‹ Histoire d'Haiti (volume 3)Chapitre 11 sur 57 · ARR RAR À RAR À M À À AR A À À À · texte numérisé non relu

ARR RAR À RAR À M À À AR A À À À

Elle était conçue en ces termes :

« Monsieur,

«Nous. n'avons jamais prétendu nous écarter du devoir et du res+ pect que mous devons au représentant de la personne du Roi, ni même à tout ce qui depend de sa Majesté : nous en avons donné des preu-e ves par devers nous; mais, vous, mon général , homme juste , descendez vers nous; voyez celte terre que nous avons arrosée de noire sueur, ou bien plutôt de notre sang; ces édifices que nous avons élevés , et ce, dans l'espoir d'une juste récompense ! Tavons-nous obtenue, mon général? Le Roi, l'Univers ont gémi sur notre sort , et ont. brisé les chaînes que nous portions ; et nous humbles victimes, nous étions prêts à tout, ne voulant point abandonner nos maîtres; que dis-je ! je me trompe; ceux qui auraient dù nous servir de pêres, aprés Dieu, cétaient des tyrans, des monstres indignes du fruit de nos travaux; et vous voulez, brave général, que nous ressemblions à des brebis, que nous allions nous jeter dans fa gueule du Loup? Non! il est trop tard. Dieu qui combat pour l'innocent est notre

guide; il ne nous abandonnera jamais ; ainsi voilà notre devise : vaincre ou mourir. | 2 « Pour vous prouver, respectable général, que nous ne sommes pas aussi cruels que vous pouvez le croire, nous désirons, du meilleur

# de notre âme, faire la paix; mais aux clauses et conditions que tous

vG | j CMISTOIRE D'HAÏT Ti ( 1791 )

les blance, soit de la plaine ou des mornes, se retireront par devers vous pour se rendre dans leurs foyers, et par conséquent abandon: ner le Cap, sans en excepter un seul ; qu'ils emportent leur or et

précieux. | de à. Sd

« Voilà, mon général, notre profession de foi que nous soutiens drons jusqu’à la dernière goutte de notre sang. Il ne nous manque point de poudre ni de canons: ainsi la mort ou la liberté: Dieu veuille nous la faire obtenir sans effusion de sang. Alorstous

cœurs pour avoir pris cette vole. | « Mais hélas! je finis, en vous assurant que tout le contenu dela présente est aussi sincère que si nous étions pardevant vous. Ce

n'allez pas vous tromper, et croire que c'est faiblesse, en ee que nous n’aurons jamais d'autre devise: vaincre ou mourir pour la Liberté. FN + SURESNES « Vos trèshumbles et trés-obéissans serviteurs , (ous les généraux et « chefs qui composent notre armée. » |

Voilà les fruits que recueillait Blanchelande de l'insurrection. qu'il avait excitée dans les ateliers, en croyant que les esclaves soulevés n'agiraient que dans les vues du parti royaliste. Jusqu alors on ignorait au Cap qu'il fût l’auteur de cette insurrection. |

Les blancs qui composaient la petite armée de Rouvrai devinrent furieux en apprenant le contenu de cette lettre. Ils donnérent assaut à la redoute et furent repoussés. Les insurgés se eroyant invincibles

se livrérent à la joie, à la débauche, et ne se tinrent plus sur leur.

garde. Mais les blancs les surprirent, entrèrent dans le fort detoutes parts, et en passèrent six cents au fil de lépée; le reste se dispersa dans Îles montagnes. | ñ

Casa Major qui commandait au eerdon des Gonaïves, pour empêcher la révolte de pénétrer dans la province de l'Ouest, prit le camp Le-

coq; et en même temps que Thouzard s'emparait du Limbé.

La révolte fut loin d'être étouffée. Cependant les blancs, en continuant leurs succès, au lieu de s'entre-déchirer , eussent pu la refouler au sommet des plus hautes montagnes, et se maintenir dans tous les bourgs et villages jusqu à l'arrivée de quelques secours de la, métropole. Mais quand la nouvelle de Ia prise du camp Galifet arriva au: Cap, les colons crurent de nouveau qu’ils réduiraient au néant cette iosurrection quand ils voudraient faire quelques efforts. Ils n'y sone gèrent que fort peu et recommencèrent leurs luttes politiques.

Nous avons vu qu'en Juillet un grand nombre d'hommes de couleur

s'étaient réunis au Mirebalais, autour de Pinchinat, et qu'ils avaient chargé 40 d'entre eux d'employer tous les moyens pour fairestriomes

de. Je tits nets ch te

Jeurs bijoux; nous ne courons qu'après eette chère liberté, objet si

nos. vœux seront accomplis , et croyez quil en coûte beaucoup à nos

respect que nous vous portions , et que nous jurons de maintenir,

d: HISTOIRE B'HAITI. —( 1761 } | | mu

her leurs droits. Ces quarante députés s'étaient répandus dans tous Jes quartiers de la province de l'Ouest, et avaient partout excité les affranchis à prendre les armes. Les blancs qui avaient découvert une grande effervescence dans la population jaune, cherchérent à désunir les hommes de couleur en exposant à céux qui n'étaient pas nés de pérestet méres libres, qu'ils ne pourräient point jouir des avantages du décret du 45 mai. Les affranchis répondirent à ces insinuations perfides, qu'ils prendraient les armes non pas pour l'exécution du décret du 45 mai, mais pour réclamer les droits de l'homme que Dieu a créé libre. |

La municipalité du Port-au-Prince désarma ceux qui étaient en ville, et les en chassa. lis se répandirent dans les campagnes et se réunirent le 21 Août, la veille de l'insurrection du Nord, dans la maison Rateau, près du Port-au-Prince, nommérent capitaine-général, Bauvais qui se: trouvait au Mirebalais, homme expérimenté, ayant fait la guerre - de l'Indépendance des Etats Unis, sous le comte d'Estaing. Rigaud, qui avait aussi fait la guerre du continent , fut nommé colonel.

lis allèrent camper sur 1'habitation Diègue à la Charbonnière, d’où ils expédièrent partout des émissaires alin de donner de l'unité à l'i insurrection. Ceux du Mirebalais vinrent se joindre à eux. Pinchinat, ainsi que Antoine Chanlatte, demeuré dans ‘ce bourg, dirigeait les opérations de l'Assembiée générale dont il était le président. Les affranchis s'organisèrent en compagnies et enescadrons. Daguin fut nommé major général ; ; Picre re Café et Marc Borno, commant lants ; les principaux capitaines furent Aubrant, Doyon, Tessier, Pétion®, Labastille ; Jean-Baptiste Boyer fut nommé porte-étendard. Ils donnèrent la liberté à 300 eselaves noirs et mulätres dont ils formérent plusieurs DUPUIS sous la dénomination de suisses.

Le capitaine général Bauvais se fit donner pour lieutenant Lambert, noir libre, plein d'expérience, ayant fait avec lui la guerre de l'indépendance américaine.

Les nouyeaux confédérés étaient assez bien armés: ils portaient des couteaux de chasse, des lances , des piques, des sabres, des épées ; ils étaient la p' lupart montés , soit sur des mulets, soit sur des chevaux. Els étaient comme tous les hommes du peuple qui se révoltent, sans uniforme, en blouses, en vestes , en chapeaux de paille. Ils ve: naient de s organiser quand ils apprirent qu’un escadron de la milice blanche, ua des habitans du Grand-fond descendait, au Port-au- Prince, commandé é per un colon blanc nommé Jean François Lespinasse, Sur le champ Beauvais demanda cinquante hommes de bonne volonté pour aller à la rencontre des blancs. Toute la petite armée se présenta. Il fut contraint d'en choisir lui-même cinquante , et se mit en marche à leur tête. Il rencontra les planteurs à la Coupe sur l'habitation Nérette, le 30 Août 1791, à l'entrée du chemin qui conduit au Portau-Prince. Là s'engagea un combat de cavalerie, Les blanes après

avoir perdu trois hommes, prirent la fuite, blessés la plupart. Le succés

des hommes de couleur n'était pas douteux; ils étaient animés de à fureur du désespoir, le cœur soutenu par la justice de leurs droits, et déterminés à vaincre ou à mourir; les blancs de leur côté nes’attendaient pas à cette attaque; el la surprise qu'ils éprouvèrent dese voir assaillis par leurs affranchis jusqu'alors si humbles devant eux, ne contribua pas peu à leur défaite.

Après ce combat, les hommes de couleur manquant de vivre à Diègue , se relirérent à Métivier. Ils virent arriver sur cette habitation des députés envoyés par Hanus de Jumécourt, riche planteur du parti royaliste, chargés de s'informer des circonstances du combat de la Coupe et des dispositions des affranchis. Ea Croix des-Bouquets était oceupée par les blancs royalistes qui, fuyant la tyrannie des pomponsrouges du Port-au-Prince, s’y étaient réunis. Hanus de Jumécourt était l'âme de toutes leurs opérations. Les hommes de couleur ‘ui ré: pondirent qu'ils ne mettraient bas les armes, que lorsqu'ils auraient obtenu l'exécution du décret du 45 Mai. De Jumécourt convoqua

tous les habitans, leur exposa la cause de la révolte des affranchis, le |

danger de la circonstance, et la nécesstié de nommer un officier réunissant tous les pouvoirs. Quoiqu'il fût très-favorable aux hommes de couleur il fut nommé procureur général de la paroisse. Il-offrit sa médiation aux pompons-rouges et aux affranchis ; ceux-ci lPacceptè. rent; mails les patriotes la rejetèrent. p Les petits blancs du Port-au-Prince, en voyant entrer en ville,

les habitans du Grand-Fond couverts de sang, ne purent contenir

leur fureur ; ils ne demandaient que vengeance contre les hommes'de

couleur. Dans la nuit du premier au deux Septembre, là garde.

nationale, composée de blancs, 190 hommes d'artillerie avec six pièces de campagne, commandés par Praloto, 209 hommes des régiments d'Artois “et de Normandie, et 200 matelots de la siation, sortirent du Port-au-Prince, et pénétrérent dans la plaine du Cul-de-Sac. Les ma-

telots étaient chargés de sacs destinés à être remplis de têtes de. mulâtres , pour lesquelles on leur avait promis des sommes importan

tes. * L'armée blanche s'arrêta à Pernier où elle campa.

Pendant cet intervalle, les hommes de couleur résolurent de se rendre au Trou Caïman, au pied des montagnes du Mirebalais, afia de se mettre plus facilement en rapport avec leur assemblée générale: Ils moarchèrent sur trois colonnes, la plupart à cheval, sans ordre, caracofant , riant et chantant. lis étaient pleins de confiance en l'avenir; et l'on ne voyait dans leurs rangs que des élancemens d’enthousiasme. Lambert et Bauvais leur défendirent d'attaquer les blancs. La première colonne avait déjà laissé loin derrière elle l'habitation Pernier , lorsque Aubrant qui commandait celle du centre, revint sur ges pas et exhorta Doyon, chef de l'arrière-garde à attaquer. Doyon

- * 80 gourdes par tête, | | 3

STOIRE D'HAITI ef 1791 5 #9

Jui répondit que Bauvais et Lambert leur avait défendu de combattre, Aubrant, sans répliquer, retourna au galop, à la tête de sa colon: ne, pénétra à Pernier, et demanda aux officiers d'Artois et de Normandie s'ils voulaient toujours être les instrumens de la tyrannie. Les blancs indignés de son audace sc précipitèr ent sur lui; il les arrêta en abattant Fun deux d'un coup de pistolet, et le combat commença Aussitôt. C'était le 2 septembre. La colonne du centre soutint sans sébranler le feu le plus vif. Aux détonnations de l'artillerie de Praloto, l'avant-garde et l'arrière-garde des affranchis accoururent au secours d'Aubiant, Les blancs, enfoncés de toutes parts, taillés en pièces, perdirent toute leur artillerie.. La fureur des affranchis fut portée à son comble, quand ils virent les sacs qui devaient être remplis de leurs têtes: presque tous les matelois furent impitoyablement égorgés, |

Pendant la déroute, un officier du bataillon d'Artois allait être vic- “time de la rage des vainqueurs , lorsqu'un jeune homme de couleur sélança au-devant. des sabres et des épées, et s'écria : Grâce aux vaineus, ne souillons pas notre victoire par des actes de cruauté. Le blane fut sauvé. Ce jeune homme était Pétion, le principal fondateur de la République d'Haïti, qui débutait dans la carrière militaire par une noble action. Pendant la bataille de Pernier, Bauvais s'était fait remarquer de toute l'armée par son sang froid et un rare courage.

Après ‘cette bataille, les hommes de couleur se retirèrent au Trou- ‘Caïiman. Ils yprirent ‘une attitude si respectable que les planteurs royalistes du Mirebalais et de la Croi-des-Bouquets firent avec eux, le 7 Septembre, un concordat qui soumetlait les parties contractantes à l'exécution précise des décrets nationaux, sanctionnés par le roi, sans resinietion ni protestation, en les assujétissant également à l'exécution de celui du 15 Mai, sil arrivait révêtu de la sanction royale. Le concordat fut signé à Ja Croix-des Bouquets ; les planteurs y étaient représentés par Messieurs de Jumécourt, Lespinasse , Droüillard, Tarbé Las marre ; et les hommes de couleur par Messieurs Bauvais , Rigaud, Daguin fils, Barthélemy, Joseph Lébastilles Daguin ainé, Pierre Café* et Pierre Pellerin.

Les affranchis vinrent camper à la Croix-des-Bouquets ; et quoiqu'ils fussent tout dévoués à la France révolutionnaire, ils pactisaient cependant avec les royalistes afin de pouvoir mieux résister au parti des petits-blancs ou pompons-rouges. Les petits blancs se montraient bien aussi . révolutionnaires zélés; mais ils voulaient le maintien de l'ancien régime quant -aux mulâtres et aux noirs ; ils faisaient une guerre cruelle aux grands planteurs qui formaient l'aristocratie coloniale. Les affrañchis et les pompons-blancs devaient done se réunir contre l'ennemi commun.

t Pierre Café était le fils de Coutard le planteur; son père ne l'ayant pas reçonnu, il prit le.nom de Pierre Café,

Pendant ce temps Jourdain et Gérin, hommes de couleur, qui s 1 taient trouvés À la réunion de Rastau, prés du Port:au-Prince, s'étaient rendus dans le quartier du Petit-Trou (province du Sud) où ils avaient leurs propriétés. Ils résolurent d'exécuter ce qu'ils avaient promis à leurs frères de l'Ouest, c’est-à-dire de soulever les ateliers et de s'emparer du bourg sur les blanes. Ils se réunirent la plupart, armérent les esclaves et vinrent assaillir Roy &@e Kermcler, colon blanc qui commandait au Petit: Trou. Après un combat sanghnt, iis pénétrérent dans la place et s’en emparërent le 40 Août, jour du eombat de Né-m rette. Ils Po Cost les personnes et les propriétés. Avant 4789, Roy de Kermeler avait cruellement persécuté Jourdain. Les affranchis et les esclaves ne den da ent qu'une seule tête, c'était celle de Kermeler. His se précipitèrent en foule vers sa demeure, se disposant à exercer sur lui les plus cruelles vengeances. Jourdain arrêta leur fureur; et par l'influence qu'il exerçait sur eux, les contraignil à respecter la demeure de son ennemi. Il entra seul dans la maison de Kerméler , lui présenta une épée, lui déclara qu'il venait non pas l'assassiner, mais se PANBNANT ae combat singulier, des affronts qu'il avait reçus. Le mulitre et le blanc croisèrent le fer en présence des insurgés qui formèrent le cercle, et après une lutte dont le succés demeura long-temps douteux, Kermeler tomba , ‘atteint à la poitrine. Jourdain lui fit donner la sépulture. Quelques jours après, lé$ blanes des paroisses qui avoisinent-le Petit Trou marchèrent eontre les insurgés; mais ils furent battus sur tous les points. Jourdain donna la li: berté aux plus intrépides des esclaves qu'il avait soulevés, et rétablit l'ordre et le travail ans les campagnes. Le Petit-Trou, pendant touten la révolution ne fut jamais enlevé aux affranchis.

. Les pompons-rouges du Port-au Prince; effrayés de la puissance qu'ac-m quéraient Îles hommes de couleur, se ‘résolurent à traiter avec eux, contre l'avis de Praloto qui demandait toujours leur extermination. Ils

- envoyèrent à la Croix-des-Bouquets des députés qui signèrent dans l'Eglise de ce bourg, le 11 Septembre, un concordat avec les affran= chis. On voit ces derniers se faire accorder par leur énergie ce qu ile n'avaient pu obtenir par les plus justes réclamations.

Les blancs avaient proposé de stipuler dans le traité que les esclaves, connus sous la dénomination de suisses, qui avaient combattu contre eux dans les rangs des affranchis, retourneraient dans la servitude sur leurs habitations respectives. À cette proposition, Daguin avait dégai-" né son épée et s'était écrié: Tambours, battez la générale! Les blancs: déconcertés n'avaient pas insisté davantage. #

"Ce nouveau concordat renfermait les mêmes dispositions que celtéil du 7 Septembre, si ce n’est quelques dispositions relatives aux frères

* On avait donné le nom de Suisses à ces esclaves, par allusion à ces intrépides montagnards de FRERES qui surent toujours faire Rad leur .

liberté, | | | 7

po

“ HISTOIRE p’uarTi.—( 1791 } » NP 81:

“Poisson, à Desmarres, à Renaud, à Lapointe, à Ogé et à Chavanñes ic. Les jugemens par lesquels ils avaient été condamnés furent dé. “clarés infâmes, dignes d'être voués à l'exécration contemporaine et fu “ture, ct regardés comme la cause des malheurs de la colonie. Mr. “Gamot , le président des commissaires blancs, déclara dans un discours “prononcé à la fin de la cérémonie, que ce jour où le flambeau de la “Raison les éclairait tous était à jamais mémorable. Il se faisait en mé. metemps un coneordat entre les blancs et les “hommes de couleur de St-Marc.

L'esprit d'indépendance qui avait fait de grands progrès dans la classe blanche, existait non seulement parmi les grands planteurs, mais aussi parmi les petits-blancs qui aimaient mieux se détacher de la France que “de.reconnaltre les-affranchis pour leurs égaux. Excités par la municipalité, les pompons-rouges du Port-au-Prince demandèrent des secours 4 là Jamaique, et virent arriver dans leur port un brick anglais le Centurion, et une corvette chargée de munitions de guerre et de bouche. Enhardis par ces secours, ils offrirent aux affranchis d’accep. ter leur projet d'indépendance à l'égard de la métropole. Ceux-ci repoussérent avec indignation cette proposition. Alors la municipalité “poria l'assemblée coloniale à ne pas ratifier le concordat du 14 Septembre; elle fit plus elle le cassa. Cette manière d'agir fut désapprouvée, non seulement par Hanus de Jumécourt, mais par Caradeux lui-même, Pendant ce temps, la eonfédération des hommes de couleur faisait dérapides progrès dans la province du Sud où la ville de St-Louis Avail aussi fail un concordat avec les blancs. + Dans. le Nord, l'insurrection devenue presque générale menaçait de’ se propager dans l'Ouest.

Les blancs du Port-au-Prince, ayant vu ani de la rade les bâtimens de guerre anglais, furent effrayés d'être réduits à leurs propres forces. IL était de leur intérêt que les hommes libres, noirs, blancs et jaunes se réunissent pour maintenir l'esclavage. Mais lxille était livrée à une telle anarchie que la plus vile populace et les soldats y dominaient, Les membres de la municipalité qui jusqu'alors avaient excité la canaille contre les pompons blancs , ne purent “contenir ; ils furent débordés. En vain s'efforçaient-ils de lui faire “comprendre quil fallait traîter avec les affranchis dont le nombre s’élevait déja à 4000 hommes environ: Praloto et les siens qui ne pou- Naient exister que par l'incendie, le massacre et le pillage, s'opposaient doutes sortes de négociations tendant à ramener la tranquillité.

mLe 10 Octobre une députation des planteurs de la Croix-des-Bouquets, envoyée par Hanus de Jumécourt, vint au Port-au-Prince, demandant Pexéeution du concordat du 41 Septembre ; les députés ne purent rien Obtenir, et faillirent même d'être égorgés dans les rues. De leur côté. les affranchis y vinrent chercher des vivres; mais les agitateurs les en chassèrent à

| J 83 | . STOYRE. D'HAITI —( 1781 } Nr USE

Cependant la municipalité déployant un peu d'énergie, eonvoqua le“ 47 Sejiembre une Assemblée de la commune pouf faire exéeuterle | eoncordat du 14. Mais la canaïlle envahit les sailes ; le tumulte is affreux , ét rien ne fut décidé. |

Caradeux ne se découragea pas: malgré l'opposition ct les menaces | de Praloto, 11 filnommer le 49 Octobre des commissaires qui se rendirent sur - babitation’ ES pour y discuter les articles d'un nouveau traité avec les afiranchis, EE y avait vingt-sept députés blancs présie . dés par Caradeux aîné, sa ésenta nt, les paroisses du Port-au-Prince, de Sti-Marc, de Léogane, du Mirchalais, des Me de la Petite- Rivière, de la Croix des Bouquets, au Petit Goûe, e Jacmel, de l'Arca:. haie. Les dé ‘putes des citoyens de couleur présides pur Pinchinat étaient réunis au nombre de trente-six; ils représente ient les mêmes. paroisses, = Le 49 Octobre, jour de la réunion , un nouveau concordat futsim gné à Goureau, par lequel celui du FE Septembre fut recennu légak et conforme à la constitution. Il y fut en outre stipul é que les citogens blancs rappeleraient leurs députés qui siégeaient à Assemblée co loniale, et priraient Blanchelande d'en prononcer la dissolution, Ee Di manche 23 Octobre, des députations de blancs ‘et d’affranchis se ren= direut à Damiens où le maire du Port-au-Prince, le citoyen Lérem- ; bourg leur donna lecture du concordat du 49. De part et d'autreon jura de maintenir le traité dans toute sa teneur. Î . Le lendemain 24 Octobre, les hommes de couleur au nombre*des deux mille environ, entrérent solennellement au Port au-Prince , con 1 jointement avec les blancs. Caradeux et Bauvais, bras dessus bras des. sous marchaient à leur tête. Les blancs et les aff ranchis s'embr ass # rent et se jurèrent de demeurer toujours unis. D

Au milieu de l'enthousiasme général, Caradeux fut proclamé géné-

ral des gardes nationales de FOuest, ct Bauvais commandant, en "se cond. Les affranchis occupèrent le palais du gouvernement sous leg ordres de Bauvais, et le quartier du Bélair, sous les ordres d'Aübrant Peu de jours après, ils furent renforcés par les hommes de couleur du Mirebalais commandés par Borno aîné, par ceux de l'Arcahaié, ayantm à leur tête Lapointe, et par ceux de la Petite Rivière de l'Artibonite, 1 de St Marc, des Verreites, de Jacmel. Lapointe se transporta au grelfes de la municipalité , se fit livrer tous les jugements rendus contre les. gens de couleur avant et depuis la révolution, et les Hivra aux flammes.

Pendant cet intervalle, Caradeux et Lérembourg quine perdaient pas de’ vue le maintien de l'esclavage , proposérent à Bauvais, à Lambert et à Pinchinat, de déporter les esclaves qui avaient pris les armes avec les affranchis , sous la dénomination de Suisses. Cette proposition qui avait! déjà été faite à la Croix-des-Bouquets lors du coneordat du 11Septembre. mit Bauvais, Lambert e4 Pinchinat dans une pénible alternative. Ms p osérent en décider seuls. Les chefs des.blanes , et ceux des hom= mes de couleur, réunis en assemblée, volérent par assis et Fe ns als

HISTOIRE D'HAITI. Fear 1701 ) | "88

gré l'opposition de Rigaud , de Pétion et de plusieurs autres, qu'il serait dangereux de renvoyér dans les atéliers des hommes qui avaient joui de la liberté. 11 fut résolu qu'ils seraient envoyés chez les Mosquitos du Guatémala avec des instrumens aratoires. Ils furent em. barqués sur le bâtiment l'Emmanuel, de Nantes, (deux Novembre ; 5) tk ‘quatre commissaires de couleur, les citoyens Charles Haran, Louis Bon=. -neau, Cadet Chanlatte et Barthélemy Richiez, les accompagnérent montés sur un brick de guerre la Philippine, capitaine Bélanger. Ces quatre commissaires étaient chargés de faire exécuter la déeision des eïtoyens, blancs et des affranchis à l égard des infortunés Suisses. L'affranchi Bois rond le jeune protesta par un écrit énergique contre ce crime affreux. Combien la journée du 24 Ociobre eût été belle et noble, si chacun y “eüt-trouvé la -récompense due à sa valeur; elle demeure au coniraire, dans notre histoire, un jour sombre et néfaste. Quand! Emmanuel et la Philippine arrivèrent dans les eaux de Jérémie, les capitaines Bélanger et Colimin se séparèrent pendant la nuit, après s ê-

tre abouchés. Le bâtiment de guerre que ‘montaient les COMMIS=

“sdires se rendit dans fa baie @es Mosquitos, en visita Îles côtes ;: “atteignit Carthagène, et ne rencontra nulle part l'Emmauuel. Il se rendit à la Jamaique où 1l apprit quelle avait été la conduite du capitaine cohinuin. Celui-ci au licu de conduire les Suisses noirs et de couleur: aufand du golfe du Mexique, les avait jetés sur les côtes de la Jamaïque, “aprés avoir vaihement tenté de les: vendre. Le gouverneur et lAssemblée. de cette colonie furent indignés de cet acte dw gouverne. ment de Si- Domingue ; ils craignaient que de tels hôtes ne répandis- » sent, parmi leurs esclaves des idées de liberté. Le commodore Afleck

fut chargé de demander raison de cette. bffens e à l’Assemblée colo-

hiale qui donpa au gouvernement anglais toutès sortes de satisfaction. L‘Assembiée coloniale envoya au Môle Si Nicolas les maiheureux Suiss ses qui avaient été ramenés à St-Domingue par les angiais. Ils. furent mis aux fers sur un ponton. (a Au bout de quelques jours, des assassins montèrent à bord, pendant une nuit trés-obscure, les égorgérent la plupart et jetérent léurs eada- - vres à la mer. Tout porte à croire que l'Assemblée coloniale avait ordonné-cetite exécution , car elle ne fit jamais poursuivre les. assassins d'une manière sérieuse. Les blancs eme yarent dans l'Ouest une. vingtaine de ces esclaves comme une preuve de la perfidie des hommes de couieur à l'égard des noirs. Les quatre commissaires conduits au Cap par le capitaine Bélanger, furent emprisonnés. Blanchelande les mettra en liberté, quand le décret du A4 Avril 1792 arrivera Officiellement à St- Domingue.

.. L'assemblée coloniale, en apprenant le concordat de Goureau entre … les blancs et les’ affranchis de l'Ouest, envoya à la Jamaïque des dé- … puiés chargés de prier le gouverneur de cette Île de venir prendre possession de St-Domingue, Celui-ci répoudit que l'union parfaite qu

84 | AISTOIRE m'MAITI.—( 1791 )

existait entre la france et l'Angleterre ne lui permettait pas d'entreprendre cette expédition.

Pendant cet intervalle, le club Massiac, s'étayant de l'influence de Barnave qui seul dirigeait le comité colonial de l'Assemblée nationale de France, s’efforçait de faire révoquer le décret du 15 Mai: Barnave porta Louis XVI à nommer pour exécuter ce décret à St-Do: mingue , trois hommes dévoués à la contre révolution, Guillot, Dhérisson et Lahuproye ; mais | Assemblée nationale les remplaça par trois citoyens dévoués aux principes de 89, Roume, Mirbeck et St-Léger.

ny s 4 | je tiel:

Barnave parvint à faire ajourner leur départ : et ‘pendant cet intervalle, ‘\

Assemblée nationale apprit, par les rapports des vilies maritimes, que le décret du 15 Mai avait fait éclater des maux imcalculables dans Ja colonie. Elle l'annula ir celui du 24 Septembre « qui assurait. « aux blancs des colonies la législation exclusive sur les hommes de. s couleur et les esclaves sous la sanction absolue du roi.’ »

L'Assemblée coloniale qui venait d être forcée de souscrire au/concordat du 24 Octobre, en apprenant la nouvelle du décret du 24 Sep: tembre, rétracta la promesse quelle avait faite le 5 du même mois d améiorer le sort des affranchis.

Comme le bruit se répandait que les trois commissaires arrivaiené

avec 6,000 hommes de troupes, les blancs pensèrent qu'ils n'avaient

plus rien à eraindre de leurs ennemis communs. L'Assemblée coloniale,

se divisa en deux CAMP : les Rossus ou côté-est formaient le parti aristocratique, composé des employés civils et militaires, des grands plan: teurs et voulant le maintien de l'ancien régime à Saint-Domingue, comme en France; les Crochus ou côté ouest formaient le parti démocraz# tique composé en majorité de petits-blancs, voulant le triomphe de la, révolution, mais l'asservissement des nègres et des mulâtres. Ce dernier parti dominait dans À Assemblée,

Blanchelande avait à combattre le parti révolutionnaire, les sffanchie ll et les esclaves. Il envoya demander des secours à la Martinique ; et le .

gouverneur de cette île, M” de Behague, lui spé a le vaisseau l'Eole, 1

la frégate la Didon et le brick le Cerf, sous les ordres de M' de Girar= din. L'escadre mouilla au Gap le 16 Novembre, Les officiers de las

station la plupart royalistes, suscitérent au Cap de grands troubles.

La générale y fut battue; les Bossus et les Crochus faillirent en vepir aux mains; enfin le parti révolutionnaire l'emporta, et les offih

ciers “royalistes furent renvoyés en France. L'Assemblée coloniale nom=

ma alors, capitaine général, Dassas, major du régiment du Cap. Ce Dassas, quoiqu il appartint à une "famille aristocratique, s'attachas au parti révolutionnaire , ne se fit remarquer que par ses défaites,

et par sa conduite séditieuse dans les rues du Cap. L'Assemblée colonias

le ajourna l'émancipation politique des affranchis , malgré les discours

sisiouns p'aaint( 1191) #8

gâges él même en harmonie avec les intérêts des blancs, de Rouvrai et de Thouzard. * …. Peridant ce temps, dans Ouest, tout semblait annoncer que la guerre ne tarderait pas à éclater de nouveau entre lesaffranchis et les blancs, La municipalité et Praloto, quoique trois des quatre sections du Port: au-Prince ; eussent voté là ratification et l'exécution dû traité de paix, mettaient tout en œuvre pour rompre avec les hommes de couleur. “Pinchinat, Bauvais, Lambert commencaient à éprouver des inquiétudes. Les blancs prenaient une attitude menäçante; ils se tenaient sous les armes dans leurs quartiers; les hommes de couleur s'étaient au contraire en grande partie dispersés; presque tous ceux du Sud Sétaient retirés avec Rigaud dans leur province; leurs compagnies étaient peu nombreuses. C'était le 21 Novembre. La quatrième section du Port au- Prince, où dominait en maître l'italien Praloto, de Mmanda qu'on renvoyât à une autre époque l'exécution du concordat; en même temps les soldats d'Artois et de Normandie se réunissaient “dans leurs casernes, Les affranchis voyant que tout s’agitait autour d'eux, se réunirent au Palais du gouvernement et au Bélair. Un nom: mé Scapin , tambour noir, se rendant à son poste , fut arrêté par des blancs qui prétendaient qu'il n'avait jamais été libre. Avant que Bauvais eût eu le temps de faire ses réclamations, Seapin avait été flagellé et pendu à un des réverbères dela municipalité. Les hommes de couleur indignés délibéraient sur le parti qu ils auraient à prendre, quand un officier blanc sortant du gouvernement, où Praloto l'avait envoyé auprès de Bauvais , traversa la Place d'Armes, el fut atteint au bras d'une balle que lui lança le lieutenant Valrmhé, homme de couleur. Aussitôt les blancs crièrent aux armes de toutes parts , la générale fut batiue, Praloto partit de l'arsenal à la tête de trois bätaillons de la garde nas lionale , avec vingt piéces de campagne, et vint se ranger en bataille Meyant le palais du gouvernement. Bauvais n'avait à lui opposer que sept faibles compagnies tant d'infanterie que de cavalerie, et une compagnie d'artillerie commandée par Pétion. Celui-ci avait établi 2 piéces de eanon, au milieu de la barrière du gouvernement.

Le feu commença aussitôt; les bouiets ramés et la mitraille eussent anéanti les hommes de couleur, si l'artillerie. blanche avait été bien servie. ‘Les affranchis dont le courage était soutenu par le sang-froid de Bauvais, répondaient énergiquement au feu de l'ennemi. Les chasseurs de Sale Trou , adroits tireurs, reuversaient la plupart des artilleurs blancs. Tout à coup les troupes de Praloto furent renforcées par “les régimens d'Artois et de Normandie qui, ayant reçu dans leurs ca sernes quelques boulets lancés par les hommes de couleur, avaient rompu la neutralité qu'ils obstrvaient depuis le commencement de l'af: faire, et étaient venus prendre part au combat. Aubrant descendait du Bélair avec trois compagnies, pour attaquer en flanc Pralote et le

* Voir ces discours dans les pièces justificatives;

Fr

campa à Bizoton, à une lieue du Port-au-Prince; Savary homme de“

86 | &iSTOIRE D'HAITI.—( 1791 )

forcer à la retraite, lorsque le major-général Taillefer , a ia tèteuune « colonne de troupes blanches, vint l'assaillir par derrière, après avoir

‘ traversé la rue des Gésars. Aubrant rétrograda, s’élença avec fureur

aur les blancs, les culbuta , et les poursuivit jusque sur la place“de } Eglise où Taillefer fut tué. Il se retrancha ensuite sur de Belair. Alors les régimens d'Artois, de Normandie, et le corps royal d'artillerie attaquèrent le gouvernement du côté Sud. Déjà Bauvais privé de projectiles: avait remplacé les boulets par des pierres ; la poudre même vint à lur man: quer; il ordonna de battre en retraite ; et pendant qu'il enclouait ses pièces et les jetait dans les fossés, le capitaine Doyon , campé à Moi" talet, protégeait sa retraite, en arrêlant Caradeux qui ;s’efforçait de tour" ner le palais du gouvernement. Bauvais traversa en bon ordre Phas bitation Coviu et se relira à la Croix-des-Bouquets. On s'était battu” depuis deux heures de l'après midi jusqu'au soir. 8% Dès que le eombat fut terminé, le feu éclata dans tous les quartiers de la ville. Aucun effort ne put arrêter l'incendie propagé par Praloto et sa bande. Les hommes de couleur qui n'avaient pas pris les armes furent massacrés dans les rues, ainsi que leurs femmes: Beaucoup de ces malheureuses se réfugièrent dans les eampagness d'au: tres, poursuivies de toutes parts dans la ville, se précipitèrent, dans” la rade et atteignirent les mangliers des ilots qui ferment le port; mais elles furent mitraillées, du rivage, par l'artillerie de Praloto. La canaïlle blanche« répandue le long du quai accusa les négocians blancs d’être les auteurs de l'incendie, et livra au pillage les plus riches magasins. E Le lendemuin, à la pointe du jour, Aubrant abandonna le bélair et prit le chemin de la Croix-dés-Bouquets où il rencontra Bauvais. è Le feu ne cessa de répandre ses ravages qu'au bout de 48 heures: 27 îlets de la ville sur 30 furent la proie des flammes; 500 maisons furent brûlées, et les pertes s’élevèrent à 50 millions de livres tournois. Les affranchis indignés de la conduite perfide des citoyens du Portau-Prince à leuriégard, ne gardèrent plus aucun ménagement envers les blancs. 4 Ceux du Sud, apprenant l'affaire du %1 Novembre, sortirent des Cayes et allérent se retrancher dans les campagnes; les blanes-vinrent« les attaquer, et furent sans cesse battus. Rigaud revenu de sa province,

couleur, prit uné attitude menaçante à St-Marc. Pinchinat, Bauvais, Chanlatie et Rigaud, par une adresse d'une grande énergie revolution-« naire , appelérent aux armes leurs frères de toute la colomie : :

« Amis, la Patrie est en danger; de tous côtés nos frères armés « marchent à la défense de leurs droits méprisés, et à la vengeance « de la foi des traités violés; il n'y à pas un instant à perdre : qui « conque diffère ou balance à marcher en ce moment, est, à tropjuste « titre, suspect, coupabie du erime de lèse-nation, déclaré traitre à la Pas

A és

A+ AA A

HISTOIRE D'HAITI—{ 1791 ) À 85 trie, indigne de vivre, ses biens confisqués, et son nom voué à lexécration contemporaine et future. \

« Volons, chers amis, au siège du Portau Prince; plongeons nog "bras ensanglañtés, vengeurs du parjure et de fa perfidie , dans le “sein dé ces monstres d Europe. Assez et trop long-temps , - nous avons sérvi de jouet à leurs passions et à leurs manœuvres insidieuses ; assez et trop long-temps nous gernissons sous le joug. Dé. truisons nos iyrans, ensevelissous avec eux jusqu'aux moindres vesti ges de notre ie arrachons jusqu à ses racines les plus pro fondes, cet arbre du préjugé. Engagez les uas, iutimidez les autres, promettez , menacez , entrainez dans volre marche les citoyens blanes et vertueux; mais surtout, chers amis, unions courage et célérité; ainenez-nous, bagagés, eanous, munitions de guerre et de bouche, et venez tout de suite vous rallier sous Fétesdard com- Emun; Cest là que nous devons tous périr ou venger Dieu, la nature, la loi et i humanité si long-temps ouiragés dans ces ciinatsg d'horreur. » * ru brome D |

Les hommes dé couleur de l'Artibonite et du Sud, ne demeurérent pas sourds à cet appel, el vinrent en grand nombre renforéer leurs frères de 1 Ouest. Bauvais demeura à la Croix-des- Bouquets qu'il fortibia ; le Mirebaiais fut garni de troupes; et Rigaud étabii à Marquissant inquiétait eonsidérablement le Port-au Prince. Pinchinat présidani tous les conseils, donnait une direction active à toutes les opérations. Quant aux blancs royalistes de la plaine du Gui-de Sac, ils continuè=

rent. à respecter le concordat de Goureau:

» Depuis l'expulsion des afframchis du Port au-Prince, les plus grans des” horreurs s cxerçaient dans cetie ville. Praloto el ses satellites pour- Suivaient à outrance les blancs conuus par leurs richesses qu'ils trai-

{aieni daristocrates ; et les contraignaient à fuir ; soit à l'étranger,

soit dans la plaine ‘du Cul-de- Sac: -On en vit pendre plusieurs” aux

portes de leurs demeures. Beaucoup vinrent demander asyle aux gens

de couleur qui les reçurent avec genérosiié. La division qui existait parmi les blancs favorisait grandement la cause des affranchis. Cependant le Port au-Prince cerné étroitement par les mulâtres , en-

woya à la Croix- -des-Bouquets Caradeux de ia Caye frère de Caradeux

le cruel, chargé d'anioncer à Pinchinai et à Bauvais, que le concordat du 23 Octobre n’était pas détruit, et de leur proposer la forma tion d'une nouvelle municipalité composée de blaues et d'hommes de couleur. Caradéux ne fut pas accueilli. ; Alors la municipalité jeta les jeux sur Grimouard qui commandait depuis la mort de Village la division navale, composée du vaisseau le Borée et de la frégate ia Ga- Hithée. Grimouard. ofticier estimé des deux partis, fit conduie aux gens de couieur leurs enfans, et celies de leurs femmes qui ü a- Naient pas été égorgées dans la jour née di 24 Novembre. Ai vint lut-

2 Cette adresse iut rédigée par Juste Uhanlatte:

4 Ages a 0"

&s | a pisToiRs p'watr—( 1791)

même à la A idehanttns et trouva Bauvais disposé à entrer @ | mégociations. - :

Les hommes de couleur demandèrent l'embarquement des de tionaux soldés, des canonniers de Praloto et des chefs de brigands, \ d'aprés une liste qui en serait fournie; la remise à leurs troupes du fort St-Joseph et de celui de Belair , la formation d'une nouvelle garde nationale et d'une municipalité provisoire; l'annulation des actes del l'ancienne municipalité et de l'assemblée de l'Ouest , la ratification ‘du traité de paix du 23 Octobre par Blanchelande. Les blancs hésitaient, à accepter ces conditions que repoussait Praloto , quand üls apprirentu l'arrivée au Cap des commissaires civils envoyés par la France: La municipalité ne douta pas que ces délégués ne fissent exécuter le dé” cret du 24 Septembre; elle ne voulut pl us traitér avec les gens de’ couleur comptant du reste beaucoup sur les six mille hommes promiss par la métropole. Grimouard rappelé de la Croixdes Bouquets fait d'être déchiré par la populace, et les négociations furent rompues. La ville fut cernée plus étroitement par les confédérés. Ils” en "dé: tournèrent les eaux de Turgeot et de Marquissant ; les vivres ne purent y arriver et la famine y devint horrible. Jusqu’alors les esclaves dé FOuest n'avaient pas pris les armes; les affranchis qui exerçaientsur eux une puissante influence les maintenaient dans une tranquillité par faite. Si les hommes de couleur du Nord n'avaient pas perdu leur prestige par la non-réussite de l’entreprise d'Ogé, ils eussent exercé la même influence sur les {ateliers de leur province. Il est vrai que le territoire de l'Ouest est plus favorable à la guerre que celui du Nord presque toutes les forces des affranchis de l'Ouest se trouvaient con“ centrées dans un cercle étroit rempli de positions militaires naturel: lement inexpugnables. Maîtres des montagnes du Mirebalais qui sés parent à l'Est la province de l'Ouest de la partie espagnole, les mu ‘âtres garantissaient Île Cul-de-Sac, de toute attaque; maitres 44 plaines de Léogane cet des montagnes de Jacmel, ils coupaient toutes :les communications entre les blancs du Sud et le Port au-Prince À foyer. de la puissance de leurs ennemis dans l'Ouest. Pendant ce temps les aflranchis du Sud bloquaient par terre Li il des Cayes, rompaient les traités qu'ils avaient faits avec les blancs, les massacraient dans les campagnes. Le jour même de l'incendie du Port-au-Prince, ceux de Jacmel avaient contraint les blanes de cette ville : à faire avec eux un eoncordat. 1 À la même époque, Garran-Couion député de Paris à la législative L demandait la confirmation provisoire du concordat passé à entre les blancs et les hommes de couleur. (Moniteur de EE

DO j ; 5

Page 1