‹ Histoire d'Haiti (volume 2)Chapitre 4 sur 47 · LIVRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGTIÈME

Sommaire. Toussaint s'abandonne entièrement a parti colonial.— Formation d'une garde d’honneur.— Administration intelligente et vigoureuse.—Fête célébrée au. Cap pour la conquête du Sud.—Adresse de ladministration municipale-du Cap à Toussaint Louverture.—Inondation dans la plaine de l’Artibonite — Ordonnance de Toussaint à l'égard des cultivateurs— Propos répandus dans Les campagnes contre Toussaint Louverture.—Ordonnance de T'oussaint —Les voleurs et es assassins jugés par des conseils de guerre —22 Novembre 1€00, la ville du. Cap fête Toussaint Louverture.— Adresse de Toussaint au peuple de St-Domingue.— Droit de vingt pour cent —Arrêté du 28 Frimaire.—Correspondance de Toussaint avec l'abbé Grégoire.—On annonce Parrivée dans la colonie de quelques prêtreseuropéens.—Protestation des prêtres du département du Nord —Mésintelligence entre Roume et Toussaint.— Arrestation de Roume Son départ pour l'Europe—. Arrêté du 10 Frimaire—Julien Raymond administrateur général des domaines.

- Campagne de PEst.—Moyse marche contre Saint Yague —Lettre de Toussaint au gouverneur de Santo-Domingo.—Réponse du gouverneur espagnol —Arrivée au Cap d’une dépêche par laquelle il est défendu à Toussaint de s'emparer de la partie de l’Est.-Départ de Toussaint pour Sto-Domingo.—Batailles de Guayabin et de Sabanagrande gagnées par Moyse — Celui-ci s'empare de St-Yague. — Bataille de Nisao gagnée sur les généraux A. Chanlatte et Kerverseau —Toussaint adresse des félicitations à Gauthier ancien officier de la légion de l’Ouest.—Entrée du général

. en chef à Sto-Domingo.—Paul Louverture nommé commandant de Sto- Domingo. Proclamation de la liberté des esclaves de l'Est. — Départ des généraux Chan

jatte ot Kerverscau.— Toussaint. parcourt les environs de Santo- Domingo. —Ar: rété du 5 Février 1801 pour'là nomination dés députés à l'assemblée ‘centrale. æ Arrêté du 7 du même mois—Formation des compagnies de gendarmerie.—- Arrêté dù 12 Février 1801.— Don Garcia part pour les colonies espagnoles. — Toussaint parcourt le département de Cibao.—Etat ‘intérieur de ce: département. — Arrivée de l’évêque Mauvicitle-—Toussaint retourne dans a partie française. —Réception qui lui est: fiite au Port-au-Prince.— Assassinat de Gauthier.—Massacre d’un grand nômbre de sorciers appelés vaudodx par Dessalines —Expédition dirigée contre Lamour Dérence.—Mesures prises ‘contre la. piraterie. —Axrèté dù* 8 Mai—Les. maisons de jeu sont fermées:

Depuis. là conquête du département du Sud, lé général en chef” dégagé des. préoccupations de la” guérre civile, s’eflorçait, par une administration sage et vigoureuse, de faire aimer son gouvernement, H se plaça entièrement sous l'influence du parti colonial, et adopta , : autant que les circonstances le permettaient, lés-formes royalistes de l’ancien régime. Il s'entoura de toute la splendeur d'un puissant monarque ,;et réunit autour de lui de nombreux colons blancs et de brillantes dames blanches qui composèrent sa: cour. El appela surtout auprès de sa personne ceux des blancs qui ayant servi: dans. les-rangs anglais ou espagnols, ayant. à redouter. les vengeances de la République, ne pouvaient que songer à sisolér de la métropole. Il couvrit le clergé royaliste de sa puissante protection, et combla les prêtres de toutes sorties: de faveurs. Il} forma une garde d'honneur composée d'un régiment de: cavalerie et d'un régiment d'infanterie. Celle garde forte. de deux mille hommes, fut richement vêtue; le commandement de l'infänterie. fut confié à un officier noir ,. habile et courageux, le lieutenant colonel Magny;. et celui de la cavalerie aux chefs d'escadron Moupoint, no, et Morisset homme de couleur. Les: corps de musique de ces deux: régiments étaient composés d'allemands. Afin de prouver toute sa sympathie pour la cause royaliste qu'il avait servie avec zèle Jjusqu'en 4793, il donna aux soldats de sa garde un costume qui rappelait celui des anciens gardes du corps: ils portaient les cou leurs et le trèfle des troupes royales des. rois de, France. Ces deux nouveaux régimens composés d'hommes choisis dans les différentes demi-brigades de l’armée étaient parfaitement diseiphinés, et pouvaient rivaliser de tactique avec les meilleures troupes européennes. Beaucoup-de jeunes gens nobles , O‘Gorman:,, St. James, riches planteurs, y. étaient officiers. Il plaça dans toutes les ‘branches de l'administration des hommes habiles ,. la plupart européens. Idlinger, directeur général des domaines, en affermant des babitations aux. officiers noirs pour de modiques: redevances , donna à Ja culture une nouvelle vigueur. Les. propriétés des hommes de couleur qui avaient fui en grand nombre, gérées au profit du trésor public fournissaient au général en chef des sommes con:

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sidérables dont il disposait sans contrôle. Les blancs que la révolution avait dispersés dans les îles voisines et sur le continent antéricain , rappelés par le général en chef lui-même, se hâtérent de rentrer dans la colonie. L'ancien gérant de l'habitation Bréda était revenu à St.-Domingue lors de fa seconde mission de Sonthonax; quoique celui- ci eût promis à Toussaint de ne ‘pas l'inquiéter, il avait fini cependant par le contraindre à se rembagquer. Le général en chef l’exhorta par uñe flcitre à rentrer dans lile où il trouverait le même bonheur qu'autrefois. Peu de temps après il débarqua au Port Républicain ; : c'était un créole blanc. Il se rendit au Palais National où il vit Toussaint au milieu d'un cercle éblouissant de dames blanches, d'officiers noirs couverts d'or. H - s'avança hardiment pour l'embrasser. D'un geste le général en chef lParrêta et lui dit: « Doucement, M' le gérant; 1] y a aujourd hui « plus de distance de moi à vous qu'il n'y en avait autrefois de vous « à moi. Rentrez sur l'habitation Bréda ; soyez juste et inflexible; « faites bien travailler les noirs afin d'ajouter par la prospérité de « vos petits intérêts à la prospérité générale de l'administration du « premier des noirs, du général en chef de St. Domingue. » Le gérant se retira un peu humilié, et se rendit à Bréda près du Cap où il se livra avec ardeur à «la gestion de son habitation.

Le général en chef voulant tout voir par. lui-même ne se laissa . pas étourdir par les immenses succès quil avait obtenus ; il parcourut la colonie dans toutes les directions , accompagné seulement d'un escadron de sa garde d'honneur. Sa prodigieuse activité ré: pandait partout l'étonnement et la terreur. Les commandans d'arrondissemens pouvant être à chaque instant surpris par ses ile ne négligeaient pas. leurs devoirs.

La ville du Cap quoiqu'elle ne le possédal pas dans son sein, célébra par une fête brillante, la conquète du département du Sud. La veille de la cérémonie, au coucher du soleil, une salve d’arüllerie annonça la fête. Le lendemain, au point du jour, le canon se fit entendre; la générale fut battue , la garde nationale et les troupes de. ligne prirent les armes, ct ‘Loutes les autorités civiles et militaires se: rendirent à la Aie À six heures elles étaient réunies au palais national; les lroupes étaient rangées sur la place d'armes. Le général Moyse qui commandait dans le Nord sortit du palais national précédé d'un nombreux état major , ét se rendit au champ de Mars. A son arrivée sur la place d'armes , le canon retentit, [a musique fit entendre les airs guerriers de la France. Toutes les autorités prirent leurs places. Le pére Brelle, curé de la ville du Cap, monta sur l'autel de la patrie couvert de fleurs et surmonté de guirlandes , et prononça un long discours. « Après avoir félicité la colonie entière de l'évènement important qui « faisait le sujet de Ia pie universelle, après avoir parlé avec la cha:

« leur du sentiment des effets heureux que cct événement allait « produire, » il fit une digression en transportant l'auditoire au milieu des armées françaises. Là c'était Bonaparte qui renversait tout devant lui; ici c'était Toussaint Louverture qui maitrisait a fortune. Il descendit de l'autel au milicu des salves mo mens, et la messe fut chantée avec pompe au centre du chams de Mars. Après la cérémonie la foule s'écoula en criant vive Toussaint Louverture. Pendant le reste de la journée il y cut de splendides banquets où fraternisèrent les citoyens; dans la soirée la ville fut illuminée. Quelques semaines après, le 29 Août (11 Fructider) l'administration municipale du Cap envoya au général en chef une adresse de félicitauions. Efle annonça également aux citoyens du Nord la fin de la gucrre civile, la fuite de üigaud , brigand fameux . par ses crimes ; elle vanta Ja générosilé de Toussaint, et termina ainsi son adresse: « Que Îles esprits inquiets et remuans qui pré- « chent une fœusse doctrine, et qui par des discours séditicux cher- « chent à troubler l'harmonie: qui doit régner entre les citoyens, « soient dénoncés par les bons citoyens, aux autorités civiles et mi- « litaires ; que les méchians ne soient pas ménagés, et que la s0- .« ciclé en soit purgée. » Alors se manifestäient tous ies vices qui naissent de la bassesse et de Fadulation; pour plaire à Toussaint devenu le dispensateur des places et des honneurs, on nc craignait pos de prècher la délation dans les pièces officielles. Par les soins énergiques de Toussaint la prospérité renaissait partout dans les campagnes. Le quartier de l'Arubonite suriout commençait à reprendre son ancienne splendeur ; urais le développement agricole de ce, quartier, fut un moment suspendu par une affreuse inondation. Dans les derniers jours de vendémiaire an 9 (du 2 au 8 octobre 1809) des pluies abondantes tombèrent nuit et jour dans la plaine de lArtibonite:; et dans la nuit du 41 au 12 octobre (du 149 au 20 vendémiaire-), le fleuve sortit de son lit avec une horrible violence. La plupart des établissemens, sucreries, etc. furent emportés par les eaux; beaucoup de cultivateurs : ipérirent. Toussaint se hâta d’accourir au secours des habïtans ; il pénètra non pas sans danger dans la plaine encore inondée, et prodigua des consolations à toutes les familles qui avaient été ruinées. Mais à SL Marcil fut tellement assailli de demandes de toutes espèce îre les vicii- “mes de linondation qu'il fit un réglement par lequel il prit une mesure générale relativement aux indemnités à accorder à ceux qui avaient souffert des débordemens du fleuve. Il revint au Port Républicain d'où 11 lança une ordonnance par laqueile 11 invitait les gérans et conducteurs d'habitations à remplir leurs devoirs avec .zêle,iles cultivateurs et cultivatrices à retourner sur leurs habitations “respectives , les pères êt mères de famille à élever leurs enfans dans la crainte de Dieu. Il déclara que ceux qui recelcraient des

cuitivateurs seraient condamnés à une amende de2 , 4 ou 800 livres ; qu tls seraient emprisonnés pendant un mois; et pendant trois mois en cas de récidive, s'ils ne pouvaient payer l'amende ; que les cultivateurs qui refuseraient d'aller au travail y seraient contraints , que s'ilsurvenait des négligences dans l'administraiion des campagnes les généraux commandant les arrondissemens en seraient responsables ; que les mililaires ne pourraient entretenir des femmes dans les casernes, et que Îles commandans de place qui souffriraient des culüivateurs dans les vill: ss et bourgs, les jours de décade, seraient: punis d'arrêt ou destitués.

Cependant beaucoup de français européens, du parti républicain. partieuliénenién voyant Toussaint marcher à grands pas. vers l'indépendance de St. Domingue, s'indignaient du dévouement aveugle à sa personne des cultivateurs du Nord et de l'Artibonite, malgré les mauvais raitcmens qu'ils éprouvaient à peu près comme dans l’ancien régime. Ils disaient aux anciens laboureurs de leurs habitations pour les exciter à la révolte : « Vous dites que vous êtes libres; néan- « moins vous allez être forcés à rentrer chez nous; et à nous « vous ménerons comme anciennement, et nous vous ferons voir « que vous n'êtes point libres. » Les cullivateurs rapportaiént ces propos aux autorités militaires qui les transmettaient au général en chef. Ces paroles inquiétaient Toussaint Lonverture; accueillies favorablement, elles auraient pu ébranler sa puissance surles masses. Il employa les mesures les plus énergiques pour les étouffer. Elles ne tendaient qu'à contrarier la restauralion de St. Domingue, à troubler La {tranquillité publique , à perpétuer l'anarchie et à faire naïtre de nouveau les plus grands maux. Il ne craignit pas de publier qu'il ne contraignait les culitivateurs au travail qu'afin d'empê cher le vagabondage et le libertinage, et de les rendre dignes de la liberté qu'ils avaient acquise par iles armes. Il ordonna aux autorités militaires d'arrêter ceux qui tiendraient de pareils propos et de les mettre en prison. Son: ordonnance portait: « Sicest un « propriélaire il n'en sortira pas qu'il n'ait payé 2,000 livres 1 « mende ; si c'est un militaire gradé , il sera cassé et remis simple « soldat, Si c'est tout autre particulier non habitant ni militaire, « 11 sera également arrûté, puni de prison et incorporé dans, un « régiment s'il est. d'âge; ‘dans le cas contraire sa détention sera « prolongée selon la nature des propos. Si c'est une femme tel'e « qu'elle soit, elle paiera l'amende précitée , et faute de pourvoir payer, « détenue en prison pendant deux mois. »

Donnant suile à son système de fer, 4l établit, le 20 Octobre, des conseils de guerre et de revision, pour le vol, l'assassinat, le pillage et le viol. Le même jour 1l renvoya des bureaux de de l'administration et de la marine, un grand nombre de fonctionnaires qui ne lui convenaient pas , sous prétexte que la caisse pu-

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blique était trop pauvre pour qu'on pût continuer à lès payer. Il organisa une nouvelle administration beaucoup plus simple et plus propre à faciliter la restauration des finances.

Dans le courant de Novembre il partit du Port-Républicain pour le Cap. Quand ïl arriva aux Gonaives, ville témoin de tant d horreurs commises par ses ordres , il reçut les félicitations de la population qui s'était portée en foule au-devant de lui ; il fut couvert de lauriers au milieu des plus grandes acclamations populaires; onlappela le Spartacus moderne, le grand homme prédit par HOT De- . puis, peu ;de temps les Gonaives étaient devenus le séjour Ge Ses principaux favoris.

Le 21 Novembre A frimaire) on apprit au Cap qu'il AE y arriver le jour suivant. A quatre heures du matin du 22, la générale fut battue; ]a garde nationale et les troupes de ligue fournissant une force de 4,000 hommes se rangérent dans la rue française. A six heures, les autorités partirent de la Mairie, €t ce rendirent à la Barrière-Bouteille pour le recevoir. Il n’était qu'à une lieue de la ville. Ælles se placérent des deux côtés d'un arc de triomphe sous lequel. il devait passer. Une foule de jeunes filles étaient chargées de lui lancer des couronnes dès qu'il paraîtrait. La multitude le découvrit Lout à-coup au milieu de ses officiers. L’enthousiasme fut tel que l'ordre de la cérémonie fut oublié; hommes, femmes et enfans se précipitèrent au-devant de lui. est pressé de toutes paris; on nentend que les cris de vive Toussaint Louverture; un grand nombre de citoyens ivres de joie demandent à l'emil brasser.… Ii descen. dit de cheval, traversa cette foule en délire et se dirigea vers le palais national. Alors l'épouse du citoyen Allier , un des hauts foncuonnaires de la colonie, dame blanche d’une rare beauté , se présenta sur son passage, et lui adressa, au milieu d'un peupie immense, comme l'organe des dames du Cap, les vers qui suivent :.….….

Vois tout un peuple entier

Qui te doit son bonheur,

Accourir sur les pas de son libérateur ; Interprète des cœurs de tout ce qui t'entoure Je viens te présenter le prix de Ia bravoure.

En même temps elle lui plaça sur la tête une couronne de lauricrs. Continuant avec assurance Îa lecture de ses vers, elle le compara à Bonaparte, et demanda à Dieu qu'il véeut encore cent ans. Quand elle eut fini Toussaint l'embrassa et se rendit au palais national suivi de sa garde d'honneur. Le général en. chef fit aussitôt défiler devant lui les troupes qui composaient la garnison de la place, ainsi que la garde nationale. 11 se transporta ensuite à la Mairie où ül entendit les discours du président de l'administration municipale ;

de lordonnateur du département du Nord, du contrôleur de a marine , du président du tribunal civil, du président du tribunal du commerce du président de la commission du commerce, et du juge de paix de la ville. Dans tous ces discours on le compara à à Bacchus , à Hercule, à Alexandre le grand et à Bonarparte. Le prilent du tribunal civil lui avait dit: « Enfin nos vœux sont rêm- « plis; votre valeur soutenue par À Dieu des combats à triomphé « du tyran du Sud. Nouveau Ceiïn, il fuit chargé de la malédic- « tion publique et portant à Jamais vie signe de fa "réprobation. “he Le reste de la journée s'écoula en fêtes de toutes espèces ; et dans la soirée la ville eût été magniliquement illuminée, si une pluie abondante n'était tombée. I y eut cependant de beaux- feux d'artifice; et dans tous les transparens on voyait en grandes lettres : « Toussaint pacificateur du Sud. »

La loge de l'Amitié lui rendit aussi de grands honneurs. On lisait dans lentablenient d'un temple d'ordre toscan dressé sur une place publique : La maçonnerie source des vertus offre ses hommages qu général en chef.

Le peuple chantait dans les rues sur l'air de la Marseillaise un hymne composé sur ses hauts faits, *

* Les deux couplets les plus remarquables étaient les suivans :

Les Anglais ces foudres de guerre | Out éprouvé nos bataillons’ * Leur sang à rougi la poussière ke Leurs corps ont comblé nos sillons.

Armé d'un courage intrépide , Toussaint partout guidail HOS pas, Et dans laction de nos combats Son panache était notre guide.

Terrible aux ennemis, Humain’ pour ses amis, AY Toussaint, "L'oussaint, reçois nos vœux.

Par toi tout est heureux.

s Désormais vivant tous en frères, Soyons heureux dans ce pays; Général, soyez notre père, Et vos enfans seront amis.

Nos devors pour notre patrie, A lexemple d: vos vertus, Sauront payer tous Îles tributs Que chacun doit pendant sa vie.

Terrible aux ennemis, | f: #8 Humain pour ses amis , Toussaint, Toussaint, recois nos vœux Par toi tout est heureux,

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Toussaint avait besoin de ces grandes solennités pour étourdir le peuple et lui faire oublier les crimes affreux qui avaient été commis et qui se commetliaient encore. Cependant cette journée ne fut pas heureuse pour tous. Les hommes de couleur Rigaudins que Dessalines avait incorporés dans les troupes du Nord, marchant nupieds, couverts de haïllons à la suite des demi brigades , étaient d'autant plus maltraités qu'ils étaient plus tristes de la joie: popuaire. Jusqu'alors aucune voix nes était fait entendre en leur faveur ; et ils étaient toujours écrasés sous le baton des soldats noirs,

Peu de jours après, le général en chef pour encourager au lravail les cultivateurs et les autres classes de la société, adressa au peuple les:paroles suivantes : « Peuple de SL. Domingue , Si votre « Salut, celui de votre liberté ont pu légitimer votre résistance à « la nouvelle oppression dont vous étiez menacÿs, rappelez-vous « que du moment que vous êtes rentrés dans vos droits, vous de- « vez soumission à la loi, respect à vos magistrats. La liberté dont « vous vous glorifiez vous impose de olus grandes obligalions que « l'esclavage d'où vous êles sortis. C'est à la socicté, c'est à la « grande famille dont vous faites partie que vous devez Femploi « d'un temps que vous sacrifiiez jadis à l'ambition d'un anaitre. « Vous devez concourir avec tous ses membres au bouheur générai, «et NOUS ne pouvez «y parvenir qu'en remplissant les obligatiqns « quelle impose. Elle vous fait une loi du travail; elle exige "de

vous la pratique des vertus qui constituent un bon ciloyen : et

ce ne sera que lorsque vous Îles aurez acquises et que vous les « praliquerez , que vous justilierez ce beau litre; et ee ne sera « qu'alors que vous n'aurez plus à redouter les entreprises liber- « licides de vos ennemis. Vous n'oubliez pas, les chers amis, « que votre plus sûr auide pour y parvenir doit être la re lision. « Cest le Dieu de la nature que nous adorons qui brisa nos “Lurs, « el cel vuvragede ses mains séra inébrantable, si nous le méritons; « äl nous fait une loi de la reconnaissance, et cette reconnaissance « nous dicte nos devoirs. » .

Il termina son adresse en ordonnant aux autorités , sous Îcur propre responsabilité , de faire exécuter ses instructions. Depuis la chûte de Rigaud, Toussaint se plaignait souvent à ses favoris de l’ingratitude des anglais envers lui; ceux-ci étaient réellement devenus froids à son égard ; ils avaient découvert sa profonde dissimulation, son système par lequel il employait tout ce qui s'offrait à lui pour parvenir à ses fins, toujours | avec l'arrière pensée de profiter seul des secours qui pourraient lui être fournis. Ainsi il était bien disposé à s'aider des forces de la Grande Bretagne pour se détacher de la France; mais’ il ne formulait pas les avantages .qu il eût accordés aux anglais à St. Domingue: delà l'hésitation qu'il démontrait à l'accomplissement de son projet d'indépendance;

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le gouvernement britannique entendait faire de lui l'instrument de sa politique contre la France; pour lui qui se sentait déjà puissant, qui ne voulait subir aucune influence, ïl ne prétendait se servir de là puissance anglaise qu'afin de réaliser ses vastes plans d'ambition.. Les agens anglais qui avaient été envoyés auprès de fui n'avaient pu obtenir aucune concession en compensation des secours qu'ils lui offraient,; ils avaient fui par prendre à son égard une altitude de parfaite neutralité, certains du moins qu'à une époque non éloignée la France pe erdrait St. Domingue par la réaction devenue inévitable dans cette île depuis la révolution du 48 Brumaire. P Toussaint Louverture croyait qu'il n'avait nul intérêt à ménager encore les angla's contre lesquels il se montrait trés-irrité depuis ils avaient capturé les gros navires qu’il avait expédiés devant Jacmel, pendant fa guerre civile. Il pensa qu'il pourrait facilement exciter une Insurrection à la Jamaïque, si un jour le gouvernement britannique lui devenait hostile. Nous le verrons plus tard envoyer dans cette ile des émissaires chargés d'y propager la révolte; mais ils seront arrêtés et exécatés. Tel était à cette époque le caractère des relations de Toussaint avec les Anglais. Son ambition avait atteint à un tel degré de développement qu'il songeait à étendre sa domination sur tout l'archipel des Antilles. Selon ses calculs l'ile de Cube devait être une proie facile après an soulèvement général opéré à la Jamaïque. | Il continua à se livrer avec son ardeur ordinaire aux détails de Fadministration. Il avait découvert de grands abus que faisait naître le quart de subvention. Il se détermina à le convertir en un shnple droit sur les objets d'importation et d'exportation. ll Gécréta que les droits du quart de subvention, du seizième et du vingtième, établis sur les revenus des babitations et perçus en nature étaient désormais boite Toutes les denrées devant être exportécs de la colonie furent soumises à un droit de sortiede 20 pour cent; toutes les marchandises importées furent soumises également”à un droit de 20 pour cent. Les droits d'importation ei d'exportation durent être perçus en numéralre. Les maisons des villes ct des bourgs, les embarcadères payèrent une imposition de 20 pour cent sur la valeur de leur loyer; les manufactures telles que guildives , tanneries, chaufourneries, poteries , briqueteries, tuileries dont les produits se consommaient dans la colonie furent aussi assujettièés à un droit de 20 pour cent, sur la valeur de tous Îles objets qui yÿ étaient fabriqués. Les fermiers d'habitations dont les baux avaient été passés par l'administration, et qui étaient exempits du droit de subvention, obtinrent une diminution du tiers sur le prix de -leurs fermes, ‘en dédommagement de laccroissement des droits d'exportation. Le 28 Frimaire (19 Décembre 1800) il fixa jes ‘appointemens des officiers des douanes établies dans chacun dés

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ports d'exportation. Le contrôleur reçut 40,000 francs par an, le directeur 8,000 francs , le vérificateur 7,000 francs, Îe peseur 6,000. lls ne touchaient pas leurs appointemens du trésorier ; 1s étaient payés d'après des ordres particuliers du général en chef.

Sur les représentations de M'° Stevens consul général des Etats- Unis , l'arrêté du 21 Frimaire an 9 {12 Décembre 1800 ) sera modifié le 40 Nivôse ( 4° Janvier 1801). En conséquence les marchandises importées à St. Domingue seront soumises à un droit de 40 pour cent au lieu de 20 pour cent. Toussaint se plaisait à être agréable au gouvernement fédéral des Etats Unis qui lui avait rendu d'immenses services pendant la guerre civile. À l’époque dont nous parlons les seuls ports d'importation et d'exportation étaient le Cap, de Môle, le Fort-Liberté , le Port-Républicain, les Gonaives, Jacmel, les Cayes, St. Louis et l’Anse-à Veau.

En 1797 Toussaint dont les idées s'étaient dès lors considérablement développées avait demandé à l'abbé Grégoire pour les placer dans les différentes communes de là colonie, douze bons prêtres soumis aux lois de la Répuplique. L'abbé Mauvieille curé de Noisy le Sec près de Paris lui avait répondu le 26 Mars 1809 (5 Germinal) au nom de l'abbé Grégoire, et lui avait annoncé que sa lettre à l'illustre abbé et sa proclamation à l'armée de St. Dominguc concernant le culté catholique, avaient été insérées dans les annales de la Religion. Grégoire avait fait choix de l'abbë Mauvicille pour conduire auprès de Toussaint Louveiture les prêtres que celui ci avait

demandés. Mauvieille était sur le point de s’embarquer accompagné

de douze ecclésiastiques lorsque le concile national de France s’assembla. Après avoir réorganisé la religion en France, ce concile jeta un coup-d'œil sur les colonies. Quatre sièges épiscopaux furent établis à St. Domingue. L'abbé Mauvicille qui fut désigné par le concile pour en occuper un, réunit des livres de piété, des vases, des ornemens d'église et attendit le moment de son départ. Il n’arrivéra à St. Domingue qu'en Mars 1801 et sera comblé d’honneurs par le général en chef. Mais les curés déjà établis dans la colonie principalement ceux du département du Nord, les pères Brelle, Duburcq, Balthazar, Torelli, Placide, Layer et Antheaume, craignant la supériorité des ecclésiastiques qui étaient attendus firent une profession de foi par laquelle ils déclarérent qu'ils avaient été envoyés dans la coloniepar le Pape, et quecelui-ci n'ayant pas autorisé le concile tenu à Paris, ils refuseraient de communiquer avéc les nouveaux ecclésiastiques que devait envoyer l'assemblée tenue en France , les considérant comme schismatiques. Cette profession dé foi injurieuse pour l'abbé Grégoire ‘excita le mécontentement de Toussaint; et les prêtres du départément du Nord faillirent payer de leurs têtes leur imprudente démarche.

À la même époque Toussaint apprit par un nommé Raphaël la

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prochaine arrivée de Mauvicille, et reçut de longs détails sur Fr progrès de ses CRfans qui VER à Pinstiüiut National à Paris. fut Si salisfait de ces nouvelles qu'il les répandit dans toute la colonie sur les feuillcs publiques.

Ajant écrasé dans fa pt francaise Lous ceux qui contrariaient son ambition il résout de s'emparer de da partie espagnole. Avant d'entrer en campagne H voulut s'assurer de la personne de l'agent Roume qui s'obslinait ARE à ne pas autoriser la prise de pos: session de Ia colonie espagnole. IT prétendit qu'il était influencé par des intrigans ennemis de la France. Lo 5 Frimaire (25 Novembre)après Pavoir violemment fait arrêter, il mit deux voitures à sa NA et commanda au général Moyse de le conduire sous escorte au Dundon, avee ordre de Fy retenir prisonnier jusqu'à ce qu'il füt rappelé par le gouvernement français. Cet acte de violence exercé sur à représentant de Ja France ne produisit aucune sensation dans la colouie qui, depuis l’embarquement d'Hédouville et la chute de Rigaud, était dominée par la puissance de Toussaint Louverture. Toussaint s'acharnait contre Roume non seulement parcequ il ne l'aulorisait pas à prendre nossession de la parte espagnole, mails encore parce qu'il avait refusé de déclarer que tous ceux qui viendraient dans la colonie avec des passe ports d'un nommé Pothier receveur particulier des droits de la République à St.- -Yague de Cube, en seraient chassés.

On avait trouvé dans le porte-feuille de Rigaud , après la bataille

d'Aquin , des lettres de Pothier. Roume avait répondu au général.

en chef qu'il respecterait la signature de Pothier aussi long-temps que celui-ci conserverait sa q! ualité d' agent consulaire du gouvernement français. Néanmoins Toussaint "fit publier dans le bulletin officiel de St. Domingue un arrêté par lequel défense fut faïte à n'importe quel voyageur de pénétrer dans la colonie munid'un passe-port de Pothier. C'était faire acte de souveraineté. S'efforçant de justifier sa conduite à l'égard de Fagent du Directoire, il publia que celui-ci aulieu de consacrer ses facultés morales et physiques, ainsi que l'exigeaient les devoirs de sa place et sa qualité de représentant dû gouvernement français , au bonheur de St. Domingue, ne prenail conseils que des intrigans qui l’environnaient, semait la - discorde dans la colonie, fomentait les troubles qui n'avaient cessé de l'agiter. Toussaint s'était toujours montré très-favorable à l’Agent tant que celui-ci; en agissant en harmonie avec les intérêts de la Métropole, avait secondé ses vues ambiiieuses; mais 1l en était devenu lennemi implacable , dès qu'il avait rencontré en lui un obstacle au développement de ses vastes projets. I déclara que l’Agent, malgré les calomnies qu'il avait lancées contre lui dans ses lettres pour France et Sto- Domingo, serait à l'abri [de tout désagrément; mais que le respect qu'il devait à son caractère ne l'em-

de

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pécherait pas dé prendre les mesures les plus sages pour lui ôter la faculté de tramer de nouveau contre la tranquillité qui venait d'être rétablie aprés tant de vioientes secousses. Il publia en outre qu'il ne l'avait envoyé au Dondon en lieu de sûreté qu'afin de l'isoler des intrigans et de répondre aux plaintes que toutes les communes lui avaient adressées à son sujet , par l'organe de leurs magistrals.

Roume se sentant profondéme: it humilié de la conduite de Toussaint à son égard, demanda à retourner en France. Le colonel Vincent, à force d' instances, obtint du général en chef qu'ils’embarquât. Cette circonstance ajouiera encore au méeontentement de Bonaparte relativement à la conduite de Toussaint qui n'était, à son avis, qu'un agent csecret des anglais, trahissant la France tout en la bénissant dus ses actes officiels. . |

Après le départ de Roume les rigueurs exercées contre les hommes de couleur prirent une nouvelle vigueur. Ceux qui n'avaient pas donné les témoignages les plus éclatans deleur dévouement à Toussaint Louverture continuèrentà être persécutés. Il leur fut expres- sément défendu de sortir de la colonie et des villes où ils se trouvaicnt; {ous ceux qui Cautionnés avaient été épargnés étaient obligés de se présenter tous les matins à l'autorité, afin qu'on s’assurât qu'ils ne s étaient pas évadés. Toussaint ayant appris que malgré sa. défense , beaucoup d'hommes de couleur fuyaient la proscription, arrèta le 10 Frimaire (4° Décembre 1800) que nul ne pourrait. sortir de la colonie sans être muni d'un passeport signé de lui; que celui qui serait pris à bord dun bâtiment en départ, sans être “muni d'un passeport, paierait une amende de 6,000 gourdes, sinon subirait deux années de prison; que celui qui parviendrait à s’échapper aurait ses biens confisqués au profit de la République; que le capitaine qui serait pris favorisant la fuite d'un individu quelconque serait condamné, la premiere fois, à 4,000 gourdes d'amende, la seconde fois à 6, 000 gourdes, la lroisième fois à voir con{isquer son bâtiment. Cependan! poar donner des preuves de sa sympathie aux. hommes de couleur qui se montraient fidèles à sa personne, il installa solennellement au Cap, Julien Raymond , administrateur géné ral des domaines nationaux. Ê |

Pendant cet intervalle il faisait ses préparatifs dans le plus grand secret pour entreprendre la conquête de l'Est , et acheminait des troupes sur Laxavonet le Mirebalais. Hl ordonna au général Moyse de sè tenir prêt à marcher sur Santo-Domingo, avec 83,000 hommes, par la voie de St.-Yague. El devait de son côté entrer en campagne avec 4,000 hommes par la route méridionale.

Pendant que le général Moyse franchissait la rivière du Massacre, Toussaint écrivit au gouverneur de Sio. Domingo Ja lettre suivante :

32 HISTOIRE D'HAITI— (1800) . Cap Français, 19 Frimaire an 9 (10 Décembre 1800.)

e Monseigneur, j'avais - eu Points de vous mander des Cayes, que je me réservais à mon premier voyage au Cap, de vousécrire,» pour vous demander Justice de l'insulte faite au gouvernement'en: la personne d'un de ses ofliciers généraux, son envoyé auprès de l'Audience espagnole. Je vous avoue que si j'ai dû ètre surpris d'un: procédé si contraire aux règles établies entre nations policées , mon devoir me prescrit impérativement d'en obtenir une réparation. Pess père donc, M. , que vous ne-me la laisserez pas plus longtemps désirer en ‘répondant d'une manière satisfaisante à ma réclamations » Des raisons d’état ont déterminé l'agence du gouvernement à m'ordonner. le sept Floréal an 8 de prendre , au nom de la République Française, possession de celte portion de l'ile cédée à la France par S. M. C. d'aprés le traité conclu à Bâle entre les deux nations ; en conséquence , je vous préviens que j'ai chargé le général Moyse , commandant en chef de la division du Nord de cette importante opération; et d'après l’outrage qu'a essuyé le gou: vernement en la personne du général Agé , pour la même mission, Jai dû faire aecompagner le général Moyse d'une force armée sul fisante pour l'exécution du traité, et pour la protection de toute cette partie de l'ile contre les entreprises quelconques des ennemis de la République. Je désire de tout mon cœur que la conduite: franche et loyale des habitans et la vôtre, Monseigneur, réalisent mes: espérances et me mettent à même de contremander la plusgrande: partie des troupes que l'expérience a nécessité de meitre en mouvement pour assurer la pleine ét entière exécution des ordresdu gouvernement. |

« J'espère également , Monseigneur , que vous voudrez bien ne pas: laisser ignorer aux espagnols qui resteront soumis aux lois françai- « ses que leurs personnes et leurs propriétés seront Me ne © et æ qu'il ne sera rien innové aux usages religieux qu'ils professent. * Recevez, je vous en prie, Monseigneur, la parole inviolable du:

militaire; soyez en même temps persuadé que si j insiste à Ja

réparation que je réclame de Votre Excellence , cest parceque j'ai

uniquement à cœur, en faisant respecter le nom français, d'enns la liaison d'amité qui existe entre les deux métropoles.

« Que Dieu vous prenge ren sa sainte. garde.

SF à & À # A. 6

TOBSRE LE TLILSRee.:

« J'ai l'honneur d'être avec tous les égards dus à votre mérite et: « à votre dignité, M.#, votre trés humble et très-obéissant serviteur.

e Le général en chef de l'armée de St. Domingue,

« Signé, Toussaint LOUVERTURE.

HISTOIRE D'HA1TI.—(1801) k 83

Le goüvernéur don Garcia reçut cette lettré perdant qu’on célébrait 14 messe dans la cathédrale de Sto. Domingo le 6 Janvier 4804. Il apprit en même temps que les troupes de Toussaint avaient déjà pénétré dans les pays espagnols. Il fit aussitôt battre la générale et tirer le canon d'alarme. Il expédia aux commandans des villes et bourgs l’ordre d’opposer la plus vive résistance à l’armée noire ; et le même jour il répondit à Toussaint Bouverture qu'il ne concevait pas sa conduite, que le sang espagnol se verserait toutes les fois que par son effusion il pourrait . én résulter quelque honneur au gouvernement de la métropole, et qu'il Conserverail intacte la partie de l'Est jusqu’à ce qu'il eut reçu du gouvernement de Madrid l'ordre d'en agir autrement. En mêmé temps le général Antoine Chanlatte convoquait à la fortification prin: cipale de la ville tous les citoyens, et à son hôtel particulier tous les français qui se trouvaient à Slo. Domingo. Malgré les efforts du général Chanlatie pour soulever la niasse de la population, fort peu d'espagnols se réunirent ; ils étaient hostiles à Toussaint Louverture, et cependant ils se montraient peu disposés à combattre: Quant aux français qui étaient au nombre d'une centaine, ils répondirent tous à l'appel qui leur avait été fait. Enfin le commis: Saire Chanlatte, en armant des africains qu'il fit entrer dans es rangs d'un petit bataillon de troupes de ligne espagnole , put réunir neuf cents hommes. Ce fut avec cette poignée d'hommes indisciplinés et sans tactique qu’il entreprit d'arrêter la marche de Toussaint Louverture Il établit en embuscade sur les bords du fleuve le Nisao ; dans le département de l'Ozama , quelques compagnies du régiment des Cantabres ; 1l envoya l’ordre à quelques cents de miliciens de garder Iles passages de Guayabin et d'Amina , dans le département de Cibao. |

Pour tromper les espagnols sur la rapidité de la marche de ses troupes Toussaint était demeuré au Cap pendant qu'elles pénétraient dans la partie de FEst. En même temps un bâtiment de guerre français vint mouiller dans la rade de cette ville. Il était porteur de dépèches par lesquelles le gouvernement consulaire défendait au général en chef de prendre possession de la partie de l'Est. Toussaint apprit l'objet de la mission du navire avant que le capitaine eut eu le temps de débarquer. Il sortit aussitôt de la ville avec la plus grande précipitation, et s’élança sur la route du Mirebalais où 1l devait se mettre à la tête de la division qui marchait sur Sto. Domingo par la route méridionale. Le capitaine voulant lui remettre les dépèches des consuls le poursuivit sans l’atteindre pendant quarante huit heures. Toussaint aŸait eu le temps de joindre ses troupes etd'entrér en campagne. Comme il n'avait pas reçu la lettre des consuls, il prétendait qu'il n’agissait pas contrairement aux ordres du gouvernement métropolitain.

| À . ss 4 DUR te :

Pendant cet intervalle le général Moyse parti de la riviére du Mas-

gacre, à la tête de plus de 3,000 hommes , atteignait la ‘rivièresde Guayabin distante de vingt lieues de St. Yague. Le général Pageot qui commandait l'avant garde de celte division découvrit de Pautre côté de la rivière un cent de miliciens espagnols, sous les ordres d'un nommé don Francisco Reyes. (Celui-ci se disposait à entrer en pourparler avee les français quand un coup de fusil partit des, rangs de ses soldats. Les troupes sous les ordres de Moyse répons dirent aussitôt par une décharge de mousquetertse , et le combat s'engagea. Après un quart d’héure d’un feu assez vif de part et d'autre, les espagnols prirent là fuite et se retirèrent à la Sabanagrande de Maho, à dix lieues de St. Yague. Là se trouvaient dèjà réunis dans un camp retranché trois-cents volontaires sous les ordres du capitaine de cavalerie don Domingo Perez. Le général Moyse les atiaua avec impétuosité Après avoir résisté à son choc pendant une demi-heure, ïls furent contraints de prendre la fuite, cédant à la supériorité numérique, et laissèrent sur le champ de bataille un capitaine de cavalerie nommé don Cayétano Rason. Ils se retirèrent à St. Yagüe. Le 11 Janvier 1801 le général Moyse atieignit les murs de cette place ; le lendemain le lieutenant.colonel don Perez Guerra jui en ouvrit les portes, après une honorable capitulation. Moyse confia le commandement de la ville au général Pageot et continua sa marche sur Sant6-Domingo. nt

Le général en chef de son côté, était arrivé le 5 Janvier 801 à S'Juan de la Maguana. Il était à la tête des 7e et 10e demi brigades commandées par Chs Bélair et An-Philippe Daut, et de quelques compagnies de la 8e. Ces troupes formaient une brigade que commandait en chef le, colonel Paul Eouverture. Toussaint lança une proclamation dans. laquelle il annonça que malgré les insultes faites au général Agé, année précédente par don Joachin Garcia, 1l n'entendait pas que les espagnols fussent traités en ennemis; 1 promit süreté et pro tection aux personnes, ainsi qu'aux propriélés, et il exhorta les espagnols à revenir de leur erreur. Les habitans du quartier de St. Juan qui ne. se remua pas, furent parfaitement traités. Le général en chef continuant sa marche parvint à Azua sans obstacle le 12 Janvier 1804. Il trouva la ville dans une parfaite tranquil- Pitié ; le jour qui suivit son arrivée if écrivit à don Joachin Garcia que ni lui ni ses troupes ne respiraient la vengeance, qu’ilne vou- Jait que le bonheur des espagnols, et que le décret du 17 Floréal qui l'autorisait à prendre possession de la partie de l'Est n'avait pas été rapporté par celui de Prairial, puisque ce dernier n'avait. point été officiellement notifié. 11 termina sa lettre en reprochant amérement à Don Joachin Garcia d’avoir insulté le gouvernement français dans la personne du général Agé. Toussaint continua sa marche avee une rapidité prodigieuse ; son infanterie fit jusqu'à. vingt-cinq lieues par jour. ,Quand $on avant-garde , que comman-

LE

dait le lieutenant colonel Gauthier, atteignit la rivière de Nisao , elle rencontra les Espagnols. Gauthier à la tête d'une céntaine d'hommes, débris de la légion de l'Ouest de Jacmel, attaqua vigoureusement les généraux Chanlatte et Kerverseau 5 ceux ci résistérent énergiquement ; mais le colonel Chs. Bélair arrivant sur le champ de bataille avec la 7e., décida le succès de la bataille ; les Espagnols ayant perdu plus de deux-cents hommes battirent en retraite. Quelques heures après le combat, Toussaint Louverture alteiguit le Nisao; là il apprit Ha brillante conduite qu'avait tenue. Gauthier ; il s’approcha de lai, lembrassa et lui du qu'il voyaté avec bonheur quil était déterminé à servir sa cause avec autant de courage qu'ilen avait déployé .pendant la guerre civile en faveur de Rigaud. En lui adressant ces paroles Toussaint avait déjà résolu sa perte. |

Don Garcia fut au désespoir quand il vit le bataillon des Canta: bres se replier sur Sto. Domingo. Toussaint voulant qu'il n’y eut pas d'effusion de sang, envoya , en s’approchant de la place, l’ad: judant-général d'Hébécourt proposer au gouverneur un arrangement, Don Joûchin Garcia aceucillit cette proposition avec empressement. Il signa conjointement avec d'Hébécourt uné capitulation par laquelié la vile dût être livrée à Toussaint Louverlure. Pour ne pas blesser lorgueil du gouverneur espagnol Toussaint appela arrangement celte honteuse capitulalion. ;

Le 27 janvier 1801 (7 pluviôse), il entra à Sto.-Domingo pendant qu'aux détonnations de viagl-un. coups de canon on descendait le pavillon espagnol; aussitôt après, vingt deux coups de canon saluèrent le pavillon français qui flotta sur les remparts. En même temps l'armée pénétrait dans la place avec solennité, au son des cloches de toutes les églises. Don Garcia et le Cabilde accompagné: rent Toussaint Louverture à Hhôtel de la, Mairie. Eà ils l'invitèrent à prêter le serment d'usage, an nom de la sainte Trinité, de gouverner avec équité la paitie de l'Est. H dit au gouverneur et au Gabilde: « C'est tout ce quon pourrait exiger d'un gouverneur « envoyé par la cour de Madrid; mais le cas n’est pas le même; je suis. © vCnu prændre possession de cette partie, au nom de la République « française. Cependant je jure de tout mon cœur, devant Dieu « qui mentend que je mets le passé dans loub'i, et que mes « véilles et mes soins n'auront d'autre but que de rendre heureux « et content le peuple espagnol devenu français. ».

Après qu'il eût fait ce serment le gouverneur lui présenta les clefs de la ville. I-s'écria: « Je les accepte au nom de la Répu- « blique ; allons remercier l’Auteur de toutes choses d’avoir effica- « cement couronné du plus grand suecès notre entreprise prescrite. a par les traités et les lois de !a République.” La foule se rendit

à la Cathédrale où un te-deum fut chanté pompeusement en actions de grâce. <

Le même jour, 27 Janvier, le général en chef publia que beau: coup d’Espagnols malintentionnés cherchaient, malgré les dispositions de son Arrêté du 44 Nivôse, (5 Janvier) à inspirer de vaines terreurs à leurs coneitoyens, et les exhortaient à s'éloigner de Ja colonie. Il annonça aux Espagnols qu'il avait appris avec douleur ces bruits alarmans, et qu'ils pouvaient être sans inquiétude ; 1} en gagea ceux qui étaient déjà.sortis de la colonie, nimporte leur

couleur, à y rentrer.

Les prêtres espagnols en s'embarquant pour la Côte-Ferme avaient répandu ces alarmes. | ; | Satisfait du zèle que Ch. Bélair et Paul Louverture avaient déployé pendant la campagne, Toussaint nomma chacun d'eux général de brigade. Il confia à Paul Louverture le commandement de la ville de Sio.-Domingo, Un nouvel ordre de choses fut aussitôt établi dans la partie de l'Est. Toussaint réunit sur la grande place de la ville toute la population, et proclama la liberté générale des esclaves. Les noirs de l'Est devenus libres virent . dans Toussaint un Dieu libérateur. Mais les Dons espagnols en ressentirent une forte indignation qu'ils furent cépendani obligés de contenir. On remplaça les anciens Cabildes par des Municipalités composées chacune de quatre membres, d’un secrétaire et d'un maire. Celui et eut pour principales attributions de connaitre des affaires de simple police, des différends entre les citoyens relalifs aux créances. Un des membres de la Municipalité fut chargé de faire les actes de mariage, de recevoir les délarations de naissance et de décès.

Les généraux Chanlatte et Kerverseau partirent pour la Havane, s’apercevant que leur présence à Santo Domingo contrariait Tous- ‘saint Louverture, ; |

Après le départ de ces deux généraux , Toussaint parcourut quelques cantons de la partie de l'Est dans le voisinage de Sto. Domingo. De toutes-parts les populations accoururent au-devant de lui, et bénirent sa magnanimilé. Æl était reçu dans les villes et bourgs au son des cloches; le clergé venait à sa rencontre portant la bannière, et les femmes le couronnaient. Ilenchanta Îcs espagnols par toutes les démonstrations d'une piété sincère. Partout il ordonna de percer de grandes et belles routes ; les travaux furent aussitôt entrepris, et en peu de temps les communications devinrent plus faciles. Les campagnes abandonnées par l’indolence espagnole commencèrent à se relever ; : des voitures parcoururent les grands chemins : ayant la prise de possession les espagnols ne voyageaient qu'à petites jours nées sur des mulets. Enfin la conquête qui introduisit dans ceîte contrée le système français fut un bienfait pour elle. Jusqu'aujourd'hui les habitans de la partie de l'Est qui maudissent les noms

de Dessalines et de Christophe, pales de Toussaint Louverture sans animosilé. Cependant les 56 de la population de ce pays étaient de couleur. Mais Toussaint n'y avait pas rencontré à l'établissement de son auterité les mêmes obstacles que dans la partie française. Sa conduile dans la partie de LEst prouve que sa politique cruelle ne l'avait porté à frapper avec tant d'acharnement sur les hommes de couleur , que parcequ'ils contrariaient, comme français dévoués à la métropole, lous ses actes tendant à l'indépendance de St. Domingue. |

Ce ne fut qu'à Sto. Domingo que l'officier français, porteur.des dépêches du 4” Consul , put l'atteindre. Nous avons déjà dit que le phaaenen: métropolitain lui avait écrit de ne pas prendre pos- Feson de Îa partie espagnole ; mais la conquête en était déjà faite,

il déciara qu'il n'avait pas méconnu les ordres des Con: nue

Il était devenu le maîtie absolu de toute l'ile ; le gouvernement français n’y exerçait plus aucune influence. Il se détermina à convoquer une nouvelle assemblée centrale qui, sous son influence, donnerait à la colonie une Constitution par laquelle son autorité serait garantie. Le 5 Février 1801 il publia que le 1.° Mars les administrations municipales seraient convoquées à l'effet de procé-: der à la nomination des députés à l'assemblée centrale , que chaque administration municipale nommerait un seul député ; que ce choix serait fait par les membres composant les. administrations municlpales , à la pluralité des suffrages ; et en. cas de partage, que le choix serait fixé sur le candidat le plus ancien d'âge; que le 44 Mars (20 Ventôse an 9) les députés des. administrations. municipales, nommés, se réuniraient au chef lieu de chaque département , savoir : ceux du dépar tement du Nord, au Cap; ceux de l'Ouest, au Port Républicain ; ceux du Sud, aux Cayes: ceux de Samana , à St: ‘Yague ; ceux de l'Ingann à Sto. Domingo ; : que les députés des communes , réunis dans les chefs lieux des départemens, nommeraient deux députés à l'assemblée centrale de la colonie dont le siège serait fixé au Port. Républicain ; que les députés à l'assemblée centrale seraient. nommés à la pluralité des suffrages par les députés des communes ,. réunis dans les. chefs-lieux de. départemens ; qu'en cas de partage , le choix serait fixé sur, le plus ancien d'âge ;. qu'il serait dressé un: procès verbal de leur nomination, lequel deviendrait leur titre pour. qu ‘ils fussent reçus à l'assemblée; que l'assemblée centrale composée de dix députés et réunie au Port- Républicain commencerait ses opérations Île 22 Mars 1801 (1. Germinal.)

Pendant la guerre civile, les levées en masse avaient considérablement affaibli les populations des campagues du Nord.et de l'Ouest; et dans la partie de l'Est les campagnes étaient presque. abandonnées depuis le traité de Bäle à cause des nombreuses émigra.

tions qui avaient eu lieu. Toussaint ne permettant que difficilement qu'on fit de nouveaux établissements ruraux, se résolut à réunir les cultivateurs sur les grandes FORTS Il voulait en faisant exploiter activement les propriétés s les plus importantes, augmenter le chiffre des produits qui-dimiauaient chaque jour à cause ‘de léparpillement d’un petit nombre de cultivateurs sur une vaste étendue de terre. Il avait remarqué que deux, trois ou un plus grand nombre de cultivateurs s'associaient pour acheter quelques carreaux de terre sur lesquels ils se retiraient se livrant à la paresse; il en était résulté un dépérissement général dans les cultures. En cour séquence il orrêta le 7 février 1801 (18 pluviôse) qu'aucune venté de terre ne pourrait être faite qu'au préalable d'administration municipale du canton ne l'eût autôrisée; mais l'acheteur dût d'abord prouver qu'il possédait assez de moyens pour former de nouveaux établissemens ; il arrèta encore qu'aucune vente de terre ne pour: rait être passée dans la colonie, si elle n'était au moins de eimquante carreaux de terre; il se réserva cependant le droit de pra= noncer sur les exceptions qui pourraient exister à cet égard.

Des malintentionnés ne cessaicut de répandre parmi les espagnols les bruits les plus alarmans. On disait dans les campagnes qu'il avait accordé à ses troupes quatre heures de pillage à Sto-Domingo, et que ses soldats, dès quil quitterait cette ville, devaientexercer sur Îles espagnols les mêmes assassinats qui avaient été commis en 479% sur les français, au Fort-Dauphin. Pour dissiper les inquiétudes du peuple, ïl publi ia le 8 février (19 pluviôse, an 8) que tous les citoyens indistinctement étaient sous la protection de la République, et quil ne permettrait désormais de sortir de la colonie qu'au président don Joachin Garcia, et au régiment européen des, Cantabres. En eflet une quinzaine ‘de jours après (22 février) lex gouverneur et ce beau corps partrent pour Si Yage de Gube:

L'indolence des espagnols la plupart propriétaires ou gardeurs de : troupeaux, .avait fait naitre la plus grande misère dans la partie de l'Est ; 11 y avait même souvent d'affreuses disettes, Pour faire naî: tre un peu d'abondance, Toussaint ordonna le 8 Février que tous les habitans propriétaires de la partie de F'Est planteraient désormais des cannes, du café, du coton et du cacao; il prohiba la culture des 19namE6S , des ratates des bananes, cbjets de nuile valeur pour l'exportation. Il leur tint dans sa proclamation le langage d'un pêre de famille quiindique à ses enfans la route du bonheur, Pour que ses arrêtés fussent exécutés dans toutes les campagnes il organisa dans chaque commune de la colonie, une compagnie de cinquante quatre gendarmes; elle fut habillée, payée, et montée aux frais de de la commune; le gouvernement dut fourni des armes seulement. Sous ce nouvel ordre de choses le commerce de la partie de l'Est devait être favorisé ; quant aux habitans de la fertile plaine de Samana

Trsroire D'iarri.--(1801 85

lis avaient besoin de quelques avantages pour pouvoir se livrer frac lueusement aux travaux agricoles. Il fut” arrêté le 42 Février (5 Pluviose an 9) que les droits de 20 pour cent établis par le réglement du 21 Frimaire sur les marchandises importées dans la colonie , et sur les denrées exportées, seraient modifiés pour les départemens de Samana et de lingano , et fixés à G pour cent d' exportallon: que toutes los marchandises qui seraient importées dans les villes de Montechrist, de Porte Plate, de Samana, de Sio. Domingo, d'Azua et de Neybe et les denrées qui en Sorti raient paieraient le droit de 6 pour cent. Al arrèta que la th gourde espagnole qui valait huit escalins gourde, aurait la valeur de onze escalins comme dans Îa partie française; il rendit ainsi le taux des monnaies de la parie espagnole égal à cebui de la partie française. H d eusuite batire #ionnaie à son Las à Sio. Domingo; et à côté de l'exergue de de la République Française, il fit placer son protil.

Vers la fin de Février Toussaint partit de Sto. Domingo pour aller visiter le département de Cibao. Il s'arrêta à la Véga , à St. Yague età Samana. Il fut partout vivement frappé de la misère qui PÉBrEfl dans ce département: 1[ ne vit que d'immenses forêts, la plupart vierges, de vastes plaines couvertes de hautes herbes, des ajoupas formant de petits villages habités par des gens presque’ nus, ei de maigres troupeaux dispersés ça et là; dès champs d ignames el de patates, de petits jardins de cannes dont le produit servaità faire un peu de suere brut pour la consommation des habitans seulemeut. Qaant à l'administration et la pohee elles du étaient nulles le peuple de ces campagnes gtait doux, religieux, de mœurs sévères et vivant sous l'influence des moines. |

Il s'aperçut que depuis la cession de la partie de PEst à Ja France, beaucoup de propriétaires s'étaient hâtés. de faire couper des bois d'acajou , et d abattre des forêts presque entières ; ïls n'avaient souvent enlevé d'un arbre qu'une seule bille, et avaient abandonné le reste qui pouvait donner une pièce de 20 pouces de large sur 10 pieds de long. Il rencontra en traversant les forêt beaucoup de billes qui n'ayant pu être {transportées avaient été aban- données dans les clairières. Il résolut de metire fin à une exploitalion par laqueile les arbres étaient coupés avant qu'ils eussent eu le temps de se développer. Quand il retourna à Sto. Domingo il défendit par un arrêté da 3 Mars 1801 (12 Ventose an 0) d'abattre des bois d'acajou pgur lexportation, et ne permit aux propriétaires d'en vendre que pour les constructions intérieures de la colonie. Peu de jours après la publication de cet arrêté, il apprit que l'évéque Mauvicille venait de débarquer à Porte Piate. Il envoya au devant de lui plusieurs ecclésiastiques qui le rencontrérent à la Véga. A son arrivée à $to-Domingo Mauvieille reçut du général en chef un acçueil magnifique. On lui forma un diocèse des départements de

l’'Ozama et de l'Ingano. Par la douceur de ses manières et de ses mœurs il ne tarda pas à s’attirer l'estime et l'amour des espagnols.

Toussaint laissa en garnison à Sto Domingo la 10e. demi brigade commandée par le celonel Jn-Philippe Daut; il confia le commandement du département de Cibao ou de Samana au général Clervaux auquel il laissa la 6e. demi-brigade. 11 s’achemina ensuite sur la partie de l'Ouest. Il emporta les bénédictions du gros peuple espagnol qu'il avait séduit par son profond respect pour la religion. Al traversa AzZua, St-Jean, le Mirebalais, et pénétra dans la plaine du Cul-de-Sae. Au Port-au-Prince les autorités lattendaient avec impatience. Au jour fixé pour son entrée en celte ville, le général . Agé , blane, commandant de l’Arrondissement, le colonel Dalban, blanc, commandant.de la place, le colonel Pierre Michel, noir, comman:dant de la garde nationale, le corps judiciaire , le corps administratif, le clergé et toute la population se transportèrent au portail Si-Joseph. Les rues étaient jonchées de fleurs et de feuillages ; des guirlandes tricolores ornaient les galeries. Dès que le général en chef fut découvert, s’avançant au milieu de son état-major , de grandes acclamalions retentirent du sein de ja multiude. Le général Agé s'élança au devant de lui, lui adressa des félicitations au nom de toute la population ; le curé de la paroisse, le père Lecun , lui offrit en même temps de se placer sous:le dais; il s’y refusa. Toussaint passa sous un arc de triomphe dressé à l'entrée de la ville; le cortége le suivit; on battit au champ, la musique bourgeoise exécula des marches guerrières, et on arriva à l'Eglise. Le curé le fil s'asseoir sous un arc recouvert de soieries , sur lequel il était écrit en lettres d’or: Dieu nous Fa dofiné ; Dieu nous le conserve-* ra. Aprés la cérémonie la foule s'écoula ; 1l y eut ensuite de bril- Jantes fêtes qui se prolongérent au loin dans la ouit.

Ea partant de Sio-Domingo, Toussaint avait ordonné à Paul Louverture, son frère, de faire mourir le brave Gauthier qui avait si héroïquement défendu la cause de Rigaud, mais qui avait fait sa soumission à St-Louis du Sud. Nous avons vu le courage qu'il avait déployé en faveur de Toussaint au combat de Nisao contre le g#néral Chanlatte. Mais Toussaint violait de temps en temps l’amnise qu'il avait publiée en faisant assassiner clandestinement ceux des Rigaudins dont le courage pouvait lui inspirer des inquiétudes. Paul Louverture ordonna à Gauthier de faire une tournée dans l’Arrondissement de Sto-Domingo. Gauthier, en tgaversant un sentier, tomba dans une embuscade et fut égorgé.

Toussaint confia l'Arrondissement de Léogane au colonel Pierre Louis Diane, qui y arriva avec le 4er. et le 2e. bataiHon de la 8e. | demi-brigade. 11 donna le commandement de l’Arrondissement de Jacmel à Dieudonné Jamben qui s’y rendit avec le 8e. bataillon de la. 8e., un détachement de l'ancienne légion de l'Ouest. sous les

HISTOIRE D'HAITI.—(1801) nu 91

ordres du capitaine Mimi Bode et un bataillon composé de soldats blancs qui avaient appartenu à différents régimens européens.

Dessalines, nommé inspecteur-général de culture dans le département de l'Ouest, déployait la plus grande activité pour le maintien de l'ordre; il faisait respecter les propriétés et poursuivait avec acharnement toutes {es sociétés secrètes dans lesquelles on mettait en pratique les superstitions* africaines. On lui rapporta que beaucoup de ces sorciers nommés Vaudoux se réunissaient dans la plaine du Cul-de Sac; qu'à la tête de ceite bande était une vieiile femme noire, et qu'un grand nombre de cultivateurs .abandonnaient les champs pour se rendre au lieu où se faisaient les sorcellertes. Il vint avec un batailon de la 8e. dans la plaine du Cul-de-Sac, ecrna le lieu où se trouvaient réunis Îles Vaudoux, fit faire feu sur la casc, les dispersa et en prit cinquante quil tua à coups de baionnettes. * |

En même temps on apprit À Dessalincs que Lamour Dérance, dont on navait plus entcudu parler depuis la prise de Jaemel, avait reparu au Grand-Fond. Après la chûte de Rigaud, Lamour Dérancc, partisan du général de couleur , fuyant les vengeances de Toussaint, s'était retiré avec sa bande jusqu'aux limites de la partie espagnole dans les montagnes du Bahoruco. Pendant quon le croyant abandonné de tous ses gens il vint assaillir Marigot qu'il enieva sur six compagnies de l'ancienne légion de Ouest, sans avoir éprouvé une forte résistance. Dessalincs ordonna aussiiôl à Dicudonné Jambon d'aller reprendre Marisot. Dicudonné sort de Maemel à la tête du 3e. bataillon de la 8e., de plusicurs compagnies "de grenadiers et de chasseurs de troupes blanches, et de touie la cavalerie de la ville. Le lendemain 1! enleva d'assaut le bourg de Marigot. En mème temps Dessalines le joignait après avoir traversé le morne des Commissaires. I lança daris les montagnes contre Lamour Dérance plusieurs colonnes, et ‘se retira à Jacmel avec Îles six compagnies de la légion qui avaient si faiblement defendu Martgot. Il fit fusiller trois capitaines et quatre licutenants, hommes de couleur , qu'il soupçonnait d'avoir trahi en faveur de Lamour Dérance. Il confia ensuite à un capitaine, homme de couleur, nommé Cassécamp, le commandement d'une expédition contre Lamour

Dérance , avec ordre de le poursuivre jusque dans son repaire Île

plus éloigné. Cassécamp partit de Jacmel avec quatre-cents hommes, culbuta partout les gens de Eamour Dérance, enleva et détruisit Lous ses postes et retranchemens, lui tua plus de 200 hommes. En moins de deux mois lon n’entendit plus parler de ce chef de bandes.

* Toussaint avait en horreur tout ce qui tenait au Vaudoux; il disait

Souvent qu'il ne parlait du nez que parce que les vaudoux avaient lancé sur ai quelques malélices,

92 HISTOIRE D'HAUTI. — (1501 }

Quelques semaines aprés son retour dans la pat rie française, Tous-

saint apprit que des pirates opéraient des débarquemens sur les côtes de la colonie, déiruisaient des établissemens de pêcheurs, -

incendiaient de petits bourgs, capturaient des navires de l'Etat, ct poussaient Paudace jusqu'à enlevee des bâtimens américains déjà mouillés dans les ports. 1! fut obligé pour protéger le cabotage et le commerce en général d'envoyer “de nombreux corps de RM dans tous les endroits abordables de Pile.

H alla au Cap vers Ia fin d'Avril. Ce fut là qu’à rendit un Arrêté par lequel toutes les troupes de la colonie furent habillées.

Il ordonna que la contribution nécessaire pour l'entretien de-la gen-

darmerie de chaque commune füt supportée par tous les citoyens.

Il arrêta que les objets de première nécessité, tels que la farine, les biscuits, les salaisons, les bois de construction, les cordages ,

les houes, les serpes etles autres Instrumens aratoires fussent sou-

mis à un droit de 6 pour 010. HI défendit d'exporter le numéraire; et lout armateur arrivant dans la colonie fut obligé de consigner Sa cargaison à un négociant domicilié dans le pays. Pour devenir consignataire, il fallait être citoyen français, n'avoir en aucune cir: constance thanqué à ses engagemens, el avoir assez de fortune pour

offrir une responsabilité. Cependant 1l-existait des exceptions en faveur des étrangers auxquels il pouvait accorder les mêmes droits,

d'après les services qu'ils auraient rendus à la colonie , d'après leur bonne foi, leur crédit et leur moralité. Comprenant combien il est EN DOr ant que Îa morale existe chez

un peuple nouvellement affranchi, Toussaint résolut de fermer Les,

maisons de jeu. Il arrèla que toute personne QUI Sserail COonvaincue de tenir une maison de jeu serait arrètée, tradaite devant ua conseil de guerre, condamnée à un an de prison et à une amen-

de de 100 portugaises (800 piastres) au profit de Fhôpital de la

Providence du Cap; que le propriétaire d’une maison dans quelle une banque de jeu serail trouvée, serait condamné à 100 portugaises; que le fonctionnaire civil où militaire qui serait trouvé dans une maison de jeu ,. serall destitué €t condamné à un mois de or que le citoyen qui serait rencontré dans les rues jouant

t des jeux de hasard serait arrêté et puni de quatre mois de prison pendant lesquels il serait condamné aux travaux publics.

sic bé

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