‹ Histoire d'Haiti (volume 2)Chapitre 33 sur 47 · LIVRE TRENTE-UNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-UNIÈME

Sommaire. Conduite de Dessalines à l’évard des français et des insurgés , aussitôt après l’arrestation de T'oussaint.—Son attitude à Plaisance envers les français. — Ii déconcerte par son sang-froid les insurgés des mornes de Plaisance qui vouaient l’assassiuer.—[l se transporte au Gros-Morne.—Julien Labarrière extermine.

la population blanche de ce bourg.— Dessalines arrive sur l'habitation George. —

… I! renvoie aux Gonaives, les officiers français qu'il rencontre à George—Il pénètre aux Gonaives , et déconcerte par son fsang-froid , l’adjudant-général Huin qui voulait l’arrêter.—[l part pour la Petite-Rivière de l’Artibonite féignant d’al-

nier combattre les brigands. —Il se soulève contre Îles français. à la Pétite-Ri-

mvière de l’Artibonite —Il contraint le calonel Andrieux à évacuer, sur $t: Marc, le fort de la Crète. à Pierrot.—Gabart, Comus et Labarrière attaquent les Gonaïi-

….ves —1ls se reñhdent maîtres de cette ville —Dessalines y arrive —Lettre de Des-

….salines au général Quentin , commandant de St Marc — Les français évacuent les Verreites sur St-Marc.—Massacre de la 12e coloniale à St-Mare. —Dessalines

bassièce St-Marc.—I[l ordonne , en vain, à Larose de le seconder. — Il est re.

mpoussé—Il se retire à l’Artibonite—[|l réorganise ses troupes. —Ses promotions,

Son mode de recrutement.—Les indiwènes prennent la dénomination d’Incas

ou fils du Soleil—Eiat du département de Cibao—Daut Brave battu à Sanjou par le commandant Gotro—Pétion, Christophe et Clervaux attaquent de nouveau le Cap.—[ls sont contenus par Clausel qui se tient sur la défensive.

Mort de Leclerc —Le vaisseau le Swifishure transporte ses restes en France,

…—Ses dépouilles mortelles sont placées au Panthéon —Hector Daure, Latouche Tréville et Clausel annoncent à la colonie, par une proclamation, la mort de Leclerc—Rochambeau proclamé Capitaine-Général de la colonie. — Cérémonie de son avènement ,au Port-Républicain.—Le général Watrin prend le com. mandement des départemens de l'Ouest et du Sud.—Rochambeau se transporte qu Cap.—Il annonce à l’armée qu’elle ne demeurera plus sur la défensive. …

Réorganisatiôn des trounes européennes.—Force effective de l'armée française = Neterwood commandant de la gorde d'honneur de Rochambeau, — Mutations dans” les commandemens —Brunet remplace Watrin dans le commandeinent des dé” partemens de l'Ouest et du Sud-—Etat de la colonie—Formation des troupes franches où chasseurs, eréoles.—Poitrait de Rochambeau.—Capoix fait attaquer le Môle.—Beau fait d'armes des indisènes.—Pétion va chercher des munitions au F'ort Liberté — Christophe attaque los français au carrefour du Limbé ; «al “É repoussé —Les français évacuent ce point.—Clervaux , Christophe, Pétion de donnent le haut du Cap.—1Ils se retirent dans l'intérieur. —Rixes entre Christie

phe et Sans-Souci. —Jean-Philippe Daut part pour, l'Artibonite—Pétion se réndn à la Petite-Rivière de l'Artibonite.—[l reconnait l'autorité de Dessalines.— Clw | sel attaque le Fort-Liberté, et s'en empare sur Daut Brave.— Défense faite "aux" fonctionnaires d'abandonner la colonie-—HLiarose s'empare sur. les français \de“æ

section dau Boucassin , à l’Arcahaie.—Combat de Robert—Larose fait prospérern la A de lATrCabare —— Expédition de la baie de Manceniile — Expédition insurrection.—Œtat des partis indigènes, en hos"

tilités entre eus mais énibatratt tous les français. “4

Nous avons lJaissé Dessalines s’acheminant vers Tr AH ES apré avoir révélé à Pétion, à la Petite Anse , les projets d'extermination du capilaine-g général Leclerc. Il s'attendait à chaque instant à ee la nouvelle de l'insurrection des généraux Clervaux et Pétion; et pres que certain d'être soutenu dans son entreprise par les officiers supé-. rieurs de couleur des troupes coloniales , il se résolut à se prononcer enfin contre les français, lui qui depui is l'arrestation de Toussaint “| conspirait contre eux si activement. Pour détruire les blancs , tout en paraissant servir leur cause, et pour armer les insurgés quil combattait cependant, il avait suivi un plan perfidement combinés Quand il partait de St. Marc ou de la Petite Rivière de l’Artibonrten pour s'élaneer contre les révoltés, il était toujours à la tête d'une division dont les troupes européennes formaient l'arrière-garde. Comme il entretenait,.le plus souvent, des intelligences avec les chefs des” insurgés , 1l pénétrait, à dessein , dans des gorges remplies d'embus= cades. Les troupes coloniales qui formaient son avant-garde traver=m saient les embüches sans obstacle; mais le plomb le plus meurtrier, abattait les blancs de l'arrière: garde. Il rentrait à St. Marc ouaux Gonaïves avec les débris des troupes européennes, démontrant con les brigands a plus violente fureur, et demandant énergiquement nouveaux soldats blancs , des armes et des munitions , pour pOursuivren les rebelles dont il promettait toujours la prochaine exterminations Après chacune de ses courses , il laissait cachées dans les bois plupart des armes qu'on lui avait confiées , et les insurgés s’en em paraient. Il pendait comme brigands, au nom de la France, tous” les cultivateurs qui, à sa Connaissance, étaient dévoués au gouverne 16 ment, et il accordait de grandes faveurs à ceux qui, partisans de LE b surrection, n'attendaient que sa prise d'armes pour se soulever. Les” généraux Leclerc, Brunet, Dugua, iClausel, Quentin, Fressinet s

avaient élé ainsi trompés par ces apparences d'un vrai dévouement. Quand 1 arriva à Plaisance, sortant du Cap, il trouva le colonel de là garnison européenne de ee bourg dans une forte indignation contre les hommes de couleur. Ce ia ne: pouvait trouver pour rentrer au Cap, un seul d'entre eux qui voulut lui servir de guide: l'était enveloppé par l'insurrection, et il se voyait sur le point d’être emerminé. Il disait hautement qu il préférait les noirs aux mulâtres, quil rencontrait en les premiers des ennemis ouverts tandis que les derniers n'usaient envers lui que de perfidie. Histaliues conserva encore envers. les français son attitude de zélé serviteur, et leur promit, en quittant le bourg, qu'il les dégagerait des bandes qui les assaillaient. Dès qu'il se fut éloigné de moins d'une demi lieue de Plaisance, il fit distribuer aux Cult (eurs 500: fusils neufs et mille “cartouches. Continuant sa marche il atteignit les mornes, laissant lein derrière lui le détachement. de la 4° coloniale qui l'accompagnait , commandé par Gabart. 11 n'était précédé que de quelques guides. Hfut tout-à-coup enveloppé par les bandes de Cagnet et de Jacques Tellier qui, le croyant encore fidèle aux français, voulaient l'arrêter. Dessalines, marchant au fond d’un ravis, était sur le point de subir le sort de Jarartinière. Il s'aperçut que les takos se disposaient à lancer sur lui d'énormes pierres. Il leur fit signe. de l'entendre. Hs lui répondirent en hurlant non ! non ! nous ne traitons pas avec les blancs. — Regardez ma face, s'écria Dessalines avee force ! Suis-je blanc? Ne reconnaissez vous pas le soldat de la rète-à-Pierrot ? Etais je blane- à la Petite: Rivière de PArtibonite, à l'arrivée de lexpédition ? Interrogez ces mornes couverts d'ossemens français. Es vous. nonmeront Pessalines le héros de ees trophées.» Les congos étonnés de son audace, et conservant un reste de respect pour le nom de Des: salines, le laissèrent passer. Dela, il se rendit au Gros Morne dent les environs étaient en insurrection. Les insurgés avaient à leur tête Paul Prompt, homme de couleur, ainsique Magny, noir, que Leclerc avait nommé commandant de cetle commune. D'après les. ordres quil avait reçus du capitaine général, Dessalines commanda à la garmison de gagner les Gonaïves. El avait placé en RE sur là grande route Julien Labarrière, noir. Les blancs , peine sortis. du bourg, furent assaillis et massacrés jusqu'au per Pendant le combat un bataillon de la légion expéditionnaire qui avait évacué St. Michel, et qui n'avait pu pénétrer au Cap, entra aux Gonaives. La garnison européenne de Plaisance, ayant abandonné ce bourg pour se rendre aussi en cette ville, fut en partie exterminée. ke général Vernet, homme de couleur, qui commandait larrondissement des Gonaïves, avait établi son quartier-g cénéral près de l'habitation Pougaudiu. I attendait, pour agir contre les blanes, les ins: téuctions de Dessalines. Celuici vint auprès de lur et hti apprit qu'il avait laissé les Fans au Cap ; dans les plus vives inquiélu

des. Beaucoup de familles blanches , noires aise fuyant les

brigands, rentraient en foule aux Gonaïves. Dessalines pénétra.aneg 200 hommes de la 4° sur l'habitation George où Toussaint avait été

arrêté. Il vit la grande case de habitation remplie de soldats eure= péens qui se mettaient sur la défensive. Sa femme qui monta

dans un cabrouet chargé de ses bagages, se disposait à rentrenen

ville. Le chef de bataillon Gabart s'approcha aussitôt d'elle et lue

dit; « descendez, ma sœur; * nous sommes maintenant avec VOUS. qu'avez vous besoin d'aller en ville. » Je fuis les takos ,;-répondit-elles l'on dit qu'ils vont assaillir l'habitation. —Demeurez avec nous,masœur,

les takos ne sont plus des brigands. L'on fit dételer les chevaux des

cabrouets, et madame Dessalines rentra dans la maison , très-contra# riée de ne pouvoir se rendre aux Gonaïves. Il y avait à George une foule d’ofliciers supérieurs français entre autres plusieurs de ceux qui avalent arrêté Toussaint Louveriure. Les soldats de la 4° colomialé voulaient tout de suite s’insurger, et demandaient à arrêter les blancess Mais Dessalines qui n'avait pas encore donné ses instruclions au général Vernet, contint leur fureuret commanda à la garnisoguropéess

ne, d'après les ordres de Leclerc, de rentrer aux Gonaïves. Le bata1Honn

français, sous les ordres du colonet Pesquidou, et les officiers supérieurs blancs se rendirenten cette ville, où commandait alors l'adjudant-général Huin. Celui-ci apprit par les troupes qui arrivaient de George que Dessalines se disposait à se snulever. Il se résolut à l'arrèter.

Dessalines entra aux Gonaïves. Les habitans de cette ville étaient dans

toutes sortes dalarmes;s les uns s'armaient et se ralliaient aux

troupes ; d'autres transportaient à bord des navires en rade ce

qu'ils avaient de plus précieux. On annonçait à chaque mstant approche des brigands. Avant de se rendre au bureau de la place;

Dessalines se transporta chez Île ciloyen Simon Duvrai, homme

de couleur, qui l'avertit qu'on se disposait à l'arrêter: Ils'élancæ aussitôt sur sun cheval, alla droit à l'adjudant-général Huin, etui demanda avec audace d'où provenaient ces bruits calomnieux qui circulalent sur son compte. Huin, déconcerté par son: attitude, lu répondit que le gouvernement français n'avait jamais douté de "son dévouement. Le général noir sortit fièrement: de la ville, en pro

mellant aux français de repousser les brigands au loin dans les monta”

gnes. Les hommes de couleur des Gonaïves venaient de lui promettre,

par l'entremise de plusieurs des leurs les plus influents, de se soulet ver contre les blancs, dès qu'il aitaquerait la place. Quand Des=

salines atteignit P'habitation Pougaudin, il y laissa Gabart sous"les ordres du général Vernet, et fit dire à Comus, noir, et à Julien

Labarrière ; chefs des insurgés de Labranle, de S’approcher des Gé

* Madame Dessalines n'était pas la sœur de Gabart ; mais souvéhit en Haïti, on appelle sœur une personne qu'on affectionne,

Ne HISTOIRE sd , “861

>maïyes pour allaquer cette ville. I partit pour la Pe te Rivière de

PArubonite, après avoir recommandé à Vernet de ne s'ébranler que d'après ses instructions. Quand il parvint dans les environs de la Petite Rivière , 1 réunit trois mille cultivateurs , mit Cottereau à leur tête, et leur ordonna d'attaquer les français , dès qu'il leur en donnerait le signal. Hlentra dans le bourg où commandait le chef de brigade PAST qui avait reçu dis dv du général Quentin, comm a D nt del aérondiese ment de St Marc, de l'arrêter. Dissalines , voulant sonder les dispositions des habitans de la Petite -Rivière à Pégard des français, ordonna d’abattre une potence qui était dressée au centre de la grande place. L'instrument de supplice

fut renversé au milieu des acelamations joyeuses de la foule. Andieux fit aussitôt battre la générale; la garnison européenne prit les armes, ‘1 demanda à Dessalines de lui livrer les agitateurs.,

Lindigène lui répondit qu iL les conduirait à St Marc où il les fe. rait exécuter. li se montra plem de fureur contre les conspirateurs, et parla de les punif avec la dernière rigueur. Andrieux luï remit une jettre pour le général Quentin. Le colonel: français annonçait aux autorités militaires de St Marc que des soldats de la 4e coloniale avaient abatiu la potence de la Petite Rivière de FArtibonite; 1 les exhortail à les faire exécuter dès que le corps arriverait en celte ville. Le curé du bourg, Fabbé Videau, invita Dessalines à diner au presbytère. Le général indigène s'y rendit, quoique Sa: gest, homme de couleur , citoyen vertueux de l'endroit, Lui. eût donné le conseil de se défier du prètre. Andrieux était. un des

“convives. Pendant le repas, une femme de couleur, madame Pa-

geob, servante de l'abbé Videau , se montra à la porte du salon, se tint vis-à-vis de Dessatines, et lui fit comprendre, par des signes, quil allait être garrotié. Dessalines se leva tout à-coup , se pencha conire une fenêtre, et dit à Andrieux: J'aperçois une fumée du côié de ia mont agne : les brigands viennent rous assaillir, je vole à léur rencontre. Il ‘sort précipitamment du salon, se rend au

milieu de la place d'armes, et Lire deux coups Ge pistolet. Cotte-

reau , à la tête de 3,000 cultivateurs, se précipite aussitôt dans

“le bourg. Andrieux se retire dans le fort de me Crèle-à Pierrot,

etllabbé Videau, montant à cheval, prend la fuite, et s'élance sur la grande route des Verrettes. Dessalines se tran said à cheval, au pied du fort de la Crête à-Pierrot, et commande à Andrieux, au nom du capitaine général, de rentrer à St-Marc. Le français est” indigné de Lant dironie; mais entouré d'ennemis , ct saus nul espoir de pouvoir résister, il obéit à regre. Hi se mit en marche , après avoir tiré trois coups de canon d'alarme pour avoir des secours de SL-Marc. Mais à peine futil parvenu à Drouet, au. carrefour du bac Coursain, qu il fat agsaili par le feu d'une embuscade commandée par Gilot Marquez et Moreau FAfricain, à

la tôète de 200 hommes de la 8e. coloniale. Andrieux, marchant”

ni — : RAR

au premier rang de 400 grenadiers français, se défendit commen

un lion au milieu du grand chemin. Ses troupes s'avancaient "at Ce) ‘ pas de charge, exécutant des feux de chaussée en avant: Mais

à peine avaient-elles levé une embuscade qu'elles tombaient dans une autre, Elles ne cessèrent d'être harcelées qu'au-delà du ba du Gentre. Enfin elles firent rencontre avec un escadron des draz

LE à

gons de St-Mare qui, ayant entenda le canon d'alarme, étatent ve="

nus au devant d'elles. Protégé pir la cavalerie, Andrieux entræ à St Marc avec son drapeau et 90 soldats. |

Dessalines , -en possession des munitions de la Petite Rivière de l'Artibonite, fit avertir le général Vernet qu'il marchait contre: les Gonaives. Il partit dans la même journée, auoiqu'il füt gravement malade; mais la violence de la fièvre le contraignit à s'arrêter em chemin. C'était au milieu d'ociebre 1802. Le général Vernet, ayant son quartier général à Pougaudin, toujours en apparence fidèle au gouvernement français, ordonna à Gabart de péhétrer aux Gonaives: menacés par les brigands, sous prétexte d'en renforcer la garnison eurcpéenne, mais en réalilé pour opérer dans la ville une diversion: en faveur des insurgés, dès que Julien Labarrière et CGomus donneralent assaut à la place, à Ha tête de leurs bandes: Commela ville des Gonaïives est très étendue, les français, n'ayant que deux

ou trois-cents hommes de la légion expéditionnaire à opposer aux”

insurgés, en avaient resserré l'enceinte. Ils avaient laissé l’église”

et les maisons qui lavoisinaient hors de la ligne de circonvallation

Un fossé entourait la place dont les deux portes étartent armées de canons ; et un rempart fait de barriques remplies de terre complétait les fortifications. Labarrière et Comus , n’écoutant que leur ardeur, n'attendirent pas , pour attaquer la place, que Gabart y eut pénétré

avec la 46. Ils vinrent en désordre avec leurs bandes assaillir les”

remparts du côté de Fhabitation Soleil; ils furent mitraillés et re: poussés avec perte. Hs se retirèrent au loin, croyant que Gabart les avait iralhuis. Le général Vernet, après avoir détruit en eux eette impression fâcheuse, les détermina à attaquer de nouveau aus*

sitôt après la rentrée de Gabart aux Gonaives. Gabart partit der

Phabitation Pougaudin et se présenta devant la place avec la” 4e*

coloniale, en apparence encore fidèle à la France. Au qui vive

des sentinelles françaises, 1l répondit: 5e. demi brigade légère. Les portes de la ville lui étaient déjà ouvertes, quand un capitaine de grenadiers, nommé Victor, se laissant aller à l'impétuosité

de son caractère, s'écria: mort aux français ! feu sur les remparts!

* Nous avons vu qu'après la soumission de "Toussaint, Leclerc avait

incorporé les troupes coloniales dans les troupes européennes, etrque Aa 4.e coloniale avait formé le 3.e bataillon de la 5e légère françrise.

Aussitôt les canons vomirent la mort dans les rangs des indigènes

qui se répandirent, en désordre, daus le cimetière , près

de la ville. Gabart rallia ses soldats, se saisit d'un drapeau et dits, en s'élançant vers la place : Lâche, qui ne me sUIvra pas! La 4e, honteuse de sa fuite, revient à la charge avec fureur, culbute la légion expéditionnaire, plante ses drapeaux

sur le principal retranchement, s’en empare , et en tourne les ca-

nons "contre la ville. Les français, retranchés aux deux portes , répondirent au feu des indigènes. Pendant qu'on se battait avec acharnement de part et d'autre, Dessalines apprit que ses troupes occupaient une partie des remparts des Gonaïives. Il envoya l'ordre a Gabart de s'emparer de cette ville par n'importe quel sacrifice. Celui ei forma aussitôt deux colonnes de la masse des assaillants: celle de droite, composée de la 4e, dont 1! prit lui même le commandement, attaqua les français du côté de la Salige; celle de gauche , commandée par Victor , el composée des casiques rouges,

les attaqua du côté de la Tannerie. Il était huit heures du soir.

En même temps, des indigènes mettaient le feu aux, maisons qui

entouraient l'église. Les assaillans forcèrent les deux portes de la

place, pénétrérent dans les rues. On se battit corps à corps; les français , refoulés vers le rivage , se retranchèrent au fort Mouneau ; toutes les familles s'embarquérent. Gabart et Victor donnèrent assaut à la fortiication et l'enlevèrent. Ils eussent pu couler

a#fond tous les bâtimens marchands , chargés de femmes

et d'enfans ; mais Flhumanité contint leur ardeur. æ Dessalines.

“quoiqu'il fût malade, continua sa marche sur, les Gonaïves. Quand

ny arriva, il trouva la ville entièrement livrée aux flammes par

les indigènes. Le lendemain, l'adjudant général Huin, après le départ

des navires marchands, fit canonner la ville et appareilla ensuite.

Dessalines reçut alors une lettre du général Quentin , commandant

- de St. Marc. Celui ci lui disait qu ‘on lui avait annoncé qu'il s'était

soulevé contre la France, mais quil ne Île croyail pas capable de trahir: un gouvernement qui l'avait comblé de bienfaits, et de tenir une conduite si opposée à ses propres intérêts et à ceux de sa couleur. Dessalines, principal héros de notre guerre nationale, celui auquel ap: partient presque toute la gloire d'avoir conquis notre indépendance lui répondit :« J'ai arboré l'étendard de larévolte, parce qu'il est «temps d'apprendre aux français qu'ils song des monstres que cetie « terre dévore trop lentement pour le bonheur de l'humanité. J'ai

“pris la Petite-Rivière et les Gonaïves; demain je marche contre

«St. Marc. » Il achemina aussitôt ME le bac Coursain la 4°etles

“casaques rouges. Ces troupes y arrivèrent au commencement de la

nuit et y bivaquèrent.

Les habitans des Verrettes avaient vu abbé Videau, soru de la Petite Rivière de l’Artibonite , arriver dans leur bourg , couvert

de poussière ot égaré par ics terreurs de fa mort. Ils apprirentce”

qui s'était passé à la Petite Rivière. Craignant d'être assailli par des

forces trop supérieures en nombre, Faustin Répussard, commandant de la commune, se résolut à évacuer sur St. Mare. La garnison des Vcrrettes était composée de deux bataillons, l'un de la 42° coloniale; commandé par le Heutenant colonel Désiré , noir, l'autre de trou“ pes polonaises , dont l'état major était à St. Mare.”

Déssalines , après sêtre emparé de la Petite Rivière de Va tibonite , avait envoyé une lettre à Désiré par Claude Labadie- I lexhortait à sortir des Verreltes avec ses troupes, el à venir se

ranger sous ses ordres. Soit qu'il eut manqué d'audace , soit qu'il

fut fidèle aux francais, Désiré avait remis celle lettre à Faustin Répussard. Cependant les sous ofticiers de [a 42°, ainsi que les sol: dats, désiraient ardemment l'insurreelion ; mais 1ls étaient maintenus dans le devoiÿ par l'hésitaiion de Kurs chefs et par la garde natio-

nale forte et bien organisée. Ces dispositions n’échappérent pas aux"

autorités françaises qui ordonnérent que l'évaeuation s'opérât sans retard. La garnison et toute la population sortirent du bourg à dix

heures du soir, el traversèrent Margolon et Sansculottes dans la mê=" me nuil. Le lendemain, au jour, des hauteurs de St. Marc, Fausse

tin Répussa rd découvrit le bourg qui était déjà occupé par les insurgés. Hl entra à St. Marc sans avoir été inquiété. Les français informérent le général Quentin des dispositions des soldats de la 12% Ce te se détermina aussitôt à les faire exterminer. Le lendé” main, dans boprés midi , la 42° était rangée sur la place d'armes. Les troupes européennes et la garde na tionale débouchèrent ensuite Se elle de toutes parts et la cernérent. Quentin ordonna en vain aux soldats noirs de mettre bas les armes. Le chef de bataïllon Désiré

fil même tout ses efforts pour Îles porter à obéir, Le général fran çais parcourut alors les rangs des troupes européennes *, leur dit

qu’il fallait exterminer les tigres qu'elles nourrissaient au milieu d'elles,

et commanda de commencer le feu. Les français firent de terribles | décharges de riousqueterié. La 42.e répondit par un seul feu, cb se jeta tête baissée contre la Hgne ennemie qu'elle ne put percer. Les indigènes furent égorgés sur la place au nombre de 400. Ceux qui purent. pénétrer dans les maisons en furent arrachés et poignar= dés. La portion de la population indigène qui ne faisait pas par tie de la garde nationale fut immolée en entier. Ceux des habitansu

* Nous faisons observer iei que les troupes polonaises se battaient très mollement contre les indioènes, depuis qu'on rétablissait l'esclavage Elles disaient hautement que le devoir at seul pouvait les porter à brûler

- des cartouches contre la liberté. Aussi, après l'évacuation des français, Iors du massacre général des blancs qui étaient demeurés dans le PARA ‘en 1804, les Polonais fürent-ils tous res pectés par Dessalines.

qui s'étaient renfermés chez eux pendant le carnage, ne purent, le lendemain, ouvrir leurs portes contre lesquelles ‘des cadavres étaient entassés. - Le capitaine Apollon seul put s'échapper, ayant eu le bonheur de se précipiter dans la mer. Il traversa la rade à la nage, au milieu de la nuit, et atteignit le rivage au delà des murs de la place. Le lieutenant-colonel Désiré fut poignardé sur le pont Benoit, pendant qu'il s’efforçait à se sauver. L'on verra plus tard la division indigène de l'Artibonite punir rigoureusement la ville de St Mare de ee grand crime. Alors tout n'élait que représailles. Après cet horrible massacre , le général Quentin parcourut la ligne qui fermait enceinte de St.-Marc, et qu'occupaient 400 hommes de la 5e légère européenne et 309 hommes de la 86.e de ligne. Il fit forufier les Guèpes par des corvées de femmes, et fusiller plusieurs hommes de couleur et noirs de la garde nationale, dont il suspec: tait la fidélité à la France.

Dessalines avait établi son quartier-général à Lacombe. Il se résolut à assiéger St.Marc. Il écrivit à Larose, qui était en possession de l'Arcahaie, de marcher, de son côté, contre cette ville. Larose lui répondit qu'il ne le reconnaissait pas pour son chef, et quil ne recevait des ordres que de Lamour Dérance. Cette réponse de Larose qui, depuis l'arrestation de Charles Bélair, voyait en Dessalines un assassin de ses frères, n'ébranla pas celui ei dans son projet. D'après ses ordres, Gilot Marquez, chef d’un des bataillons de la 8.e, alla s'établir devant St-Marc près du portail Pivert ; le colonel Magnÿ oceupa une position vis-à-vis de la porte Dessolier, Les indigènes s emparérent ‘en une journée de tous les postes que les français avaient établis hors de la place. Ionorant encore le massacre de fa 12.e, Dessalines comptait sur une diversion de ce corps, en sa faveur, au sein de la ville. I l'attaqua à huit heures du soir sur tous les points à Îa fois. St Marc était entouré d'un fossé large et profond , bordé'de murailles hérissées de canons. L’assaut fut surtout sanglant au portail Pivert. Les généraux Quentin et Fressinet se trausportaient partout, soutenaient Île courage de la garnison et de la garde nationale par leur mépris de la mort. Ils étaient énergiquement secondés des chefs d’escadron Répussard, Aussenac, Savari et Riper. On se battit avec tant d'acharnement que le feu de l'artillerie et de la mousqueterie ïllumina la ville pendant toute la nuit. A la pointe du jour une frégate, embossée non loin du rivage, vomit Ta mort dans Îles rangs des assaillans qui furent contraints de s'éloigner des remparts. En même temps, Dessalines apprit que la 12.e avait été exterminée. Perdant l'espoir d'entretenir des intelligénces dans la place, il s’en éloigna. Le général Quentin fit une sortie contre lui; mais il fut vigoureusement repoussé. Les indigènes se retirèrent en bon ordre dans la plaine de l'Artibenite. Dessalines se transporta à la Petite-

a: | HISTOIRE D’'HAITI.—— (1802)

Rivière vers la fin d'Octobre. Son échec devant St-Mare, loin d'augmenter le chiffre de ses forces, l'avait considérablement affaibli: Il en était très irrité ; 1l se plaignait de ses troupes qui, à son avis, n'avaient pas donné assez vigoureusement. Il disait qu’il était heureux sous les ordres des français qui ne le laissaient manquer de rien; el en mème temps il tirait de sa poche des pièces don que Leclere lui avait données, et les montrait à ses "officiers et à ses soldats. Je n'ai pris les armes avec vous , continua-t-1l, que pour

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vous soustraire à l’ancien esclavage ; car, pour moi, j étais sûr des

faveurs de la France en continuant à vous combattre; ne faites pas

échouer notre entreprise par votre manque d'énergie; Je ne Veux

pas être un chef de bandes, de iâches ; il vous faut de la diseiplis on de la tactique, il faut” vaincre ou mourir. — Il fit aussitôt sor=

r des rangs trois soldats, pris au hasard, et les fit fusiller , sous ses yeux. Il ordonna à ses officiers de parcourir les plaines et les mornes et de faire des levées en masse.

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« La terreur-qu'avait inspirée le nom français, dit Boisrond Ton « nère, régnait encore dans les eampagnes ; les anciens soldats'et « les cultivateurs- ne sortaient pas de leurs retraites. Dessalines prend

« la résolution la plus patriotique, ne balanee pas entre le salut « publie et la mort de quelques lâehes. Il ordonne que de nom- « breuses patrouilles parcourent la plaine etles mornes pour rassem= « bler les hommes en état de porter les armes, et faitfaire feu sur « tous ceux qui refusent de marcher.» En peu de Jours Dessalines réunit à la Petite Rivière plus de quatre mille hommes, tant recrues qu'anciens soldats. Il réorganisa les 4°, 7°, 8° et 14° demi brigades et

forma un corps particulier auquel il donna le nom de Polonais

parce qu'il y fit entrer un grand nombre d'africains dont le Mans gage n'était pas mieux compris des indigènes créoles que celuivdes polonais, Ce dernier corps fat confié au commandant JosephJér6* me. * La 4° eut pas colonel Gabart ; Pierre Toussaint , homme de couleur en comimanda le 4% bataiïl loués Jean Louis Longuevallé le 2, et Jean Louis Boisneuf le 3° La 7° eut pour colonel Mon tauban ; Marinier en eommandait le 1° bataillon , Pierrot Michele

LS

2e Philippe Guerrier le 3°. La 8° eut pour colonel Cottereaus

Magny fut nommé colonel de la 44°; il avait pour chef de bataillon

Jean Charles, homme de couleur. La cavalerie fut confiée au colo:

nel Charlotin Marcadieux , eétau ehef d'escadron, Paul Prompt hommes de couleur. Dessalines , pour se melire à l'abri des aggressions: du général Quentin , établit au bac du Centre le atbataïllon de la 7.e, comimandé par Pierrot Michel : : et au bac d'Aquin, le À.er ét le 3e bataillon de la 7e sous les ordres de Montauban. Le lee

bataillon de la 4e pus cantonnement à Marquez ; le 2e et 8e ba # Plus tard Dessalines: en plis la 20e demi-brigade, e PAS

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+ HISTOIRE D’HAÎTI.—(1802,) . 867

taillon oceupérent la Petite Rivière, ainsi que les 2 “bataillons dé la

8e sous les ordres de Gottereau. Les jeunes faisaient

chaque Jour l'exercice, et se préparaient à aller assaiilir les points qu'eccupaient les français.

Dessalines fut reconnu par ses troupes chef suprême des indigènes. Al établit le siège de son gouvernement à la Petite Rivière , el don. Na aux populations soumises à son autorité le nom d’Incas où enfans du soleil. 11 conserva le drapeau tricolore après lui avoir arraché les armes françaises. Il déclara qu'il avait rompu éternellement avec kes blancs, qu’il ne traiterait même jamais avec eux, quelles indigènes vivraient dans l'indépendance ou se feraient immoler jusqu'au dernier. Il n'expédia pas des émissaires auprès des chefs des insurgés du Nord pour les exhorter à reconnaitre son autorité : 11 leur Ænvoya des ordres. Il se présenta aux masses, comme un guerrier indis. peusable , comme l'officier général le plus ancien , le seul qui eut des droits réels au commandement én chef. EH se disposa à attaquer comme rebelle, tout en combattant les français, quiconque des chefs indigènes n'obéirait pas à ses ordres. Il Lerrait son quartier général tantôt à Marchand, Lantôt à Laville, le plus souvent à la Petite Rivière. JL avait peu de muntions. Ses soldats avaient rarement plus de trois cartouches, chacun, quand ils attaquaient un poste français. Au qui vive des sentinelles, is répondatent : Fils du Soleil [y en aencore. * Le nouveau parti qui se formait sous les auspices de Dessalines renfermait le plus de lumières. Il dominera tous les autres et deviendra l'âme de la grande guerre commencée contre les français.

La partie ci-devant espagnole était toujours aveuglement soumise aux français. Le général Pamphile de Lacroix qui avait remplacé, comme on La vu, le général Claparède dans le commandement du département de Cibao, avait pris de bonnes dispositions militaires. Il avait établi des postes à l'embouchure de la rivière de Guayabin, à Ranchadero , à Sanjou et à Las Sierras. Daut: Brave, partant du Fort Liberté, faisait sans cesse des efforts pour forcer ces passages. 1l se présenta devant Sanjou avec 150 homnies ; mais 11 fut complé. tement batiu par le commandant Gotro qui n'avall sous ses ordres que quarante-cinq indigènes-espagnols. **

* Ce qui signifiait qu'il existait encore des défenseurs de la liberté, quoiqu'il y eût eu tant d'indigènes extermirés par les français. Cette dénomination d'Iucas fut bientôt abandonnée ; on revint. à celle d'indigère,

- bien avant La fin de la guerre de l'Indépendance Il ny avait en efiet

aucune . comirinauté d'originc entre les indiens , d'une jart, les noirs et les sang-mêlés de neirs et de blanes, d'autre part.

** Ces indigènes-esapgnols sônt la plupart des sang-mêlés de noirs africains et de blancs espagnols. Cependant on rencontre dans les cantons #e Seybe et d'Higuey, à l’est de $to-Domingo, beaucoup de sang-mélés

2 be 22 4 À 368 HISTOIRE D'HAITI.— (1802). x | $

En même temipss les généraux Clervaux, Christophe et Pétion, "

retirés au Morne-Rouge, apprenant que le capitaine-g général était k gravement malade, et que le Cap était dans la consternation , < résolurent à attaquer cette ville. Le général Clausel avait replié | sur les hauteurs de la place, tous les avant-postes de l’armée fran. aise. Dès qu’il apprit l'approche de l'ennemi , il réunit autour des forts Bélair et Bréda les troupes curopéennes et la garde nationale" Le G brumaire (28 octobre), dans la matinée, les indigènes attas quérent les français avec tant d impétuosité qu ils les culbutérent, et se mainlinrent au haut dun Cap , malgré le feu le plus: vif de l'artillerie des forts. Le général Clauselirentra au Cap , après avoir ordonné à d'Henin de charger lennemi, à la tête de la cavelerie de ligne. D'Henin s'élança: avec son intré épidité ordinaire sur (a G.e qui le reçut sur ses balonnettes et le repoussa par une vive“ mousquelerie, Deux fois les français revinrent à la charge. Enfin d'Henin, grièvement blessé, rentra au Cap dans le plus grand dé sordre. Loclerc, se mourant, écrasé sous le poids de toutes sortes de peines, songeait encore: au salut des français. Il envoya lors dre à Clausel de se tenir sur une défensive resserrée : les troupes n'occupérent que l'enceinte du Cap. Les indigènes élaient campés à moins d'une lieue des portes de la place. La nouvelle de l'insurrection de Dessalines avait porté le dernier coup au capitaine général: On fl'entendit sécrier : Ai je pu avoir été ainsi trompé par unbar: bare ! | À | Dans la nuit du 81 Octobre au 4.er Novembre, les salies du pan lais du gouvernement étaient remplies de citoyens notables. La fan mille du capitaine général était en pleurs. Les généraux Clauscleet Claparède étaient près dudit de Leclerc qui approchait de sa ün Se sentant mourir, le capitaine général désigaa Rochambeau peur ul succéder. Il bläma ensuite son gouverñement de lui avoir donné de crueiles instruelions ; 1} condamna les colons qui l'avaient égaré; Lu piaignit les indigènes qui avaient: été voués à l’extermination. Des hommes si braves, diti d'une voix mourante, qui ont rendu tant de services à la France, qui auraient pu lui en rendre tant d'a

tres, méritaieut un meilleur sort. Il demanda au ciel de lui par donner Îles erimes que la perfidie coloniale lui avait fait commettre contre la liberté, et il mourut dans les bras du colonel Bachelu,« chef du génie de l'arm ée, et du docteur Peyÿre, à une heure du matin du 4.er Novembre 1802. F1

Pauline Bonaparte , qui depuis peu, avait abandonné les plaisirs auxquels elle se livait, se montra profondément affligée. Ses forces élalent épuisées ; sa beauté était moins éclatante. Veyant L cf

Le = nT.

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