‹ Histoire d'Haiti (volume 3)Chapitre 45 sur 57 · CR · texte numérisé non relu

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IISTOIRE Dati —( 1798 ) - 299 Blanc des Gonaïives. Toussaint était d'autant plus indigné contre lui , qu'il l'avait laissé lui échapper l’occasion de faire prisonnier Lapointe luimême qui: ne traitait que de misérable nègre le général en chef des armées de St. Domingue. srsh4, Sete.

- Le général Whyte, commandant en chef des possessions britanniques “a St Domingue,, ne tarda pas, à être remplacé par le major général Nesbit qui mourut peu de: temps après son arrivée dans la colonie. Nesbit eùt pour successeur le brigadier général, l'honorable Thomas » Maitland qui arriva au Port Républicain , dans le courant d'Avril 1798. … D'après les rapports de Simcoë , le gouvernement britannique s'était résolu à évacuer St-Domingue. Maitland reconnut en effet l'impossibilité de se maintenir plus long-temps dans la colonie française, car les masses se prononçatent partout avec fureur contre les Anglais qui avaient rétabli l'esclavage. Cependant l'Angleterre qui avait de bonnes . troupes à Jérémie, au Port-Républicain, à l'Arcahaie, à StMarc, au Môle, eût pu garder encore quelque temps ses possessions ;. mais il lui importait peu désormais que son pavillon flottàt à St Domingue, pourvu que cette colonie füt perdue pour la France, et quelle y trouvât des débouchés pour ses marchandises. Ne pouvant point en demeurer mabresse , elle ne songea plus:qu'à exciter Toussaint Louverture à l'indépendance.

‘Pendant cet intervalle, le général Hédouville était parti de Paris pour Rochefort d'où il devait s’embarquer pour St Domingue. Le Directoire Exécutif, au milieu des rapports contradictoires quil avait reçus sur la colonie, avait découvert que les noirs et les hommes de, couleur qui, par la lutte qu'ils avaient supportée contre les Anglais, avaient acquis le sentiment de leurs forces, finiraiont par se détacher de fa Métropole. En effet, les agens de là France n'avaient pu contenter ni les noirs ni les jaunes qui pouvaient, oubliant momentanément leur ri« valité de castés, se réunir, expulser tous-les blancs, toutes les iroupes européennes, proclamer leur indépendance , sauf à se disputer ensuite la prépondérance politique ; mais la coïonie n ea eut: pas moins été perdue pour la France. Alors pour y rétablir dx domination: de la République , il eût fallu entreprendre une conquête quieût pu ne pas réussir ou qui eût fait éprouver des pertes limenses , ‘en hom-

-meset en argent. Le Directoire Exécutif, d'après les renseignemens qu'il avait obtenus sur St-Domingue, particulièrement depuis Île retour - de Sonthonax en France, ne pouvait frapper ouvertement hi Les noirs ni les hommes de couleur, puisque et les uns et les autres ‘étaient accusés de diriger tous leurs efforts vers l'indépendance. Le gouvernement français se défiant également ces projets des deux castes, se résolut à les affaiblir, en allumant entre elles une lutte sanglante dont le résultat devait infailliblement tourner à l'avantage des intérèts mé- L tropolitains : car la France voyait déjà les vaincus 1mplorani sa protec-

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sain HISTOIRE D'HAÏTI.—( 1798 ) | q 2

tion et les vainqueurs trop faibles pour résister à ses forces soutenues. par la’ réaction toujours violente d'un parti terrassé.

Tel fut l’objet de la mission du général Hédouville : écraser les an- :. ciens libres, et rétablir l'autorité métropolitaine sur les ruines des deux partis. Les évènemens qui vont se dèrouler prouveront ce que nous avançons; cependant il existait à St. Domingue un parti véritablement, français , celui de Rigaud , que la métropole , tout en lui promettant son appui, en l'excitant à s'armer contre Toussaint , ne soutiendra pas, dès que la lutte sera engagée. Toussaint Louxerture devinera le ma-+ chiavéhisme du directoire, l’exposera sous les yeux de Rigaud qui nes le reconnaiira pas, qui ne pouvait le reconnaître, dominé par ses idées” essentiellement françaises et républicaines. Alors Rigaud eût mieux aimé périr victime des injustices les plus violentes de la métropole,« que de trahir là France qu'il appelait sa chère patrie, en consentant à l'Indéperidance de la colonie. C'était un homme à répondre à Tous: saint Louverture : « Miltüiade injustement condamné par le peuple d'A=. « thènes, se mourant dans les cachots, faisait encore des vœux pour « la gloire de son ingrate patrie. » D'une autre part l'alliance ques projetait Toussaint avec les colons et les royalistes, soulevait toute lindignation du général Rigaud. |

Ainsi, avec un ivsirument tel que Rigaud , le général Hédouville ne pouvail re pas obtenir à SL, Domingue les résultats les plus satisfaisants, , quant «ux intérêis métropolitains. |

Le chef d'escadron Bonnet, qui ne cessait de voir les directeurs pour les couvainere que son général était le meilleur français de la colonie, crut que ses démarches au ministère de la marine avaient amené l'or" dre par lequel Hédouviile ne dut pas faire usage de l’acte de mise hors la loi du général Rigaud. Hédouville partit pour St Domingue aCCOMpogné seulement d'un nombreux étai-major, et d'une briltante garde d'honneur. Bonnet avait été secondé dans toutes ses démarches, par Garnot député de St. Domingue au eorps sr. et par Castaing, home de couleur du Cip établi à Paris depuis 1793. Castaing était un ciioyen 1struit et d'une éducation accomplie. Il avait épousé la comiesse Eextharnais, sœur de Joséphine femme du général Bona-« prie. A cetie époque, il réunissait fréquemment chez lui, Eugène” Hana ais, depuis vice-roi d'Italie, et la citoyenne Hortense Peau- ! hersais, depuis reine de Hollande. Lorsque Bonaparte dirigera ses pers secntions contre les hommes de couleur , madame Gastaing: malgré les cousers opiaiâtres de sa famille n ‘abaudonnéra jamais son époux , qui sous le régime de la terreur, l'avait arrachée à l'échafaud.

Pendant ce temps, Boisrond le Jeune, au Conseil des Cinq Cents, combetiait un projet de Ghollet relatif à l'annulation des élections de” St.-Duoistngue. - Le 27 Avril Chollet reproduisit à la discussion deux” projets concernant ces élections. Le premier fut adopté en ces, termes : les upéralions des assemblées électorales tenues en Germinal ag

LÀ

HISTOIRE D'HAITI.—( j798 ) 301

4 (Avail 4796) dans la colonie de St. Domingue , tant dar la ville des Cayes pour la partie du Sud que dans celle de Léogane pour la partie: Ouest, avant la connaissance officielle dans ladite colonie de l’accepation faite par le peuple de l'acte constitutionnel, et les nominations faites par lesdites assemblées de députés au corps législatif contre les dispositions des arrêtés des 5 Früctidor an 5 (92 Août 4797) et 43 Fructidor ( 30 Août 1797) sont déclarées nulles el non avenues.

Cest daprès ce projet transformé en loi le 42 Mai suivant que Dre et Rey Delmas furent définitivement exclus du corps légis-

… Le second projet transformait au Conseil des Cinq Cents Mentor désigné pour celui des anciens, mais qui n'avait pas l'âge pour y siéger ; par ce second projet Louis Annecy fut déclaré membre du conseil des Anciens , et Guillaume Henri Vergniaux resta jusqu'au renouvellement de lan 5, membre au corps législatif, comme septième député de St. Pomingue. Le 8 Mai 1798, le Conseil des Cinq Cents annulia les élections faites dans toute ia République , avant l'acceptation de la Cons- “titution de l'an 3, par le peuple, et le conseil des Anciens approuva cette résolution. SE

- Dans la séance du 16 Prairial an 6 (4 Juin 1798 ) Poncet Delpech fit adopter un projet de résolution portant que les citoyens Pinchinat et Rey Delmas, élus en l'an 4 (1796) au corps législatif, par les départements de l'Ouest et du Sud de St.-Domingue, et déclarés inadmissibles, recevraient pour les frais de leur voyage en France, la somme de 6000 francs, chacun. Pinchinat et Rey Delmas reçurent , en effet, chacun cette somme. Pinchinat n retourna plus à St.- Domingue. li mourut en France, en 1804, à l'âge de soixante-quatorze ans environ. * Ne

* Lorsque Bonaparte commence sa réaction contre les hommes de couleur et les noirs, et pendant qu'il faisait les préparatifs de l'expédition de St.- Domingue, il fit arrêter le noble Pinchinat un des citoyens les plus ver- Mueux qu'ait produit Haïti, qui ne cessait d’être, à Paris, l’apôtre de la Li- Mberté de ses frères noirs et jaunes. Le 30 Nivôse an 9,[20 Janvier 1801 | Pinchinat fut envoyé au Temple, prison d'état. Il en fut extraitie 9 Pluwiôse (29 Janvier 1801}. En 1892, quand Rochambeau devint capitaine gé- Mnéral de la colonie, après la mort de Leclere, il écrivit à Bonaparte qu'il était extraordinaire que Pinchinat, l’auteur des désastres de St. Domingue, fut libre dans Paris, pendant que les mulatres qui étaient en correspondance lavec lui, s'armaient avec les noirs eontre la France. - Le 18 Ventôse an XI [9 Mars 1803) Pinchinat fut arrêté et envoyé à Sainte Pélagie, pour y de- Mneurer à la disposition du ministre de la marine. Le 5 Srumaire au XII ( 26 MCctobre 1803) il fut transféré à la Préfecture ; il fut réintégré, et transféré de nouveau à la Préfecture le 27 Brumaire [19 Novembre 1803]; réintégré le 7 Pluviôse an XII (28 Janvier 1804); extrait de nouveau le 28 Pluviôse (18 Février 1804 ) ; le 17 Ventôse an XIL (8 Mars 1804) il fut enyoyé à l’infirmerie de la Force, Ce fut là que mourut cet illustre vieillard,

302 HISTOIRE D'HAITI—( 1798 ht

Pendant ct intervalle le a" Maitland avait cessé-de eombaître 0 saint Louverture par-la force des armes: il usait envers tluivdes: pro cédés les plus séduisans. Des courriers parlementaires lui étaient se cesse expédiés; et l'honorable Thomas: Maittand paraissait ne pas voir. - en lui un général français, mais le régénérateur des noirs. Toutes cest démarches plumes de courtoisie éblouireut Toussaint Louverture. , qui,

ayant sous ses ordres, dans la plaine du Cul-de-Sac, 145,000 hommes,

ne difigea aucune attaque contre le Port- Républicain : il eût pu, par son: audace: ordinaire, forcer Maitland à une capitulation: des plus he miliantes ; mais il méditait de favoriser l'évacuation des anglais qui Jus faisaient entrevoir un aventr si flatteur pour son ambition.

Le 22 Avril, le génér al Maitland déclara à tous les français négoss cians ct planteurs qui avaient embrassé le parti des Anglais qu'il leurd était loisible de le suivre ou de rester danstla noie) Il conçu deux plans d'évacuation : le premier était de partir avec rapidité ; après: avoir embarqué toutestles troupes anglaises et coloniales, ct apréstavoiré démanteié tous les foris du Port Républicain; le second plus sage et plus généreux consistait, après avoir cmbarqué toutes des munitions)

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de gucrre et de bouche, à traiter avec Toussaint Louverture porr 6b="

tenir des conditions favorables aux nombreux habitans de St Domin-

gue, qui, par nécessité où par goût , devaient demeurer-dans a vcom lonie. ‘41 avait adopté ce dernier -parti comme le ‘plus- en “harmonie”

avee la générosité et-la loyauté. Car s'il eut adopté le premier plans dans ‘un pays où Îles passions sont vives, le’ Port Républicain 5" où"las

légion de l'Ouest avait de grandes représailles à exercer,reût étéslivréen

au plus affreux carnage. Il avait en outre le projet en: entrantidéfin=

tivement en négociations avec Toussaint de le porter àproclamer Pins" dépendance de St-Domngue, en fui promettant loutes sortes de ses

cours du gouvernement britannique.

Le 23 Avril Maitland commençà à faire embarquer re munitions dÿ

loutes espèces. En même temps 1! expédia à Toussaint qui était aux

Gonaives un navire parlementaire pour linformer de la délermination

qu'il avait prise de traiter avec lui sous les conditions du second pro jet , sinon de ne lui laisser que des monceaux de ruines. Il Pay isa. en outre que sil consentait à garantir solennellement lexistence, eb les propi riétés de tous les français qui, ayant servi sous les, drapeaux.

anglais, resteraient dans la colonie, x lui abandonnerait le ‘Port-Ré”

publicain dans Fétat quil se Lrouverail-au moment. dé l'évacuation.

Toussaint promit de respecter ‘la vie et les propr iclés des habitans €

n'importe quelle couleur. ‘À 14 Le 28 Avril il envoya au Port-Républicain an officier de confiance,

dans la plus affièusé misère, "10° Pioréabn XI (80 Avril 1604 JA S mois après la proclamation de notre Indépendance.

M. B. Ardouin lors de son preiniér voyage en France recueillit sur Ja Al,

de Pinchinat des rehselgneniCns qu 11 nous a con nuniqués, + SOUPE

sÀ |

4 : HISTOIRE D'HAITI.—( 1798 ) ta 303 Jadjudant-général Huin, muni de ses pouvoirs. Maitland chargea l'adudant Nightingal, officier dans les troupes de S. M. B:, de le représenter. Le 30 Avril, ils se réunirent sur le vaisseau anglais lAber- gavenpy mouillé dans la rade du Port-Républicain. : {ls :dressérent et signérent un traité par lequel à fut convenu que les villes du Port- Républicain , de St Marc avec leurs fortifications et leurs dépendances, et la paroisse de 1 Arcahaie, seraient abandonnées au général Toussaint Louverture avec les pièces d'airain hors d'état de servir, excepté trois ou quatre, et qu'assez de temps serait accerdé aux troupes anglaises pour se retirer librement ; quecle général Toussaint s'obligerait solennellement de garantir la vie et les propriétés de tous les habitans qui voudraient rester dans la: colonie, quoiqu'ils se fussent soumis à S. M. B.; -que cinq semaines seraient accordées aux Anglais our évacuer les-illes de St-Marc,-de l'Arcahaie et du Port Républicain; et.que pendant ce temps “toutes. les hostilités .cesseraient de part et. d'autre.

Les choses enétaient là quand'le général Hédouville débarqua à Sto- "Domingo le 24 Avril. Il -n'était accompagné que d'une garde d'honneur. “Il reçut de l'agent Roume et des autorités espagnoles un accueil plein

de dignité. De là il se rendit au Cap par terre, où il fut également réçuswavec la plus grande distinction. Il n'était débarqué à Sto.-Domingo que ‘parce quil redoutait quelque piège de Toussaint Louver-

“ture dont la profonde dissimulation lui avait été dévoilée par la conduitet qu'il avait tenue à l'égard de l'ex-cominissaire civil Sonthonax. Il était venu remplacer le commissaire Julien Raymond qu’il ne voulut pas recevoir ,: Sachant qual avait aide Tousssaint. dans ses projets contre Son- "thonax. « Le général en chef s'en montra très-niécontent, car Hédouville condamnait sa conduite en cherchant à huwilier Julien Raymond qui s'était. attaché à son parti: Cependant après le départ de Sonthonax, ayant! découvert quelque velléité d indépendance en Raymond, il - l'avait exhorté à aller siéger au corps législatif; lex-commissaire civil “était sur le point de partir pour France.

Des propos sortis de la bouche des jeunes officiers qui formaient Pétat-major d Hédouville ,.et rapportés à Toussaint, le convainquirent bientôt des dispositions hostiles de l'agent du Directoire à son égard. Ces jeunes gens , légers etaudacieux, vêtus avec coquetterie, portant des tresses relevées , des habits à collet noir, tenaient sur les noirs les

“nêmes discours que: Vaublanc. Ils disaient hautement quil né leur

“faudrait que quelques braves pour aller enchainer le magot coiffé de linge, en parlant de Toussaint Louverture qui portait le plus souvent un madras. Hédouville paraissait ne pas se douter qu'il eût affaire à un citoyen d'un tact extraordinaire, d'une finesse prodigieuse. Ipen-. *sait pouvoir facilement attirer dans les piégos de la politique européenne

“un homme qui avait vieilli dans l'esclavage.

Il était déjà étonné du peu d'empressement que mettait Toussaint à “venir le seluer. Mais celui ci, pour ne pas {rop laisser découvrir son

mécontentement de l'arrivée de l'agent du Directoire, se résolut à se” rendre au Cap. | FC 2 Le Directoire exécutif, instruit par les événemens, n'ignorait pas” que le seul parti vraiment français de la colonie fat celui des hapmes de couleur ou anciens libres, dont le chef le plus saillant était le général Rigaud. Dès le commencement de la Révolution , les colons blancs avaient travaillé à se détacher de la métropole. Les assemblées coloniales n'avaient jamais eu d'autre but; mais elles avaiènt été con tenues par les hommes de couleur. Foussaint sur lequel se portaient les regards des noirs du Nord et de l’Artibonite, révait de son côtés à L'indépendance de St Domingue ; el en outre, autour de lui se ralhaient tous les blancs planteurs qui avaient voué à la Révolution française une haine implacable, et auxquels il promettait un gouvers nement vigoureux, le système des grandes habitations, le travail forcé, richesses et honneurs. Ainsi donc les colons et Toussaint trahis= saient la France à laquelle était demeuré fidèle le paru de Rigaud

qui traitait les planteurs, dans la colonie, comme étaient traités en France, les royalistes et les émigrés.

Hédouville avait pour instructions, d'observer les hommes et les choses avant d'agir, de relever, s’il le fallait le parti des hommesde” couleur, et de lui donner la prépondérance politique dans la. colonie qui livrée aux mains de Toussaint Louverture devait infailliblements échapper à la France. Le Directoire exécutif qui avait eru, en 1796; que les nouveaux libres étaient les citoyens les plus dévoués à la France, avait chargé Sonthonax de leur livrer l'autorité à St. Domins gue; mais maintenant qu'il avait découvert le projet d'indépendance de Toussaint, il avait chargé Hédouville, de relever le parti des ans ciens libres, et de porter à une lutte sanglante les noirs et les jaus nes qui devaient s’affaiblir au profit des intérêts métropolitains. Ces pendant il faut le dire, le Directoire ne songeait pas au rétablissement de la servitude; il vouiat que St. Domingue demeuràt pays français

Si Rigaud demeure vainqueur dans la lutte qui va s engager, il sera applaudi par le Directoire; mais s'il est vaineu, la France ayant un intérêt puissant à ménager Toussaint Louverture, donnera*à celui-ci des’ preuves éclatantes d'une confiance en apparence illimitée. Cette guerre civile qui sera longue et cruelle aïfaibliva Toussaint, laissera dans las colonie des germes de profondes discordes ; et peu de Lemps aprés; il sera facile au général Leclerc d’écraser le chef noir, et de rame” ner le pays sous l'autorité immédiste de là France. | 4

Toussaint arriva au Cap ;le générai Hédouviile le reçut avec froideurs Le général en chef s'en plaignit améremeit ; il vantait les grands ser” vices qu'il avait rendus à la France qui deviendrait peut être ingrate à son égard. Le chef de division Fabre qui avait amené Hédouville”sur« son escadre, lui dit dans un de ces momens quil paraissait plongé dans le chagrin : « Je serais satisfait, général, de vous conduire en”

L , Hu : ; F æ DU. À

HISTOIRE D’HaiTI.—( 1798 ) . 805

= | de | FI | TE É È . à: Ne J s Ë Li Cu x Franee aussi heureusement que j'ai amené ici le général Hédouvillé,

- « là , vous trouveriez les honneurs et les récompenses dus à vos ser-

« vices , et toutes les douceurs du repos dont vous avez besoin » Toussaint lui répondit avec vivacité: « Votre vaisseau est trop petit « pour un homme tel que moi. » C'était dire au chef de division Fabre, combien il se sentait au-dessus d'Hédouville qui semblait le dédaigner. Peu de jours après, un aïde-de-camp d'Hédouville lens gagea à aller voir la France. Ces paroles furent comprises de Toas saint qu'on voulait voir s’éloigoer de Ià colonie, Il répondit aveé humeur en montrant un arbrisseau: « Je partirai quand on pourra « faire avec ça, un vaisseau pour me porler. » | Le

ll se sentit assez fort pour ne plus observer envers les officiers su: périeurs européens les mêmes ménagemens qu'autrefois: Enfin il alla

… saluer Hédouviile, et lui dit que les soins de la guerre ne lui permet-

taïent pas de demeurer plus longtemps au Cap. I partit pour les Go: naives ; mais avant son départ, il avait gagné à son parti, Pascal; ancien secrétaire de la commission civile, qui, pour de l'or, ne le laissera rien ignorer. Déjà le commissaire Roume qui était à Sto: Domingo voyait en lui le régéntrateur de St: Domingue | Dès que Toussaint arriva aux Gonaïves, 1} envoya Fordre dans Île Nord et dans l'Ouest, aux officiers généraux de s'approcher des points NES les Anglais, afin que l'année 1798 les vit disparaître de ft, Domingue. | R et Le général Maïtland qui connaissait le répüblicanisme violent de Ri. aud avait fait proposer à Toussaint d'ordonner à Bauvais ou à Laplume d'aller prendre possession de Jérémie, qui à cette condition seraif aussi évacuée. Bauvais et Laplume étaient des citoyens de la plus haute modération. Mais Toussaint rejeta cette proposition pour ne pasfaire à Rigaud le plus éclatant des outrages. ; Le traité signé à bord de l’Abergavenny, publié au Port-Républicanin, remplit de joie les planteurs qui s'étaient livrés aux Anglais. IIS conçurent une haute idée de la sagesse du général Maitland , et de la générosité de Toussaint Louverture. Ils avaient la plupart pris la détermination de suivre l'armée anglaise, el s'étaient déjà embarqués; ils revinrent en ville pleins de coufiance dans’ Toussaint Louverture, Il ny eut pas dix colons blancs qui abandonnèrent leurs propriétés, ‘Pendant ce temps, le colonel Lapointe se disposait à chasser les républicains des montagnes de fArcahaie , quand il reçut lo:are de Mait; land de se tenir prèt à évacuer son quartier. El se montra indigné > contre les Anglais, qui trahissaient, prétendit-1l, les blancs royalistes et les anciens libres de St Domingues I réunit chez lui le chevalier de Peste, le colonel Dessource, le vicomte d'Aizon, le lieutenant-colonel Pitraille, les majors Angau, Magnan et Fadère, et leur donna lecture de la lettre de Maitland. Ces officiers -furent au désespoir de se senur dans l'obligation d'abandonner leurs propriétés.

D'après les conseils de Lapointe, ils écrivirent à Hédouville, qu 8 à avaient appris qu'il était venu à St. Domingue pour sauver les restes dés malheureux habitans de cetteîle, poursuivis par une secte de brigands toujours armés du fer et de la ‘torche : que sil voulait accorder une amnistiè générale à tous ceux qui avaient servi sous les anglais, Iles royalistes 4: l'Arcahaie, les légions d'York et de la Reine reconnait traient la République française. fs ajoutaient dans ja lettre quil Ru drait qu'il transportât son quartier général au Port-Républicain , et qui fit marcher. avec les troupes coloniales ci-devant anglaises, celles dé. Bauvais, de Laplume et de Rigaud , contre la faction de Robespierre dont Toussaint, l'élève de Sonthonax , était le chef. - Un blanc nommé Cape de Bosse apporta au Gap cette “lettre à l'agent du Directoire. Hé douville répondit qu'il amnistiait tous les royalistes excepté Lapointe, Celui.ci. anéantit la lettre qu'il avait reçue en réponse à la sienne else prépara à évacuer l’Arcahaie.

Le 6 Mai, le général Maitland avait fini d'hmbarauer toutes les mumitions, les marchandises anglaises, ainsi que les commerçans anglais, les canons de fonte et les mortiers français. Il reçut aussi à bord de son escadre ceux des français qui voulurent suivre les troupes britan= niques. D'après ses ordres, le colonel Lapointe évacua le bourg de. l'Arcahaie, le 7 Mai à midi, Lapointe portait à Toussaint Louvertures une haine si implacable, qu’en se retirant il détruisit tout à l'Arcahaïe, fortifications , casernes, munitions de bouche et même les chevaux. Il pensait qu'en reconnaissant pour ses égaux les nouveaux librés, ceux=« ci ne tarderajent pas à devenir ses maitres.* Lapointe se retira au Môle St. Nicolas avec la plupart des officiers de la légion d Yorck. Quant au régiment de la reine, commandé par le chevalier de Peste, il fut conduit en entier à Jérémie. Le général Dessalines vint dans les montagnes des Matheux, se mit à la tête de l'armée républicaine et prit possession de l'Arcahaie.

Dans la nuit du 6 au 7 Mai le colonel Grant avait évacué St. Marc; il fit voile avec toute la garnison de cette ville pour le Môle St Nieolas.

Le 8 Mai, à 2 heures du matin, Maiïtland avait embarqué toutes. les troupes anglaises du Port Républicain et du fort Bizoton ; et dans la. journée du lendemain , l'escadre anglaise, composce de deux vaisseaux, le Thunderer de 74, ‘et l’'Abergavenny de 54, de plusieurs autres bâ=" timents de guerre, appareilla pour le Môle St. Nicolas.

Dans l'après-midi du même jour, 9 Mai, le général Laplume, à \ ja! tête de la légion de l'Ouest commandée par l'adjudant-général étions prit possession du Port-Républicain. Toussaint fidèle observateur de“ Sa parole envers Maitland, envoya le colonel Christophe Mornay pren dre le commandement de la vite, avec ordre de faire respecter les ba-

* La légion d'Vork de l'Arcahaie n’était composée que denoirs et d'Home

mes de couleur”qui avaient embrassé le parti des anglais. +704

- bitans et d’acheminér tout de suite la légion de l'Ouest sur Léogane. Le général Lapiume céda l'autorité à Christophe Mornay non pas sans mécontentement, considérant la conduite de Toussaint à son égard, comme un manque de confiance. Toussaint, partout où il pénétrait

-déplaçait les autorités qui pouvaient être dévouces à Bauvais et à Rigaud. . La légion de l'Ouest se retira à Léogane en témoignant hau-

“tement son mécontentement. Les ménagemens dont usait Toussaint envers les Anglais et les blancs royalistes n'avaient pas échappé aux agens de la métropoie : car le Port-Républicain eût pu être enlevé d'assaut , ou du moins Maitiand en Flévacuant n'aurait pas eu

le temps d'embarquer les munitions de guerre, les archives et les marchandises si le général en chef l'avait attaqué vigoureusement. Les colons ayant la plupart trahi la France avaient tout à rez douter du directoire qui punissait les traîtres et les émigrés; aussi avaient-ils excité Toussaint à faire un pont d'or aux Auglais. Le nom

“de Louverture fut béni de la plupart des blancs. Les planteurs s'empressérent d'aller au devant de celui qu'ils appelaient leur libérateur. ls étaient précédés du clergé; la croix et fa bannière étaient portées avec pompe, el les encensoirs fumaient. Un peuple immense couvrait le graid chemin de la plaine du Culde Sac, au millen duquel était

“dressé un are de triomphe magnifique. Les dames blanches les plus riches , à cheval ou en voitures découvertes élaient aussi accourues audevant du général en chef des armées de St-Domingue. Elles étaient es: coriées d’une brillante garde d’honñeur, composée de jeunes créoles blanes: … Toussaint Louverture qui venait des Gonaïives apparut dans la gran-

“de route, suivi de son état major. I était simplement vêtu : il por: tait un madras recouvert d'un chapeau galonné , un- petit habit et des épauleites. De nombreuses jeunes lilles blanches lancèrent sur lui des fleurs et des couronnes. il descendit de cheval et leur témoigna toute sa gratitude. On vit alors des colons se prosierner à ses pieds et le priér avec instances de se placer sous le dais que portalent avec, or-

eueil quatre des plus riches planteurs da Gul-de-Sac. a ei

Toussaint humilié et indigné en mème temps de tant de basses=

“ses, surtout lorsqu'il découvrait parmi ses adorateurs des colons qui s'étaient toujours montrés ses plus cruels ennemis, dit à ceux qui

le pressaient d'accepter ces honneurs: « In appartient qu à Dieu « d'étre placé sous le dais et d'être encensé. » Ce fut en vain quon voulut lüi persuader que c'était ainsi qu'on recevait les anciens gouverneurs. llentra au Port-Républicain avec son état major: *

La ville fut illuminée ; on dansa dans toutes les grandes maisons ÿ

# & Les colons, dit le- colonel Malenfant, étaient au comble de la joie; on

j 4 s . 1 . J P < 4 , »‘ espérait que sous les ordres du général noir on tuerait les mulatres et qu'on

“ serait indépendant; c'est ainsi que pensaicnt alors les cinq sixiémes des

# colons, ” ?

508 HISTOIRE D'HAITI.— ( ie, ES ne

mn;

un ordre parfait régna de toutes parts; et l'armée républicaines core. posée en grande partie d'atricains , presque nus, sur lesquels Tous saint exerçäit une influence qui tenait du prodige ne se livra à au cun excés. |

le général en chef confia le commandement de l'arrondissement du Fort Républicain à l'adjudant-général Huin, colon blanc, et celui de la pres à Christophe Mornay, colonel de la 8° coloniale. +

Les français européens, dévouëés à la métropole, qui étatentaur Port- Républicain, avisèrent le général Hédouviile de tout ce qui s'était passé des espérances anti-nationales , et de la conduite douteuse qua

* Quoique le trait suivant que rapporte Malenfant soit étranger à lhistoir nous le transcrirons littéralement: il donne une idée exacte de lacorru De du cœur humain et des bassesses an xquelles se livraient les colons pour plaire à Toussaint devenu le dispensateur des places et des tenais

“ Après l'entrée de Toussaint au P rt-au-Prince, un colon blanc désirait ‘être garde magasin. Il avait présenté une demande et fait solliciter Pouss saint de lui accorder cetie place. Soit qu'il ue connut pas ce blanc, soit ‘qu'il le connut trop, il lui avait refusé cet emploi. L’épouse de ce péter tionnaire 1 fait bien des démarches près de Toussaint ; elles avatent. ‘! été ivutiles. Peu de temps après, elle acconcha d’un garçon ; e elle alla # prier, le nie) noir d'en être le parrain. Pourauer, madame, voulez-vous" & que je noinmine votre fils ? Votre démarche n’a d'autre but que de me fure donner une place à votre mari; car votre cœur dément la démarche que vous “ me faites.— Comment, géuéral, pouvez-vous croire cela ? mon mari vous ‘ aime ; tous Îles blancs vous sont FL madame. je connais les blancs 6 81 Javais leur peau, oûi; mais je suis noir , et je connais leur avérsion “ pour nous. Avez vous bien réfléc à la demande que vous faites ? Sin “ J'accepte, qui vous a dit qu'à l’époque de la raison, votre fils voyant qu'un noir est son parrain ne vous en fasse pas des reproches ? - Mais général ...... — Madame, [en lui montrant le ciel ) celui qui gouverne tout est “ senl immortel Je suis général, 1l est vral, mais je suis noir. "Apres ‘ma mort, qui sait si mes frères he seront pas remis dans lPesclavage, ne ‘“ périront pas encore sous le fouet des blancs ? L'ouvrage des hommes n’est. # pas durable. Les blancs colons sont les ennemis des , noirs, La révolution française a éclairé les européens; nous somines aimés et FA par ‘eux. Vous voulez placer votre mari, eh bien! je lui donne la place quil “ demande. Qu'il soit honnête homme , et qu'il se rappelle que je ne puis “tout voir, mais que rien n'échappe à Dieu. Je ne peux accepter d’être

parrain de votre enfant, vous en auriez des reproches des colons, et peus être un jour de votre fils. ” | “ Cette répouse de Toussaint en créole, continue Malenfant, est superbe et mille fois plus animée dans ce langage naturel que dans notre langue.

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Pendant la guerre contre Rigaud, et après ti départ de celui. ci, Tous-… saint ne tiendra plus ce langage envers les blancs colons ; 1! se laissera ga gner par leurs séductions et se livrera à des excès qui seront une des prine. Û eipales causes de sa chute. Il aura oublié les préceptes de Sonthonax atilu avait toujours recommandé de se tenir en garde contre les eolons blancs,

: Histoire p'nartr.—( 1798 ) : | 309

“wait tenue Toussaint Louverture. L'agent du Directoire en témoigna toute son indignation; il ne douta plus des relations secrètes qui existaient entre Maitiand et Toussaint Louverture. Aussi se résoiut-il à traiter lui-même de la reddition du Môle St: Nicolas qu'occupaieni encore les anglais. | … Pendant cet intervalle, le général anglais qui occupait Jétémie, “n'ayant pas encore reçu l'ordre d’évacuer la place, résolut d’eniever . aux républicains le camp Thomas qui renfermait une garnison de 5008: hommes sous les ordres de l'adjudant-général Blanchet. Le régiment de ja Reine qui avait évacué lArcahaie marcha contre le camp Tho mas, près de Pestel, et lui donna sans succès trois vigoureux assauis. Après deux heures d'un combat des plus sanglants les Anglais furent repoussés et taillés en pièces. Le régiment de la Reine commandé “par le colonel Peste fut détruit presque en enter. | Après celte affaire le géneral Rigaud envoya au Môle, auprès de Maiiand, l'adjudant-général Blanchet, pour traiter de la reddition de “Jérémie. Maitland tout en consentant à l'évacuation de cette ville, fit offrir à Rigaud de lui expédier toutes les troupes noires et de couleur sous ses ordres, s'il voulait consentir à se soumettre au gouver- “nement britannique. Rigaud répondit qu'il ne trailait avec les en- “nemis de la France que lorsqu'ils avaient mis bas les armes. Il pénétra dans la Grand'Anse avec un corps d'armée composé des troupes du Sud, de la légion de lOuest et d'un bataillon de Jacmel. “Après plusieurs combats, il arriva sous les murs de Jérémie qu il bioqua étroilement. Les anglais refusérent de traiter de la reddition de “la place avéc un général ennemi, implacable du gouvernement britan- “nique, l'évacuërent le 22 Août, et appareïilérent pour le Môie qui devint” le seul point où flottât le pavillon anglais. Le colonel Dartiguenave, à la tête d’un des régiments du Sud, prit possession de Jérémie. Rigaud persécuta les coions royalistes qui avaient servi dans les rangs anglais, quoique Toussaint lui eut recommandé d être Induigent, d'ou- “blier le passé, comme il le faisait lui-même. es D 2 * Pendant que Toussaint était au Port Républicain, Hédouville fit sommer le général Maitland d’évacuer le Môle St. Nicolas. Il n'ignorait pas que les Anglais ne songeaient qu'à abandonner cette vie, et que 1680 politique à l'égard de St. Domingue ne consistail plus qu à po (ef Toussaint Louveriure à proctamer l'Indépendance de la colonie. Aussi voulait il enlever au général en chef une nouvelle occasion de s’aboulcher avec Maitland. Si les Anglais avaient voulu se maintenir au me qui renfermait alors 8000 hommes de bonnes troupes , toutes Îles te ces de Toussaint n'eussent pu les en chasser ; du moins se Sararen te elles épuisées pendant plusieurs années sous les remparls ee nu wlfe qu'on nommait avec raison , à cette époque, le Gibraltar de L'Ajérique. | | © Maitland consentit à évacuer le Môle en y laissant la même quan-

#10 HISTOIRE D’HAITI.—( 1798 ) | . tité de bouches à feu que les Anglais y avaient trouvées à leur arrivée en + 1793, et en contraignant les tolons et les émigrés à abandonner la place: Une“

pashoaan d’Hédouville annonçant l'expulsion des royalistes de la colonie

ut même publiée et affichée daus les rues du Môle. La conduite de l'Agente du Directoire en harmonie avec les vues du gouvernement français" était tout à-fait contraire à celle qu'avait tenue Tôussaint Louverlure« 3 au Port Républicain. Les colons que ce traité proscrivait vexcitérent” ouverture ‘à én contrarier Flexécution. Celui-ci, de son côté, ie 14 vii une condamnation publique de sa conduite. Il fit entendre des \ plaintes amères contre Hédouville, qui, prétendait-il, avail outrepassém ses pouvoirs, en traitant avec Maitland, quand ce droit lui apparte nait exclusivement comme géuéral en chef des armées de Si Dominguem

1 se rendit aux Gonaïves et expédia à Maitland plusieurs courriers pour lexhorter à rompre le traité, lui faisant sentir combien il impor tait aux intérêts anglais que la masse des colons ne tombât pas dans le désespoir, Maitiand méprisant les promesses solennelles qu'il avait faites à Hédouviile, déclara officiellement que le traité de la reddition du Môle éiait nul et non avenu, et qu'il n'entrerait désormais en né gociations qu'avec Toussaint Louverture chef suprème de l'armée fran: çaise à St-Domingue. H fit déchirer dans les rues du Môle la procfamation d'Hédouville contre les émigrés.

Toussaint partit des Gonaïves à la tête de dix-mille hommes etallak camper à une lieue du Môle. Maitland envoya auprès de lui un officier anglais qui linvita à entrer en ville avec son fétat-major. Quand il atteignit les portes du Môle, il s'aperçut qu'un accueil semblable ax celui du Port Républicain lui avait été préparé. Cette fois-ci ilne crut" pas devoir refuser ces honneurs-qu'il n avait pas acceptés au Port Ré“ publicain par égard pour Hédouviilé. Mais déjà 1! se jugeait bien” au-dessus de l’Agent du Direcinire. $

Les troupes anglaises, magnifiquement équipées, bordaient la haïe.« Le ‘curé. de la ville portant le St Sacrement vint au-devaut de lui avec tout le clergé. I! se plaça sous le dais; le peuple le suivait se pres: sant autour de lui; il recevait les bénédictions des femmes qui se prose* ternaient sur son passage; les officiers anglais lui témoignaient la plus grande vénération; chacun des habitans sentait le besoin de la protec- … tion de cette nouvelle puissance. Eu même temps le canon retentis-… sait, et les cloches remplissaient la vilie de leurs sons prolongés. Quand il arriva sur la place d'armes, le général. Maiiland, sortant d'une tente magnifique, vint au-devant de lui. Hs entrèrent sous la tente où était dressée une table somptueuse; et après le repas Maitland lui. fit don de toute l’argenterie dont la table était couverte. Sur l'invitation du général anglais il passa en revue les troupes britanniques … qui défilèrent ensuite devant lui. Dans l'après-midi il se rendit au . palais du gouvernement que les Anglais avaient construit et richement. grné. Maitiand ui fit présent, au nom de S. M. B., de deux çouleux.

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