‹ Histoire d'Haiti (volume 3)Chapitre 34 sur 57 · DT NE · texte numérisé non relu

DT NE

2 2 file à

BR “ss dun. is 2

13 histoire D'narTi.—( 1795 )

Brisbane fit sortir de son camp un convoi de munitions de guerré ét. de bouche pour un des postes qu'occupaient ses troupes le long des l'Artibonite. Ghristophe Morney traversa ce fleuve, tourna le camp ennemi et alla s'établir en embuscade sur le chemin de S'-Marc. Les Anglais tombant dans les embüches qu'on leur avait dressées: furent taillés en pièces. Le colonel Dessources agcourut au secours du con , voi, à la iète de sa légion coloniale ; il fut battu à son tour, fut blessé à la cuisse, et ne dut son salut qu'à la vitesse de son cheval” 11 laissa. soixante grenadiers sur le champ de bataille, Cet échec ne“ ralentit pas l’ardeur de Brisbane ; il attaqua le cordon républicain aveem des forces supérieures, traversa même lArtibonite, et se"répandit sur la rive droite du fleuve. Christophe Morney le contraignit à repasser j'Artibonite, après lui avoir fait éprouver des pertes importantes. 8 Brisbane et Duquène revinrent à la charge, et attaquèrent les Camps Coursin et Moreau; le combat dura toute la journée; mais les Anglais furent obligés de battre en retraite. En mèine temps ils assaillaient les redoutes élevées au bas de lArtibonite. M Brisbane résolut de diriger une atiaque. générale sur toute la ligne du cordon républicain. Lapointe vint à S' Marc avec la légion d’York; infanterie, cavalerie et artillerie. Pendant que tous les camps du cordon étaient atiaqués, Brisbane se porta en personne sur le bourg de Ia Petite-Rivière de lArtibonite. Toussaint y commandait; il fit dresser contre l'armée anglaise une batterie de deux pièces, l'une de 4 , l'autre de 12, et força Brisbane à la retraite. Ea même temps une frégate de*S M. B. canonnait le fort de la Grande Saline, en éteignait le feu: Les Anglais débarquérent, et se retranchérent non loin du rivage," au heu nommé la Guildive, RU Toussaint, après avoir chassé Brisbane des environs de la Petite- Rivière, lança toute sa cavalerie dans la Grande Saline, chargea les Anglais avec fareur et les rembarqua malgré le feu vif de leur artilleries” Pendant son absence Brisbane s'était établi à la digue de PArtibo= nite. Le 6 Fevrier, dans une escarmouche, il fut atteint d'une balle derrière le cou, et fut transporté à°St-Marc. 11008 Le commandant Valery, d'après les ordres de Toussaint ; enleva dans les hauteurs des Verreites les camps Martineau et Dessources qu'occu=" paient les Anglais. Toussaint se transporta dans les Grands Cahos,” montagnes presque inaccessibles, éloignées de douze lieues de la Petite- « Rivière, et y établit une ligne de camps sur les limites du quartier de l'Artibonite. | | Au eommencement de 4795, une multitude de personnes sorties de St-Marc, de Montrouis, des Verrettes, vinrent se réfugier à lArtibo= nie, ne voulant plus vivre sous la domination anglaise. Elles augmentérent la disette qui y régnait déjà. Il fallut y*nourrir 6,000 hommes qui occupaient trente-deux camps. Toussaint souffrait de toutes | sortes de privalions: quatre-senis livres de poudre qu'il reçu de Las

Mil est vrai souvent sans succès, le regretièrent. H était arrivé à S'-

CRISTOIRE D'HAITI.—( 1795 ) | 219

eaux, par Fentremise du commandant Vernet, lui fut d’un, grand secours. Déployant toujours beaucoup de pieté, il ne négligeait pas “ses devoirs religieux tout en combattant les Anglais. Il avait fait venir aux Gonaives le curé de la Marmelade ui officiait chaque jour, et baptisait tous les enfants.

Il se rendit au camp Grasset. Avant d'attaquer le camp Mollet quoecupaient des royalistes français au service de l'Angleterre, il les exhorta à arborer le drapeau de la République qui se couvrait de gloire aux yeux de l'univers entier. Mais 11 les avertit aussi que st dans une heure, ils ne s'étaient pas prononcés, il les passerait au fil de l'épée. En effet dès que l'heure accordée fut expirée, il nrarcha eontre eux, les battit, et fit tuer tous ses prisonniers à coups de baïonnettes.

Quinze jours après, Thomas Brisbane mourait à St Mare des suites de la blessure quil avait reçue à la digne de lArtibonite. (2 Mars 4195: } Sa mort fut ure perte récile pour les Anglais; et les hommes de couleur de St-Marc qu'il protégeait contre ie partr colonial,

Domingue, capitaine au 49° régiment. Les Anglais commandés dans le quartier de l'Artibonite par des officiers moins habiles perdirent , deux semaines après sa mort, plusieurs points Importants. En Mars Toussaint adressa une proclamation à tous ses frères et sœurs des Verret: tes. Il leur disait que le moment était arrivé où le voile épais qui obscurcissait les lumières allait tomber; qu'on ne devait plus douier des décrets de la Convention nationale ; que ies Français étaient leurs frères; mais que les Angiais, les Espagaols et les Royalistes étaient des bêtes féreces qui ne les caressaient que pour sucer jusqu’à satiété leur sang, celui de leurs femmes et de leurs enfans. Cependant il re put entrer aux Verrettes.

Laveaux résolut de diriger une attaque générale contre les Anglais, dans toute la province de l'Ouest. H écrivit à Toussaint d'assièger Si-Mare, à Bauvais et à Rigaud, d'assiéger le Port-Républicain. Il comptait beaucoup sur une diversion de la part des républicains qui

“étaient dans ees deux villes ; et il avait appris d’une manière certaine

Ds

qu'un parti s'était organisé au Port-Républicain , en faveur ‘de la France. AE | Toussaint partit des Gonaîves, et cerna étroitement St Marc avec 6, 000 hommes. Cette place avait été admirablement fortifiée par Brisbane. Les républicains donnèrent sans suecès plusieurs assauts à Îa ville ; ils fureñt vigoureusement repoussés par la garnison anglaise dont Vartillerie était parfaitement servie. Comme Toussaint perdait beaucoup de braves soldats à ces attaques infructueuses, Laveaux lui envoya Lordre de lever le siège. JL obéit; mais il transporta sur la rive gauche de l’Artibonite tout son cordon qui était sur la rive droite. Pendant ce temps les généraux Bauvais et Rigaud avaient réuni à héogane 8,000 hommes de troupes tant de la légion de l'Ouest que de

220 per HISTOIRE D'autr( 1795 }

celle de légalité du Sud. “Xu: milieu de Mars ‘Hs arrivèrent au carre four de Trutier où ils rencontrèrent les avant-postes anglais qu'ils: butèrent. Pauvais à la tête de la légion de l'Ouest s'avança jusque sur lhabitation Gôte où 11 établis son quartier général. : Il ordonna rux troupes de netioyer leurs armes ; les compagnies d'éñte seules demeurè rent rangées autour de satente. Les soldats rompirent aussitôt leurs rangs. Pendant que les uns démontaientdeurs fasils , les autres: allaient-àätlamas paude dans le voisinage, Des où tivateurs qu ils maltraïtérent vinrent annonss cer aux Anglais que les républicains n'étaient pas sur la défensive, ét qu'ils étaient dispersés dans les campagnes. Le 18 Mars (23 Ventôsean 5 lego verneur Horneck fit sortir du Port-Républicain, mille hommes de troupe européennes, sous les ordres: du lieutenant culonel Markham. A: neu heures du matin, les Anglais surprirent les avant-postes Te et les culbutèrent. Mais les compagnies d'élite de la légion del'Ouesbt qui étaicnt sous les armes accoururent sur le: champ: de bataille, et! rélabliveut*le: combat: : Mal, gré le feu vif de leur artilleries, les Anglai furent contraints de perdre du terrain. Leurs tirailleurs se nérandi rent sur la gauche du grand chemin pour ‘tourner les républicains/#l mais ils rencontrérent le Hieutenant-colonel Pétion qui les arrêta par! plusieurs décharges à mitraile d’une pièce de 8 qu'ils avait ME sur une petite élévation dominant la route.‘ Ils: formérenttalors une masse él altaquérent avee une nouvelle vigueur la légion de l'Ouest.h Les 350 grenadiers et chasseurs de ce corps qui supportaientseuis les feu depuis le commencement de l’aetion , avaient déjà perdu 209 homs - 4 Ines. Bauvais à leur tête, s'expos: it comme le dernier des soldatsiu La légion du Sud qui était à Mariani et à Trutier, entendantle bruit à au canon, aceourut sur le champ de bataille. Æ larrivée de RigaudW Jes Anglais: battirent en retraite. Pendant ce temps lesrtrois bataitæ. lons de la légion de l'Ouest, qui étaient dispersés à la maraude, sen réumrent et vinrent renforcer l'armée répubhca ine. Un'jeune sergent En Ja légion de FlOuest que les Anglais avaient, entrainé danswlieur retraite, mit le feu à leurs caissons, et se fit sauter, en sevsaeri=" fiant pour la cause de la liberté. Cette explosion répandit le plus grand désordre dans les troupes brilanniques; Bauvais et Rigauds, en. profitant, se précipitèrent avec impétuosité sur les Anglais , les ‘eule butérent , et leur prirent quatre piéces de canon (de 4, de'8s de 12, et: de 16.) Le lieutenant-colonel Markharmm fut tué dans Ja déi ‘ cavalier républicain, encore adolescent, eut l'imprudence poursui- vre Îles Anglais jusqu'à’ Bizoton-où il fut pris. Le conimandant Pos 4 tiller , touché de son jeune âge, l'exhorta à crier vive le roi George ou vive le roi de France. HI préféra la mort à la trahison: “ee cha au suppliee en criant ‘vive la République! 5 1908 34 Bauvais et Rigaud: firent offrir au général Hérneck de lue ‘envoyer 1 cadavre de Markham, demeuré sur le champ de bataille. Le contre] K neur Anglais accepta cette générosité avec reconnaissance: On

RER N 3105) à ER . DOTE endit des “hostilités pour le reste de la journée, Cinquante cinq of. ciers républicains el 500 grénadiers aceompagérent le corps jusqu'au portail de 1Léogane où il fut livré aux autertiés anglaises. Ioineck » envoya ‘des : ‘complime: ts” à Bauvais et à Rigaud. ‘Ceux-ci UE 4 Laveaux, mais sans succès, de fairé de nOUvEAR assiéger. SL. Mare Pr de {aciliter ge nouvelle attaque contre le Port- Républi Cain. Les républicains reconnaissant l'impossibilité d'enlever d'assaut le fort Bizoton, et manquant de munitions de guerre et de ‘bouche, “rctournérent à Léogane avec les canons qu'ils avaient pris. ercbes SR AR firent arrêter les français noïrs, jaunes et blancs qui avaient été soupçonnés d'avoir voulu favoriser l'entrée au Port Répu- blicain de oBauvais et de Rigaud, Ils en fusillèrent ‘cent soixante sepl, tantien cetle ville qu'à 'Arcahaie:

1 Hes "Anglais m'ayant pas asssez de troupes pour étendre pret con‘ pee se tinremt sur la défensive. | Les généraux Bauvais et Rigaud portèrent alors toute leur aften- Mtontsur la culture et l’ordre publie : ils parcoururent les campagnes Li POuesttet du Sud, préchèrent le travail, exhortèrent les nouveaux Hbnes' àsy livrer, leur faisant co: npreudre que. sans culture , par “conséquent sans ressources , la Répuplique ne pourrait soutenir: la -gucrre ,/uqu'ils seraient vaincus, et que les Anglais les replongeraïent “dans l'esclavage. Ils obtinrent de bons résultats : : laculiure re- - prit de la vigueur ; de nouvelles constructions s'élevèrent dans les campagnes sur les ruines des anciennes. Gette disette aisés qu'on ressentait dans de Nord et dans lArtibonite était inconnue dans larsrondissement : de Jacmel et dans le Sud. Rigaud, secondé par l'or: donnateur Gavanon, mit en vigueur la plupart des régleméens de Polvérel sur la culture.

"« Des inspecteurs choisis parmi les hommes les plus humains, des anciens conducteurs et les plus instruils dans ces opérations furent commis à-eette surveillance, sous Îles ordres d'un ispec teur général. Le citoyen. hefrane, commandant le quartier de St. Louis , fut élu pour remplir cette place pénible. Le zèle avec lequel il exerça celle fonction a puissamment contribué à ‘la festauration des cultures. » * Le port des Cayes était rempli de bätimens neutres qui apportaient de riches cargaisons. Les rivages étaient nRéteges par de nombreux corsaires qu 'armait le général Rigaud. Souvent ces ravi- » res captu aient des négriers Anglais qui Lransportaiont des noirs, de Ja côte d'Afrique , à là Jamaïque. Rigaud donnait la liberté aux | esclaves et en récompensant les corsaires , 11 les excitait à faire aux négriers une chasse active. Quand ils entraient aux Cayes avec «es africains qu'ils avaient délivrés, il leur donnait lé A éouser!ptions volontaires qui s'élevaient quelquefois jusqu'à 20,090 drenes,

@ + Bonnet.

202 L HisToire p'iairl—( 1795 }

« fit, qui pouvaient être cultivées. »

Vers la fin d'Avril les Anglais recurent au Port-Républieain un ren fort de 2,500 hommes des 81°, 82° et 96° régimens européens. Leu général Williamson, gouverneur de la Jamaïque, dans le même: mois fut honoré de Fordre du bain. vint au Port-Républicain dans le”

courant de Mai, avec le litre de gouverneur général et commandant en chef des possessions de $S. M. B. à St. Domingue. Il remplaça le général Horneck. Aussitôt après son arrivée, il établit une ligne de fortifieations depuis l'habitation Thaumazeau jusqu'aux extrémités de la plaire du Cul-de-Sac; et depuis le quartier des Grands Bois jnsqu'à St. Marc, en suivant la chaîne de mornes qui s'étendent entre la plaine de l’Arcahaie et celle qui longe les bords de PArtibo:

« Les revenus publics eonsistaient prineipalement dans Îa percepliom « d'un ancien droit de douane, conservé sous le nom de droit doc « troi et d'oceident; dans la recette de la subvention du quart de” « tous les revenus particuliers, établie par décret de la Convention « Natiouale du mois de Mars 1793, et dans le produit de toutes celles « des habitetions appartenant à la République et séquéstrées à son, pro=

nite. Dans le Sud, une ligne des postes s’étendit de Jérémieà Dame

Marie à travers les montagnes. Pour occuper tant de points , il fallait de nouveaux soldats. Williamson acheta des planteurs les plus riches, une grande quantité d'esclaves, et en fit des. soldats : les légions colo-= niales déjà. formées furent renforcées. |

La plaine du Culde Sac et celle de lArcahaie étaient admirable

ment cultivées. Les colons, sous la domination anglaise, déployaient autant de férocité contre leurs esclaves que dans l'ancien régime: Quant à Lapointe ïl retirait de la petite plaine de l'Arcahaie, des produits considérables, par un travail presque au-dessus des forces hu: maines. Jamais avant 1789 les esclaves n'avaient été aussi maltraités. Dans la lésion d'York les noirs ne pouvaient atteindre qu’au grade

de sous officiers. Lapointe était aussi impitoyable envers eux, qu'à

l'égard des colons et des émigrés français. Quand ces derniers lui fournissaient l’occasion de les frapper , ik les immolaient sans commisération: il était le type de beaucouq d’anciens libres : fier et”arro-

gant avec le noir, et ennemi implacable “du blanc. Les Anglais qui

avaient besoin et de son influence et de son courage, lui pardonnaient

tout. Le commerce ctait florissant à l'Arcahaie, au Port Républicain

et à Jérémie ; et quand les troupes n'étaient pas en campagne, on se livrait dans ces villes à toutes sortes de plaisirs : bals, concerts; théâtre. : |

Pendant ce temps les espagnols employaient tons les moyens pour.

attirer dans leur parti les noirs républicains. ke marquis de Casa Calvo qui cammandait à Bayaha ou Fort Dauphin écrivit (24 Awril}

à Jean françois de ne rien négliger pour oblenir ce résultat. Celui-ci envoya à l’armée républicaine, campée au Doadon (11 Juin ) , une

Page 1