D 0 LIVRE DEUXIEME
De 1959 à 1789.
Sommaire. Des Aventuriers Français et réa s'établissent à la Tortue. Flibua tiers.— Leurs Murs. Des Engagés— Des flibnstiers les ss célèbres.— Levasseur et Rausset battent les Espagnols. — Bertrand Dogeron prend le titre de Geuverneur.— Delisie s’empare de St-Yague— Les Flibustiers s'établissent au Cap.— Mort de Dogeron.— De Pouancey.— Révolte d'Esclaves.— De Cussy.— Adminisiration de la Justice à St- Domingue.— Expédition de la Côte-Ferme.— De Cussy prend St Yague— Il est battu à Limonale— Dücasse, Gouverneur.— Expédition de la Jamaïque. Expédition Anglo-Espagnole centre la colonie francaise. — Colons de Ste-Croix transportés à St- Domingue, — Prise de Carthagène.— Révolte d’esclaves.—"Ffraité de Riswick.— Compagnie de Saint Louis— Auger Gouverneur.— Jésuites. — Port de l'Hôpital devenu Port-au-Prince. — Le comte de Cheiseul Beaupré. Mr Gabaret.— Mr. d'Acquin.— Mr. de Blénac— Fin de la Elibusterie. — Mr de Chateau Morand.— Tabac.— {ee marquis de Sorel.— Troubles au sujet de la Compagaie des fndes — Cafier — Origine des préjugés. — Etat de la colonie Espagnole. — Etat de la colonie Française. — Des Esclaves.— Code noir.— Makandal.—Tremblement de terre de 1770— Traité de 1777.— De Belcombe reconnaît l’indépendance de St-Yago dans le Bahoruco — Tyrannie exercée sur les Affranchis— Souf. frances de l'Esclave.— Tableau de la prospérité de la colonie.— Caradeux.—Vau. doux — Nouvelle de la convocation des Etats-Généraux.— Population totale de Pile, -— Denrées exportées de Saint Demingue,
d ; Des Aventuriers Français et Anglais vinrent, en même temps, au commencement du 17° siècle, s'éablir dans l'ile de Saint-Christophe qu'occupaient les Caraïbes. Ils se Ia partagérent, les Français sous les ordres de Niel d Enombuc de Dieppe, et les Auglais sous les ordres de Warner.
Frédéric de Tolède , en 1630, se rendant au Brésil, pour Date les Hollandais, crut avoir éxterminé ces aventuriers qui ne s'étaient que dispersés. Ils se réunirent de nouveau, et vinrent, en 1640, s'établir dans l'île de la Tortue. La grande terre de St -Domingue était remplie de taureaux sauvages et de cochons marrons; les añglais et les franais y pénétrérent, s'y livrèrent à la chasse, et vendirent les peaux de
ces animaux aux Hollandais. Ceux-ci qui avaient de nombreux comp-
toirs sur les côtes occidentales de l'ile, surtout dans le quartier de
prenne , leur donnaient en échange des armes et des munitions.
. da Rs" de ces Lranqus aventuriers élaient normans. Ca les noté .
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mait Boucaniers parce qu'ils faisaient sécher à Ja fumée la viande des bœufs qu'ils avaient tués (4). Hs prirent plus tard le nom de Fhbustiers qui signifie foiban , lorsqu'ils se livrèérent à la piraterie. HA Ils menaient une existence nomade, chassant sans cesse, et n inquié+ tant nullement les Espagnols. Mais ceux-ci qui prétendaient être les. seuls maîtres du Nouveau-Monde, vinrent les surprendre à la"Hortue; et les dispersérent de nouveau. Après la retraite des Castilians , ils se rallièrent, et jurèrent de leur faire une guerre &'extermination: lis mirent à leur tête un Anglais nommé Willis. Leurs barquesragir les, montées de trente ou quarante bomwes, prenaient à l'abordage des vaisseaux Espagnols de 50 canons. Jamais de plus terribles marimsn'as vaient dompté les flots. DA lis vivaient en communauté ; une camisole de toile teinte de sang était leur unique vêtement. N'ayant pas de femmes, ils n étatentmullement assuiélis à une existence régulière. Quant à leurs difiérends üs les vidaient ordinairement par le duc! à la carabine. | > Jls n'avaient pas beaucoup d'esclaves Africains ; ils se faisaient servir par des blancs, la plupart de Dieppe, qui, sous le nom d'engagés , ven= daient leur -travail pour trois ans, dans le Nouveau Monde” Ils "se recrutaient de ces engagés qui devenaient à leur tour de terribles #Hibustiers. sn Ÿ ; Quelques écrivains de nos jours ont prétendu que lengagéétait um véritable esclave, ét que le noir nest pas à plaindre d avoir été dans Ja servitude, puisque le blanc avait eu lé même sort à Saint-Domimn gue.— L Africain arraché de son pays, par ruse ou par violence; était soumis à une éternelle servitude lui et sa postériié; 1} élait condaniné à un travail tellement au-dessus de ses forces, qu'il succombait en peu d'annéés sous le poids de ses fatigues. La reproduction naturelle de
son espèce ne pouvait remplir le vide immense que produisait dans les.
ateliers une mortalité extraordinaire. Deià le besoin incessant des tranñsplantations de ces infortunés dans es colonies. |
Quant à lengagé européen, ïl aliénait volontairement sa liberté pour trente-six mois seulement. A° l'expiration de son contrat, il devenait l'égal de son ancien patron, flibustier comme lui, grandsergreur, et alteignait souvent au premier raug de la société coloniale. IL ne consentait le plus souvent à quitter son lieu natal, pour traverser. l'Atlantique que parcèque qu'on lui donnait la certitude quil deviendrait un jour riche, heureux, et quil serait comblé d honneurs. . La cupidité porta l’européen à déroger à tous les principes qu'il pra- Wquait déjà au 46° siècle. Sa religion condamuait ia servitude; il se disait religieux, etilavait des esclaves en Amérique. Ce fut alors que
les lumières se développaient, que lon comprenait combien il est af-.
(1) Boucan gril ds bois dontse servaient les Caraïbes pour sécher et fumer |
leurs viandes, | » ? à uw Li
HISTOIRE B'HAAITS. | LS us 17
freux d'aliénor la liberté de son semblable, qu'on vit des esprits éclairés qui travaillaient en Europe à l'amélioration du sort des peuples, déclarer, mus par la eupidité, que le Noirétait inférieur aux autres hommes et digne par conséquent de la servitude. Lorsqu en Europe tout tendait à faire disparaitre les vestiges du système féodal , on ressus- “(itait lé monde ancien, dans les contrées du nouveau monde. |
A celte époque la France envoya avec une petite expédition, uR gouverneur à Saint Vincent, une des îles du vent, Les flibustiers de Saint-Domingue, sentirent la nécessité d'être sous la protection d'une grande puissance; comme ils étaient presque tous Français, ils s'adressérent au gouverneur des îilgssdu vent, qui leur envoya Levasseur en 1640. De nombreux Français partis de Saint-Vincent vinrent à la Tortue, et renforcérent les flibustiers de leur nation. Alors ils signifiérent aux Anglais qui étaient avec eux de se retirer dans le plus bref délai, sous peine d'extermination, Les Anglais se retirérent à la Jamaïque où ils s établirent; et les Français demeurèrent seuls maîtres de la Tortue. REA
Déjà les flibustiers de Saint-Domingue avaient acquis une grande célébrité. ls épouvantaient le nouveau monde par leurs exploits. Pierre le grand , natif de Dieppe , avec une barge armée de quaire canons, el montée de vingt-huit hommes, prit à l'abordage le vaisseau d'un viceamiral Espagnol; Michel le Basque euleva un navire de guerre, chars gé d'un-mitlion de piastres. On distinguail encore Parmi les flhibustiers Français, Nau 1 Olonais, et Monbars le languedocien , surnommé l'ex terminateur. Parmi les flibustiers Anglais établis à la Jamaïque se faisait remarquer Morgan le gallois. |
Les nouveaux habitans de la Tortue formaient quatre classes: les Boucaniers ou chasseurs, les flibustiers ou corsaires, les habitans ou cultivateurs et les Engages. | En 1648, les Espagnols dirigérent une expédition contre la Tortue; mais ils furent complètement battus par Levasseur. Ils revinrent à la charge, et parvinrent à s'emparer de la petite île. Mais. en 1660, de Rausset la leur enleva à tout jamais. En 1656, il avait été nommé par le roi commandant de la Toriue. En récompense de sa conquête, cette île lui fut accordée en toute propriété. |
Louis XIV, apprenant les succès de ses sujets en Amérique, se déiernina à les soutenir sérieusement. En 1664, il établit la compagnie des Indes Occidentales pour faire le commerce dans les îles et terre forme de l'Amérique; et la même année, de Rausset céda pour 44000 livres, à la mème compagnie, tous ses droits sur ile de la Tortue. En Octobre 1664, d'Ogeron fut nommé gouverneur de l'île de Ja Tor: tue par les directeurs généraux de la compagnie des Indes Occidentales. D'Ogeron était un gentilhomme angevin que de malheureuses spécu- Jations avaient contraint de viyre parmi les flibustiers. Pour commander aux flibustiers, U fallait ètre fibustier,
- 18 HISTOIRE D'HATTÉ
La population de la Tortue ne s'élevait qu'à 400 aventuriers. Cette poignée d’hommes d'une prodigieuse intrépidité, répandait la terreur, non seulement sur les côtes de Saint Dommgue , INalS CNCOre SUF (OUtes les mers de l'Amérique. Six mille corsaires de leur trempe eussent exterminé les populations espagnoles, énervées par le luxe et l'oisiveté, tant des îles que du Mexique et de la Côte-Ferme. RH
D'Ogeron établit quelque discipline parmi les flibustiers, et affaibhit chez eux cet esprit de brigandage qui les guidait dans. Moutes leurs entreprises. Il adoucit leur humeur féroce , en leur vendant aux enchères des femmes blanches qu il'avait fait venir d Europe , Par cargaisons. Il encouragea l’agriculture , et portæ beaucoup de corsaires à entrer dans la classe des habitans ou cultivateurs. En 1666 , 1 planta ; dans le quartier du Port-de Paix, des cacaoyers qui ne réussirent pas conve> nablement. Le cacao indigène de l'Amérique avait été trouvé par Colomb dans une petite île de ia baie d'Honduras. nr
Sans cesse inquiété par les Espagnols , 1l dirigea contre Saint Yague, dans la partie orientale de Saint-Domingue, une expédition comman:dée par le fhibustier Délile. Les Français prirent. cette viile; Ja pit. lèrent et en enlevérent 25,000 piasires. |
Ce fut sous d'Ogeron en 4670, que les boucaniers commencèrent à s'établir au Cap-Français, Pour augmenter le nombre des cultivateurs, on favorisa, la traite; et il fut décidé, par un arrêt du conseil d'Etat, que les habitans des îles françaises seraient déchargés dudroit de cinq pour cent qu'ils payalent pour les nègres de Guinée amenés en Amérique. D'Ogeron se rendit en France en 4675, pour proposer à la cour de Versailles d'entreprentire la conquête de toute File de "sSt- Domingue. Mais 1l mourut à Paris dans ia pauvreté en 1676:
Il eut pour successeur Mr de Pouancey. Ce gouverneur fortifia le” Cap qu'il mit en état de résister aux altaques des Espagnols: "Gefut sous lui qu'une révolte d'esclaves africains , sous les ordres d'un nommé Padrejean, noir espagnol, faillit bouleverser le quartier du ‘Bortde-Paix, Les révollés se retranchèrent dans les montagnes. Pouancey étouffa l'insurrection , par le secours de vingt flibusticrs qui , cherchant aventure, étaient arrivés par hesard au Port-de:Paix. Ainsi fut éteinte cetie première révolie importante de Noirs chez lesquels naïssaitle sentiment de la liberté. | ad
À l'exemple des Espagnols, les Français se livrèrent avec ardeur à Ja traite des Nègres. Des flottes chargées d'esclaves, venant des rives africaines , transportèrent à Saint Domingue des milliers de cultivateurs. Déjà la colonie française entrait dans une grande voie de prospérite. ; |
Pe Pouancey mourut à la fin de 14681. Il fut provisoirement remplacé par Mr. Franquesnay lieutenant du roi. De grands désordres qui écla-
tèrent dans la colonie, continutrent jusqu'à la nomination de Mr. de. Gussy en 1683. Hate | |
La cour de Versailles songea sérieusement à pourvoir à l’adminis.
tration de la Justice à Saint-Domingue. Elle y envoya en conséquence
messieurs de St. Laurent et Bégon ! fqui établirent un conseil supérieur
au Petit-Goâve, jugeant cn dernier ressort, et des sièges particuliers
à Léogane, au Port.de. Paix, et au Cap Français. Le conseil supé-
rieur ne tarda pas à être transféré à Léogane.
Ba juridiction du Petit: Goâve comprenait Îles quartiers de Nippes, du Rochelois, de la Grand'Anse, et F'Ile-à-Vaches ; celle de Léogane, le quartier de l'Arcahaïe; ceile du Port-de- PaTX , les quartiers du Môle, du Port Français, et l'Hle de la. Tortue; et alt du Cap Français ! le reste de la côte septentrionale:
De Cus:y ayant fait d’inutiles eforts pour retenir les Français à la
“Tortue, abandonna cette Ile, et donna tous ses soins aux établisses
ments de la grande terre, surtomt à ccux du Port-de-Paix. Ne pouvant réussir à soumettre les flibusticrs à la discipline ordinaire, il leur fit entreprendre une expédition contre la Côte Ferme, à la fin de 1684, dans l'espoir. de s’en débarrasser. Ces aventuriers enlevèrent aux Espagnols d'immenses richesses, et revinrent-à S'-Domingue beaucoup plus intraitables.
L'année suivante, 1685, parut Ia fameuse ordonnance de Louis XIV, connue sous le nom de Code Noir où recueil de réglemens concernant.les esclaves. Nous ne tarderons pas à en citer les principales dispositions. R
Mr de Cussy, tant pour uliliser les fübustiers que pour agrandir les possessions françaises, résolut de s'emparer de S'-Yague. En Juin 4689, il se mit en marche avec 400 cavaliers, 450 fantassins et 150 esclaves conduisant les bagages et Îles chevaux ne main. Arrivé à Une demilieue de S'-Yague, il baitit complètement les Espagnols, prit
“eur ville, la fivra au pillage | à l'incendie, et se retira.
Mais en 1690, les Cestillans Grèrent une éclatante ve ngeance de cette expédition. Ils marchérent au nombre de trois mille hommes sur le Cap, et rencontrérent dans la plaine de Limonade un millier de Fran- Cais qu'uis taillèrent en pièces. De Gussy et Franquesnay périrent dans cette action, en faisant des prodiges de valèur. ‘Les Espagnols ne se
retirèrent qu'après avoir ravagé toute là province du Nord.
Monsieur Dumas, commandant du quartier du Cul-deSac , dans l'Ouest de lie, ayant appris les malheurs ‘de la ville du Cap, y vint aussitôt, et y rétablit un peu d'ordre, sécondé par le sicur Leclere de ja Boulay , - commandant du Port-de-Paix. |
La cour de France remplaça M." de Cussy, par M° Ducasse qui avat êté employé au Sénégal. Ducasse vint à St-Domingue (octobre 4691) qu'il trouva dépeuplé, dans un état déplorable. La race des Flibustiers J était presque éteinte. Cependant il répara en partie ces malheurs
ar une administration habile, et en favorisant la culture de l'indigo. . En 4694, ii fit une descente à la Jamaïque , enleva aux Anglais