‹ Histoire d'Haiti (volume 3)Chapitre 39 sur 57 · ER ARMES · texte numérisé non relu

ER ARMES

parti cotonial qui découvrait que la puissance anglaise s'affaiblissait chaque jour. à St-Domingue, avait jeté les yeux sur Toussaini Louver- “ture et l'entourait de séductions. Les colons ne pouvaient se-rallier autour de Sonthonax qui les poursuivait à oulrance parce qu iis COmM- 1battaicnt las République ; ils ne pouvaicnt non-plus se rallier sulour “de Rigaudvet. de Bauxais qui leur appliquaient avec la dernière rigueur “les lois contre les émigrés et les prètres non assermentés. Toussaint qui relevait les auteis dans les quartiers: où :il commandait, -qui avait “servi dans les troupes royales espagnoles était pour eux d'un accès plus “facile Ils l'aideront à mettre en pratique cé que voulait Sonthonax, etils seront à l'abri, sous sa puissante égide, des vengeances révolu- . tionnaires. JET: sé | Bauvais.et Rigaud étaient pleins de fot enla République française; ils ne “croyaient pas qu'une réaction contre la liberté générale fut possible. Aussi iraittient-ils déjà de projet criminel, de projet d'indépendance, le plan “de Sonthonax qui avait transpiré,. par lequel St.-Domingue, tout en “demeurant partie intégrante de lempire français, devait avoir une “ Consiitution spéciale. Quoique très-dévoués à la liberté des noirs, comme “oute leur conduite Fa prouvé, ils avaient la prétention d'en être Îes “tuteurs. Ils durent donc se trouver d'abord en hostilité avec Sonthonax qui considérait les nouveaux libres comme ses enfans, él ensuite - avec Toussaint qui vouiait diriger les siens en exerçant sur eux une rautorité immédiate. | | TS | * Sorthonax savait que Bauvais professait un si grand respect pour les agents de la métropole, qu'il ne doutait pas qu'il ne se sounit à “son autorité, tant que le Directoire ne le rappelerait pas: Aussi se

hâta-t-il de tenter d'écraser Rigaud dont les passions violentes, le carac-

tère indomptable ne lui permettaient pas d'attendre: une obéissance

passive. Déjà Rigaud, depuis l'embarquement de Villate, se plaignait hautement du projet de Laveaux et de Sonthonax de faire passer toute. l'autorité entre les mains des nouveaux libres, et de placer en seconde - ligne les anciens libres. Il disait souvent que lorsqu'il versait son - sang pour ia République, pour la liberté. générale , Toussaint servant “ins les armées du roi d'Espagne, combattait pour Île rétablissement de la servitude. Il n'accusait pas la France de perfidie à l'égard des hommes de couleur, ‘mais bien ses agens, qu'il considérait comme

Ques, travaillaient à satisfaire leurs intérêts particuliers, à s’eurichir

au plus vite en égarant les masses encore plongées dans l'ignorance.

… Cependant Sonthonax ne meltait en pratique que la politique française; … car le Directoire, d'aprés les rapports de Laveaux et de la commission

civile, ne doutait pas que les meïileurs français de la colonie ne fus- “sent les nouveaux libres qui devaient tout à la révolution. Le Directoire exécutif croyait aussi que les noirs seraient plus faciles à

“diriger que los hommes de couleur dont les prétentions à Ja domina-

sn... el

- des ambitieux qui méprisant, eroyait-il, les instructions-qu'ils avaient re-:

RD. - “HISTOIRE D'irAITI.—{ 1796 )

uon politique centrariaient les mesures de la métropole. Ce ne sera qu'après la mission du pénéral Hédouville que le gouvernement franais acquerra Îa certitude que les. anciens fibres quoique travaillant

ans cesse à exercer la prépondérance politique , ‘étaient les: cHtoyel #3 plus dévoués à la métropole. Aussi Hédouville s'efforcera-t-1l relever le parit français en excitant Rigaud à Ss’armer contre Toussaint Louverture, De là naïtra la guerre civile ; et par la chute de Rigaud, le principal obstacle à la proclamation de l'indépendance d'Haïti seraë renversé. Quant à Sonthonax, son négrophilisme s'était tellement dés veloppé, qu'il eût peut-être, : dès lors, quoique français, excité 1684 noirs à proclamer Findépendance pleine et entière de st Domingue ,M sil avait eu la certitude ‘que la France düt un jour rétablir lescl# vage dans:ses colonies. Jusq d'alors il n'avait que des appréhension É pour la liberté des masses; dé là son projet d'une constitution colo-M niale, dans laquelle la liberté des noirs eût été consacrée, demass ps à la mettre à l'abri.des réactions de la métropole, de maniére aussi à légitimer la nésistree en cas que la servitude fat rétablie ," uéoique la résistance à. l'oppression soit toujours lég'time. | 44

il, résolut d'enlever fige le Sud l'autorité aux hommes de couleur, pour la Hivrer, comme dans Je Nord et dans F'Artibonite, aux nouveaux libres. Il avait déjà écrit à Rigaud que l'assemblée électorale tenue aux Cayes était 1llôgale. La commission civile qui dés le 29 Mai17964 avait résolu d'envoyer des agens dans le Sud, délégua pour cette proxincs | trois citoyens, Île général Kerverseau , homme d'une grante équité, . mais faible, Rey et Leborgne de Boigne connus par leur immoralité et leurs AHApa anse Ces délégués recurent pour instructions « (34 3 « Mai) Ge surveiller, de conduire et ‘de diriger toutes les branches « « du gouvernement dans l'es space ‘de terrain qui sétend depuis le cap & a BAIE 1 à Sale-Trou et au Port-Républicain. Ils étaient revêtusm

d'une autorité supérieure à toutes les aulorités civiles et militaires,

et mûñe inveslis du droit de décerner des mandats d'arrêt contre" « CCUX qui conspireraient contre la sûreté et Ja tranquillité publique. » Leurs pouvoirs ne devaient durer que lrois mois. [ls étaient em ou ire spécialement chargés d'arrêter Pinchinat, cet apôtre de la liberté“ dont le seulcrime étaii ,au yeux de Sonthonax, d'être Fâme des opérations des anciens libres. Piachinat voulait que les nouveaux libres eussentm à leur tête les noirs et les hommes. de couleur les plus éclairés jusqu'à ce qu'ils fussent par lcur éducation et leurs lumières capables de diriger eux-mêmes la nouvelle société coloniale, La commissioncivile envoya en même temps, dans l'Ouest AHRÈSR comme commiIssak "

re ordonnateur. .

Les délégués arrivérent aux Cayes sur Ja corvelts la Doicé vers la fin de Juin, La population les accucillit avee froideur, car

elle se doutait de l’objet de leur mission. : La masse noire qui aimait les hommes de couleur dans cette province, les vif avec céfiances Long

: | HISTOIRE D’narti.( 1796.) 253

mulätres du Sud n'avaient jamais cessé de combattre pour la liberté ; ceux de la Grand’Anse avaient mieux aimé se faire exterminer que de se soumeltre à l'ancienne domination coloniale. C'est la seule province de notre ile, où les ancieus libres en masse aient embrassé la cause de l'émancipation générale. Rigaud Ctait aussr vénéré parmi les noirs du Sud que Sonthonax et Toussaint Pétaicnt parmi les noirs du Nord et de lArtibonite. | i A Peu de jours après l’arrivée des délégués , le général Desfourneaux vint aux Cayes avec le titre de général en chef de l'armée da Sud que commandait Rigaud. Celui-ei était à Tiburon, Alors Pindignation fut “à son comble. On apprit en même temps que Desfournaux, de Ti- “buron aux Cayes, n'avait parlé que de l’extermination des hommes de couleur, qu'il s'était efforcé d'exciter les africains contre les anciens libres. Les africaius pleins d'amour pour les mulâtres avaient eux- -mèmes rapporté à ces derniers les paroles du général européen. Rey, eu Leborgne qui s'appelait le Marat des antilles, es officiers de l'étatmajor de Desfourneaux insultaicnt publiquement les hommes de couleur , leurs femmes , leurs filles. Ils se livraient ouvertement aux di- Japidations les plus scandaleuses. Leborgne de Boïgne avait même osé séduire la fiancée du général Rigaud; il s'en gloritiait par toute la ville. Dang cet intervalle les délégués reçurent une lettre de Sonthonax qui les exhortait à agir avec force et courage. * Le bruit se répan- » dit aussitôt aux Cayes que Sonthonax avait envoyé l'ordre d'arrèter Pinchinat. Par un arrèté du 45 Juin, la commission avait mandé au Cap Pinchinat, pour qu'il rendit cempie de sa conduite. ** Cette

#* Lettre de Sonthonax aux délégués dans le Sud (9 Thermidor an 4, 27 Juillet 1796.) 4 | RE

*# 27 Prairial an 4 [15 Juin 1796. | Ea Commission du gouvernement français déléguée aux iles sous le vent, considérant qu'il résulte des décla-

- rations prises à l'occasion de l'arrestation du gouverneur général Laveaux et dé

dk

toire. Il avait alors 67 aus environ,

l'ordonnateur général Perroud , le 30 Ventose dernier [ 20 Mars 1796 |, qu'un des motifs cachés de cette rébellion était de détacher la colonie da métropole, et de former une assemblée coloniale ; que le citoyen Pinchinat est l’auteur de ces troubles, l'instigateur secret de ce projet criminel , qu'il est venu dans cette partie qui n’est pas sol SÉJOour ordinaire pour ourdir cette trame ;

Arrête que le citoyen Pinchinat est mandé au Cap par le retour de la corvette Ja, bioucereuse, pour:rendre compte de sa conduite à la commission ; charge la délégation dans le département du Sud de, l'exécution au présent arrêté,

Au Cap 27 prairial l'an 4 de la République françause, une et indivisible. Signé, Sonrhonax, président de Ja commission.

Pinchinat depuis le départ de Polvérel et de Sonthonax pour France ,en 1794, vivait aux Cayes en simple particulier. Quand les colonnes républicaiues sortaient contre l’ennemi il s’armait, marchait avec elles comine simple grenadier, se battait avec intrépidité, et chantait leurs exploits, après a vie

oi - HisToiRE D'Harmt.—( 1796) mo

nouvelle exaspéra tellement la population noire et jaune qu’une insu rection faillit éclater. Maïs déjà Pinchinat avait pris la fuite ets "tait retiré dans les montagnes des Baradères. En même temps, "les” africains de la plaine entrèrent en ville, pleins d'indignälion contre la délégation, annonçant qu'un jeune noir nommé Edouard',"instruit d'une belle figure , parcourait les campagnes, el excitait, mais en vain les cultivateurs contre les «hommes de couleur. Edouard attaché à dés tat-maior de Desfourneaux avait été envoyé dans le Sudpar lameom" mission civile. Les délégués, pour opérer une diversion à l'efferves® cencé générale, se résolurent à -entreprendre une expédition contrerles" Anglais de ia Grand’Anse. Il fut décidé que l’armée républicaine“ens trerait en campagne contre l'ennemi, divisée en trois colonnes: Rigaud reçut lordre de marcser de: Tiburon contre ‘les Hrois ; Deslourneauxe devait attaquer en personne le camp de Plymouth, et le lieutenants colonel Doyon reçut l'ordre d'attaquer le camp Desrivaux: 4564 Rigaud en recevant les dépêches dela’ délégation , apprit "part les" lettres d'un de ses amis, Juste Bigot officier dans la légion du Sud là conduite que tenaient aux Cayes, Rey et Desfourneaux. ‘On netlu laissa pas non plus ignorer que Léborgne avait séduit sa-fiancées quoi" que d'un tempérament très-violent , 1l eut assez d'empire sur! lui pour étouffer son indignation. El obéit aux ordres de la délégation et se mit en marche contre les [rois qu'occeupait. le général: -Bowyer! "ja garnison anglaise était de plus de 2,000 hommes. : L'armée épubli® caine s'arrêta sur l'habitation Laros où elle campa le long delarmen Une frégate anglaise la découvrit , la canonna pendant trois heureset” Jui fit éprouver quelques pertes. Le lendemain Rigaud leva le camp; et arriva dans la même journée à la portée du canôn du fort destrois C'était le 7 Août. Cette fortification s'élevait au sommet d’un roche

tac als

presque à pic que baigne la mer. Le sentier qui y conduisait était

si étroit que deux hommes pouvaient à peine y marcher-tde front. Ri-\ gaud rangea son armée, forte de 2,000 hommes , en bataille dans la plaine. Une colonne de 300 grenadiers portant de longues échelles, reçut ordr@de donner l'assaut. Les Républicains, malgré les bou lets et la mitraille du fort, eu atteignirent le pied, sans tirer unseuh coup de fusil, appliquèrent leurs échelles contre le rocher et commen” cérehl à grimper. Aussitôt un feu plongeant des plus. meurtriers“ l'eau bouillante, le plomb fondu, d'énormes pierres couvrirent mos« grenadiers. Le gros de la division, larme aux bras dans la plaine, se tenait immobile sous le feu des Irois, sans pouvoir y répondre: Nos grenadiers renvérsés de leurs échelles, périrent la plupart. Rigaud ordonna la retraite. Mais la cavalerie ennemie s'élança dans la plaine, et chargea avec fureur. Les hussards anglais ‘traversérent l'armée républicaine dans toutes les directions, faisant le plus affreux carnag de nos soldats qui furent en grand nombre précipités dans la mer, Blusieurs bataillons perdirent leurs drapeaux. La terre mouvante de

%. plaine ralentit l'impétuosité de fa cavalerie, et sauva le reste de nore armee. Rigaud rentra à Tiburon avec les débris de ses troupes. + En mème temps le général Desfourneaux était parti des Cayes à la Aète d'une colonne. Les délégués accompagnaient l’armée qui arriva en.vue du camp Raymond, le 7 Août(20 thermidor an 4). Un corps “dAnglas, et des colons royalistes Oteupaient fa position. Les délégués oilrirent à ces derniers de se soumettre, leur promettant qu'ils joui- …raicnt d'une amnislie (5 Juillet 1796) que la commission civile venait Mdraccorder aux royalistes. Ils répondirent ‘aux républicains par la fu- …sillade; on en vint aux mains, et Deésfournaux complètement battu, “se retira au camp Perrin.

. Doyon aîné , de son côté, à la tête de la colonne du centre, attei- 4 guit és Anglais ; au camp Thomas, non loin du camp Desrivaux, et les Lailla en piéces; mais ayant appris la défaite: de Desfourneaux, il ne pui profiter de son succès, et baltit même en retraite pour n'ètre pas assailli par toutes les forces ennemies. | — Au camp Périn, Desfourneaux et les délégués éclatèrent en invecties contre les hommes de couleur auxquels ils aitribuaient, dans leur fureur, l'échec qu'ils venaient d'éprouver. Sur ces entrefaites , ils re- -curent une leitre de Sonthonax qui les exhortait à ne pas renoncer à …l'éxécution des instructions qu'ils avaient reçues. « Il est malheureux, …« ieur disait le comimissaire civil, que toutes les démarches que vous « avez faites jusqu à ce jour pour vous saisir de Pinchinat alent été …« infructueuses; les intrigues de cet homme dont l'influence dans la « partie. du Sud est vraiment colossale, peuvent nuire beaucoup aux —« suceës de vos opérations; ne négligez done rien pour que les ordres 4 de là lommission à son égard soient exécutés promptement. . ... —« Ma derniére lettre contenait l'ordre d'arrêter Lefranc. La ,condui- «te politique que vous avez tenue à l'égard de cet homme, est peut- …« être préférable à un eoup d'éclat. » * SAR ….. Les délégués renirérent aux Cayes qu'ils trouvèrent en grande agt- “tation. Le chef de brigade Boyé, officier européen, et le générel Baum\ais qui sy trouvaient, s’efforçaient de calmer !'elfervescence. Les bom- “nes de couleur, certains de 1 appui du général Rigaud qui était Lou- “jours à Tiburon, préparalent un mouvement insurrectionnel. Es avaient à leur tète Augustin Rigaud, frère du général. Le 27 Août, aprés avoir fait solennellement publier la constitution par ie général Bauvais , Sur l'autel de la Patrie, les délégués ayant reçü de nouveiles instruc-

“tions par lesquelles ils devaient agir dite et vigoureusement, firent “cmprisonner plusieurs ehefs de couleur. Le lendemain Lefranc, “Cominandant de Saint-Louis , fut arrêté. Mais il s'échappa des “hains des officiers européens qui le conduisaient à bord de la cor-

? Lettre de Sonthonax, aux délégués dans les Sud 30 Thermidor am 4

[y Aoû 4796. )

254 é HISTOÎRE D'HAITI.—( 1796 Mi

vette L Africairie, A le fort l'Ilet , et y fittirer l’alarme. (14 Frucii: | doran- 4. 28 Août 1796.) Il était quatre heures de’ l'après-midi: Toute la population noire et jaune en état &e porter les armes, ré. pondit à son appel; les hommes de couleur s'emparèrent aussi du. qe de la Tourterelle.. En même temps Augustin Rigaud faisait son * Je tocsin sur toutes les habitations de Ïa plaine... Les noirs prie. sed les armes en faveur des mulätres leurs frères; l’insurrection s'é* tendit sur toutes les campagnes, et Îles blancs furent égorgés de toutes parts. Les cultivateurs insurgés saccageant tout, demandaient à grands. cris le général Rigaud, et disaiént qu ils ne cesseraient le Carnage que « lorsqu'i ils l'auraient parmi eux. Le général Desfourneaux et le délé.« gué Rey, craignant d'être sacrifiés , s'embarquèrent à bord de l’Afrigaine ; mais comme ils virent que les canons du rivage allaient tirer” sur eux, ils se jelérent dans june barque, atteignirent l'ile-à-Vaches, d'où ils se rendirent aux Gonaives. Ils arrivèrent au Cap par terre. Les délégués avaient reçu l'ordre de tenir Rigaud éloigné des Cayesh pendant tout le temps qu'ils y séjourneraient, Cependant, quand Kerver seau et Leborgne virent leur existence sérieusement menacée, ils l’ap pelèrent. C'était le soul moyen de faire cesser l’égorgement des blancs < qui commençait aussi à avoir lieu dans les rues dés Cayes. Les cul tivaleurs armés de manchettes, de piques, de lances, de baionnettes, de fusils, inondaient la villé. ‘Ils demandaient aussi qu'on leur ren-« voyât l'ordonnateur Gavanon consigné à bord de l'Africaine. Ils lais… saient éclater la plus vive indignation contre Bauvais qui s'était sou imis sans pépugnance à l'autorité de Desfourneaux. à Augustin Pigaud fit arrêter Edouard, ce jeune noir. qui faisait la. PE ou dans les campagnes , pour Ja délégation , contre les hom= s de. couleur. Ille fit fusiller à l'Islet. Edouard mourut avec le # us grand courage. Lilladam, jeune homme de couleur, partisan de Sonthonax , fut aussi éxécuté: | % Le général Rigaud, dés qu'il eut reçu les dépêches des (ES 14 partit de Tiburon avec 400 hommés et arriva aux Cayes le 80 Août, apres quarante huit heures de marches forcées. Au lieu d'aller au-. E près de la délégation , il se rendit au fort l'islet, dans la nuit même de son arrivée. Le massacre des blancs continuait dans les campagnes. Rigaud qui pouvait arrêter la fureur dés noirs; ne put contenir I sienne propre. Non seulement il était indigné contre Îles délégués qui avaient tenté delui enlever sa prépondérance politique , mais encore il atait le cœur saignant de l'affront personnel qu'il avait reçu. Il ne calma la fureur’ des noirs qu après qu'il eut reçu de Kerveïseau æ#t de Leborgne les pouvoirs nécessaires pour rétablir l’ordre et sau: ver la chose publique. * Il prit les délégués sous sa proteclion, el confia à un bataillon la garde de leur demeure. Peu de jours aprés,

LE

k "8 # Arrêté du 14 Fractidor an 4 (31 Août 1796. 2

mn,

Rey et Leborgne de Poigne , reçurent une lettre ae sonthonax qui Jeur disait que l'arrestation de Lefranc était plus indispensable que jamais. Rigaud rendit compte à la Commission civile des événemens des Caÿes, et la pria d'envoyer dans le Sud d’autres délégués. Pinchi. “natrayant appris ce qui s était passé, quitta sa retraite et revint aux “Cayes où il fut porté en triomphe par le peuple ( 5 Septembre):

Sonthonax ne voulant pas exaspérer Rigaud qui avait démontré jus* “qu où pouvait aller sa puissance, envoya dans le Sud, comme repré: sentans de la commission civile, deux hommes de couleur, les géné. raux de brigade Martial Besse et A. Chanlatte. Mais il le. représenta “au gouvernement français comme un traître travaillant à se rendre in: dépendant de la Métropole. Ee général {Bauvais fut chargé de prendre de sérieux renseignemens sur les événemens des Cayes , et d’en faire un rapport à la Commission civile, Les généraux de couleur Martial Besse €: Chanatte se rendirent dans le Sud, porteurs d’un arrêté de rappel des membres de la délégfign. Kerverseau et Leborgne partirent des Cayes emportant les malédictions de la population. D'après les rap- “ports des délégués, la Commission civile écrivit au Directoire: « Que Pinchinat et Augustin Rigaud insinuérent aux noirs que les blancs nouvellement arrivés d Europe n'étaient revenus que pour les remettre aux fers, et qu'il était temps de les exterminer , afin de n'avoir plus en à craindre d'eux; que les blancs n'avaient jamais voulu sincèrement Ja liberté des noirs ni des hommes de couleur; que les hommes de couleur et les noirs étaient les véritables Habitans, les vrais propriétares des colonies; que tout leur appartenait, et que les blancs de- “aient être exterminés ou chassés. » ss: "#

Kerrerseau et Leborgne arrivèrent au Cap le 6 Novembre. Sontho- “nax avant d'agir contre Rigaud par des actes officiels, attendait que Je Directoire exécutif, auquel ïl l'avait peint comme un indépendant, lui envoyât des instructions à son égard. Cependant Rigaud continua à rendre compte de ses opérations à la Commission civile, quoiqu'elle eut cessé de répondre à ses dépêches. Il s'étudia par sa conduite, “à prouver à la Métropole combien le sentiment de lindépendance était peu dans son cœur. Ii se livra avec une nouvelle ardeur à l'admi- Mistration. Les habitans du département du Sud’, abandonnés de la “Commission civile, se placèrent volontairement sous sa protection. D'un “Caractère tranchant, il fit partout sentir dans l'administration sa main énergique. Il confia presque toutes les charges aux nouveaux libres, “et les eultivateurs qui laimaient, soumis. à une discipline sévère, tra- Naillérent avec ardeur, et fournirent assez de denrées pour qu'on pâts subvenir à toutes les dépenses du département par les droits d'exporlion: La caisse publique qui avait été vidée par les dilapidatiôns dés délégnés, commença à se remplir. Pendant le peu de temps qu'ils étaient demeurés aux Cayes, ils avaient retiré du trésor quatre-cent D gourdes environ. A

‘légué de la Commission civile au Port-de-Paix, le citoyen Albert, par

insurgé, étouffa la révolte, et ramena les cultivateurs à l’ordre et

258 | aisrorne D'Harti.—( 1796 } -

Le quartier du Port de Paix qui avait joui de quelque tranquillité depuis la première insurrection d'Étienne Daty, s'était remué de now

veau. Les insurgés sé livrêrent au massacre et au pallage, et le dé”

nm

vint par des mesures sages et énergiques à désorganiser Ja révolte fit arrêter les principaux auteurs de ces dévastations entre autres Étienne Daty qui avait été le chef du mouvement de l'année précédente. Lea Août, la Commission civile arrêta que les nommés Dutacque, Étienne Baracia, Bélony, Pierre Mondongue, Jacquet, James, André Colass Poinponot, Antoine, Jean-Baptiste, Lafortune, Basile, Comus, Mom suy, africains, auteurs ou complices des assassinats commis dans A montagnes , seraient jugés militairement au Port--dePaix. Étienne B t; fut condamné à mort et fusillé en Octobre. 4

Dès que son exécution fut connue des cultivateurs, une nouvelle ni: surrection éclata dans la montagne du Port de-Paix. La haine la plus” prononcée contre le blanc guidait les révéhtés. Ils combattatent les troupés du gouvernement aux cris de vive Sonthonax, demandant quai demeurât toujours dans la colonie, car ïls paraissaient redouter que terme de sa mission ne fut celui de leur liberté. Sonthonax indigne de ce que Son nom fut mis en avant par des incendiaires et des”as sassins, ordonna au général Toussaint Louverture de se transporter au lieu de la révolte, et de létouffer par n'importe quel sacrifice. Le cultivateurs armés se présentérent à Toussaint, et lui exposèrent leur griefs, dont les principaux étaient: le supplice d’Étienne; la peine cas pitale infligée à Étienne, tandis que d’autres avaient étéenvoyés en Frans ce ou mis en hberté; les persécutions dirigées contre les cultivateurs. qui avaient servi sous les ordres d’Étienne, les poursuites à mainar ‘mée entreprises contre eux par le général Pageot, enfin le- parti pr depuis quelque temps, de ne leur payer qu’en monnaie de papier” produit de leurs travaux, monnaie qui était pour eux presque dent: valeur. … : à " Toussaint sans tirer un seul coup de fusil, sans faire arrêter aucur

travail. Il découvrit que les Anglais avaient été en relations avec insurgés ,. et leur avaient fourni des armes. et des munitions. |

Comme les royalistes et les Anglais excitaient la plupart de ces“ voltes, en inquiétant les laboureurs sur leur liberté, et en leur im nuant que la République française projetait le rétablissement de clavage, la Commission civile fit sortir le & Juin contre tes malve lants et les agitateurs une proclamation qui fut traduite en créoles contevait entre autres dispositions la menace de faire arrêter et dett duire devant le juge de-paix quiconque tiendrait des propos contre liberté générales la peine de trois, six ou neuf mois de prison con! quiconque serait convaincu d'avoir tenu ces propos; privation de 10 secours du dehors pour de tels détenus; pareilles menaces contre ceux

L | La |

“qui se diraient inspirés ou se prévaudraient de titres religieux pour Mtromper les citoyens ; enfin menaces d’être déclaré en rébellion contre Ja constitution, traître à la-patrie, et d'être puni comme tel ,. Contre “quiconque serait convaincu d'avoir dit qu'un homme peut. être là pro- “pricté ou lesclave d'un autre homme. CUT

“ Comme les anglais traitaient en esclaves et vendaient comme des. «bètes de somme, les français de la colonie noirs et jaunes, qu'ils fai- Saient prisonniers, la commission civile arrêta aussi que les priésonniers anglais seraient traités comme l'étaient les prisonniers français. É La commission civile fit mettre en liberté tous les détenus pour det- “tes, et ordonna l'exécution de la loi qui abolissait la contrainte par Corps. «

“Tous ces arrêtés en harmonie avec les intérêts des nouveaux libres... “contribuèrent à faire renaître dans.les campagnes, un peu. d'ordre et de travail.

Pendant ce temps Sonthonax qui découvrait combien l'ambition de Toussaint s était développée, et qui s’apercevait qu'il ne suivait plus ses’ impulsions, songea à se créer une position en France, en se faisant nom-

mer député au corps législalif. Il voyait que sa présence contrarwig

les projets de Toussaint Louverture qui eut mieux aiméle déporter ue de se soumettre plus long-temps à l'inflexibilité de son caractère. D'une autre part, il commençait à être en mésinlelligence avec son collègue Julien Raymond qui le soupçonnait de vouloir dominer en maitre absolu à St.-Domingue, en isolant presque cette colonie de la

«métropole, par des réglements particuliers , en harmonie avec les mœurs,

le climat et les localités. Cepenüant Sonihonax témoigna à Toussaint la même bienveillance, le même intérêt dans sa correspondance particu- Jière. Les généraux Pierre Michel, Léveillé, l'ajudant-général Men- “ior, lui étaient très-dévoués. Comme ils n'étaient pas animés de la méme ambition que Toussaint Louverture, ils se soumetlaient aux lumières du commissaire civil, le considirant comme l'homme le plus capable de régénérer leur caste. * TE | ki:

” Sonthônax annulla entiérement Raymond , Giraud, et ne les consulta. plus. Outre les chefs noirs que nous venons de nommer, il avait pour partisans, Vergniaux président du Tribunal du Cap, Theveneau , Jeune européen , commissaire du directoire exécutif dans l'administration muicipale, Gignoux grand agitateur. D'après les dispositions de la constitution de lan 3, qui fut publiée dans le Nord avec solennité, et en “értu d'un arrêté de la Commission civile, du 19 Thermidor an 4 (6 Août 4796), il fit convoquer des Assemblées primaires dans toutes,

£ * Dans les conversations que J'ai elles avec un grand nombre de nos vieil- Mrds, j'ai été frappé de l'enthoustasme avec lequel ils m'ont parlé du né-

rophilisme de Sonthonax. Plusieurs m'ont dit qu'il était l’homme quicon- Jenait pour régénérer les nouveaux libres.

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les communes de la province du Nord et de l’Artibonite. Les électeurs de ces deux départemens devaient se réunir au Cap pour former l'AS semblée électorale. Il envoya partout des agens pour faire nommer des électeurs de sa convenance. Mentor partit pour l'Artibomte; le g"! Moyses le général -Pierre Michel au haut du Cap, les colouclis Michel Chevalier, Noël Prieur, commandant à Caracole, au Dondon, regurent l'ordre d'appuyer ses candidats. Pour éloigner Toussaint Louverture de l'As% semblée électorale, il lui envoya l'ordre de marcher sur le Mirebalais” Le général Desfournèaux qui s’indigrait de la conduite de Sonthonax,, reçut l’ordre d’ailer atiaquer Vallière toujours au pouveir des révoltés ‘de la Grande Rivière. Le commissaire civil se ‘vil obligé d'ordonner à Pierre Michel de se mettre en campagne pour seconder Desfourneaux, quoique sa présence lui fut nécessaire dans les élections. Enfin 18 électeurs se réunirent au Cap. On leur donna de magn ifiques repas chez Leborgne de Boigne, chez Menter qui était revenu de sa mission an leur promit des places. Le jour qu'ils se réunirent (14 Septembre} . pour procéder à [élection des députés, Gignoux parcourut les rues armé d'un sabre, et distribuant la liste de ceux qui devaient être noms més au Corps légistaif. PA ® Pendant ce Lemps il y avait grand tumulte dans l’Assemblée électo= raie. Les ennemis de Sonthonax faisaient tous leurs efforts pour qu ail ne fut pas nommé. Gignoux pénètre dans l'Assemblée et menace ‘4 sabrer ceux qui ne nommeront pas EN Tout à coup, le g.°” P} Michel, suivi, de nombreux soldats, se présente dans la salle. II avait sbändonné la colonne qui lui ne confiée. 1 tenait d'une main un: pistolet armé, de l’autre un sabre. 1 s'assit sur le bureau, et déclara avec fureur qu'il metirait tout à feu et à sang, si Sonthonax et ses. candidats n'étaient pas-nommés. Les électeurs terrifiés se hattrent de procéder à l'élection ; les noms de Sonthonax, de Mentor, d'Annecy de Thomany et de Laveaux sortirent de l'urne. Ils furent proclamés. députés de St-Domingue. Les partisans de Sonthonax parcoururent ES ville en chantant la Marseillaise, insultérent Raymond qu'ils traitérent de royaliste, et le menacérent de lembarquer pour France. Dans la nuit qui suivit, plusieurs des ennemis de Sonthonax furent arrêtés embarqués, entre autres le citoyen Vermond. - Sonthonax en remer= ciant l’Assemblée Electorale lui dit: « En France, la cabale coloniale dispersée par mes soins, se railie depuis mon absence. Déjà vos is ciens Lyrans en! circonvenu quelques membres influens de la législa ture. » Alors on appelait les colons des Négrivores, dans tout le Nord II y avait pres des deux tiers des propriétés territoriales de Id cos onie séquestrées au profit de la République; mais elles étaient êms friche; et Finsubordination qui existait dans les ateliers SUpÉCeSS les faire exploiter avantageusement. ra 4 Le commissaire civil ayant besoin d'argent, en demanda aurésorieh, qui lui fit observer que la caisse était vide, attendu que les droits

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HISTOIRE D’HAITI.—( 1796 ) °61 d'entrée étaient faibles, et que l’on ne percevait pas les droits de péage. « Il s'agit bien, répondit Sonthonax, de droits d'entrée, dé (a droits de péage; nous avons besoin d'argent pour subvenir aux frais dde la guerre, aux dépenses de l’administration! n'avez-vous pas des & riches , des propriétaires, des fermiers, des négocians, des bouti- & quiers ! c'est dans leurs caisses que sont ‘vos ressources; qu’on me | & charge de la colleete, et je saurai bien rempiir le trésor, » * Il disait depuis son élection que si la France comprenait bien ses inté. réts , elle proclamerait l'indépendance de ses colonies, et ne se réserwérait sur elles qu'un droit de suzeraineté ; car ; ajoutait-il, s’il en est autrement, elles se detacheront entièrement de la métropole. lIldit dMulien Raymond et à Pascal secrétaire de la commission civile, dans une réunion des autorités du Cap, que la France avait déclaré qu’un peuple S appartenait à lui mème, et qu'il ne voyait pas pourquoi celui de S'. Domingue dut être complèteinent tributaire d’un peuple européen. Raymond lui répondit que la Constitution de l'an 3 avait dé, Iclaré que les colonies faisaient partie iniégrante de là République.

Pendant cet intervalle le général Rigaud envoyait en France les dé- | au corps législatif des provinces de l'Ouest et du Sud nommés en Avril 1796, à Léogane et aux Cayes , avant l'arrivée officielle à MS Domingue de a Gonstitution de l'an 3. Il chargea son aide-de- | , le chef d'escadron Bonnet , de la mission spéciale de le jus- Miier auprès du Directoire exécutif des accusations de Sonthonax, “ représenter celui-ci comine un ambitieux n'ayant en vüe que l'in-

dépendance de S'. Doiningue, et l'anéantissement, de tous les. anciens Mibres. Pinchinat représentait seul la province du Sud, car Sala, jéune européen , aide-de-camp de Rigaud, avait été tué à Pattique des Lrois;et les autres depuiés ne pouvaient partir, Rey Bel- Mnas et Fontâine représentaient la province de l'Ouest. Lachapelle, MGarigou et Rénéum étaiént les commissaires de la eommune. Les députés oh net et les CONHNISSAIrES s embarquérent Le 25 Octobre sur le | MGerf-Volant , navire parlementaire ayant à bord quinze prisonniers an Mglais. Le bâtiment au lieu de se rendre diréctement en Angleterre Mdévait mouiller à la Corogne, d'où les prisonniers aurdient été en- Vovés à Londres.“ Quand ils arrivèrent au travers de fa Béate, deux Miégates anglaises la Magicienne et le Québec, sous les ordres du com- “modore Ricket, capturèreat le navire français, sous prétexte que l'ex- | ; ES FO, EN NTI À F : FR Dédition en était irrégulière. (4er Norembre). Les Anglais RON Mént de la plupart des papiers et de tout l'argent des prisonniers. ** " Rapport de Julien Raymond.

** Alissioh de Bonnet en France.—Pinchinat avaitune somme de 800 piasÿs d’or fixées dans les doublures de sa rediagote. Quand les anglais vouent lui fatre jurer sa parole d'honneur qu'il m'avait pas d'argent sur lui, Milôta sa redingete et leur livre ses deublons.

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