‹ Histoire d'Haiti (volume 3)Chapitre 48 sur 57 · LIVRE . SEIZIÈME. 00 OR · texte numérisé non relu

LIVRE . SEIZIÈME. 00 OR

Semmaure. Toussaint favorise Îles anciens colons — Il excite les populations contre. Hédouville.— Son immense influence sur les masses — Il favorise les émigrés. —.

+ Proclamation /du 10 Octobre —T] favorise le clergé—Watrin retourñe en France — Départ de Bonnet pour St-Domingue.— Rigaud. se rend au Cap auprès d'Elédou: ville — Conduite de Rigaïd au Cap—Hédouviile rend impossible un ranprochement entre Rigaud et Toussaint —Révoite à l’Anse-à Veau contre Rigaud.— Hédouville organise une insurrection dans le Nord contre ‘Foussaint —Rigaud nommé général en chef du département du Sud, indépendant de Toussaint général: en chef de toute la colonie.— Départ de Rigaud. pour le Sud.—Toussaimt contrarie les mesures d'Hédouville contre les zovalistes— Affaire de Manigat au Fort-Liberté.—Insurrection dans les campagnes du Nord en faveur de "Foussaint. Louverture. —Hédouville assailli au Cap s'’embarque pour France. — Sa proclamation contre Voussaint. —"Triomphe de Toussaint—Le commissaire foume vient. de Sto Domingo au Cap.— Toussaint adresse un mémoire au Directoire-Exécutif—Maitland: revient à St- Domingue, en simple particulier.— Traité de Toussaint. avec les Américains, —. Etat du département du Sud.—Rèslement de culture— Armée du Sud.— Etat de l'Ouest.—Roume réunit au Port-Républicain les généraux de la colonje.—Il ne peutporter Rigaud à se soumettre à Toussaint.-—Révoite au Corail contre Rigaud. —. Elle est apaisée — Mission de Renaux Desruisseaux auprès de Toussaint — Pro: clamations de Rigaud contre celles de Toussaint relatives à. la religion.— Départ. pour France des élèves de la patrie — Des troupes du Sud prennent le Petit: Goâve. —Commencement de la guerré civile.—Manifestations au Port Républicain en faveur. de Rigaud:—Fautes militaires de Rigaud —:es troupes du Sud prennent le Tapion,. le Blockaus et Thausin.— Toussaint arrive au Poït Républicain.—Son discours con=. tre les honmes de couleur.—Réflexions sur ce discours.— La garde nationale dx « Port-Républicain est désarmée. - R ‘

Toussaint par sa grande perspicacité avait découvert combien était - devenue fausse la position d'Hédouville. Il tenait d’une part sous son. influence la masse des noirs du Nord, et d'une autre part, par sa ré-

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action vers les formes de l’ancien régime, il avait pris une place dis-

tinguéc dans l'opinion des colons, qui formaient par leurs richesses et

leurs lumières un parti puissant dans les villes. On remarquait parmi escort S “ti three de Ta plaine du Cul de-Sac, homme de quelque érudition; les adjudans-cénéraux Hui ‘Hébécour Vollé D idoutecre : Jr js . généraux Huin, d'Hébécourt, et Vollé, teurs habiles; Guibre, secrétaire particulier de Toussaint.

Quant à Hédouville, il ne pouvait sappuyer dans le Nord, que sur les re 10 ë la plupart républicains, et sur quelques officiers noirs et de couleur, tels que Bellegarde, commandant du Môle, Golard, de Jean Rabel ; le général Pierre Michel, commandant du Limbé; et le colonel Barthélemy, commandant du haut du Cap.

Toussaint s'aperçcut qu Hédouville ne se soutenait encore dans le Nord que par: le prestige de sontitre d'agent du Directoire Exécutif; il com-

. ni Lee ” à ; : | £ prit qu'en soulevant les masses contre lai le prestige disparaitrait de-

vant les gros bataillons. Dés lors il commença à répandre sourdement sur les habitations qu'Hédouville voulait rétablir l'esclavage, que c’était la cause de son aversion pour le général en chef toujours prèt à mourir pour la liberté de ses frères. Les cultivateurs naturellement inquiets sur leur avenir, ajoutant foi à ces propos, s'empressaient

d'accourir au-devant'de fui quand il parcourait les campagnes, lui exposaient leurs craintes, et le suppliaient de les délivrer du danger qui

les menaçait. Al calmait leurs alarmes en leur donnant l'assurance que tant qu'il existerait La liberté ne leur serait pas ravie; mais ül les exhortait à se tenir toujours prèts à obéir à sa voix. Jamais aucun chef ne sut mieux s'emparer de la confiance des masses; 1l exerçait sur elles ainsi que sur les soldats la loute puissance ; une discipline qui tenait du prodige régnait déjà dans les rangs de l'armée, et dans les ateliers. Au Port Républicain, à l'Arcahaie, à StMarc, au Môle,

des bandes de noirs la plupart africains ne s'étaient livrées à aucun

excès ; cependant ces guerriers, combattant les Anglais, depuis plusieurs années, avaient vécu dans les plus grandes privations, ne se nourrissant que de racines. Lis tremblaient sous les armes à la voix des officiers qui exerçaient sur eux pour ainsi dire droit de vie et de mort;

ils observaient envers les habitants des villes un respect extraordinaire,

et refusaient mème les libéralités que les bourgeois voulaient leur faire. ll fallait un tel système pour maintenir dans l’ordre des hordes qui,

avant la haute fortune de Toussaint , s'étaient livrées aux plus grandes

horreurs sous les Jean François, les Biassou , les Jeannot, les Candy, guerriers cruels, nés des premiéres fureurs de la révolution. Cette

puissance magique que Toussaint exerçait sur ces hommes grossiers

est un des plus beaux triomphes de son génie.

Quoiqu'il fût instruit des dispositions du Directoire exécutif envers les émigrés et les prêtres, le général en chef leur accordait toutes sortes de faveurs. Les ofliciers royalistes qui avaient- servi dans les troupes anglaises furent la plupart maintenus dans leurs grades ; Tous-

3:6 | HISTOIRE D’HaiTI.—( 1798 } saint les plaçait aussi très avantageusement dans Îles aûministrations ci« viles : c'est qu’il savait qu'ils étaient ennemis de la révolution et disposés à le seconder dans son projet d'indépendance ; pourvu qu'ibfie refleurir leurs habitations. Quant aux officiers européens’, la plupart dévoués à la France, ïil les dégoûtait du service, et les contraignait indirectement à s’éloigaer de l'armée et des fonctions eiviles® Pour ce qui concernait les hommes de couleur, il n’employait: avantageusement que ceux qui lui ayant vendu leurs âmes, étaient disposés & ne reculer devant aucun sacrifice pour lui complaire. | “ Le général Hédouville se plaïgnit en vain de toutes ces mesures pri* ses contrairement aux instructions que le Directoire avait envoyées à Toussaint. Ce fut sans succès qu'il cendamna l'engouement des-colons pour le général en chef: il leur disait que tôt ou tard ils seraient sas crifiés par la politique du chef noir, s'ils continuaieat à trabirla France; qu'ils n'étaient dans ses mains que des instrumens; que ‘du reste la Métropole indignée de leur conduite enverrait dans la colonie une puissante armée qui les anéantirait ainsi que Toussaini lui-même Mais l'intérêt du moment qui les aveuglait les empêchait de’ découvrir les nuages qui portaient la tempête. : | Hédouville envoya en’ Europe le général Watrin qui en arrivanten France exposa au Directoire Pétat de la colonie, le projet d'indépendance de Toussaint Louverture, et les témoignages éclatans de dévouement que le général Rigaud ne cessait au contraire de donner à"la France. Ce ne fut qu'alors que le ministère revint entièrement sur le compte du chef mulätre que Sonthonax avait représenté comme un: euvemi acharné de la Métropole. Bonnet qui était toujours à Paris sé transporta au ministère de la marine; il eut un entretien avec let me nistre qui lui témoigna ses inquiétudes sur une gucrre de castes que cependant le gouvernement français préparait lut même sourdement. Bonnet lui dit que le seul moyen d'empêcher cette catastrophe: d'éclater, serait de l'envoyer sur une frégate à St-Domingue, avec mis sion d'approuver la conduite que Rigaud avaittenue jusqu'alors, etde lui apporter le témoïgnage des sympatbies du gouvernement. Ilajouta que cette seule manifestation officicile ferait entièrement pencher la. balance en faveur de Rigaud et triompher le parti métropolitain. Le ministre accueillit ce plan, et Bonnet reçut l'ordre d'aller s’embarquer à Pouillace sur la frégate la Circé. Mais à peine fut-il arrivé à Bordeaux,! que le Directoire revenant à.la politique qui avait dicté la mission” d'Hédouville , lui fit connaître que l'ordre qu’il avait reçu était évoqué. Bonnet se rendit à St Domingue à bord d’un navire marchand et débarqua à Jacmel. | | és Pour contrebalancer l'influence de Toussaint dont les pas vers l'Indépendance étaient gigantesques, Hédouville conçut l'idée d'armer con tre. lui le général Rigaud, en confiant à celui-ci le commandement en* chef du département du Sud. La guerre devait inévitablement éclater

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entre ces deux chefs, Toussaint ayant déjà le commandement en chef “de toute la coloïie. L'agent du Directoire appela au Cap le général » Rigaud ; et pour ne pas trop exciter la défiance de Toussaint qui se trouvait au Pôrt-Républicain, 1 ly appela anssi. Toussaint se disposa à s'y rendre, quoiqu'il fat instruit de tous les projets d'Hédouville par Pascal secrétaire de la commission civile qu’il avait corrompu, et par de vieux royalistes qui affichaient au Cap le républicanisme le plus pur, et un dévouement sans bornes aux intérêts de la métropole. 1 envoya l'ordre au général Moyse qui était au Fort-Dauphin de se . tenir prêt à combattre Hédouville, et à soulever les masses. ne tarda pas à apprendre que Rigaud était sur le point d'entrer au Port-Républicain pour se rendre au Cap. 11 dit aux officiers noirs qui lui avaient apporté cétte nouvelle et qui l'ergageaient à le faire arrêtér: « Laissez, laissez aller M. Rigaud, prendre les instructions « de l'agent du Directoire. Soyez tranquilles, et relirez-vous. » Un colon blanc qui possédait sa confiance voulut aussi se retirer; il l'arréta et lui dit: « Non restez, vous n'êtes pas de trop avec mol. Je pourrais bien le faire arrêtér. ......; mais Dieu m'en garde..#t j'aibesoin de M. Rigaud... il est violent... il me convient pour faire la guerre... et cetie guerre m est nécessaire... la caste des mulâtres est supérieure à la mienne... .. si je lui enievais M. Rigaud, elle trouverait peat être un chef qui vaudrail mieux que ui... je connais M. Rigaud... il abandonne son cheval quand il galoppe...... mais il montre son bras quand il frappe... moi je galoppe aussi; mais je sais m'arrèler sur plases et quand je frappe, on mé£ senl, mais on ne me voit pas... M. Rigaud ne sait faire des insurrections que par du sang et des massaeres; moi je sais. aussi mettre Le peuple en mouvement... il gémit, M. Rigaud, de voir en fureur le peuple qu'il excite....…. mais je ne souilre pas la fureur... quand je parais il faut que tout se tranquilise, » Pelle était le politique raffinée d'un homme qui avait vécu dans les- clavage jusqu'à cinquante quatre ans. La servitude qui rend l'homme tel que la brute n'avait pu étouffer son génie. Queite étendue naurait pas eu celte puissante intelligence , Si des études l'avaient cultivée. Quand Rigaud arriva au Port-Republican, Toussaint accueillit avec Hos les déhors d’une sincère fraternité ; cependant 1h élait bruit en cette ville que de son arrestation. fi ne sen montra pas inquiet; il invita Toussaint à prendre une place dans sa voiture; le general en chef accepta cette courtoisie, et ils partirent ensemble pour le Gap. Jls traversérent l'Arcahaie, St Mare , les Gonaïves. Quoique Rigaud se montrât peut communicalif ct défiant , Toussaint lui dit de se teuir en garde contre les conseils d'Hédourille, de ne pas oubliér que les hommes de couleur et les noirs d'une commune origine étalent nés pour s'aimer et s'entr'aider, et que ce n'était que parleur unton que aie cien régime ne pourrait renaiire, el que les deux casies devraient

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