LIVRE TRENTE-DEUXIÈME
Sommaire. Pendant que Dessalines organise Île. gouvernement indisène à la Pe-
tiie-Rivière de l’Artibonite , les indépendans du quartier de FLéogane font des
progrès —Les commaudans Adam, Caradeux, Germain Frère occupent les mornes de la Coupe et de l'Hôpital Cangé arrive dans la plaine de Léogane, — IL se fait proclamer général —Il devient le conseiller de Lamour Dérance — Cangé tente de porter la guerre dans le Sud—[l est battu au Pont de Mirago-
. âne — Exécution de Bardet.—Noyades dans la rade des Cayes —Révolte de Jo-
seph Darmagnac, dans le quartier de l'ilet aux Cayes. — Division militaire du département du Sud.—Les indigènes de Belle Rivière, dans le Sud , se soulèvent contre Îles français —Noyades dans la rade de St Louis, du Sud —Cruautés de Kerpoisson.— Exécution d'FHérard Charlemagne. — Exécution de Ferbosse —Gerin
se rallie aux troupes indigènes de Léveillé.— Dessalines envoie Geffrard dans le
Sud pour soulever ce département contre les français. — Pétion part avec Geffrard, pour, l'accompagner jusqu'à Léogane. — Pétion enlève le Mirebalais sur Pad roy —Il pénètre dans la plaine du Cul de-Sac— Il est battu à Pierroux ;wr Padjudant commandant Néraud.—Il se rend dans la plaine de Léogane par les montagnes—Ïl s'efforce en vain de gagner Lamour Dérance au parti de Des- Salimes.—I[l attaque Léogane, mais ne peut s’en emparer—Le Port-Républicain envoie une expédition an secours de Léogane — Les français jettent des renforts dans la place—Geffrard continue sa route vers le Sud —Pétion reprend le chemin de l’Artibonite,— Il arrive à PArcahaie.— Larose, qui méconnait l’autorité de Déssalines , le contraint à vider le bourg.—Pétion se retire à PArtibouite auprès de Dessalines.—Celui ci jure de punir Larose.—Pétion travaille &ux fortifications de, Marchand.—Dessalines se résout à soumettre à son autorité Petit Noël Prière et Sans-Souci.—Il se rend au Port-de Paix.—Capoix reconnait son autorité — Romain, Yayou, Daut Brave, Petit Noël Prière, Sans-Souci lui-même le reconnaissent général en chef.—Dessalines se rend aux Gonaives, — Les cultivateurs
354 HISTOIRE p’HAiTI.—(1802), du Dondon chassent Christophe de ce: bourg — Dessalines retourne dans le Nord: Son langage aux populations —[1 gaone entièrement Sans-Souci à son parti, — Capoix fait incendier les hôpitaux de la Tortue —Le général Clausel prend le Port-de-Paix sur Capoix Christophe fait assassiner Sans-Souci à Grandpré, = Le général Lacroix prend faxabon et Ouanaminthe sur les indigènes —Christos phe marche conte lui et est blessé —Pctit Noël Prière se révolte contre Chniss tophe et centre Dessalines.—Mort du général Paul Louverture = Dessalinesmars che contre Petit Noël Prière; il ahéantit sün parti. — Résultat de la chute du parti des Congos.— lour contenter les cultivateurs du Nord, Dessalines place Christophe: aux Gonaïives.— Dessalines marche contre Larose.—Il s'empare de l’Arcahaie = Larose se retire auprès de Lameur Dérance.—Le général Quentin refoulé dans: la place de Saiat-Marc— Travaux administratifs de Rochambeau.=+Arrèté dec tor Daure du 29 Frifnaire.—Indemnité accordée aux veuves des employés des l'administration militaire.—Charges des municipalités. Arrêté des, consuls. du 80 Vendémiaire an Xf.—Arrêté deefRfochambeau du 14 Nivôse an Â1—Compas gnies d'élite = Trafic d'esclaves entre St. Domingue et liîle de Cube, par ess RER de guerre français.—Ludot, grand-juge.— Visites domiciliaires pendantes à nuit. | 7 1
Pendant que Dessalines et Pétion organisaient , à la Petite-Rivière de FArtibonile, le gouvernement indigène qui avait pris la dénomis pation de gouvernement des Incas, les indépendans des cantons den Léogane et du Port-Républicain, faisaient de rapides progrès: Sans glaou, Beaustiour, Picrre-Louis et Mathicu Fourmi, les chefs des bindes de Léogane , avaient étahhi leur camp principal à Bugnot: Les montagnes de la Geupe et de Hôpital, près du Port Républicain} étaient occupées par Caradeux, Germain frère ct- Adams noirs qui faisaient tous leurs efforts pour détourner les eaux qui descendent au Port-Républicain, eu cbstruant les canaux. Adam $ em para sdesas source. Turgeot située à une demi lieue de la ville, sur une émis nence qui dotuine considérablement la place. On prétend quete indigènes en empoisonnèrent quelquefois les eaux en ÿ jetantden nombreuses branches de Mancenillier. Getle source alimente les fons taines de la ville, et arrose les campagnes du voisinage. Ea garnie son blanche et la garde netionale firent une sortie contre les imdE gènes et les chassèrent de cette position, Les français y établiren un poste considérable. Germain frère et Caradeux avaient dress un camp sur l'habitation Frère, dans la plaine du Cul-de Sac ,“au pied des mornes dela Coupe. Ils y étaient à la tète des débrisidi la 41° demi brigade coloniale. Ce camp servait d'asile à tous les | tivateurs du Gul-de-Sac qui fuyaient les rigueurs de l'administration de Rochambeau. | | RNB
Ce fut alors que Cangé, chef d'une bande de cultivateurs. mornes du Grand-Goûve, se résolut à se transporter dans la. de Léogane. C'était un homme de couleur , ancien chef de bata dans les troupes de Rigaud, pendant la guerre civile. I réun la confiance de tous les cultivateurs de ce quartier. Al états
mis à l'autorité de Lamour Dérance qui avait comme lui combattn Toussaint Louverture. 11 vint sur l'habitation Sarrebousse, à la tête d’une centaine de cultivateurs , dans la parëisse de Léogane. Par sa bravoure et ses talens militaires, il devint bientôt l'Ame de toutes les
opérations. Les indigènes n'entreprenaient rien sans le consulter.
insurgés n'avaient jamais eu l'idée de s'organiser en eorps discip!inés; le système africain de Lamour Dérance régnait parmi eux; ils
“combattaient sans ordre ; et toutes les fois qu'ils attaquaient Léogane,
ils étaient repoussés par la tactique européenne. Cangé réuait sur l'habitation Sarrebousse les chefs de bandes de la plaine, Mathieu Fourmi,
Sanglaou, Pierre Louis. Beau-Séjour qui, le premier, avait donné le signal de l'insurrection dans le quartier de Léogane, était absent,
Cangé fit dresser une tente pour les chefs, et leur servitun grand repas
“où il y avait en abondance de la viande, des vivres et du talia.
Les cultivateurs, de leur côté, étaient réunis, par groupe, sous les
“arbres, autour d'énormes quartiers de bœuf rôti, de meuton et de
porc. Ils dansaient le bamboulas , chantaient , mangeaient , buvaient
mot sénivräient. Lorsque toutes les têtes se trouvèrent exaltées par
les vapeurs du tafia, Cangé fit sonner du lambi, et réunit toutes les
ob
bandes auteur de la tente principale. I! monta sur une souche et dit à la foule : mes frères, pour faire avantageusement la guerre aux français, il
faut qu on soit discipliné, qu'on ait de la tactique, qu on se forme en de-
mi-brigades et qu’on se donne des officiers et des sous officiers. Les bandes accueillirent ses paroles par de grandes aeclamations. « Je nomme,
continua-t il, Sanglaou ét Mathieu Fourmi colonels ; ils choisiront les
capitaines de leurs demi brigades.» Gas deux nominations furent salaées par des cris d'enthousiasme. Alors il organisa deux eorps d'infan-
térie, et un corps de cavalerie de deux escadrons. Il omma les chefs de bataillon, et proclama Pierre Louis , officier d’une rare intrépidité, chef d’escadron. Les cultivateurs la plupart ivres reprirent leurs
chants et leurs danses. Cangé demeurait sans grade ; et les insurs
ul
gés qui ne l'avaient pas compris ne faisaient entendre aucun cri en sa faveur. Il fit de nouveau sonner du lambi, obtiat un peu de silence , et dit : j'ai nommé les colonels , les commandans , j'ai mis chacu à sa place; que suis-je moi-même? la multitude s éeria vive le
général Cangé! et s écoula en chantant à travers les bois. Par son
adresse , Cangé devint le chef de ees hommes alors sinples, mais héroïques, qui subirent l'influence d'un guerrier brave, audacieux et intelligent. C'était dans les premiers jours de Décembre. Lamour
… Dérance sortant des mornes de Jaemel vintà Darbonne. Il confirma
“Cangé dans son grade de géngrat quoiqu'il eût vu avec jalousie cette
nomination faite en sen absence; néanmoins Caugé ne tarda pas à devenir son favori et son conseiller. Beau Séjour mecontent de
. la conduite de Cangé qui avait pris un commandement qui lui reve-
M LC] : nn 0] e . F ? . + Gétait le seul oflicier qui eut servi dans des troupes régulières. Les
défendu par le commandant Laucoste, laissa autour de cette ville
y avait dans ce bataillon un grand nombre de soïdats de la 4 co
Le
“tait, demeura dans les mornes, s'isola et ne prit plus aucune part à la. guerre, Lamour Déranee retourna devant Jacmel qu'il assiégail, ‘aprés avoir ordonné à Cangé d'attaquer. Léogane. Celui-ci assailih vi goureusement les français , les refoula dans la place, qu'il cernaétrois tement, els étasit à Dampuce à Fentrée de la grande route äuw Ponts" Républicain. En mème temps (40 Décembre) 49 Frimaire, Lamour Déranée donnait assaut à la ville de Jacmel, secondé par les commandans Magloire Ambroise, Lacroix et Macaque. Il fallut, en pousser, le courage el là fermeté du général Pageot et du colonel Dieudonné Jambon. Ces deux officiers furent énergiquement sou. tenus par les chefs de bataillon Burres et Pascal. ‘17 Cangé, ne pouvant se rendre maître de Léogane vigoureusement
assez de troupes pour empêcher les français de se répandre dans ke ‘. plaine, et ‘partit pour le pont de Miragoäne avec: la résolution dem pénétrer dans le département du Sud où 1l devait porter la guerre Quand il traversa les mornes du Petit-Goûve, il fut attaqué parles chef de bataillon Delpèche qui commandait ce canton pour les fran çais. Ille battit et continua sa marche. Ilalla camper sur PhabEN tation Olivier près du pont de Miragoäne. Ce. pont sert de commu Là nication entre les dépirtemens du Sud et de l'Ouest séparés au Nord par un étang. Il était occupé par un détachement @e Ia 90! dé 148 “ et par un bataillon de chasseurs créoles, coinposé de noirs et dhomen mes de couleur , sous les ordres du commandant Pérou," noir."Ih
loniale, qui $'étaient trouvés à Jérémie lors de l’arrivée de lexpéditions de Leclerc , quand le colonel Dommage fut arrêté. Les chasseurs" créoles, dès qu'ils apprirent l'arrivée de Cangé, résolurent de lui livrer le poste qu'ils occupaient. L'un d'eux, jeune homme de couleur , se rendit sur l'habitation Olivier, et demanda à s'entretenir. avee lui. En ce moment Cangé était ivre et maltraitait tous ceux Le s'approchaient de lui. Dès qu'il aperçut l'uniforme des chasseurs. créoles, il s'écria: arrêtez ce français. Le jeune homme fut sabré
sous ses yeux. Ses PrOprES gens furent indigaés de eet acte de cruz auté. Dès que les chasseurs créoles apprirent l'assassinat de leur en voyé, ils marchèrent avec impétuosité contre les insurgés, les alta quérent avec fureur, les culbutèrent et les poursuivirent au loin. Canogé ne s'arrêta, dans sa fuite, que dans la plaine de Léogane. . Les indigènes du département ‘da Sud n'étaient pas plus à Va CL des persécutions que ceux des autres départemens depuis ques )« chambeau avait pris les rênes dé la colonie. Sur le simples soupod d'une conspiration qui devait éclater au Petit-Trou des Baradètés à général Laplume ordonna l'arrestation de Bardet, cet ancien che batailion de la 43° coloniale quiavait livré le fort Bizoion au : géné Boudet, à l'arrivée de l'expédition, C'était un oflicier out : dévoué à
masToite D’HAITI.—(1802) 887
Ha Trance. Il fut noyé dans la rade de l'Anseà Veau. Cette exécute lion émut profondément le département du Sud. Beaucoup d hommes de couleur arrêtés comme ses complites furent exécutés. L'un d'eux Gérin ne dut son. salut qu’à la protection d’un cflicier indigène, “nommé Segrétier, qui favorisa sa fuite. * Segrélier, jouissait jusqu'alors de toute la coufiance du gouvernement, | Les bâtimens de guerre en station dans la rade des Cayesse rem- “plissaient aussi d’indigènes destinés à être noyés. Chaque jour les flots apportaient au rivage de nombreux cadavres. Tant d'a rorttés excitérent à la révolte une cinquantaine d'indigénes qui müs par le désespoir, ne prirent aucune mesure pour la réussite de leur entreprise. Après avoir mis à leur lète un noir nommé Joseph ar magnac, ils semparérent, à dix heures de la nuit, du quartier de 1Alet à une des extrémités de la ville des Gayes, et s'y retranchéreui, Le “colonel Berger commandant de la place, réunit aussitôt la garde namtionaie et les troupes de ligne, marcha eontre eux, les cérna, les attaqua , êt les fil tous prisonniers. Le Dimanche qui sUIvVIL celte affaire, Joseph Armagnac et ses compagnons d'infortune furent les uns pendus, d'autres noyés. Cette “révolte hâta la perte de nombreux “indigènes qui encombraient les prisons. Peu de temps aprés on poya dans la rade des Cayes les nommés Moreau, Doudou, Viart, Prosper, Braguin, hommes de couleur, et une foule d'autres. Braquia était un homme véritablement instruit ; ilavait été eleve en Europe, Après la mort de Fréron, il avait été question de le nommer souspréfet du- département du Sud; mais 11 avait été écarte de cette » dignité par l'influence du parti evlouial. s PE
Le département du Sud dont toutes les villes et tous les villages étaient encore au pouvoir des français était divisé en trois arrondissemens militaires sous les ordres du général de brigade Laplume.
L'autérité du général Darbuis s'étendait de l'Anse à-Veau à Dame- Marie inclusivement , sur-les vilies de l’Anse-à Veau, du Petig@Trou, de Jérémie etdu cap Dame-Harie. 7 ;
Le chef de brigade Berger commandait depuis Tiburon jusqu'à Cavaillon ; son autorité s'étendait sur les villes de Tiburon, des Co-
feaux, de Torbeck, de Port Salut, des Cayÿes et de Cavaiilon inciusivement. | : ;
Le chef de brigade Nérette commandait depuis Cavaillon jusqu'à l'Anseà-Veau. Il avait dans l'étendue de son commandement Saint Louis , Aquin, le Fond des Négres, el tout le cordon qui sépare
le département du Sud de celui de Ouest. nr
Peu de jours après la défaile de Cangé au pont de Miragoâne, Je général Laplume oréonga à un officier de couleur, Bellegarde
1 Li
… * Gérin ne tardera pas à devenir un des héros de la guerre de l'In- » dépendanes dans le Bad, | | ;
383 IUSTOIRE D'HAITI.-— (1802)
Baudouin, qui occupait habitation Murier , dans le Sud, à atète W
des gar: des nationaux de Bellerivière ; d'aller renforcer la garbisOR
du Pont de Miragoâne que les insurgés de l'Ouest menaçaient chaque | jour de forcer. La milice de Bellerivière était composée en grande
partie d'hommes de couleur, la plupart propriétaires. Bellegarde Baudouin el ses compagnons lémoins des crimes auxquels se livraient lcs français résolurent de se soulever. Après avoir fait part de sa détermination à Giles Bembara eommandant des insurgés des mornes du Pelit-Goave, et au colonel Gilbon , ehef de ceux des mornes de Baÿnet, B'llegarde Baudouin s approcha de Miragoäne sans difliculté, fa Fa européenne de cette ville ne se doutant pas de son pro-
jet. Miragoâne était commandé par un officier noir Pierre Viailet,. ennemi cruel de ses frères. Baudouin l’enleva sans ceup-férir , sem para dune grande quantité de munitions, | abandonna ensuite , et
se retira sur l'habitation Torchon.
Le colonel Nérette, homme de couleur, qui commandait à Aquin pe les français, lui envoya secrètement des présens, dui fit de brillantes promesses, et le porta à abandonner la cause de la liberté.
Bellegarde Baudouin partit seul, pendant une nuit, de l'habitation
Torchon, et se rendit aux dise. -
Nérette , pour témoigner à Rochambeau tout son Ho à.
la métropole, persécutait horriblement ses frères. Il venait de laisser noyer dans la rade de St. Louis vingt deux anciens officiers , noirs et de couleur. Ces infortunés furent conduits à bord de la frégate la Clorinde, en station dans le port de St-Louis , et commandée par le ei: Loyen Lebozec , Officier européen. Parmi eux se trouvait ke eitoyen Moulin
qui avait commandé le bourg de St-Louis. Lebozec les accueillit avec
bumanité ; 11 prit leur sort en pitié. Peu de jours après, le co: Jouel français Berger commandant de là place des Cayes, que lon avait surnommé le loup cervier du département du Sud, à cause de sa féro@ilé, envoya, à Si-Louis, Kerpoisson lieutenant du port des Cayes, avec ordre de noyer dix neuf prisonniers qui devaient être à bord de
la Clorinde; 11 ne lui en avait pas donné les noms. Arrivé dans la rade de St. Louis, Kerpoisson demanda les dix-neuf prisonniers. J'en
al vingl deux, bai dit Le bozec; quels sont ceux que vous désirez?
Eh bien! les vingt deux , repliqua l'assässin , surtout Lefranc. Celui
Gi élait un ancien colonel, homme de couleur , qui avait aussi come
mandé à Si. Louis. Pensez-vous que je sois un bourreau, s’écria
; je ne joue pas avec la vie de mes semblables ; ; quand vous m'apporterez les noms des prisonniers que vous réclamez , Je vous … les livrerai. Kerpoisson relourna aux Cayes , et revint avec ‘les noms des vingt deux inforitunés qui lui furent livrés. Il les jeta liés les = uns aux autres dans des eanots à soupape, les dépouilla et les noÿa*
Leboz ec
Nérette à Aquin se glorifiait des lettres de félicitations quil rece*.
fait de Rochambeau, et prétendait qu'il serait un-jour présenté à à
Bonaparte. Il avait l'espoir de vivre dans l'opulence à Paris. TI ft fusiller sur la place d'Aquin un jeune homme de couleur, Hérard Charlemagne , parce que celuiei avait dit à un blanc qui le menaçait de le faire flageller que son: règne finirait bientôt.
Par la trahison de Bellegarde Baudouin, les indigènes de Bellerivière se trouvèrent momentanément sans chef. Hs mirent à leur tête un de leurs compagnons d'armes, Léveilié, officier noir. Nérettepartit d'Aquin, et vint attaquer la position qu'ils oceupaient. I! fus complètement battu. Il accusa Bellegarde Baudouin d'être d'intel: higence avec les insurgéset voulut le faire arrêter. Baudouin prit Î& fuite et vint rejoindre ses anciens. compagnons qui lui pardonnèrent sa trahison et l'adinirent encore dans leurs rangs. Eéveillé alla campee sur l'habitation Olivier ,:près du pont de Miragoâne. H fit ensuite une excursion dans les hauteurs du Rochelois, et revint à Olivier à la tète de nombreux cultivateurs qu'il avait recrutés. Il marcha contre les français et les battit sur l'habitation Ste-Croix, au Rochelois. Mais pendant qu'il retournait à son quartier général, 11 fut assailli sur Fhabitaiton Lorquette par le commmandant Ferboce, homme de eouleur, Un combat Opiniâtre s'engagea. Ferboce, vaincu , rentra à Aquin, grièvement blessé. Les français l’accusérent de les avoir trahis. I fut arraché à son lit de douleur et jeté dans les flots qui devinrent sa sépulture. Ferboce était un ancien oflicier de l'armée de Toussaint Louverture, pendant la guerre civile ; il commandait à Jérémie un bataillon de la 4.e coloniale, lors de l'arrivée de l'expédition française.
Gérin, ancien chef de bataillon dans les troupes de Rigaud,
pendant la guerre civile, qui venait d'échapper à la mort, à l'An-
se à-Veau, vint à la tête d'une troupe d’indigènes la plupart propriétaires , grossir les bandes de Léveillé. Après la chute de Rigaud,
Dessilines , admirant le courage qu'il démontrait en marchant au
supplice, l'avait sauvé du massacre.
A la même époque, le quartier du Mirebalais, au milieu de la
conflagration générale, jouissait d’une parfaite tranquiilité. Le eo-
lonel Paul Lafrance, noir, officier tout dévoué à la France, y commandait. Les habitans de eet arrondissement avaient tellement souffert, sous Toussaint Louverture, qu'ils craignaient, en se soulevant, quoique le régime français fût très cruel, de tomber sous une administration encore plus sanglante. Le Mirebalais, position fortifiée par la nature, protégeait La plaine du Culde-Sac contre les agressions des indépendans de lArtibonite, et entretenait les
communications du Port-Républicain avec l'ancienne partie espagnole. Le colonel Paul Lafrance avait sous ses ordres un bataillon de trou-
pes polonaises, la garde nationale noire et jaune du canton, ainsi que la gendarmerie que commandant k chef d’escadron David Troy,
l'officier le plus intrépide de la garnison. David Troy, était un neir, ancien
eflicier de Rigaud, ennemi acharné de Dessalines et très attaché au
parti français. Paul Lafrance faisait fréquemment des excursions dans les quartiers que possédaient les indépendans. Accompagné:! de David Troy , 4 dirigea une de ses eolonnes sur l'habitation Ballemet , pour enlever les denrées qui y étaient emmagasinées." Dessalines avait établi, dans le canton de la Petite Montagne, "un camp, sous les ordres'de Guillaume Fontaine. ‘Celui ci poussa une reconnaissanée Jusqu'à Ballemet , et se relira “après avoir fait sur les français une décharge Hénitréré de mousqueterie. Paul Lafince marcha sur la Petite Montagne, malgré les conseils de David Troy qui lexhortait à attendre l’arrivée de la cavalerie. *Iltrencons tra les indépendans au Gros Collei, les attaqua et fut complètement M beitu: I fut tué dans la déroute par un soldat nommé :Maquiacat qui lui trancha la tête. Cette tète, mise dans un sac, fut A à Dessalines qui élit à Abonné #
David Troy rentra au Mirebalais dont il prit le commandement. * :
A la même époque, pendaut que Rocharmbeau déployait tous ses : efforts pour reprendre les villes du Httoral que Lecicre avait été contraint d'abandonner, Dessalises se résolut à utiliser l'influence ” dont jouissaient dans le Sud les officiers de la 13.e, en portant guerre dans ce département: la 43e avait été formée ‘des débris des An es de Rigaud, après la guerre civile. Le général en chef fit appeler le colo: nel Geffrard, um des officiers les plus brillans dem J'ancienne armée de Rigaud, ui confia le commandement dela 13.6, et lui annonça qu'il aflail l'envoyer dans le Sud. 1H lui remit un paquet avec ordre de ne Fouvrir qu'après s'être emparé d'un des ! poris de mer du département du Sud. H lui donna pour instru tions d'employer son influence ainsi que celle des officiers. den la 13e, paricutièrement de Jean Louis François, de Moreau ou, Coco Her ne, de Papailler, de Francisque, à gagner & la à œause de l'indépendance les anciens partisans de Rigaud, qui depuis la guerre civile, avaient en horreur le nom de PDessalines" Hi ordonna à Pétion d'accompagner Geffrard aussi loin qu'il le pour=« rali, de soutever la plaine du Cul de Sac en Îa traversint, @t« d'arracher Cangé au parii de Lamour Dérance. Pétion partit de ta Paute Rivière avee une division composée d'un bataillon de la 7. €, cominandé par Marinier, de toute la 10e demi- brigade, sous les erdres de Jean Philippe Daut, et de la 13e, sous les ordres de“ Gefirard, Ces lroupes, fouruissant une force de 3,500 homme sil traversérent Plassae, Belbédé, Rodillon et la Coupe Mardi Gras, s acheminant sur le Mirebalais ou le bourg St-Louis. Elles s'arrètés reul dans la gorge de la Tumbe. Pétion, pour s'ouvrir UN Passage dans la plaine du Cul de Sac, se détermina à enlever le Mirebalaï
H fallait d’abord s'emparer des forts de la Crête et David qui Viaient ce bourg. Il divisa son armée en trois colonnes ; celle droite , composée de la 18.6, fut soniiée à Geffrard ; celle deg
che, composée de la 10.e, fut confiée- à Jean Philippe Daut, et
celle du centre , formée d’un bataillon de la 7e, demeura sous les ordres du général Pétion. Geffrard” s'empara sans coup férie du fort David, et Jn. Philippe Daut enleva le fort de la Crète, après un combat sanglant. Les troupes françaises se repliérent sur lé bourg St-Louis que le commandant David Troy se disposait à défendre jusqu'à la dernière extrémité. Pétition, maitre des points.
qui dominaient le bourg, résolut, avant de-lui donner assaut, de-
“enter la voie des négociations. Il envoya en parlementaire auprès “dé David Troy, Francisque, un des capitaines de la 43e. David Eroy réunit. les-ofliciers de la garnison , et leur fit connaître que Pétion leur proposait de se ranger sous le drapeau de l'indépendance. Dadé, homme de couleur, et Plonzac, blanc, administrateur, repoussèrent avec indignation cette’ proposition. David Troy, “de son côté, déclara qu'il ne se soumettrait jamais à Dessalines qui, pengant la guerre du Sud, avait été l’exécuteur des ordres scélérats. de Toussaint. Cependant Dessalines, éludant sans cesse Îles ordres de Toussaint, avail sauvé, autant qu'il avait élé en son pouvoir, un grand nombre de noirs et d'hommes de couleur rigaudins. Le
capitaine Francisque sortit du -Mirebalais, retourna au camp des
indépendans, et apporta à Pétion la réponse de David Troy. Ce- Jui ei vint s'établir au morne Conil près du fort David. HE divisa ses troupes on trois colonnes; il confia celle de droite au capitaine Bourré , celle de gauche au capitaine Dadé, et prit lui même le commandement de la troisième. Il marcha audacieusement eontre Pétion à huit heures du matin. Le capitaine Bouré assaillit le fort David, et fut repoussé avec pertes ses soldats Femportérent grièvement blessé; il avait perdu. un officier distingué, Déôsermine, homme de couleur. Dadé, qui avait atiaqué le fort de la Crête, “se retira atteint d’une balle. David Troy fut centraint de batire
en retraite ef de rentrer au bourg St-Louis. Mais exeité par un homme.de couleur, Belair Lamarre qui venait de perdre son frère
Désermine, il se résolut à attaquer de nouveau le général Pétion,-
- H envoya demander des renforts à l’adjudant commandant Euthier, officier européen, qui s'était rendu de Banica à Lescahobes. Luthier s’avança au secours du Mirebalais jusqu’à la rivière le Fer à- “cheval. Pendant que Pétion envoyait 399-hommes au devant de Luthier, David roy sortitde St Louis , et attaqua Îles indépendans. H fut en: core complètement battu, et vit tomber à ses côtés Bélair Lamarre. L'adjudant commandant Luthier, &e son côté, vigoureusement altaqué par les indigènes fut culbuié et mis en pleine déroute, El traversa les mornes du. Tonnère, ceux de Leseahobes. et ne s'arrêta qu'à Hinche. Pétion demeura maître du champ de bataille ; l'ennemi “avait compté plus. de cent. hommes tués. De nombreux paquels de cartouches tombèrent au pouvoir des. indépendans, Les indigènes
le plus souvent privés de munitions ne s’en procuraient que lorsqu'ils en prenaient sur l'ennemi. C'était beaucoup quand un de nos soldats avait dans sa giberne ou sa besace trois cartouches. Pétion, quoique vainqueur, avait été frappé de la résistance opiniâtre de David Troy. Pensant quil ne pourrait pas forcer le passage, il ordonna la contres marche, et reprit le chemin de la Petite-Rivière de l’Artibonite: A avait déjà traversé l'habitation Despinville , quand il aperçeut un! nommé Costille qui s'avançait vers lai, portant un drapeau blanc au bout d’une pes et à la tête d’un détachement de noirs et d'hom: mes de eouleur du Mirebalais. Costille qui venait d'abandonner les français lui apprit que David Troy avait évacué le Mirebalais sur Lescahobes dans la partie de l'Est. Les indigènes revinrent sur leurs pas, el entrèrent sans coup-férir à St Louis. L'église du bourg était rempli de malades et de blessés qui furent dépouillés. Pétion bisouaqua dans la savane La Roue.
Dans les premiers jours de décembre, il s'achemina vers la plaine du Cul de-Ssc, en passant par le ‘quartier des Grands-Bois” Jean Philippe Daut était à l'avant garda avec la 10.e, Geïfrard au centre avec la 13.e, et Marinier à larrière-garde avec la 7.e. Les indigènes bivaquèrent au Trou d'Eau sur l'habitation Golineau. Pétionattéi-n gnit ensuite Thaumazeau, habitation de la haute plaine du Cul-de= Sac. I y avait un poste français que le capitaine Benjamin Noël, noir, de la 40.e, enleva. Les indigènes continuant leur marche à travers la plaine, couverte de blockaus ennemis, parvinrent à Lamardelle où 1ls firent halte, exerçant la plus grande vigilance, se voyant entourés de forces imposantes. Un détachement français, sorti de la Croix-des-Bouquats, vint faire une reconnaissance jusqu à Ja barrière de l'habitation. Pétion se retira à Jone d’eù il envoya le capitaine Benjamin Noël en reconnaissance jusqu à Duval. Benjamin assaillt par Îa cavalerie de la Croix des Bouquets, commandée par St. James, revint à Jonc dans le plus grand désordre. Een général Pélion se délermina néanmoins à enlever la Croix-des Bou quets, voyant les eultivateurs du Cul de Sac ne pas s'armer pour los français, et se livrer à leurs travaux ordinaires, malgré le tocsin que faisaient sonner les blancs sur toutes les habitations. I vint s'établir a Pierroux. vf
La ville da Port-Républieain qui n'est éloignée de la Croix-des-” Bouquets a ue de trois lieues, avait appris la présenoe des indépen=« dans dans la plaine. Le Cul ‘de-Sac était encore presque en entier sous la domination française. Lamour Dérance n'y avait qu’un seul
camp sur l'habitation Frère. Pour n'être pas inquiété par les indi gènes de ee camp en lesquels il n'avait nulle confiance, Pétion en voya auprés d'eux Jean Philippe Daut, à la tête d'un faible détas chement de la 40.e, avec mission de leur annoncer qu'il’se disposait à reconnaitre l'autorité de Lamour Dérance: il ne faisait eette dé
era t iintiisiiiiii ess