‹ Histoire d'Haiti (volume 3)Chapitre 24 sur 57 · ES EN ER · texte numérisé non relu

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IISTOIRE D'HAITI.—( 1704 ) 17À

“lamation du 29 Août 1793 relative à la liberté générale. Ils obtin- “rent par l'entremise d'Amar un ordre du comité de süreté générale

par lequel les députés furent arrêtés et incarcérés.

= Cependant les Mantagnards eommençaient à être éclairés sur le rôle infime que jouait en France le parti colonial. Thuriot venait de dévoiler à la nation toutes les machinations de ces royalistes aux bonnets rouges contre la liberté des noirs. Barrère indigné d’avoir été lui même trompé par Page et Brulley les appela princes colons dans un entretien

“qu'il eut avec eux. Ceux des komnies de couleur arrivés à Paris qui

n'avaient point été emprisonnés, placardèrent dans les rues des lettres de Page et de Brulley en faveur de la royauté avant le 10 Août. De leur côté, les députés de St-Domingue envoyèrent à la Convention nationalé le 44 Pluviôse an 2 (2 Février 1794,) une adresse énergique

» contre les viles menées du parti colonial. Le lendemain ïls furent

mis en liberté; et le même jour ils se présentèront à la Convention.

C'était le 45 Pluviôse an 2 (3 Février 1794); Vadier présidait la Con-

vention nationale. Un des députés, N: . . . . se leva : « Au nom du comité des décrets. Citoyens, votre comité des décrets a vérifié les pouvoirs des députés de S1.-Domingue à la représentation nationale ,

par là colonie de St-Domingue; il les a trouvés en règle. Je vous

propose de les admettre au sein de la Convention. » Camboulas : « Depuis 1789, un grand procès restait en Suspens ;

- Faristocratie nobiliaire et l'aristocratie sacerdotale étaient anéanties ,

mais l'aristocratie cutanée dominait encore; celle ct vient de pousser le dernier soupir, l'égalité est consacrée ; un noir, un jaune, un blanc vont siéger parmi vous, au nom des cito;ens libres de St. Domingue. » (L'on applaudit. )

Danton ,.ce beau piedestal du peuple, qui fut si sauvent dominé par des élans de générosité se leva et dit: « Oui l'égalité est consacrée, mais il faut que l'arbitraire cesse; et je demande que le comité

des colonies vous fasse un rapport sur les persécutions qu’on à fait

éprouver aux noirs, en France, depuis 1787. » - Gette proposition fut arloptée.

« Une musique militaire se fait entendre; Pair retentit des airs ché & ris de la révolution; des canonniers ouvrent la marche, des citoyens « armés les suivent; s’avancent ensuite des citoyens portant de gran- « des chaudières remplies de salpêtre. Le cortège est terminé par un

grand nombre d’autres citoyens, portant des petles, des pioches « et tous les instrumens nécessaires pour la fouille des terres. La salle « retentit des plus vifs applaudissemens. » *

Après qu'un des ciloyens du cortège eut rendu compte des travaux

des Parisiens pour obtenir du salpètre, les trois députés de St-Domin-

r# Moniteur Français,

172 HISTOIRE D'Hatrr.—( 1794 ) ! ) !

gue entrérent dans la salle. La figure noire de Belley et la figure jaute de Miils firent éclater le plus grand enthousiasme ; les applaudissemens. furent plusieurs fois répétés. | te

Lacroix d'Eure et Loir prit la parole: « Depuis longtemps PAssém- « blée désirait d’avoir dans son sein des hommes de couleur qui furent « Opprimés pendant tant d'années. Aujourd'hui elle en posséde deuxs «je demande que leur introduction soit marquée par l’accoladesfras « ternelle du Président. »

Cette motion fut décrétée au milieu des acclamations.

Les trois députés de St.-Domingue s’avancèrent vers le Président 3 ils en reçurent le baiser fraternel. (La salie retentit de nouvelles aecla=, matlons. ). “y

Le lendemain 16 Pluviôse an 2 (4 Février 4794.) la Convention était nombreuse ; Vadier la présidait encore. Un des trois députés de St.- Domingue « fit un rapport sommaire sur les évènemens qui y avaientew « lieu. Il remonta à la cause des malheurs auxquels elle avait été en « proie : 11 la vit dans la politique odieuse et les intrigues de PAn- « gleterre et de l'Espagne, qui voulant faire perdre à la République « celle colonie intéressante, avaient trouvé le moyen d'y organiser la « guerre civile. Mais les nègres armés pour la cause de la: France « avaient déjoué, par leur courage, ces perldes projets, -et avaient « demandé pour prix de leurs services la liberté qui leur avait été ac- « cordée.. L'orateur conjura la Convention de confirmer cètte promes® « se, et de faire jouir pleinement les colonies des bienfaits de la li- « borté et de l'égalité. » | . H parka des persecutions qui avaient été dirigées contre eux aux Etals Unis par les colons et lés émigrés français. «Ceux qui sontà: « la tête de ectte inquisition, dit-il, dans le continent de l'Amérique. «sont Talon et Noulles, et quatorze ou quinze mille émigrés de: « lrance et ecux de St-Domingue, sont leurs agens. » |

« Si était permis de parler de soi, continua t-il, nous pourrions ajou- (cr: ce sont encore eux qui par une suite de leur système ont voul& nous faire assassiner à notre débarquement à Philadelphie, parles émigrés français réfugiés en cette ville, ont forcé nos malles, enlevé. partie de mos dépèches pour la Convention et pour les Ministres, pillé tous nos papiers, notre argent, nos effets, ont appuyé le: poignard: sur le sein de mon collègue Belley pour le forcer à quittérelæ con. Carde nationale (ce qu'il n'a pas. voulu faire ) ont volé sa montre Son argent, Lous ses elicts jusqu à ceux de son enfant ; enfin ils loi ont lait essuyer les plus mauvais trailemens. Un de ces hommes à. poignard disait à Belley, mon collègue : © Comment , coquin, {us s oses tre oflicicr dans un régiment ? Tu as linsolence de vouloir € Cominander Les blancs! — Et pourquoi: pas, leur répondit mon col“ « lëgue, (et avec une fierté énergique, l'expression de celui qui sent « profondément sa dignité d'homme): je sers depuis-25 ans. sansues

ce proche ; et a on sait sauver les blancs et Îles défendre

À À « Ce n'est que par une merveille que nous avons échappé aux pour. « suites de ces brigands et sauvé le reste des dépèches. pour la Convenuon. Ils voulaient nous empêcher d'arriver jusqu'à vous, parcequ’ils - prévoyaient bien que nous allions vous découvrir la vérité , vous dé- - noncer tous leurs crimes et démasquer tous les traitres. Ils nous ont | même poursuivis Jusqu'ici, ct à notre arrivée, ils nous ont fait es- - suyer une nouvelle persécution. Nous ne nous plaindrons pas de ce que nous avons souilert. N'est-on pas trop heureux quand on fait quelques sacrifices à la Patrie. etc. ete. etc. » « Levasseur de la Sarthe se leva et dit : Je demande que la Convention ne cédant pas à un mouvement d'enthousiasme, mais aux prine cipes ‘dé la justice, fidèle à la declaration des dr REA de l'homme, dicrète,, dès ce moment, que l'esciavage est aboli sur tout le territoire de la République. St: Domingue fait partie de ce territoire, et cependant nous avons des esclaves à St-Domingue. Je demande donc que - ious. les hommes soient libres sans distinction: de’ couleur Lacroix d'Eure et Loer : « en travailfant à la constitution du peuple français:, nous n'avons pas porté nos regards sur les malheureux hommes de couleur. La postérité aura un grand reproche: à nous faire de ce e0té; mais nous devons réparer ce ‘tort. Inutilement nous avons dé- » crété que nul droit féodal ne serait perçu, dans la République frans » çaise. Vous venez d'entendre un de nos collègues dire. qu'il y a en- * core des esclaves dans nos colonies. Il est temps de nous élever à la hauteur des principes de la liberté et de légalité: On aurait beau dire que nous ne reconnaissons pas d'esclaves “ France ; n'est:il pas vrai que les hommes de couleur sont esclaves dans nos colonies. * » Proclamons la liberté, des hommes le couleur. En faisant cet acte de justice vous donnez un grand exemple aux hommes. de couleur esclaves dans les colonies anglaises et espagnoles. Les hommes de couleur ont comme nous voulu briser leurs fers; nous avons brisées ® nôtres ; 5 nous n'avons, voulu nous soumettre au joug d'aucun maitre; accordons-leur. le même bienfait. »

Levasseur : « S'il était possible de mettre sous les: yeux:dé la Convention - le tableau déchirant, des maux: de l'esclavage , je la ferais, frémir de l'aristocratie: exercée dans, nos colonies par quelque es blanes. » Lacroiæ : « Président, ne souffre pas que la Convention se deshonere par une plus, longue discussion.

L'Assemblée se lève. par agclamation.

Le Le tro prononce l'abolition: de: l'esclavage, au: mihieu-des ap:

“On entendait en- Franco par. hommes de couleut- les’ noirs et les sangs » mèlés. 5 .

LXEE | HISTOIRE D'HAITI.—( 1794 )

phaudissemens et des cris mille fois répétés, de vive la République! vive la Convention! vive la Montagne. ”

Les deux députés de couleur qui étaient à la tribune, Mars: Belley et Mills s'embrassèrent. On applaudit.

Le député Lacroix les conduit au président qui leur donne le bas ser fraternel.

Ils furent successivement bnihraséés par tous les députés.

Cambon : « Une citoyenne de couleur qui assiste régulièrement aux M séances de la Convention et qui a partagé tous les mouvemens ré< volütionnaires, vient de ressentir une joie si vive en voyant la liberté accurdée par nous à tous ses frères, qu’elle à entièrement perdu con" naissance. (On applaudit. } Je demande que ce fait soit consigné au procès-verbal, que cette citoyenne admise à la séance, reçoive au moins” ectte récontaissance de ses vertus civiques. -{

On vit sur Île premier bane de lamphiihéâtre, à la gauche du pré- À

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sident,- cette citoyenne qui essuyait les larmes que cette scène atten=. drissante faisait couleur de ses yeux (on applaudit. }) N....: Je de- maude que le ministre de la marine soit tenu de faire sai sur le champ, des avisos pour porter aux colonies l'heureuse nouvelle de … jeur aff anchissement. | ; Danton: « Représentans du peuple français, jusqu'ici nous n'avions | décrété la liberté qu’en égoïsies et pour nous seuls. Mais aujour- | d'hui nous proclamons à la face de l'univers, et les générations futures trouveront leur gloire dans ce. décret ; nous proclamons [à =" berté universelle, Hier lorsque le président donna le baiser frater- M nel aux députés de couleur , je vis le moment où la Convention devait décréter la liberté de nos frères. La séance était trop peu nom- : breuse: La Convention vient de faire son devoir. Maïs aprés avoir accordé le bienfait de la Hberté, 1! faut que nousen soyons pour ainsi dire les modérateurs. Renvoyons aux comités de salut publie et des colonies ,, pour combiner les moyens de rendre ce décret utile à l'hu- i manité sans aucun dauger pour elle. L.

« Nous avions deshonoré noire gloire en tronquant nôs travaux, Les. cote principes developpés par le vertueux Lascasas avaient été mé connus. Nous travaillons jour Îles générations futures; lançons 1% 4 liberté dans les colonies: €’est aujourdhui que l'anglais est mort. (On applaudit. ) En jetant la liberté dans le nouveau monde, elle | y portera des fruits abondans , elle y poussera des racines profondes. En vain Pitt et ses complices voudront par des considérations politiques, écarter la jouissance de ce bienfaits ils vont être entraînés dans le néant; là France va reprendre le rang et l'influence Les lui assu- 3 rent son énergie, son sol et sa population. | ‘1 « Nous jouirons nous-mêmes de notre générosité ; mais nous ne P étene drons pas au-delà des bornes de la sagesse. Nous abattrons les tyrans, … cogne nous avons écrasé Les hommes perlides qui voulaient faire rés

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ao nd il

HISTOIRE D'HAITI.—( 1794 } 175 Xograder la révolution. Ne pcrdons point notre éncrgie ; Jlançons nos drégaies ; soyons sûrs des bénédictions de l'Univers el de la postérité,” et décrétons le renvoi des mesures à l'examen des comités. »-

Ce renvoi fut décrété. | 11 s’éleva quelques débats relatifs à la rédaction du décret. Lacroix en proposa une qui fut adoptée en ces termes :

« La Convention nationale déclare aboli l'esclavage des nègres dans “outes les colonies ;* en conséquence, elle décrète que tous les hommes, sans distinction de couleur, domicités dans les colonies, sont citoyeus français, et jouiront de tous les droits assurés par ia Constitution. te | « Renvoie au Comité de Salut public pour lui faire incessamment « un rapport sur les mesures à prendre pour lexécution du présens

* « décret. » | | AR |

La séance fut levée à deux heures et demie.** Au sortir de lAs. samblée, les Représentans de St-Domingue furent portés en triomphe par le peuple. Cette scène fut une des plus touchantes de la revsfutoin. Alors s'accomplit la prophétie de Mirabeau: « la révolution

« française bannira l'esclavage des colonies. » LT M

Queiles qu'aient été les horreurs de l’époque de la Terreur, lHaï- “tien doit toujours nourrir pour la Convention nationale de France le plus grand amour: cette immortelle Assemblée est la mère d'Haïti. “Nous ne devons pas la confondre avec Bonaparte qui avant d'avoir tenté le rétablissement- de l'esclavage dans notre pays, net d'avoir révoqué le décret de la liberté générale par celui du “Conseil d'État du 20 Mai 4802, avait déjà horriblement persé- -cuté a plupart des conventionnels dont les glorieux travaux s’étaient accomplis , et pour la France , et pour tous les peuples du globe. |

Sept jours aprés la proclamation de la liberté générale, 41 Février, les trois députés de Si. Domingue se présentèrent au Conseil général de la commune, et y prononeërent chacun un discours dans lequel ils “exprimèrent les sentimens d'affection et d'estime que leur avaient inspirés les vertus, le courage du peuple et des magistrats de Paris. Mills, le député de couleur dit: « c'est aux progrès de l'esprit que le peuple.

« de Paris a développés, que nous devons l'heureuse régénération qui

« nous à d’abord faits citoyens, et qui vient enfin de rendre à nos frè-

« res le nom d'hommes, en échange de celui d'esclaves. ».…........x4

Mars Belley, le député noir, s'écria : « Je fus esclave dans mon e- « fance. Il y a treute-six ans que je suis devenu libre par mon

* On appelait nègres les esclaves noirs et de eouleur ; et gens de couleur les noirs et les mulâtres libres.

.* * Extrait du Mouiteur Français de 1794. Ra L 5

€ industrie ; 5 Je me suis .acheté moi-mêine. pastis dans te as

dé ma vie, je me suis senti digne d’êtré ab ent | 4

e e e. e es s e e e - 0 e 0 . 0 - 0 e e e . ° e e e e -s

«a de n'ai qu'un motà vous dire: c'est que, cest le pavillon | tricolore qui noüs à ur äla liberté ; c'est sous sës auspices que nous avons reconvré cette Bberté, nôtre patriotisme et le trésor dé notre postérilé ; et tant qu'il resiéra dans nos veines uné goûtie de sang, je vous jure, au nom de mes frères, que ce pavilion flottèrd touiours sur nos rivagesret dans nos montagnes. »

Dufay, le. député blanc, jura d’être toujours fidèlé 4 14 caüsé!dé 1°

liberté générale. Le pr ésident du conseil général de la commune rés.

pondit: « eitoyens, les droits de l’honime étaient violés depuis loñg-

‘& temps; des scélérats, des rois avaïént, par un long esclavage, abaz tardi l'espèce humaine e; ils ne rougissaient pas de faire le commer® « ce de Grâcés À notre sainte révolution , nous avons recons œuis nos droits, nous Îles maintiendrons; unIsséz vous À nous ; | ormons un faisceau inébran! able ; jui vons là mort dés tyrans Bién

Lôt nos vœux seront exaucés, et la terre purgée des moñstre$ qu

veritablement Tres, »

à = 4 AA à

Ja souiilaient , n'ofirira plus que le spectacle touchant d'homnies

Après uu discours de Chaumerté sur les horrcürs dé l'esclavage, il fut décidé par le conseil que le trente pluviôse (18 février ) l'abolition”

PER ee à

SP PNNE ET

de l'esclavage serait éelébrée dans le témple de la Raïson, que IS droits de l'hümme y seraient lus, et que les par dé ‘là liberté

ÿ serdient chantées.

Au jour fixé, le peuplè de Paris, lés autorités constituées , le ind

électoral, les sections, les sociétés: populaires les comités civils et re voluticrinaires , se réunirent dans le temple dé là Raison. «Le con cours était immense. À l’arrivée de la M de la Conventicts

nationale, au nombre de laquelle étaient les députés dé St Doiinigue ; … Jes cris répétés de vive la Convention nationale ; et les applaudissemiens;

fnélés au bruit des HiSLUUMENS guerricrs , firent reientir les voûtes de. l'édifice et furent répétés au-dehors. ‘1

« Les citoyens et les citoyennes de couleur étaient’ placés tee la dés putation de la Convention Nationale , dans une enceinte’ érnée de

guirlances et de couronnes.

« La cérémonie commença par une ouverture de Gossec, exécutée

par l’Institut national de Musique. Le Président du Conseil luttensuité la déclaration des droits de l'homme. Aprés cette létturé', on éxécusm

ta un autre morceau de musique, pendant iéquef les’plus doux épane

chemens de fraternité se manifestèrent. Les cris de vive la Républis

Que unrent: fin à cette scène touchante.* | * Extrait du procès-verbal de la Séance du Conseil général de la Cas mune, (Paris) le 48 Pluviôse, l'an £me dé la'R épublique,

ÉYBTOÏRE D'HAÏTI ee ( TOR 177

… + Le Secrctaire-greffier donna ensuite lecture de l'analyse de toutes es belles actions qu'avait vu naître le mois passé. » Ensuite le citoyen$#Chaumette prononça un discours dont les principaux passages. furent les suivans :

—.« ..... arbitraire ayant pris naissance, la force dut nécessairement devenir la- loi suprême. fe crime et tous les débordemens qui marchent à sa suite, durent étouffer jusqu’à l’idée des vertus primitives; la faiblesse dut aussi dévenir un tort, impardonnable aux yeux. des plus forts, et un-motif pour être tourmenté par eux; mais le fai: ble, de son côté, se voyant à tout moment dépouillé: du fruit de ses sueurs par ses nouveaux maîtres, cessa de-travailler paree qu'il cessait de jouië.. Le courage lui manqua; son âme abattue- n'eut bientôt da sensations que pour la douleur: ikfut.asservi. . . . . . . . . . …..

Date: 9. . a. &, € & . & , e Sn 6 6:28 5 0

« Où sont-ils les remparts- sacrés de Eacédémone? les portiques. d'Athènes? les- flottes de Tyr, les immenses travaux. de Sidon? les. temples de Persépolis ? Où sont-ils ces immenses troupeaux: de Mem- Plus? Qu'est devenu ce - monde de laboureurs, de pasteurs , d'artistes, de matclots, de guerriers? O terres désolées et veuves d’habitans, vous noffrez- pias à- l'imagination que la vaste urne cinéraire de cent peuples détruits, sur laquelle-la nature a gravé votre épitaphe : : Eselawage. Corruplion. Destruction. ..... |

Mais aujourd hui le tocsin dela justice éternelle à sonné, les paroles sacramentelles ont été fononcées par l'organe d’un peuple puissant et-bon: l'esclavage est aboli!

« Est-ce ta-vuix, Ô-nature? Est-ce-ta voix qui vient de se faire entendre ? ou si les voûtes du temple des lois n’ont fait que lui servir d'éeho ? Ministres de læ morale des nations, heureux législateurs, vous. l'avez prononcé, ce décret immortel : il est déjà votre récompense. Entene dez.vous ce concert d'actions de grâces, ces cris d'allégresse et de bénédiction, partis du milieu de ces esclaves. dont-vous venez de briser “les chaînes. Les voyez-vous ces hommes, la joie peinte. sur la figure, bondir en. criant liberté !: etecourir- raconter leur bonheur. à toute: la mature? Ils-te-&isent aux arbres, aux rivières, aux montagnes... Eh oui! semblable à l'éclair électrique, qui parcourt, en un:-cind'œil l’espace, l'oracle que- vous venez de prononcer, sur les rives-de à Seine,. va bientôt retentir de la cime des. cordilièéres, dans-les antres glacés de la Sibérie... Mais que vois-je ?... Hommes noirs!.... La flèche homicide entre vos: mains! Bientôt eile va, signal de guerre, parcourir toutes les habitations de la- contrée, le sang va couler encore... Arrêtez, gardéz cette: flèche pour le Gesler anglais, ou espan qui tenterait de. vous réasservir. Arrêtez, il ny a plus dans éjpays que vous habitez, ni maîtres durs à punir, ni esclaves. à délivrer, vous êtes tous égaux. Qui, tous-égaux !.... Voyez-vous les fruits.

{178 MISTOYRE D'HAITI.— (1794 }

moirs di Troëne, mélés aux bouquets blancs de l’'oranger? Le sole" éclaire, vivilie l’un et l'aatre sans distinction , et ce mélange formes un spectacle encuanteur : eh bien, voilà” désormais. votre destigée. ," Û 1 : : OT MENT surtout recueillez précieusement les cendres de votre fidèle ani, du courageux Ogé. Le premier il osa vous parier. de liberté; fort” de toute la PRES que donnent la vertu et la conscience d'un honime li= bre, le premier il osa braver la tyrannie. Vainqueur sans cruauté ,il fut vaincu sans montrer de fblesse, et mourut en grand homme. Sur lé. chafaud même, son port majestueux et sa foree d'âme semblaient com« mander à de vils bourreaux. : Dressez-lui, hommes nouveaux, dressez lui un monument simple comme vos : cœurs ; susp rendez y pour tros phées tous les infames attributs de l'esclavage : passé ; gravez y, POU apaiser son ombre, ces mots qui sont Île gage de votre félicité: D& cret de la Convention Nationale, qui abolit l'esclavage. Et toi, cendre d'Ogé, } cendre respectable et Gore reçois de . la part d hommes libres, le just” tribut d'éloges que méritent les grands efforts que tu fis, et les mâles vertus que tu dé Sployas ; attends en paix que É nation, dont fu fus l'interprète hardi, ait elle même prononcé sur ta vie et tes travauxe,, son irrévocable jugement. »

« Le discours fini, les citoyens de couleur vinrent donner à l'oras. teur le baiser de fraternité. Un enfant noir, élevé sur. les bras el ainsi remis aux représentans du peuple, produisit le plus grand effets. mais bientôt les hommes de couleur , suivis de la municipalité , s'avan<. cèrent au son d’une marche guerrière, auprés des représentans du peus ple, les mains chargées de couronnes qu'ils leur présentérent. Il fau+ drait avoir vu cette beile scène pour la bien sentir. Des hommes de“ toutes les couleurs, jadis esclaves, pressés entre les bras des représ. sentans du peuple français ; arrosés de leurs larmes. . Les bras de” tous les spectateurs tendus vers le ciel, les cris de vive la Républi-" que, vive la Convention, mille fois répétés. . Ce jour-là, les législa=s teurs durent sentir combien la reconnaissance du peuple est expressives

« Après un reulement de tambours, chacun reprit sa place, et les hommes de couleur , toujours pressés aytour des représentans du peus ple, restèrent dans cette attitude, pendant l'hymne de la libertés, par laquelle fui terminée cette fête intéressante. | ‘ul

« Au sortir du temple, le concours avait augmenté au dehors, les places et rues adjaçantes étaient remplies de républicains qui, à lei £ tour, témoignaient leur reconnaissance à la représentation populaire ainsi que la part qu'ils prenaient à la fête qu'on venait de célébrer.”

Page et Brulley répandirent sur Danton, Camille Desmoulins et leurs parüsans, tout le venin mortel qu'ils avaient lancé sur les Giro 0 Us les dénoncèrent à Robespierre , à St. Just. É

Mais la Convention instruite de la véritable situation de Si. Domin gue, décréla le 49 Ventose an 2 (9 Mars 1794) sur la motieaw

MISTOIRE D’HAITI.—( 1794.) : 170

« Thuriot « que tous les colons qui avaient été membres®de l'Assem,

& blée de St.-Marc et de celle connue depuis sous le nom diAssemblée

« coloniale, les agens de ces Assemblées actuellement en France, et les

« membres du club Massiac seraient mis en état d’arrestation; que

« les scellés seraient apposés sur les papiers de tous les colons actuelle. « ment résidans à Paris. » Cependant elle ne révoqua pas le décret d'aceusation contre Polvérel et: Sonthonax , attendu qu'ils appartenaient au parti de la Gironde.

Page et Brulley, quand le. décret: du 9 Mars fut mis à exécution, avaient déjà été arrêtés par le comité de la section des Tuileries. Ils écrivirent en vain. à, Robespierre pour obtenir leur mise-en:liberté. Ils. ñe seront sauyés que par la révolution du 9 Thermidor. Les conutés révolutionnaires (de Paris), des sections de l'Unité, du Mail, de la.

“Halle aux Blés, du Mont-Blanc, de Bonne-Nouvelle, arrêtèrent une foule de colons. | Hé Larchevèque Thibaud fut aussi emprisonné. Sen mandat d'arrêt por tait , par une étrange tournure, pour désignation précise le nom de Thibaut, ci-devant Archevêque. * Pendant ce temps les républicains déployaient. à St. Domingue, la plus grande énergie contre les anglais, les espagnois et les royalistes français. Le gouverneur Laveaux s'était retiré au Port-de-Paix, après avoir eonfié à. Villate le commandement du Gap. Cette. dernière ville ouverte alors de tous côtés n'était qu'un monceau de ruines dépuis l'affaire de Galbaud, Villate homme de couleur, par son énergie et son administration intelli. … gente releva le courage des habitans, organisa 2 régimens de troupes fran-

ches, établit des redoutes autour de la place, et chassa par de vigoureuses sorties les espagnols dont les bivouacs. atteignaient presque la barrière Bouteille.

# Le eommissaire Ronme, dans une lettre aux généraux Linveaux , Toussaint Louverture | Pierre Michel, Villate et Pierre Léveillé, datée de Santo-Do- “mingo, 22 Floréal an A ( 9 Mai 1796 ) leur dit que les colons voulaient faire jouer. à St..Domingue une tragédie en trois actes : ( C’est ,uu colon qui parle ): … “ 1© Nous commencerons pargbrouiller les mulâtres avec les nègres, en “mt Coalisant ceux-ci avec les blancs. Ce moyen procurera. la destruction totale “de ces figures à rhubarbe. F : | “ 2S {Ensuite nous brouillerons les nègres créoles avec-les nègres de guinée, “ on çcoalisant. ceux-ci avec les blancs: ce second moyen nous délivrera “: de tous. ees docteurs maroquins. | “ 3® Enfin, la France ennuyée de tous les crimés. qui se seront Commis, “ ne pourra plus regarder les nègres que comme des bêtes féroces indignes & de la liberté ; elle rétablira l’esclavage ; nous nous déferons de tous ceux qui “auront de J'énergie ; nous en. ferons venir d'Afrique, et nous les tiendrons “sans cesse sous le. fouet et les chaines. ?

Les événemens que nous rapporterons prouveront en effet que nous devons nos “plus grandes calamités aux. machinations infernales du parti colenial : guerre mciviie entre les noirs et les hommes de couleur; guerre civile entre les noirs

africains et les noirs créoles, :

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*60 WISTGIRE D'ITAITI—( 1794 )

Le Cap ef le Port. de-Paix étaient dévenus les boulevards de Ja lt: 4

berté dan$ le Nord. Le Port-dé-Paix ne renfermait que sept cents soldats européens supportant les plus grandes privations. Ils n'avaient ni pain, ni biscuit, ni vin, ni tafia, ni sel, n1 savon. Hs étaient la plupart malades et sans chaussures. Cependant Laveaux , par son courage chevaleresque, ranimait tous.les cœurs. Les anglais qui bloquaient le port, et les espagnols qui donnaient chaque jour des assauts, ne pouvaient corrompre la fidélité des soidats, auxquels ils offraient du pain et de la ‘viande fraiche en abondance. Le gouverneur ordonna aux conimandans des postes voisins de ne répondre aux propositions de Jean François que par des boulets et des balles. II leur écrivait: « quil serait déshonorant de quitter leurs postes sans « tirer un coup de fusil; que s'ils étaient contraints à la retraite, « dene le faire qu'après "Ja plus vigoureuse défense, d’enclouer les « canons qu'ils ne pourraient pas emmener; de faire porter au 102 « des soldats toutes les poudres qu'ils pourraient enlever. Büt toute. « Ja colonie se rendre aux anglais, ou aux espagnols, leur disant il, « tenons bon; conservons à Ia République un endroit où les forces « qu'elle enverra pourront débarquer, et trouver à la minute un lieu « 1 les reçoive. Pour moi Je ne me rendrai jamais. Les troupes « que j'ai l'honneur de commander sont dans les mèmes sentimens. « Go on préière la mort à la trahison , on meurt sans Faune avoir a été vaincu. »

Withioke lui fit offrir par un émissaire de trahir sa patrie, moyennant 5,000 livres sterlings (9 Février.) Laveaux repoussa cette proposition avec une violente indignation qui fut partagée par ses soïidats. Ilen:

demanda satisfaction à l'officier anglais. Wililoke honteux d avoir of ê

fensé une âme si belle, n'accepta pas le cartel qui lui était parvenu. Trois jours après , James Grant, ‘commandant du Môle St. Nicolas échoua honteusement en tentani de son côté de séduire le général Laveaux. Alors Withloke attaqua le Port-de-Paix tant par mer que par terre;

4l fut repoussé avec une perte considérable. II apparetlla et sortit ‘du k:

canal Ge la Tortue.

Pour ne pas laisser ses troupes dans l'inaction , il se résolut à at taquer lAcul, Re oceupée par Îles républicains et située à une

lieue de Léogane. 1 vint débarquer en celte ville à la tête de sa di-

vision composée des 4 3e., 20e., 49e. et 62e. régimens européens. Il marcha contre lAcul le 19 Février avec deux obusiers de 5 pouces et demi et deux pièces de quatre. Secondé par le courage du baron de Montalembert, du colonel Spencer , et du capitaine Vincent , il en- Jeva la position sur les républicains, après un combat de 3 heures. Les compagnies d'élite du 49e., Pinfanterie légère de la garde Men et du 43c. se battirent avee ardeur. Les anglais perdirent soixante soldats par l'explosion de la poudrière du fort à laquelle un jeune noir vépublieain avait mis le feu. Ils perdirent en outre le capitaine Mers

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head du 20e., le lieutenant Caulfieds du 82e. et lelieutenant du gés ner Kercas. ….. Ve | —__ Les succès qu'obtenaient les anglais ‘irritaient de plus en plus Sonthonax contre les anciens libres: 11 paraissait être convaincu que Pinchinat, Monbrun et Bauvais, se disposaient à livrer le Port. Répu- … blicain aux anglais. Il se rapprocha plus étroitement des nouveaux - libres et de Desfourneaux , commandant de la place, ennemi personnel de Monbrun. Il renforça la légion des régénérés en recrutant dans Ja plaine du Cul-de-Sac, de nombreux jeunes noirs: 1l se disposait en organisant de nouvelles forces, à écragr la légion dé l'Ouest “toute dévouée aux hommes de couieur. If redoutait surtout le général Bauvais qui cependant était aussi attaché à la République que les commissaires civils eux-mêmes. {fl envoya dans la plaine du Cul-de-Sae plusieurs émissaires entire autres Guiambois, qui excitérent les ateliers contre les anciens libres. Une insurrection formidable éclata; Bauvais dont l'autorité fut méconnue à la Croix-des-Bouquets voyait son existence sans cessemenacée. Les insurgés du Cul-de-Sac avaient à leur têle un africain nommé Halaou, d'une taille gigantesque, d’une jorce herculéenne. Il régnait sur ses bandes par. la suptrstition, tenant toujours sous le bras un grand coq blane qui lui transmettait, prétendait-il, les vo- -loniés du ciel. EH marchait précédé d’une musique dé tambours, de lambis, * de trompettes , et deses sorciers ou papas qui chantaient qu'il était invulnérable, que le canon n'était que dti bambou et la’ pouûre de la poussière. Sa garde portait de longues queucs de bœuf qui, disait-on, détournaient les balles. Halaou curieux de voir Sonthonax qui était devenu le Bon Dieu des nouveaux libres, partit pendant une nuit obscure dé l'habitation Meilleur; et arriva aux fossés du Port-Républi- Cain, à la Pointe du jour, à la tête de 12,000 noirs. Tout-à-coup éclaia sa musique infernale, et tous les citoyens se précipitèrent versles fossés pour voir ces bandes effrayantes. Le commis Sdire alla au-devant d'Haiaou , l'ernbrassa, lui paria à l'oreille et line vita à faire entrer ses troupes dans la ville. Les nouveaux libres remplirent le Port-Républicain ; et sans. la présence de Pinchinat , de Monbrun , à la tête de la légion de FOuest rangée en bataille, les anciens libres eussent été égorgés: Sonthonax conduisit Halaou au pä- Jais national où 11 lui fit servir un magnifique repas. JL serait diffis cile de peindre la joie, lorgueil et l'enthousiasme de ces bandes dé congos, d'ibos, de dahomets, de sénégalais, quand elles virent leur chef suprème presqué nu, couvert de fétiches, lenant son coq blanc à son côlé, assis près du représentant de la France couvert de rubans tricolores. Si nous én croyons toules nos traditions, Sonthonax, après le repas, aurait exhortée Halaou à se rendre à la Croix-des-Bous quets, pour y faire périr le général Bauvais, qu il lui aurait représen:

x Gjosse coquille ayant à l'intérieur la forme d’un alambic.

182 HisTOiRs D'HAITI.—( 1794 ;

té comme l’ennemi de la liberté des noirs. Halaou sortit aussitôt de

la ville, et se rendit à la Croix-des-Bouquets où Bauvais était entouré

d'un détachement de la légion de l'Ouest. Le bourg fut inondé des

bataillons des nouveaux libres. Bauvais en présence de ce danger émi-"

“nent sentit grandir tout son courage. Il invita Halaou à venir boire avec lui; et celui-ci vint s'asseoir à sa table. Les noirs et les hommes de couleur du détachement de la légion de l'Ouest entourèrent aussitôt la maison, et des factionnairés se piacèrent aux portes et aux fenêtres. Ces braves soldats avaient pris la détermination de mourir avec leur chef. Halaouf sans s’en douter se trouvait en ôtage : Bauvais

«succombant , il devait aussi périr. Les bandes des nouveaux libres,"

en demandant leur souverain, poussaient des cris affreux qui remplis- “saicnt le ciel. Ils n’osaient agir contre les anciens libres qui, par leur “attitude, annonçaient qu'ils tenaient entre leurs mains la vie d'Halaou, et qu'ils étaient résolus à mourir. Bauvais jusqu'alors ne défimssait pas bien le but de ce terrible mouvement. Fa

Pendant ce temps, il n’était bruit au Port-Républicain que de lordre donné par Sonthonax de faire assassiner le général Bauvais. Pin:

chinat et Monbrun expédiérent pour la Croix des-Bouquets , deux offi=

ciers de la légion de l'Ouest, avec ordre de tuer Halaou n'importe la circonstance, s'ils arrivaient avant que le crime fut consommé. Marc

Borno officier des dragons de la légion expédia de son côté un détas

chement de troupes. De nombreux fantassins s'élancèrent au pas de course, volontairement , ‘vers le bourg. Quand les deux officiers €nvoyés par Pinchinat arrivérent à la Croix des-Bouquets, ils pénétré: rent dans la maison qu'occupait Bauvais; un sergent les y suivit. Étonné de l'audace du sergent qui enfreignait si audacieusement la dis=

cipline, le général Bauvais se leva pour lui brûler la cervelle; mais le”

sergent abattit Halaou d'un coup de fusil. Alors tout fut compris. Les

soldais de la légion de l'Ouest se précipitèrent sur les insurgés, et ut

combat des plus sanglants s’engagea. Les nouveaux libres formant des

masses épaisses étaient horriblement mitrailiés presque à bout portant

Leurs queues de bœuf qu'ils agitaient en criant Halaou ! Halaou! pour

détourner les projectiles, disparaissaient, emportées au loin. Les nou: veaux libres, mal armés, perdant des lignes entières enlevées par les

boulets, abandonnèrent la Croix-des-Bouquets dont les rues et les fossés

étaient déjà remplis de cadavres. La plus grande fureur ét le plus

grand acharnement furent déployés aux Trois Rigoles près du bourg® Enfin les bandes d'Halaou terrifiées de la mort de leur chef qui, cro*

ÿaient-elles, était invulnérable, et de la disparition du cog blanc"quim

passait, à leurs yeux, pour un esprit céleste, prirent la fuite de 1ous cô: tés, et Se dispersèrent dans les montagnes aux extrémités de la plaine

du Cul-de-Sac. Bauvais demeura maître de la Croix-des-Bouquets. Aü

Port-Républicain, aussitôt après cette affaire, l'autorité de Sonthonax fut ealièrement méconnue par les aneièns libres: (Février 4794. )

à Histoire D'HAITI.—( 1794 ) 185

“ie commissaire civil ne se découragea pas; il continua à recruter là légion des nouveaux libres ou des régénérés qu’il avait formée, des cultivaieurs du Cul-de Sac. IE renforça également le 48° régiment ci-devant d'Artois que commandait Desfourneaux tout dévoué à son autoré. De son côté, le général Monbrun résolut de surprendre Desfourneanx par une brusque attaque, et de détruire entiérement le 48° régiment , le seul corps réellement formidable sur lequel put compter le commissaire civil. Le 17 Mars 1794, à onze heures du soir, ül marcha avec de l'artillerie, à la tête de la légion de l'Ouest, contre es casernes du 48° régiment plongé dans le sommeil, et commença à les mitrailler. Les soldats blancs quote surpris ripostérent vivous reusement, et firent bonne contenance jusqu'à l'arrivée de Desfour- …neaux. Celui-ci tourna le Palais national, pénétra jusqu’à Sonthonax dont les appartemens recevaient déjà un feu routaut des plus vifs. H entraîna le commissaire civil dans les rangs du 48° régiment et se dirigea vers le fort St Claire. Quand Sonthonax passa près de la geôle, il ordonna de mettre les prisonniers en liberté, craignant que les blancs qui y étaient ne fussent massacres: RER € En , A 5 heures du matin le feu durait encore dans la ville entre les affräne

“ chis et citoyens blancs. Alors on vit entrer au Port Républicain 6,000 nou veaux libres sortant de la plaine du Cul-de Sac ayant à leur tête Hya- -cinthe qui demanda à Sonthonax à marcher contre Monbrun. Le com. Linissaire civil sé rappelant là Cätastrophe du Cap du 21 Juin 1793; refusa de céder à ses instances. À huit heures du matin, il reçut une lettre de Monbrun, par laquelle celui-ci lui demandait l’embar: quement du 45° régiment et de Desfourueaux} il ajoutait que s'il n'y consentait pas, il ne répondrait pas de la Vie d’un seul des blancs de Ja ville. Sonthonax fut obligé de consentir à toutes les exigences dé Monbrun qui alla le chercher au fort St-Clair, et le conduisit au Pa- Jaïs” national. Le 48° régiment fut embarqué pour France Desfourheaux fait prisonnier par Îles Anglais refusa de servir dans leurs rangs: Sith qui commandait à Léôgane eut la générosité de l'envoyer aux États-Unis à bord d'un parlementaire. Le commissaire civil Compré« “nant que son autorité était perdue, donna des passe-ports à tous les “blancs qui voulureut quitter la colonie, leur disant qu'il n'était plus assez puissant pour garantir leur existence: Quelques jours après plu- Siéurs milliers de nouveaux libres; envahirent la Croix-des: Bouquets sous les ordres d’un nouveau chef de bandes, nommé Bébé Coutard. Hs voulaient venger l'affront que venait de recevoir le Commissaire civil. Les hommes de couleur se retrauchérent daris l'Eglise du bourg et résolurent de vendré chérément leur vie. Un d'eux, Daguin, sortit Seul des rangs, armé d'un fusil, traversa la foute des cultivateurs étonnés, ét demanda à parier à Bébé Coutard. Dès qu'on le lui montra, il l'ajusta, et l'abattit d’un coup de fusil. Ce trait d’audace répandit la terreur dans les rangs des nouveaux libres qui-se dispersérent de

tous.côtés. Le général Bauvais sauvé une seconde fois continua à oc- : <uper :la Croix-des-Bouquets. Depuis :plusieurs mois les hommes de

couleur: ne'se soutenaient au milieu des passions que Sonthonax sou-

Jevait contre eux qu'en déployant le plus grand courage, la plus grande

ntrépidité et la plus grande audace. A

«Pendant ce temps, 200 hommes de troupes anglaises et 800 marins de Ja station du Môle, sous les ordres des licutenants-colonels Spen: cer et Markham marchèrent contre le bourg de la Bombarde. ls-avaient” pour -guides -et pour interprètes Deneux et Charmilly. Ils furent re-w poussés par 150 Allemands qui occupaient la place , et poursuivis jusqu'au Môle.* Iis-perdirenÿ 16 hommes tués et 36 prisonniers. Chars nully fut blessé. | | |

Presque en même temps 4,500 Républicains noirs -et jaunes .attas “qualent le fort de l'Acul de Léogane. Le baron de Montalembert les repoussa, leur tua 300 hommes. et leur prit une pièce de canon.

Le général Rigaud, de son côté, Purtit des Cayes avec 2,000 hom=" mes et-2 pièces de 4, et se présenta devant Tiburon Le 16 Avril. A trois heures du matin, il attaqua la ville que défendait le chevalier de Seyvré ayant sous ses ordres Jean Kina. Il‘fut repoussé, et laissa aus tour de la place 470 morts. Cette victoire -coûta cher aux Anglaiss £ar outre un cent des soldats de Jean Kina., ils perdirent 28 eure-

péens, ct en eurent 109 mortellement blessés. Comme il y avait: peu de troupes anglaises à St.-Domingue, de telles victoirés affaiblissaient plus les vainqueurs que les ‘vaincus. Rigaud fut blessé dans :cette action. F

Le parti républicain était aux abois, Aux Cayes la famine étaitiaffreuse; les vivres du pays, l’igname, la patate et la banane y étaient … rares; quant à la farine il n’y en existait pas du tout. Polvérel ayant appris qu'il y en avait à Jacmel, expédia pour cette ville le brick le Sans Culotte de 14 canons commandé par Villeneuve, officier blanc.” Ce navire devait revenir aux Cayes, après s'être chargé de farine à Jacmel. L'équipage du brick était composé de matelots blancs ; mais Polvérel y avait embarqué 70 hommes d'élite de la légion du Sud sous les ordres du capitaine Jean Cécile, et de deux lieutenans Linstant et" Quéné. Le brick fut arrêté par le calme le long des côtes de fer de Baynet où -croisaient un vaisseau et deux frégales de S. M B. Le len=… demain, la mouche del'escadre anglaise, prenant le brick pour un na: vire marchand, s'en approcha et fut capturée après avoir essuyé une bordée. Villeneuve l’envoya à Aquin. Le brick républicain continua sa route; mais il fut attaqué par une des frégates anglaises, et captu=… ré. Les prisonniers noirs, jaunes et blancs furent envoyés à la Jamaïque. Dès que Rigaud apprit cette nouvelle, il fit conduire à Jags… mel soixante mulets qui revinrent aux Cayes chargés de farine.

# @es allemans avant 1789 étaient venus s'établir à la Pombarde,

Pendant ce temps le gouverneur Williamson avait fait jeter dans les pontons de la Jamaïque tous les matelots blanes du Sans Culotte : quant aux soldats noirs et de couleur, ils avaient été emprisonnés avec la chaine au cou. Les trois officiers avaient été attachés par Les pieds à une barre de fer. Ils recevaient de fréquentes visites des colons des Cayes, réfugiés à la Jamaïque, qui leur annonçaient qu'ils seraient envoÿés-aux mines de la Côte Ferme. Ces colons les représentaient aux anglais comme des monstres, ‘assassins de femmes enccine TER | :

Peu de temps après, Jean Cécile, Linstant et Quéné furent conduits, sous escorte, sur une des places de Kingston, pour assister à la vente des soixante-dix soldats noirs et de couleur, fleurs compagnons d'inlortune. Ces malheureux furent livrés, avec condition qu'ils ne pourraient être jamais rachetés, à des ofliciers espagnols de la Nouvelle- Grenade, Ils périront la plupart dans les travaux des mines. Les trois ofliciers des Cayes retournérent en prison.

Quelques semaines après un anglais vint leur proposer de les acheter. Il leur promit qu'ils seraient bien traités, ét qu'à la paix générale ils pourraient retourner dausleur pays. lis lui répondirent qu'ils étaient des officiers de la République française ; et qu'ils sauraient moumir, S'il le fallait, pour leur honneur; qu'ils ne consentiraient jamais au péril de leur vie à une telle dégradation, et que s'il persistait à leur faire une telle proposition , sa vie ne serail pas en sûreté au milieu d'eux. |

En 1795, le général Rigaud les échangea contre plusieurs officiers anglais faits prisonniers à bord du vaisseau le Switchoold qui s'était jeté sur la Folle. E'équipage de ce navire s'élevant, à 400 hommes, ‘avait été recueilli par le chef d'escadron Bonnet.

La conduite du gouverneur Williamson le déshonora aux yeux de “ious les philantropes. 11 foula aux pieds la doctrine évangélique, et viola, avec une barbarie toute ottomane, Île droit des gens, en ven- ‘dant comme esclaves, au 48.° siècle, des hommes libres, ses prisonniers de guerre. Cette action, quand elle fut connue à S'-Domingue, nuisit considérablement aux intérêts Anglais.

Au Port-Républicain la défiance, la désunion, la Baine existaient entre les autorités. Dès que Poivérel reçut la nouvelle de l'affaire du 47 Mars, il se hâta d'y revenir. Pinchinat, Monbrun et tous les an- -ciens libres l’accucillirent avec enthousiasme. Gomme il avait vu dans le Sud Rigaud et tous les hommes de couleur se montrer trés-dévoués à la République, et les noirs de la Grand'Anse s armer tous pour Îles Anglais, il n'était pas animé contre les anciens libres des mêmes sentimens que Sonthonax; au contraire, il ne cessail de vanter leur patriotisme. |

Le Port-Républicain était dans une détresse affreuse; la garnison

en était faible; depuis le départ du 48° régiment, elle ne se compo

Lu MS

1o8 | HISTOIRE B'HAITT 1794 )

suit plus que de la légion de l'Ouest et du bataillon des régénérés ;! troupes coloniales. Les républicains n'avaient plus qu'un peu de pour dre avariée; ils manquaient de fusils, d'habillemens ; les caisses étaient aides; il n y aveit-pas une aune de toile dans le Magasin de l'Etat ; les« anglais étaient nt les maitres des deux tiers de la colonie française. È H n'y avait dans la rade du Port-Républicain que deux vaisseaux des ligne, l'un de 50, l'autre de 64, plusieurs frégates , et quarantenas vires marchands chargés de denrées coloniales qui n'étaient pas Une proie à dédaigner. Sur ces cntrefaites Sonthonax apprit que les home mes de ANNE de Montruis avaient pris les armes contre le gouver nement britannique. Ii leur envoya un officier supérieur , pour don=. ner une direction intelligente à leur insurrection. Quand cet off ee arriva à Montruis, 11-n y trouva aucun campement. Brisbané vait étouffé le mouvement insurrectionnel en promettant aux nl de couicur que le gouvernement anglais les traiterait comme tous sesu autres sujets. Lapointe apprenant qu un officier républicain était, à Montruis y envoya une compagnie de ses dragons qui PAR et le vonduisirent à l'Arcahaie. 7 | Pendant cet intervalle 2,377 hommes de belles troupes euro pée #0 ‘arrivèrent d'Angleterre à Ia Barbade, le 5 Mai 1794. Le général an glais sir Charles Grey, après avoir conquis la Guadeloupe et les au tres Îles françaises du vent, en envoya quelques compagnies à la, Ja" maique, le reste fut embarqué pour St. Domingue. Le 19 Mai on vit. arriver au Môle St. Nicolas les vaisseaux Île Belliqueux , l'Irrésistible ; le Fiysloop, chargés des 22°, 98°, et 41" régimens, fournissant 1600 ù hommes sous les ordres du brigadier général Whyte. Le 23 du mé: me mois, ce général vint mouiller dans la rade de l'Arcahaie , el o= donna à Hanus de Jumécourt qui avait embrassé le parti des anglais ainsi quà Lapointe, de s'achetminer vers la plaine du Cül-de-Sac à la tête de leurs troupes. Le 30 il jeta l'ancre dans la rade du Por" tépublicain. L'escadre sous les ordres du commodore Ford sé trotNam composée des vaisseaux l'Europa ; le Bclliqueux , l'Irrésistible , le Scep:. tre, de trois frégates ét de cinq corvettes 6t bricks. Elle portait u 4465 hommes de troupes , et pouvait faire jouer sur la ville trois cent | seize bouches à feu. :

Le Port-1 HAVE dont les défenseurs n'étaient qu'au nombre ai 800 paraissait disposé à se défendre. Quant à Monbrun, il promét-. tait de s'ensevelir sous les ruines de la place ; néanmoins Sonthonax se défiant de son patriotisme avait fait venir de Jacmel Martial Besse, hom de couleur, et lui avait confié le commandement de la ville. Le 31 Mai, dans l'après-midi, les commissaires civils repoussérent un canot parlenéil | taire du général Whyte qui s'avançait vers le fort Ilet. Les anglais sem déterminèrent à canonner la place. En même temps, ils dirigèrent contre elle trois colonnes: la première sortant de Léogane forte de mille hôme mes était commandée par le baron de Montalembert ; # deuxième ae.

; Histoire Diatri.—{ 1794 ) 187

"vivant de l’Arcahaie sous les ordres de Lapointe ei d'Hanus de Jumé- Court était de 1200 hommes; la troisième de 4465 hommes avait dans : Mes rangs les restes des corps émigrés qui n'étaient paint entrés däns Mlarmée du prince de Condé: les régimens de Hompech, de Rohan “Hussards , ei les Hulans de Bouillé. | Le 1” Juin, à onze heures du matin, Îa frégate la Pénélope sem: Dossa contre le fort Touron, et les vaisseaux le Belliqieux et le Sccp- “ire contre le fort Bizoion armé de cinq pièces et de deux mortiers, Monbrun occupait cette dernière fortification avec quelques artilieurs et 2450" hommes de la légion de l'Ouest, Les Anglais commencèrent le: Meu contre la place. À Ia faveur du bombardement, 800 hommes de Mroupes de ligne européennes débarquêrent au LamanüUn, ayant à leur Miète le colonel Spencer. Le fort Bizoton ne répondit que faiblement ‘aux bordées de l'escadre anglaise. A six heures du soir, la pluie vint “à tomber avec tant d'abondonce que le feu cessa de part et d'autre. Me capitaine Daniel à la tête de soixante grenadiers du 41° régimeht “narcha à la baïonnette contre Bizoton dont les portes lui furent ou: “ertes par des traîitres. Monubrun, voyant pénétrer une compagnie dans “le fort, crut que des Républicains y cherchaient un abri contre la- “verse. Le capitaine Daniel laborda et lui dit en français: vous êtes Mon prisonnier. — Pas encore, répondit Monbrun, et 1 le renversa d'une balle à ia tête. Le colonel Spencer pénétra dans le fort avec üun bataillon; on se bauit dans l'obscurité, à la baïonnette, el corpsà corps. Les soldats de la légion de l'Ouest se voyant trahis replièrent “ur la ville. Monbrun avait été blessé à la main, dans la méiée; on le soupçonnait dans toute la ville d'avoir trahi. Le 2 Juin, au point du jour , le drapeau anglais flottait sur le fort Bizoton. Dans l'après- “nidi le colonel Hampfeld débarqua avec 200 hommes à la pointe de Saline , et s'empara du fort Touron qui lui fut livré par un bBa- “iillon des Régénérés. Les blancs de la ville craignant fa fureur des nou- Neaux libres se réfugièrent les uns à bord des navires de la rade, les autres au fort St-Joseph, afin de prèter plus facilement main forte aux Anglais. Polvérel et Sonthonax réunirent les régénérés, les harangucrent, Jeur disant que s'ils étaient vaincus ils retourneraient dans a servitu- “le; ils répondirent par des bravos prolongés; mais ils ne songeaient “réellement qu'à piller la ville. Sonthonax qui croyait que Monbrun manait livré le fort Bizoton aux Anglais, voulait le farre arréier, mais il renonça à ce projet ne pouvant plus tenir dans la place. Un conseil de guerre se réunit, et il y fui décidé que les commissaires eivils Se rendraient à la Charbonnière, à quatre lieues du Pori Républicain. ‘Sonthonax et Polvérel partirent de a ville, après avoir exhorté les “nouveaux libres à ne pas l’'ineendier Le général Bauvais, à la tête “d'un détachement de a légion de l'Ouest sorti de la Croix-des- Bouquets , les accompagna (3Juin). Bauvais ne pouvant plus se “maintenir dans la plaine du Gul-de-Sac où avaient pénétré les Am

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