‹ Histoire d'Haiti (volume 2)Chapitre 40 sur 47 · PS · texte numérisé non relu

PS

402 | HISTOIRE D’HAITI.— (1803) “ chappèrent à Ja mort qu'en se cachant dans les ravins, au fond des | bois. A Ja pointe du jour, ladjudant général Boscus qui com mandait la garnison parvint à rallier les débris des troupes françaises sur l'habitation Boubaire. Il arrêta les progrès des insurgés. Vincent Louis alla se retrancher dans l'intérieur de l’île, s'efforçant d'orga niser l'insurrection, et attendant Île retour des radeaux pour enyoyeP« à Capoix un riche bulin. ‘Mais dès qu'on apprendra au Cap l'incen-" die des établissements de la Tortue, des forces supérieures seront dirigées contre lui. El sera.chassé de la petite île, et il FAUÇENSS la grande terre qu'au travers des plus grands dangers. Presque en inême temps , Rochambeau faisait enlever le Port-de-" Paix sur Capoix. Le 18 Nivôse an 11, (8 Janvier) le vaisseau Len Duquesne, commandé par Quérangal, F frégate la Sybille, CO AS «lée par Magendie, la corvette le Sandhoich , le brick lAiguille, la goêtette la Sophie, se présentérent devant le Port-de Paix. L escas dre que Quérangal commandait en chef était chargée de la 31° demi brigade, d'un bataillon franc de l'Ouest et de trois compagnies d' artillerie, sous les ordres du général Clausel. Les troupes, pro tégées par le feu des bâtimens, débarquèrent à l'Est du Petit Forts au milieu des balles que les indigènes faisaient pleuvoir sur les cha loupes qui abordaient le rivage. Les grenadiers de la 31° et du bataile lon franc donnèrent assaut au Petit Fort qu'oceupait Gapoix en pers sonne ; ils furent repoussés. alliés par l'adjadant général Ramel} ils marchèrent sous le feu de l'ennemi contre le fort Laveaux , quls" enlevérent à la baïonnette. En même temns les marins de la flotte“ qui avaient été organisés on bataillons s'emparaient du Grand Forts Le fort Pageot et le Petit Fort étaient encore au pouvoir des indie gènes. L'adjudant-général Ramel s’élança de Laveaux contre Pageotn sous le feu le plus vif du Petit Fort. 11 cut un bras fracassé d'une balle et fut PE poNEÉe Clausel ramena la 31° à l'assaut ; il entra sans coup férir daus la fortification que les indigènes avaient abandonnée pendant qu'il ralliait les fuyards. Alors la division navale dirigea Lot s ses coups contre le Petit Fort que les indépendants occupaientencores Capoix paraissait devoir &tre anéanti sous les boulets et A AT ses canons étalent démontés, et le fort ne ripostait plus. Le chef de bataillon Aubry commandant de l'artillerie avait, de son côté, dressé, au eentre de la ville, une batterie qui foudroyait les indi: gènes. Le chef de bataillon Daulion crut pouvoir enlever d' assaut a fortification ; il marcha contre elle; mais ses grenadiers furent éera® sés au pied ‘des remparts. La nuit vint à se faire, et le feu cesse Alors Éapoix sortit du Petit Fort sans tirer un seul coup de fusil perça , à la baïonnette , la ligne ennemie , et atteignit la campagne, sans être inquiété. Les français demeurés maitres de la ville, embat quêrent aussitôt pour la Tortue leurs blessés, parmi lesquels il 3 bi avait deux officiers supérieurs Ramel et Dalivart. Clausel avait ép6il

| n'ÉÉ | Me,

vé des pertes eonsidérables; la plupart des soldats d'élite de la 34%

avaient succombé. Il nomma celonel , le chef d'escadron Aubry, et

décerna des fusils d'honneur à plusieurs sous-officiers de la 34°. Le capitaine de vaisseau Quérangal reçut des félicitations de Rochambeau. Clausel retourna au Cap, après avoir laissé le commandement du Port-de:Paix au chef d’escadron Daulion.

Capoix s'était retiré sur l'habitation Lavaux Lapointe, située sur le rivage de la mer, à deux lieues du Port-de-Paix. IL y établit son quartier général. Le lendemain*19 Nivôse (9 Janvier ) plusieurs bâtimens vinrent le canonner. Il fit dresser une batterie sur le rivage et répondit au feu de l'ennemi par des boulets rouges. Les bâtimens se retirèrent en gagnant le eanal de la Tortue.

Pendant que Dessalines retousnait à la Petite Rivière de l’Artibonite , après sa tournée dans le Nord , Christophe proposa à Sans-Souci une entrevue sur l'habitation Grandpré, peur s aider de ses lumières,

prétextait-1l , relativement à une organisation militaire des bandes

du Nord. Sans Souci, sans défianee, se rendit à Grandpré, suivi

- seulement de ses prineipaux lieutenans. Après qu'il eut pénétré, avec les

siens , dans la maisôn principale de l'habitation, il fat cerné par les sol-

dats de Christophe quil'arrétèrent et le tuèrentà coups de baïonnette. Le colonel Jasmin et les autres officiers qui accompagnaient Sans- Souei furent aussi éxécutés.. Le eommandant Charles Pierre seul treuva grâce devant Christophe qui l'envoya , sous les ordres dé Toussaint Brave, dans les camps indigènes près du Fort-Liberté. Pendant cet intervalle, les français obtenaient des succès à Laxavon, à Ouanaminthe, et refoulaient les indépendans au loin dans l'intémeur. Dans la nuit du 14 aù 45 Janvier, le général de brigade Lacroix, à la tête d'un bataillon de la 77°, commandé par Froment, de 400 hommes d'infaaterie indigène-espagnole, commandés par Tabarrès, d'un escadron , sous les erdres de Polanca, attaqua Laxavon qu'occupait Toussaint Brave avec 159 hommes. Les indigènes ne purent résister à de telles forces ; Laxavon fut enlevé à la baionnette, et Toussaint Brave perdit 40 hommes tués. Le lendemain

16 Janvier, le général Lacroix escalada le fort de Ouanaminthe

après avoir culbuté et dispersé les isdépendans. Il rentra au Fort Liberté laissant le bataillon dela 77° à Laxavon, et le commandant Vaussier à Ouanaminthe.—Le général Christophe apprenant que ces deux bourgs étaient au pouvoir des français, marcha contre eux à la tête de 2000 hommes, et s’avança jusque sous les remparts de Laxaven. Le chef de bataillon Froment, à la tête de 600 hommes de la 77° et d'une nombreuse cavalerie, fit eontre lui une vigoureuse

sortie et le mit en pleine déroute. Christophe ‘qui avait été blessé

à latête, pendant le combat , laissa trois cents hommes sur le champ

» de bataille dont dix officiers, entre autres un colonel nommé Lafleur,

….Le 3° bataillon de la 5° indigène perdit son drapeau, Gent-cinquante

Le À

fusils ef une canne de tambour maio® (té ol au pouvoir destin! çais. Christophe se retira à Grandpré, harcelé par quelques culti= valeurs aaciens partisans de Sans-Souci. {Il ne pouvait se faire obéir des habitans de Dondon et de Vallière depuis l'assassinat de ce dernier:

En même temps Petit Noël Prière, voulant venger Sans-Souciy, se révolta au Dondon et contre Christophe et contre Dessalines.

Tous les cultivateurs de Vallière et de Plaisance suivirent son exemple. Christophe voulut faire tête à l'orage; mais les troupes régulières qu'il avait sous $es ordres furent dispersées. Ti se 4 replia de nouveau sur la Marmelade qu'occupait Clervaux. Mais” asssaiili par Petit Noël, en personne, il fut contraint de battre en retraile avec Clervaux jusqu'aux Genaiyes. Le général Paul Louverture , demeuré au Dontlon , avait l'eepoir de ramener Peut Noël dans lo devoir. Mais coluicei lui déclara qu'il ne se soumettrait jamans à l'autorité de Dessaliaes qu’il appelait le général en ehef des habitanse

de l’Artbonite. Paul Louverture, voyant que ses jours éluent mes M nacés, prit la fuite, s’etforçant d'atteindre les’ Gonaives Mais des

assassins lancés à sa poursuite, l'atteisnirent noa loin du Dondon,« et lui traachèrent la tête. Petit Noël fit fortifier "la position quil oc:m

cupait et se disposa à résister au général en chef. |

Dès que Dessalines apprit cette nouvelle révoite, il partit de Jam Petite Rivière pour le Nord, résolu à déployer des forces considérasm bles contre Petit Noël Prière, pour l'éeraser d'un seul eoup"IM marcha sur le Dondon en trois colonnes. La colonne de gauche passa M par le Grand Boucan, derrière le Bonnet à VE ivèque, eelle de droite 4 passa par Milot, le carrefour Ménard, et celle du centre commandée“ par Clervaux ee la grânde route. Quand eiles furent parvenuese aux portes du Dondon, elles attaquèrent la place simultanément Petit Noël Prière, resserré de toutes paris, ne put résister au choc impétueux de Dessalines. Il prit la fuite et se retira au sommet des plus hautes moniagnes. : I n'en $ertira qu'à l'évacuation du Cap” par les français. Alors Dessalines le fera arrèler et exéeuter. 2

Cette victoire, en anéantissant totalement cette faction désorganisa- 1 trice connue sous la dénomination de Congos , amena la soumission définitive de tous les indépendaus du Nord à l'autorité de Dessalines. M Elle favorisa considérablement le succès des armes indigènes en don nant plus d'unité à nos opérations. Cependant Dessalines reconnais sant combien les cultivateurs da Nord, étaient én général, hostiles” à Chrisiophe, l'envoya auprès du général Vernet aux Gonaïves où ile

demeurera pendant presque toute la guerre de l'indépendance, Le“

général Clervaux reçut l'ordre de se tenir à la Pelite. Rivière de l'ArM tibonite. + | 4

Le général en ehef tourna alors ses regards vers l’Arcahaie Où Larose méconnaissait Son autorité, et se montrait résolu à le come battre, 1 partit de l'Artibonite suivi de tous les gens de lAr-

“mistorre D’Hairr. (1803) | | 405:

eahaie- qui avaient déjà abandonné Larose, et vint s'établir à la Digue. des Matheux. Il était avec Pétion à la tête d’une force imposante : le général Gabart commandait en personne la 4, Cottereau la 8°, Montauban la 7°, Joseph Jérôme le bataillon noir dit Polonais Jean Philippe Daut la 16°. La cavalerie composée d'un escadron de dragons et d'un escadron de guides était sous les ordres de Jean

Philippe Mataranc et de Descolière. Larose se vit menacé de la colère

8009. hommes. Il sortit du bourg accompagné du chef d'escadron Bastien, à la tête de soixante dragons, et se rendit aux Vases où ik

incendia , dans sa fureur, toutes Les plantations de cannes , les mou-

Has, les ouildives. Il envoya à ses troupes l'ordre de marcher contre Dessalines: mais ses soldats qui avaient été gagnés par les émissaires de Pétion ne s'ébranlèrent pas. Hs” envoyérent au RENE

auprés de Dessalines, des députés. qui l'exhorièrent à venir tout : de’

suite prendre possession du bourg, avant le retour de Larose. Dès que celuis@i apprit cette démarche des gens de l'Arc: "hate , il s'embai Pa dans un canoi avec sa famille, au commencement de la nuit, h ra versale polfe du Port Républicain, débarqua à Mariani, et se refugia à Darbonne, auprès de Lamour Dérance qui l'accueillit trés-favor rablement.

Le lendemain Dessalines entra. dans le bourg, à la tête de ses trou-

Brpes:s Le commandant Pouillac, partisan prenoncé de Larose, qui

voulait qu'on résistât au général en chef, se réfugia au Boucassin suivi de Guinbart Déhaie commandant de la place. Jean Charles Courjot

sélança à leur poursuite , atteignit Guinbart Déhaie sur RAD lation, Conrjol et le. blessa gri évement. Quant à Pouillae, il fe ris sur Fbabitation 4 , à trois lieues du bourg, dans | le chemin da Ports

Répablicain. H fus fusillé sur l'habitation Guiton , sans les ordres de

Dessalines. de déplore le sort de ces infortunés “qui avalent fait des efforts si hérsïques en us pour la libertés mais is retardaient le triomphe de liudépendance en sisolant du-sÿstême de Punité nationale, Il fallait alors-un dictateur habile et énergique, donnant, partout, une direction à. nos opérations contre les français.

Dessalines réorganisa le quartier de FArcahate.

Il: nomma Giles Pierre colonel de la 3°, et confia un des ba-

” taillons de ce corps à Destrade celui qui avait commencé l'insurrec-

tion de FArcahaie contre les français. Il conserva les bataillons de: Robert. Guiton, de Michel Clémenti, de Jean Dugotier.* Celut de Lerchours demeura campé à la Source Puante. Jean. Charles Courjol, Noël Buquet, Autrou Archia furent nommés 1 DGAEUTS de eulture. Il maintint le système administratif qu'avait établi Larosé.

I nomma Pétion général de division, et lui contia le commandement

du département de Ouest. Pétion établit son quariier général à FAr-

cahaie, et poussa ses avant-postes jusqu’au pont de Sibert , à quaire lieues du Port-Républicain.

Dessalines apprit, pendant qu'il était à l'Arcahaie, que le générak

versé l’Artibonite, avait surpris, au Carrefour Paye , un létachement de la 7.e et l'avait dispersé. I ordonna à Gabart de se rendre à la | Petite-Rivière de l'Artibonite par la grande route de St Mare, à Co: tereau, par les Verrettes. Lui-même, à la tête de deux‘bataiilons de la 7.e et d’un escadron commandé par Bastien prit la route des

| Quentin, profitant de son absence, était sorti de St-Marc, avait tra- i

Matheux ; l'une des trois colonnes devait rencontrer les français. Bastien les joignit non loin de St. Mare. I les chargea, les culbuta, £ et les poursuivit jusqu'aux portes de celte ville. à

Pendant cet intervalle le capitaine général Rochambeau donnait ses M principaux soins à l'administration, et s’elforçait de faire refleurnir l'agriculture dans les quartiers encore soumis. Il rappela beaucoup de colons qui s'étaient réfugiés aux Etats Unis, et les mit en posses- ; ‘sion de leurs biens qui avaient été séquestrés lors de leur émigration. Les ressources de la colonie étaient épuisées ; l'insurrection avait tout détruit, el les caisses du gouvernement était presque 4 vides. Cependant Rochambeau faisait des emprunts äu commerce qui ï effrayé de ses baïonneites n’osait rien -lui refuser. En employant des” Î moyens comminatoires, il put trouver assez d'argent pour solder Par: mée et les officiers d'administration. augmenta même, au milieu M

de ce désordre financier, les émolumens des employés de douanes. Il pensa avec raison que c'était le plus sûr moyen de mettre fin à : Ja contrebande qui se faisait d’une manière scandaleuse. Un directeur de douane eut pour traitement annuel 9009 fr.; un ontrôleur 6,200; un employé 3600, un visiteur 3600. Il ouvrit au commerce. na tional et étranger les ports du Cap, du Port-Républicain, et de Sto: Domingo; ceux des Cayes, de Jérémie et de Jacmel ne furent ou” verts qu'au commerce national. Par un arrêté du préfet colonial, Hector Daure, en date du 20 Décembre, (29 Frimaire) les bâtimens de 200 tonneaux et au-dessous payèrent pour droit d'expédition une portugaise ou 44 frs.; ceux qui jaugeaient plus de 200 tonneaux; payaient un droit double. Le droit de pesage fut perçu, sur les” denrées exportées par le commerce français, à raison d'un gourdin ou 4 franc 30 centimes et demi, par millier, sur les denrées ex portées par le commerce étranger, à raison de deux gourdins ou 2" 1 frans 75 centimes par millier. | Un demi gourdin ou 65 centimes 3j4 fut pereu, par boucaud, pour. le droit de jaugeage, sur les liquides exportés par le commerces français ; et 4 franc 37 cgntimes et demi ou un gourdin, par bou- M caud , sur les liquides exportés par le commerce étranger. Pour le droit de cubage sur les bois exportés par le commerce fran çais, il était perçu 5 centimes par pied cube, et 10 centimes par pied cube sur les bois exportés par le commerce étranger. à Tin portation, le commerce français ne paya aucun droit de pesage x de jaugeage et de cubage. Les droits d'exportation, pesage, cup

el jaugenge furent affectés au traitement des employés de douanes, Par un arrêté du 22 Frimaire an 41, (13 Décembre 1802) Rochambeau avait ranimé le zèle des employés militaires qui jusqu alors. étaient demeurés à leurs postes et supportaient avec résignation les fatigues de la guerre. Il avait déclaré, attendu que la plupart des émployés de l'administration militaire qui avaient été enlevés par la peste, avaient péri victimes de leur activité, de leur dévouement, et même de leur mépris de la mort pendant les combats, que les veuves, de ces employés jouiraient de l'indemnité accordée aux veuves des militaires enlevés par la maladie, par l’ordre de l'armée du 16 Prairial an 10: les veuves des employés militaires qui viendraient à succomber devaient avoir droit à la même indemnité. L'ordonnateur en: chef fut autorisé à leur faire payer trois mois du traitement de leurs maris, à titre de gratification, ou à leur assurer leur retour en- France sur des bâtimens de l'Etat.

. Quoique la eolonie fût de teutes parts ravagée, les munieipalités ne négligeaient pas l'exercice de leurs attributions. Les fontaines, “les rues, Les promenades publiques étaient parfaitement entrelenues ;: le soir, des reverbères donnaient aux habitants une lumière éclatante. Les municipalités avaient à leur charge les frais de bureau du commandant de place, le traitement des chefs de la garde natio- -nale et les dépenses y relatives, d’après l’ordre du capitaine-général; les frais de police , le salaire des agens de la police; les frais pour l'entretien de la commune sous les rapports de la propreté et. “de [à salubrité, de la conduite des eaux, de la restauration des fonläinés, quais, cales, promenades publiques, et les appointemens du Noyer; le loyer de la maison commune, les dépenses du culte, le traitement et le logement de ses miaistres; les hôpitaux civils ; les fais de bureau du conseil des notables, le traitement du trésorier de la commune. Pour avquitter ces dépenses, des contributions communales furent établies, sur les loyers de maison, les denrées produites dans l'arrondissement à leur sortie, sur celles qui yétaient » consommées , à leur entrée; sur les divers genres d'industrie et de commerce, par l'établissement des patentes, sur les places et barra ques des marchés , "Sur les voitures et chevaux de luxe.

Le capitaine-général fit publier dans loute ia eolonie. un Aïèté des consuls de la République, en date du 30 Vendémiaire an 11. Cet Arrêté ébranla la jlidélité des indigénes encore attachés à Îa France. Il leur fut démontré qu’on ne se servait d'eux que parce. qu'on avait encore besoin de leur courage pour combattre les indépendans, mais qu'aussitôt qu'on pourrail se passer de leurs. services ,ils n'en seraient pas moius considérés comme rebelles, L'Arrêté, qui avait un ‘effet rétroacuf , était ainsi eonçu :

Art. Aer. Tout grade, titre, appointement qui n’a pas été don-

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né ou reconnu par le gouvernement est nul, et ne peut motiver“ aucun règlement de compte. RE

Art. 2 La colonie de S.t-Domingue s'étant mise en rebellion contre la Métropole, depuis le 39 Brumaire an 7, * lors de la re traite foicée du général Hédouville de cette colonie, aucun indivi du « qui y à été employé, ne peut, depuis cette époque jusquaus jour où il a été rétabli dans ses fonctions par le général Leciere, , compier ses grades, emplois ou services dans la colonie, soit pour traitement d'activité, soit pour retraite ou pension de retraite. à

Art. 3. Cet article concernait la Guadeloupe , qui fut aussi con-« sidérée comme s'étant mise en rebellion sontre la Métronole | par M le renvoi du capitaine général Lacrosse, Île 29 Vendémiaire an 40.

Art. 4. AU individu breveté par le souvernement , étant res-" té soil à St Domingue, soit à la Guadeloupe, pendant les deux. époques indiquées aux “articles 2 et 3, ne peut prétendre à des” décomptes pour services antérieurs aux époques fixées aux articles précédens, s'il n’est muni d'un certificat des généraux en chef qui atteste sa fidélité à la Métropole, lors du débarquement de l'armée dans les deux colonies respecurves,

Par Flexécution d'un Arrêté de Éd, du 14 Nivôse, Îles” prisons fürent remplies de femmes indigènes qui n'élaient ni ma-*

riées ni domestiques. Celles qui évitérent la réclusion ne durent « cette faveur qu'à la protection de blancs influens dans l'adminis tration générale d2 la colonie. Les prisons ne furent pas assez vastes pour les contenir, on les conduisait à bord des vaisseaux où elles étaient maltraitées et violées 1

Le sysième était devenu plus horri ible que celui de l’ancien régie me. Four être progureur ou économe d'üne habitation, il. fallait être européen ; ceux des noirs et des hommes de couleur qui avaient été ose: avant la révolution, rentraient. sous l'autorité « de leurs maitres qui les louaient ou les venaient publiquement comme autrefois. Cependant beaucoup d'officiers indigènes quim avaient servi sous Toussaint et sous Rigaud, couverts de blessures reçues dans Îes eombats eontre les Anglais , Mélaient encore en . activité, décorés de leurs insignes mililaires.: Le gouvernements n'osant encore les frapper, les humilia. Il leur fut erdonné de sem réunir dans les ‘chefs-lieux de départemens. Ils furent organisés en compagnies délite, et placés sous les ordres des ‘généraux ere dont ils deviurent les gardes. L'on vit des colonels et des chefs

* Cependant, pendant la guerre civile , après fe départ d'Hédouville," Bônaparte avait approuvé la conduite de "Toussaint; mais alors il attisait, le feu de la guerre entre Rigaud et Toussaint Louvertnre pour prépares les voiles à l'armée expéditionnaire qui anuiva en 1802,

LS IISTOIRE D'HAITI= (803), ù 409 de bataillon, noirs ou de couleur, faire la faction, avec leurs épauletles, à la porte des divisionnares européens. Ces vétérans ne supportérént que quelques jours ces humiliations: les uns se jetérent dans l'insurrection, d’autres se retirérent en pays étrangers ou se donnèrent la mort. Des femmes nées dans la servitude, mais affranchies par a révolution , lorsqu'elles étaient encore adolescentes, offrirent souvent en vain, à leurs ci-devant maitres, jusqn à 24,000 francs, chacune, pour ne pas redevenir les servantes des blanches créoles, beaucoup plus impitoyables que les blancs. L'on vit aux Cayes Didier le colon remettre dans l'esclavage le jeune Hilaire Marmande qui avait été soldat dans un des régimens du Sud La presqu'ile du Sud faisait avee Cube un trafic trés actif desclaves. Ls bâtiment de VlEtat lIntrépide, eommandé par le capitaine Willaumez , officier, du veste, d’un grand courage, * transportait à St Yague ces infortunés qui étaient vendus à l’ençan. Le citoyen Ludot, membre du tribunat, était devenu grand-juge à St Domingue. line fut jamais juste ni équitable envers les inérgènes. Les créanciers noirs et de eouleur n osealent réclamer des blancs {ce qui leur était dû, dans a. cfainte d'être arrêtés et pendus. Lon fusait de nuit des visies domiciliatres et des arresmations , et les agens de la police ne manquaient jamais de piller les maisons des infortunés qu'on envoyait dans les eachots. Pour désigner les divers genres de supplice auxquels ‘on livrait les hommes de couleur et les noirs, les colons avaient créé un nouveau langage : un coup de filet nationul, e était noyer 200 indi- “vidus; monter en grade ou manger une salade de chanvre, c était être pendu; laver la figure avec du plomb, c etait fusiiler ; opérer chaudement, e’était brûler vif. — Il ne restait plus que de faire dévorer les indigènes par des chiens: Fimagination ardente et féroce de Rochambeau ne rectwlera pas devant ce dernier crime.

* Vers le milien de 1803, la frégate de la République la Powrsuivante, de 40 canons, commandée par Willaumez, soutiat près du Môle, “alors qu'elle revenait de St-Yague, un combat très-vif contre le vaisseau anglais l'Hercule de 74 cations. Le navire de S. M. B., après avoir pergu son capitaine , fut contraint d'abandonner la frégate française.

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Sommaire. Rochambean fait dévorer les indigènes par des chiens. Cirque d&æ Cap.—Fêtes — Noyades —Les prisonniers indisènes brûlés vifs—Loi des Suspects.— Beau trait de Ménard, officier de marine.— Trafic d'esclaves avec Por: to-Rico et Cuba— Noble conduite du gouverneur de Porto-Rico. — Affaire de, Labatut.—Spoliations de Rochambeau— Règlement du 18 Nivôse— Marine indigène de POuest —D;renoncourt, bargiste intrépide.— Commerce. — Cinq divis” sions militaires —Organisation de l'artillerie=Capoix a son quartier-général & Laveaux-Lapointe, — Combat de Desroulins.— Capoix enlève toutes les poudres du Petit-Fort da Port-de-Paix.— Geflrard pénètre dans le Sud. Il prend Miragoâne et l’Anse à Veau—Darbois le bat à Laval, et reprend l'Anseà-. Veau et Miragoäne— Vaste conspiration dans le Sud#@ntre les français — Goman, Giles Bénech et Niolas Régaier prennent Tiburon. — Lafredinière et Laflur soulèvent les cultivateurs du Camp-Perrin.—Berger va occuper le Camp « Perrin—£Leos gens du Port-Salut se soulèvent —Férou se déclare ouvertement contre les français —Sa conduite envers ses prisonniers—Elie Bourry embrasse la cause des ind‘pendans,— Berger abandonne le Camp-Perrin et rentre aux Cayes —Vancol va occuper le Camp Perrin. —Bazile et Armand Bérault soulèvent la plaine des Cayes—Berger sort des Cayes et bat Férou au carrefour Bérault. —Laplume prend le. Camp-Perrin.—Les français sont battus à Maraw… d'huc et au Morne Fendu—Ils rentrent aux Cayss—Elie Bourry est noyé pars les” français. — Comment se nourrissait l’armée indigène.—Darbois reprend Tibu-

ron. — Bargistes du Sud, Bégen et Aoua. — Attaque de Lamour Dé rance contre Jacmel — Origine du drapeau haïtien , bicolore — Ro

main attaque le Cap et est repoussé. — Combat de Vaudreuil, — Expédition de Ramol contre les insurgés de la T'ortue.—Romain attaque de nouv:au le Cap. —ÏIl est repoussé par Rochambeau.—Exécution de Médard.— L'arrêté du ler Consul par lequel Rochambeau est confiriné dans sa dignité de capitaine-général ,arrive au Cap, le 24 Février 1803.--Rochambeau se détermine à trans: porter son quartier-général au Port-Républicain, | 4

Du GS EE De SE ES ds

PSE VERT:

Le général Rochambeau continuait à se baigner dans le sang des noirs et des hommes de couleur. ‘Compulsant le martyrologe des premiers chrétiens et celui des aborigènes du nouveau monde, ïl conçut une idée digne des époques de la plus affreuse barbarie. Il se résolut à livrer à la voracité des chiens les indigènes ses prisonmers: supplice horrible que Fhistoire nous met sous les yeux, dans Pantiquité, sous les empereurs romains, et dans les temps modernes, à l'époque des eonquérans castillans des indes occidentales, alors que les Ovando, les Bobadilla exterminaient les populations haïtiennes. Le général Noaillss, d’une des familles les plus illustres de France, partit du Môle St. Nicolas, se rendit à Cuba où 1! acheta plusieurs centaines de dogues espagnols. Il les débarqua au Cap, avec solennité. Ces animaux, qui, par leur taille et leur grosseur, ressemblaient à des loups, étaient couverts de bandelettes de soie; fils avaient la tête chargée de plumes aux couleurs les plus éclatan- CS. ©” | Les bourreaux, pour terrifier les iadigènes, les promenaient à travers la ville, sur les places publiques, au milieu des acclamations des colons et des courtisanes de Rochambeau. Le général de brigade Pierre Boyer, que les /soldats français avaient surnommé Île cruel , et l'adjudant commandant Maillard , * laissaient éclater la joie la plus vive. Rochambeau fit dresser un cirque à l'entrée de Flaucien palais du gouvernement. Un poteau fut élevé au centre de l'arène. Là devait être attaché le patient. , À un jour fixé, une foule de dames, de colons, et de nombreux officiers de Vétat-major du capitaine-général vinrent, au milieu des accens d'une musique guerrière, occuper les gradins de l’amphithéâtre. Dans les rangs des spectateurs, l’on ne décoüvrait pas Îles généraux Clausel, Claparède et Thouvenot. Ces hommes dont le cœur était demeuré pur au milieu de cette atmosphère chargée de sang et de corruption, avaient vu débarquer ees dogues avec un frémissement d'horreur. Ils étaient consternés de la joie des colons, el se tenaient renfermés chez eux. Un jeune noir du Cap était lié au po teau. C'était un domestique de Boyer, serviteur lidèle et irréprohable , que ce général livrait à cet affreux supplice pour éprouver \la voracité des dogues, qui, avec dessein, étaient affamés depuis plusieurs jours. Les bourreaux lancent Îles chiens dans Île cirque, aux applaudissemens des spectateurs. Ces animaux flairent l'infortuné ; mais ils reeulent; les bourreaux les excitent en vain. Alors le général Boyer, qui était assis près de Rochambeau , se précipite dans l'arène, et perce d’un coup de sabre le ventre de linfortuné. A la vue du sang qui jaillit, il est saisi d’un délire de férocité,

* On disait alers au Cap que ce Maillard , qui était parisien , avait été ün, des septembriseurs de 1792,

4% IISTOIRE D'HAITI.— (1803) | /

et traine Iuismême un des dogues contre la victime. Aussifôttous les chiens s’élancent sur’ le patient dont les! cris déchirants redou blent les applaudissemens ; ils dévorent ses entrailles, et. n abandon nent js proie qu'après s'être assouvis de chair palpitante. Il ne. resta plus contre le peteau que des ossemens ensanglantés.. Quoïll que Rochambeau et ses satellites fussent joyeux de ce spectacles la foule s’écoula dans la consternation. * Chaque jour, dans l'aprèsmidi, de nombreux prisonniers étaient jetés à ces bêtes féroces ;"etn leurs cris chassaient, pendant ces affreux momens , du quartier ‘dus gouvernement, la plupart des blancs européens , les noirs et les“ hommes de couleur qui lhabitaient. Beaucoup de ciloyens changèrent de demeures pour ne plus entendre ces accens ‘de la morte Plusieurs des bourreaux devinrent célèbres par leur férocité , et l'in digène prononça pendant loag temps, avec effroi, le nom de Tom-" barei. Une vingtaine de ces "dc agues furent transportés à la Tortue.s Le commandant de cette île fit demander à Rochambeau s'il less nourrirait de viande ou de pain. «Donnez-leur ; répondit le capitai-\ ne général, de la chair de nègre et de mulâtre:; n'en existe t-il. pass à la Tortue? Prenez Îles Ponte venus; vous ne risquez pas de: vous tromper. » Ceux des colons qui eurent assez de discernement. | ponr prévoir les résultats de tant de crimes, allérent s'établir dans” les Îlés voisines, à Cuba , à hi) . D’autres appréhendant J'évacuation prochaine des français, ransportérent ceux des esclaves qui ieur restaient dans les villes, dans les îles prés de la grande. 4 terre, à la Tortue, à l'ile à Vaches , à la Gonave, pour les avoir. sous la main au moment du départ des lroupes européennes. Ma-" dame Paul Louvertüure, son fils le colonel Jean Pierre Louverture furent enlevés de nuit de leur demeure, et noyés dans fl rade du Cap. Seize officièrs de gendarmerie coloniale qui avaient "étés arrêtés sur de simples soupçons, furent conduits sur un ilot près de la Grange, dans la baie-de Monté-Christ. Hs furent CruCHIÉS à des arbres du ivage, où ils expirèrent abandonnés sur cette côten déserte , dévorés par des insectes. D'autres prisonniers étaient con= duits à cinq, six lieues des rivages, et étaient précipités dans Ma mer, après avoir été poignardés. Des dogues, qu nageaient auleur des chaloupes , déchiraient ceux qui revenaient à la surface de l’eau +

L'on s’étonnerait de la servitude. d'une populations d'un millions d'âmes, pen dant près de trois siècles, ,si l’on ne connaissait” puissance du despotisme aidé des lumières de la civilisation, 4 une force organisée. Après avoir fait pendant douze ans de

* Tl ne faut prs confondre ce Boyer avee l’autre Bové, adjndant- mn ral , qui revint en Haïti sous le président Jean-Pierre ‘Boyer. C'elui quE revint en Haïti était, au contraire, un homme de bien, sensible , que: Rochambeau tenait presque en disgrâce, Le

HISTOIRE D'ITAITI, (1803) | 413

%rands efforts pour s'élever à la dignité de l'homme, Îles indigènes “pouvaient ils supporter de telles atrocités? Non ! : Le règne des ‘colons était parvenu à sa dernière période. Hl n'était plus en {a “puissance huinaine d'arrêter l'impulsion donnée à la liberté générale par la Convention nationale de France. | Pendant ces Jours de deuil, Rochambeau se livrait à toutes sortes “de voluptés. Chaque après midi il sortait du palais national, seul, xÔLU avec coquetterie , une badine à la main, et se rendait chez ses “maitresses, la plupart de jeunes et belles créoles blanches qu'il. Comblait de ses faveurs. Animées de la plus violente jalousie contre les femmes noires et de couleur qu'en général les européens, re- “cherchaïent de préférence, elles l'entretenaient dans son système d'extermination et lincitaient sans cesse à de nouvelles cruautés. La plupart des femmes indigènes qui étaient livrées au: dernier supplise étaient sacrifiées sur leurs instances. On aprélendu, et le colonel Malenfant l'a avancé dans son esquisse historique sur Sainte - Domingue, que Jeséphine Beauharnais, créole de la Martinique, avait Surtout exellé Bonaparte coutre la race africaine qu'elle considérait trop avilie pour jouir des droits politiques. La fièvre Jaune avait considérablement perdu de son intensité; les représentations théâtrales avaient .recommeneé ; les bals et les concerts étaient splendides. Souvent. pentlant ces, fètes qu'auimait la présence de Rochambeau les cris dés piisonniers que dévoraient les dogues retentissaiént dans les appartemens du paiats du gouvernement. Pour la plupart des indigènes qui se trouvaient encore dans les villes, il n'existait plus nijusiice, ni garantie aucune ; l'anathèmge prononcé contre leurrace pesait sur eux. La loi des suspects était en pleine vigueur : se ren- -dre surses propriétes à la campagne, cétail pactiser avec les brigandss reSler chez soi, c'élait refuser de les combaitre ; se montrer gai, Cétail être satisfait des calamités publiques; être triste, e était étre “ffiigé des défaites des indigènes ; ‘écrire, «était correspondre “avec l'ennemi; ne pas se découvrir devant un blane, e’était manquer de respect à son supérieur. Les hommes de couleur et les noirs n'étaient pas traités, le plus souvent , autrement que de mécréants et de imanants. L'indigène audacieux et brave qui cembattait pour la » Hrance était un individu dangereux ; celui qui faisait des vœux pour le triomphe des armes françaises était un rusé; legeste, le soupir, - le sourire, le silence, la pensée, tout était interprêté et pouvait conduire à la mort. C'est par un tel système que le général Rochambeau fit perdre à la France la Reine des Anulles. | Les femmes afrieaines qui pratiquaient le fétichisme dans les cam- » pages élaient jeiées vivantes dans les flammes. Le général Clausel, saisi de pitié à la vue d'une de ces malheureuses qui marchait à la mort fit des instanees auprès de Rochambeau pour obtenir sa grâce. Le général.en chef, montrant deux petites idoles qu'on avait irou-

vées sur elle ‘répondit : voyez! puis je pardonner à cette brigande? La pauvre femme conduite hors de la ville fut brûlée vive.* Les pri sonniers qu'on envoyait à bord des bâtimens de guerre, étaient le“ plus souvent pendus aux vergues; leurs cadavres étaient ensuite jetés à la mer. L'un d'eux, nommé Chevalier, conduit sur ke pont du. vaisseau le Dusquesre fut ébranlé à la vue de lamort. Sa femme qui. était À ses côtés lui demanda s’il n’était pas glorieux de mourir pour la Liberté? Pour relever son moral, elle se passa elle-même la corde au cou , et se livra la première au bourreau. Une mère fut) ensuite amenée sur le pont avec ses deux filles d’une rare beauté. C'était une femme noire d’une quarantaine d'années. Elle dit à ses enfans qui chancelaient : Soyez heureuses de la mort; vos flancs ne. porteront pas d'esclaves. | Tant d'héroïisme déconcertait les blanes qui refussient d'acéot del à la puissance de la liberté ce mépris de la mort. Is prétendaient avec effronterie que les indigènes ayant la peau excessivement dure étaient moins sensibles à la dou eur que les autres hommes. Quelque 2 fois les prisonniers étaient renfermés dans des sacs de toile qu'on couseit, et étaient ainsi précipités dans les flots. Les lames et les éourans ramenaient de nombreux cadavres sur les rivages de la Petite Anse et du Carénage près du Cap. Ces corps tombant en putréfaetion « infectaient l'air. Rochambeau était contraint d'envoyer le long de lan plage dès forçats qui enterraient les cadavres dans le sable. Les ha -bitans des villes ne mangeaient plus de la chair de poisson. On vit néanmoins des capitaines de navires, au lieu de noÿer leurs pri=« sonniers, les nourrir à leurs frais et aller les débarquer sur les“ plages désertes de la partie espagnole. : Un officier de marine nommém k Ménard en sauva ainsi une grande quantité. D'autres officiers, « müs par un sordide intérêt , se rendaient à Porto-Rico, à Cuba, 4 y vendaient leurs prisonniers au lieu de les noyer. Le gouverneur de Porto Rico mit fin à ce trafie honteux par une ordonnançe. HI ‘fil cette noble tes à un eapitaine de frégate qui s'était a sur les côies de son île pour vendre des indigènes de St Dominigue M s'ils sont esclaves je n'en veux pas acheter; s'ils sont des homines libres, : vous n'avez pas le droit de les vendre. Quand les troupes européennes sortaient des villes contre les indépendans, elles étaient pré cédées de dogues qui déeouvraient au fond des ravins les retraites les plus secrètes des femmes et des enfans indigènes. Ceux de ces mal 3 heureux qui étaient pris étaient livrés à ces animaux qui les dévoraientm L'on vit alors entrer au Cap trois hommes noirs, fortement gare

* Clausel, Theuvenot et Claparède, indignés de tant d’horreurs ne tar- | deront pas à censpirer contre Rochambeau. Ils tenteront de l'arrêter pour le renvoyer en France, et se saisir de l'autorité. Mais Rochambeau dé* couvrira leur projet, et les fera déporter. +

HISTOIRE D’HAÎTI.—(1808.) 415

xoliés, que le colonel Labinais, officier noir, commandant de ‘la Petltc-Anse, avait fait arrêter. Ils étaient accusés d’avoir ineendié plusieurs habitations. Roehambeau fit aussitôt dresser trois poteaux: au pied de la fontaine de la pliee républicaine ou la Fossette, auxquels on lia les trois prisonniers. 1! les fit entourer de bois rési. neux auxquels les bourreaux mirent le feu. Dès que la flamme séleva dans d'air, les vietimes disparurent aux yeux de la foule. On nentendii que des hurlemens affreux qui s'éteignirent bientôt. Quand les flimmes eessérent de tourbillonner, les trois corps avalent été réduits en cendres. |

Quant à Rochambeau, il envoyait à Porto Rico toutes les richesses quil amassait par l'assassinat et le pillage. Pour augmenter ses trésors, il n'épargnait pas les blanes eux-mêmes. Il savait que Labatut, vieillard septuagéuaire , plein de vertus, ancien commandant de là Tortue, était puissamment riche en propriétés. Il le manda äu Cap, lactusa d'être en intelligence avec les brigands, le fit arrêter et emprisonner. Peu de jours après, il lui proposa de le mettre en liberté, s’il voulait lui faire don, sous forme de vente, de 200 carreaux de terre. Le vicillard n'hésita pas, pour sauver sa tête, à faire le sacrifice d’une part de sa fortune. Un acte de vente de 200 carreaux fut passé en faveur de Donatien Rochambeau, par devant les notaires du Cap , Cormand et Moreau. labatut après l'avoir signé se crut hors de tout danger. Mais peu de jours après, le citoyen Sabrely Fontaine, secrétaire particulier du capllaine-géaéral, le vit secrètement et lui dit que pour cent au: tres carreaux de terre , il serait certain de ne plus jamais être arrêté, Labatut vit clairement qu'en voulait le dépouiller. I passa aussitôt une nouvelle vente en faveur de Rochambeau; mais craignant que le capitaine général ne finit par lui prendre la vie, il se détermina à s embarquer clandestinement. Ce qu'il ne tardera pas à faire. A la même épeque Rochambeau faisait arrèter et noyer dans la rade du Cap l'abbé de la Haye, blanc européen, ancien curé du Dondon, qui, en 41792 et 1793, avait éié le confesseur de Jean François et ‘ de Biassou.. En 1795, après le traité de Bâle, de la Haye était rentré au Cap, sous le gouverneur Laveaux. Quoiqu'on eût alors accusé d’avoir exhorté , au tribunal de la pénitence, de noibreuses femmes blanches à se *livrer à Jean François, cependant lautorité n'avait dirigé contre lui aueune poursuite. Mais Rochambeau qui voulait le dépouiller , se rappela sa conduite passée, le repré- Senta aux européens come un infäme corrupteur, et le fit livrer au dernier supplice. Le cadävre de l’abhé de la Haye, ramené à terre par les lames, demeura plus d'une journée exposé sur la plage du Picolet.

Le préfet colonial, Heetor Daure, avait publié le 10 Janvier un régle-, ment sur les douanes relativement à la perception des droits, au

cabotage, à l'importation et à l'exportation des marchandises par

le commerce fr ançais et par le commerce étranger. 1} fut défendu,

sous peine de destitution, à tous les employés de l'administration de recevoir , à n'importe quel titre, quel que füt leur grade, aucun cadeau où rétributions autres que ceiles déterminées par les règlemens , des capitaines, négocians , el autres personnes intéressées directement où indirectement aux chargemens de dengées et marchandises. Malgré cette ordonnanec, Îles dilapidations eontinuêrent d'une manière elfrayante dans toutes les administrations. La plupart des employés européens s'eflorçaient de faire de rapides fortunes pour s'éloigner ensuite d'un pays livré à tant d'horreurs. * Le citoyen Lenoir, nônimé inspecteur général des douanes et des do: maines, fut chargé de parcourir la colonie pour récrganiser les

douanes, couformément aux arrêtés de Rochambeau. Le commer

ce avait perdu toute sa splendeur; l'intérieur de File était en in: surrection ; les cafés el autres denrées ne pouvaient plus entrer dans les villes qu'oceupaieut les français.

Les indépendans commencçaient à commercer entre eux el avec

l'étranger. Dessalines sux Gonaïves, Péiion à lArcahate, armaient des barges pontées, porlant chacune une trentaine d lommes , et.

marchent à rames ou à voiles. Déjà nos marins se faisaient remar: quer par une rare Iutrépidité. Hs ruinaient le commérce français sur notre litoral, et eulevaient quelquefois de gros HavIres MArchands armés. en guerre. E on distinguait parmi eux les Bégon homme de couleur, les Aoua, noir , les Boisblanc , les. Masson” les Derenonceurt, hommes de couleur. - Der ‘éROHEO! jet ; soriant de l'Arcahaie , attaqu ua , dans les eaux de la Poirte Rivière Ge Lévgane, un savire de Bordeaux. Sa barge.élait montée de quarante cinghommess

presque nus, armés de fusils, de sabres, de poignards et de haches"#P

puit le bâtiment à l'abordage, après un vif combat, en égorgea l'équipage, en pilla la cargaison, et Le couta à fond. Quandnles

bätimens de guerre me la station du Port Républicain, attirés par

le bruit du canon, urrivérent vers la Petite Rivière ses iudizènes

avaient déjà presque c cu le temps d'atteindre l'Arcahaie avec leur

bébri!

Les américains et des anglais sortant de Charleston ct de la Jamaïqué , veuatent louxoy er dans le golfe de la Genave. Les bar: ges indigènes les abordaient de nuit, chargées de’ café ,: de coton“ de cacao, et échangeaient ces denrées contre des armes"et

des munitions. Du 44 au 24 Janvier | 91 bâtimensw, dont

45 européens: seulement , étaient entrés dans le port du Cap;

* Malenfant, colonel français, dit que Rochambeau a commis des cri. mes s1 effrayans, à St Domingue , que les Carrier, les Lebon., ete seraient en vénération auprès de lui, : | 4. SH #i

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MisToiRE D’Hatts.—(1803) 417

es autres sortaient des rades de la colonie, où de Porto-Rivo , de la Jamaique et de Philadelphie. On voit combien le commerce s'était affaibli; et les articles qui formaient le chargement de ces navires ne consistaient qu’en biscuits, farine, riz, mais et petit salé. Le drap, la toile, les marchandises sèches , en général, manquaient presque sur toutes les places de la colonie. Les navires curopéens ne trouvant pas de chargement n’abordaient plus aux côtes de St Domingue.

Des renforts arrivaient à l'armée à de longs intervalles. Le cito- - ven Burgevin débarqua au Cap avec un dépôt de divers régimens; la 28° lévère fut réorganisée avec ces nouvelles troupes. Le eapitaine général donnait loujours de grands soins au serviee des hôpitsux. Al ordonna au citoyen Bouvier, pharmacien en chef de l'armée, de parcourir la eolonie, pour inspecter les hôpitaux et examiner les officiers de santé qui y étaient employés.

Il partagea la celonie en einq divisions militaires. Les divisions du Sud ,et de PArtibonite ou de! Ouest étaient commandées par le général de division Brunet qui avait sous ses ordres, pour l'Artibonite ou l'Ouest, les généraux de brigade Fressinet, Pageot et Lavalette; pour le Sud, les généraux de brigade Laplume et Darbois. La division de droite du Nord était commandés par Île général de division Clausel qui avait sous ses ordres les généraux de brigade Barquier, Claparède et d'Henin; celte division s’étendait du Fort Liberté au Moôle St Nicolas. La division de gauche du Nord, sétendant du Fort Liberté à St. Yague, était commandée par le général de brigade Quentin qui avait sous ses ordres les généraux de brigade Ferrand et Lacroix. La division de l'Est comprenant toute la côté Est et Sud jusqu'à Neybe était commandée par le général de brigade Kerverseau , dont le quartier général était à Sto. Domingo.

Le général Thouvenot fut nommé commandant de l'artillerie de larmée. Son autorité s'étendit, sous le rapport de l'artillerie, sur les divisions du Cap, du Port Républicainet de Sto. Domingo. La division du Cap comprit le département du Nord, les valiées de Goâve et de Banica, le canton de Eaxavon et celui de St. Yague, el eut pour limites sur la eôte , la rivière de Macoris d’une part, et la pointe de Mangles, près du Port à.Piment , d'autre part. Celle du l'orttépublicain s'étendit du Port Républicain inclus jusqu'au eap de la Béale, en comprenant les départemens de F'Artibonite ou Ouest et du Sud. Celle de Sio. Domingo, se terminant par Île cap de Ja Béate, au sud, et par la rivière de Macoris au Nord, comprit l'étang salé, la vallée de St. Jean, celle de la Véga-Réal, le Gibao , Ja presqu'île de Samana et l'ile de la Saône. set we

Rochambeau réorganisa avec ‘soin le corps d'artillerie, car il avait remarqué que c'était par le canon qu'il obtemait le plus souvent ses succès sur les indépendans. H garnit de nombreuses pièces d'artitlerie les points qu'il ogcupait. La garde nationale du Cap fut aussk

réorganisée. L'adjudant-général Pascal qui commandait la ville, ordonna à tous les citoyens “d entrer dans ce corps dont le service était devenu des plus actifs. Les employés des bureaux de ladministration formèrent des compagnies dites administratives ; .les étrangers que des spéculations retenaient dans la colonie, et les marins. éme ployés dans la ville formèrent des compagnies dites de marine. On n'exempta du service actif que les autorités civiles et les mnfirmes:

Nous avons vu que Capoix, aprés avoir été chassé äu Port de Paix, s'était établi sur lhabitation Laveaux-Lapointe , à deux lieues de cette ville. Ses avaut-postes, sous les ordres du colonel Pour: cely, homme de couleur, se prolongeaient jusqu'à un mille du Portde Paix, sur l'habitation Desroulins. Le commandant Daulion ‘fit une vigoureuse sortie pour chasser les indigènes de cette positions il fut battu et refoulé dans la place. Presque ces jour il venait attaquer Pourcely; mais le 4.er bataïtlon de la 9e, ce mille honimes, qui rivalisait de valeur et de tactique avec lés meilleures troupes européennes, demeurait inébranlable dans sa position. Dauhon,, malgré les échecs qu'il éprouvait, ne se décourageait pas. HIl-sortit de la place à la 1ète de 700 hommes de la garnison, et mareha sur

l'habitation Pesroulins, par la grande route, Aucun obstacle ne gèsm

nait les mauœuvres des français qui s’avancèrent en rase campagne, au pas de charge, et à la baïonnette. Pourcely sortit de ses retrans

ÿ pe

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