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chemens, et s élança au devant de l'ennemi, à la tête du bataillon“
de la 9.e. Après plusieurs décharges, les indigènes abordérent les:
français à da He di ro Le choc ut terrible : la fureur était égale |
de part et d'autre; l'on se battit corps à corps.. Toulà coup, un bataillon européen apparut derrière les haies qui ‘bordaient le grand
chemin avec deux pièces de quatre. La tmiltraille exerça ses ravages
dans le flanc es indigènes. : Ceux ci, surpris el tombant de toutes parts, prirent fa fuite, malgré les prières et les menaces de Pourcely
qui ne put Îles Pire sur le champ de bataille. Le colonel in=«
digène se saisit du drapeau et leur dit d'alier annoncer au général
Ca oix qu'ils l'avaient 2H AR En même lemps, 11 se précipitait
seul au devant de la mort. es grenadiers de la 9 e,. honteux dem leur fuite, et ranimés par ses ner reprennent leurs rangs, et retournent au Co mbat avec une nouvelle fureur, sous la mitraille | : de l'ennemi. Après une lutte sanglante, les deux pièces de quatre «
tombèrent au PaeiR des. indigènes, et Daulion reutra au Port-de-" Paix, croyant que Capoix savançail en personne sur Desroulins aveem le gros de son armée. Pourcely demeura maître de sa position. S'il était retourné, en fuile, au quartier général de Laveaux- -Lupointe, Capoix lui aurait fait trancher. la tête.
Le général Gapoix faisait sans cesse manœuvrer ses .{roupes; Une discipline sévère était établie parmi elles; ses soldats , quoique la. plupart des recrues à 50 formaient on colonnes serrées , €t se dés.
HISTOIRE D’HAITI.— (1803) 418 ployaient admirablement dans la plaine par toutes sortes d’évolutions, Les travaux agricoles n'étaient point interrompus; la justice était rendue par Capoix lui même, et un ordre parfait régnait dâns l'étendue de son commandement. Les femmes et les enfans travaillaient aux champs, coupaient les cannes, les apportaient au moulin de l'habilation Laveaux-Lapointe dont les tourbillons de fumée attiraient souvent les navires de guerre qui canonnaient en vain le rivage. “Capoix avait fait construire un fort flanqué de terre qui protégeait le moulin, et répondait par des boulets rouges‘au feu des bâtimens de guerre. Les guerriers du Port-de Paix avaient en abondance des “ivres, du sirop, du tafia.
Pendant ce temps, un vieux soldat français que la faim avait fait sortir du Port de Paix, pour cueillir des fruits, fut arrêté le long du orand chemin, par le colonel Pourcelÿ. Celui-ci l’envoya au quartier-général de Laveaux-Lapointe. Capoix l'accueillit bien, le traita avec humanité et lui démanda,, après lui avoir fait donner à manger, quelle était la force effective de la garnison de la place. Le soldat répondit quil y avait mille hommes environ. Répondant toujours aux questions qui lui étaient faites, 11 fil savoir à Capoix qu'il y avait beaucoup de munitions dansle Petit Fort. Capoix se résolut à s'emparer du Petit Fort par un coup de main ,et à en enlever toutes les poudres. Ilordonna à Jean Louis Grand-Maison , inspecteur de culture, de faire construire pour chaque bataillon de la 9° deux échelles de 30 pieds de long sur 4 de large, et un grand nombre de gabions. Dans une journée tous les préparatifs furent commencés et achevés. Capoix envoya Jacques Louis s'établir non loin des portes de la ville avec lé 4" bataillon de la 9°. Il lui ordonua de donner assaût au fort Paigeot dès qu'il entendrait le feu du Pet Fort. C'était au milieu de là nuit; le eiel était étincelant d'étoiles. Jean Baptiste Cataboix alla s'établir près du fort Lavaux , avec le 4° bataillon de la 9°, avec ordre de lassaillir , de son côté, dès que commencerait l'attaque du dPetit Fort. Le commandant Bauvoir partit de Lavaux-Lapointe, avec le 3% bataillon de la 9°, s'arrêta dans le chemin dé St. Louis, à cent pas du morne-aux-Pères. Il devait lui-même attaquer le Petit Fort. Jl'laissa devant ie morne-aux-Pêres quarante grenadiers et deux sa- Deurs , etleur ordonna d'attaquer ce poste dès qu'ils entendraïent le feu des français. Il était deux heures du matin. Bauvoir, à la tête “dé son bataillon, se glissa à travers ‘les buissons, dans le plus pro: fond silence ; quand il atteignit le rivage, il entra dans la mer jusqu'à là ceinture suivi de ses soldats portant leurs munitions sur a tête, et parvint au pied du Peut Fort que baignaient les flots. La ville du Port-de Paix forme, sur le rivage de la mer, un demi cerélé aux extrémités duquel s'élèvent le Grand Fort au Nord-Ouest, elle Petit Fort au Nord Est. Les indigènes appliquérent aussitôt une échelle contre les murailles, et montèrent sans ètre I vus mt
entendus. Les français qui ne les croyaient pas ‘capables de: tant” d'audace étaient plongés dans le plus profond sommeil; leurs senti=« nelles dormaient sur les remparts. Les indigènes aprés avoir alteint le sommet du fort, se rangèrent autour du mât du pavillon. Ils dé=« couvrirent, sous leurs pieds, les soldats de la garnison endormis dans Fintérieur de la fortification. 11s commencèrent sur eux une vive fusillade. Les français , réveillés par le bruit de la mousqueterie ,se« précipitèrent en désordre dans les cases du fort. Ils commencérent un justant aprés à répondre au feu de l'ennemi. En même temps les quarante grenadiers , qui avaient été laissés devant le poste morne= aux-Prères, enfonçaient la porte du Petit Fort. Les français den l'intérieur de la fortitication, succombant de toutes parts, sous la fusillade, se précipitéreni vers la porte pour se répandre-dans la villes mais ils furent atrûtés et massacrés. th jeune soldat seul, se jetantw dans la mer , atteignit le Grand Fort à la nage. On s'était battu plus d'une demi. heure.
Capoix apprenant par un exprès le succès de Beauvoir, partit de Laveaux-Lapointe, et vint. an Petit Fort avec une multitude den femmes et d’enfans qui enlevérent en un clin d'œil trente milliers dem poudre , malgré le feu vif d'une corvette française , en station dans ia rade Après avoir fait mettre le feu aux cases de l'intérieur du fort,* Capoix fit enlever ses blessés parmi lesquels on remarquait deux ca pitaines de la 9° Alain et Michaud. Il reprit le CHE de Laveaux Lapointe, sans être inquiété. Pendant le massacre du Petit Fort les français assaiilis dans les autres fortifications, n ner pu voler au * secours de leurs frères d'armes, Au jour, le chef de bataillon Ripert« commandant du Port de Paix, repoussa Jean Louis el Cataboix qui sefforçaient d'enlever les forts Pageot el Laveaux * G Peu de j jours après, Le général Capoix vit arriver à son quartier général de Lavaux-Lapointe, le colonel Jason commandant du press mier régiment du Nord. El venait chercher quelques milliers den poudre de la part du génerat Romain qui occupait le Limbé. Capoix envoya avec générosité à ses frères d'armes une part de ses munitions. Nous avons laissé le colonel Geffrard partant de Léogane, après. sètre séparé de Pétion, et s'acheminant sur le département du Sud, à la tête de la 13e, pour soulever contre les français Ja masse ue nan de cette province, Il laissa, à sa droite, le Petit Goâve, en passant par les mornes de‘cette ville, et arriva sur
Sat
* Ce fait d'armes presque incroyable est rapporté dans les bulletins français. On y dit que les brigands au moyen de longues échelles, escaladèrent, pen=« dant une nuit ,le Petit Fort du Port-de-Paix, & en enlevèrent une grande quantité de poudre.
Cette circonstance amena une ordonnance par laquelle les munitions. furent transportées à bord des bâtimens de nue en station dans les ports | de la colomie, sf A
Vhabiiation Cupérier, près du pont de Miragoâne. Il y rencontra les troupes indépendantes sous les ordres de Léveillé, noir, les. réunit, et proclama à leur tête, Dessalines général en chef de l’armée des Incas. Les gens du Sud aceueillirent sans enthousiasme Pautorité de Dessalines dont le nom n’était pas en vénération dans fleur pays depuis la guerre civile entre Toussaint et Rigaud. Cependant ils pensérent que le parti du général en chef était le meilleur, puisque Geffrard, en lequel ïls avaient pleine ‘ confiance, l'avait embrassé. Gelfrard réorganisa la 13.e en adjoignant aux compagnies “élite de ce corps assez de recrues pour en fôrmer les trois bataillons. “es compaguies du centre des trois bataïlions du même corps formérent avec les troupes de Belle-Rivière deux nouvelles demi-brigades, qui deviendront les 15.e et 16e. Geffrard confia le commandement de la 13.e à Moreau Cocoherne, celui du second corps à Jn-Louis François, et celui du 3e corps à Gérin. Sans artillerie, presque sans: munitions, la plupart de ses soldats armés de piques, il pénétra ensuite dans le département du Sud et attaqua le bourg de Miragoñne dont il sempara. HI marecha aussitôt surl'Anse à-Veau, où commandait l'adjudant-général Bernard, eflicier blanc. Quand parvint aux Rocheloïs, il rencontra sur l'habitation Périnier un. bataillon français sous les ordres du commandant Bérotte. Ii lattaqüa et le dispersa. Bérolte demeura sur le champ de bataille. Les indépendans continuant leur marche, eufbutèrent l'adjudant général Bernard qui s'était avancé eontre eux. If était midi quand ils découvrirent l'Anseà Veau. C'était le 16. Janvier. Ea chaleur était brûlante. Geffiard marcha centre la place sur trois colonnes : celle -de droite était commandée par Morçau, celle de gauehe- par Gérin: et celle du centre , où se trouvait Geffrard, était commandée par Jean Louis François. Au premier rang des grenadiers de fa 13.e, Moreau donna assaut à la.ville, et y pénétra par la grand'rue, Après trois heures d'un combat meuririer , les indigènes se rendirent maîtres de tous les points de Îa place. La garnison française fut passée au fil de l'épée presque en entier. Bernard $e saura à Jérémie dans un petit bâtiment. Ce fut alors que Geffrard décacheta le paquet que lui avait donné Dessalines à la Petite-Rivière de FArtibonite, et qu'il lui avait ordonné d'ouvrir aussitôt qu'il eûf pris une: ville imporiante du Sud sur le rivage de la mer. H y trouva un brevet par lequel il était nommé général de brigade et commandant “en chef du département du Sud. Cétait à lui à déployer assez d'adresse, de talens et d’audace pour faire reconnañre son: autoritédes indépendans de ce département. |
Dès que l'autorité européenne du Sud, qui se tenait aux Cayes, apprit la prise de l’Anse à Veau , clle envoya l'ordre au général Darbois qui commandait à Jérémie de marcher contre les indigènes. Barbois partit de Jérémie, et arriva au Petit-Trou, à la tête d'une
forte colonne de troupes. ‘Il y attendit l'arrivée du général Laplume qui, de son côté, était parti des Cayes, marchantsur lAnse-à-Veau. Laplume parvint au Petit Trou, le lendemain. Dès” que le général Geffrard apprit que les français se disposaient à venir l'assaillir , il détacha de son armée une division de ses méilleures troupes, sous les ordres du chef de bataillon Francisque, et Len voya contre l'ennemi. Darbois sortit du Petit Trou, se précipila sur les indigènes avec impétuosité, les eulbuta, et les poursuivit au loin« Geffrard, apprenant la défaite de Francisque, sortit de l'Anse-à-Veau,* et rallia les fuyards sur lhabit auen Laval. Le dimanche qui suit
les français s’ébranlèrent dans a matinée , et marchèrent contre les indigènes. Darbois et Sarcleu s’avançaicent de front
à la tête d’une colonne européenne, Nérette, à la tête des chasseurs. des Cayes, de St. Louis et d'Aquin, s'effor ait de tourner l'ennemi pour l'attaquer par derrière, et le général Laplume, à la tête du corps de réserve commardait l'arrière garde. Vers les onze heures, les indépendants furent surpris par unc vive fusillade. Néanmoins le général Geffrard prit sa ligne de bataille, et sipporta le chec de l'ennemi avec la plu S grande intrépidité, Mais la cavalerie de: la gardes nationale de Jérémie fit une charg se des plus brillantes ; elle rompit les rangs de l'infanterie in digène qui fut mise en pléine déroute. La eaNalerie de Gellrard , commande e par le capitaine ELéser, s’élança“ contre les dragons de Jérémie pour protéger la fuite de l'infanterie. | Les cavaliers ennemis armés de sahres longs, forts eë tranchants,
passèrent sur le eorps des jeunes dragons indigènes armés de sabres faits de cercles dé barr que. Geffrard , poursuivi jusque dans les marais: de lAnse à Veau, faillit d'être pris par plusieurs cavaliers, qu'il abattit à coup da pistolet. Il n’atieignit la rivière &e l'Anse-à-Veauws qu'à travers les bois. Là se faisait un affreux carnage de ses soldals.m Il se précipita dans la rivière; son cheval fut tué sous lui; il gagna à la nage la rive opposée. Ses troupes continuant à fuir ne purent être ralliées qu'au delà de Cupérier, dans les hauteurs du Pétit Goâve, à douze lieues du champ de bataille. Darbois entra aussitôt à lAn-« se-à-Veau. Il envoya ensuite une garnison à Miragoäne. Peu dejours après, les vaisseaux l’Indomptable et le Mont Blanc vinrent mouiller dans la rade de ce bourg. Deux bataillons européens, l’un de la 20°-etlau-« tre de la 23° y débarquèrent; 1ls allérent ensuite occuper le pont de Mira-.
goûne. Darboiïs retourna à Jérémie, et Laplume, après avoir atteint le pont. de Miragoâne, prit la route des’ Cayes. Quand ce dernier arriva à.
Aquin, il apprit qu'une formidable insurrection avait éclaté danslesw campagnes qui s'étendent entre les Cayes et Tiburon. Les colons
disaient que le commandant Ferou, quoiqu'il ne se fût pas encore prononcé contre les français, était l'âme de cette insurrection. ‘Ce-, pendant les autorités croyaient encore à sa fidélité. Ferou, homme” de couleur, commandait pour les français, le bourg des Gôteaux,”
Ne | | |
dans l'arrondissement des Cayes. C'était, sous Rigaud, un officier intrépide et d'une grande inflaence sur les eultivateurs de son quartier. Maigre, d'une petite taille, i était d'un caractère allier ét ôpinidtre. Sans instruction, son éducation était celle d’un soldat. Avant la révolution de 1789 il n'avait été qu'un infatigable chasseur de cochons-marrons ou sangliers des Antilles. En Janvier 1803, il ÿ avait aux Cayes un homme de couleur, nommé Déjoie, qui, par la blancheur de sa peau et ses cheveux longs et plats. passait pour
blane. C'était un intime ami du colonel Berger. Celui-ci d'une fé-
rocité inouie lui apprit que le capitaine-général Rockambeau avait
“envoyé l'ordre, datis le Snd, d'arrêter et de faire disparaitre la plupart
des officiers noirs et de couleur de quelque influence. Déjoie qui entretenait des relations d'amitié avec le commandant Férou lui fit savoir, par une femme noire de Phabitation Petite place Esmangart,. qu'il lattendrait sur l'habitation Bagatelle, pour lui communiquer un: avis du plus haut intérêt. Au jour fixé, Férou se rendit au lieu de l'entrevue. Il y rencontra Déjoie qui lexhorta à se tenir en garde coutre les pièges des autorités françaises. Férou retourna aux Côteaux, résolu à secouer le joug de ia métropole à la première occasion favorable. Ses émissaires se répandirent aussitôt de toutes parts, excitant les populations à la révolte, en leur annonçant que leur*extermination avait été résolue. En une semaine une vaste conspiration s étendit sur toutes. les campagres du département du Sud. Férou qui incitait à linsurrection devait se prononcer contre les français, après qu'elle eût éclaté sur différens points. Alors il devait en prendre le commandement et lui donner une direction énergique. C'était l'homme qui, dans le moment, exerçait le plus d'influence sur les indigènes du Sud. Giles Benech, Nicolas Régnier et Goman, noirs, anciens officiers sous Rigaud, se déterminèrent à donner le signal de la prise d'armes en attaquant Tiburon. Ils réunirent une bande de plus de deux mille cultivateurs, et marchtrent contre cette ville’ dont 1ls s’emparèrent. Le chef d’escadron Desravines, homme de couleur, gui commandait celte place, s'enfuit et se séfugia aux Irois où les français avaient un camp. E fut exécuté comme complice des”insurgés. En même temps un officier blanc, nommé Lafrédinière, commandant de la garde nationale du camp Perrin, dans l'arrondissement des Cayes, el un noir intrépide, Guillaume Lafleur, soulevaient les culiivateurs de leur quartier, en leur déclarant qu où voulait les rémettre en servitude. Ce Lafrédiniére vivait fraterneilement, dépuis plusieurs auuées , avec les noirs et les hommes de cou- Jéur. Guillaume Lafleur, qui n'ignovait pas ses seniimens philantropiques , n'avait pas hesité à lui communiquer sa résolution de prendre les armes.
Dès qu'on apprit aux Cayes la révolte de Lafredinière, le colonel Berger sortit de cette ville, à la tète de 300 hünames dela garde nationale de
Torbeck, commandés par un officier de couleur, Elie Bourry, ets marcha contre le camp Perrin qu'il trouva abandonné, Lafrédinière et Guillaume Lafieur, n'ayant pas assez de forces pour lui résister, s'étaient retirés dans les bois, à son approche. L'insurrection quem les émissaires de Férou avaient préparée de toutes, parts dans le“ Sud, éclatait successivement dans chaque quartier. Une circonsiance imprévue hâta la prise d'armes des indigènes du Port-Salut dont l'esprit était travaillé depuis longtemps par trois officiers de celte commune, Trichet et Vancol, hommes,de couleur, et Wagnac, noirs Ces trois hommes étaient en relations actives avec Férou quicxerçait sur eux une grande influence. Le commandant du port des Cayes, Kerpoisson, ie noyer au delà de la pointe de Labacou , entre les Cayes et le Port Salut, tous îes infortunés que lui livrait Berger. Un noir, nommé Jacquet Giraud, qui avait été embarqué pour étre noyé, fut précipité dans la mer après avoir été lié et percé de plusieurs M coups de poignard. Dans la même journée les lames et le courant l'amenèrent sur la plage. Les cultivateurs de Labacou rencontrérent, dans l'après midi, au bord de l'anse, un corps qui respirait encore, mais presque impercepliblement. Ils le transportèrent dans une case, ei le rappelérent entièrement à la vie. L'infortuné raconta comment il avail eté arrêté, embarqué, poignardé et précipité dans les flots. Le colonel Hamplaya , colon blanc, qui commandait au Port Salut, vou- Jut le faire arrêter de nouveau, et conduire aux Cayes où 1l eût été infail= liblement fusillé. Mais un jeune homme de couleur souleva l'atelier de l'habitation où avait été transporté Jacquet Giraud et s'opposa à l'arrestation de cet infortuné qui venait d'échapper à la mort d'une manière si miraculeuse. Dans la même soirée la révolte se propagea dans toute la paroisse du Port Salut, Vancol, Trichet, Wagnac sem mirent à la tête des insurgés, arrêtèrent Hamplaya et eurent la générosité de le laisser partir sain et sauf pour les Caves. Ils envoyérent aussitôt une députation auprés de Férou pour lui faire connaître leur prise d'armes, et l'exhorter à se hâter de venir se mettre à leur tète (34 Janvier 1803.)
Le général Darbois, commandant de l'arrondissement*de la Grand°- Anse, qui venait d'apprendre la prise de Tiburon, par les insurgés , en. avisa les autorités des Cayes. Celles-ci qui jusqu ‘alors ne eroyaient pas que Férou fut l'âme de l'insurrection , envoyérent l'ordre au colonel, Berger de se réunir à la garde: nationale des Coteaux pour marcher | contre Tiburon ap que les troupes de Jérémie assailliraient cette « place par le chemin des Irois. Pendant cet intervalle Férou recevait, id’un côté, la députation des insurgés du Port-Salut, et de l'autre, une lettre de Darbois par laquelle ce “général l'exhortait à faire une levée en masse des cullivateurs des Coteaux et à a ne eontre Tiburon, afin que l'insurrection fût étouffée d'un seul coup. Férou répondit à l'envoyé dé Barbois : « Nous sommes prêts . à combattre; mais
cest eontre les français. » Au lieu de marcher sur Tiburon , il se prononça ouvertement contre la métropole, et se disposa à -s acheminer vers la plaine des Cayes pour la soulever. Du camp Perrin à Tiburon la presqu'ile du Sud était en insurrection. Les indigènes avaient arrêté aux Coteaux plusieurs blanes qu'ils voulaient immoler. Férou contint leur fureur en leur exposant qu'ifs commettraient un crime inutile. Il dit aux prisonniers qu'ils trouveraient en [ui un ennemi, mais non un bourreau, quoiqu'ils eussent sacrifié à leur haine implacable un grand nombre de eeux qui avaient été leurs soutiens et leurs défenseurs, quoiqu'ils eussent précipité dans la mer de nombreux indigènes dont les restes étaient amenés chaque jour, sue le rivage, par les courans et les lames Il ajouta qu'il leur permettait de se retirer où bon leur semblerait. Les prisonniers s’embarquèrent dans une chaloupe et se rendirent au: Cayes. * | Pendant cet intervalle, le eolonel Berger campé à Perrin, trouvant quil y avait dans les rangs de ses troupes beaucoup trop d’indigènes , commanda à Elie Bourry dont il se définit de descendre au carrefour Ducis avec le bataillon de Torbeck composé de noirs et d'hommes de couleur. Le lendemain il lui envoya l'erdre de se rendre aus vieux bourg £e Torbeek sur Fhabitation Bourry. Elie Bourry marchant sous les ordres du colonel Dumira, blanc, rencontra sur l'habitation Bérault le commandant Férou qui, parti des Coteaux, s’efforçait d'atteindre la plaine des Cayes pour la soulever. Férou était à la tête de 1500 hommes..f désarma Dumira, les quelques soldats blanes qui faisaient partie de la garde nationale de Torbeck et les renvoya sains et saufs. Il les fit accompaguer par cinq cents hommes jusqu'aux avant postes français. Quant à Elie Bourry, il le fit entrer dans ses rangs avee tous les noirs et les hemmes de couleur qui étaient sous ses ordres. Le colonel Berger, apprenant la prise d'armes de Férou , craignit & être enveloppé dans la montagne par les insurgés. Il abandonna le camp Perrin, renira précipitammentaux Cayes. Aussitôt après son départ de Perrin, Férou y envoya Vancol auquel vinrent se rallier Lafrédinière et Guillaunie Lafleur. En même temps les commandans Bazile et Armand Berrault soulevaient les eullivateurs de a plaine des Cayes et reconnaïssaient l'autorité de Férou. Celui-ci fut proclamé chef supérieur des insurgés. Îl ne reeonnaissait ni l’autorité de Dessalines mi cellede Lameur Dérance. Cette formidable insurrection , en dégarnissant de troupes européennes les limites du département versle pont.de Mi. rogoâne favorisera la rentrée du général Gefirard dans le Sud. Ce ne sera qu'après la jonction’ de Gelfrard avec Férou, sur l'habitation Charpentier, que ce dernier reconnaira l'autorité de Dessalines.
* Traditions haïtiennes.—Taujon , blanc français, qui était, à cette époque à St.-Domingue , rapporte ce trait de générosité de kérau. +
426 HISTOIRE D’#rA1TI. (182)
Le colonel Berger, aussitôt après sa rentrée aux Cayes, en sortit
à la tête d'un bataillon enropéen et de la garde nationale. alla pa sur l'habitation Berrault-srande place. Les ‘indigènes, ayant! à leur tête le commandant Férou, lassaillirent avec fareur. Comme ils n'étaient armés, la plupart, que de piques, de haches et de. massues, 1ls ne purent vaincre la tactique européenne" Néanmoïs la victoire fut longtemps disputée au carrefour Berrault. Mais “ feux vifs et meurtriers des -pelotons français culbutérent les indépen=" dans qui abandonnèrent le champ de bataille, et se retirèrent* surm l'habitation Taverne. Craignant d ÿ être surpris par l'ennemi ; ils sem divisérent en deux parts; l’une atteignit la position de tte 4 l'autre gagna lemorne Fendo sur habitation Mallet , dans les hauteurs du chemin des Coteaux. Férou confia le commandement: de cette” dernière position à Elie Bourry. He |
Le général Laplume , de son côté, était revenu aux Cayes , après, avoir battu Geffrard à Laval , près du Petit Trou, et l'avoir chassé du département du Sud. Il en sortit contre Îles insurgés avec une colonnen de 500 hommes que commandait le colonel Nérette, et s'acheninam sur le camp Perrin. il enleva cette posilion sans coup férir sur La bande de Lafrédinière. Il se rendit ensuite sur lhabitation Welchem grande place, à l’Acul, dans la plaine de Torbeck, et se résolutn à attaquer l'ennemi. Cependant le colonel Berger lui conseilla de s’efforcer d'en venir à un arrangement au lieu de combattre. "On envoya auprès des ie retranchés à Maraudhuce, dans la paroisse du Port-Salut, au pied des nfornes, une POUR composée de Jean-Jacques Suily, homme à couleur, d'Hamplaya et de Paye, blancs. Les députés atteignirent Maraudhue , cntamérent avec les indépendans une négociation qui deméura infruetueuse et reviurent à Welche grande place. Æn même temps le commandant Elie Bourry trahissait 1eSM indigènes. 11 abandonnale morne Fendu, passa dans les rangs frane çais ‘el annonça à Berger qu'il serait. facile de battre Férou qui était privé de munitions. Laplume divisa aussitôt son armée en deux colonnes, l’une confiée au colonel Nérette fut laneée centre lé morne“ Fendu , l'autre , confiee à Berger, contre le camp de Maraudhue: Les indigènes retranchés à Maraudhue , sous les ordres de Vantol, battirent complètemént les français. En même temps la colonne que commandait Nérette assaillait le morne Fendu. Les indigènes wigou= reusement attaqués se défendirent vaillamment. Leurs femmes même se jetèrent dans la mêlée, armées de pierres et de lances. Les blancs furent de nouveau compié ètement defaits; Ts fut fait prisonniêr: ; Par ces deux échecs simultanés, le général Laplume perdit: tous ES avantages qu il avait obtenus. Les français, après s être ralliés,traversèrent le carrefour Govin, et se retranchèrent sur l'habitation: Welche grande placè. Mais les indépendans maîtres de la campagne, brûlant et saccageant tout autour deux, les forcèrent à rentrer aux |
PCUERES
Cayes. La plame se souleva alors totalement. Les indépendans y établirent des postes de toutes parts. Cependant ils ne purent contraindre les français à abandonner le camp Bourdet qui était établi à une lieue des Cayes. Aussilôt après sa rentrée aux Cayes , le co- Monel Berger croyant qu Elie Bourry l'avait trahi au morne Fendu, le fit arrêter et noyer.
A cette époque, dans les départemens du Nord, de l’Artibonite, de POuest et deSud , le guerrier indigène, quoiqu’on l'appelât soldat, na récevalt aucune paie; il s’armait et se nourrissait lui même. HI portait pour habillement une lourde étoffe de coton qu'il tissait lui mème Île plus souvent ; quelquefois il était presque nu. Sa coiffure. consistait en un chapeau.fait de paille ou de feuilles vertes. Dans les quartiers qu'oceupaient les indépendans on continuait à exploiter les terres; on plantait beaueoup d'ignames, de patates, de bananiers, de malangas; on récollait le café et on te vendait aux anglais et aux américains pour de la poudre et des armes. On faisait du sirop et du tafia sur les habitations dont les usines n'avaient pas été Incendices.. Ces produits, vivres et liqueurs, étaient transportés au quartien-général du chef qui commandait le canton qu'on occupait, et le en faisait a répartition aux officiers et aux soldats qui “n'avaient. rien apporté de la maraude. Les armes et la poudre qu'on
prenail sur Fennemi étaient aussi réparties entre les soldats par lautorité supérieure. | AT
Nous avons vu que l'insurrection générale du Sud avait commencé par la prise de Tiburon sur les. français. Cette position importante mettait les indigènes en relation avec le commerce anglais de la Jamaiïque, quoique la guerre ne fût pas encore déclarée entre le gouver-" mement britannique et ia France. |
Goman et Giles Benech y commandaient. Le général Darbois, quoique tout le quartier fût en insurrection, résolut de les en chasser. Les français avaient aux Irois, à quatre lieues de Tiburon, un camp qu'occupaient un bataillon polonais, les grenadiers de la 20.e européense, sous les ordres du commandant Mordenet, les dragons du Cap Dame-Marie, sous les ordres des chefs d'escadron Borgella et Fouillole, et un bataillon de gardes nationaux. Ce camp avait été … établi pour arrêter les progrès des indigènes vers Jérémie. Les insurgés apprenant qu'on se disposait à les attaquer, prévinrent l'ennemi, et se mirent en marche pour enlever le camp des Trois. Ils assaillirent les français , à midi , le 14 Février. Ceux-ci quoique surpris se défendirent vaillamment , el les mirent en déroule, après une heure de combat. Les indépendans se répandirent dans la campagne et se replièrent ensuite sur Tiburon. Le général Darbois qui était à Dame-Marie, vint aux Irois, avec sa rapidité ordinaire, aussitôL après cette agression. Dans la nuit même de son arrivée, du 15 au 16 Février, il se mit à la tôle de toutes les troupes du camp,
et marcha sur Tiburon. Le chef d’escadron Borgella, qui était x l'avant-garde, dispersa les indépendans qu'il, rencontra dans le grand! chemin , et ‘après avoir enlevé la redoute qui protégeait Tiburon, if entra audacieusement dans la ville avec les fuyards. Le capitaine des
éclaireurs français, Latoulte,
Ceux des insurgés qui échap
fit un horrible carnage des prisonniers.
pèrent à la mort, se rendirent au travers:
de profonds ravins auprès de Férou-eampé aux Anglais. Darboisse
hâta de retourner à Jérémie son absence. Le cabotage
qui avali été insulté par lennemi pendant entre les Cayes et Jérémie était devenw
très difficile. Begon, commandant supérieur des barges indigènes, énergiquement secondé par Aoua, son lieutenant, capturalt presque tous les petits bâtimens français qui longeatent la côte. Kerpoisson
lui même nosait lattaquer.
Dans l'Ouest , les indépendans conti-
nuaient leurs efforts pour chasser les français des villes du littoral Lamour Dérance , qui se tenait dans les mornes de la Selle, envoya
l'ordre au commandant Magloire Ambroïse d'attaquer Jacmel. Cette:
ville était cernée par plusieurs milliers de cultivateurs, divisés en: trois corps, commandés -par, les nommés Jérémie, Macaque et Ea-
croix. Ces trois officiers so
us les ordres de Magloire Ambroise, sup-
portaient avec impalience son aulorité. [ls contrariaient autant qu'ils.
le pouvaient toutes ses opérations.
gloire Ambroise divisa son
armée en cinq colonnes , et assaillit la.
place. Les commandans Jérémie, Macaque et Lacroix devaient tous:
les trois, chacun à la tête d’
kaus , principal fort de la
une colonne, attaquer ensemble le blocville. Dés que le feu commença , le:
général Pageot, le colonel Dieudonné Jambon, le commandant Burres,
‘se transportèrent avec ardeu battirent les assaillans, à la
r dans les redoules de la place, etcomlète de la légion du Cap, et de la garde:
nationale. Le poste Constant, commandé par le citoyen Lafond fut faiblement attaqué. Les plus grands efforts des indigènes se porté rent sur le blockaus que défendaient les soldats dela légion du Cap, sous les ordres du capitaine Mansui. Le fort eût été enlevé si les commandans Jérémie ct Macaque, envieux du chef de bataillon Ba
croix, ne l'avaient laissé s'é
puiser en vain, autour de la fortification,
au lieu de leseconder. Magloire Ambroise fut obligé de battre er
retraite, laissant un grand blockaus. Convaineu qu'il gence qui existait entre ses
que s'il voulait qu'il prit Jacmel, 1 fallait qu'ililui envoyât des munitions et du tafia, et qu'il lui donnât carte blanche afin qu'il put trancher: de sa troupe. Il continua néanmoins à
la tête à tous # ambitieux cerner étroitement la ville. P:
gences avec un grand nombre de citoyens noirs et de couleur des
nombre de ses,gens dans'les fossés du.
ne devait son échec qu'à la mésintelhilieutenans, 1l fit écrire à Lamour Dérance:
ageot prétendit qu il entretenait des intelli-
Jsemel qui devaient se soulever, au milieu de la place, pendant qu'il
l'attaquerait de nouveau.
Beaucoup de jeunes; gens, Le est vrai»
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