‹ Histoire d'Haiti (volume 3)Chapitre 12 sur 57 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

Sommanre. Arrivée des commissaires civils , Mirbeck, Roume & St-Léger.— Jean François et. Biassou envoient des députés au Cap—Arrivée de St.-Léger au Port-an- Prince—Bleck.—Combat de Mercy.—-Romaine la prophétesse.—Les blancs da Portau-Prince prennent la Creix-des-Bouquets.—Eapointe fait égorger les blancs de l'Archhaie —Les affranchis soulèvent les esclaves du Cul-de-Sac,—Bataiile de la Croix-des Bouquets. — Des troupes européennes arrivent dans la colonie. — Ré: volte au Cap contre Blanchelande. — Mirbeck et .St Léger partent pour Fiance. —Reume demeure seul dans la colonie.—Biassou attaque le Cap.—Dumontellier.— Borel.—Concordat du 14-Avril—Concordat de paix et d'union —Prépondérance des affranchis dans l'Ouest— Départ de Caradeux pour les Etats Unis,

Pendant que les affranchis de l'Ouest bloqüaient le Port-au-Prince , les commissaires civils Mirbeck, Roume et St-Léger étaient arrivés au Cap. (28 Novembre.) En débarquant ils furent saisis d'horreur à la mue des nombreux gibets auxquels étaient suspendus des cadavres noirs “et jaunes, le long du rivage. Ces’ trois délégués appartenaient au parti constitutionnel. Le 3 Décembre l’Assemblée coloniale les reçut dans son sein et les combla d’éloges. Roume dans le discours qu’il prononça laissa découvrir que l'Assemblée coloniale aurait à marcher en - harmonie avec les déerets de. la constituante. De nouveaux débais s'élevèrent ensuite au sujet de la dénomination de l’Assemblée qui changea son titre d'Assemblée générale, en celui d'Assemblée coloniale de la partie française de St-Domingue. | Les insurgés de la province du Nord qui n’avaient pu s’entendre avee #Blanchelande voulant envoyer des députés au Gap, obtinrent des com: missaires civils une suspension d'hostilités. Deux hommes de eouleur Raynal et Duplessis se chargèrent d'être leurs représentans. Conduits à la barre de l'Assemblée coloniale , ils donnérent lecture d’une “lettre datée du 4 Décembre, par laquelle Jean Frauçois et Biassou demandaient que l'on s’ogcupât du sort des esclaves, et qu’on en

CAE 7 “UE US SEARSEE ’ ON A MD Lin LeNYAX LORS

Ég : Misvore D'uarri— (1991 ) vint à une paix promyte et sincère. Elle était signée de Jean Frais Gois, général, de Biassou ; maréchal de camp, de Desprez et de Mans zoau (hommes de couleur ) de Toussaint et d Aubert commissaires ads hoc. RATE CR SAUTER Raynal et Duplessis, munis d'ün sauËconduit que leur’ avait donnés cs commissaires civils, s’en rétournérent au cémp de ean François Dix jours après, ils revinrent au Cap prendre la réponse de l'Assem= blée coloniale. Le 16 Décembre , ils se présentèrent fe nuuveauvà as barre de Assemblée. Le président se leva et leur dit: © Émissai# « res des nègres en révolte, vous allez entendre les intentions ae PASS « semblée eoloniale : l'Assemblée fondée sur la loi et par a 16 « ne peut correspondre avec deë gens armés contre la lor, contre# « toules Îles lois; fAsscmbiée pourrait faire grâce à des coupables res * pentans, » AR eue LR A AR

Les commissaires se retirérent humiliés, au milieu des huces de J& populace blanche. Quand ils rapportérent cette réponse à Jean François" Biassou dans son indignation voulut faire égorger tous les blancs ses” prisonniers. Mais son livutenant Toussaint Louverture lapaisa “en lui faisant comprendre que les, négociations pourraient s'entamer avec Iles commissaires civils, et quil ne fallait pas tout rompre en se laissant dominer par la fureur. Il fut écouté ; et Biassou accueillit la propos Siion faite par les commissaires civils aux chefs des insurgés de se réus nir sur l'habitation St-Michel pour une entrevue. Mirbeck, Roume et* SL.-Léger avaient parfaitement reçu Raynal et Duplessis. Cependanss Biassou se plaignait à chaque instant dé l'insolence de l'assemblée colo

male qui osait lui écrire avec st peu de: ménagement. 0 J

Gest la seconde fois que l'hisioire fait mention de Toussaint Lou” verture, un des principaux fondateurs de la liberte des noirs, que lon nommait ainsi, selon les uns, à cause d'une de ses dents incisives! cassée qui formait une ouverture quand il riait; * selon d’autres ,eparces qu'il fut un des premiers auxquels Blanchelande fit l'ouverture dw plan de l'insurrection générale, comme nous l'avons vu : ilouvrit une nouvelle ère à ses fréres. Et IS RQUUESE

Au jour fixé pour lentrevue, on se réunit sur l’habitation Michel, Ballei, créole blanc, un de ceux quel’Assemblée coloniale avait chaïgés d ac-" compagner les commissaires, se précipita sur Jean François et le frappa des Sa cravache. Celuirei aulieu de l'abattre d’un-coup de pistolet ou de lé percer de son épée demeura stupéfait; ce qu'on ne peut attribuer qu'& un résie de ce profond respect que les esclaves avaient pour ieurs maîs tres. I voulut se retirer; mais St Léger le retint par ses bons procé” dés. Il se jeta aux genoux du commissaire civil en lui disañt qu'il ‘eu Avant 1789, on disait, dans ja province du Nori, qu'une bouche res semblait à là barrière ou à l'ouveiture de Bréda, quand elle était dégarnie de dents incisives. Dans la province de l'Ouest, on disait barrière ou ouveT=. ture de Biâche, pour désigner un esclave privé de ses dents de devant,

HISTOIRE B'HAITI—( 1792 ) : ÿT

Mait le à ui wiane en qui il avait reconnu de l'humanité, I lui promit demarre cesser les hosulités st on voulait seulement lui accorder quatrë | cents libertés pour les principaux chefs de son armée. St-Léger accépia tout à condition qu'on rendit les prisonniers blanes. Les captifs furent renvoyés sous escorte ; ) et sans Toussaint Louverture qui Îles accompagnait ils eussent été égorgés en chemin.

Lé-24 Décembre, Toussaint et les autres ofliciers de Jean françois, qui étaient veaus au Cap avec les prisonniers se présentérent à la barre de PAssemblée coloniale. Le bé leur dit: « Continuez à donner & des preuves de voire repentir, et, dites à -ceux qui vous envoient de 4 les adresser à messicurs les commissaires civils : ce n'est que ‘par (I leur intercession que l’Assemblée peut s'expliquer sur votre sort. »

“Les blancs royalistes, quoique les insurgés leur fissent la guerre aussi bien qu'aux pairiotes , faisaient tous leurs efforts pour rompre les négocialions , craiguaut qu une fois la paix rétablie lés noirs ne prissent ln cocarde tricolore aulieu de la cocarde blanche qu'ils portaient. Hs excitaient secrélement Jean François et Biassou à se défier des com: missaires civils.

De retour au camp, Toussaint exposa aux siens, combien était grande . Pinfluence de l'Assemblée coloniale; qu'aucun waité ne pouvait avoir lieu, atiendu qu'elle n'en voulait pas et quelle était pius puissante que les commissaires civils.

En effet, malgré leurs instances, ces derniers n'avaient pu obtenir la mise en liberté de la femme de Jean François, quoiqu'ils leussent promise. Les insurgés n'eurent plus aucune confiance en la commission civile, et la guerre recommença avec fureur. …,

Pendant cet intervalle , il existait au Port-au-Prince deux camps : Grmouard et la marine marchande, d'une part; la municipalité et les . ägitateurs de Praloto, d'autre part. Praloito tenta de soulever eontre Grimouard l'équipage du vaisseau le Borée, et échôua dans son entreprise. Grimouard indigné contre la municipalité refusa de canonner les affranchis campés à Bizoton. Cependant quelqnes jours après, les agitateurs parvinrent à gagner l'équipage, attaquèrent le Cain p de Bizoton et forcèrent. Rigaud à la retraite. Après ce léger succès, Praloto fil assassiner beaucoup d'hommes de couleur et de paisibles blancs.

De son côté, l’Assemblée coloniale, aulieu de calmer les esprits par de sages mesures » les excitait au contraire: elle annulait les concôrdats et déciarait quelle ne statucrait sur le sort des affranchis qu'à la fin de la guerre. Aussi les massacres continuérent-ils de tous côtés. Les affranchis de Jacmel renforcés par les confédérés de la Croix-des- Bouquets, attaquèrent la ville, y pénétrèrent, la livrérent aux flammes, et nen furent chassés que par l'intrépidité des marins de la corvette le Sein commandée par le capitaine Bessière. (Janvier 1792.)

Léa "coalition des affranchis de la Croix-des Bouquets avait pris un immense développement ; tous les mésontens du Pori-au-Prince , beau-

52 HISTOIRE BEA. + 1799 )

coup d'employés blancs civils et iii étaient venus $e joindre aux hommes de couleur. Les paroisses de Léogane , de l’Arcahaie , du Mire: balais , de St-Marc, du Grand-Goûve, de dataiels du Petit-Goâve , de Bay: net, dos Cayes de ‘Jacniel, du Fond. des-Nègres et des Gonaïves , avaient envoyé! Ges députés à la Croix-des- -Bouquets. Les hoinmes de couleur déclarérent qu'ils représentaient plus légitimement la province de l'Ous est que l'Assemblée du Port au-Prince ; etils se constituérent d'abord en conseil provincial de l'Ouest, puis en conseil des commissaires de: $ paroisses de la dépendance de l'Ouest. Ils demandèrent aux commis: Saires civils, par une adresse, qu'il leur fut permis d'exercer, ei tous points , les. droits de l’homme , d'aprés les décrets de la cons: tituante.… Les commissaires leur répondirent qu'ils blamaient leur con duite ; ainsi que celle des blancs. (10 Janvier 1782.) Les trois dé: légués de la métropole, sans conviction politique , et par conséquent, sans énergie, jouaient un rôlé incertain entre les mulâtres et les Co= lons.. ils Shbrtérent les confédérés et les blanes à suspendre les hostilités jusqu’à leur arrivée dans l'Ouest, Les hommes de couleur accueillirent leur conseil, ct envoyèrent Pinchinat vers le Port-au Pr ce, pour demander une trève ; mais la municipalité, au lieu de le laisser entrer en ville, fit tirer sur lui tous les carions du fort St. eos Cependant il revint sain et sauf à la Croix-des- Bouquets.

Les affranchis du Nord, sans cesse humiliés et persécutés par l'Agi semblée coloniale , se joignirent la plupart à Candy qui par ses crus autés se montrait ‘le digne successeur de Jeannot. D’autres tentèrent en vain de forcer le cordon des Gonaïves ou de FOuest, pour-81rs | lier à la confédération de la Croix-des-Bouquets. Là

Le camp de Rocou, commaïidé par Dassas, protégeail la sénéchaus se sée du Fort Dauphin. Candy à la tête d'une nombreusé cavalerie dé" couleur, l'attaqua, battit les blancs, et s’'empara du Trou. Dassas sen réfugia à Ouanamainthe ; mais Candy souleva contre lui les affranchis de cette ville, et le contraignit à faire avec eux un concordat. Candy abandonna ensuite le parti de Jean François, se rallia aux blancsets s'établit à Sainte Suzanne sous les ordres du général Pageot. Peu den jours après, il délivra Pageot qui allait succomber sous les coups. de plusieurs milliers de noirs.

L’insurrection languissait dans le Nord ; Jean François résolut dé se rendre dans lOuest pour en soulever ‘les esclaves. 11 se mit ef marche avec sept mille hommes. Quand il atteignit Jacquezy; il rencontra Candy qui était à la tête de six-cents affranchis , et l'aë aqua. Mais il fut DAC battu et repoussé loin du cordon dé l'Ouest. ’ 4

Malgré les services de Candy et des hommes de couleur, l'Acseme blée coloniale fit arrêter au Cap plusieurs députés de la Groix des-Bot & quets porteurs de lettres pour Blanchelande. Les affranchis du Nord indignés de là mauvaise foi des blancs, et ne PONTS plus comptera x

HisToiREe D'HAITr.—( 1792 ) dE nte M

| she civils dont l'autorité était méprisée par l'Assemblée olomiale, rompirent le concordat de Ouanamainthe, abandonnèrent le amp de Rocou et réunirent de nouveau leurs forces à eclles des. noirs. S"marchérent avec Jean François sur Ouanamainihe et s'en rendirent maitres. La guerre devénait de plus en. plus affreuse; de part et d'aufé les prisonniers, les femmes, les enfans étaient égorgés. Le dé- Ouragement se répandait parmi les blancs : de Thouzard et Rouvrai, ‘ovalistes zélés, fatigués des excès des petits-blancs auxquels ils attri- Juaient et l'insurrection des noirs et celle'des mulâtres, se rapprochaient les insurgés et commençaient à les ménager dans l'espoir de les ramener. Dans” les quartiers du Môle St-Nicolas, Rouvrai alla jusqu'à méconnai- We lautorité de lAssemblé coloniale, et à exciter les esciaves à prendre lés”armes sous le drapeau blanc. (Cambefort autre chef royaliste; dans espoir d'opérer la contre-révolution , s'entendait indirectement avec Jean François et Biassou qui prétendaient combattre pour le roi. Heuléusement pour la liberté, les blancs aveuglés par leurs passions potiques se divisaient aulieu de s'entendre pour étouffer l'insurrection ; ét par de courts rapprochemens, les esclaves les trompaicnt et faisaient de rapides progrès. | ;

De leur côté, les espagnols satisfaits de la ruine de la colonie fran- (aise, entretenaient l'insurrection, en fournissant des armes et des munitions à Jean François et à Biassou qui vendaient au roi d'Espagne, comme esclaves, les noirs, hommes , femmes et enfans qu'ils faisaient prisonniers dans les rangs’ des blancs. Ce trafic d'esclaves par des csclaves insurgés, prouve que ces derniers n'étaient mus jusqu'alors que par l'instinct de la liberté personnelle, et qu'ils n'avaient nullement énvue l'émancipation générale de leurs frères leur horison politique se renfermait encore dans un cercle trés-étroit. D'une autre part, les alfvanchis ne demandant que la jouissance des droits politiques pour eux seuls, consentaient à la déportation des suisses; et les chefs des esclaves soulevés ne combattant que pour leur propre liberté, offraient à Stbéger, moyennant 600 libertés, de faire rentrer dans la servitude leurs hordes innombrables. Si les préjugés coloniaux qui contrariaient les pro+ jets les plus sages, n'avaient pas étouffé la voix de la raison , les blancs gussent pu alors, en contentant et les affranchis et les chefs des esclaves, peut-être faire renaître la tranquillité. D'un autre côté, la révolution radicale qui s opérait alors en France, la liberté générale proclamée plus tard en 1794, eussent sans doute déjoué les plans les mieux com- Dinés. Comme St Domingue faisait alors partie intégrante de la France, notre révoiulion devait parcourir les mêmes phases que la révolution française, et no se terminer que par l'extermination des classes privi-

giées. s La commission civile ne pouvant obtenir aucun renseignement sur Métat de la province de l'Ouest résolut d'y envoyer un de ses membres. St-Léger fut choisi pour cette mission. À peine fut-il parti que Bias-

LES HISTOIRE D'HaiTt.——( 1492)

sou résolut d'attaquer le Cap. Un large fossé rempli d'eau quie tourait la ‘ville, ne fut pas pour lui un obstacle: le désir qu'ilaxaies de délivrer sa mère esclave dans le couvent des Pères de LRTES | excilait son audace. Après avoir traversé le fossé, 1l vint au milieu d la nuit assaillir le fort Bélair, au haut du Cap. H en surprit la gan nison, la dispersa, et tira sur la ville où il répandit la: plus cran d terreur. IL marcha ensuite sur l'hôpital des. Saints-Pères dont il serenk dit maître. Tous les malades qui avaient sur leurs lits des habits de gardes nationaux farent poignardés. Les. insurgés leur disaient envle $ | tuant: « vous n'éles point des gens du roi. » Le lendemain. à la pointes du jour la garde nationale ge Fes des environs du Cap. On ne vit ni dans les rues, ni sous les armes, un seul des. membres” ei l'Assemblée coloniale. On se demard sn « où est celle écharpe rouges « que les représentans doivent porter au combat au miliew des: dangers | der «la colonie. » Les députés si bhardis à la. tribune s'étaient tous-cass ehés pendant l'action, Biassou se retira avec sa mère qu'il avait déliss vrée. L ‘à L'égorgement des malades patriotes à 1 hôpital des Saints-Pères, por] | les ré \outi onnaires à accuser les royalistes d'être en intelligence avec les insurgés : lanimosité augmenta entre les deux partis. Cependant et révolutionnaires avaient pris au Cap une prépondérail 1 ce réelle. Pour: se donner plus de force, ils installérent la municipas lité avec une grande pompe. Ils enlevérént aux dr apeaux de la garile nalionale les insignes inciviques qui les surmontaient et les remplacés rent par des cravates tricolores. (Jauvier.) Le: régiment du Cap pris aussi la cocarde tricolore. Néanmoins la municipalité laissa ausshôt découvrir ses projets anti-métl apol litains. Elle fk briser la presse d'un citoyen qui imprimait une proclamation par laquelle une araistie étais aceÿrdée par la constituante aux esclaves révoltés; et le commissaire . civil Roue: accusé par elle d'être un émissaire de la société des Ames des Noirs fut obligé de se justifier. L'Assemblée colontale, accusée pat Brissot à Î Assemblée, nationale de travailler à l'ind’pendance, coms traignit Roume et Mirbeck de déclarer à la Franee, contre leur com viction, qu'elle était toute dévouée à la métropole. Un des membre de l'Assemblée coloniale proposa dans uñe séance orageuse de don der le remplacement des commissaires civils; le peuple qui occupait les galeries vociférait contre eux, et disait qu'il serait. plus simple de les noyer. La séance fut très- -orageuse : et Bacon dé la Chevalerie demanda , pd quils fussent sur-le-champ embarqués pou France. s députés se retirèrent sans avoir pris aucune décision. Pour FFE AA. les commiss is civils parmi les blancs, l'Assem: blée coloniale fit imprimer et publier contre eux des libelles dont 1 colonie fut inondée. On les vendait au milieu des places publ 4e et ceux qui les colportaient disaient au peuple « que les commissaires s eivils étaient les protecteurs déclarés der esclaves ct des gens de cou

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HISTOIRE D'AIDE F?91 pat | | LEA

eur; qu ils voulaient donner la liberté aux uns, et renûre les autre “les égaux des blancs. »

? Pendant que tout St. Domingue' était à feu et à sang, l'Assemblée : coloniale perdait un temps précieux.

«Nous ävons vu que les hommes de co:leur du Sud, après avoir en- “aim demandé aux blancs de leur province l'exécution du décret du 15 À ai, s'étaient retirés dans les campagnes , avaient battu les colons qui avaient marché contre eux , et avaient étroiteme nt cerné la viile des Gayes. “Les blancs de toute la province excepté ceux de a Grand Anse, ef- | de la puissance des affianchis devenue formiduble, traitèrent avec eux. Ceux des Cayes acceptèrent le concardat de la ” Croit-des-BoujArts, ainsi que ceux de Cavaillon. Ils consentirent à respecter les camps Ashommes de couleur, établis dans lcs campagnes , et s'obligèrent meme “à leur fournir des vivres. La ville des Cayes déclara l'Assemblée Cooniale illégale, ordonna à ses députés de labandonner et envoya aux { ommissaires civils des Ares chargés de les prier de ratifier tout te qu elle avait fait en faveur des hommes de couleur. Les affranchis de St Michel, du Fond des-Nèvres, d'Aquin, de Ti buron, des Côteaux, de Baynet étalent si puissans dans ces quartiers que ls blancs qui les habitaient n° avaient Ja osé envoyer des dé- 4 à l'Assemblée coloniale.

Les mulâtres ne lardèrent pas à s’apereevoir que À les blancs ne s'éfaient soumis qu'à la force des circonstances ; enmême temps appreant que la guerre continuait dans F'Onest entre les leurs et la ville du D: au Prince, ils rompirent les prenuers les traités qu'ils avaient faits avec les blancs, quoique Mangin d Ouence, « mmandaut de la province du Sud, leur eût saranti la bonne loi, dé Ha raie Comme ils avaient à leur tète des hommes moins sdtes, moins éclairés que les chefs desraffranchis de l'Ouest, ils ne surent observer aucune modération dans leur conduite, se lissérent alter à toute la fureur de leur haine €tse livrérent aux "plus affreuses cruautés. Ils se précipitérent sur les Diancs, avea une rage frénétique, et en fucillérent un grand nombre à Aquin, à St-Eouis, sans forme de procès, sous prétexte de cons- Pirations anti- révolutionnaires. ls pendirent des femmes sepluagénaifes, des vieillauds sourds et aveugles, ainsi que tous les économes qui se trouvaient sur les habitatiéns. Ils écorchérent vif Caumot, proeuur de l'habitation de la Grande-Crête, burent son sang avec du tafia et firent saler sa chair. L'enfant d’une dei rne blanche fut retiré vivant du sein de sa mère et jeté aux pourceaux. Le blanc Picot # sa fem. me furent égorgés, après avoir été témoins de l'assassinat de leurs gnfans dont les entrailles avaient été jeteés à la figure du père et de la mére. Ils chassaient avec d'é énormes chiens dévorants, dans les bois et “dans les mornes, les blancs qui s ÿ étaient réfugiés, el Augustin Rigaud parcourait les campagnes en proclamant « qu'il fallait nécessairement # qu'une des deux classes fit place à l'autre, » Ils avaient conçu Le

“ra 85 COMENT : HESTRIES D'HAITL—-( 1793 ) | “Qt projet d'abandonner le Nord et l'Ouest, de réunir tous leurs frérés dans le Sud, et de s’y organiser à leur manière, aprés avoir exters iné tous les blancs de la presqu'ile. Ils étaient tellement dominés: par celte idée qu'ils répondirent à la nfunicipalité de Torbeck quisieur avait fait connaître la preclamation d’amnistie des commissaires civils « « Nous savons qu'il y a trois blanes de plus dans la colonie.» Enfin, depuis-Aquin jusqu'au-delà des montagnes des Cayes, il n'existait plus: qu'un seul blanc dans les campagnes; tout le reste avait été égorgés" - De leur côté, les blancs massacraient tous les hommes de couleur” qu'ils faisaient prisonniers, avec des circonstances aussi horribles,et envoyaient leurs têtesà Mangin d'Ouence. Vingt-sept mulâtres pris sur un bâtiment qui était en mer allant chercher de Ia farine pour la ville d Aquin, furent noyés. | 1 Si les hommes de couleur du Sud avaient eu à leur tête des citoyens tels que Pinchinat et Bauvais, ils ne se seraient jamais livrés à des tels excès. Ce fut une heureuse eirconstance pour la province de POu= est d'avoir eu, dès l'aurore de la révolution, des hommes sages ets instruits à la tête de toutes les opérations. Les affranchis: bien gui dés firent leur révolution avec ordre, avec méthode , évitant les excès, manœuvrant avec adresse cntre les blancs royalisies et les pompons= rouges, et profitant des fautes des deux partis, pour arriver à leurs fins Les esclaves de l'Ouest quise souléveront sous leur direction, lesimi téront et parviendr@t à l'émancipation générale sans s'être livrés à des! cruautés aussi horribles que celles qui ensanglantèrent les autres pars ties dela colonie. | | DEF) La province de l'Ouest doit encore à -la politique saine et adraite des Pinehinat et de Bauvai$ l'union étroite qui ‘exisia d’abord entre les af franchis noirs et jaunes; ensuŸte entre les afiranchis et les régénérés ou esclaves devenus libres; car, dès la prise d'armes de Diègue, nous voyons Bauvais homme de couleur s’adjoindre au commandement Lamberts noir ; et depuis cetteépoque les hormmes de couleur de l'Ouest, supérieurse aux noirs en instruction, par le fait des circonstances, * employant à Pass mélioration morale et intellectuelle des masses leurs connaissances, n’ont jamais abandonné cette ligne politique: delà la fusion, la fraternité. entre les deux eastes dans l'Ouest ; delà la cause de la tranquillité dont: cette province a souvent joui pendant que les autres ‘parties deVile étaient bouleversées. Bauvais et Pinchinat furent les fondateurs de Ian politique conciliatrice-qu'ont suivie les Pétion, les Borgella,* les: Guer” .rler et que pratique actuellement le président Riché; politique qui$: pendant notre première révolution, sauva la minorité éclairée, Pâmé de notre République, des fureurs des masses ignoranies. Ces masses, pen- Dans l’ancien régime les mulâtres, la plupart affranchis par leurs. pères. blancs apprenaient à lire, à écrire, à calculer. : Beaucoup d’entre eux étaient. même envoyés en Europe où ils recevaient une éduçation libérale s à

HISTOIRE D'HAITI.—( 1792 ) 1 ant long-temps, ont conservé les traces de cette infème éducation éos oniale, par laquelle les hommes étaient classés, pal catégories, selon leur couleur. FN

Pendant cet intervalle le commissaire civil St. Léger, envoyé dans l'Ouest parses collègues, débarqua au Port-au-Prince le 29 Janvier. M fit de vains efforts pour rétablir la paix entre les blancs et la confédération de la Creix-des-Bouquets. 11 ne fut pas plus heureux dans H négociation qu'il entreprit pour râmener la eoncorde entre les blancs €tles mulâtres de Jacmel. me à RL ARE

Les affranchis des Cayes campés à.Merey sous lés ordrés de Bleck, homme de couleur élevé en France, avaient réduit la place qui ne recevait pas de navires, à la plus affreuse famine. Cependant les équipages des bâlimens en station dans la rade descendirent en ville avec

& l'artillerie et dégagèrent un peu la place. Sur ces entrefaite 800 hommes du régiment de provence vinrent débarquer aux Cayes. Mangin d'Ouence marche avec-eux à la tête de la garde nationale contre lé camp Mercy. Bleck sortit de ses retranchemens et rangea sonarmée ën bataille. Il ne put lutter contre la tactique européenne, et fut complétement battu. Les affranchis comptèrent 70 morts et perdirent toute léurartillerie. Ceux qui furent pris furent rompus sur la roue ; ou brûlés vifs. * Les blancs armèrent un dixième de leurs esclaves et les lanécrent contre les mulâtres. Ceux:ci donnèrent la liberté aux leurs et léS excitèrent contre les blancs. La guerre fut plus horrible que Dar le passé ; toute là presqu'ile du Sud devint un vaste incendie et le sang ruissela de tous côtés. En même temps les blancs des Cayes Se divisaient ; les pomponsrouges l'emportérent sur les’ pompons blancs, et Mangin d'Ouence royaliste fut remplacé par Thiballier.

Pendant cet intervalle le quartier de Léogane était ravagé par un grif éspagnoi nommé Romaine Rivière qui avait pris le titre de prophète, se disant filleul de la vierge Marie. Il signait Romaine la Prophétesse. Il dominait par la superstition les bandes d'esclaves qu'il avait soulevées dans les montagnes. 11 disait la messe, livrait les blancs à toutes sortes de tortures, et prétendait que C'était d'après les ordres de la Vicrge. Léogane qui recennaissait l'autorité des confédérés de la Croixdes-Bouquets était cependant sans cesse livrée à ses fureurs. Labuis- Sonnière, capitaine général des hommes de couleur de celte ville , Aix mait mieux pactiser avec Romaine que de reconnaître l'autorité du Portau-Prince où dominait Praloto. Mais les bandes de Romaine exereë: rent lant de eruautés à Léogane, pillant, violant, assassinant , que les alfranchis demandèrent au commissaire St. Léger de leur envoyer cinq cents hommes de troupes de ligne pour les protéger. St. Léger ne “put rien obtenir de la municipalité du Port-au-Prince qui refusa or- + Cest à tort que Garran Coulon dit que Bleck fat pris dans cette affaire et brulé vif. Bleck vécut bien des années après cet évenement.

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g8 : HISTOIRE D'HAITI.—( 1792 à

mellement de sechir les mulâtres. 11. s'adressa alors à Bauvais et à Pinchinat qui envoyèrent de la Croix-des-Bouquets à Léogane un bas taillon ‘d’affranchis destiné à y attendre le commissaire civil. St-Lé« ger partit du Port-au- Prince le 5 Mars sur la frégate la Galatée. Peu de jours aprés l’arrivée du commissaire civil à Léogane, Romaine Ian Prophétesse et Courlonge , son lieutenant, vinrent au milieu d'une nuit, -{ du 11 au 12 Mars) assaillir la ville. Ils y entrèrent, la pillèrentet

se rendirent maîtres des canons et des munitions. Mais le bataillons d'affranchis protégea St. Léges, attaqua avec fureur les bandes de Ro

maine, reprit les canons, et les chassa de ia place. Le lendemain les, marins de la Galatée et les hommes de couleur du Grand: Goâve, du Pe-

tit-Goûve .aecourus au secours des léoganais, repoussérent au loin les

montagnards. - St. Léger profitant de son succés , confia à un homme. de couleur nommé Sinclar, le commandement d'une division qui attei=

gnit le Trou-Coffi, quartier. général de Romaine, dispersa sa bande

et fallitle faire prisonnier. Dès lors Léogane fut délivré des fureurs de cet imposteur.

Rigaud vint trouver St. Léger qui lenvoya aux Cayés pour yfaire un concordat avec les blancs. Ceux-ci refusrent de pactiser avec les, affranchis.. Alors les noirs des montagnes de la Hotte appuyant les ré elamations des hommes de couleur, se soulevérent, se retranchèrents aux Platons, et poussèrent leurs incursions jusqu'aux portes des Cayes”

Pendant que St. Léger éteignait l'insurrection du Trou-Coff , l'asn semblée de l'ouest ne demandait que lextermination des hommes de couleur de la Croix-des-Bouquets. Elle ordonna qu'une expédition fut dirigée contre ee bourg. En vain Degers , commandant de la place, s'op= posa à cette folle entreprise ; il fut destitué. Praloto et Caradeux avaient armé plusieurs cents d'esclaves dont ils avaient formé une compagnie dite des africains. Ces nouveaux soldats parcouraieut la plaine du Cul-de-Sac, pendant la nuit, surprenaient les mulâtres sur leurs

propriètés, les égorgeaient , et promenaient leurs têtes au bout des piques à travers les rues de la ville. L armée du Port-au-Prince, coms posée de la garde nationale, du 4e. et du 9e. régiment, ci-devant d'Ar= tois et de Normandie, marcha’ contre la Groix- -des-Bouquets le 10 Mars. Les gardes nationaux d’une tenue magnifique étaient commans dés par Caradeux ; l'artillerie était sous les ordres de Praloto, et compagnie des africains était commandée par Breton de la Villandry | par un noir intrépide nommé Philibert. Toutes les troupes fourmais= saient une force effective de 3,000 hommes. L’avant garde de l'ars mée qui suivait la grande route , était composée des africains. En mê” me temps une autre colenne sortie du Port-au-Prince, alla OCEUPERS hs | Coupe. Tout senfuit à l'approche des blancs : l'armée des hommes. ‘de couleur s'était presque dissoute ; car le découragement s'était mn | pandu parmi eux depuis la publication de Ja loi du 24 Septembre, qui révoquait celle du 45 Mai, et depuis le rétablissement des muni

Cpalitts qui ne furent composées que de colons. Ils n° avaïent que quel. ües centaines d'hommes à opposer à la masse des blancs. Un seul ate er de la plaine, celui du Baron de Santo-Domingo, tenta d'arrêter la marche des patriotes ; mais les trois cents hommes qui le cornposaient firent envain une vigoureuse résistance. Bauvais et Pinchinat évacuêrent la: ‘Croix-des-Fouquets et se retirérent avec leur artillerie au Mifebalais , après s'être battus jusqu aux Crochus, harcelés par Caradeux et Philibert. Praioto prit possession de la Croix-des Bouquets qu'il trouva entiérement abandowmnée. Hanus de Jumécourt, chevalier de St Louis, maire de ce bourg, dont l'existence élait en acée par ic8 petits blanes , s'enfuit aux Grands-Bois. Les ateliérs du Cul-de- Sie dans journée du 40 Mars, ne firens a#cun mouvement et observèrent Un morne silence. La plupart & des blancs ss alistes de là plaine refusèrent d'entrer à la Croix-des Bouqueis, ne -voujant pas se livrer à discré ion aux petits blancs; du reste ils craignaient d'exciter l’indignation des hommes de couleur qui devaient, à leur avis , reprendre le des: LLC dès qu'ils pourraient se réunir.

Quelques jours après, Caradeux et Präloto, maîtres de la Croix-désuquels , tentérent de faire arrêter tous les mulâtres de l'Arcahaie € de semparer de toute l’autorité dans ee quartier. Maîtres de l’Areahaie ils coupaient les communications entre les mulâires de St-Marc et ceux du Cul-de-Sac. Après le traité de Goureau, les affranchis de l’Arca= baie avaient fait un concordat avec les blancs. ils avaient nommé Ca= meau capitaine-général , et Juste Chanlatte, major- général. Le plus habile d'entre eux Lapointe, était l'âme deleurs opérations. Les blancs avaient nommé Canteloup , leur capitaine péacrah Caradeux excita la Tunicipalité composée en grande partie de bà Ines d'annuler le concors dat et de chasser les hommes de couleur. Lapointe découvrant ce projet souleva le 22 Mars les ateliers depuis la hatie Aubry jusqu'à l'ex= mrémité des Vases. Les affranchis-äbandonnérent aussitôt le bourg , et se relirérent. à la digue des Matheux. . D'aprés les ordres de Lapointe, les esclaves égorgérent Îles blancs des campagnes, pénétrèrent à l'Ar« <ahaie , et tuèrent la plupart des membres de la municipalité qui délibéraient sur les moyens à prendre pour se défaire des mulâtres. Les insurgés massacrérent impitoyablement :tous les colons qu’ils purent atteindre ; pillèrent toutes les maisons, excepté deux qui apparteaient à des planteurs , qu ils appelaient de bons blancs. Lapointe se “dirigea vers St-Marc suivi d'une : trentaine de colons qui avaient échap- “pé au massacre fait dans le bourg: Quand il arriva, 28 Mars, à la Ravine Sèche, près de lembarcadaire Malary, il laissa sacrifier ces in- “orlunés qui avaient compté sur ça générosité ; par Gauthier commandant de St:Mare auquel il déclara qu'il ne les connaissait pas. Peu de Jours aprés, quand le massacre fut consommé, Lapointe revint à l’Arfahaie, et s’en fit nommer maire ; Jn-Baptiste Leroux fut nommé capftaine néral. Les aflranchis donnérent la liberié aux principaux chefs dos ins

précipitaient en désordre sur les baïonnettes. Par intervatles, les dragons

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surgés qui front rentrer leurs compagnons dans l'esclavage." Lapointe’ en forma une compagüie de 40 gendarmes. Pour maintenir l'ordre dans son quartier, il construisit deux forts, lun à. Dégand aux Ma theux, l’autre à Cabaret au Boucassin. ‘& ” Pendant ce temps, les hommes de couleur qui s'étaient retirés au Mirebalais et aux grands bois , après avoir évacué la Croix-des-Bouquets," se répandirent dans Îes campagnes du Gul-de Sac excitant les esciaves à l'insurrection. Quoiqu'ils fussent la plupart propriétaires, 1ls se “+ minérent à faire le sacrifice de leurs biens, tant les injuëlices des blancs les avaient exaspérés. Caradeux qui s était aperçu qu'ils par= couraient les‘habitations, repandit parmi les esclaves que s His prenaient" les armes pour les affranchis, ceux-ei les traiteraient comme les Suisses Pinchinat et Bauvais furent obligés d'employer toute leur éloquences et leur adresse pour détruire dans l'esprit des noirs ces fâcheuses 111% pressions. Enfin ils réussirent; et les esclaves répoussérent les ÉmiIs=" saires de Caradèux. Les affranchis nommérenl capitaine général des. ateliers, un jeune noir, brave et intelligent,- nommé Hyacinthe Du coudray, et un autre noir Garion Santo | major général. Le 28 Mars, des manifestations hostiles aux blancs éclatèrent sur les habitâtions® Dans la nuit du 30 au 31 Mars, les esclaves se soulevérent sans se" livrer à aucun désordre: pas un colon ne fut tué, pas une maison ne” fut brülée. ls marchèrent au nombre de 15,000 sur la Croix-des= Bouquets, Hyacinthe à leur tête, et commandés par des hommes de couleur répandus dans leurs rangs. Dans toute éelte multitude, il ny avait pas soixante fusils. Ils étaient armés de couteaux, de houes, de bâtons ferrés et de frondes. A trois heures du matin, ils attaquérént les blancs rangés en bataille autour du bourg , avee une détermination, prodigieuse. Les noirs fanatisés par leurs sorciers couraient à la morts avec gaieté, simaginant qu'ils ressusciteraient en Afrique. Hyacinthe armé d'une queue de taureau. parcourait les rangs disant quelle dés” tournait les balles. Pendant qu'il tenait en échec les dragons blancs, il faisait attaquer, d’un autre côté, la garde nationale Les jeunes colons du Port-au-Prince qui composaient ce corps, quoique braves, fiers et” magnifiquement équipés, ne purent résister à l'impétuosité des insure gés. Ils perdaient du terräin, quand Philibert avec ses africains vint) rétablir le combat. On se battait avec une égale fureur de part et | d'autre. Les régimens d'Artois et de Nurmand'e, par des feux de pelos tons vifs et soutenus, renversaient des lignes entières de noirs qui 8 se

faisaient de brillantes charges ; mais ils étaient vite refoulés dans lé bourg par les insurgés quise crampennaient avec rage à leurs chevaux, se faisaient sabrer et les démontaient, Le carnage le plus affreux avails dieu dans l'endroit qu'occupait l'artillerie de Praloto. Les noirs se

* précipitaient audâcieusement sur les Canons ; (mais ils élaient écrasés ‘gous la ‘mitraile la plus meurtrière; ils fléchissaient un peu, lorsqu&

Jiyacinthe ranima leur ardeur par ces paroles , en agitant sa queue de taureau : en avant! en avant ! les boulets sont de la poussière ; en même temps affrontant la mort , il s’élançait à leur tête au milieu des balles : et de la mitraille. On. vit des. insurgés s'emparer des piéces, les teln embrassées, et se faire tuer sans Tâcher prise; on en vit d'autres 45 le bras dans l'intérieur des canons pour en arracher les bou- Jets, et s'écrier en s'adressant à leurs camarades: venez, venez; nous Jés tenons ! les pièces partaient et leurs membres étaient emportés au mloin. Après six heures d’uit tel combat, l’armée du Port-au Prirce fut obligée de céder à la supériorité numérique ; elle se débanda, prit la fuite, après avoir fait sauter le magasin à poudre de Ia Croix-des- Pouquets, et brûle le magasin à vivres. Les blancs Hivrant tout aux flammes sur leur passage rentrérent au Port au-Prince dans le plus grand désordre. Ils avaient perdu plus de 109 soldats, et les.insurgès comptérent au moins 4200 hommes tués. Les hommes de couieur trouvérent toutes. és pièces du bourg enciouées. Hyacinthe maître de la Groix-des-Bouquets ne se liyra à aucunexces. Quelie différence entre cette insurrection des esclaves de l'Ouest dirigés par les afhanchis, et celle des esclaves du Nord, livrés à eux-mêmes. D'unepartl'ordre, le respect des propriétés, pas un assassinat ; d'une autre part, désordre, pillage, et affreuses .vengeances, Parmi les insurgés s'étaient fai remarquer Haiaou, Bébécoutard , Bélisaire ‘homme de couleur , qui devinrent des chefs fameux. Tlsorganisérent leurs bandes à l’africaine: la tête chargée de plumes de coqs et de paons, ils se firent porter en triomphe, avee droit de vie et de mort sur les leurs, …. Par cette victoire, la prépondérance des alfranchis devint définitive dans l'Ouest. Hyacinthe Ducoudray, jeune homme plein d'humanité, “qu'ils tenaient sous leur influence, obligea le pére Thomas curé de la “Croix des-Bouquets, à bénir son armée. Il établit son quartier-général sur l'habitation Santo. Là ilréunit tous les commandeurs.blanes et leur dit qu'il était devenu leur chef, qu'ils devaient lui obéir, qu'il Contraindrait les cultivateurs à travailler , que le premier qui se li- Nrerait au brigandage serait fusillé, et qu'il fallait planter des vivres. Sur ses instances Hanus de Jumécourl revint à la Croix-des-Bouquets. “Il le nomma capitaine de gendarmerie. Les hommes de couleur vinrent de nouveausbloquer le Port-au-Prince; Bauvais cerna étroitement Ja place , du côté du Cui-de-Sac ; et Rigaud qui s'était hâté de revenir ‘du Sud s'établit à Bizoton avec son armée. | Pendant ce temps, plusieurs régimens. promis par Île gouvernement métropolitaia arrivèrent dans la colonie; mais Blanchelande ne: sut pas les occuper. Du reste LoujourS attaqué par le parti révolutionnaire que di- “rigeait Larchevèque Thibaud, grand agitateur et procureur syndic de la Mu- “nicipalité, il vit ies patriotes s'insurger contre fui le 27 mars. Des brigands “parcouraient les rues du Cap, en plein jour et erlalent: « Citoyens, « prenez garde à vous; fermez vos portes, aux armes ! aux armes ! » Mais il se fit heureusement en sa faveur une réaction dirigée par les

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jeunes gens royalistes ; et le parti. des petits-blancs eut le dessous. 8h Blanchelande avait su profiter de sôn triomphe, les agitateurs eussent été entiérement écrasés. M

Mirbeck et St Léger ne voyant dans les deux partis blancs de la colonie: ‘que des ennemis cachés de la révolution française où des partisans dé J'étranger, en butte à toutes sortes de passions, partirent pour France, Mirbeck le premier avril, et St-Léger le 8 du même mois. Roume de meura seul, représentant la commission civile.

Biassou , profitant des divisions qui régnaient parmi les blues du Cap, réunit à ia Tannerie cinq cents hommes et mareha contre cette ville” A neuf heures du soir, il fut arrêté par l'artillerie de la Petite Anse: à onze heures, il reprit sa marche, traversa le gué qui existait au poire. à de jonction de la rivière Galifet et du canal de l'habitation Lefévre ;u négligea d'attaquer les postes du haut du Cap et tomba sur fa cité” Een“ danger ayani réuni tous les blancs, Bianchelande , Cambefort et Dassas” le forcèrent à la retraite. Ces divisions entre les blancs existaient dans un . moment où la révolte était considérablement affaiblie ; Biassou était dans cm moment le seul ennemi acuif que les blancs eussent à combattre: Jean-Fran-« Gois en mésintelligence avec lui, paraissait vouloir se rendre; il avaite même écrit à l'assemblée coloniale à ce sujet. Candy, de son côté, venait de faire sa soumission, pour la seconde fois, au eommandant Pageot, soumission déjà entamée avec Rouvrai. Candy avait commis, autant de cruautés que n'importe quel chef de révoltés; mais les blanes. étalent si affaiblis que l'Assemblée coloniale ne voulut pas qu'on parlâti de sa conduite passée. Jusqu alors Jean François $ était montré le plus humain des insurgés du Nord. Le parti des factieux du Cap toujours dirigé par Dassas et Larchevêque Thibaud, s’agita de nouveau le 29% Mar. Mais par l'énergie de Pageot, Blanchetande lui fit éprouver un. second échec. È

Un nommé Dumontellier, prétendu patriote, qui ne vivait que de dévastations et de pillage, arma contre les mulâtres de l'Artibonite une bande d'Africains qui prit la dénominatièn de Saliniers du nom de leurs uarter-général établi près de vastes salines. Il fit alliance avec uw autre chef de brigands, Borel, membre de l'Assemblée coloniale. Boré établit deux camps: l’un sur une habitation qu'il possétiait dans la plaines de FArtibonite, lautre sur l'habitation Comon. Le Port-au Prinee ui envoya pour le renforcer 800 hommes du régiment d'Artois. "IF souleva plusieurs ateliers contre les hommes dé couleur et vint les attaquer. Ceux-ci le battirent à la Petite Rivière de l’Artibonite, fortifièrent la position dite la Crête-à-Pierrot , et firent un eoncordat avec les blancs représentés par Fontanges et Cambis. (14 Avril). Ge concordat sauva jes colons de l’Artibonite de la fureur des mulâtres. ‘4

Alors la Sénéchaussée de St-Marc, formée des paroisses de St:Mare*, de l’Arcahaie, des Verreites et des. Gonaives , fit avec les affranchis un: traité d'union ayant pour Eu de sceonder el d'appuyer leurs réclamas

RISTOIRE HAITI. —( 1792 ) +. {08

tions. (49 A. ) Un conseil de paix et d'union indépendant de lAssemblée coloniale fut institué pour la direction des quatre paroisses... La ligue se renforça de la Marmelade et de plusieurs autres quartiers.

La prépondérance des affranchis devint immense et incontestable tant dans la province de l'Ouest que dans celle de lArtibonite. … Caradeux cet ennemi implacable des noirs et des jaunes se montra dégouté de St-Domingue. Il découvrit que la colonie échapperait aux blanes tôt ou tard, les esclaves ayant levé la main sur leurs maîtres : le prestige de l'aristocratie de la peau blanche était détruit. Il prédit aux siens , qu'ayant à lutter un contre vingt , ils succomberaïient infail-liblement. Profitant dun moment de calme, il partit pour les Etats- Unis ayec cinquante de ses esclaves. C’est presque avec douleur qu’on voit un tel monstre échapper aux vengeances de 4804. Que de blancs philantropes, républicains, ayant toujours eu des entrailles pour leurs esclaves, ont péri victimes de nos sanglantes représailles sous Dessalines. Forts de la pureté de leur conscience, ils n’avaient jamais songé à quits ter St-Domingue.

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