle glacé des montagnes du Jura gelait presque tous ses membres : ses habits usés et déehirés le laissaient presque nu ; il s'enveloppait le plus souvent dans la paille qui lui servait de dit, lu qui avait eu en sa possession toutes les richesses de St. Domingue. On lui donnait, chaque jour, pendant quelques heures, un pot de terre, rempli de charbons ardents, sur lequel ïl faisait cuire lui même, dans un vase de fonte, un peu d'aliment farineux. Bona“ parte voulait hâter sa mort, afin que ses anciens partisans de St Domingue, perdissent l'espoir de l'avoir un jour à leur tête. Cepen« dant comme il croyait qu'il avait caché d'immenses richesses dans» les mornes de notre île, il envoya auprès de lui le général Cafarelli qui lui fit la promesse trompeuse de la liberté, au nom du gouvers nement français, s'il indiquait l'endroit où il avait enfoui son argent Toussaint, la tête baissée, répondit à chaque question: j'ai pero bien autre chose que des trésors.
I y avait à Pontarlier un capitaine d'artillerie nommé Colomier. Get officier s'y trouvait pour là remonte de son arme. Le neur du château qui mettait rigoureusement en pratique toutes Îles instructions qu'il recevait à l'égard du prisonnier, fit appeler um jour le capitaine Colomier, et fui annonça qu'il allait faire un vos yage à Neuchatel en Suisse. :Il lui confia les clefs des cachots, et le chargea du commandement du château, pendant son absence. Le capitaine en parcourant les cachots arriva à celui où était Toussain
# Jettre de Mars Plaisir, Mémoires d'Isaac Louverture, 110
“Touverture. H fat effrayé de l'affreux état de dénfiment où se trouait cet infortuné. Cependant Toussaint avait l’âme loujours ferme. Il s'était procuré du papier, de Fencre et des plumes , et il écrivait, malgré ses ceruelles souffrances, sur une petite table. Le capitai-
. ne lui demanda ce qu'il faisait. TT fui répondit que le gouvernement consulaire avait lancé contre lui un éerit. dans lequel il l'accusait
. injustement d'avoir voulu livrer St. Domingue aux anglais, et qu'il réfulait cet écrit. Il se montra indigné contre Bonaparte qui “paraissait oublier combien il avait énergiquement défendu la co- -lonie contre les agressions de l'Angleterre. Comme ïl souffrait . considérablement d'être privé de café , il en demanda un peu au capitaine, Celui er, qui avait un bon cœur, lui en fit donner aussitôt. IL sortit du cachot , attendri jusqu'aux larmes. nu] n'avait pu supporter, sans émotion, l'aspect de tant de gran- deurs descondues jusqu’au dernier degré des misères humaines. Cependant Toussaint supportait son sort avec une résignation pres- -que surnaturelle.
Le gouverneur qui à ayait commencé, par cette prémicre absence, l'exécution du crime qu'il avait reçu l'ordre dé commettre, revint de Neuchâtel au château de Joux. Vers le milisu d'Avril il annonça au capitaine Coiomier qu'il allait entreprendre un nouveau voyage en
Suisse. [Il fui dit qu'il lui laissait encore le commandement de la
forteresse ;. mais que cette fois, il ne lui donnerait pas les elefs Le
…cachots, parceque les prisonniers n'avaient besoin de rien. If parti el revint au bout de quatre fours. Quand 1} révit le cepitaine, ï était agité, inquiet ; il répétait souvent Îés mûômes paroks. ° ordonna d'un air empressé « d'apporter à Foussaint sa raïon ordinaire; Jl se rendit ensuite dans son cachot, accompagné de Golomier.
. Mais Toussaint avait cessé de vivre, fl fut trouvé assis sur sa couche de paille, appuyé contre une cheminée, ayant la tète penchée
- du côté droit, et les deux ie sur ses cuisses. Ses traits exe
primaient les ‘tourments de la plus afffeuse douleur. Tout dans son
…ttitude annonçait un crime affreux. Le gouverneur Favaït laissé
mourir de faim pendant ses quatre jours d'absence. Ce fut en vain
qui! demanda au maire de Pontarlier, ainsi qu'au capitaine Colo-
….mier, de cerlifier que Toussaint n'étalt pas mort de faim. Ces deux
honnêtes citoyens demeurérenut entièrement étrangers au crime. Des
chirurgiens, qui ignoraient toutes les Étobngta ces de cet attentat,
furent mandés au château. Ils firent l'autopsie du cerveau, et
…constatérent , qu'après d'horribles souffrances, le prisonnier avait été enlevé par une apopiex ie séreuse. Le gouverneur fit déclarer dans l'acte de décès, qu'il éiait mort d'un coup de sang. Toutes es circonstances dév oilérent davantage le crime. Toussaint fut enterré, sans cérémonie religieuse. Avant de fermer les yeux à la lumière , il dut avoir maudit les colons, avoir demandé à Dieu un.
vengeur : sa prière. sielle fut faite fut oxaucée. Le plus jeune 14 ses Bis, Saint-Jean Louverture, encore enfant, qui avait dit, à à Brest, qu'il ne survivrait pas à son père, mourut de chagrin, peu temps après qu'il eut appris sa fin tragique. T4 =. Le gouverneur du chäteau fit ensuite tout ce qui fut en son pou” voir pour rentrer en bonnes relations d'amitié avec le capitaine Co- Jomier: tout fut inutile, Dans Ha pelite ville de Pontarlier , lon à parla tout bas, pendant plusieurs jours, d'un grand crime comuwi
dans la forteresse de Joux sur un prisonnier ; ce bruit sourd qui s parcourait la ville, se répandit de proche en proche, et traversa l'AC: lantique. Alors lon fit toutes sories de conjectures ; les uns prés tendirent que Toussaint avail été empoisonné, d’autres qu'il avait été étranglé.
Après sa chute au mont St.-Jean, abattu par la flèche des. tions, M comime l'a dit un poêle anglais, Napoléon Bonaparte fut conduit à Ste Hsiène, Là, peud lant une agoutc de sept annees, 1l se prépara à laisser à 41 la postériié une mémoire ir rép ochable. I dit au sujet de Toussaiot LOU 0 verture : quel intérêt avais-je à faire mourir un misérable nègre ?*= Ce misérable nègre, le premier des noirs, comme il fut le premier des bianes, avait atteint, sur un petit thcâtre, à la hauteur des hommes : \ les plus célèbres de l'époque. Peut-on croire à la sincérité, dé cesu paroles de Bonaparte, quand sur le rocher de Sie. Hélène, il nid d'avoir tenté le rétablissement de lesclavage à St. Domingue ? La 4 servitude ne fut-elle pas rétabiie à la Martinique et dans les autres iics NES du Vent, d'après les termes de la loi du 20 Mai 18029 St. Domingue, qui renfermait un million d'habfians, fut soumis, par cette loi, à un régime de fer et exceptionnel. Mais si C'est una crime d'enlever la liberté à son semblable, ce crime cesse-t1l d'exis®" ter, parce quil s'exerce sur les uns plutôt que sur les autres? Bo -naparie aurait eu, peut-être, à nos Yeux, trop de vertu politique, \ pour ordonner de laisser mourir de faim Toussain Louveriure, s'il n'avait pas oublié, pendant dix années, dans les donjons de Vincen: M nes, plusieurs malheureux qui ont fini par y perdre l'usage de la parele , et que la société eroyait avoir perdue par des accidens inconnus; sil n'avait pas fail fusiller, dans les fossés de Vincennes, en violant les principes Îles plus: sacrés de l'hospitalité d'une al étrangère, îe duc d Enghein, dont linnocence est chaque jour plus évidente, à mesure que Vlhistoire approfondit les motifs de son as=« sassinat, N’admettrait-on pas l'attentat de la forteresse de Joux, que nous venons de raconter, que le crime existerait toujours: Toussaint, déjà vieux et souffrant, né sous la zône torride, devait infaillible-m ment périr, en quelques mois, plongé au milieu de montagnes cour | vertes de neige. Bonaparte, ‘dans toute la splendeur de sa gloire