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HISTOIRE RACE RTE 313
En même lemps Boucare, noir, un des officiers de la 3° auxquels
Lamartinière avait confié les postes qu'il avait établis dans les mornes,
morvèta sur l'habitation Leroux un officier indigène, Adonis Delorier, “noir, qui venait de se sauver des prisons de St. Mar. Boncare “le fit garrolter , l'envoya au bourg de l'Arcahaie où il fut embarqué “et noyé ensuile dans la rade du Port: Républicain. Lamartinière ,
quand il apprit qu ‘Adonis Delorier était sorti de St.Marc, se montra violemment indigné contre Boucare. Il étail convaineu que Dessalines, “commandant de ‘SL. Mare , avait dû favoriser l'évasion du prisonnier “dont il connaissait, sans M ouba es sentimens anti-français. Lamar- “iinitre ne déploy ait tant d'énergie pour étouffer l'insurrection de “de l'Arcahaie, qu'afin d'empêcher les FARÇAIS de soupçonner son dé- “vouement. Dessalines qui avait en fui pleine confiance, et qui avait été maintes fois témoin de son grand courage et de ses vrais talens militaires , venait de lui faire savoir, de no uxeaU , qu'il ne tarderait pas à sin surger. . ]l Lex hortart à se joindre à lui, en lui livrant
“le bourg de l'Arc ahaie , dès quil se montrerait aux Matheux.
Larose ; de son côté, se rendit sur l'habitation Cortad, où se ré-
unirent successivement toutes les colonnes indigènes. Des détäche-
mens de 500 hommes, de 309 hommes, de 50 et de 25 hommes
-pénétraient de toutes parts sur lhabitation.. Jean Charies Courjol
CLait arrivé à la tête de 600 guerriers. Larose établit parmi eux une
sévère discipline. Jamais les gens de l'Arcahaie n'avaient offert un
aspect si imposant. Ils étaient au nombre de 3000 hommes. Lamartinière, apprenant la réunion des; révoltés à Cortad, se rendit
a Jarroscy. Il avait pris la résolution de faire savoir à Larose son
ltention de s'insurger prochainement et de faire cause commune
avec lui. Mais les gens de FArcahaie qui Robe son projet, et
qui avaient été horriblement traqués par ses soldats, étatent violem- Ment irrilés contre lui. Larose FT même était étonné du dévouement
à la France de Lamartiniére autrefois ennemi cruel des blancs. Il
“envoya en reconnaissance dans les gorges de la montagne quelques Cclaireurs ; ils aperçurent la 3e rangée en bataille sur le DRE de
Jarrosey, et s ébranlant pour marcher eontre Larose. Aussitôt ils e
“gnérent le sommet du merne de Noule, jetérent des cris qui se Ve. Jindirent d'écho en écho au fond des ravins, et donnèrent l'alarme
au camp de Cortad. On fut averti de l'approche de l'ennemi. Déjà
les sapeurs de la 3e coloniale enlevaient les barricades qu avaient
été" dressées au milieu da chemin qui conduit à Cortad. Lamartinié-
re avail ordonné au capitaine Boueare de se mettre à la tête des
garnisons de Leroux et du Fond Baptiste pour aller attaquer le camp
de Cortad du côté opposé. Il s'élança sur les barricades qui pro-
tégeaient le principal reiranchement de l'ennemi: Boucare, à ce qu'il “croyait , était sur le point de le seconder du côté opposé. Larose avait placé en embuscade, dans les bois, trois cents hommes armés de
fusils, et se tenait à la ‘tête de sa à petite armée à l'entrée de re tation: Dès que Lamartinière atteignit la dernicre barricade , GR fut accueilli par un feu vif et des hurlemens affreux. La 3e 16000 À mais elle s'était déjà entièrement engagée dans l'embuscade.. Elle fut assaillie de toutes ports; lon se battit corps à corps. Lamartinièren voyant ses soldats snccomber sous le nombre, et fair au-travers des bois, se retira seul dans un des rise de Cortad. Jean Chark s. Courjol s'élança à sa poursuite ; il le découvrit étendu sur l'herbe es souffrant Ge plusieurs coups de pierre qu'il avait rs Il se pré cipita sur lui, le saisit par les cheveux, et lui traneha la tête de”san propre main. Il promena cette tête au bout d'une pique dans touts le camp. Larose se montra afflisgé de cetie misérable fini de son ans cien CE PARPR d'armes; il ne se sentit pas assez d'autorité sur ses ulenans pour mème blâmer Jean Chartes Courio! ; 11 fit donser lan puliure au cadavre. Ainsi périt d'une mort bhsbure, Lamaärtiniéren héroïque défenseur de la Crète à Pierrot, l'un des officiers Les pluse us qu'ait produits no! re pays. Il tomba sous les coups des” ndigènes, ses frôres, alors qu'il avait pris la’réselution de leur offres on ‘courage et ses talens militaires, pour le iomphe de la liberté can Charles Courjol dit à ses compagnons qui phignaient le mal
ureux sort de Eamartinière, que, voyant la 3e se battre avec tu d'acharuement contre les insurgés, il avait cru son éolonel véritables ment dévoué aux français. Il ajouta qu'il avait considéré Eamarte micre comme Île dernier limier que les blancs eussent encore 44m cer dans Îles mornes de l'Arcahaie. Trois cents pri iSOnnIErs, huit tambours, trois cent cinquante fusils, et de nombreux paquets des cartouches tombérent au pouvoir de Larose. Les indigènes Se lEN-M dirent en triomphe à la ui lite place Valadon où ïls apprirent, qu le capitaine Are noir, avait suivi la route de Barthoiomey po aller faire sa jonction, à Cotia dl avec Lamartiniére dont Hi igüoral ia défaite et la mort. Larôse s'élar iça à sa poursuite. Il s'empara en passant, du camp Leroux, sans coup-férir. Boueare, n'ayant pa rencontré l'ennemi à Cortad, était revenu sur'ses pas. El apercuts le camp Leroux occupé par les insurgés. Il ne douta plus de” la. défaite de Lamartinière. Il se rendit sur le glacis de Cayot où ul dispersa, par de vives décharges, un bataillon d'insurgés cominand par Autron Archin. Larose s’élança de Leroux dans les bois de Cayot mit en fuite les soldats de la 8e., «et envoya une centaine d'homm armés de piques à la poursuite de Boueare. Celai-ci fut arr au fond d'un ravin. Il se forma aussitôt autour de lui un gra cercle d'insurgés qui, avec d’affreux hurlemens, demandaient tête. Il conserva tout son sang-froid, et ne vo oulut remettre S épée qu'à Larose qui avait été, disait. il, son compagnon d’arm Larose se présenta, reçut l'épée, et. ui tourna le dos. Il futau sitôt renversé de son cheval, terrassé à coups de bois de: piqué
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et entièrement dépouillé. Il se releva avec fureur. Alors un in- Msurgé, armé dune lance , sélança sur lui et- l'entraina par Me bras jusqu'à Leroux. Boucare vit sans effroi se . former Mntour de lui un cercle d'officiers. Il ls appela ses frères, leur ie qu'il était indigène comme eux et disposé à combattre les franais dans leurs rangs. Il ne fut pas écouté. Les uns ui repro- “chérent l'assassinat de leurs parens, d'autres la mort du commandant Adouis, enfin chacun l'accabla de reproches sang'ants.… Se voyant entouré d'armes menaçantes , il s'élança sur un fusil, et Noulut prendre la fuite; au même instant Jean Charles Courjol lui Mfendit la-tôte d'un coup de ssbre, et létendit mort. Quant aux Mautres prisonniers indigènes de la 3.° coloniale, Larose leur ac- “Corda la vie et les incorpora dans ses bandes; mais il Gt égorger 4 quelques officiers blanes qui avaient été pris. Al se rendit en- Éeuite au Fond Baptiste dont il s'empara.
Au sommet du morne Fort où s'étaient réunies tontes les troupes, “et d'ou lon déeouvrait la plaine de l’Arcahaie, les soldats de la 3° “qui avaient été faits prisonniers embrassérent avee enthousiasme leurs nouveaux frères d'armes auxqueis ils avouèrent leur erreur, et ju- “rérent de vaincre ou de mourir pour la liberté. |
… Larose, maitre de tous les mornes de l'Areahaie, voyant réunis autour de lui plus de 3,009 hommes, se disposait à aller faire le “sitge du bourg des Verreites, quand 11 entendii tout à-coup de Nombreux coups de canon vers la plaine. Il pensa avec raison qu'une révolte venait d'éclater au bourg de PArcahaie. IT s'aches “ina aussitôt avec toute. son armée vers le rivege de la mer. | Les deux officiers français Poix et Robe qui commandaient au bourg “de L'Arcahaie , apprenant la mort de Lamartinière, lincorporation “des soldats de la 3° dans les bandes insurgées , l'égorgement des offi- Ciers biancs de ce corps , s'étaient résolus à se défaire de quelques détachemens de. troupes coloniales qui s'étaient réfugiés au bourg, prés li déroute de Cortad. Le commandant Poix qui les croyait d'intelligence avec les insurgés leur ordonna de former deux compa: Snies dont l'une se rendrait au Boucassin et l'autre aux Vases. fl “voulait, en les éloignant du bourg, les affaiblir et les faire désar. “mer successivement por des troupes blanehes de la 68°. Les indi- “oènes voyant quon nenvoyait pas avec eux une quantité égale d’euopéens, comme cela se pratiquait ordinairement dans les expéditions, “rcusèrent de sortir. La défiance s était emparée d'eux: ils se dou- “aient du projet des français. Les soldats, ainsi que les bourgeois blancs, se réunirent aussitôt au bureau de la place autour de Robe ét de Poix. De leur côté, les indigènes noirs et jaunes s'armérent, se joignirent aux soldats de la 3° coloniale , et prirent une attitude “Menaçante. Cependant un capitaine indigène, demeuré fidèle aux “français, Pierre Grenau , se transporla à la porte des Vases, et des
manda , avec hauteur, aux soldats de la 3°, s’il y avait des agitateurs. parmi eux. Hi saisit 4u collet un grenadier et le traïna an bureau de la place. Celui-ci, effrayé en voyant de nombreuses cordes de potence étalées devant la galefie, prit la faite, retourna à la porte de Vases et raconta à ses camarades ce qu'ilavait vu. Le commandant Robe, un sac d'argent à la main, se rendit auprés des soldats de 3° et leur demanda s'ils pourraient un instant oublier leur devoir envers la mère-patrie, eux qui avaient déployé tant d'intrépidité | combattant les brigands. Il ajouta : vous êtes citoyens francais et. soldats de la 68° française; n’écontez pas la voix des brigands que. “veulent vous égarer; je vous apporte votre solde arriérée » et... 08) Au niême instant un coup de fusil, parti des rangs de la 3°, lui brisa la tête. Aussitôt le carnage le plus affreux commença dans le bout 4 le canon gronda; les blancs et les indigènes se bauirent æ | à corps, dans les rues , dans les maisons. Les français se barricadérent dans l'église, après y avoir transporté toutes leurs mu: | nitions. Ils fusillaient vivement les indigènes, à travers les fenêtres Ceux-ci, d'un autre côté, prirent d'assaut Le fort Poix ; ét massasacrérent la garnison. Ils canonnèrent et mitraillérent le fort Guillème ; mais les français leur répondirent vigoureusement marchèrent sur eux et les chassèrent du fort Poix. Les indigènes abandonnérent le bourg et allérentse retancher sur l'habitation Pois la Générale, Les français demeurèrent maîtres de l'Areahaie ; mais ils se déterminèrent à l’évacauer avant l'arrivée de Larose. Leurs femmes et leurs enfans s’'embarquéèrent dans les barges qui étaient en rade; mais ces embareations se trouvérent tellement chars gées qu'elles sombrèrent, In plupart, avec les infortunéss qu'elles portaient. Les troupes européennes et-les bourgeois blancs ayant à leur tête le commandant Poix, se retirèrent au Boucassin, à trois lieues du bourg de l'Arcahaie. Poix se retrancha, au Cabaret sur habitation Garescher. | î Les soldats de la 3° coloniale qui s'étaient retirés sur l'habitation | Poix la Générale, rentrérent à l'Arcahaie, et en prirent possession" | Larose arriva dans la plaine; ils le reconnurent pour leur chef. ‘4 La prise de lArcahaie fut très-avantageuse à la cause indigène par le développement qu'elle donna à l'insurrection dans l'Ouest Les communications par terre entre St-Marc et le Port-Républicain”. furent interceptées. Les cultivatéurs des mornes des Verrettes certains de n'être pas entre deux feux, s'insurgérent à l'instigalionx de Larose ; le cabotage de St-Marc au Port-Républicain devint très périlleux ; les barges indigènes , sortant des anses de l’Arcahaie, sem paraient des barges françaises. Larose put avoir des communications” avec Îles navires marchands américains qui, pour du eafé, lui ven dirent de la poudre et des fusils. La garnison du Port-Républi= cain fut réduite aux troupes européennes, et privée du concours.
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à HISTOIRE D'HAITI,—(1802) | 317 de la 3e. coloniale qui seule pouvait entreprendre dans les montagnes des courses longues et pénibles. Lamour Dérance, n'étant lus inquiété, gagna du terrain vers la Coupe et la haute plaine du Cul de-Sac; son autorité était reconnue par les insurgés des Mornes de Léogane, du Fond Ferrier, de Jacmel, de la Selle, et 4 Larose, à l'Arcahaie. Les partisans de la cause indigène, au Port-Républicain, répandirent le faux bruit que Lamartinière avait été abandonné à Cortad par les français qui, depuis longtemps,
avaient résolu sa perte. Ces bruits ne tendaient qu’à ébranier la
fidélité des noirs et des jaunes atiachés au parti français.
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Sommaire. Caractère de l'insurrection — Exécution de Henriette St-Mare—. cution de Mahotière: effet qu’elle produit sur les cultivateurs—Sans Sou fait appeler général en chef—Il veut 'établir dans le Nord le système afri Le général Boudet revient de la Guadeloupe —I!I commande l’arrondisse du Cap.—Le colonel Abbé est baitu par Sans-Souci.— Christophe défait par $ Souci.—Les généraux Boyer et Maurepas battus aux Moustiques —Cruaut Brunet à. Plaisance. — "Toute la population sé soulève aux Pendus— Mau accourt au secours de Brunet—Insurrection de Gapoix.—Combat de Cha ble.—Capoix prend le Port de-Paix.— Il en-est chassé par Brunet — Orga tion de la garde nationale des villes.—Loi martiale—Le Cap capitale de lonie.— Charles Bélair et son épouse sont exécutés au Cap.— Proclamation Leclercwannonçant que l’insurreetion est générale dans les campagnes da Noï — Dessalines au Gnp.—S$Son entretien avec Leelere.—Il reçoit l’ordre d’exter les factieux.— Conduite de Christophe. $es paroles chez le général Bou Pamphile de Encroix prend le commandement du Fort-Liberté.— Dessa pat du Cap.— 11 avertit Pétion, à la Petite-Ange, des pièges que luitend. clerc.—Pétion et Clervaux reçoivent l’ordre d'aller cantonner au haut du — Christophe envoie en France son fils Ferdinand avec le général Bou Eatretien de Christophe avec Pétion au haut du. €ap—Portrait de Péti Son caractère.—Inquiétudes de la population indigène du Cap.— Déportés Guadeloupe.—Pétion se détermine à prendre les armes contre les françai communique son projet à Clervaux. — Bal au palais du Cap— Nouvel France.—Pareles de Clervaux à madame Leclere, —Leclerc fait entrera la Ge coloniale.—La 13e coloniale demande sa solde arriéréë.—Ses mu —Geflrard se sauve du Cap et annonce l’embarquement de la 6e colon doit être noyée.— Mort de Dommage.— Paul Louverture se sauve du €
CUS | os D'HAÏTI.—(1802,). 319 da Pétion.et Clervaux se soulèvent contre les français au haut du Cap; et désar- “ment les blancs qui sy trouvent. — Ils se rendent au morne Rouge. — Paroles de Pétion à ses soldats. — Ses efforts pour sauver.ies prisonniers … blanes —Il les renvoie au Cap — Il se rend à Dhéricourt.— Son entrevue avec Petit Noël Prière, chef de bandes. —Il retourne au haut du Cap avec Clervaux. — ——Clausel attaque les indigènes: il est repoussé —Esorgement de la 6e coloniale dans li rade du Cap.—Désespoir de Leclerc qui s'aperçoit que les indigènesse … battent pour l'Indépendance de St-LDomingue.—Christophe renvoie au Cap le gémnéral Bôyé.—Il vient au haut du Cap, et se rallie à Clervaux et à Pétion.— Petit Noël Prière veut lassassiner. — (Clervaux et Pétion s'y opposent. …— Les insurgés serrent de près le . Cap. — Leclerc fait évacuer les mala-
des et les poudres sur la "Fortue—Il annonce, par une proclamation, l’insur- …. rection de Pétion, de Clervaux, de Christophe.— Actes impolitiques concernant les émancipés de 1794—Ravages incroyables de la peste. — Pertes des français depuis leur débarquement. Noyades -—Beau trait de Jurien, capitaine de frégate. Les troupes européennes se concentrent au Cap— Pamphile de Lacroix évacue le Fort Liberté.—Touss.int Brave en prend. possession.— Paroles de Leclere à Pamphile de Lacroix.— Celuici se transporte à Monte-Christ ,# et repousse Toussaint Brave.— Brunet fait mourir le chef de bataillon Réné Vincent, ainsi que le général Maurepas. —La prise d'armes de Pétion, de Clervaux , de Christonhe donne de l'unité à la marche de l'insurrection , et une direction commune aux eflorts des populations indigènes.
… Des insurrections avaient éclaté de toutes parts, et presque en même temps, dans le Nord. Les indigènes combattaient, la plu- “part, pour la liberté seulement. Le drapeau tricolore flottait encore dans leurs rangs. Cependant les idées d'indépendance se pro- “pageaient rapidement. Mais- il n’y avait pas d’unité dans les mouve- “mens. insurrectionnels ; chaque chef dans son quartier, ne recevant pas les ordres d'une autorité supérieure, soutenaitia guerre excité par la haine qu'il portait aux blancs. Chacun, au contraire, son- “ceall à se régir , après l'expulsion des français, selon ses capriees “ci les usages de son canton, et à secourir seulement son voisin con- “ire l'ennemi commun. Cette tendance vers un système fédéral ne: pouvait que nuire à la grande lutte déjà engagée Pour chasser les “rançais, il fallait au contraire, la plus parfaite uvité dans les opé- “rations, un syslème de centralisation, une direction énergique et “de terreur. L'on verra Dessalines, Pétion, Christophe, Capoix, “Ceffrard, changer la face des choses en abandonnant la cause de la “France, et tout ramener à un gouvernement central. Après de …sanglantes luttes intérieures, entre frères, 1ls lerrasseront les partis, “dirigeront audacieusement toutes les forces indigènes contre les fran- “cais, et fonderont Haïti.
— Les insurgés du Nord avaient des chefs en’ réalité indépendans les “uns des autres, quoique Sans-Souci, le plus puissant d’entre eux, eût pris le titre de général en chef Ceux de l'Ouest, au contraire, avaient déjà senti la nécessité absolue d’une autorité suprême. Aussi …Larose, à l'Arcahaie; Sanglaou, dans le canton de Léogane ; Cangé,
320 HISTOIRE D'HAITE (ISO
et Giles Bambara, dans les montagnes du Petit-Goâve, avaient- ils,s reconnu la souveraineté de Lamour Dérance. Celui-ci avait le siège de son autortié sur l'habitation Dérance , dans les morness de la Selle. Delà partaient tous les ordres qui faisaient mouvoir les insurgés de l'Ouest. Ses bandes se ruaient, les unes dans la haute» plaine du Cul-de Sac, d'autres dans les environs de Jacmel et de“ Léogane, brûlant et saccageant tout. Les blancs qui tombaient en leur pouvoir étaient pendus , brûlés vifs ; ils avaient les yeux arrachés
avec des tire-balle. Quelquefois, des insurgés, pour terrilier'les fran çais, leur renvoyaient les prisonniers qu'ils avaient faits, avec les" oreïlles, les lèvres et le nez coupés; toutes les horreurs de 1792 se“
. FES . ° CES % renouvelaient. De leur côté, les blancs surpassaient les indigènes"
en cruautés. Dans les lieux qu'ils parcouraient, ils se hvraient au. plus affreux pillage; ils violaient les femmes, et se faisaient un barbares à plaisir de ‘se lancer les uns aux autres, sur Îa pointe de leurs baïon-« nettes, des enfans noirs et de couleur encore à la mamelle. Toutes les grandes routes qu’ils traversaient étaient bordées de cadavres indigè nes “pendus aux branches des arbres. ‘8
Les bâtimens de guerre en station dans les ports ne suffisaient plus F pour contenir le nombre des infortunés qui y étaient entassés chaque« jour. Pour déblayer ces navires on faisait brûler du soufre dans les cales hermétiquement fermées ; le lendemain on les il et lon jetait à la mer des centaines de cadavres.
Les produits de la plaine du Cul de Sac qui ne s'était pas encorak remuce diminuaient chaque Jour; les propriétaires blancs étaient dans les plus grandes inquiétudes ; toutes les nuits les bandes de Lamour Dérance faisaient dans le voisinage de l'étang saumâtre des incursions incendaient les jardins de canues, massacraient les colons, enlevaiente des postes entiers , et entrainatent, quelquefois , des ateliers, qui jusqu'alors étaient demeurés fidèles. On était obligé d'établir un cordon de troupes dans la haate plaine pour protéger les habi-# tations qui étaient exploitées. En même temps Rochambeau se livrait, au Port-Républicain à toute la. fureur de ‘son caractère. Pour 14 première fois depuis l’arrivée des français, l’on vit l'exécution d'une“ femme, dans l'Ouest.* Une indigène de couleur, Henriette St-Marc,\
fut accusée d'avoir envoyé de la poudre aux insurgés de l'Arcabaie Elle fut arrêtée et aussitôt condamnée à la peine de mort. Arrachée
* L'exécution des femmes a toujours excité, chez nous, une violente indignation dans le peuple. Sous Toussaint Louverture, même pendant à la guerre cigite, on ne fit mourir juridiquement que trois ou quatre fem-
mes, non pour affaire politique , mais pour assassinat Sous Dessalines : sous Pétion, sous Boyer, on n’exécuta jamais une femme pour n ‘importe “ quel crime. La loi les condamne comme les hommes à la peine capitale,
mais les mœurs s’opposeut à leur exéeution. En matière politiqae rs
disait toujours au il méprisait le caquet des femmes, À
% | | HISTOIRE D'HAITI.— (1809) &2t
te la prison, elle fat placée entre deux pelotons de cagabiniers eu ropéens, et conduite, suivie de son cereueil, sur la place du marché, vis-à-vis de J'Eglise. À dix heures du matin, en présence d’un peuple i immen- “se, une potence fut dressée sous ses yeux. Elle monta sur l’écha- “faud avec courage. Quand son cadâvre se balança dans Fair, un Écri lugubre, des sanglois éclatérent dans la foule. Les femmes aban- “donnèrent le marché, saisies d'horreur ; le bourreau et les soldats “demeurérent seuls sur la place. Rochambeau , narguant le deuil “général, donna dans la soirée un grand bal au palais national. Comme les exécutions se multipliaient beaucoup, et que la fièvre jaune (Continuait ses ravages, on établit un nouveau cimetière au sud de Ma ville, hors des fossés , vers le chemin de Léogane. Le père Lecun, préfet apostolique, à à la tête d'une’ procession , alla le consacrer en “y plantant une croix.
| Pour monter la gendarmerie, Rochambeau avait établi, dans l'Ouest, “un système de réquisition par lequel chaque citoyen était contraint de fournir un eheval à la municipalité. Cette mesure fit naître toutes sortes de vexations exercées sur les bourgeois noirs et de couleur. “Les satellites du colonel Panis , le septembriseur, un des assassins “de la vertueuse duchesse de Lamballe , commandant de la pla- “ce du Port Républicain, s’appropriaient ainsi les meilleures montu- Kres des indigènes. Ces spoliations faisaient murmurer ; mais persons ne nosait encore sy opposer. Un citoyen de couleur , Mahotière , le premier , osa élever la voix contre ces abus. H jouissait parmi les Msiens et les cultivateurs du voisinage d’une grande considération, Le commandant de la place lui fit “demander un cheval pour une mission. Le vertueux citoyen envoya une de ses montures ordinai- “res. On. la lui renvoya en fui enjoignant de donner son meilleur “coursier. Mahotière s’y refusa formellement, et déclara énergique- “ment quil ne se soumettrait Jamais à cet acte arbitaire. Aussitôt “des gendarmes assaillirent sa maison, le garrottèrent et le jetérent “en prison. Îl fut condamné à être pendu comme espion de La- “mour Dérance. Le malheureux n'avait jamais eu aucune relation: “avec ce chef de bandes. Il fut pendu au même lieu qu'Henriette …Saint-Marc, avec un écriteau sur la poitrine portant ces mots: “Espion de Lamour Dérance. Le lendemain, dimanche, grand jour “de marché, pas un laboureur ne descendit en ville. Le son lugu: bre du Jambi retentit au fond des ravins, dans les forêts. (Ce fut “le signal de la révelte des derniers montagnards demeures encore fidèles aux français, aux portes de la ville.
“ Chacun sentit qu'après une telle atroeité aueun citoyen n'était à abri des persécutions. Mahotière était sincérement attaché à la mère- “patrie. Beaucoup. d'hommes de couleur et de noirs énergiques aban- “lonnèrent la ville et allèrent grossir le nombre des insurgés. Dès Mers, au Port-Républicain, la haine des blancs sontre les indigènes
se déploya avee la plas terrible fureur. De nouvelles vietimes eox, duites à l'échafaud , mouraient avec le courage et la résignation des raariyrs. | ri +40 | À la mème époque les insurgés du Nord cbtenaient d’éclatans succès, L'arrondissement du Cap était commandé par le général Boudet quB était revenu de la Guadeloupe où il avait aidé le général Richepensen à rétablir l'esclavage. Le rétablissement de la servitude était-unen conséquence de la réaction contre la liberté «+ générale commencée en France depuis la chute de Robespierre. Richepensen ün des héros de Hohinlenden, qui avait défendu le Directoireavee tant de zèle lorsqu'il était attaqué par les conseils que le royalismes égarait, devint au-dela de l'Atlantique un bourreau qui se baigna dans le sang des noirs. Sans-Sousi, le plus influent des chefs du Nord qui se faisait appeler général en chef, avait son quartier-général as la Grande Rivière. La plupart de ses gens étaient des africains que refusaient de se laisser commander par les noirs créoles Hs étaient indignés contre les troupes coloniales qu'ils considéraient comme les agens les plus terribles, des français. Ils avaient surs tout en horreur l’organisation militaire; ils refusérent constamment de l'adopter. Is combattaient, comme en Afrique, divisés par tm bus , précédés de leurs sorciers et des emblèmes de leurs superstitionsss leurs principaux chefs, après Sans-Souct, Petit Noël Prière, Jacques Te lier, Cagnet, Jasmin, Mavougou , Vamalheureux, Labrunt, Cacapouless étaient tous ennemis prononcés de Christophe, et mêmeéde Dessalines®s auxquels ils reprochaient de grandes cruautés exercées sur eux ,ai nom des français. Leur plan était de chasser les blancs, dede {ruire les principaux officiers des troupes eoloniales, et d'établir lens le système africain, eontraire à toute civilisation. Les troupes con loniales, après s'être insurgées, scront contraintes de les combattre pendant qu'elles feront la guerre aux français. La résistance de Sans Souci dans l'intérieur retardera le triomphe de Pindépendance. "Dans l'Ouest, Lamour Dérance, aussi africain, ne voulut jamais organisess les congos en troupes régulières. * Il n’entendait pas supporterdiæ supériorité des- créoles. Dessalines et Pélion, après leur prise d'art mes , né pourront agir énergiquement contre les français, qu'apré avoir exterminé tous ces chefs de bandes qui n’avaient jamais conçu lidé de faire de toute Haïti un état indépendant Aussi, le généra Leclerc, ne voyant jusqu'alors, à la tête des insurgés, que des noms, obscurs, ne paraissait pas éprouver de graves inquiétudes ; il croyait que de tels hommes ne rallieraient jamais à leur paru les pop Jations des villes qui, livrées à sa discrétion , pourraient être déci
.. * À cette époque, on donnait là dénomination. générique d Congos aux Afrieains de toutes les tribus de la côte eccidentale deVA rique. | "#0
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Dées par Vassassinat des citoyens les plus fidèles au système répu Dicain. Mais les- congos ne dominaient que dans les paroisses du Dondon , de la Grande Riviére et de Plaisance. Les culiivateurs créo. S , ralliant à leur cause les troupes coloniales, auront: assez de Puissance pour. dominer les congos et chasser les français. Les lniières ent toujours finalement vaincu la barbarie, Les culti- A Bburs nés dans: la. colonie acquirent qmelques idées de civilisation; JS dominérent les. africains : mais ils se virent contraints, de vis dropres intérêts, de se soumettre à l'autorité de: la portion du peue la- plus éclairée à la tête de laquelle étaient Dessalines, Pétion, # hristophe, Capoix , Geffrard , Férou, Jn Louis François, etc. Parmi es derniers , les uns avaient voyagé dans les pays civilisés ; Bree. employés dans les troupes blanches, avaient senti leur in- Iligence se développer par Île contact des états majors européens omposés d'hommes dont les idées avaient grandi par la révolu. ion .
Les environs du Cap étaient sans cesse inquiétés par Îles bandes de. Sans Souci qui harcelaient les troupes françaises, les attaquant tout à midi et à minuit, afin de les contraindre à en venir aux ains aux ardeurs du sol leil , et de troubler leur sommeil. Cette: tique qui'ne. faissait aux soldats européens aucun repos, déveppait les ravages de la peste. Le chef. de brigade Abbé , à la te de la garde d'honneur du capitaine-général, marcha contre Sansouct, Patteignit non loin du Cap, et l'attaqua avec vigueur. Mais à Era d'honneur , composée dés plus belles troupes de l'armée Bxpédilionnaire, fut culbutée ; elle ne le champ de bataille “ouvert de ses grenadiers. Elle fut contraintes pour n'être pas. ex- “erminée, de battre en retraite avee précipilation ; cependant elle » put rentrer au Cap: l'ennemi s'était posté sur ses. derrières. Billé se retrancha d'une manière formidable, en attendant des secours lécette ville. Le chef d'escadron Dalton fit une sortie, deux jours après, our la dégager. Mais il fut enveloppé de toutes parts dans les. | )ois , par Sans-Soucri. El était à la tête d’une superbe cavalerie qui fut tie en. pièces. ll se reéfugia dans les rangs du colonel Abbé. Les indigènes, s'armant des carabines et des longs sabres dés fran- L 1” , Se précipitérent de nouveau sur la garde d'honneur de Leclere. Bercolünel Abbé, déjà enfoncé, allait mettre bas les armes, quand b vit apparaître cinq cents. hommes de troupes: fraîches que le gén ral Boudet avait envoyés à son secours. : Les français , dégagés elrenforcés , firent un dernier effort, traversérent les embuscades. @nnemies et rentrérent au Cap, après avoir perdu. 700 hommes. pe général Christophe, qui. était à la Petite-Anse, regul l'ordre e marcher contre les insurgés. Il attaqua Sans-Souei avec fureur. ais celui-ci, à la tête de 4,000 cultivateurs aguerris par de nom- | broux combats , sa avec tant d'impétuosité les Are. , 2.e et 5.e
8924 HISTOIRE D'HATTI.— (1802) | è
eoloniales, que Christophe, culbuté sur tous les points, rentra at Cap dans le plus grand désordre. Sans-Souei, eommandant de Grande-Rivière, sous Toussaint Louverlure, déployait de rares 1% lents dans ‘ette guerre de partisans. Un des généraux de l’armég française , Pamphile de Lacroix, parle de lui en ces termes: «Sansa
Souci, jusqu'alors peu connu, montra dans cette iusurrectionM
« « « connait pas capables des hommes aussi ebscurs. 11 se présentait « partout pour barceler nos postes, et les tenait dans une inquiés € UC €
ter le ravage des maladies. *
En même temps, Brunet, à la tête d’une demi-brigade europé: enne, et Clervaux, à la tête de la 6e col niale, étaient chassé par les insurgés , des mornes du Môle St Nicolas. Brunet s'était res tiré aux Gonaives, et Clervaux au haut du Cap: Les généraux P°:'Boyér et Maurepas étaiont batius dans les mornes des Moustiques. Les eullivateurs de ée canton ne voulaient plus de ‘blancs parmi eux
que les soldats français avaient surnommé le cruel, à cause des atrocités inoujes auxquelles il se livrait contre les indigènes , rer tra au Cap. Il fut un de ceux qui engagèrent le général Lecle à se défaire des généraux Pétion, Clervaux, et des troupes col niales cantonnées à la Petité Anse. Ces troupes ne démontraient plus le mème zèle qu'autrefôis; le massacre, qui se faisait de leurs fr res dans les eampagnes, leur faisait crarndre pour elles-mêmes; eomme le rétablissement de .l'esclavage était devenu pour elles éy dent , elles n'aitendaient qu'un signal dé leurs chefs pour s’insurgé Ces chefs, les Dessalines , les Pétien, les Clervaux, les Vern certains que leur perte avait été résolue, .conspiraient aetiveme Le géneral Feclerc ne les avait pas encore arrêtés parce qu'il ava besoin d'eux pour réduire les insurgés. Le gouvernement nav alors quelque contiance qu'en la bourgeoisie noire et jaune qui redouiant le pillage, l'incendie et la evafiscation , craïgnait plusdés insurgés qu'on appelait brigands que les français eux mêmes. Mais quaud les troupes coloniales se seront Jjetées dans l'inserrectio les bourgeois noïrs et jaunes seront tellement suspeetés, qu'ils seront frappés et perséculés. Alors ils feront des vœux pour le triomphe des indigènes , car ïls seutiront qu'un nouvel ordre de choses quel quil füt ne pourrait surpasser en horreurs l'administration françaë,
* Tome IT, page 219-—Pamphile de Lacroix ignorait que ces hemmes| avaient fait la guerre, d’abord contre les plauteurs, les petits-blancs ," troupes patriotiques de France ; ensuite contre les Espagnols, les Anpl qu'ils avaient , en grand nombre, fait dans des rangs subalternes , la ci
pagne du Sud çontre Rigaud, pendant la guerre civile de 1799 à 18000
, | 2, ETS
L É fisroire D’HaITI. (1502) He 626
se. Voyant à la tête de leurs frères en insurreetion des hommes “qui avaient mérité leur estime et leur amour, les Pétion, les Cler- Ivaux, les Dessalines , les Vernet, les Jean Louis François, les Férou, Iles” Geffrard, les Christophe, ils cesseront de les considérer comme ldes brigands, et conspireront en leur faveur.
“Sur ces entrefaites, une nouvelle insurrection éclata dans la com- |mune des Gonaïves qui jusqu'alors avait été préservée des incursions des insurgés du Nord. Les indigènes noirs et jaunes de ce ICGänton n'avaient pu supporter plus long temps les atrocités qu’exer< IGaïent sur eux les soldats européens cantonné: sur leurs habitations, Le général Brunet que les soldats français avaient surnommé lé (gendarme de Leclere, depuis qu'il avait arrêié Toussaint Louvere ture, traversa la commune des Gonaïves, livrant tout au pillage et aux flammes , et se-rendit à Plaisance. Il n’y trouva pas les bandes de Sans= Souci. El fit fusiller dans le bourg, hommes, femmes et enfans. Dans toute lécommune il fit pendre aux arbres le long des routes une multitude de laboureurs, tant pour terrifier les insurgés que pour dé: trure les populations indigènes dont l'extermination avait été résolue, [Elles devaient êire remplacées par des africains que la traite eut conduits à St PBomingue. Ces hommes neuveaux, étrangers aux idées de liberté, auraient supporté avec résignation le joug de la servitude. El ne restait pas d'auire moyen, d'après les colons, de rétablir la possession française. Brunet fit détruire toutes les plantaäions pour contraindre les indigènes affamés à rentrer dans les villes, : Ces actes de brigandage propageaient au contraire l'insurrection ; et les indigènes se nourrissaient d'ignames, de malangas, de racines et d'orages sures. Quand les français abandonnaient une position ils lincendiaient le riz , le maïs qui avaient été emmagasinés. Brunet ne pouvant lutter contre les insurgés dont les innombrables bataillons léharcelaient de toutes parts, se retira aux Pendus vers le Gros Morne, r dn avoir envoyé l'ordre à Dessalines qui était vers les Gonaïves, devenir le soutenir. Dessalines , après avoir dispersé les insurgés qui l'assaillaient, se retira à l’Artibonite. En chemin il enleva aux | leurs mauvaises armes, ear il était chargé de continuer
pariout le désarmement, et leur distribua , par ses agens secrets, dé-bons fusils qui lui avaient été livrés pour les combattre. Aussitôt après le départ de Dessalines, le canton des Pendus se souleva de nouveau. Cegénéral, témoignant toujours, par ses paroles , le plus grand dévouement à la France, envoya clandestinement, dans ce canton, pour diriger Minsurrection, quelques officiers de la 4° qu'il avait sauvés de la potence à St Marc, et qui étaient devenus ses agens. Brunet attaqué vigoureusement futobligé de demander des secours au général Maurepas , noir , campé sur l'habitation Bernard dans les mornes du Port de-Paix. Celui ci, Qui. était devenu aussi dévoué au capitaine-général Leclerc qu'il l'avais été à Toussaint, surveillait activement les meuvemens des eal-
826 HISTOIRE D'IAITI. — (1802)
tivateurs "dont les mürmures annonçaient “une sibEHAT TS insurréetiol dans ce quartier. Sa grande réputation d'intrépidité contenait plus audacieux. Les cultivateurs voulaient éviter d’en venir aux 08 avec là 9° coloniale composée de frères -qu'ils voulaient gagner alt | pari. Dés que. Maurepas levera son camp pour voler au secou de Brune, l'insurreetion éclatera. Capoix, noir, créole de hab tation Delaunay, ancien capitaine de là 9° coloniale, qui avait renvoyé de l’état major de Leclerc où 11 était employé au grade « chef d'escadron, élait l’âme de ceite conspiration. Retiré à la cam pagne sur l'habitation Delaunas , il avait fait entrer dans a” conju ration tous ceux des soldats de la 9° qui avaient été licenciés. M avait gagné à son parti un capitaine, nommé Nicolas , noir”, de bétats major de Maurepas, qui. lui faisait connaître tout ce quirse Ro parmi les français. Capoix avait su lordre e que Maurepas avall ré d'aller au secours de Brunet, et il se résolut à s'insurger. Maurepé “parut pour les Pendus; ïl con :fia Son avant sarde à Nicolas. A per la division française se fut elle éloignée d'une demi lieue -du cam Bernard, que Nicolas abandonna fa graude route, et se rendit à Delaünaÿ où il ne trouva pas Capoix. C'était au milieu ( Ja nuit. Maurepas , dès qu'il saperçut de la trahison” Nicolas , retourna au camp Bernard, eraignant - quelques ent buscades. Au lever du soleil, ul partit de nouveau pour Pendus. Quand il atteignit l'habitation Mainvieilie, au ces ordouna au commandant Réné Vincent, noir, de se mettre à | îtèle de Îa division et de marcher à la rencontre de Brunet IHM meura lui-même, en observation, au Calvaire, dans une ancienk forufication, avec trente cavaliers. Réne Vinceñl n'avait Pas pe couru un-espace de deux lieues quif vit arriver au galopule ral Maurepas, seul el couvert de poussière. Capoix que Nicolas joint sur lhabiiatiou Chansemble, avait atiaqué Maurepas ;" dispersé ses dragons, et avai commencé la guërre contre tes fra çais. ‘Ii avait, aussitôt après ceitle attaque, dirigé ses forces con le Port.de Paix , qui était presque dégarni de troupes. Maure et Rene Vincent arrivèrent aux Pendus où ils rencontrérentBruf assailli par de nombreux cultivateurs qu'ils repoussérent. Le gét ral européen ne: pouvait se replier sur les Gonaïves, sans s'expoi à être exterminé par des bandes commandées par Comus et Labarrière, noirs. A fa tète de 400 hommes de troupes blane et de 800 soldats de la 9 e colouiale, il se rendit au Caire qi trouva abandonné, et s'y établi. Comme les munitions pa boucl manquaient, il envoya au Port de Paix, pendant là nuit, thement de la 9° coloniale qui devait revenir avec des pre de toutes espèces. Quand le détachement arriva au portail de la il répondit : français! au qui vive de la sentinelle. rie au salbuté par un coup de canon à mitraille, Al retourna au.€
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Capoix à la tête Ge millier de cultivateurs et de quelques compa, “gnies de la 9° eoloniale qu'il avait réorganisées avait enlevé la ville “ur le chef de bataillon français Es schenaux. Toute la population anehe en état de porter les armes avait élé exterminée, La garnin composée d'ailemands et de français , sous les ordres du chéf LÉ bataillon Angaut, européen , avait fui honteusement et s'était retirée au Cap , dans des chaloup es. Capoix se montrera pendant cette guerre 1 inexorable envers les'européens qui tomberonten son pouvoir que les” français le nommeront #Capoix la Mort. En effet tous les soldats ennemis qui tombaient sous sa main étaient immolés. “Mais les mmes et les enfans blancs trouvaient toujours grâce devant lui. À la nouvelle de cet évènement, les généraux Brunet et Maurepas mar- “chérent contre le -Port-ds Paix. Quand Îles français atteignirent la “lle, Réné Vincent, à la tête de cent grenadiers, s’empara du fort “Lavaux ; en même Lemps Maurepas se rendait maître du centre de Ja ville. Capoix se retira eu Grand Fort d’où il tira avec vigueur sur “les français qui néanmoins n’abandonnèrent pas leur position ; ils Bliengaient l'arrivée de quelques renforts que Brunet avait demandés au. capitaine-général. Le général Dugua arriva dans la rade du Port de-Paix sur le vaisseau amiral avec 400 hommes. L’escadre frangaise fit laire le feu du Grand Fort, auquel le général Maurepas donna faussitôt un assaut formidable; mais il fut repoussé. Cependant Capoix, “reconnaissant l'impossibilité de se maintenir dans sa position, évacua le “fort au milieu de la auit, en emportant toutes les munitions. Brunet demeura maître de la ‘ville, et Dugua retourna aussitôt au Cap. L'insurrection était générale dans les campagnes depuis le Port-de- Paix jusqu’au Môle St. Nicolas. Les insurgés avaient, dans toute “cette ligne, reconnu Capoix pour leur général en chef. Celüi-ci fit distribuer de la poudre, 6t ordonna à ceux des mornes du Môle St. Nicolas, d'attaquer eetie ville; mais ils Funeus répoussés avec perte par le général Noailles. .
Le gouvernement effrayé des progrès de cette immense insurrection eut recours aux expédiens de Ia faibles sse. Brunet, à l'imita- “ion de Carrier, à Nantes, faisait disparaitre dans le canal de la Tortue, des naines dnbriunés entassés dans des bateaux à soupape. À Jérémie, Darbois faisait jeter dans les flammes des pri- “souniers noirs et jaunes qu'on lui expédiait; le bûcher était dressé sur une éminence nommée le Calvaire, qui domine la ville. Enfin “sur tous les points de l'ile se dressaient des gibets, et matelots, soldats, colons, tous devenus bourreaux, noyaient, fusillaient, , pen: aient.
“ Comme les troupes européennes étaient considérablement affaiblies par le fer et la peste, le capitaine-général se résolut à organiser “les gardes nationales des villes et. des bourgs. Après avoir déclaré Cap capitale de la colonie, il en for: ma la garde nationale d'une -
823 HISTOIRE D'HALTI.—(1S02) :
“compagnie de grenadiers, d’une eompagnie de chasseurs, de “huit compagnies de fusillers et de deux compagnies de dragons. Chaque: ‘compagnie de dragons étant de 82 hommes, l’escadron fut eomposé: de 164 cavaliers, Un chef de bataillon commandant, un adjudantmajor, un adjudant sousofficier formaient l'état-major ; ils rece» vaient les mêmes appointemens que les officiers de leurs grades dans” les troupes de ligne. Leurs appointemens, leurs rations, leurs los gemens et leurs frais de bureaux étaient à la charge de la com: immune du ‘Cap. Le capitaine-général nomma le chef de bataillon qui fut placé sous les ordres immédiats du commandant de la place Ce fut le commandant Thouzard. Le commandant de la place, le” conseil des notables, le commandant de la garde nationale, présens taient les listes de candidats au capitaine général qui chotsissaitles officiers. ‘Le commandant de la place nommait les sous ofliciers® Pour entrer dans la garde nationale, il fallait être citoyen, de 16 à 50 ans, propriétaire ou fermier d’une habitation de croquantecar” reaux de terre au moins, ou d'une maison au Cap, ou avoir Un revenu de 700 francs, ou bien être négociant, marchand en détail, payant un dJoyer de 500 francs, au moins par an, chef d'atelier d'art ou de métier. Dès que le eorps fut organisé, 1l fut passéen” revue par le général Leclerc sur la place d'armes du Cap. HIlrétait de 1,278 hommes. Le général en chef le complimenta sur sa belle” tenue. jai 4 Où punissait de mort surle-champ tout citoyen, n'étant pas de la garde nationale, chez lequel on tmouvait des armes et des mw nitions. La garde nationale fournissait pour le service de la villes un quinzième de sa force. Elle était dans les cas extraordinaires entièrement à la disposition du commandänt de la place. L'organik sation de la garde nationale du Cap s'appliqua à celle des autres villes ét bourgs de la colonie. Les généraux de division commans dant les quartiers étaient chargés de nommer les officiers; maïis‘il n'y avait de chefs de bataillon que dans i-s villes qui fournissaïent quatre compagnies complètes à pied et à cheval. Les commandans, adjudans:majors et adjudans n'étaient soldés qu'au Cap et au Port Républicain. Les propriétaires, gérans ou fermiers sur les habitas tions desquels éclataient des révoltes étaient tenus d'en aviser law torité, sous peine d'être punis de mort. x
Ce fut alors que débarqua au Cap le général Charles Bélair, dans“les premiers jours d'Octobre. Six heures après son arrivée il fut traduit devant la commission qui devait le juger. Elle était composée“du général Dugua, président, du général de brigade Clervaux , “des généraux de brigade Dubarquier, Claparède, et, du- chef de brigade Abbé. Elle était réunie dans la maisôn de l’état major général. Aprés la lecture de l'acte d'accusation par le rapporteur de la commission, l'adjudant-cemmandant Boyé, et après l'aecomplissement des autres
formalités d'usage, on introduisit dans la salle Charles Bélair et sa | M sa complice. « Les accusés ayant été interrogés séparément t entendus, ainsi que leurs défenseurs officieux dans leurs défenses; de président ordonna qu'ils fussent reconduits dans leur prison. ,* Le lieu des séances ayant été évaeué, la commission déclara à l’u- “nanimité que Charles Bélair était coupable et quel Sannitte était con - “vaincue d'être complice de la révolte de son mari. « La commission considérant le grade militaire de Charles et le sexe de Sannitte, son épouse, condamna le dit Bélair à être fusillé, et la dite Sannitte, sa “iemme, à être décapitée. » (13 Vendémiaire an 14). | — Dans l'après midi du 13 Vendémiaire (5 Octobre ) Charles Bélair, ainsi que son épouse , fut conduit entre deux pelotons de soldats “blancs, derrière le cimetière du Cao. Quand on le plaça devant le ” détachement qui devait le fusiiler ; “il entendit, avec calme, la por de son épeuse qui l'exhortait à mourir en, brave. Au mo- > ment qu 11 portait la main sur son cœur, il tomba ‘atteint de plusieurs balles à la lête. . Sannitte refusa de se laisser bander les yeux. Le * bourreau , malgré ses efforts, ne put. la courber contre le billot. “L'officier qui commandait le détachement fut obligé de la faire fumsiller. ** La foule fut saisie d'horreur à la vue de cette dernière mrexécution. Elle s’écoula silencieuse et émue. Charles Bé- …lair et son épeuse se seraient sauvés, s'ils s'étaient moins dis à la clémence de Leclere. Mais Sannitte, aussitôt après les pre- “miers jours de l'insurreelion, ne se sertait pas le courage de supporter
: me u* Gazette officielle de Saiat-Domingue. Moniteur universel de Fran: 6e,
H 7. Neus avons à relever ici une erreur que nous trouvons dans les méires de Pamphile de Lacroix. Ce général rapporte avec raison que l'exé- …—cution de Charles Bélair au Cap, dont il ne donne ‘pas la date, eut lieu “avant la prise d'armes de Pétion contre les frangais. Charles Bélauir fut exécuté le 13 Vendémiaire (5 Octobre 1802 }; et cependant Pamphile de … Lacroix raconte qne Pétion et Clervaux se sont soulevés dans la nuit du 26 au 27 Fructidor (du 13 au 14 Septembre). Le général Pamghile de Lacroix, se fiant sans doute à sa mémoire, s’est trompé d'un mois. Veici “les dates: Charles Bélair prit les armes dans les mornes des Verrettes et de l’Arcahaie au mois d’Août 1802. Il fut arrêté em Septembre. Le 10 Septembre 1802 (23 Fructidor, an 10), Dessalines annonça à Leclerc son arrestation. date reçut la lettre de Dessalines au- €Eap le 12 Septembre 1502 [25 Fruetidor an 10]. Le même jour il forma la commission qui devait juger Charles Bélair six heures après son arrivée au Cap. Charles Bélair fut. exécuté avec sa femme le 5 Oetobre. Toutes les pièces officielles concernant l’affatre de (Charles Bélair ont été publiées, à l’éns: -dans la Gazette oflicielle de Saint-Domingue, qui s'imprimait au Cap, et que nous avons eue sous les yeux. Ces mêmes pièces ont été … reproduites dans la gazette nationale ou Moniteur universel ( de France ),
a Mardi 19 Pluvièse an 11 de la RAPUBEqus (8 Février 1803). Péties
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les fatigues et Îles privations : qu’on éprouve dans les montagnes. Charles, de son côté, n’eut pas assez de résolution pour se. reten au Bahoruco , “d'où. il eût pu se ruer dans les plaines. Tebest sort dela plupart de ceux qui entreprenant le hardi projet de ren verser un ordre de choses établi, reculent ensuite devant les danger et les fatigues qui se dé roulent sous leurs yeux. Madame Charle Délair s'était toujours montrée, pendant la guerre eivile entre Toul saint et Rigaud, inexorable envers les prisonniers. Quelle différence entre elle et madame Dessalines ! Celle gi, au péril de sa vie, fut toujours la protectriee des infortunés noirs, jaunes'et blancs. Si Charles Bélair n'avait pas succombé, et qu il ent eu le commandes ment en chef des indigènes, certainement da guerre de l'indépens dance n’eûi pas été conduite avec la vigueur que lui donna pet nes. Du reste celui ei plus capable, plus audacieux, le plus ancien des généraux indigènes, ne lui eût pas cédé le commandement "M + Le 14 Vendémiaire (6 Octobre) jour qui suivit l'exécution de Charles Bélair, le capitaine-général annonça à la colonie ,»par Wal proclamation suivante, que lis urrec{ion était devenue générale dans, les SE du Nord : Le 2
« Une insurrection a éclaté dr le Nord de St. Domingue ; des PM ar de quartiers regrettant l'autorité et le pouvoir dont ils ne se son servis que pour commettre des injustices, ont fait RS des inquiétudes aux eullivateurs sur leur sort futur. |
« Ils ont profité de l'époque où une maladie cruelle exerçait ses ravages dans l’armée de St. Domingue, et ils ont renouvelé, les in cendies et les assassinats qui. ont déjà signalé notre entrée à St. Domingue. Les insensés ! Ils ne connaissent pas la force de I France! Ils ont donc oublié comment le torrent français à env hi St. Domingue, 11 n'y a pas un an; ils ne savent donc pas que.ce e maladie cruelle sur laquelle ils ont fondé leur‘espoir a cessé ses. ravages; que ces braves devant qui ils ont fui tant de fois vontbientôt. être en état de courir à de nouveaux lauriers; ils ne) savent pas qu'une armée nouvelle, égale à celle déjà venue à ni Domingue est en route pour les écraser, M rebelles, et les BONES ; et Clervaux se soulevèrent contre les français dix Jours après l'exébut de Charles Bélair, dans la nuit du 14 au 15 Octobre 1802 ( du 22 au 23 Vendémiaire } , comme il est évident par le bulletin de Leclerc inséré: dans la Gazette officielle de Saint-Domingue , publiée alors au Cap. Dessa lines qui était venu au Cap dans les premiers jours d'Octobre, 1802 japrès l'exécution de Charles Bélair, en sortit avant la prise d'armes de Pétion.. Quand, dix jours après la mort de Charles, Pétion et Clervaux .se soulevaient au haut du Cap, dans la nuit du 14 au 15 Octobre 1802, Dessalines prenait, en même temps, les armes sontrse Le Haas à 18 Petite Hivière de l'Artibonite. | | LES AW
“s'ils sont soumis. Quel fruit espérent.ils de Jeur audace? Ontils cru, ces misérables, que pour quelques habitations brülées dans la
plaine, nous abandonnerions le pays à leur fureur ? Ountals cru que
nous laisserions brûler le Cap qui ne s’est rebâli que par la grande confiance que Îles habitans ont eue au gouvernement français? Ont-
ils éru que nous abandonnerions à leur rage les propriétaires et les
“négocians qui se sont livrés tranquillement à leurs spéculations, sous la foi de nos promesses ? Ont ils pu penser un seul instant, que - l'armée dé St. Domingue "qui s’est montrée si supérieure à tous les . fléaux , abandonneraïit lâchement un pays, sur lequel repose l'espé- *rance du commerce français, et le bonheur de tant de familles qui … depuis nombre d'années languisseut dans la m'sère? Ont-ils cru qu'il
existe dans celie armée, dont les services sont à jamais mémorables, un seul soldat qui oserait remettre le pied sur le sol français, si
: l'armée de St. Domingue n'avait pas répondu à l'attente dela France.
O vous qui sacrifiez une population nombreuse à votre ambition, calculez vous vos moyens? Qu'espérez vous? Croyez vous encore que nous ue pourrions pas vous atteindre dans vos repaires les plus escärpts, après nos marches dont vous avez été témoins ? Une soumission prompte peut encore vous obtenir le pardon ; mais si vous per-
» sistez dans vos projets criminels, craignez la vengeance wationale :
mwous aÿrez le sori de Charles Bélair et de son infime épouse.
«* Eroupes colontales, je sais que des scélérais ont cherché à vous séduire. Si je ne connaissais pas votre dévouement à la France, je vous dirais : que gagnez vous avee les brigands qui cherchent à vous <irer à eux ? la imisère et la mort. -Vous allez recevoir une orgañisation militaire, en tout semblable à la uôtre, et vous ferez partie Intégrante de l'armée française. S'il éiait parmi vous des Nommiés assez méprisäbles pour préférer le brigandage à fa gloire de servir dans nos rangs, chasses les ignominieusement:; ce sont des lâches de plus que nous détruirons. A
« Soldats de l’armée, marins de l'escadre, vous voilà arrivés bien-
{ôt au terme de vos peines. La maladie cruelle qui a moissonné
vos compagnons d'armes va cesser ses ravages. Uue armée sorite des ports de France va se réunir à vous. La saison vous permettra d'agir, et malheur à ceux qui ne seront pas soumis. « méPrieuntes, commerçans, et vous tous citoyens de St-Dominqui trouvez dans votre industrie vos moyens d'existence, servéz Vous avec courage des armes que je vous al confiées pas défendre vos familles et vos propriétés. N'oubliez pas que la guerre actuelle est celle du faiaéant contre l'homme laborieux. « Quant à moi, je justifierai la confiance du gouvernement français, et avec le secours de la brave armee que j'ai l'honneur de eommander, je remplirai laitente de la nation française, »
392 HISTOIRE p’Hatri.— (1802) 1
Leclere avait cru, par cette: proclamation, terrifier les insurgés.” Les fndigènes, au contraire, virent dans cet acte toute la faiblesse du gouvernement. La fidélité des troupes eoloniales était ébranlée; les troupes eurepéennes réduites à dix-mille hommes environ, sur toute létendue de l'île, ne pouvaient plus agir efficacement; ül fallait attendre des renforts , et avant leur arrivée, l'insurrection pou: vait prendre un caractère victorieux. Quant à la peste dont le général Leclere annonçait la fin prochaine, elle exerçait toujours ses ravages avec une fureur incroyable. “Cependant la plupart |des gardes nationales des villes demeuraient fidèles aux français. Nous les verrons combattre les insurgés des éampagnes, même pendant les derniers mois du gouvernement de Roch ambeau. Les cruautés
exercées sur les bourgéois noirs et jaunes les inciteront, vers le“
milieu de 1803, seulement , à conspirer contre les français, et à li
vrer leurs portes aux cultivateurs alors organisés en troupes régulières par Capoix, Pétion, Clervaux, Dessalines, t hristophe, Gef« frard et Férou Néanmoins beaucoup de jeunes gens de couleur
et noirs, indignés, dès à present, des actes du gouvernement, fuyaient les villes et allaient grossir Le nombre des insurgés. Quond Pétion et Dessalines embrasseront le parti de l'insurrectien , ils en= traineront à leur suite une foule de jeunes gens de famille. Ces
LL fe AP rage ME À A a
défections preuveront aux gardes nationales demeurées fidèles à Ia
France que les insurgés n'étaient pas des brigands, mais bin les défenseurs de la vraie liberté.
On doit à Toussaint Louverture, comme nous l'avens déjà exposé,
d'avoir tenté de réaliser l'idée coñeue par Sonthonax, de l'indépen- -pance des noirs , de toute autorité métropolitaine. Dans les conférences LU il eut au Mole St. Nicolas avec le général anglais Maitland, cette grande question avait été agitée. Tousssaint Louverture;
ao Lan la France alors presque victorieuse de l'Europe, et n ayant
pas foi en la protection du gouvernement britannique qui n avait
pu sopposer à la conquête de l'Egypte par le général Bonaparte , «
avait difléré l'exécution de son grand projet. Il le confia à l'arrivée d'Hédouville, ‘à Rigaud qui ne l'accueillit pas. La guerre civile éclaia; Rigaud fut vaincu. Toussaint commit alors la faute grave,
d’immoler les vaineus, et de se laisser dominer par les colons qui lin:
eitèrent au massacre de plusieurs milliers de rijaudins. Ceux ci, sauvés
pren elémence, leussent soutenu dans sa lutte contre la métropole. * La marche ascendante du pouvoir de Toussaint commença à dé:
eliner après la guerre civile. Il se trouva à la discrétion de [am LS
France , ayant soulevé contre lui l'indignation de presque toute la
* Maïgré la sanglante réaction de Tous:aint , nous avons vu des offi- à cicrs de la Légion de l'Ouest, Lamartinièr. , Bazelais et d’autres , »arras 3% chés à la mort par Dessalines , le seuteuir, cuire les frauçuis, aveo ‘3 L
plus rare énergie
#opulation qui n’attendait que l’arrivée d’une armée française pour le faire tomber. Cependant rien ne contrariait ouvertement ses . “olontés ; tout se courbait devant sa puissance qui paraissait inébranlable. Mais il n'avait plus en sa faveur l'opinion des noirs
“et des jaunes; et les baïonnettes quelque nombreuses qu'elles soient
ne peuvent soutenir longtemps un chef qui a perdu l'opinion publi-
“que. Lexéeution de Moyse porta le dernir coup au prestige moral “qu'il exerçait. Dès lors l'opinion se prononçait sourdement pour un “euerrier qui, quoique de beaucoup inférieur à Toussaint, en con- “naissances acquises, avait pressenti la marche des évènemens et
les moyens à employer pour réaliser cette indépendance devant la proclamation de laquelle l'ancien gouverneur avait sans cesse reculé. Ces paroles du commissaire civil Sonthonax proférées, lors de sa Seconde mission, dans un accès de fureur contre le parti colonial, “avatent vivement frappé l'imagination ardente et passionnée de Dessalines : « Tous les blancs sont les raèmes ; les habitans de Saint & Domingue ne seront heureux que lorsqu'ils n'en auront plus parmi & eux. » Aussi pendant netre guerre civile, avons-nous vu Dessa- Jines, mû par l'instinct de la conservation de ses frères, sauver une foule d'indigènes rigaudins en les incorporant dans les différentes demi brigades de son armée. Sa haine contre le blanc l'avait rendu
humain enhvers les procrits ses frères. Il éludait souvent les ordres
de Toussaint, lorsque celui c1, commandant l'exécution des rigau-
“dins désarmés , enlevait à Si. Domingue de fermes soutiens de la’
liberté. Fl avait compris que l'indépendance de Si. Domingue ne pou-*
ait se réaliser que par l'union des noirs et des hommes de couleur.
Ce fut au milieu des convulsions qui remuaient si profondement
la colonie, pendant que la terre trembiant partout sous les pieds
des français les rendait déliants , perfides et cruels, que Dessalines se rendit au Cap, dans les premiers Jours d'Oetobre, aussitôt après l'exéeution de Charles Béiair. Il voulait par lui même sonder
le général Leclerc. Les français l'ayant vu se réjouir de l'arres-
tation de Toussaint et leur livrer Charles Bélair, le croyaient
“dévoué à leur cause. [ls ne lui supposaient pas assez d'intellect “pour combiner le vaste plan de l'indépendance de St Domingue, et “ils pensaient qu’en le comblant de richesses et d'honneurs, sa vani-
té serait satisfaite. Ils croyaient quil ne les abandonnerait ja-
“mais pour se faire brigand. Quand il vint au palais du gouverne- «ment, le général Bugua, chef de l'état major général de l'armée,
Vaccueillit avec la plus grande distinction, et l'introduisit dans le
cabinet du général Leclerc qui le eombla de politesses. Dessali-
nes était rêveur. Leclerc lui demanda les motifs de sa tristesse. « Je suis dégoûté de vivre dans la colonie, répondit-il. Nous somk-
mes entourés de scélérats qui ne- rêvent que l'expulsien des fran.
gais; et çes monstres sont auprés de vous, jouissant de ves bienfaits,
et vous faisant mille protestalions de dévouement. “rare tri tel . France, ma patrie, pour demeurer plus longtemps dans la colonie, et être témoin de tant de porfidie. Je-suis venu, capitaine générales vous demander l'autorisation de passer en France avec toute ma famille.» «Eh quoi! s'écria Leclerc, transporté de joie, prenant dans ses mains celles de Dessalines. Oh nonf vous ne partirez. pas nous avons trop besoin de vos serviees. Voire absence de la old nie serait une perte Fee la France. Cependant votre désir seræ satisfait ; dans six mois je dois retourner en Europe avec MON ÉpoUse, nous entreprendrons Anh le voyage, et Foie la sens É ion de vous présenter moi-même au premier consul. » Dessalines le remercia avec chaleur de ses bontés. La done tomba sur | l'état du pays. Quelle est la cause , général, lui demanda La des troubles continuels qui règnent ‘dans la colonie? N' y auraiti E pas un moyen prompt de rétabli ir la tranquillité ? Les hommes de couleur ne seraient ils pas les auteurs des calamités qui nous aftii gent? Ne eonviendrait-il pas de les faire disparaitre ? Dessalines, eomme se per une idée lumineuse, répendit: Oui, capis taine général ; il fant que les brigands disparaissent. » Leciere crut | ‘avoir reneo nté l'homme qui fui eonvenait: un noir influent et brave, soutenu parles blanes, se vouant à l'extermination des mu âtres. Leclerc lui demanda ensuite des renseignemens suf plusieurs généraux indigènes. Dessalines lui ditqu en “entourant Christophe. de considération et d'honneurs, qu'en. our ant souvent dans sa * famille >, dans son intimité, il S’assurerait de sa fidélité; qu'en res pectant le caractère de Ciervaux , homme Re el toujours soumis aux autoriés, il serait sûr de son dévouement; quautà Pétian, , ajoutass tiign ‘est-il pas déjà entre vos mains ? Leelere se leva, le préssa con: tre son cœur ét lui dit: « Général, puisse le premier consul ape | précier votre dévouemem à la France! Mais pour exterminer Îles factieux , nos troupes sont trop affaiblies ; elles peuvent, à peine suffire à la garde de nos côtes. : Vous formmerez un eorps de 6,090 noirs dé votre choix; vous ferez ect vers le rivage les demie brigades européennes, et vous ferez occuper les positions intérieu” res par les Aroupee coloniales. » Dessalines sortit du gouvernement en apparence plein de joie, mais en réalité dans les plus vives inquiétudes. Ayant reçu l'ordre de Leclere de rester. quelq jeurs au Cap, il ignorait le rôle qu'on allait peut être le contra dre de jouer au milieu de la ville. En hésitant d'exécuter les, lontés de Leclere il eût été arrèté et fusillé. La perte des généra Clervaux et Pétion était résolue; les 6e, 10e. et 13e. demi-brigæ des coloniales, canlonnées à fa Petite-Anse , devaient être noyées après avoir été désorganisées par des incorporations dans les pes européennes. Le vieux général Dugua eut horreur de ce pl qui lui fut communiqué. Le ne se présentail pue que rarement da
77 miérome w'uaîrr(1802) . . (385
> concri de Leclere, composé de colons perfides mullement dévoués au ux wesis intérêts de la Franee, at sacrifiant tout au rétablissement . Pesclavage. Hgnorant l'entretien que Leelere avait eu avec Des- Btines il erut être utile aux infortunés indigènes , en faisant con: naltre à celui-ci que la 1%e. coloniale allait être | incorporée dans. 4 sapeurs de la garde d hosneur pour être ensuite exterminée, | Quant aux frangais, leurs inquiétudes étaient considérables ; ils n'a- Shaient plus aucune confiance dans les troupes. noires et jaunes ; les | colons regrettaient que le général Leclerc n’eut pas déporté avec “Houssaint Louverture la plupart des officiers supérieurs noirs et de € couleur.
Le général Christophe tenait une conduite des plus sévères. Vi- “want isolé et ignorant les dispositions à l'égard de la métropole et e Dessalines, et de Clervaux, et de Pétion, il démontrait pour France le plus grand dévouemne ent, tout en condamnant hautement la plupart des actes que provoqait le parti colonial. Chris: “iophe se voyant exéeré des insurgés du Nerd était contraint de s’atlacher aux français, Il observait Îes' événemgns, le caractère de l'in- Msurrection, et il ne prendra les armes contre la Francé* que. lorsqu il verra Pétion et Clervaux se jeter dans l'insurrection. Alors. certain de trouver dans les troupes coloniales des appuis contre les Sans- Souci, les Petit Noël Prière, les Jasmin, il abandonnera les français qui l'eussent égorgé comme la plupart de eeux qui les ont servis, sul était demeuré avec eux. | À Le général Leclere se résolut à envoyer en France un commissaire chargé de faire au premier Consul un tableau fidèle de l'état de la colonie, et de demander qu’une nouvelle armée de 20,000 hommes y fut envoyée. Le fer et le climat avaient fait un vide immense dans “les troupes européennes. Le général Boudet qui avait fait sa for- | n°: el qui désespérait du rétablissement de l’ordre, accueillit avee empressement la propesition qui Jui fut faite de partir pour France. Il occupait au baut du Cap une magnifique maison de plaisance. La veille Le sen départ, il réunit chez lui les généraux Clervaux , Christophe, …Pamphile de Lacroix. Celui ci Al avait reçu l'ordre de quitter !a parte espagnole pour aller prendre le commandement du Fort Liberté, avait éié mandé au Cap par Boudet. Pendant le repas il demanda “4 Christophe quelle était, à son avis, la cause de. la nouvelle in- Le rrection. Christophe lui répondit : « Vous êtes jeune et europen, vous avez loujours fait la {guerre dans les armées de la méét iropole » Yous ne pouvez conséquemment avoir de préjugés sur l'esclavage ; je vais donc vous parler avec franchise; la révolte augmente ärceque la défiance est à son comble. Si vous aviez notre épiderme, ous ne seriez peut-être pas aussi confiant que moi qui remets mon fils A unique Ferdinand au général Beudet , pour le faire élever en France, és di pour rien les brigands qui ont donné le signal de l'insure
rection. €e n'est pas là qu'est le danger: c’est dans l'opinion géné se
St Domingue. Christephe lui répondit que « silne croyait pas à a
gés paraissent vouloir suivre le système de Toussaint; s'ils y per chefs étaient ses ennemis personnels. Jusqu'alors le général Clervaux.
d'être fait prisonnier près de St. Michel. Aussitôt après son arrivée
836 misrorre D'HAITI.—(1802)..
rale des noirs. Ceux de Si. Domingue s’effraient parcequ'ils connais= sent le décret du 30 Floréal qui maintient l'esclavage et la traite dans les colonies restituées à la France , en exécution du traité d'A miens. Hs s'effraient de voir le premier Consul rétablir l’ancien régime dans ces colonies; ïls craignent que les propos indiscrets qu on entend de tous côtés ne parviennent en France et ne sug= gèrent l’idée au gouvernement d’ôter aussi la liberté aux: noirs*de St. Domingue. » Christophe , homme d’une vaste intelligence , et un des officiers les plus beaux de l’armée de Saint-Domingue, rons serva toujours, à l'égard des français , une attitude courageuse et pleine de dignité.
Les français demeurérent étonnés “ ees paroles si sensées el eourageuses qui laissaient découvrir clairement leurs projets ultérieurs. Si Christophe ne leur avait pas donné une preuve non équivoque de son dévouement à leur cause, en se disposant à confier son fils au général Boudet , ils l’eussent fait arrêter. Tout porte à croire que Christophe était jusqu ‘alors réellement dévoué à la métropole. Pamphile de Lacroix lui dit que le gouvernement ne rétablirait jamais l'esclavage à
sineérité des sentimens du général Leclere et de tous les français , il ne serait pas parmi eux. » Pamphile de Lacroix lui demanda en outre comment il se faisait qu'il n'eut pas encore trouvé le moyen de faire arrêter Sans Souei. Christophe lui répondit: « Si Sans Souci était un soldat, je pourrais me flatter ‘de l'atteindre; mais c'est um brigand lâche el cruel qui ne se fait pas conscience de tuer ceux qu'il soupçonne ; il sait fuir à propos et couvrir sa fuite de dés serts qu'il. laisse derrière lui. Il s y prend mieux que nous ne le fimes” à l'époque de votre débarquement ; si alors au lieu de combattre, notre système de résistance eut consisté à fuir et à bien effrayer les noirs, Vous n’auriez jamais pu nous atleindre. Le vieux Toussaint né cessait de le dire; personne né voulait le croire. Nous avions des armes ; l'orgueil d'en faire usage nous perdit. Les nouveaux insurs
sistent nous aurons de la peine à les réduire. » Christophe i ignoral les dispositions de Dessalines et de Pétion, Quoiqu'il eut remar qué que la fidélité des troupes coloniales fut profondément ébranlée, il ne songeait guères à se leter parmi les insurgés dont tous des
de son côté, n'avait pas pris la résolution de s insurger. Leclerc en: voya le général Pamphile de Lacroix prendre le eommandement du Fort Liberté. Trahi par ses guides, Pamphile de Lacroix n’atteion cette ville qu’en passant au travers de plusieurs embuscades. Il fai
Fert Liberté, il lit arrêter uu capitaine de gendarmerie , Kayé
# | | Histoire p’uairr.=—(1604) #5?
à 5» : es er M OEMONRT PR fière , homine de couleur, qui incitait sourdément à la révolte leg troupes coloniales de la garnison. Kayé Larivière fut embarqué pour PEurope. Quand il y arriva il fut envoyé en Corse.
Dessalinés, de son côté, voyant que le eapitaine général ne l’utilisait pas au Cap, alla le saluer au palais colonial, Leclerc lui donna 500 doubles louis pour les frais de sa première campagne eontre les faetieux Il lui annonça qu'il recevrait bientôt 7000 hommes d'élite, ébqu'il avait l'espoir de rétablir la tranquillité avec ces nouvelles forces. Oh oui! s'écria Dessalines , plein de fureur; il faut porter un œoup terrible; J'ai soif du sang des brigands; il faut, capitaine général, que ce jour soit un tremblement de terre général. L’éxpression aerrible que prirent alors ses traits fit reculer le général Leclerc. Des ordres furent aussitôt donnés afin que des armes lui fussent délivrées pour réduire les rebelles. Des soldats de la 4e. coloniale firent sortir du Cap 2000 fusils. Leclerc, malgré ses instances, né put le décider à rester au Cap quelques jours encore pour assister dun bal qui devait être donné au palais du gouvernement. Dess salines avait sous les yeux l'arrestation de Toussaint , qu’il n'avaik pas contrariée, et la mort de Charles Bélair, -
1! tenait l'ordre écrit de Leclerc de lever 6000 hommes de troupes co= Joniaies, de faire rentrer dans les villes du littoral toutes les garnisons blanches et de réduire les factieux. Leclerc voyant que l'insurrection * sétait prononcée dans toutes les campagnes du Nord, voulait sauver “de l’extermination les troupes européennes cantonnées dans l'intérieur, Nous allons voir l'usage que Dessalines fit de cet ordre; Le général indigène partit du Cap avec un détachement de la 4e colontale pour verser à grands flots le sang français, et Leclerc ne le revit plus. Il se rendit à la Petite Anse où il rencontra l'adjudant général Pétion. IMlui montra l'ordre que Leclerc venait de lui donner, et lui apprit Mesort prochain de la 13e coloniale, {1 l'exhorta à se tenir sur ses gardes, et lui annonça qu'il ne servirait plus d'instrument aux fraa- Gais contre ceux de ses frères qui prendraient les armes pour leur liberté. Tâchez d'éviter les pièges qu'on vous teud, dit il à Pétion, en le quittant; je pars pour l'Artibonite, et bientôt vous entendrez parler de moi; jy ferai mon devoir; faites le vôtre. Il ne commu- Hiqua son projet à aueun des officiers de la 13e coloniale; 11 craighait de rencontrer quelques traitres, car il était encore entre les inains des français. Quant à Christophe, il ne comptait plus sur lui: Cépénéral, en se disposant, dans une telle circonstance, à envoyer son fils en Europe, ne permettait pas de douter de son dé- VOuement aux français. Du reste, pour s'insurger avec succés contre lS blancs, Dessalines voulait agir concarremment avec Pétion qui devait entrainer la masse des hommes de couleur; car il com- Prénait que les français eussent triomphé finalement, si les noirs el les jaunes ne se réuuissaient pas contre oux. Leclgre hasardaït
858 HISTOIRE D'HAÏTIL. — (1402) *
sa confiance en Dossalines , ne pouvant agir autrement. <opediil il avait envoyé de toutes parts l'ordre de le surveiller et de l'arrèter s’il balançait entre les deux partis. Le général indigène, de son eôté, ge faisait donner de l'argent, des munitions et des armes pour co Le. battre une insurrection qu'il organisail lui-même. Aussitôt après som départ pour l'Artibenite, Leclerc ordonna aux 6e, 10e et 13e coloniales: commandées par Clervaux, Ja Ph. Daut ei Pétion d'aller cantonner ‘il haut du Cap. À peine ces corps y furent ils parvenus , que le générdl (} Christophe arriva chez le général Bourlet auquel il confià son fils Fordinand pour qu'il l'emmenât en France. H fit don au général, français de plusieurs moutons, de plusieurs bœufs et de nombreux frats. Boudet partira lé lendemain avec cet infortuné jeune homme! qui devait mourir en Franee misérablement, dans un hôpital. Chr tophe, en s'en retournant à son quartier de St. Michel, s'arrêta da la maison qu'oceupait Pétion au haut du Cap. Celui ci lui di Vous avez lort d'envoyer votre fils en France; reprenez le; ilen. encore temps ; de grands évènements semblent se préparer. —Chr tophe lui répondit : l'atmosphère est chargée de sang; le deuil ests toutes les figures: j'ai dit au général Boudet de dures vérités; si lancs persistent dans leur système ils se perdront totalement. se séparèrent en se terrant énergiqueinent la main avec émotion. * En 1802 St. Domingue était un pays français. Quand la guen civile éclata en Février da la même année entre Toussaint Louve ture et Leclerc, Pétion avait embrassé le parti du capitaine géné avec lequel il était revenu dans la colonie. Alors il éroyall aux p messes du premier consul qui avait déclaré que St. Domingue fai. partie intégrante: de la République serait régi par.les mêmes qu'elle, el que ses babitans, sans acception de couleur, Jouira des droits de citoyens français. Cependant son humeur froide, grand courage, sa profonde dissimulation, son influence sur les sie qui en général adoptaient ses vues et ses opinions, avaïent excité, défiance des français qui, ne pouvant pénétrer sa pensée, lus posaient des idées d'indépendance. Né au Port Républieain, d? taille haute, d'un port majestueux, d’une figure noble, régulière brune, ayant de grands yeux noirs, des formes douces, la tête cha gée d’une épaisse chevelure, longue et bouelée, Péion après chute de Ricaud, pendant son séjour à Paris, attirait l'attention tous les employés civils et militaires avec lesquels il était en relati Quanil on l'interrogeait sur St. Domingue, il répondait peu, ctp raissait indifférent au sort de la colonie. Il ne partageail pas plaisirs des autres officiers indigènes qui, comme lur, s'étaient ref en Europe. Il leur disait souvent qu'il aimerait mieux être à Domingue, nu dans les montagnes, que dans l'opulence à Paris*4h, avait appris que tous les officiers de-couleur de l'armée colenialé"qui| 6e treuvaient alers em France devaient être déportés à Madagas
IUSTOIRR D'YAITI.—(1892) 538 #6.1.er consul changea de dispositions, pensant qu’il trouverait en ju) des auxiliaires sûrs dans les expéditions contre Toussaint Lou- C ‘ure, si celui et refusait de remettre l'autorité aux mains de Leclerc, L'on à vu, én effet, avec quel acharnement ils combattirent Toussaint,
. hp ie
Don rapporte que le chef des bureaux de la préfecture de police, quand Pétion se présenta devant lui pour demander son passe-port, dilaprès l'avoir attentivement examiné : si le fer consul m'en croyait, il ne rénverrait pas cet homme de eouleur à St. Domingue. Si ce æonseil avait été suivi la France eût enlevé aux indigènes un chef inbile ef: courageux qui eontribua puissamment au triomphe de leurs @fmes. Pétion avait toujours combattu pour la liberté générale, et ilfut dévoué à la métropole tant qu'il crut le gouvernement français fidèle aux idées philantropiques. Mais aussitôt qu'il s'aperçut, après à déportation de Rigaud, en 4802, de la tendance du général Le. jélerc. vers l'ancien régime , il eommenca à songer à la pessibilité Nuné guerre nationale. Les indigènes instruits reconnurent que les énvices les plus éclatans rendus à la France, ne pourraient éteindre dhäine que leur portaient les colons qui exerçaient une grande influence ans. le cabinet de Leclerc. Ils sentirent qu’en demeurant plus longfemps sous.les drapeaux de la France, ils s’exposaient à être égorgés dou tard. Quant à Pétion, il n'ignorait pas que le général Par phile de Lacroix l'avait signalé à Leclerc comme un mulâtre dan-
reux. Le succès d'une guerre contre la France dut paraître d'abord 2 probable. Comment réunir sous le même drapeau les indigènes Ldivisés d'intérêt, d'opinion? Quoique Pétion eût toujours connu éssalines pour un ennemi implacable des blancs, ïl ne lui ouvrit Dagentiérement son cœur, ignorant son projet d'indépendance et léxoyant se constituer l'exécuteur des ordres secrets de Leclerc. I rappelait le sort de l'infortuné Charles Bélair qui venait d'être fuil Les français exerçaient un tel espionnage que le fils n'osait life sa pensée à son père. Pour un mot, pour un gesie, un soupçon indigène : était pendu ou noyé. (Cependant l'insurrection sétait de. lue formidable ; les bandes de Sans-Souci, de Pelit Noël Prière, deéCapoix, dans le Nord; de Lamour Dérance, de Larose, de né, de Sanglaou , de Mathieu Feurmi, dans l'Ouest, portaient Mout le fer et, la flamme. Mais jusqu'alors l'insurrection était ans direction ; l'indigène se battait müû par l'instinet de la liberté; Miles chefs du Nord étaient presque indépendans les uus des au- 5 il n'y avait pas d'unité dans les opérations. | En Oetobre les noirs et les jaunes de la ville du Cap étaient dans Li plus profonde constérnation. La frégate la Cocarde chargée à hom- | s de couleur qui ‘avaient proteslé contrele rétablissement de l'esiavage à la Guadeloupe venait de mouiller dans la rade ei appor- Abla loi qui retablissait la servitude dans les eolonies. Cepen- (Ant là mesure ne soneersait pas 5t. Bemingue qui devait être réÿl
ES
par un sode spécial dont les articles auraient été discutés “par ü conseil colonial. Elle ne concernait pas non plus Ja Guadeloupe dù à l'ancien régime avait été néanmoins officiellement rétabli. Quelques uns des déportés de la Guadeloupe eurent le bonhenrd’ atteindre | rivage à la nage. Ils ficent aux indigènes le récit des atrocités commise dans les iles du vent, et remplirent tous les cœurs d'indignation:Æ même temps on apprit que des noirs et des mulâtres étaient vend publiquement: par le général Kerverseau dans l'ancienne partie esp gnole où Toussaint, au nom de la France , avait proclamé la libertés générale. Ces événemens vainquirent toutes les irrésolutions de Pétion qui se détermina à lever l'étendard de la révolte. H'tommu niqua son projet au Love Clervaux, Ii lui dit qu'aucune coû dération ne pouvait désormais l'empêcher de s’insurger. HI ajou que s'ils demeuraient lun et l'autre plus lonstemps fidèles à France, c'en était fait d'eux, qu als savaient que l'esclavage était tabli dans les autres colonies , qu il n'y avait plus à balancer. Duss n'entreprendre la guerre, qu avec mes douze-cents hommes , n'hésiterais pas. Clervaux lui répondit qu'il fallait attendre en ei avant de prendre une telle détermination , que la France éf puissante , que la mer lui était ouverte, que l'Angleterre ne luid clarerait peut être pas la: guerre de sitôt, que Pon n'avait jusqu'alors désarmé les troupes coloniales, qu'il était importante laisser se dessiner davantage les évènemens. Pétion lui fit conn tre les révélations de Dessalines, [ui annonça que la 6e, la 40 et la 13.e seraient dispersées dans les troupes eurapéennes pour être ensuite exterminées. Ils n'oseront pas, lui dit Clervaux, ils se séparérent. Clervaux descendit au Cap. Le général Leclerc avait remarqué l'abattement dans lequel étai plongés ies noirs et les hommes de couleur du Cap. : Les jeur ‘filles frémissaient à l'idée d’être vendues, et de devenir, après douze ans de liberté , la risée des femmes blanches et les servantes d" maître brutal. Leclere n'entendait plus aucune plaint®, et ceux qu envoyait à la mort montraient dans les tortures la fierté, la ré gnalion et la joie des martyrs d'une nie religieuse. Il voyait n3 tre partout la défiance, et pour se coucilier le cœur des os des jaunes qui formaient en grande majorité la garda nationales donnait fréquemment au Palais du ROUYECAEMENS des bals où assii taient beaucoup d'officiers indigènes.
Dans la nuit du 20 ‘Vendémiaire (12 Octobre 1802), les. sall du palais du Cap étaient illuminées ; Îles accords d'une musn harmonieuse retentissaient dans les appartemens resplendissantS luxe. Les officiers de l'état-major de Leclere, élégamment vêlt s efforçaient par des jeux d'esprit de chasser là tristesse qui ré dans les cercles que formaient les dames indigènes; ils il es grâces naturelles qui ne se déploient que sous ‘le ciel
HISTOIRE D'HAITI. (1802) | s4Ÿ
| des tropiques. Les officiers des troupes coloniales se tenaient par roupes, à l'écart, et leurs traits n'exprimaient que de sombres | Mécccupations. Les nouvelles venues de France, la veille, qui fai- (saient l’allégresse des blancs, les consternaient profondément : le premier consul avait dit à l'abbé Grégoire, dans une présentation léfficielle de l'Institut: « D'après ce qui se passe à St Domingue, je voudrais que tous Îles amis des noirs eussent, dans toute l'Eumope, la tête voilée d'un erèpe funèbre. » Madame Leelerc, la fem- (me européenne la plus accomplie peut-être qui ait brillé dans notre climat, jJeyeuse, couverte de pierreries , ne révant.que plaisirs au | ii des calamités publiques , parcourait les appartemens avec légance, et déployait en vain son aménité pour animer la soiréé. Elle s'approeha du général Clervaux et lui dit: « D'où vient, général, que vous soyez si sombre? Ne devriez-vous pas ètre satisfait? | Nous fétons ce soir le bonheur qui rêgne en France, et qui ne lar- “déra pas à régner dans la colonie. » « Madame, lui. répondit sè- &hement Clervaux, j'étais libre autrefois, et je ne dois aux circons- Hfances nouvelles que d'avoir relevé ma couleur avilie : mais Si je éroyais qu'il fût jamais question ici d'esclavage, à l'instant même je me ferais brigand. » Cette réponse, sortie avec énergie de la | ra d’un homme de l'influence de Ciervaux , jeta parmi les fran. çais la plus vive inquiëtude et troubla la fête. Leclerc qui avait déjà résolu sa perte, songea à hâter le moment de son arrestation. Mais Clervaux ne Jui donna pas le temps d'exécuter son projet. A fpointe du jour, il partit pour le haut du Gap, en apparence plein de confiance en la loyauté des français, pour aller, disait:il, ehercher sa femme et la ramener en ville. Il avait appris, dans le bal, bien au delà de ce que Dessalines avait dévoilé à Pétion. Leclerc, pour lui nn: la force principale sur laquelle il s’appuyait, fit aussitôt entrer, au Cap toute la 6.e coloniale forte de 4200 hommes, ainsi que le chef de bataillon Jacques Clervaux, qui cemmandait le poste du haut du-Cap. C'était le frère dû général. La 10e coloniale , commandée par Jn.-Philippe Daut, noir, et la 43.e forent saisies d’ 'effroi en voyant partir la Ge. Ees soldats noirs et de “couleur se préoccupaient beaucoup de ce que lon voulait faire de ce corps, quand, au contraire, l'ordre avait été donné de faire rentrer les troupes européennes dans les villes, et de laisser les troupes coloniales dans l'intérieur. Clervaux s était retiré chez lui au, haut du Cap; les généraux Clausel et CGlaparéde s y. trouvaient “aussi, occupant chacun une belle maison de plaisance. Pétion parcourait les bivouacs de la 43.6, calmait les inquiétudes des soldats, “eur promettait qu'il ne Îles abandonnerait jamais , et fes incitait à l'insubordination. Tout à coup la 13e. prit les armes “tumultueusement, ét demanda sa paie arriérée , ainsi que les rations qu'elle n'avait pas uns pendant les quinze jours qu’elle était demeurée
849 ( SMsgToire p’aaiTi.—(1808)