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B54 HISTOIRE D'HAITI. d'ou 1797 )
Le
seul à on connaître. Nous n'avons et ne vouions avoir d'autre ape
pui que sa justice. |
« Si les africains pour la lbhcrié dsdidts jai conan devienent Ingrats au point de méconnaitre mes services , je n en serais
pas moins fidèle à ma patrie, pas moins attaché aux sublimes prin-
cipes qui m'ont dirigé: je trouverais au fond de mon cœur fa douce
consolation d'avoir cmbrassé une cause à laquelle la mienne estné-
cessairement liée, et qui aurait été aussi la 1ôire , si vous aviez Con=" nu VOS vrais intérêts : mais ils né sont pas tous siinjustes à mon. égard, et Faffection de ceux qui me connaissent, mevenge bien de
Ja haine qu'on. à suggérée à Ceux qui n'ont pas été à portée de m ap-
précier. Au reste un républicain qu, pour fe bonheur de son pays,
sait affronter la mort dans les combats, doit-il la craindre de la’
part des factions de l'intérieur? el cette crainte doit elle le porter
à trahir ses devoirs, à vivre dans l'ignominie plutôt qu à mourir;
s'il le faut, avec gloire et sans reproche ?
« Il nest pas étonnant que vous m'avez envoyé un livré composé par-un colon, el qui ne parle que dé ja nécessité de maintenir l'esclavage. La lecture que j'en ai faite n’a fait que me conyvans ere de la conformité des principes de l’auteur avec les’ vôtres et et ceux de vos pareils.
« Je dois réprimer votre insoïence, et relever le ton méprisant à avec icquel vous me parliez du général français Foussaint Louveriure.
« I ne vous convient pas de le traiter de lèche , put isque vous avez toujours craint de vous mesurer avec lui, ni d'esciave , parce qu'un
républicain français ne pêul pas être uo esclave. Ces Litres vous
apparlionnent parce que vous n'avez jamais su combattre VOS en
nemis qu'avec les armes de la perfidie, lorsqu'ils étaient sans défense, parce que. vous servez des hommes dont vous ré pourrez jamais devenir légal, que vous travaillez, en les servant, à main-
tenir l'esclavage. Toussaint, au contraire, combas sous les dra-”
pes de la hberté pour affranchir les hommes que vous asservissez, Sa qualité de nègre ne met aucune différence entre lui et ses concitoyens , sous l'empire d'une Constitution qui n'élablit pas les di-
gaie sur les nuances de l’épiderme. Lorsque vous aurez pris con-\
aissance de mes sentimens par la lecture de la présente, vous serez. a doute convaincu que mon honneur serait gravement compromis, si javais un® plus longue: correspondance avec vous. Je ne réponds
à votre ouverture que pour vous payer le juste tribut d indignation que votre conduite liberticide et sanguinairé vous attire de la part de tous les hommes. sensibles. Chargé de si grands forfaits ; il. me vous resie plus d'honneur: vos chefs ont si bien senti cette vérité,
qu'après m'avoir envoyé des propositions anonymes , ils vous ont
chargé de m'en faire de désignées, comme n'ayant pas d'honneur à compromettre. Mais moi qui suis jaloux de conserver le mien,
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me té as den, 6 Sete 6
je. *
- HISTOIRE D’HAITI.—( 1797 } 285 je ne puis plus long-temps m'’entrétenir avec un traître. Vos envoyés ne méritent pas plus d'égards que vous; car ce sont aussi des français rebelles à leur patrie, et exposés à toutes les rigueurs: de ses lois. Ils ne peuvent être considérés comme parlementaires, « étant chargés d'une mission contraire à toutes les lois de la guerre. Ge ne serait donc pas manquer de loyauté que de les retenir; et je ne Îles renvoie que pour vous faire parvenir ma réponse.
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Signé. À. RIGAUD,. »
Quand Lapointe, au retour de son parlementaire, reçut la réponse de Rigaud, il était chez lui entouré de nombreux officiers anglais de la légion d'York. Aussitôt il se mit à vociférer contre la République française. « Comment, dit-il, Rigaud peut-il faire l'éloge de Toussaint Louverture? Nous avons vu Toussaint le fer et la torche à la main incendier la plaine du Nord, en égorger tous les habitans ; il a trahi le gouvernement espagnol, égorgé la garnison de St.-Michel et tous les ‘ habitans de ce bourg; il s’est rendu à Laveaux avec 49,000 brigands comme lui; il possède tellement la confiance du gouvernement français au'on la nommé général en chef de l’armée de St-Domingue; c'est lui
faire assez savoir qu’on est content de sa conduite passée, et qu'il peut continuer à égorger, à incendier. Voilà Fhomme que Rigaud dans sa réponse traite de brave général français ; il faut penser que ce Rigaud est un brigand comme lui, car il n'ignore pas. sa conduite ; Rigaud veut toujours vivre dans l'anarchie; c'est un écolier en politique; le gouvernement français l'a perdu en le nommant général de brigade; il n’est propre qu'à se bien battre comme un eapitaine de grenadiers; c’est un orgueilleux qui par son entêtement fera massacrer tous lés hommes de sa couleur; si, malheureusement les anglais viennent à évacuer St-Domingue, alors il connaïtra son brave général Toussaint Louveriure ; peut-être il aura le bonheur de ne pas voir le poignard arriver jusqu à lui; mais que d’infortunés ne seront pas victimes. Parlez-moi, ajoutait-il, de Bauvais; c'est un général brave, honnête, un vrai patriote français; c'est dommage. qu'il soit faible; du reste il viendra un temps où ils seront victimes de leur dévouement à la République française. * » ji + + RCE
Pendant ce temps Pinchinat, Rey Delmas, députés au corps législatif, et Bonnet, qui avaient été faits prisonniers par le commodore Rickets comme nous l'avons vu, étaient sur Îes pantons en Angleterre. Comme le gouvernement britannique n'ignorait pas qu'ils étaient hostiles à
Sonthonax et qu'ils devaient l'accuser de vouloir rendre là colonie 1n-
, . 4 à A : ) = ? " LEPCT.
* Notes de plusieurs vieux officiers de la légion d'York de l’Arcazme.
dé} xendante , il les. fit parur pour France sur un navire parlementaire, M à le Tallebot de Bayonne, alin d'augmenter les embarras du directoire relativement à St-Domingue. Pinchinat, Rey Delmas et Bonnet débar: è quérent à Cherbourg, le 41 on 1197 , alors que le parti ro dominait en cette ville. |
On y parlait hautement du retour de Louis XVIII. Comme Pinchinat et Bonnet se montraient zélés républicains, [a municipalité de” Cherbourg , sous prétexte qu'ils étaient des agilateurs, les mit Sous la. surveillance de la police; er ils ne purent paraître dans les rues, qu ac- compagnés chacun d'un gendarme. Mais le commissaire du gouvernenent de Cherbourg qui était républicain, annula la mesure prise à leur égard par la municipalité, et les rendit pleinement à la libertés Enfin la journée du 4 Septembre 1797, contre le parti royaliste, écla= ta; le parti républicain domina de nouveau souverainemient à Cherbourg comme dans tout le #reste de lg France, et Bonnet n'étant plus contrarié par la municipalité se disposa à se rendre à Paris, où 1l déploiera la plus grande activiié-pour détruire l'impression ficheuse que les directeurs, et la plupart des membres du corps législatif avaient reçue relativement à Rigaud, par les rapports de la commission civile de St-Domingue. En atiendant son départ pour Paris, il se mit à travail ler à un mémoire justificatif de la conduite de Rigaud, se proposant d'attaquer le commissaire civil Sonthonax aussitôt qu il reviendrait en Frange. Quant à Pinchinat, dans un mémoire du 31 Octobre, il repoussa victorieusement toutes les accusations de Sonthonax contre lui, surtout celles relatives à l'indépendance de St-Dowingue.
Pendant cet intervalle Toussaint maître des Verrettes se résolut à s'emparer du Mirebalais qui était occupé par le vicomte de Bruge. Celui-ci tout en dépouillant les habitants de couleur qui étaient sous son autorité, exerçaient sur eux toutes sortes de cruautés. Toussaint marcha contre ce bourg qu'il assiégea, pendant que le colonel Chris: tophe Morney à. la tête de la 8.e coloniale forte de 2509 hommes gardait le passage du Trianon. Le générai Simcoë envoya l'ordre à Lapointe d'aller dégager le Mirebalais. Celui-ci se mit en campagne avec 3,000 hemmes de la légion d’York, traversa le Fond Blane, afin de faire jonction à St-Michel avec les troupes anglaises qui étaient parties du Fort-Républicain. Le baron de Montalembert qui commandait la division anglaise du Port-Républicain, rencontra à Trianon Christophe Morney , fut repoussé et baitit en retraite. De Bruge, apprenant las défaite de Montalembert, évaeua le Mirebalais. La colonne de Lapointe qui était parvenue au- delà du Boucassin reçut l'ordre de rétrograder. La- m pointe se retrancha sur l'habitation Dégaux aux Matheux. Mais comme il s’aperçut que le G Dessalines marchait sur lui avec des forces supérieu- « res, il abandonna sa position, se rendit au grand fort du Boucassin, en con- «« fia le commandement au capitaine Moreau et,se retira à l Arcahaie, ‘avec presque louie sa légion. Ge fort était armé de trois pièces de cañon, 4
et la garnison n'en était que de cent soixante dix hommes. L'ennemi ne pouvalt y arriver que par un seul chemin à travers un mornet quil dominait. Un ravin séparait le mornet de la fortification. Dessalines, après avoir inutilement sommé la garnison royaliste de mettre bas les armes, fit ses dispositions pour l'attaque. Il avait sous ses ordres cinq demi-brigades qui fournissaient 8,000 hommes. La 4,7 et la 2.° demi brigades du Cap se raugèrent sur le monticule; la 4.° s'établit à gauche du fort derrière les eaux de l'habitation Garescher: la 7°, après avoir essuyé le feu de la redoute, traversa l'habitation Torceile et s'établit à Duclos ; elle coupa les communications de la garhison avec l’Arcahaie. Les deux régimens du Cap commencèrent le feu. On se battit avec acharnement pendant toute la journée ; l'artillerie du fort fit de grands ravages dans les rangs des républicains. Deux jours après , Lapointe partit de l'Arcahaiïe , traversa l'habitation Poix la Générale et marcha contre Dessalines, à la tête de sa légion. I cul: buta en personne la 4° demi-brigade, secondé par le vicomte d' Alzune, heutenant-colonel de la légion d'York, pendant que le chevalier de Peste taillait en piéces la 7° demi-brigade dont le colonel Charles Bélair faillit d'être fait prisonnier. Les républicains furent enfoncés sur tous les points, et Dessalines se retira à l'Artibonite avec précipitation, autravers des montagnes, après avoir perdu plus de 600 hommes. Toussaint Louverture ne put jamais pénétrer dans les Arcahaies, du temps de la domination anglaise; le major Lapointe qui repoussa toujours toutes ses aliaques , admiuistrait admirabiement ce quartier. Les Arcahaies fournissaient chaque année, à celte époque, plusieurs millions de livres de sucre brut, et plus de 5 miilions de calé. Il est vrai que le système odieux de l'esclavage et parconséqueni le travail forcé, y étaient en vigueur. |
Dans le courant du mois d'Août, le général Simcoë retourna en Angleterre, dégouté d'une guerre désastreuse.
Lé général Whyte qui le remplaça, n'obtint pas plus de succés que son prédécesseur malgré tous ses efforts. Le résuliat de fa lutte ne pouvait être douteux : la République Française qui avait proclamé la liberté générale devait l'emporter sur le gouvernement britannique qui avait rétabli la servitude.
Pendant cet intervalle, l'ambition de Toussaint, général en chef des armées de S'-Domingue, s'était prodigieusement développée. il n'avait pas-contrarié la nomination de Sonihonax comme député au corps législatif, parce qu'il souhaitait ardemment quil quitta ia colonie. Cependant Sonthonax qui n'avall pas encore reçu le décret qui le rappelait en France, ne partaitpas. HN y avait une sorte d hostilité entre lui et son collègue Julien Raymond qui prètait l'appui de son autorité à Toussaint Louverture. Pascal le secrétaire de la commission civile se montrait aussi tout dévoué au généraken-chef. Toussaint étant devenu une puissante influence en laquelle on reconnaissalt Un
288 HISTOIRR D'aartr—( 1797 }
brillant avenir, tous les regards se tournaient vers Jui. Sonthonax quil avait remarqué que cette influence pouvait échapper à la direction den la métropole, s'efforçait, lui qui l'avait établie, d'en arrêter le déve Joppement. Quant aux hommes de couleur 1l avait rompu en visiére avec Eux, dés sa première mission, aussitôt qu’il s'était aperçu qu ils, ne vouhient être dévoués à la commission civile qu'autant que celle ei se serait soumise à Icur influence. Il avait pris le noir par la mains l'avait élevé, lui avait servi de tuteur; maintenant le noir, devenu. ù majeur, exigeait à son tour, quil se soumit à la prépondérance qu'il. lui avait donnce. SontHotas commença à traiter d'ingrate général Toussaint Louverture. Julien Raymond et Pascal en avisérent le géné-. ral en chef qui se rendit au Cap. Toussaint d’une profonde dissE" mulation parut être affligé de la mésintelligence qui régnait entreles deux commissaires eivils. 1 écouta les invectives, contre Sonthonax, de Julien Raymond, et de Pascal qui venait de donner sa démission il ne leur répondit fien, vit Sonthonax, et parvint à amener entre celui-ci et son. collègue une explication qui pare franche et sincère; il partit ensuile pour l'Afibonite.
Mais aussitôt après son départ Sonthonax envoya dans l'Ouest Pade judant-général Mentor pour y remplir une mission secrète. Au retour de celuici, il se brouilla de nouveau avec J. Raymond, et traita Toussaint d'ambitieux et d hypocrite.” Riymond en avisa le général en chef par un habitant nommé Sallenave; et le 18 Thermidor (5 Août} le général Moyse vint du Fort Liberté an Cap, Hannonça à Raymond la visite de Toussaint Louverture. La présence de Moyse au Cap inquiéta Sonthonax qui craignit que le général en chef n’eût conçu lidée de le déporter. Ses craintes élaient fondées , car dès que Toussaint arriva au Cap, il témoigna à Raymond le désir d'embarquer le commissaire civil. Raymond qui parut s'y opposer n'en était pas fâché; 1l favorisa cependant une entrevue chez Pascal entre Sonthonax et Toussaint , et il y eut entre eux une réconciliation quin’é= Lait que feinte de part et d'autre. Pour affaiblir l'audace de Toussaint, Sonthonax lui dit qu'il avait appris que la paix avait été rétablie en« Europe, et que la France allait envoyer à St-Domingue des forces considérables. Mais Raymond et Pascal eurent soin de faire savoir ‘au général en chef que ces nouvelles avaien! été inventées par Sonthonax.
Pendant ce temps, Îles agens de Toussaint rép Een dans le peuple et dans l'armée les bruits les plus calomnieux - su Sonthonax ; ils l'accusaient d'être un ennemi secret de la liberté des noirs ; et le colonel Christophe le représentait comme un brigand: Toussaint lui-même prétendait que Sonthonax lui avait proposé d'égorger tous les blancs, de gouverner Île pays avec lui, et qu : ne l'avait ébranlé dans ses projets” qu'en lui demandant froidement: « Eh bien! Ca que forai-je de vous?» 11 fit même imprimer la cover EE dans ;
laquelle Sonthonax lui aurait tenu ce langage. L'agitation était à son comble dans la ville du Cap; tout annonçait une prochaine éXblosion. Enfin pour éviter à la eolonie de nouveaux malheurs, Sonthonax promit à Toussaint de partir pour France, sous trois jours. Alors le général en chef eut pour lui tous les égards qu'il devait au représentant de la France, et lui écrivit la lettre suivante : Au quartier-général du Cap-Français, le 3 fructidor, an 5 (20 Août 4797).
TOUSSAINT LOUVERTURE, Général en chef de l’ârmée de St-Dominque, au ciloyen Sonrnonax, Représentant du peuple et Commassaire délégué aux Îsles sous le vent.
« Citoyen Représentant,
« Privés depuis longtemps de nouvelles du gouvernement français, « ce long silence affecte les vrais amis de la République. Les ennemis « de l'ordre ét de la liberté cherchent à profiter de l'ignorance où nous a sommes pour faire circuler des nouvelles, dont le but est de jeter « le trouble dans la colonie. ñ f
« Dans ces circonstances, il est nécessaire qu'un homme instruit « des événemens, et qui a été le témoin des changemens qui ont « produit sa restauration et sa tranquillité, veuille bien se rendre « auprès du Directoire-Exécutif, pour lui faire cennaître la vérité.
« Nommé député de la colonie au corps législatif, des circonstances « impérieuses vous firent un devoir de rester quelques temps encore « au milieu de nous: alors votre influence était nécessaire; des trou- « bles nous avaient agités; il fallait les calmer. Aujourd'hui que l'or- « dre, la paix, le zèle pour le rétablissement des cultures, nos suc: « cès sur nos ennemis extérieurs et leur impuissanee, vous permet- « tent de vous rendre à vos fonctions, allez dire à la France ce que « vous avez vu, les prodiges dont vous avez été témoin , et soyez tou- « jours le défenseur de la cause sacrée que nous avons embrassée, et « dont nous sommes les éternels. soldats.
« Salut et respect, etc.
. « Toussaint LOUVERTURE. »
Voilà ce que Toussaint déjà entaché de royalisme éeriveit à Sonthonax Fimmortel républicain qui, par dévouement à la cause des noirs , l'avait fait parvenir à la plus haute dignité de la colonie. Sonthonax fut indigné en recevant cette lettre; au lieu de partir, il tenta de résister à Toussaint Louverture qui ayant obtenu la pré-.
‘pondérance politique pour lesnôouveaux libres voulait gouverner la colome, | mon plus d'apres les intérêts de a République Française, mais d'a- « près,ses vues personnelles, tout en faisant un pacte avecules restes. de l'ancien parti colonial qui lentourait déjà de ses séductions. Quant aux anciens libres ils s'étaient éloignés du commissaire eivil aussitôt qu'ils avaient obtenu de son énergie l'exécution des décrets de:la 1mé- M tropole qui les élevaient au rang des blancs. Ceux-ci que Sonthonax avait frappés énergiquement en faveur des noirs et des jaunes | avaient aussi abandonné; et en haine de la sévérité de son républicanisme , ils préféraient à son aulorité celle de Toussaint de principes moins sévères. Ainsi finissent, à la honte de humanité, la plupart de ces hommes à convietion: politique qui: poussent à bout un principe el ne transigent pas sur leur devoir. On profite desbienfaits que leurénergique loyauté à répandus sur l'humanité , et pour n'être pas tourmenté: par la reconnaissance , on les poignarde. "t | s Sonthonax se ‘trouvait sans appui. Cependant il réunit chez lui les colonels des régiments du Cap, et les autres autorités militaires; 1 les excita contre ceux qui voulaient, disaitil, livrer la coloniesaux anglais, et les exhorta à s'opposer: à leurs projets liberticides. : Hdéclara au colonel Vincent , européen, directeur général du génie,.gagné au parti de Toussaint, que sa résolution de partir Inavait été que conditionnelle; Vincent {ui répondit que son consentement à sem barquer -avait été donné , sans restriction ; il le nia , et.fit sun «appel ” aux. officiers qui l'entouraient; mais tous demeurérent muets, excepté les généraux Mentor et Léveillé, qui jurérént de lui ‘éemeurerotoujours fidèles : 11 ordonna d'occuper les postes. Vincent sortitrde Îa salle, courut chez Raymond ét lavertit de ce qui se passait. Raymond et Pascal assurés de l'appui du général en chef, -coururent chez Sonthonax et [ui reprochèrent amèrement sa conduite. I y eut au Cap une grande agitation pendant plusieurs jours. di, 1 Pendant cet intervalle Toussaint était à la Fetite-Anse avec des forces considérabies., et menaçait Sonthonax de toute sa fureur s'iln'abandonnait pas la colonie. Le commissaire civil redoutant. les malheurs qui allaient fondre sur la ville , se délermina à partir. Dans Ja nuits du 2uau 3 Septembre 1797, le général Agé blanc européen, du part dewToussaint , chef de l'état major général de l’armée, redowant l’audace de Sonthonax, ét craignant qu'il ne s'embarque pas, se-rend chez Raymond , lui annonce que le commissaire civil ne songe plus à partir, qu'il excite les citoyens à, soppeser à son embârquement, et que le général en chef instruit de ses desseins, va se précipiter sur la ville. avec 20,000 hommes. Raymond terrifié, se détermine à «envoyersune lettre à Toussaint pour, l’exhorter à attendre. jusq'au jour ; mais-pen= dant qu'il écrit, un coup de canon se fait entendre , puis deux autres; d'alarme se répand dans la ville; chaeun court aux armes. Agé. part, avec la lettre de Raymond, suivi de Mr. Assaretto , capitaine.
dewaisseau au service de l'Espagne, et arrive à la Petite Anse auprès de Toussaint, qui se rend au Cap suivi de plusieurs escadrons. Le
reste de la muit se passa sans tumulte. Le 3 Septembre, Sonthonax,
à six heures du malin , traversa la ville, le. chapeau à la main, au milieu de la foule qui, pleine de respect, le suivit jusqu'au rivage. EL s'embarqua sur l'indien avec sa famille qu'il s'était créée à St. Domingue-en épousant une femme de couleur, ainsi qu'avec les généraux Mentor, Léveillé et une foule d’autres officiers noirs et de couleur: » Toussaint -Louverture dont le tact égalait l'ambition écrivit une nou velle dettre à Sonihonax, pensant que la première quil Jui avait adressée n'était pas assez respectueuse. Il contraignait le représentant de la France à: pariir, tout en se prosternant, devant lui,
«Citoyen Commissaire ,
« Le vœu du peuple de St Domingue s'était fixé sur vous, pour «de représenter au corps législatif ; dans lalettre que nous vous avons « écrite, nous avons voulu joindre notre assentiment particulier à la «lvolonté générale; si les ennemis, de la liberté s obstinent encore à: «vous poursuivre, dites-leur, que nous avons prolesté de rendre leurs: < Cflorts impuissans , et que nos moyens sont notre courage, noie «l persévérance, notre amour du travail et de l'ordre. Gest par nos e vertus et notre attachement à ta République qe nous répondrons à leurs. « calomuies, et, d'après ce que nous avons vu dans la colonie, vous € avez déjà senti quil nous était aussi facile de défendre notre cause « que de terrasser nos ennemis.
« Salut et respect, etc:
…@ Signé, ToussanTr LOUVERTURE, »
b'Indien appareïlla pour TEurope, et Sonthonax pari't se repen-
{ant d'avoir élevé si haut un homme qui avait tromp> son attente ,: mais-ne se repentañt nullement de ce qu'il avait fait pour Fa race noire.
-Ländien. «battu par la tempête relècha au Ferrol en Espagne: le 44
Novembre 1797.
Quand Sonthonax revint à St. Domingue en 4796, il était animé des mêmes. sentimens quen 4792, 1793 et. 1794; c'était le même commissaire ‘civil, affrontant Fa mort, méprisant les. intérêts privés : marchant en. butte à tous les poignards et ttravatiant au triomphe définitif des nouveaux libres ; e’était cet ardent révolutionnaire poursulvanteelte idée: radicale : « périssent les colonies plutôt qu'un principe. » Mais il rencontra un obstacle que ses mains avaient dressé : l'enfant devenu majeur , inquiet sur son avenir , plus confiant enses propres lumières et en ses propres forces; rèvant à une indépendance pleine
et entière, s’arracha violemment de: la tutelle de celui qui avait eniouré son jeune âge de tnutes sortes de sollicitudes. Le général Pétion, devenu Président d'Haïti, n'oublia pas les services que Sonthonax avait rendus à la race noire: il le plaça toujours dans ses conversations par- -mi les fondateurs de notre liberté.
Pendant cet intervalle les députés du Sud et âe l'Ouest de St. Domingue, Pinchinat et Rey Delmas, s'étaient rendus de Cherbourg à Paris. Ils étaient arrivés le 47 Décembre dans la capitale de la France. Après avoir été consignés à Cherbourg pendant on mois, ils avaient obtenu la faculté de se faire entendre. Quant à Bonnet, Loujours retenu à Cherbourg , il fut obligé d'adresser au Conseil des Cinq Gents une pétition par laquelle il demanda qu'il lui fut permis de se rendre à Paris pour défendre le général Rigaud contreles accusations de Son-" thonax. Le Conseil des Cinq Cents demanda séance tenante , des explications au Directoire exècuif sur les dispositions de la pétition ; aiors le Directoire manda à Paris le chef d’'escadron Bonnet. Quant à Lachapelle et à Garigoux, ils avaient trahi la cause de leurs commettans et avaient lancé contre eux un fibelle. Pinchinat, Rey Delmas et Bonnet eurent une audience particulière du ministre de la murine qui entièrement sous l'influence des rapports de la commission civile, leur parla de Rigaud comme d’un traître à la patrie ; ce ne fut pas sans peine qu'ils parvinrent à aflaibhir la fâcheuse opinion qu'il avait des hommes de couleur du Sud. Bonnet qui venait de recevoir la réponse que Rigaud avait faite à Lapointe, la transerivit à la fin d'un mémoire qu'il fit publier en faveur de son général. Cet écrit ramena un peu l'opinion publique en faveur de Rigaud.
Pendant ce temps , le général Hédouvilie, le pacificateur de la Vendée, avait éié nommé commissaire civil pour St. Domingue , avec. des pouvoirs illimités. Il état plein de préventions contre Île général Rigaud, qu'il ne connaissait que d'après les rapports de Sonthonax ; mais aprés quelques entreliens qu'il eut avec Piachinat, il crut découvrir que les partisans de Rigaud étaient les véritables français de St. Dominguc. Pinchinat en fut enthousiasmé, et il écrivit au général Rigaud que le général Hédouville allait se-couvrir de gloire, en ramenant ja paix ‘et le bonheur à St. Domingue; que c'était l'heureux Aro dr il ürait de sa mission. Il lui dit dans un des passages de sa lettre: « Vous connaissez, général, le zèle que j'ai montré imper: « turbablement pendant le cours de la révolution , mon cœur pour « Ines COnCiloyENs , mon amilié pour vous en particulier ; hé bien, « Cesi à tous ces titres chers à mon cœur que je crois pouvoir vous. « assurer ainsi qu'à tous mes frères et amis, que personne ne possède
à un plus haut degré que le général Hédowville , les qualités propres à
la pacification et à la restauration de St. Domingue. De même qu'il
s'est distingué à la tête des armées en Europe, de même il sera mas
« gistrat intègre et vertueux dans les antilles. » Pinchinat et Rey Del. mas ne purent entrer au corps législatif, parceque leur élection avait eu lieu en Avril 1796, àvant l'agrivée ofticielle à Su. Doingue , de la Constitution de l'an 3. Aussi écrivaitil à Rigaud. « Dites à tous « mes conciloyens; que, quoique non admis au corps législatif, je « n'en défendrai pas avec moins de zèle et d'énergie la cause de l'in- « nocence opprimée. »
De son côté , Sonthonax arrivait à Paris, et faisait annoncer à la députation de St. Domingue, son entrée dans la capitale, Peu de jours après, il prèta son serment comme député au Conseil des Cinq Cents, et rendit compte de sa mission. Quant à Mentoril ne fut admis au Conseil des Cinq Cents, qu'aprés plusieurs discussions sur la validité de son élection ; le jour qu'il prèta son serment, il prononça un discours contenant l'expression de l'attachement et de la filélité des noirs à la Constitution de l'an 3.
Sonthonax en rendant compile de sa mission avait attaqué sans ménagement la conduite du général Rigaud et celle des hommes de couleur en général. Bonnet fit publier un nouveau mémoire en réponse du discours de Sonthonax. Pinchinat, de son côté en fit un dans lequel il représenta lex-commissaire civil comme l'auteur des maux de St. Domingue. Ces mémoires lus à la tribune, au Conseil des Cinq Cents, furent combattus par Sonthonax qui ne convainquit pas l'assemblée de la pureté de ses intentions, pendant sa seconde mission. Il fut violemment arraché de la tribune, pendant que plusieurs députés lur criaient
qu'il puait le sang, et quil se croyait à St. Domingue. *
Après avoir parlé des partis qui partageaient S'Domingue, Bonnet
dit dans son. mémoire : .« Dans le parti de la liberté étaient tous les
blancs vertueux et magnanimes, tous les noirs ci devant esclaves et désarmés , ** et les hommes de couleur dont le plus grand nombre était libre, instruit et propriétaire, mais qu'un préjugé, aussi cruel qu'in juste et dénaturé , séparait encore. dans l'opinion, de la caste des dominateurs. *** On sent que le parti de la liberté avait dans ceux ei un appui très-puissant et très actif, et qu'ils étaient pour les philantropes blancs, et pour les noirs affranchis, des garants sûrs d'une fidélité inviolable aux principes de l'égalité des droits. La nature semblait les avoir placés entre la famille innombrable des noirs, et la famille trop peu nombreuse des blancs, comme un terme moyen d'amitié, de bienveillanee et d'amour , dans lequel devaient s’absorber toutes les haines,
* Bonnet.
** Désarmés par l'émancipation générale.
*** Bonnet aurait dû dire que le plus grand nombre des hommes de couleur et la plus grande partie des noirs étaient dans le parti de la liberté, et non pas tous,
294 HISTOIRE D'HAITI Le ( 1797 )
toutes les injustices , toutes les vengeances. On peut dire que la nature prévoyante avait introduit exprés cette nouvelle race d'ailianeeentre deux races trop long temps divigées , pour les faire s’embrasser bien: tôt sous les auspices de la liberté. Les hommes de couleur ont rempli avec un saint zèle ces fonctions augustes de conciliation, auxquelles leur destinée les appelait. Enfans de deux familles du genre humain,
ils ont rappelé l'une et l'autre à l'humanité qui les unissait. Le souvénir de la tyrannie dans les uns, et le désir de la vengeance: dans les autres , à ‘cédé au souvenir -de leur longue alliance, dont lesshomsmes de couleur sont le gage bicenfaisant. Et dans ce passage brûlant de ia tyrannie à l'égalité, de l'esclavage à Ja liberté, les hommes de couleur n'ont cessé de bien mériter de la patrie, de l'humanité, desla
nature. Fidèles à leurs parens des deux couleurs, enfans de l Europe etde l'Afrique rapprochees, ils n'out jamais oublié que le sang: qui coule :
dans leurs veines est un sang d'alliance et de paix: et leur igilante piété n’a cessé de garantir à leurs pères et à leurs frères «leurs droits des plus sacrés. Lés noirs ont trouvé en eux: un appuiscertain qürles rassurait contre le rétablissement de. l'esclavage de la part des “blanes. Les blancs ont trouvé en eux un appui contre/les vengeances du noir, Les hommes de couleur ont trouvé leur bonheur et leur. sûreté dans le salut de tous. Et la politique la plus raffinée ne pouvañ inventer, ‘au milieu de tant de violences , un moyen de neutralisation plus puissant.
On n'hésite pas à le dire, les hommes de couleur ont été dans ele
Nouveau-Monde le gage de la réconciliation du genre humain: Toussaint avait su profiter de toutes Îles circonstances qui pouvaient le faire grandir dans l'opinion de l’ancienne aristocratie coloniale, et développer son ambition. H se trouva, après le départ de Sonthonax, l'homme, sans contredit, le plus puissant de la colonie. Craignant que l'ancien commissaire civil ne le représentät au Directoire conme travaillant à l'indépendance de St. Domingue , il fit partir pour France, le colonel du génie , Vincent, chargé de dépèches par lesquelles il prétendait qu'il n'avait jamais songé à trahir la Métropole. … Il promettait au Directoire de relever la “eolonie dé ses ruines , et dans une de ses lettres il lui disait: « Aujourd'hui, il n'y a plus de motifs à « des agliations intérieures ; je réponds, sous ma responsabilité per- « sonnelle , de la soumission à Pordre, et du dévouement à la France,
a de mes frères les noirs. Vous pouvez compiler prochainement, ci-.
« toyens directeurs, sur d'heureux résultats, el vous verrez bientôt, « si j'engage en vain ma responsabilité et vos espérances. » Cependant le gouvernement français découvrit, tant par ces lettres,
que par les rapports de ceux qui arrivaient de la colonie en Europe,
que Toussaint était devenu si puissant , qu'il était presque en son pouvoir, ou de conserver à tout jamais la colonie , Sous la domination française , ou de la lui cie. D'une ‘autre part, les protestations
de dévouement du général en chef obligeaient à user de ménagemens
2 HisrToiRe D’Hatri.—( 179% ) : 205
à son égard. Le Directoire avant de prendre aucune détermination ni envers Toussaint ni envers Rigaud, attendait le départ d'Hédouville pour St. Domingue, ses rapports, et le résultat de sa mission. Déjà Toussaint avait été instruit de la prochaine arrivée d’Hédouvillé à St. Domingue; et pour ôter à la France tout prétexte de nier ses services , 1l prit la résolution de chasser les anglais de toute l’île, avant que le nouveau commissaire y débarquât. Du reste Rigaud qui lui portait aussi quelque ôombrage s'était couvert d’une grande gloiré dans le Sud; ïl voulait Péclipser par l'éclat de la sienne; car on né domine une population, au milieu des grandes agitations politiques, que par le prestige des armes.
Sommaire. Pétion prend le fort de la Coupe.—ÆExpédition contre le camp Thomas — Mort de Doyon — Dessalines incendie les montagnes de l’Arcahuie.—Il en est chassé par Lapointe —Nesbit remplace Whyte.—Hédouville part pour Rochefort. — Objet de sa mission à St. Domingue-—Démarches de Bonnet en France en faveur de Riques Casting à Paris—Familie Beauharnais.—Boisrond demande au Conseil es Cinq Cents l'admission de Pinchinat et de Rey Delmas, Projets de Chol.. let relatifs aux élections de St. Domingue—Le corps législatif annulle les élections faites dans toute la République avant l’acceptation par le peuple de la Constitution de lan 3.—Pinchinat et Rey Delmas non admis au corps législatif recoivent pour les frais de leur voyage en France, chacun 6000 fr.— Relations entre. Maitland et Toussaint © Traité entre Toussaint et Maitland pour l'évacuation du Port-Républicain —Hédouville débarque à Sto -Domingo.—[l se rend au Cap —Tous: saint sy transporte — Démarche de Lapointe auprès d'Hédouville.—Les anglais évacuent le Port Républicain.—-Entrée solennelle de Toussaint au Port-Républicain — Blanchet bat les anglais au camp Thomas.—Rigaud envahit la Grand’'Anse ; ses troupes prennent possession de Jérémie.—-Hédo:ville traite de la reddition du Môle avec. Maitland.— Le traité est rompu par Maitland qui traite avec Toussafnt —Réception magnifique de ‘Toussaint au Môie—"T'oussaint reçoit Maitland dans son camp— Lettre de Roume—Réponse de Toussaint, — Conférences de ‘Toussaint avec Maitland relativement à l'indépendance de St Domingue.—Les anglais évacuent le Môle.—Pertes éprouvées par les anglais à St Domiugue. |
Pendant que la puissance de Toussaint grandissait à S:-Domingue , la domination anglaise s'y affaiblissait de plus en plus. Dans le courant du mois d'Août 1797, le général Simcoë, comme nous l'avons: vu, était retourné en Angleterre, dégoûté d'une guerre dont les résultats devaient être désastreux. Le gouvernement britannique absorbé par les affaires européennes, négligeait celles de St-Domingue. Le général White qui avait remplacé Simcoë, ne trouva pas dans la co- Jonie plus d’élémens de succés. | |
Les Anglais occupaient encore la Grande Anse, le Môle, l’Areahaie, St-Mare, le Port-Républicain et plusieurs camps qui avoisinaient cette dernière ville, tels Que ceux de Fourmi, de Grenier et de la Coupe.
. Lefort de la Coupe qui prôtégeait le Port Républicain, du côté Est, des
es. A LL oct :
incursions des républicains, renfermait un dépôt considérable d’ärmes et de munilions. S
Le général Laplume qui commandait à Léogane, ordonna à l'adjudant général ‘Pétion de chasser les Anglais des mornes. de la Coupe, il avait son quartier-général au carrefour Massou.- Un fort détachement de la légion de l'Ouest partit de Léogane, longea la Rivière-Froide, et atteignit les hauteurs de l'habitation Grenier. Pétion descendit ensuite à la Coupe, et en cerna le fort que commandait un officier anglais nommé Kerenscoff. Le 5 décembre 1797 , il lattaqua et l'enleva après une heure de combat. Ge succès contraignit les Aoglais à abandonner Grenier et Fourmi; Pétion vint s'établir au Gros-Morne dans le chemin de la Coupe, et le Port-Républicain commença à être étroitement cerné.
Vers la même époque le général Rigaud déployait tous ses efforts pour chasser les Anglais de a Grand Anse. Il ordonna au lieutenantcolonel Doyon d'aller enlever le camp Thomas, daus les hauteurs de Plymouth, à peu de distance de Pestel. La garnison anglaise qui occupait cette fortilication était commandée par Domingeau, le même qui avait battu Rigaud au camp Desrivaux. Doyon forma deux colonnes de sa petite armée, en confia une à Faubert, et se mit à la iôte de l'autre. Quand il parvint à une portée de fusil de la fortificafion , il l'attaqua sans attendre l’arrivée de la seconde colonne. (22 février 4798). Les anglais réunissant contre lui toutes leurs forces, soulinrent son choc énergiquement; et pendant qu'il montait à l'assaut, il fut atteint de deux balles l'une à la cuisse, l'autre à la poitrine ; il tomba mort , et ses troupes repoussées emportèrent son cadävre loin du champ de bataille. Un instant après Faubert attaqua à son tour , prit d'assaut la fortification , et passa au fil de l'épée presque toute la garnison anglaise.
Rigaud , apprenant qu'il existait une grande mésinteiligence entre Faubert «et les officiers de la colonne de Doÿon, envoya au Camp Thomas l’adjudant-général Blanchet qui en prit le commandement.
Pendant ce temps Toussaint Louverture réunissait de nombreuses trou-
és, dans le quartier de l'Artibonite, pour envahir lArcahate. fl confia 42.000 hommes au général Dessalines qui pénétra dans les montagnes de ce quartier , et enleva , apres trois semaines de combats, les camps anglais que Lapointe y avait établis. Après avoir incendié toutes les propriétés de la montagne, les républicains descendirent vers la plaine, marchant sur deux colonnes, dont f'une élatt commandée par Dessalines en personne, l'autre ‘par le colonel Christophe Morney. Dessalines campa au sommet de la digue des Matheux € Christophe Morney s'établit sur l'habitation Lapointe, avec les 47, 8.°et 8.° demibrigades. A
Les royalistes avaient leur quartier général à Poix la Ravine. Le
298 | HISTOIRE D'HAiTr—( 1798, )
colonel Lapointe lança à la découverte de l'ennemi , le vicomtes Dal" zon, à la tête de la eavalerie ; Dalzon reconnut l'impossibilité. d'abor: der de front les républicains, Alors fes royalistes pénétrèrent dans uni sentier, traversèrent l'habitation Barbancouri, et atteignirentlabarrière der Fhabitation Lapointe qu'oceupait Christophe Morney. Les répubhcans commencérent l'attaque aussitôt qu'ils aperçurent les royalistes. La L'eion d'York ne répondant pas au feu de l'ennemi, marcha au pas de char se, au-son de la musique, et gravit audacieusement le mornet de Pha= bitation Lapointe. Quand cile parvint à la hauteur de’ la! position qu'oceupaient les républicains, ‘elle commença son feu et vitfuir l'en némi, aprés une fusillade de. vingt minutes. Christonhe Morney ‘alla se rétrancher dans les bois à une petite distance. Ea légion d'Yorck" et le régiment de la Réine marchérent contre lui, l'attaquèrent, maïs. he purent forcer ses retranchemens. Si Dessalines qui occupait fa digue des Matheux, était venu assuillir les royalistes, par dérriére, aveé les 8,000 hommes qu'il avait alors sous ses ordres, les troupés anglaie ses eussent été anéantiess mais 11 ne s'ébranla pas , et ne soutint : pas Christophe Morney dont 1} était l'ennemi personnel. Lapointe crabe gnant que Dessalines ne s'emparât du quarter-général de Poix Ja xavine y rentra pendant la nuit avec ses troupes: Le lendemain Chris tophe Morneyÿ révecupa Fhabitation Lapointe. Les royalistes marché: rent de nouveau contre lui; et le chevalier de Peste, après avoir éprouvé une vigoureuse résistance le culbuta , ‘et lança la cavalerte à sa poursuite. Dessalines détacha de son corps d'armée un bataillon de la 4e. demi brigade, au secours de Christophe Morney dont les troupes étaient horriblement maltraïtées: Quand ce bataillon fort de 800 hommes arriva dans la savanne qui s étendait derrière lavguildivé de l’habitation Lapointe, 1} seforma en carré, pour protéger ‘a furté de la division de Christophe Mornay: Le chevalier de Peste réunit toutes ses troupes, dressa contre le carré une batierie“de 2 pièces” et après l'avoir mitraillé lança contre lui sa: cavalerie, + Le bataillon de la 4e. fut taiilé en pièces, et le lieutenant coionel: Michaud {noir} … qui en était le commandant fut fait prisonnier par les grenadiers du régiment de la Reine. Le lieutenant colonél: Pitraille (blanc) dé fit aussitôt fusiller. ‘Les républicains eurent dans ces deux combats 800 hommes tués, et les royalistes en comptèrent 150: Lapointe Létè LES
à son quartier de Poix fa Ravine.
Dessalines n ‘avant pu se rendre maître de la plaine de l'art fit incendier Fhabitation Lapointe, et se retira aû milieu des mon tagnes où il établit un cordon. Christophe Morney fit savoir à Tous: saint Loutverture que Dessalines n'avait fait aucun mouvement pour le soutenir, pendant qu il était assailli par les royalistes ; et qu'il l'avait Jaissé écraser , lorsqu'il pouvait exterminer les troupes de Lapointe: ” Toussaint Gla à Dessalipes le eommandement de l’armée, et le confiasà Christophe Morney. Dessalines fut misaux arrêts dans le “fort du More