‹ Histoire d'Haiti (volume 3)Chapitre 13 sur 57 · EE · texte numérisé non relu

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Pa) 1 LIVRE SEPTIÈME. | 1752. US RS

Sommaire. Loi du 4 Avril 1702-Roume & Blanchelande se rendent dans FOu estRoume à la Croix dés-Bouquets—Son entrevue avec Bauvais—Entrée dés Blanchelande et des affranchis au Portau Prince —Proseri Mort de Praloto: —Loc parti anarchique abattu.—£La loi du 4 Avril exécutée dans l'Ouest —Roume accorde aux esclaves 344 libertés.—Blanchelande se rend à Jérémie—Etat de læ Grand’ Anse.—Guerre entre les blancs et les affranchis— Conseil d'administration de la Grand Anse.— Blanchelande fait publier à Jérémie ke décret du 4 Avril. En arrive aux Cayes.—Marche contre les insurgés des Platons— Défaite des blancs Blanchelande quitte le Sud-—Les hommes de couleur abandonnent entièrement Ies. blancs royalistes.—Ils suivent la marche de la révolution en française —Loi du 454

uin.—Polvérel, Sonthonax et Aiïllaud sont nommés commissaires civils pour St Domingue.— Leur arrivée au Cap—Leur installation—Aspect de la colonie Blanchelande destitué.— L'assemblée coloniale est dissoute — Une commission inter médiaire est établie—Journée du 19 Octobre: le parti royaliste écrasé. —Despars bès destitué — Gouvernement provisaire—Vimeur Rochambeau gouverneur —Pols vérel et Aillaud se rendent dans l'Ouest —Aillaud part pour France.—Clubrau Caps Centributions dites patriotiques.—Quart de subvention. — Expédition contre Jean-Frans çois—Rochambeau prend Ouanaminthe—Affuire du 4 Décembre—!le parti des. petits blancs écrasé au Cap par Sénthonax.—Larchevèque Thibaud, est embarqué. 4 Rochambeau part pour la Martinique —D:lasalle le remplace— Lutte à Jérémie entre les blancs et les hommes de couleur. ME ue prend le fort de la Tanneri sur Jean François. —$onthonax s'appuie sur les affranchis.—Lavaux leur devient hos-. tile—Harty s'empare du camp des Platons. —Poivérel contient aux Cayes le partis colonial à l'aide des affranchis —Il revient dans l'Ouest.— Borel s'empare de l'aux torité au Port-au-Prince.—Prise de cette ville par les commissaires civils. — Formes tion de la légion de Vsaulié de POuest.

Pendant cet intervalle, les commissaires civils Mirbeck et St. -Léger, ainsi que les citoyens Viart , Dubourg et Chanlatte Jeune , étaient ar rivés en France. Ils firent connaître à la métropole le projet de l'as semblée coloniale de se rendre indépendante sous la protection anglaise, et l'envoi ofliciel au gouvernement britannique, d'agens de la Grand”- Anse ; dans le but de UsreE St-Domingue à l'étranger, Brissot , l'a

; “misToiRe D'rarri.—( 1792 ) NE Fr |

“dent défenseur des noirs et des hommes de couleur, déploya à aussitôt

tout son zèle pour ebtentr Îa révocation du décret “ad 24 Septembre 4791 si contraire aux principes eonsacrés daus la déclaration des

“droits de l'homme. L'Assemblée nationale qe ouverte.le premier

Octobre 1791 avait remplacé la Constituante. La législative enfantée par un nouvel élan révolutionnaire était animée d” idées plus radicales que l'Assemblée qui l'avait Lise * Brissot [ui exposa quil était urgent de dissoudre l'assembiée colontaie ennemie, malgçé ses formes patriotiques , des principes révolutionnaires ; que le seul moyen de mettre obstacle à son projet d'indépendance était d'ap peler les gens “de couleur à la jouissance de tous Îles droits politiques, et que ces hommes , mus par a reconnaissance, s'attacheraient invariablement à

à révolution et combattraient tous les projets des iadépendans.: Sur la “motion de Brissot a légisiative rendit le 2% Mars 1792 une lo qui fut

“sanctionnée par le roi le 4 Avril suivant. Elle rapportait celle du “24 Septembre 4791, prescrivait de réunir d’autres assemblées coloniales -€t d’autres municipalités dans les îles du vent et sous le vent, et stipulait que les hommes de couteur et noirs libres soraient adinis à voter daus toutes les assemblées paroissiales et seraient éligibies à toutes les places,

Avant que l’Assemblée coloniale de St Domingue eut reçu la nouvelle du décret du 24 Mars, elle avait chargé une commission de rédiger un - plan de constitution un peu en harmonie. avec és idées qui triomphaient en France; car cile commençait à découvrir les dangers auxquels elle s exposait en résistant sans cesse aux décrets de fa métropole. Du reste la PAPE des membres de l’Assemblée, hommes sans conviction poli- tique, n'aspirant qu ‘aux p' aces, paraise saient ‘disposés à ne pius contrarier un systéme qui prenait racine en France. Ce plan de constitution . fut fait en quelques jours; et Mr. Dumas un des membres de la com- “mssion chargée de la rédaction, en donna lecture à Assemblée qui Tapprouva. Le projet fut cependant combattu par MM. de Léaumont et de Cadusch qui demandèrent, Fun quil n'y eut point d'institutions démocratiques à .St-Domingue leu elles améneraient mfatilibiement la destruction des blancs en minorité, l'autre qu il y eutune constitution qui rétablit l'ancien régime. Ce fut alors que le décret du 24 Mars arriva au Cap; les blanes’ prétendaient qu'il ne serait pas sanctionné par le roi; peu de jours après la sanction du À avril arriva.

L'Assemblée coloniale fut obligée de s’y soumettre, d'arrêter que Les corps populaires - seraient renouvelés, eteque les hommes de couleur geraient reçus dans les Assemblées électorales.

Blanchelande et le commissaire Roume se déterminérent ane à partir pour l'Ouest afin d'y faire exécuter la loi du 4 Avril. Ils écrivirent à — Grimouard chef de la station du Port au-Prince de se rendre à St-Marc

\ à pour les y attendre. .

Le parti des soi-disant patriotes, ennçgmi des affranchis et: des grands

planteurs, dirigé au Cap par Larchevéque Thibaud et- Dassas, au Port au-Prince par Pralnto , avait, comme on l'a déja vu, éprouvé deux forts échecs dans le Nord où cependant il se remuait encore clandestinement. Mais il était tout-puissant au Port-au-Prince; 1! failait [à [ui porter un. coup terrible.

* Penlant ce temps, Borel se livrant au Môle S1-Nicolas à toutes sortes de crimes , faisait égorger deux blancs les citoyens Mollet et Guiton riches pr M qui se rendaient aux Etats-Unis, et s'emparait de leurs trésors. Le commañdant de la frégate la Prudente , Villaret Joyeuse, sortant du Cap cet arrivé au Môle le lendemain du ‘crime, ne put faire arrêter les assassins, tant la faction de Borel était puissante Depuis le départ de Caradeux, les agitateurs du Port-au-Prince ca R chaient ua chef tel que lui. Lis jelèrent enfin les yeux sur Borel,

Jui <péd lièrent, pour l’amener en leur ville, le: Fateau armé LA Etes et plusic curs autres bâtimens. Borel partit du Môle , monté sur l'Agathe, illégalement expédiée , accompagné de onze bâtimense légers chargés. d'ufie pelite armée composée de brigands, pirates x» ASSASSINS, de léeunii | des aventuriers de St-Domingue. Grimouard croisail à la hauteur de St Marc quand il découvrit la flotille; aussitôt il aborda les deux plus gros navirés, prit Borel et les commissaires que le Port-au-Prince ui avait envoyés, et les conduisit à St-Marc où ils furent retenus prison niers. Le reste de la flottille fut dispersé.

Blancheïande et Roume déterminés à s'entendre avec les affranchis ; de l'Ouest pour agir contre le Pori-au-Prince, partirent du Cap, et arrivèrent à St-Marc sur le vaisseau le Jupiter. Les affranchis les accucillirent par de grandes aeclamations. Le conseil de Paix et d'Union de St Mare, dominé par les hommes decouleur, leur demanda la dis: solution de l'Assemblée de lOuest, le licenciement des troupes, soidées du Port-au-Prince, la rentrée en cette vile des gens de couleur bour= geois ou militaires et où troupes de couleur qui en avaient été chassés: ils demandèrent aussi que Borel fut traduit par devant la haute cou nationale. PPS coloniale envoya à Blanchelande deux commis= saires chargés de lui demander la mise en liberté de Borel. Elle ne pui rien obtenir quoiqu elle eût réclamé l'inviolabilité de tous ses mem-« bres, en faveur du prisonnier,

Après avoir ordonné à Bauvais et à Rigaud de cerner par terre le Pori-au Prince ,. Blanchelande vint bloquer la ville par mer avec les« vaisseaux le Jupiter, le Borée, et la barque l'Agathe commandés par Grimouard.. L'escadre étais chargée de troupes "de. couleur sous les ordres de Fontanges. |

De son côté, Roume partit de St- Marc, accompagné d'un escadron. d'afiranchis A l'Arcahaie, dans la plaine du Cul de-Sac , il trouva les ateliers pleins de respeet et de soumission: les hommes de couleur qui les tenaient sous leur influence leur ayaient recommandé cette attitude NS reçu à la Croix des-Bouquets SO capitaine général Bauvais qui

CT

après lui avoir garanti le dévouement des hommes de couleur à la révo- Aution française, lui fit comprendre qu'ils n'avaient um moment paclisé “avec les royalistes, que parce qu'ils avaient eu besoin de leurs secours contre la fureur dés petits-blancs. Roume crut reconnaître en lui un ® “Homme vertueux par tempérament, par prencipes et par caraclère. M Bauvais, d'une haute taille, d’une figure noble, était un des officiers les plus beaux de St-Domingue; 1l était instruit, avait un style correct étagréable, et son intelligence s'était considérablement développée par les woyages ; il avait servi en Europe dans les troupes françaises et avait fait là guerre’ de l'ndépendance américaine. De retour à St-Domingue, l'avait été instituteur, avant 1789; de mœurs sévères, d'un tempéœament froid, fier et hautain, il n'était généralement pas aîmé des jeunes gens qui formaient ses bataillons et qu'il traîtait un peu en écolièrs; mais d’une probité exirème, juste envers tous, il était craint étestimé de tous, Après Pinchinat, c'était alors le plus distingué des afiranchis. Quoique sang-mêlé, il avait la peau blanche.

Pinchinat était un quarteron clair, bruni par l’âge, ayant les che veux plats. En 1791 il avait 60 ans environ. I} était d'une belle taille, doux et patient ; il avait de grands yeux, noirs et brillants ; ils’exprimait bien et avec facilité, et avait fait de fortes études en France, De mœurs peu sévères, 1l aimait le jeu avec passion. Les affranchis avaient en lui Une confiance qui allait jusqu'au fanatisme.

Port-au-Prince fut investi de toutes parts par les coalisés; Rigaud était campé à Bizoton, Bauvais au portail St.-Joseph, et Grimouard commandaht le Jupiter et le Borée menaçait de canonner la place. Les anciens pompons-blances étaient plein de rage contre les pompons-rouges: un blanc royaliste proposa d’armer tous les esclaves, d'entrer aveceux dans la ville, et de ne pas laisser un être vivant, ni une seule maison “dans cette abominable Babylqne. Les hommes de couleur qui:avaient beaucoup plus souffert que 1 royalistes des persécutions de la municipalité, étaient cependant plus calmes. La ville, sommée dese rendre, ouvrit ses portes, malgré les efforts de Praloto et de Dumontellier qui menaçaient de la brûler, si on ne se défendait pas. Le % Juillet Parmée des coalisés entra au Portau-Prince; l'ordre y régna; il n’y

“eut pas même une rixe. Le même jour la loi du 4 Avril fut publiée “avec pompe. Blanchelande, après avoir reproché à la municipalité la conduite criminelle qu’elle avaif tenue lors de l'assassinat de . Mauduit, prit des mesures contre les agitateurs. Le régiment de Normandie fut embarqué; celui d'Artois ne subit pas le même sort grâce aux ins-

“iances des autorités. Dumontellier fut déporté; Praloto fut arrêté, “embarqué sur un navire qui le transporta à St-Marc d'où il devait être “conduit en France. Mais dans la nuit du 9 au 10 Juillet, un de ces royalistes qui avaient souffert des persécutions des petits blancs, Roy “de la Grange, monta, accompagné de plusieurs assassins, à bord du maire où était Praloto, le descendit dans un çanot, sods prétexte de

108 HISTOIRE arme 1792 }

° le conduire dans les prisons de St Mare, et le tua à COUPS hé sabre Son cadavre fut: jeté à la mer. L’anarchie était teile à cette époqti que personne ne songea à poursuivre Roy de la Grange : il trouva au contraire un grand nombre d’aäpprobateurs. Quant à Praloto, il fut regretté par les petits-blancs: comme un martyr de la liberté. Mais des pompons-blancs virent dans son assassinat, un fait par lequel 4 colonie avait été délivrée d'un monstre. |

Sur de us los instances de Assemblée colonial ; Blanche in eut la faiblesse de mettre en liberté Borel qui partit aussutôt pour LS tranger. ä.

Les. Cxcès auxquels se livrérent les petits-blancs sur les affranchiss

aidèrent considerablement au triomphe de ces derniers. qui avaient cl recours aux moyens désespérés. Dune autre part les riches colons

perséeuiés par les petits-blancs, avaient été contraints des allier au hommes de couleur par une coalition dont le centre d'abord à la Crorxss des-Bouquets fut ensuite transporté à St-Marc. : Gest cette alliance de” l'affranchi avec le planteur qui amena la chûte violente des pomponss rouges clans FOuest, Le parti des anarchistes fut. pendant quelque” temps comprimé dans presque toute la colouie. La masse des afiranchis

dont les iniérèts se trouvaient de plus en plus satisfaits, se montrait. trés-dévouée à la France révolutionnaire: Rouine donna. tant dans le plaine du Cul-de-Sac que dans celle de l'Arcahaie, trois cent ques quatre hbertés. Les esclaves célébrèrent en son honneur de grande

et belles fêtes. Cependant l'exécution de la loi du: 4 Avil éloigna davantage les blancs dés affranchis: [a paix n'était qu'apparente..

La soumission du. Port-au Prince donna au gouvernement une PUIS

‘sante influence dans la province de VOuest. La tranquillité Y

étant rétablie, Blanchelande se détermipa à faire un voyage, dans les Sud, et Roume à rester au Port au- Prin pour. tout y réorganiser, et pour entièrement détacher les hommes de couleur du parti des poms

pons biances qui n'étaient que d'acharnés royalistes. Blanchelande. partie pour Jérémie , et Roume eut à futter contre les planteurs qui avaient, pris au Port au- Prince une attitude hostile depuis qu'ils s'étaient aper Çus qu on pes it les nie des affaires pui oliques. Le commissaire ciy célébra le 44 Juillet la fête de la fédération à laquelie les royalistes refusé» reni dassietors mais les affranchis y inrent en masse; etelle eutliew avec la plus grande solenmité. Bauvais secondant. Roume énergique “ment éloigna sans peine les mulatres des pompons blancs ; : ceux-ci isoiés devinrent impuissans et fureut contraints de prendre les, cou:

leurs nationales. Bauvais dit au commissaire civil, au nom des affran ‘chis: « Nous n'avons jamais été dupes des ponipons blanes ; 1l nous

« fallait conquérir nos droits; nous avions besoin d'auxiljaires ; le dia *« ble se serait présenté que nous laurions enrégimenté ; ces MM. se .& sont ofleris, et nous les avons employés «en leur permettant de.croir

CA à | HISTOIRE raie 1792 ) | 109

LE “qu is nous dupaient. -+:+.+.... mais nous sommes incapables de & tromper la nation. » * et , Après l'entrée de Blanchelande au Pért-au- Prince, Bauvais ct Rigaud avaient été nommés chacun géuéral de brigarde par le commission civile. Depuis le concordat entre les affranchis de la Croix des-Bouquets et ès pompons-rouges du Port-au-Prince , une guerre acharnée avait éclaté dans la Grand’'Anse ‘entre les hommes de couleur et les bianes. Les affranchis avaient envain réclamé la jouissance des droits politiques ; ils avaient pris les armes sous les ordres d’un des leurs nomtmé. Bernard , avaient attaqué le poste Plingué dans la commune du Go- Œal, l'avaient enlévé et : avaient refoulé les blancs dans le bourg. “Dès qu'on avait reçu cetie nouvelle à Jérémie , Desombrage qui en eommandait la place, Lachaise capitaine général des blancs , et le maire Charbon firent tirer l'alarme. Les hommes de couleur de la ville furent traîtreusement désarmés et arrêtés ainsi que ceux des Abrieots, de Dame-Marie et des Irois. Mais aux Caymites et au Corail, dirigés par les frères Lafond ils avaient vaineu les blancs. Les jérémiens avaient demandé des secours à l'Assemblée coloniale qui elle-même , ayant besoin de toutes les troupes du Cap pour combattre les insurgés du Nord , n'avait pu léur en envoyer. Alors craignant que les affranchis del Ouest ne vinssent renforcer ceux de leur quartier , ils avaient pris une attitude presque indépandante des autorités de la métropole, et avaient formé une confédération avec les autres paroisses de la Grand Anse. Ils avaient établi un conseil d'administration surtout dans le but de s'opposer à l’exécution des décrets de la métropole. C'était un acheminement vers le projet déjà arrêté dans ce quartier d'appeler les anglais. Ë » Un des premiers actes de ce conseil fut d'armer tous les esclaves de la Grand'Anse contre les affranchis. Alors les hommes de couleur furent massacrés dans les campagnes ; leurs têtes portées à Jérémie furent payées chacune quarante gourdes par la municipalité, et exposées au bout de longues piques au fort Lapointe. L'armée organisée par le conseil d'administration était composée de blancs commandés par Lachaise, et de noirs commandés par Noël Bras. Elle. vint attaquer Bernard retranché au Fond Bayard. Celui-ci ne pouvant résister à des forces dix fois supérieures aux siennes, fit une retraite “honorable, et se rendit dans lès campagnes des Cayes où étaient campés les hommes de couleur. Les mulâtres prisonniers qui ne furent pas égorgés furent entassés au nombre de trois-cents dans la cale du navire négrier le Nouvel Amour , et Hvrés à toutes sortes de tortures. La municipalité “fit faire des chemises de souffre pour les brüler vifs; cette cruelle dé- Mermination fut cependant mise aux voix dans l'assemblée des. citoyens blancs; il y eut 80 voix pour qu'ils fussent brûlés sur 463. Alors on se contenta de leur hop ua la petite vérole,

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h ‘4 # Garran Coulon,

- Blanchelande, qui avait appris que les gros navires ne peuvent mouiller dans la rade de Jéréme sans être exposés aux plus grandé« dangers à cause des vents gui FA oufflent du Nord avec une extréme violence , était parti parterre pourla Grand’Anse. Trois-cent-cinquantés hommes du régiment de Berwick, commandés par Rochefontaine , ke précédèrent ‘à Jérémie. Rochefontaine avait reçu l’ordre dé fairén mettre en liberté tous les.affranchis; mais’ ses soldats ayant été la plupart gagnés par les blanes, il ne put exécuter l’ordre qu'il avaitrew eu. Blanchelande ACCOMpPAGRÉ du général Rigaud et de forces assez con sidérables atteignit la ville. Rochefontaine renforcé fit mettre en liberté tous les hommes de couleur et publia la loi du 4 Avril ‘sañs avoir é*« gard à de violentes oppositions de la part de la population. Blanche+ lande forma plusieurs compagnies d'affranchis et leur donna pour offi# ciers des noirs et des jaunes. La veille de son arrivée, les blanes a vaient fait abattre toutes les piques qui portaient des têtes Aer de couleur. Le service de la place fut fait par les colons et par les" muilâtres. Mais ces derniers ne tarderont pas à être livrés de nous . veau à toute la fureur des blanes. +

Vers le milieu du mois d’Aoùût, Blanchelande partit de Jérémie : $ il s'arrêta vingt- quatre heures à He Nr et arriva aux Cayes deux Four aprés son départ. L Assemblée du Sud , quoique três-hostile aux sgens | de ia métropole, aila hypocritement au devant de lui précédée du. clergé. Le gouverneur invité à se placer sous le dais , n'y consenis tit pas et dit à Bontemps président de l'Assemblée qu'il Pengageait à en éloigner les serpens quelle nourrissait. La présence de Rigaud qui marchait à ses côtés froissa l’orgueil des blancs. Hs furent encoreplus indignés quand ils le virent manger à sa table, Cependant Blanchiem lande lui confia le eommandement des hommes de couleur et des trous. pes de ligne de la ville des Cayes. La loi du & Avril es déjà ae. vait été publiée fut exéeutée avec sévérité. |

Nous avons vu que les noirs des montagnes dès Platons s'étalenti soulevés pour soutenir les droits des hommes de couleur , lorsque Rigaud envoyé aux Cayes par le commissaire St.-Léger n'avait pu ré” ussir à faire un concordat avec les blancs. Cette is wédtiee était devenue formidable ; elle répandait la terreur aux Cayes et entretes nait cette ville dans de continuelles alarmes. Les noirs sous les or“ &res d’un des leurs nommé Armand occupaient des mormes escarpés, couverts de bois, travérsés de gorges bo à et longeant la plaine: du Fond. |

L'Assemblée du Stud exhorta Blanchclande, au nom du salut de. la province, à marcher contre les isurgés. Thiballier commandant den Ja province, et Mangin d'Ouencé, traitérent ce projet de campagne de folle témérité. Rigaud s’efforca en vain de détourner Blanchelande de cette expédition, lui avouant que les affranchis ne combattraient, pas contre des hommes qui s'étaient soulevés en faveur des décrets de A

| % ii Histoire p’aaiti.—( 1792 )

L 1 métropole... Rigaud n'avait plus aucune influence sur ces masses qu'il “avait soulevées ; car la loi du 4 Avril étant exécutée il n'y avait plus lieu à demeurer sous les armes. Mais Rigaud n'avait jamais songé à faire comprendre aux cullivateurs du Sud, comme Pinchinat et Bauvais dans l'Ouest, que, les affranchis devenant citoyens actifs, la liberté générale ne tarderait pas à être proclamée. |

… Blanchelande, accueillant d’abord lesavis des hommes de couleur, se rendit au pied des Platons, accompagné de quelques officiers, et se présenta en pacificateur aux noirs qui refusérent de rendre les armes. Cependant il ne se découragea pas, et eut de nouveau une conférence avec eux. Ils demandèrent d’une part qu'on leur accordât 300 libertés comme aux eultivateurs de l'Ouest, d’une autre part l'exécution franche et sincère à l'égard des affranchis de la loi du 4 Avril; ils promirent du reste d'envoyer dans trois jours leurs dernières conditions. L'Assemblee du Sud refusa d'accepter ces dermandes, et pressa le faible Blanchelande d'entrer en campagne, ne voulant pas laisser échapper une si belle occasion de le perdre. Blanchelande finit par promettre quil marcherait contre les Piatons, s'il ne recevait aucune réponse des insurgés à l'expiration des trois Jours. Mais pendant cet intervalle, les blancs du parti anti-métropilitain , indignés contre le gouverneur qui avait fait exécuter la loi du À Avril, excitèrent les insurgés à rompre la négociation, en leur faisant insinuer qu'on leur tendait des pièges. Aussitôt, avant l'expiration des trois jours, le camp Berrault, un des postes qui protégealent Îles Cayes, fut assaiifi par les noirs et enlevé. Dès que cette nouvelle parvint en ville, on battit la générale; il était huit heures du soir, il y avait si peu de zèle de da part des citoyens qu'à dix heures on n'avait pas réuni trente gardes nationaux. . Blanchelande se détergina cependant à combattre. EX fixa le jour de l'attaque générale pour le 6 Août. Trois colonnes devaient être lancées contre les insurgés ; ét différents corps cantonnés dans le-voisinage des Cayes, au Port-Salut, à l'Abbaye et aux anglais reçurent ordre de marcher, ainsi que le corps de réserve qu'il devait commander en personrie. *

Eledry , commandant du Port-Salut, capilaine au 73.°* régiment

cidevant Royal-comtois, après avoir fait battre la générale, ne put #éunir les colons qui refusèrent de se mettre en campagne. Il se brüla fa cervelle de désespoir. Saint-Léger, commamiant du camp dè d'Abbaye, officier au 4e régiment ci-devant de Provence, après avoir rencontré de son côté, la même résistance de la part des planteurs, se mit en route avec douze soldats de son régiment. . … Blanchelande avait établi son quartier-général vis à-vis du pied des Platons, non loin du camp principal des insurgés oùse tenait Armand Ven personne , surveillant les mouvements des blancs et disposé à leur

." Nous avons pris la plupart des détails de la bataiile des Platons dans les débats des colonies:

é de Ni | à LS se 112 ; CHrsrToirE D’aarri.( 1799 ) | "F2 opposer partout une forte résistance. Le corps de réserve que com: mandait Blanchelande , était composé de trente-trois propriétaires blancs, d'une compagnie d'artillerie sous les ordres de $t.-Gyr, d’un bataillon de soldats de marine commandés par. Esmangart et Sercey, el de quarante. hommes de couleur sous les ordres de Rigaud. à. 0

Les noirs au nombre de dix mille occupaient .une éféndue de six heues ; ils n'avaient que neuf cents hommes portant fusils, dont als! avaient formé trois bataillons, le reste était armé de piques et dé pierres. L'armée blanche était de 404? hommes. | 1

‘ La première colonne composée de eent-vingt hommes du 92° régiment ci-devant Walsh, de deux-cents miliciens tant blancs que muiâtresss était commandée par Deschet. Elle partit de Torbeck et arriva aux Platons le six Août, jour fixé pour l'attaque générale. Les deux autres colonnes n'avaient pas encore atteint les Platons. Deschet attendit. vainement le coup.de canon qui devait être le signal de l'attaque, ca Blanchelande ayant appris le retard de la seconde et de fa troisième colonne, avait envoyé l’ordre de n’atiaquer que le sept. Mais dans l'as près-midi du 6, les insurgés qu'Armand avait opposés. à Deschel, ass saillirent vigoureusement la première colonne de front et sur les flancss Les blancs combattirent avec le plus grand courage jusqu'à la fin du jour; mais dés que la nuit fut venue, ils battirent en reiraite SOUS UNE grèle de balles et de pierres, et traversérent en désordre le pie le plus élevé des Platons, le fameux défilé bordé de précipices nommé, dompie mulâtres. Us périrent la plupart dans les gorges de la montagne. Les prisonniers succombérent au milieu des tortures : Thiolière, blanc ; après avoir été contraint d’embrasser la tête tranchée de Walsh son ami périt dans d'affreux tourmens. PR Lt "à

La seconde colonne composée d’une compagnie du, 4e. régiment ; den 200 hommes du- 88e ci-devant Berwick et de quelques colons, étaile commandée rar le colonel Thiballier. Les hommes de couleur qui. des vaient la renforcer ne s’y étaient pas ralliés, disant qu® les noirs SOU“ tendient la même cause qu'eux. : Le colonel Fhiballier ignorant que ha. première colonne ayait été anéantie, attaqua dans la journée du pt Les noirs se tenant derrière les arbres et les rochers pour n'être pas atteints, renversaient les blanes de tous côtés par un feu plongeant des plus vifs Les soldats du S8e., Rochefontaine à leur tête, supportérent ‘hèroïqués ment ce feu, pendant plus d'une heure; mais îls furent contraints d’abandonner le champ de bataille après avoir perdu leur Heutenant-colonel Dovle. | ; | |

La troisième colonne formée de 150 colons blancs, de 50 mulätres, d'une compagnie du 4e, régiment était commandée par Mr. de Sam: son. Il y régnait le plus grand désordre; chacun voulait commans der. Samson fit trainer dans des. chemins presque impraticables unê pièce de canon qu'il dirigea contre. les insurgés. 1

Pendant cet intervalle, Blanchelande apprit la défaite’ dela prenuère, 1

essor D 'ITAITI. —{ 1752 ) EE ( ) 113

dela seconde colonne, fl envoya l'ordre à Samsôn de rétrograder : nai quand. cet ordre arriva la troisième colonne était assaillie de toutes: ls par les noirs qui dirigeaient tous leurs efforts contre la pièce.

amson fut tué; les blancs prirent la fuile et abandonnèrent leur. canon aux insurgés. F M En mêmé temps, Armand attaquait le quartier général de Blinches Ende ; mais le général Rigaud l’accueülit par un feu si meurtrier, quil renträ dans ses retranchemens.

“Armand n'avait pas encore appris la nouvelle de la défaite de Thiballier , commandant de la seconde colonne; son quartier général bétait à une distance de six lieues dé Pen droit où ee col ionel avait été battu. Il réunit ses liéulenans, et leur proposa d’ envoyer à Blanche Jände un parlementaire chargé de jui demander un armisticé, afin de agner du temps jusqu'à ce qu'il eùt reçu des nouvelles de Thiballiers f ajoula que si celui-ci était battu 1 romprait à négociation ; qué s'il était vainqueur il accepterait l'armistice. La proposition fut favora= Blement accueillie par Giles Bénèche et Maréchal filleul du G'# Rigaud:

À trois heures de l’'aprés-midi, les blancs virent les noirs agiler ua drapeau blanc. Blanchelande s’approéha aussitôt du camp des insurgés, et vit venif à lui un parlementaire qui lui annonça qu'Armand Jui demandait un armislice. Le gouverneur conséntit à avoir une en-= trevue avec le chef now; ül y avait déjà plus de deux heures qu'il Vattendait, quand il entendit battre la générale dans lé camp des insurgés. Armand qui venait d'apprendre la défaite de Thiballier avait ordonné à toutes ses forcés de sé réunir sur un seul point, et Sélait déterminé à envelopper les blancs üe tous côtés. Au lieu du ‘drapeau blanc, il fit agitér un drapeau rouge tenit du sang dés blancs égorgés. En même témps, les noirs placérentau bout d'üne pique élevée la tète de Doyle lieutenant-colonel au régiment de Berwick. Blan- Chelandé passa là nuit en vue de ce hideux spectacle ; toute la montagne étant illuminée par de grands feux: Lès noirs nc cessaient dû crier vive le roi! vive Blanchelande ! äfini d’ PR la défiauce parmi lés blañcs en leur faisant accroire qu il y avait des traîtres parmi eux. Le lendemain , au point du jour, le Duran ur ayant appris la défaité de la troisiëme colonne, se résout à renfrér aux Cayes. Sd. petite armée fut assaillie aussitôt qu'elle se fut ébrantée; elle fut obligée de livrer aux flafnmes ses convois de vivres et d'abandonner üne partie de son arlillerie. La déroute fut complète; les noirs tout en poursuivant les blänes, brülaient et saccogeaient les habita= tions de tous côtés. Blanchelaude , malgré ses eforts, ne put rallier lès fuyards qu'au camp Gérard, non loin des Cayes. Le 10 Août, quand il rentra én ville ; les citoyens fui attribuérent tous leurs malheurs.

Le lendemain il partit pour le Nord, au milieu des huées de la populuion. Les insurgés, tout en demandant La paix vinrent cerner les

Cayes. Le parti des petits blanes qui dominait dans la ville, ref sa de traiter avec eux, quoiqu’ils eussent offert pour 400 libertés des retourner sur les habitaiions de leurs maîtres. Aussitôt la guerre« fecommença avec fureur et les noirs demeurérent maîtres des PIa

tons. FN | 4 L'échee que Blanchelande venait d’éprouver abattit entièrement son autorité. Quand il arriva au Cap, le parti révolutionnaire y avait res" pris sa puissance primitive, et l'assemblée eoloniale le dénonça à Ia France comme traître à la patrie. Cependant sa conduite à Jérémie et aux Cayes avait rallié autour de lui tous les affranchis; il avait en outre aboli plusieurs cérps populaires qui leur étaient três-hostiles« Avant son départ pour le Sud, le eonseil de paix et d'union de St« Mare, où dominaient les hommes de couleur, lui avait témoigné la plus vive sympathie; mais Pinchinat, qui dirigeait ce conseil où étaient aussi représentés les anciens pompons blancs , et qui jusqu'alors avalt indirectement soutenu le parti du gouvernemeut encore royaliste parcequ il en avait eu besoin jour protéger sa caste contre l’animoæ sité violente des petits blancs, résolut d’éloigner les affranchis de” l'Artibonite des grands planteurs, comme il avait déjà porté ceux den la Croix-des Bouquets à ne voir que des ennemis dans les blancs dont Hanus de Jumécourt était le mandataire, (Comme le système démo gratique iriomphait sur tous les points de la France , il comprit quen sa caste devait marcher en harmonie avec la Métropole. ‘ Il rompit ses relations avec les royalistes en faisant imprimer une lettre dans laquellen il déclara que la ville du Cap ètait un repaire d’aristocrates, partisans de l'ancien régime , et que la révolution française était la plus gloriss ouse des révolutions. Les planteurs ne pouvant plus s’appuyef sur Je conseil de paix et d'union de Saint-Marc, couvrirent Pinchinat d'in vectives dans de nombreux écrits qu'ils lancèrent contre lui ; cependant ils ne nièrent pas qu'il n'eut des talens. Delmas, colon blanc, dites. parlant de lui: « Ce mulâtre a joué un grand rôle à Saint-Domingues c'est lui qui a été le guide, comme l’oracle de sa caste. IL avait” de l'instruction, même le talent de s'énoncer et d'écrire avec mé" thode. . ...... c’était sans contredit un homme instruit, mais ill était mulâtre. » H | : Pendant ce temps, le parti populaire faisait en France d’étonnans progrès; la loi du 4 Avril avait été sanctionnée comme nous Pavons vu, malgré toutes les oppositions du parti colonial ; les nouvelles qui arrivaient de la colonie portaient Brissot ; Gensonné , Vergniaud à en hâter l'entière exécution, d'une manière énergique; les lettres de Roune avaient confirmé les rapports de Mirbeck et de St. Léger. Sur’ Ja motion des girondins , l'assemblée nationale décréta le 15 Juin 1792" que la loi du 4 Avril serait exécutée dans toute sa teneur, On nome Ma aussitôt, sous le ministère de Roland, trois commissaires chargés de ectle exéeution, Sonthonay, Rolvérel, ardens révolutiennaires, e

SUSTOIRE D'HAITT.—( 1798 1 < (15

illaud , homme faible et timide , appartenant tous Îles trois an

arti de la Gironde. Ce fut en vain que le parti colonial lança contre eux à Paris les calomnies les plus outrageantes. Ils reçurent Pour instructions de tout faire pour parvenir à la liberté génés | tale des esclaves, quoiquils ne fussent chargés ouvertement que de exécution du décret du 4 Avril. Ils étaient autorisés « à suspendre et à dissoudre toutes les assemblées et corps administratifs o @autres se disant populaires dans la colonie, sans exception ; à suspen. & dre l'exécution des actes des autorités, qu'ils jugeraient contraires à la « souveraineté nationale ou au rétablissement de Îa paix ; à remettré. provisoirement en activité les anciens tribunaux, en attendant l’or< ganisation définitive de l'ordre judiciaire dans la colonie; à transe. lérer leurs séances, dans les lieux où les circonstances l'exige @raient, et à présenter deux sujets pour remplir les places vacans “otes, au gouverneur, qui serait tenu de donner à l'un d’entre Ceux une commission provisoire. Dans tous les cas de conflits de « pouvoirs qui pourraient naître, ou dans les doutes qui pourraient «s'élever sur l'étendue des leurs, on était tenu de déférer provisoi< « rement à leur réquisition, sauf le recours à l'Assemblée natio< & nale. » * | … Julien Raymond eût été nommé commissaire si Tarbé , membre de l’ags semblée nationale, appartenant au parti colonial, n'avait pas proposé d'ajouter à la loi un article portant que les citoyens ayant des propriétés dans les colonies de l'Amérique seraient exclus de l'expédition.

Avant la révolution de 89, Polvérel et Sonthonax étaient avoeats à Paris. Le premier s'était fait remarquer au parlement de Bordeaux en défendant les libertés publiques; et Sonthonax avait été un des collaborateurs de la gazette révolutionnaire de Paris. En 14790, ils avaient été l’un et l'autre reçus au club des Jacobins.

… Les blancs patriotes et royalistes, en apprenant leur nomination, vous Rient pendant un moment s'opposer à leur débarquement. Fe Dans le mois de juillet, les navires qui portaient les trois gommis« saires, ainsi que Desparbès, nonveau gouverneur, partirent de l'ile d'Aix. ul était chargée de 6000 hommes de troupes patriotiques. Les maréchaux de camp d’'Hinisdal, Delasalle et Montesquiou Fesenzac, ui accompagnaient la commission civile, devaient commander les pro vinces du Nord, de l'Ouest et du Sud. Le 18 septembre, Îles commis: Saires débarquèrent au Cap, et le 49, Desparbès mouilla dans la rade avec le reste de l’escadre. Aussitôt après leur arrivée, les planteurs se reudirent en foule au palais national, pour tâcher de découvrir les sentimens intimes des délégués ; mais ils se retirèrent consiternés , en “oyant qu'ils avaient affaire à des Jacobins qui ne parlaient que de juillotiner les aristocrates. LÉ et

Ve Article ler, 26, et 3e, de la loi du 15 Juin sanctionnée le 22 du même mois,

Le 20 septembre, Polvérel, Sonthonax et Aiïllaud furent mstallés avét pompe et solennité dans l'Eglise du Cap. Daugyÿ, président de l'AS semblée coloniale, leur adressa un discours dans lequel il fit l’apologis de l'esclavage. Frappés de la puissance du parti colonial, ils furent @bligés de faire le serment de ne pas abolir la servitude, et d’exécus ter seulement le décret du 4 avril. Mais en France de nouveaux évès memens dont l'esprit devait être favorable à la liberté des noirs, ve* naient d'éelater: la révolution du 10 Août s'était accomplie ; et les effets” en seront tels à Saint-Domingue que les commissaires civils y proclas meront la liberté générale avant Îa Convention Nationale elle-même . Roume, annulé par l'arrivée de la nouvelle commission, s'embarqua pour France le 28 nôvembre, : F M La province du Nord n'offrait alors que l'aspect le plus hideux : des#* roues et des gibeis ÿ étaient dressés de toutes parts; on exécutait les affranchis et les esclaves par trentaine. La province du Sud présens tait également un aspect horrible, surtout depuis la bataille des Pla* tons : les pertes de la colonie s’élevaient déjà à plus de 500 millions un dixième de la population avait succombé dans les combats, dans les massacres el dans les tortures. | Ÿ Polvérel et Sonthonax ne tardérent pas à s’apercevoir qu'ils auraienk

à lutter contre un parti royaliste qui s’efforçait de les séduire pour les jeter dans des pièges inextricables, Révolutionnaires ardens et au dacieux, hommes de la trempe des conventionnels, ils résolurent de ne reculer devant. aucun moyen pour faire triompher les principes dont Je succès s’obtenait en France au travers de tant de résistances. Mais pour mettre en pratique les droits de l'homme, il fallait renverser les obstacles qui se tenaient devant eux. | 4 Sans consulter Desparbès qui se laissait déjà dominer par Cambefort Thouzard, Rouvraï et les autres chefs royalistes, ils embarquérent pouss France l’ex-gouverneur Blanchelande. Celui-ci à son arrivée à Rochefort, sera emprisonné ; il sera traduit au tribunal révolutionnaire par un décret de la convention nationale, sur la motion de Garnier de Sain= tes, député de la Charante Inférieure, sera eondamné et guillotiné Officiellement avisés de la révolution du 40 Août, par laquelle Loi XVI avait été suspendu de ses fonctions , les commissaires ordonnnèrent« le 42 Oetobre la dissolution de l'Assemblée coloniale, attendu que les” hommes libres de toutes les couleurs n’y étaient pas représentés ; els le 13 Octobre, ils proclamérent qu'ils étaient investis des mêmes. pouvoirs et chargés des mêmes travaux que les délégués de l'Assem” blée nationale, envoyés par la loi du 41 Août, dans les armées eh dans les départemens. Ils remplacèrent l’Assemblée coloniale par une com Mission intermédiaire composée de douze membres dont six blancs et six” affranchis. - Parmi ces derniers on remarquait Pinchinat, Chanlatte, Case fainget Boisrond le jeune. Les six blanes, d’uue ignoranee honteuse,

étgent des hommes dépravés que la révolution avait tirés de Ja fs ‘2

fsrotre wuatri.( 1702 \ DL

ge. La commission intermédiaire laïssa les délégués exercer Ja dice

“ature la plus large. Ceux-ci se déterminèrent alors à écraser le para

h royaliste. Le Cap se divisa aussitôt en deux camps: Îles hommes de couleur de cette ville que dirigeait Pinchinat venu dans le Nord, u de jours après la commission civile, les dragons d'Orléans, les volontaires à pied de la garde nationale, le. bataillon de lAisne, le club, composaient Îles forces sur lesquelles s'appuyaient Polvérel et Sonthonax ; la garde nationale à cheval, composée des jeunes gens des remières familles. du Cap, tous royalistes, portant jusqu'alors l’ha= bit jaune, costume des troupes de Condé, les bataïflons de walsh, Je régiment du Cap dont Cambefort était le colonel. , soutenaient le parti du roi. Les troupes arrivées avee Îles commissaires civils, la plupart d'une grande énergie révolutionnaire, avaient été envoyées par Desparbès dans différents quartiers de la province, afin que Polvérel et Sonthonax ne les eussent pas à leur disposition. … Le club du: Gap qui s'était ouvert le 2 Octobre, sous la présidence de Daugy, êtait rempli de petits blancs qui, quoique ennemis des affranchis, Gémontraient un zèle outré pour la révolution. Borel revenu à St-Domingue , après l’arrivée de la commission civile, en avait été nommé un des secrétaires. Les membres du club sur la motion:

de Larechevêque Thibaud, prirentla dénomination d'Amis de la cenven-

tion nationale ; ils s'appelaient entre eux petits blancs, terme de mépris avant la révolution , et alors très en faveur au Cap.

Laveaux un des officiers. supérieurs arrivé avee Sonthonax Polvérol ét Aillaud, chef des dragons d'Orléans, en garnison à Rennes avant 4789 , excita ouvertement le peuple contre les royalistes. Le 417 Oc« tobre , on proposa au club de pendre Cambefort; cependant par les elforts que fit Desparbès pour contenir l'élan populaire, la journée se passa sans cffusion de sang. Le 18, la municipalité arrêta que les chefs royalistes seraient embarqués; et le 19 toute la ville était en armes. Les troupes des deux partis, rangées en bataille en seraient venues aux mains sur tous les points, si Cambefort avait soutenu la détermination. qu'avait prise son régiment de se faire exterminer pour lui. EH prit la résolution, contre-l'avis de. Thouzard, de se soumettre d l'arrêté de la: municipalité. H fut: signifié. à la garde nationale.à che. val de se réunir- aux. troupes patriotiques et de changer de: costume, Quand’ ce corps que commandait Mr Cagnon, arriva près du couvent des Religieuses , il fut assailli par les révolutionnaires et; tes dragons d'Orléans. Ces jeunes gens, qui avaient déployé une si brillante vas leur dans toutes. les campagnes contre les insurgés , furent sabrés et dispersés. Mr Cagnon fut tué, et l'on n’entendait dans toute la. ville que ces cris: à: mort les. vestes. jaunes ! Les. patriotes. aux cris de vive li Nation ! vive la Constitution ! vinrent braquer quatre pièces de cas Aon devant la maison de Cambefort; ils l’eussent égorgé, si Polvérel, 5e Rrésentant au milieu de la foule, ne lui eût donné le bras. ainsi

us | HISDOIRE HAITI — tive )

qu'à sa dame, et ne l'eût accompagné jusqu'à bord du vaisseat Vas mérica. Thouzard, Poitou et un grand nombre d’autres royalistes, Ja plupart riches planteurs . furent aussi embarqués, bannis pan un arrêté du club. Le lendemain la ville était plongée dans la plus” grande consiernation. On remplaça par des hommes nouveaux un grang. pombre des officiers des régimens de Walsh, de Béarn ; de Royal eomtois.

Le 21 Octobre, Desparbès fut destitué et embarqué par les commisgaires civils, comme suspect et incapable. La classe des riches pro priétaires blancs reçut un coup mortel par les journées du 17, du 18, @t 49 Octobre. La vieille aristocratie coloniale fut anéantie ‘dans le Nord. Polvérel et Sonthonax servirent dans cette circonstance les 1 ins térêts des noirs et des jaunes en écrasant les blancs Dès les blancs. Pen dant ces évènemens Aillaud s'était tenu à l'écart ; d'une nature ti” mide, balletté par les passions des deux si tis qui venaient de com battre, il ne secondait ni ses collègues dont les violences l'effrayaient M ; hi les affranchis , ni les blancs. ; |

Aussitôt après la chute des royalistes, on | forma un gouvernement Provisoire: le général Vimeur Rochambeau qui était revenu des iles. du vent d'où il avait été repoussé par M. de Behague contre-révolutrons naire, fut nommé gouverneur provisoire ; et Laveaux reçut le commian* dement de la place du Cap. Une réforme générale eut lieu dans l'ad* ministration ; - RACE Thibaud fut nommé contrôleur de la ma: #iné. «|

Polvérel et Sonthonax sentendirent pour frapper le parti royalistes dans les autres provinces de la colonie; le premier et Aillaud de” väient se rendre dans l'Ouest et dans le Sud, et Sonthonax denetl rer au Cap. Iis annoncérent leur séparation par une proclamation» en date du 23 Octobre. Ils eussent mieux fait de ne passe séparer car leurs avis mutuels auraient servi à la cause commune: le carac® ière calme et sévère de Polvérel eùt tempéré la fougue de Sontho= max. Aillaud et Polvérel partirent du Cap le29 Octobre, sur la fré gate l’Astrée, et débarquérent le 2 Novembre à St-Marc où dominait” eneore le parti contre-révolutionnaire, malgré les efforts qu'avail faite Pinchinat pour l'abatire. Les affranchis de cette ville, la plupart possesseurs d'esclaves, nullement animés des sentimens patriotiques qui dirigeaient les Bauvais, les Rigaud , avaient été effrayés des ten: dances de la commission civile vers l'émancipation générale. Les blancs: leur représentaient l'anéantissement: prochain de, la colonie, si les: commissaires civils n'étaient pas vite déportés ou: sacrifiés. ,

Savary, maire de Saint-Marc, Roy de la Grange, Decoigne, ardens royalistes , tentèrent de soulever contre eux toute la population ; ; mais, ces coupables projets furent déjoués par Chanlaite qui promit aux aten diers des hauteurs de Si-Marc, qu'on avait remués en Îles égarant, un

: eur, franc de travail chaque semaine. Polvérel et Aillaud AS af

HISTOYRE P'HAITI me 1790 ). Er 2019

t-Mare sans avoir pu éeraser Île parti reyaliste, et arrivé ranir au Pert- Mau-Prince où ils furent accueillis par le parti révolutionnaire qui y rés “gnait. Cependant Roy de la Grange qui était dans le parti royalistes. “eo que Praloto avait été dans le parti des pompons rouges, avait été obligé de se sauver de St-Marc et de se réfugier à la Jamaïque.

Les petits blancs du Port-au Prince, tout en accueillant favorablement les æomumissaires eivils rêvaient à l'indépendance -de St-Domingue ; ils ne se “allaient à Polvérel que pour écraser les royalistes: .qui les génaient, Le commissaire civil découvrit aussitôt leurs projets. Aillaud auquel fais saient horreur les mesures SAAREIU ES que nécessitaient les circonsians “ces, voyant , dans ses momens de désespoir, deux scélérats dans ses collègues, annonça à Polvérel qu'il se rendait dans la province du Sud,

our y faire exécuter la loi du 4 avril; mais au lieu d'aller aux Cayes, il fit voile pour France. Sonthonax et Polvérel n'apprirent son arri. xée à Lorient que trois mois après son départ. Aussitôt après son dé» Larquement, le Conseil exécutif provisoire lança. contre lui un mandat ru arrêt ; il allait être exécuté quand on reconnut qu'il n avait pas cons. piré contre la, république , et que la faiblesse seule l'avait guidé : 08. nen: était pas encore au règne de la terreur.

Pendant ce temps Sonthenax demeuré au Capne pouvant satisfaire aux dépenses de la: province du Nord, eut recours à de préténdues contributions patriotiques. De gré ou de force , les riches négocians fourni. rent des fonds ; les exécuteurs testamentaires même. vidéreat dans leg “caisses, publiques les sommes qui étaient à leur disposition ; chacua paraissait faire aete de patriotisme ; car les. dénoneiations du elub étaient mortelles. Cependant la défiance devint générale; la misère pu blique augmenta. Alors la commnssion intermédiaire établit un impôt forcé sous le nom de subvontion qui € ealevait le quart des denrées destinées à l'exportation.

… Dans l'Ouest, Polvérel refusa de sanctionner cette mesure qu'il dé» clara trop arbitraire, et fit tARBlaoEe le quart de subvention par des dons volontaires. |

Pendant cet intervalle les commissaires civils négligeaient d'étouffer Jinsurrection des esclaves. Jean François et Biassou maîtres de toutes “les campagnes depuis le Fort Dauphin jusqu'au Limbé s ‘étaient divisés: ils avaient même failli d'en. venir aux mains. Sonthonax, excité par le peuple du Cap, ordonna au général Rochambeau d'entreprendre une expédition eontre les insurgés. - Celuici s'embarqua avec un ma tériel de guerre considérable, mouilla au Fort Dauphin , marcha ensuite contre Jean François qui prit la fuite à son approche, et se “rendit maître de Ouanaminthe sans coup férir. Au lieu de continuer “ses succès, il revint au Cap où sa présence était nécessaire, Car “Sonthonax , s’apercevant que les petits blancs, quoiqu'ils prissent les - formes paniouquess conspiraient contre les ‘décrets de l'Assemblée “nationale favorables aux afiranchis , avait résolu de les écraser à à leur

PE

120 SE BISTOIRE D’HAITI'—( 1792 }

tour. Le club excitait les blancs prolétaires à ne pas marcher con: tre les insurgés, prétendant que c'était l'affaire des propriétaires ; Iles petits blanes demandaient hautement Flabolition des dettes, sinon ils" ne feraient pas le service même des postes; l'ambition des-placesm les tourmentait cruellement. Ils trouvaient déjà que Sonthonax proté: $ geait trop les homimes de couleur, et les six blancs de la commis" Sion intermédiaire, écrasés sous. les talens de Pinchinat, s'enten-… daieni avec eux pour calomnier les affranchis. Quoiqu'ils ne voulus" ù sent pas marcher contre les insurgés, les clubistes assassinaient sans cesse des noirs dans la ville; 1ls pénéiraient de vive force et en plein jour chez les riches blancs qu'ils appelaient aristocrates, les maltrais taient , les piliatent et les forçaient à abandonner la colonie. Au Fort Dauphin, les mêmes excès étaient commis.

Sonthonax se résolut à mettre fin à cette anarchie. Proconsul de 19 République, il mettait en pratique ces mots : périssent les colonies plus iôt qu'un principe. Indigné des horreurs auxquelles se livraient. le club et ies pelits blancs, dont le but évident était de le renversen pour semparer de l'autorité et faire rentrer les affranchis dans 16 néant, il lança le 45 Novembre une proclamation par laquelle il dés clara quil ne voyait dans les petits blancs qu'une horde de factieux x dirigée tour à tour par des meneurs cachès dont les vues étaient plus erimi neiles encore, et qui nourrissaient en secret une haine envenimée contre an France, et l'espoir de s’en rendre tôt ou tard indépendans; que de prétendue patriotes qui détestaient cordialement la loi du 4 Avril , etne s’en cachaient pas.

H déclara en outre qu'ils étaient plus dangereux que les anciens aris=\ tocrates. Il fit poursuivre plusieurs d’entre eux qui avaient douze esclaves, 11 rencontra une vive GR dans le club qui

depuis la révolution contre Cambefort voulait priver les affranchisden la jouissance des droits politiques. Mais Sonthonax et Rochambeau en-« tendaient que la loi du 4 Avril fut sévérement exécutée. Laveaux de venu commandant de la province du Nord, manifesta en place publ que ses sympathies pour les hommes de couleur; et Sonthonax placa eomme officiers dansles troupes venues d'Europe, trois affranchis qu'y furent bien accueillis. Mais le régiment du Cap ne voulut pas en“ recevoir un seul dans ses rangs. Il alla jusqu'à refuser à Laveaux dé” reconnaître la lor du 4 Avril. Alors Sonthonax résolut de livrer ba+. taille aux petits blancs qui entretenaient cette anarchie,. Le 4 Dé cembre toute la garnison du Cap était réunie sur la place d'armes ;" les affranchis au nombre de trois cents se montraient résolus à périr n jusqu'au dernier pour le commissaire civil ; Pinchinat les avait ani - més de la plus grande détermination. Laveaux devenu général prit” le commandement des troupes de hgne et de la garde nationale. Leg” soldats du régiment du Cap qui n'avaient pas reçu de munitions vi rent avec indignation les affranchis rangés vis à-vis d'eux charger leurs

rmes. Sonthonax couveri de rubans wicolores , entouré d’un RON

LA

Dreux état major vint au Champ de Mars et exhorta en vain le régiment

du Cap à se soumettre à la loi du 4 avril. En même temps, un noir portant un sac, traverse la place d'armes; les blanes s'écrient: tirez dessus ! tuez-le! Les aflranchis, de leur côté, s'écrient: ne ti rez pas! il nous apporte du biscuit. Des soldats le poursuivent; il jette son sac, prend la fuile; les blancs prennent le paquet, louvrent; milétait rempli de cartouches. L'exaspération des soldats du régiment du Cap et des petits blancs est à son comble; Sonthonax pour éviter un engagement ordonne aux troupes de se retirer dans lours quartiers respectifs ; ; 1l est obél. Aussiiôt contre les ordres du commissaire civil, les petits blancs battent la générale à travers la ville, et s’emparent de l'arsenal. Les matelots de l'escadre qu'ils avaient gagnés Winrent les renforcer. Ayant à leur tête deux aventuriers Pinsse ct

Gervais , ils marchérent au nombre de deux mille, sur trois colonnes. contre les affranchis , rangés en bataille devant leur caserne. La pre-

miére colonne composée du régiment du Cap ct de trois cents patriotes ,

attaqua les hommes de couleur qui, malgré une vive fusillade et les décharges de l'artillerie, résistérent énergiquement; le feu ne se ralentit que lorsque Dassas, se plaçant au milieu des combattans pour faire cesser l'action, fat renversé atteint d’une balle. Mais un instant aprés,

les autres colonnes soutenues par les matelots vinrent assaillir les hommes de couleur sur les deux flancs, par de vives décharges de

mousqueterie et par la mitraille la plus meurtrière. Les affranchis cé-

dant à la supériorité numérique, abandonnèrent en bon ordre leur quartier, et se retirérent à la Fossette qu'ils évacuérent à la fin de Ja journée pour se rendre au haut du Cap où ils se retranchèrent. Ils entrèrent aussitôt en communication avec les insurgés et se disposèrent à les lancer sur la ville. Pendant ES Sonthonax et Laveaux étaient un peu déconcertés; Rochambeau était malade ; la ville était au pouvoir des petits blancs. La municipalité effrayée de son suecés, au lieu d'en profiter, envoya au commissaire civil une députation qui l'exhorta à faire rentrer en ville les affranchis avec lesquels on traiterait. Sonthonax découvrant l'hésitation de la Commune, reprit Son énergie ordinaire, ordonna aux hommes de couleur de se tenir campés au haut du Cap, gagna dans la nuit qui suivit quelques chefs du parti populaire, et déconcerta le lendemain les agitateurs par une hardiesse étonnante. Pendant que les affranchis se disposaient à lan-

cer sur Îa ville des bandes d'insurgés, si la vie du commissaire se

“trouvait en péril, Laveaux, et Rochambeau encore malade: ) Parçoupurent la ville le sabre à la main avec six dragons d’ Orléans , arrêtérent les principaux clubistes , Baillio, Fournier, Verneuil, Gervais, et les embarquèrent à bord de P'América où se trouvèrent réunis comme prisonniers, royalistes et patriotes. Le calme fut un peu rétabli Alors les hommes de couleur, ayant à leur tête Pinchinat, rentréfeat au Cap , fiers etarrogans envers les blancs qui étaient dans l'abats

132 | BUSTEIRR DHATPI— 1792.) SAFENESS

tement. ls marchaient avee armes et bagages, enseïgnes déployées, et agitant des lauriers. Sonthonax, Rochambeau , la commission 1 termédiaire, la municipalité, un grand nombre de citoyens vinrentæ leur reneontre: ce fut pour eux un vrai triomphe. Ce fut en xair que la municipalité et Larchvèque Thibaud demandèrent la grâce des quatre agitateurs qui avaient été embarqués. Le lendemain, 6, Re chambeau accompagné de quelques dragons d'Orléans, arrêta trois blanes, Daugy, Delaire el Rahoteau, membres de la commission intermédi= aire et les envoya à bord de lAmérica; le même jour il. serrendits avec un piquet de vingt-cinq affranchis chez Larehevèque Thibaude" et l’arrêta aussi comme perturbateur du repos publie. Le peuple ne - fit aucun mouvement en sa faveur. Il sortit de chez lui, sous escorte, tenant d'une main son épouse en pleurs , et de l’autre son fils aîné que le club appelait l'espoir de la patrie. Ainsi finit la cariére polite" * Que d’un homme sans conviction qui ne fut habile que dans l'art den soulever les viles passions de la populace. DU D |

Les anciens commissaires de l'assemblée coloniale à Paris, Pageet Brulley, obtiendront la mise en liberté de Fournier, de Baillio, de Gervais et de Larehevêque Thibaud, en les représentant comme des martyrs de la hHberté, quand ils arriveront en France. Plus tard eesn quatre hommes poursuivront avec le dernier acharnement par-devant le tribunal révolutionnaire, en se donnant pour les seuls patriotes de la colonie, tous ceux qui avaient défendu les droits des hommes de couleur , les Brissot, les Mülscent, qui seront guillotinés ; 1ls entreront, dans le parti des montagnards, se feront sans-culoties, pénétreront dans les clubs avec le bonnet rouge, et feront jeter dans les fers les Roume, les Si-Léger, les Boisrond, les Raymond; aristoerates de la” peau à St Domingue, ils prendront à Paris toutes les formes du Ja cobinisme afin de trouver l’occasion d’assouvir leur vengeance contre tous ceux qui s'étaient montrés les défenseurs des noirs et des hommes de couleur. |

Trois jours après leur embarquement, Rochambeau partit pour læ Martinique. Le commandant de la province de l'Ouest, Delasalle , le remplaça en qualité de gouverneur général; et comme il était dans l'Ouest avec Polvérel, toutes les forces de la province du Nord furent confiées au général Laveaux, R F1 0f: 10

La journée du 4 Décembre amena le triomphe définitif des affranchis sur la classe blanche; et les commissaires civils qui ne tarderont pas à être assaillis par de nouveaux ennemis des principes de 89, ne sau* veront la liberté à St-Domingue qu'en ralliant à la République, par l'émancipation générale, les masses en insurreetion. ti

Pendant cet intervalle , les blancs de Jacmel n'avaient pas voulu exécuter la loi du 4 Avril: ils avaient ehassé de leur ville la plupart des affranchis. Polvérel partit du Port-au-Prinee pour Jacmel ; mais di ne put pas y pénétrer, les blancs s'opposant à ce qu'il y vint age”

DL : de

à, ‘D ReES

misToimE D'HAITI.—e ( 1792- A UE 123

con pagné D arohis - ; 1ls avaient tellement ces iii rs en horreur quil leur répugnait d'écrire et de prononcer le mot de couleur. Ils “avaient écrit au commissaire civil de ne pas se présenter avec des. hommes de . . . . .. .: dans tout le Sud, si ce n’est à Cavaillon, “les blancs refusaient aussi d'exécuter la loi du 4 Avril aux Caves, “ils avaient forcé Mr. de Fesenzac homme modéré à quitter la viile Fr. à sembarquer pour France.

Polvérel revint au Portau-Prince; delà il se rendit aux Cayces où sa présence était de la plus haute importance: l'autorité de la eommission civile y était presque méconnue. H apprit en cette ville que les hostilités avaient recommencé à Jérémie enire les affranchis et les blancs. Après le départ de Blanchelande de Jérémie, les blanes decetie ville, en renouvelant leur municipalité, d'après la loi du 4 Avril, n'avaient pas voulu nommer un seul affranchi membre de la commune, Gependant le, service de fa place se faisait régulièrement par les colons ét par les hommes de couleur; la paix et l'union paraissaient vouloir Sétablir enire eux, lorsqu'un noir libre , Thomany, frappa un de ces Noirs esclaves qui avaient traqué Îles affranchis dans les campagnes. Lesclave s en plaignit aux blancs qui frent ircarcérer Thomany. Les hommes de couleur demandérent inutilement qu'il fut mis en liber- 6: ils se répandirent alors dans les campagnes et se réanirent sur Thabitation Colimon d'où ils marchérent sur le poste Pinquiére qu'ils enlevèrent sur les blancs; ceux-ci armèérent de nouveau conire eux tous leurs esclaves; les affranchis ne pouvant lutter contre une trop . grande supériorité numérique furent dispersés par Lafuge, membre de la municipalité, et tentéreut de se retirer vers les Cayes auprès du général Rigaud.

Quand ils arrivèrent dans les montagnes de la Hotte, ils tombèrent dans les défilés qu'occupaient les insurgés des Platons mal disposés a l'égard des hommes de couleur depuis que Rigaud et Blanchelande “avaient marché contre eux. Armand et Gille Bénèche chefs de ces “bandes les cernèrent de tous côtés, et les auraient peut-être passés au fil de J'épée, si le général Rigaud qui avait accompagné dans le Sud, -Polvérel, n'était sorti des Cayes à la tête de 1500 hommes, et ne les avait délivrés : ils furent conduits aux Côtéaux où ls demeurérent eantonnés. Polvérel envoya aussitôt à Jérémie des commissaires eonciliateurs qui ne purent rien obtenir en faveur des hommes de couleur. Le conseil d'administration de la Grand’Anse refusa d'exécuter la loi du 4 Avril, et établit même des droits territoriaux; ce que la métropole seule avait le droit de faire. Ce fut alors que Polvérel dit ces parolés praphétiques : « Les deux classes d'hommes libres s égorgeant l'une par 4 Jautre, laisseront aux esclaves Ia propriété de File. »

. Pendant: que Delasalle se trouvait dans l'Ouest, Sonthonax ordonna 4 Laveaux de marcher contre Jean François et. Biassou qui oceupaient des montagnes Qu Limbé, de la Souflriére, et la Tannerie, position

124 , IMISTOIRE D'HArTI.—( 1793 }-

bien fortifiée , Drésque inexpugnable , ceinte d’un. fossé large et profôn 3 et armée de quatorze pièces. de canon. Parmi les blancs prisonniers il y avait plusieurs ingénieurs qui avaient été contraints de diriger les. travaux de fortification. Cctle forte redoute avait été élevée dans le - lieu ou M. de Belsunce ancien RATES de la, colonie avait fait mone ter quatre pièces de campagne ‘ | Les jeunes blancs royalistes qui formaient . avant la journée du 1%. Octobro 1792, le corps des volontaires à cheval, et dont l'intrépidité. était connue, mécontens depuis la déportation de Cambefort, se montraient peu disposés à entrer en campagne ; les pêtits-blancs, depuis l'em=« -barquement de Earchevèque Thibaud et le triomphe ‘des. affranchis. ” étaient découragés et abattus; et Îles hommes. de couleur exprimaients hautement Eire répugnance à marcher contre les insurgés. Laveaux allait être réduit à entreprendre cette expédition avec les troupes: ve" nues de France déjà décimées par Îles maladies, mais toujours. pleines d'enthousiasme, Sonthonax réunit à la Fossette les jeunes blancs , les caressa, les flatta et les porta à se nommer des officiers >; MM. Des. sources et de Russy, deux riches planteurs furent placés, l’un à la tête dés volontaires à PIEdES l'autre à la tête des volontaires à cheval. C'était en Janvier 1793: Sonthonax et Laveaux firent un fort beau plan de campagne: on dedait en rétrécissant le cerele‘qu' occupaient les troupes » du cordon de l'Ouest et de celui de FEst,, cerner étroitement les insurgés dans le bassin de la Grande Rivicre, ensuite les chasser du. fort de la ReqRare les jeter dans la vallée, et les traquer de manière à les refouler dans les gorges des montagnes où ils auraient été exterminés par les blancs qui s'y étaient déjà établis. Trois corps, d'armée partirent du cordon de l'Ouest, du F ort Liberté et du Cap. Lcs insurgés occupaient du côté du cordon de l’Ouést une chaine de mor-… nes qui s'étendait de la Marmelade au Limbé; il existait une telle mésinteliigence entre Jean François et Biassou qu'ils refuseront de se secourir mutuellement. Le lieutenant colonel Nully, commandant du cordon de l'Ouest, attaqua les insurgés, enleva successivement huit post tions qu'ils occupaient : il renconira une vigoureuse résistance en s'emparant de. la dernière, le camp du Petit- Thouars : ; en même temps, le commandant du cordon de | Est, parti du Fort Liberté, quoique. | abandonné de Candy, homme de couleur , chef d'une nombreuse ca= valerie, enieva un poste à | Acul de Sämedi : mais il échoua au camp. Lesec où commandait un homme dé co: EE De son côté, Laveaux sorut du Cap à la tête de son armée, inarchant sur trois colonnes : ê la première était commandée par Mr. Dubuisson la seconde par Des prés, lieutenant colonel au Ale régiment, la troisième par Degouttés, ancien officier au PUS Auvergne. La atteignit Îies habitations. 1 Bérard et Langardière, et atiaqua le jour suivant le camp de Miloë n que les insurgés livrèrent aux flammes. Il les poursuivit jusqu au. pied du fort de la Tannerie où ils se roufermérent. Il ne pouyaif

Hatire en brèche cette redoute n'ayant que six pièces de campagne : mas profitant de l'ardeur de ses soldats, il ordonna aux troupes de ligne de monter à l’assaut. Elles obéissent avec enthousiasme, et sont “repoussées avec perte, écrasées sous la mitraille des 14 pièces de là Mortification. Biassou , soutenant le courage des siens , déployait la plus grande audace, et s exposait sur Îles remparts avec une rare intré- “pidité. Les volontaires du Cap, sous les ordres de Dessources, atta- Qquent à leur tour, et marchent avec fierté sans tirer un seul coup de fusil au milieu de la mitraille qui les foudroie, Le reste de l’armée, étonné de tant de courage, jette des cris d'admiration et d’enthousiasme; les volontaires parviennent au sommet d'un petit morne qui dominait la Tannerie. Se voyant soutenu par la colonne commandée par Després, ils se précipitent vers les retranchemens, atteignent les fossés, puis fes embrasures du fort, malgré le feu le plus vif des insurgés; en même temps arrivent les troupes de ligne, le corps des firanchis, qui escaladent les murs; la cavalerie s'ébranle pour couper la retraite à l'ennemi; Biassou, déconcerté par tant d’audace, prend Ja fuite; et les blancs arborent le drapeau tricolore sur les remparts. C'était le 18 Janvier. De Russy poursuivit les fuyards jusque dans la laine de la Grande Rivière; mais il n’en prit que quelques uns, les ‘Hp ne pouvant lutter d agilité à travers les bois, avec les noirs. Ceux ci gagnèrent les hauteurs de la Grande Rivière et du Dondon. Jean François alla camper à Piveteau, pour delà se ruer sur les blancs et les attaquer en détail. Ainsi fut enlevée la fameuse redoute de la Tanuerie, boulevard des pays occupés par les insurgés, ot que pendant Jlong-temps on avait cru imprenable. Pendant l'attaque de ce fort, Jean François n'avait fait aucun mouvement pour secourir Biassou dont 41 était envieux, et quil voalait voir périr. | Laveaux continuant ses succès, s'empara du camp Piveteau, après ‘avoir éprouvé une résistance héroïque. Nully rencontra 400 fuyards qui mirent bas les armes. Les insurgés, chassés du Dondon, se reti- “rèrent sur les hauteurs orientales de la Grande-Rivière du côté de Moka et des Ecrevisses. Jean-François se retrancha sur un plateau assez élové de l'habitation Gerbier que Nully cerna aussitôt. Les insurgés parlaient de se rendre ; c'en était fait de Jean-François ; la guerre du Nord allait finir, quand Sonthonax envoya l'ordre à l'armée de rentrer au Cap. Tout en promettant aux blanes que la liberté générale me serdit jamais proclamée, il n'ignorait pas qu'il lui serait difficile de tenir à ses engagemens, car la Convention nationale composée des patriotes les plus enthousiastes, les plus généreux, les plus instruits, que la France eut alors, ne pouvait reculer devant l'émancipation générale des esclaves ; d’un autre côté, témoin de la marche des évènemens et des dispositions des colons, plus hostiles “que jamais envers la métropole, il voulait ménager les insurgés dont la : républicaine pourrait ua jour avoir besoin pour défendre la colonie.

126 | HISTOIRE D'iAITI( 1709 )

Ainsi cette brillante campagne qui coûta beaucoup de sang futsans résultat. Sonthonax en profila cependant pour mettre en évidence beau= œoup d'affranchis: ilen plaça un grand nombre dans les troupes de Tien gne comme offieiers, dars Îes bureaux de l'adminisiration, dans 14" marine €ét dans {cs tribunaux. Les hommes de couleur devinrent plus que jamais fiers et arrogans envers les blancs. Sonthonax qui avait besoin d'eux: pour les opposer à l'influence royaliste , et aux. éxigences des pctits blancs, les caressait et leur pardonnait ‘tout. Les“ commissaires qui étaient devenus les dispensaleurs des places et des” bonneürs:, les prodiguaient largement aux citoyens du 4 Avi. Mais Laveaux qui, pendant la campagne, s'était trouvé en relations intimes avec plusieurs officiers royalistes, entre autres avec Nuily , commença à s'éloigner des affranchis en lesquels il crut voir-des ennemis implacas” bles de la peau blanche, et à adopter insensiblement les idées colo siaies quant à ce qui les concernait. Il n'en demeurera pas moins dévoué à la république, eomme la suite de cette histoire le prouvera.m Pendant ce temps Polvérel était aux Cayes , luttant contreles plan teurs et es petits blancs qui ne s'étaient soumis à la loi du À Avril que forcés par Îles circonstances. Il était soutenu en cette ville , par les affranchis commandés par Rigaud, et par 400 hommes du bataïllo 2 de Aube, commandé par le Hieutenant-colonel Harty. Les blancs éolons menacaient sans eesse de l’assassiner ; la nuit, les hommes de. couleur se réunissaient chez lui et y faisaient bonne garde.” * "0 La ville des Cayes ‘était étroitement cernée par les insurgés deg Piatons sous les ordres d'Armand et de Gille Bénèche. Dans le cou rant de Février, Polvérel se résolut à les refouler dans les mohtagnes. Quoique la garde nationale refusât de marcher , il ne se découragea pas. __H sortit de Ja ville avec le bataillon de l'Aube, ei proposa aux in-* surgés une entrevue sur lhabitation Smith. [ls y vinrent la plupart ,“ aprés avoir abandonné leur camp retranché des Platons, pleins de con fiance en Ja loyauté du commissaire civil. Pendant qu’il négociait ave eux, Harty, à là tête de son bataillon, atteignit les Platons, tra versa sans obstacle la belle rivière du Fond Palmiste qui coulaif du. pied du camp. Il n'ÿtrouva que quelques vieillards, des femmes, des enfants. Ces maïheureux furent la plupart éventrés à coups baïon. nettes ; les enfans à la mameille eurent le crâne brisé contre les ro" chers, les vieilles femmes furent préeipitées dans des abimes | et les jeunes filles violées ou égorgées. C'est ainsi que Harty se rendit maître des Piatons. Polvérel se hâta de rentrer aux Cayes, ‘et les insurgés" se dispersérent de tous côtés. Pour récompenser Harty, il lenom-n ma commandant de la province du Sud par intérim, en remplacement de Fesenzac. Il déploya tant d'énergie qu'il contint les agitateurs de Ia ville, et les contraignit à exécuter tous ses arrètés, malgré l'ops” positon sourde que lui faisait le maire Delaval, ex-député du côté ou" est de l'assemblée coloniale, Ke bataillon de l'Aube ét les affranghis { | CR

HISTOIRE D'HAITI. | 1793 ) x di 127

| eds éneïrgiquement. Ayant appris par deux citoyens Dufay ct Delpech envoyés dans le Sud par Sonthonax que le Portau Prince, avait méconnu l'autorité de la commission civile, il partit pour l'Ouest £tse rendit à Léogane où dominaient les citoyens du 4 Avril. Après son départ, la ville des Cayes retomba dans l'anarchie, et les insurgés des Platons se réunirent de nouveau. Il attendit à Eéogane des mouvelles de Sonthonax. |

‘Après la dissolution de l'assemblée coloniale, Borel était venu au Portau-Prince accompagné de Dumontellier ; il avait séduit Polvérel, par ses formes patriotiques et l'avait porté à rétablir le club que Roume | ét-Blanchelande avaient fermé, IL était entouré de ses saliniers et des énciens satellites de Praloto. Après le départ de Polvérel pour le Sud, il consigna au palais national ie gouverneur Delasalle, vieillard usé, “sans aucune énergie, qui n'évita la mort qu'en se réfugiant à Saint- Marc. C'est cependant ce même Delasalle qui avait été nommé par les “électeurs de Paris, commandant de la capitale, après la prise de la Bastille. | | … Borel méconnaissant l'autorité de la commission civile, refusa d'exé- ” Cuter la loi du 4 Avril, contraignit les hornmes de couleur à sortir de Ma ville, accusa Sonthonax et Polvérel d'être les auteurs des malheurs de ia colonie, et accepta tous les actes révolutionnaires de la métropole excepté ceux en faveur des affranchis. Bauvais s'était retranché Là la Croix-des Bouquets avec quelques centaines d'hommes de couleur, Met communiquait avee ceux de Léogane par les montagnes. Borel qui ne cherchait que l'occasion de piller, voulut trouver un “prétexte pour marcher avec une armée contre la Croix-des-Bouquets : Milexcita Memzelle chef des bandes indépendantes du Bahoruco à ravager Mlepays pourri. Dès qu'on apprit au Portau Prince que Memzelle Mgétait montré dans ce quartier, il se mit en marche, pour protéger, “disait-il, les habitans du Cul-de-Sac. Il fit une promenade militaire dans la plaine, et arrêta traîtreusement Hanus de Jumécourt et Cou: tard chevaliers de St-Louis, aprés les avoir hypocritement embrassés,. Les petits blancs leur en voulaient depuis longiemps , à cause de leur ancienne alliance avec les affranchis.

Borel rentra au Port-au-Prince, et en sortit peu de Jours aprés avee huit pièces de campagne, 1,800 fantassins, cent dragons, déterminé “cette fois à rançonner tous les propriétaires de la plaine. Son armée

ui marchait sur deux colonnes campa à Santo et à Beaugé, La masse des noirs du Cul-de-Sac ne se remuait pas; et Hyacinthe qui avait refusé de faire partie de l'expédition s'était reiiré aux Varreux; Baue “ais à la tête des hommes de couleur de la Croix-des-Bouquets , trop faible pour attaquer Borel, observait tous ses mouvemens. Le 12 Mars, blancs atiaquêrent une bande d’africains, commandés par un nom- Mé Guimbeau , et les chassèrent de Digneron. Le 18, Guimbeau saillie Beaugé et l'eût eulevé, si Les noirs qui se bataient pour les

hé tistorré b’uatri—( 1708 )

blancs sous les ordres de Philibert ne lui avaient opposé la plus vive résistance. Si Hyacinthe avait soulevé Îles atéliers , les blancs eussent üté taillés en pièces. Borel revint au Port aü-Prinee, chargé dé butin lise résolut alors à se venger du. massacre des blanes de l'Arcahaié , par les noirs, à l'instigation des hommes de couleur. Lé Capitaine gén néral Lapointe commandait dans ce bourg, et Juste Lerdux en était le maire. Borel fit partir pour l’Arcahaïe trois cents homniés du régi" ment d'Artois, sous les ordres de Canteloup, ennemi implacable des« affranchis, sous prétexte d'étouffer une révolte d'esclaves éclatée dans les mornes, mais réellement dans le but d'arrêter Lapointe et .de fairen massacrer tous les gens de couleur. Aussitôt après le débarquement des troupes, Lapointe réunit autour de l'églisé ‘touté la population dun bourg, la gagna à son parti, fit arrêter Canteloup et l'embarqua ayeém le bataillon d'Artois pour le Port-au-Prince. Borel échoua dans cette entreprise qui devait lui livrer le beau et riche quartier de l'Arcas haie et lui procurer de nouvelles richesses. - ne Tel était l'état d’une partie de la province de l'Ouest quand les coms missaires civils s’entendirent pour se réunir à St-Marc, afin de dé ployer toutes leurs forces contre le Port-au Prince. Sonthonax ; pour se faire préparer une réception favorable, s'était fat précéder à St Marc per Pinchinat, membre de la commission intermédiaire. Celuisn ci s'empara sans peine de l'esprit de Chanlatte lé jeune, homme de! couleur lui-même, qui avait fatili arrêter, Polvérel lors de son pass sage à St. Marc. Chanlatie, séduit par les avantages politiques quém les commissaires civils offraient à sa caste, abandonna les blancs, et« entraina sous les bannières de l'autorité nationale tous les .affranchis den

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son quartiér. Re: RS 75 0 Après avoir confié le Cap à la commission intermédiaire et âu gén néral Laveaux, se déliant de la municipalité que dominaient les fac tieux , Sonthonax parlit du Cap, à la fin de Février et arriva # St Marc le 4 Mars. Il y fut reçu magnifiquement. Sonthonax ne découvrit pas que la haine que les hommes de couleur de St. Marc portaient aux blancs, les aniniait bien plus que leur dévouement àlan république. Ils promirent de sacrifier leur vie et leurs richesses pour soumettre le Port-au Prince. Sonthonax écrivit à la municipalité et 4m Borel, pour leur demander des renseignemens sur l’état de la ville Comme ils ne lui répondirent pas il déclara Port-au-Prince en révolten contre la république, et annonça que ics quatorze paroisses de l'Ou est mettraient leurs gardes nationales à la disposition du gouverne ment. Après avoir peint dans une proclamation en date du 21 Mars, les efforts continuels des indépendans, soit révolutionnaires , soit ro yalistes pour jeter la colonie dans l’anarchie ,. il dit : « C’est surtout « dans la ville du Port-au-Prince qu'est le siège de ces audacieux cri” # minels; c’est là que domine avec fureur cette insolente faction (den # l'Assemblée de St. Marc), tant de fois -proscrite par les représens

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