‹ Histoire d'Haiti (volume 3)Chapitre 8 sur 57 · partie espagnole un vaste territoire, dansies montagnes du Bahoruco · texte numérisé non relu

partie espagnole un vaste territoire, dansies montagnes du Bahoruco

Le geuverneur de Sto-Domingo don Isidor reconaut aussi l'indépendance de ces hommes qui avaient eu ia volonté et le courage detrésister à la tyrannie. EN Re Cette tendance générale vers la régénération de l'espèce humaine, qui se manifestait partout, loin de calmer l'imagination cruelle des colons, enfanta la haine, la vengeance et de nouveaux supplices. Les planteurs trouvaient le Code ‘Noir trop doux pour qu'il fütexéeuté. Cependant l'esclave fugitif pendant un mois avait les oreilles coupées et était mar-

qué d'un fer chaud sur l'épaule ; il avait la seconde fois, outre le fr.

chaud sur l'épaule, le jarret coupé; la troisième fois il était puni de mort.

Les Affranchis ne pouvaient occuper aucune de ces fonctions quientourent l'homme d'éclat et de considération. Une lettre du ministre de la marine, du 7 Janvier 1767, légalise l'interdicuüon des fonctions

PS Ps

publiques, pour les descendans de la race Nègre. Mais l'Indien oule Métis pouvait devenir .noble et jouir des mêmes privilèges que le Blanc,

*attendu qu’il n'appartenait pas à unc race réputéc dégradée par la servitude.

Le travail forcé auquel étaient condamnés les esclaves, avait produit à St.-Domingue ‘une prospérité extraordinaire, Les campagnes étaient. ddmirables par leur culture; les plaines et les mornes étalent couverts | de riches habitations, d’une population blanche nombreuse et joyeuse. La plaine du Nord et celle du Cul-de-Sac, étaient croisées de routes spacieuses dans toutes les directions, florissantes par de riches raffineries, par l'élégance et la distribution des jardins de cannes, dont les liaies vives taiilées avec uniformité, permeitaient ‘de promener la vue

“aussi loin qu'elle pouvait s'étendre, sur une campagne abondante en

produits divers, et sur des maisons de plaisance environnées de ler-

rassés ornces des fleurs de toutes les contrées méridionales.

Le sommet des pius hautes montagnes était occupé par des familles blanches entourées de miiliers d'esclaves que le régime le plus dur maintenait dans l'ordre. Un seul commandeur blanc, armé de son fouet, faisait agir des centaines de ces infortunés que léducation coloniale avait ébratis : aux yeux de l'esclave, le Blanc était un êlre privilégié que Dicu avait créé pour le dominer. Les planteurs réunissaient aliernativement leurs voisins sur leurs propriétés, et donnaient des fêtes splendides. L'on trouvait sur les habitations des plaines et des mornes tout le luxe et les plaisirs de l Europe : musiciens, chanteurs, danseurs, acteurs, ballets, comédies, tragédies. Les jeunes gens des deux sexes y avaient des instituteurs que le colon faisait venir de France et qu'il éutretenait à grands frais. On y voyait des dames qui par leur grâce et jeur éducation eussent fait le charme des soirées du faubourg St.- Germain. =. | ; |

Les villes, par l'étendue de leur commerce, renfermaient les produits de loutes les contrées de l'Europe. Pendant l'année entière, dès la pointe du jour, des masses de café, de coton, de bois de teinture se dressaient sur les marchés, sur les warfs. Le cultivateur se ployant sous le fouet faisait seul prospérer la colonie, et ses gémissemens n'inters rompuient pas les festins brillants du pianteur.

Les colons en genéral achetaient des titres de noblesse. Ils étaient si riches qu'ils entreprenaient pour France de fréquens voyages, étalaient dans Paris le faste et la magnificence, s’alliaient à des families 'aristocratiques pauvres mais anciennes, él pénétraient même dans Îes saions de Versailles. Ils passaient ordinairement six mois en Europe et le reste de l'année dans la colonie. Aussi disat-on en France, pour désigner un homme puissammeut riche: c’est un créole.

Caradeux le blanc pefit-être le plus cruel qui ait existé à St-:Domingue, avait une habitation à peu de distance du Portau-Prince. Il était sur ses terres un petit potentat ayant droit de vie et de mort sur ses Sujets. Lorsqu'il donnait des festins, il réunissait les familles blanches

es ‘ : HISTOIRE D'HAITI.

les plus distinguées, et faisait en leur présence danser ses esclaves, sur. les terrasses de sa brillante demeure. Dans Faprès-midi les convives

donnaient aux dames le spectacle de leur adresse: un ‘esclave se plaçait

à trente pas devant eux avec une orange sur a tête : celui auquel les” dames adjugenient la couronne avait abattu la pomme d'or à une balle

de pistolet. Heureux l'esclave quand il n'avait pas été tué, Ou qua sortait de ces jeux sans avoir un membre fracassé. + 200

D'autres jeux succédaient à ces premiers: Caradeux faisait her aide longucs planches des jeunes gens ou des viciliards nus, et leur administrait du fouet jusqu'à ce quils fussent couverts de sang. La joie des spectateurs était bruyante, et les tortures de ces infortunés n'excitsient aucun sentiment de compassion. Quelquefois les bourreaux n'étaient pas présens; alors les convives en remplissaient l'office. Le supplice auquel Caradeux condamnait ordinairement ses esclaxes , étaitée les cnterrerjusqu'à la ceinture, et de les laisser ainsi mourir exposés aux rayons du soleil la iête couverte de mélasse. Ce qui se pratiquaitsur l'habitation Caracdeux se. passait aussi sur beaucoup d'autres propriétés, : dans l'Ouest, dans le Nord et dans le Sud.

Cependant quelques Blancs européens, touchés de compassion,, de: mandérent -des améliorations au sort des esclaves; et une ordonnance du gouvernement métropolitain du 8 décembre 1784, borna le nombre des coups de fouels à cinquante pour chaque punition. Là MG

Cette ordonnance ne fut pas exécutée; et l'on continua à assommer, brûler vifs impunément les esclaves. ù

Ces malheureux ne jouissaient de quelque liberté que dans leurs réunions secrètes formées de nuit, pendant le sommeil de l'impitoyable commandeur. Initiés la plupart dans les mystères du Vaudoux, s0ciété africaine dont les.membres se reconnaissaient à certains signes, ils se rappelalent alors les rives nigritiennes, patrie à jamais perdue, pratiquant les cérémonies de leur cuite et se livrant à l'espoir que leur donnaient leurs prêtres ou papas de revivre après leur mort au-delà de l'Atlantique. Souvent dans ces réunions, l’esclave conspirait contre son maître, et s'engagcait, par d'horribles sermens, à le détruire par. le poison, l'assassinat, par n'importe quel moyen.

Il était permis aux Blancs même domestiques de maliraiter les Noirs et les Mulâtres fibres. Les Affranchis qui se distinguaiens par leurs richesses et par une éducation libérale étaient également exposés à toutes sortes de vexations. Peut-on s'étonner des vengeances exercées par la Réxyolution! Dans la colonie espagnole l'esclavage était doux, et le Noir yétait un serviteur faisant partie de la familie.

L'administration de St-Domingue était alors sur un pied admirable, par les soins et les talens de Mr Barbé Marbois, lintendant le plus intègre et le plus eapable qu'ait eu la colonie. Il avait été nommé Intendant le 5 juin 4785; le 7 novembre de la même année, il avaïtéfé reçu au conseil du Port-au-Prince, C'est lui qui fit construire am

HISTOIRE D'HAITI. 29 ; À | ; Port-au-Prince, le bassin du réservoir, les deux terrasses de Finfendance, les Fontaines, et établit les canaux qui conduisent l’éau à la viile.. Si la révolution française n'avait: pas interrompu ses travaux il eut transformé le Port-au-Prince en une beile cité européenne.

Pel était l'état dé la colonie quand la nouvelle de la convocation des Etats généraux y pa vint. Mr. Duchilleau en était le gouverneur. Elle était dans un état de brillante prospé érité sous le point de vue des intcrèts coloniaux ; car les richesses étaient concentrées entre les mains des grands planteurs ; et la masse de la population, composée d'esclaves, sans avoir, sans famille, assimilée au bétail, ne recevait que la nourriture et les soins qu on donne aux animaux.

D'après lès états dressés à cette époque, le nombre des esclaves de ka partie française montait à Lo 642. Mais ie Colon pour ne ie payer, la capiiation de 40 sois ct de 3 livres ne déclarait pas les enfans ni les hommes de plus de quarante cm ans. Desorte que l'on ne e portait sur les états officiels que les deux tiers environ des eSclavés ; le tiers. qui restait montait à peu prés à 200,000 äfnes.. Ainsi la population esclav® était réellement de 709,642 ämes. Dans ce nombre on comptait 45,000 gens de Couleur des deux sexes.

Le nombre des Affranchis Noirs et Jaunes connus sous le nom générique: de Gens de Couleur s'élevait à 56,666 âmes ; celui des Blancs à 46,009; ce qui portait la‘population de la RENE française à 812,308 âmes. : Celle de la parne espagnole était de 425,000 âmes. La Lotalé de la population de l'île de St.- -Domingue montait à 937 ,308 âmes. Depuis celte époque jusqu aujourd’ iui elle n'a nsaugmenté ni diminué,

Il était transporté chaque année à SL. DOPIEUS 38 ou 30,090 Noirs ; vingt-mille hommes, le reste femmes et enfans.

és Gens de Couleur formaient un douzième environ de la populations tandis que dans lx partie espagnole, les Jafnes. soit Métis soit Mulätres formaient les onze douzièmes de la popui lation.

Là eclonie frangaise possédait à cette époque, 192 sucreries, 3099 indigoleries, 2810 eafcyeres , 705 LORGar Ie, 69. cacaotières , 473 guiidives, 3 tanneries, 313 fours-à-chaux, 28 parer ies, 33 briquetcrics.

On y comptait 95,958 chevaux où mulets : 77,904 bêtes à COPNCS ; 7,756,225 bananiers; 1,978,229 fosses de ManiOC : 42,134 carreaux de maïs ; 18,138 de patates; 11,825 d'ignames , et 7,046 de petit-mil.

L'exportation générale des denrées de St.-Domingue, cn 4789, s’éleva d'après plusieurs écrivains français à 300,000,009 de livres tournois, la livre tournois étant comptée dans la colonie pour trente sous (33 13 pour cent) ou à 66,666,666 253 gourdes fortes. Ces denrées consistaient en sucre bianc, sucre brut, café, coton, indigo, sirop, tafia, cuirs, canelice (casse) , lOCOU, carret , cacao , bois d'acajou : de gayac, huile de palma-christr. |

* Récapitulation et évaluation des denrées exportées de la colonie de $St.-Demingue en 1789, d' 1 Wante.-

- Francs. Francs.

Sucre blanc 54,644,010 à 715 pour cent. 40,983,007 Sucre brut 407,609,298 à 40 id 43,043,719 Café 88,860,502 à 55 id 18,598.976 Coton ."8,405,198 à * 250 id 21,042.820 Indigo 904,958 à À id | 3,607,832 Sirop. 25,149 à 60 le boucauf. 4,544,940 Tafa 598 à 175 la barrique. 404,650:

Cuirs : \ 99,606 à, 27 A Cote 710,544 Canefice 80,009 à 26,000 hRocou : 0,009 à 30,009 Carret e 5.000 62,060 Cacao 600,000 450,000 Béisd'aca.etboisde gayac 9,600,009 4,200,000 Huile deepaima-christi mémoire.

PA: à | |

k Total... Francs 164,372,788

.. « Toutes les ê aiuations sont ici portées argent @e FTAUES , et aux «prix Îles plus bas qu'on ait jamais vendu les produits coloniaux, afin « d'éviter Îles exagératiôns.

ï Les produi ts ci-dessus forment de pesanteur spécifique la charge « de 609 bâtimens de 300 tonneaux chacun ; et comme les objets d'im- « rat du ‘commerce français HE d'un encombrement bien plus « considérable que ceux d'exportation, il a été constaté que le"com- « merce natioi al a employé en 1789 plus de 600 bâtimens et plus de « 7,000 matelois; que le commerce étranger a employé plus de 700 « bâtimens, mais d'un te beaucoup moindre ; qu enfin ces étran- « gers ont fait dans la colonie un commerce d importation ct d expor- « tation de plus de 45,000,009, » +

Pendant la plus grande partie du 18° siècle, Île gouvernement colonial n'avait établi presque aucune imposition haie Chaque paroisse subvenait à ses dépenses par des impositions particulières. Ce ne fut que le 18 Juillet 1698 qu'on perçut des droits sur lindigo. En 4713 des . octrois farent établis ; et en 1763 les retenus du gouvernement colonial s'élevaient à quatre millions de livres tournois. On versait en oùtre dans les caisses de l'Etatles produits de la poste aux lettres, des amendes, des deux pour eent des adjudications judiciaires, des droite d'entrepôs , où d'un pour cent, et le montant des droits exigés pour l'affranchissement des csclaxes,

YYSTOIRE D'HAITÉ. 31

Denrées exportés d'Haïts en 1842 et en 1845.

1842.—HLivres pesant.

Cafè + 40,759,061:.

Coton 880,517 Bois de teinture 19,563,147

Acajou , (pieds réduits) 4,096,746

Cafe 41,099,574 .

Coton 557,480 Bois de teinture 68,181,588

Acajou , (pieds réduits) 1,904,985

Carret 4,382 | Carret RL 2,212 Cornes de bœufs 14,026 | Cornes de bœuf 7,097 Tabac en feuilles 2,518,612 || Tabac en feuilles 5,609 : Cigares 760,000 || Cigares 00 Casse 6,604 || Casse 3.441 Gingenibre 3,969 | Gingembre 23,838 Nattes de jone 335 2712 | Nattes de Joncs . 669 Chiffons 88,949 | Chiffons 49,047 Cire jaune 39.620 | | Cire jaune 19,468 Cuirs de bœuf 14,987 | Cuirs de bœuf ; 9,145

On consomme annuellement en Haïti cinq millions de café environ; et

il en sort par la contrébande vingt millions environ.

Haïti produit chaque

année à peu prés 65 millions de café. La Canne qu'on cultive dans nos plai-

nes fou: nit assez de Par Flordonnance du

commandant en second, certain nombre de troupes, détachement de deux cents “quaire ingénieurs ordinaire maréchaussée.

Le gouvernement civil était composé d'un d'un commissaire ordonnateur,

délégué-général, res ordinaires dés guerres, ne, dun contrôleur,

d'un aide-major général d'infanterie ,

Sirop et de Tafa pour la consommation générale. 24 Mars 1763, Si-Domingue était composé du gouverneur-générai,

le gouvernement militaire de de deux officiers d'un

d'un oflicier principal d'artillerie, avec un

canonniers,

s, d'un officier de port el d une COMpPAg nie dc y Race

d'un ingénicur en chef, -de

intendant, d'un subde deux COMMISSAI-

d'un commissaire dannateis de la mart :

d'un trésorier. |

La justice était rendue en premiére instance par les juges ordinaires

des lieux, supérieurs en dernier ressort ; deux degrés de juridiction.

chacun dans son territoire, en sorte qu il y avait

et en appel Les les conseils dans la colonie

. Les deux conseils supérieurs résidaient au Cap et au Port-au Prince.

Il y avait huit sièges particuliers de l'Amirauté, au Port-de-Paix, à St-Marc, ce, au Petit-Goâve, à St-Louis du Sud et à Jacmel,

plun , au Cap Françak,

établis au Fort-Dauau Port-au-Prin-

Sémaaire. Etat de la Ffance.— Société des Amis des Noirs. — Nouvelle de facon: vocation des ‘ Etnts-Généraux.— Effet qu’elle produit, — Pétition des grands plauteurs à Louis XVI — Demande rejetée. — Projet d'indépendance des planteurs. —bes petits Blancs embrassent la cause de la Révolution Française — Agitation, parmi les Gens de Couleur. — Du Club Massiac. = Députés des planteurs. — Députés dés Grens de Couleur. —"Duchilleau part pour France. — De Peiuier lui succède — Trois partis parmi les Blancs. — Chesnau. — Cambéfort. — Barbé Marbois part fur France — Peinier organise les Pompons Blancs. — Ferrand de Baudières== Labadie.— Assemblée provinciale du Nord. — Assemblées provinciales de POuestet du Sud.—Assemblée colontale —Fête de Pabolition de la féodalité — Mesures à lesard des Gens de Couleur. — Révolte des Verrettes. — Du parti colonial à Paris. — Affire de Plassac. — Décret du 8 Mars. — Les Députés de l’Assemblée colomiale"sont chassés’ du Nord. — Le régiment du Port-au-Prince se soulève. — L'Assemblée

. coloniale prend le titre d'Asssmblée Générale de [a partie française de Saint-Domingue — Maudait. — Son portrait— Il se met à la tête des Poïnpons Blanes =" Faiblesse de l'Assemblée colontrale. — Elle ordonne en vain à Peïniér de setrans« porter à Saint-Murc.— Elle a recours aux armes. — Combat au Portau-Prince“en tre les Pompons Blancs et les Pompons Rouges. — Les Aflranchis embrassentMles parti des Pompons Blancs à

Commencement des proscriptions. — ‘f'rormphe du par. ti royaliste. — Du marquis de la Grallisonnière — Révolte du vaisseautle Péopard — Pejinier fait un oppel contre les citoyens de Saint-Marc.— La Municipalité" du Cap est dissoute. — Expédition de Vincent contre Saint-Marc. — Les Cayes etle Petit-Goûve prennent les armes en faveur de l’Assemblée coloniale. — Mauduit tient. en échec l’armée du Sud. f[/Assemblée coloniale part pour France. — Mauduit humilie les hommes de Couieur — Traité de Léogaué. — La Constituante approuve la conduite de Peinier. — Triomphe des Pompons Blancs. — La Buissonnière— Milscent, — Massacre des Mulâtres au Cap. — Ouvrage ds Bauvois.

NE

__ Nous avons vu les Espagnols céder aux armes françaises, aprésune guerre dextermination, la partie Occidentale de S1.-Domingue; "a co" Jonie française s'établir et prospérer avec une rapidité prodigicuse, pat le travail forcé auquel les esclaves Africains et Gréoles étaient con" damnés, et devenir le principal établissement européen en Amérique; " les souffrances de l'esclave atteindre à ce degré où elles font naître. ces terribles catastrophes dans lesquelles s’engloutissent soit le maître, « soit l'epprimé, quelquefois l'un et l'autre. Tout présageait une-violen-… {te agitation, | A |

MISTOIRE B'HAITE —(. 1789 ) | re s8

Mais bientôt les feux de la Révolution française, sillonnant l'espace qui nous sépare de l'ancien continent, allumeront à St.-Domingue un émbrasement qui ne s'éteindra qu’au milieu des flots de sang par la

“destruction entière de la race blanche autrefois la classe aristocratique de l'ile. : | À cette époque toutes sortes &'idées nouvelles et généreuses agitaient la France. L'antique système féodal était tombé sous les coups de la Phiosophie. Toutes les ciasses de là société nourries pendant un sië« cle de théories fibéralés, demandaient à grands cris une régénération politique. Ke É

Les Français revenus du nouveau monde, aprés avoir assuré l'Indé. pendance américaine, Lafayette à leur tête, donnaient une forte impulsion à ce mouvement d enthousiasme. Les Philosophes, les Littéra-. teurs, les Savans , les Artistes, la Noblesse elle-même, applaudissaient au prochain triomphe des droïts de l'homme.

Au milieu d'une telle Révolution dans les idées de la société française, le système colonial avec son fouet, ses chaînes et ses tortures, ne pou- “ait quinspirer une profonde horreur. Les plus grandes illustrations “de l'époque furent émues des douleurs de lesclave , et élevèrent en sa “laveur une voix éloquente et énergique. Alors fut fondée par Brissot “de Warville, en 1787, la Société des Amis des Noirs, sous le pamironage des Mirabeau, des Condorcet, des Pétion, des Clavières, des Mergniaud, des Grégoire, En même temps William Wilberforce fai. “sait au Parlement Anglais sa première motion en faveur de l'abolition de la traite. | Lo couronne de France ne pouvant résister à l'entraînement général, “convoqua les Etais-Généraux par lédit qu'enrégistra le Parlement le 27 Septembre 1788. GE Mu Les Etats Généraux s'ouvrirent à Versailles le 5 Mai 14789 , et com- “mencerent contre l'aristoeratie ces luttes gigantesques qui régénérèrent | Phumanité. j “La nouvelle de la convocation des Etats-Généraux parvint à St.-Domingue dans les derniers jours de 1788. Tous les esprits clatrvoyants de la Colenie en furent profondément émus. Cependant la plupart “des Blanes laissèrent éclater un enthousiasme difficile à décrire: les ‘grands Pianteurs avaient l'espoir d'occuper fes hautes charges qui jus- Mqu'alors n appartenaient qu'anx européens; et les Petits-Blancs de se rendre maîtres des richesses des Planteurs qu'ils ne traitaient que Md'aristocrates. Mais ni les uns ni és autres ne spngeaient à l'affran- | Chives à lesclave qui excités par les mots de liberté retentissant au- WHour eux, dans la bouche de leurs maîtres, prendront les armes ét écraserônt successivement leurs anciens dominateurs. Les Planteurs ebwles Petits Blancs ne prévoyaient pas, aveuglés par les préjugés de couleur, que le Mulâtre et le Nègre pussent devenir comme eux citoyens Lacufss, La suile de cette histoire nous prouvera qu'il n'existait dans

84 "A | mistotrm »’aar7i—( 1759 )

le cœur des créoles blancs, rien de noble, de généreux, qu'ils ne

eonsentaient même à demeurer Français qu'autant que leurs intérêts …

matériels ne fussent pas lésés.

Quant au gouverneur et aux autres agens de la métropole, nobles la”

plupart, ils combatiront soit secrètement soit ouvertement toutes les tendances révolutionnaires et feront à St.-Domingue ce que faisaient

en France les royalistes. Nous ne tarderons pas à voir se dessiner.

trois partis parmi les blancs. Dans toutes les villes de la colonie les Planteurs se réunirenten petits comités qui correspondalent entre eux. Ils envoyèrent au ministre de la marine Laluzerne, des adresses”par lesquelles ils demandèrent que Si. Domingue comme faisant partie du royaume de France eût aussi ses Représentans à | Assemblée Nativnale. Ces pétitions présentées à Louis XVI ne furent pas agrées, et le gouverneur Duchilleau reçut même uneordonnance qu'il fit publier , portant que la colonie ne serait pas représentée à | Assembée Nationale, Cette publication agita toutes les passions dans la classe des planteurs. Il fut ouvertement question parmi eux de proclamer PIndépen: dance de St..Domingue, sous prétexte que la colonie ne pouvaits administrer comme la France, vu que tout y était dificrent, climat, . localités et mœurs.

Les petits-blanes envieux des richesses des grands planteurs et de la considération dont ils jouissaient, furent satisfaits de l'échec qu'ils venaient déprouver, et entourèrent de leurs forces les autorités de fa métropole. qui entendaient avec effroi parier d'indépendance.

De son côté, la population de couleur aceueillait avec ardeur les prin= cipes révolutionnaires. Elle se réunissait secrètement, et se disposait 24 jouir aussi de cette régénération politique. Les mulâtres établis à Pas entretenaient une correspondance active avec leurs frères de St-Domm=

gue, et leur faisaient entrevoir une prochaine amélioration dans leur

posilion. Parmi eux se faisait remarquer Julien Raymond natif d'A

quin, dans la province du Sud, où les affranchis étaient aussirichesk et aussi nombreux que les blancs. Jnstruit et d'une parfaite éducation, Raymond jouissait d'une haute considération dans tous les cercles paw

trioques de Paris. Dès 1784, il était parti de St-Domingue, él était

allé solliciter en France des améliorations au sort de ses frères. Alleurw recommandait, dans sa correspondance pleine de sagesse et de modéra-# tion, d'être attachés à la France et à la révolution, de ne jamais se” ranger sous les bannières des planteurs contre la métropole, de toujourss | suivre la marche des événemens , de revendiquer les droits de l'homme”

à chaque occasion favorable; et d'attendre avec une héroïque patience”

le temps de la délivrance.

Le développement que prenait la Société des Amis des Noirs inspiraë de sérieuses craintes aux planteurs établis à Paris. Pour en combattre” l'influence, pour contrarier les projets en faveur des afifranchis 4 pour entraver à St.-Domingue la marche de la révolution, ils forss

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BigToimR D'HAITI.—( 1759 ) : 85

mérent le Club Massiac du nom de l'hôtel où ils se réunissaient, A la lète de cette société anti- DÉRAbaAUe étaient les Malouët , les

» Laroche Jaquelain. Elle avait pour objet d'instruire les panteurs de.

tout ce qui se passait en France; de combattre la révolution à St.- Domingue : par toutes sortes d'écrits : de ruiner par la calomnie les agents de la métropole, et de les faire remplacer par les planteurs , afin que loute l'autorité passât entre Îles mains de ces derniers.

Le club Massiac, après avoir gagné au parti colonial un certain nombre de Constituants, par dénergiques manifestations de patrioe tisme et de dévouement à la France , écrivit aux planteurs d’envoyer des députés à l'Assemblée Nationale, malgré l'ordonnance du ROï.. Les colons choisirent parmi eux- mêmes dix huit députés dont les instructions portaient : « que nul ne pourrait devenir fonctionnaire à St.-Domingue s'it ny était grand propriétaire, que la métropole lais-

sérait à la colonie le droit de se gouverner et n'exercerait sur elle

qu'un protectorat. » Ils s embarquérent pour France, avec une pom-

“peuse solennilé. Aux Cayes, on voulut même tirer du canon à leur

départ. ‘ | Quand ils arrivèrent à Paris, la Constituante, après’ avoir vérifié

leurs pouvoirs, refusa de les admettre dans son sein. Ils ne se dé-

couragerent pas.

Us firent tant de démarches auprès des membres les plus influens de Passemblée, il parlérent si haut de leur patriotisme, des bien: faits de la Hborté, quoiquils fussent Îles premiers aristoérates du royaume, qu'ils furent admis au nombre de six dans l'Assemblée Nationale, deux pour chaque province de la colonie.

Quand la nouvelle de ce résultat si laborieusement obtenu Dactine à St:-Domingue ; ce fut un triomphe pour les piantéèurs , et une défaite pour :les fonctionnaires métropolitains.

Bus gens de couleur qui ne cachaient plus leurs prétentions à Pégslité politique, choisirent aussi ns eux des députés qui serendirent en France, et se présentérent à Constituante. Celle-ci ne les accueillit pas, leur déclarant mA n'avaient pas encore le droit

“de nommer des députés, vu qu'ils ne jouissaient d'aucun droit politi-

que. Ils durent cet nb oE aux intrigues des colons du club Massiac dont liufluence l'emport ta dans celte circonstance sur celle de fa Société des amis des noirs. |

Pendant ce temps la tranquillité se maintenait dans la colonie; cependant les partis se dessinaient dans la population blanche qui s’affaibhssait en. présence des noirs et des jaunes, ensemble , vingt fois

Fe nombreux quelle. Les agens de la métropole eux-mêmes ne vi-

falent pas en harmonie. Le gouverneur Duchilleau ne pouvant s'en:

“tendre avec l'intendant Barbé Marbois qué le public du Port-au-Prince

entourait de considération, repassa en France vérs le milieu de 1789.

D're

fl eut pour successeur de Peinier qui ârriva à S-. Domingue « en Septembre de la même année.

Le nouveau gouverneur, d'une famille ancienne et dévouée à la monarchie , avait été chargé par la cour de Versailles de combattre adroïtement, dans la colonie, les principes révolutionnaires ; et à son dés part, Louis XVI l'avait décoré du coïdon rouge pour se le mieux Ê attacher. de.

Il trouva S'-Domingue dans une brillante prospérité; mais la popu: . lation blanche était déjà divisée en trois parts: le parti des Fonctionpaires, dévoué au système de l'ancien régime, mais ennemi de l'indépendance coloniale, véritable part royaliste; celui des ; grands plantours, voulant aussi le maintien de l’añcien régime mais travaillant activement à l'indépendance; et celui des peiits-Blancs ou des Révoluiionnaires. Ce dernier parti, qui représentait la basse classe blanche, voulait, comme les deux autres, le maintien de l'esclavage des Nègres et des” Mulâtres. Quant aux gens de couleur, ils se tenaient en observation, et attendaient pour agir que les événemens se déroulassent. |

Au commencemenht d Octobre le parti des petits-Blancs s'agita au Cap par d'énergiques manifestations contre Îa haute aristoeratie colo: niale, c'est a-dire les grands fonctionnaires. A la tète de ce parti 6» tait un aventurier nommé Chesnau nouvellement arrivé de France. Les réputations les plus pures ne furent pas épargnées, et Chesnau dénonça publiquement au théâtre Barbé Marbois, l'intendant le plus intègre et le plus habile qu'avait eu la colonie, comme un aristocrate ennemi | acharné de la révolution.

H' fut applaudi par les révolutionnaires qui prirent aussitôt la résolu tion de marcher sur le Port-au Prince afin d'enlever l'intendant. Le colonel du régiment du Cap, Mr. de Cambefort, du parti aristocratique, les détourna de ce pr ojet, en les conduisant dans la plaine-du Nord pour étouifer une prétendue révolte d'esclaves. Les Blancs char gés el équipés comme s'ils avaient eu une longue campagne à entrè-. prendre, parcoururent a plane, ne rencontrérent pas un seul révolté et virent jes ateliers livrés à leurs travaux ordinaires. Alors l'exaspéra- |

tion des révolutionnaires fut à son comble; ils jurérent unanimement« la perte de Barbé Marbois. Ils rentrèrent au Cap, brülés par un so-. lei ardent, accablés de fatigue, conduisant devant eux et le fiagellant, TE malheureux esclave quiis avaient arraché d’une habitation et qui était , disaient-ils , le chef de la révolte. Cette expédition extravavaganie ne fil que réveilier dans lame des esclaves le sentiment de, la. liberié.

Pendant ce temps Barbé Marbois entendait gronder dans le lointain. Jorage qui Île RE li sembarqua secrètement pour France sur la corvelte 1'Ariel le 26 Ociobre 1789; et les patriot:s du Cap arri vés à l'A cahaie appri ent son départ. Il retournérent dans le Nord houieux de leur demarche, À

rc RS, ef a à ni «a CS

Le geuverneur de Peinier ne vit pas sans une grande inquiétue “de ce mouvement de la province du Nord en faveur de la révolus tion ; d'une autre part le projet d'indépendance des grands Planteurs Péffrayait. Il avait à redouter d'un côté l'anarchie , et de l’autre il craignait que St.Domingue n'échappät à la France, comme les “Etats Unis à l'Angleterre. Pour contenir et les anarchistes et les ins dépendans , il forma une ligue d'hommes également dévoués à l'an. Cien-régime et à la métropole. Les coalisés prirent le nom de Pompous-Blancs parcequ'ils portaient au chapeau, le pompon-blanc, eme Dlème de la royauté. Alors les patriotes prirent des Pompons Rouges. …. Nous verrons les Planteurs se rallier selon leurs intérêts, tantôt aux Pompons-blancs , tantôt aux Pompons-rouges. Ë

Pendant ce temps les hommes de couleur, malgré leur modération, ‘

étaient en butte aux plus cruelles violences de la part des Colons qui, “au Petit-Goûve, faisaient mourir Ferrand de Baudières, vieillard , Sénéchal du lieu , connu par sa modération envers les gens de couleur: il avait rédigé une pétition par laquelle les affranchis réclamaient le droit d'envoyer l'un deux les représenter à l'Assemblée Provinciale de POuest qui ne devait pas tarder à s'ouvrir au Port-au-Prince. Les blancs du Petit Goûve, ayaut à leur tête un nommé Valentin de Cuillon, se “transportérent furieux en sa demeure, l'arrachèrent des bras de sa famille, le traînérent ignominieusement dans les rues de la ville, et le livrérent au bourreau, après l'avoir couvert d'outrages. Sa tête tomba sous la hâche en Novembre 1789. Aïnsi le premier mertyr de ta hiberté à S'Domingue fat un blanc que des sentimens philantropiques dis- “tingaient de ses semblables. Les blancs , animés par ce premier crime, Partirent pour Aquin où ils arrivèrent le 26 Novembre. Ils pénétrérent dans la demeure d'ua nommé Labadie, homme de couleur, le tuèrent de 25 coups de fusil, attachèrent son cadâvre à la queue d'un cheval qu ils lancèrent au galop dans un chemin pierreux. Le fougueux animal ne s'arrêta que sur l'habitation de leur victime à trois licues de’ la ville. La famille de La adie, après avoir A OBURES donna la sépulture à ce cadavre informe et sanglant. À cause de sa sagesse et de’ la pureté de ses mœurs Labadie était appelé le vénérable dans tout son canton. Les Blancs l'avaient accusé d’être le complice de Ferrand de Baudiéres. Fe AE AE AL Au Cap, les amis de Moreau de St-Méry furent outragés, parce que celui-ci , à l'assemblée électorale de Paris dont il était membre, avait demandé la liberté des esclaves. * k . Le gouverneur de Peinier, en formant la coalition des Pompons, Blancs avait organisé une force qui donnait au gouvernement colonial une certaine consistance. En même temps les planteurs commenéaient à se perdre dans l'opinion publique: en effet le comité pro- Mincial du Nord par ses velléités d'indépendance, et son système “anti-révelutionnaire avait soulevé contre lui les fonctionnaires et les

WISTOIrE D'HAITI, —( 1789 ) A

-88 (HISTOIRE D'HAITI.—( 1790 ) | “ petits-blancs; 11 devait infailliblement succomber en persistant dans Ja même voie. Les planteurs renoncérent en apparence à leur ancien prejet d'indépendance, et parurent embrasser avec chaleur là cause de la révolution, afin de s'attacher le parti des patrioLes conire le gouvernement qui était le principal obstacle à la | réalisation de leur plan: Ce fut sous l'influence de ces dispositions qu'ils remplacérent le comi: té provincial par une nouvelle assemblée dite provinciale du Nord. Elle se réunit au Cap en majorité le 1* Novembre 1789, et ouvrit ses séances à la fin du même mois. Les plus riches planteurs de la province du Nord qui la composaient se déterminérent à jouer 167 à rôie de patriotes, comme le seul qui convint dans fe moment à leurs intérêts. L'assemblée prêta le serment de fidéliié à la nation, à Ja loi et au roi; déclara ses membres inviolables, s'arrogea la direcs tion des caisses publiques, organisa les gardes nationales, mais de manière à les avoir sous son autorité. Ge fut envain que le gouverneur de Peinier se plaignit de cette usurpation de pouvoir.

Le parti des indépendans de lOuest et du Sud procéda de la méme manière. Les planteurs dans le courant de Janvier 1790, organisérent au Portsau-Prince l'assemblée de l'Ouest, tant pour favoriser la marche de la révolution que pour contrarier de Peinier qui fut contraint de prêter le serment civique à la nation, à la loi et au roi. Le [5 Février suivant l'assemblée du Sud s'installa aux Cayes sous les mèmes auspices.

Au commencement de 1190 , le parti des pompons-blancs , ou du gouvernement, vit se former “contre lui une ligue imposante des trois provinces de la colonie représentées par les trois Assemblées. provinciales. Une circonstance linprévue vint encore exciter les esprits contre le gouvernement : l'assemblée du Nord intercepta au Cap une lettre du Ministre de la Marin: Laluzerne adressée à Peinter; elle la fit publier. La lettre enjoignait au gouverneur d arrêter les progrés de la Révoiution.

Les trois assemblées provinciales ne pouvant convenablement s’entendre pour la haute administration de la colonie, résolurent. de coufier les intérêts généraux des trois provinces à une assemblée dite colo niale. Elles convoquêrent en conséquence, dans toutes les paroisses, des assemblées primaires qui nommérent 212 députés à l'assemblée gén nérale ou coloniale. Cette nouvelle assembiéc , pour être plus libre dans ses délibérations, s éloigna du siége du gouvernement Qui était alors au Port-au- PHNCE et se réunit à S'-Marc, pe 25 Mars 1790. Le I5 Avril suivant , elle se constitua , Sous la présidence de Bacon de la Chevalerie , et prit la dénomination d’assemblée générale de la parte française de vs Domimgue. ‘Elle fit écrire sur le rideau de la salle des séances : Saint-Domingue, la Loi et le Ror, et s’atiribua l'administration entière de -la colonie.

Elle célébra avec pompe ia foie de l'abolition de la féodalité. Tous

MISTOIRE B'HALTI —( 1790 ) j | PR 9

les bitnes détenus pour dettes et pour crimes furent mis en liberté,

Quant aux gens de couleur qui gémissaient dans les fers, ils fu:

rent retenus dans les cachots. Les bienfaits de la liberté ne se ré:

pandaint pas sur eux: Cependant en France ceile fête avait été cé<

lébrée à la liberté, à légalité politique de teus les hommes, ainsi qu'à la fraternité universelle. Mais au-delà de 1l'Atlantique, la tyrann , ., . (2 . . Q

nie étouffait la voix noble et généreuse des grands sentimens qui écia:

fiient au sein de l'Assemblée Nationale.

Dans la province de l'Ouest; les hommes de Couleur ne furent admis à prêter le serment civique qu'en ajoutant à la formule, la promesse de toujours respecter les Blañcs. |

Ceux des Verrettes refusèrent de se soumettre à cette humiliation, et se réunirent en. armes hors du bourg. Le gouvernéur de Peinier fit marcher contre eux le régiment du Port-au-Prince , qui les dispersa: lis fureni en partie jetés dans les pontons de la rade du Port-au-Prince. En même temps on pendait au Cap un homme de couleur nommé Las combe dont le crime était d'avoir osé réclamer les droits de l'homme en faveur de sa caste. | |

Le parti colonial en prenant toutes les formes révolutionnaires, acquérait de l'influence à Paris : Charles Lameth, grand propriétaire à St Domingue;

et Barnave dirigeaient le club Massiac tout-à-fait dans les vues des plan

teurs qui voulaient isoicr la colonie des tourmentes révolutionnaires ; en la rendant presque indépendante par une constiiution particulière: Barnave, ardent défenseur des droits du peuple frauçais à la Constituante, se montrait au club Masstac l'éloqueut panégyriste du systéme colonial: « que chaque partie du royaume de France se régisse , disaita il, d'aprés ses mœurs, son climat, ses localites ». Sa bouche ne S'ouvrit Jamais en faveur des esclaves ; et Garan-Coulon assure qu'il véndit au poids de or sa brillante éloquence aux planteurs de St- Domingue. Hi entretint sans cesse, ainsi que Lameth, une correspondance active avec Îés principaux inembres de l’assemblée colomale, Diugy procureur général du Gap; Larchevèque Thibaut qui avait été nommé député de Si Domingue à la Constituante, Bacon de la Chevas lemie, premier président de Îassembiée coloniale, Hanus de Juméeourt et Borel qui devinreut plus tard céichies daus ies iroubies de la colonie, Valentin de Cuillon, l'assassin de Ferrand de Baudicres , Dau bonneau, Thomas Miiiet ei Bruliey. |

L Assemblée Coloniale, d après les avis qu'elle reçut du Ciub Massiac, rendit iesciavage plus dur, et aggrava le sort des hommes de Couleur. Eile fouia aux pieds mème ies articles du Code noir favoras bles aux Aflianchis. Les hommes de couleur de l’Artibonite adressérent cependant une pétition à/i As-emblee de Saint Marc pour obtenir la jouissance de queiques droits politiques. Cette pétition fut rejetée, el pour que ies Mulatres ne pussent pas faire désormais de telles réclamations , les blancs exigereut d'eux le serment civique avec la for-

40 MISTOIRK D’HAITI.—( 1790 )

mule de rester soumis aux Blancs, d'observer. la respect qu'ils leur devaient, À éL'de verser pour eux jusqu'à la dernière goutte de leur sang. lis prêtèrent | tous ce serment, exceplé un seul qui fut mis en prisonse Ils se réus | nirent dans la savanne de Plassac au nombre de 80, et envoyérent de-" mander la mise en liberté de celui des leurs qui avait préféré les tor-m tures à l'humiliation. Leurs députés furent emprisonnés. ls se dis- « persérent à cette nouvelle. Le lendemain quelques blancs qui les avaient : vus réunis les dénoncérent au comité, assurant qu'ils étaient au noms bre de plusieurs milliérs. Le comité de St-Mare instruisit toutes les À paroisses de la Colonie de cette péiendue conspiration. Aussitôt on marcha de toutes parts contre les hommes de couleur de lArtibonite. « Pour les empêcher de se renforcer, on défendit à n'importe quel Mu- M tre, sous peine du gibet, de sortir de chez soi. La résolution d’exterminer les Mulâtres fut prise, et quelques blancs en confiérent le secret à des filles de couleur leurs maîtresses. Effrayées d'un projet si horrible, elles le dévoilèrent à leurs frères. Ceux-ci prirent Ia fuite avec leurs femmes et. leurs enfans et se retirérent dans les bois. « Une armée de 1,200 hommes , composée des volontaires de St-Marc, des chasseurs connus depuis sous la dénomination de Sahniers ,mar- 1 cha aussitôt contre eux, avec une nombreuse artillerie. Le colonel Campan avait le commandement en chef de l'armée; et un Planteur nommé Borel commandait en second. Celui-ci était à la tête d'un corps particulier formé de nombreux Pianteurs, des procureurs, des gérans, des économes d'habitations. Les Blancs étaient en outre soutenus par plusieurs milliers d'esclaves qu'ils avaient armés. Les hommes de Couleur au nombre de 309, sans ‘canons, sansMfüusils la plu: part, furent dispersés. Hs furent pousuivis dans la plaine et à tra vers les montagnes, et massacrés en grand nombre. | Les Blancs rentrèrent à St-Marc portant au bout de leurs baïonnettes des’ têtes de Mulâtres. A: la Petite-Rivière de l'Artiboniteils portérent au bout d'une pique une enfant de Couleur qu'il n'avaitwpas: achevé de tuer. Les patrouilles tiraient sur tous les Affranchis qu’elles M rencontraient dans les rues de St-Marc ; et les Planteurs loin de con" damner ces actes de cruautés, déclarèrent queles chasseurs de Borel avait bien mérité de la Patrie, et qu'ils recevraient des couronnes coloniques. 37 F4 | RE Tout én se montrant dévouée à la France révolutionnaire, lassemblée de St-Marc travaillait à l'indépendance de St-Domingue. Elle voulait fonder un nouvel état en maintenant dans l’avilissement et dans l'esclavage les hommes de couleur et les noirs, Aulieu de publier et de faire exécuter les décrets de la Constituante qu'elle recevait, elle se déclarait inviolable, établissait des comités de constitution, de rapports, de législation, de commerce , de finances, d’agriculiure et de correspondance (27 Avril 1790 }; ét décrétait que . toutes les lettres adressées de France aux administrateurs de la colonie

TE TP US DT Une D DT CU Ed

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HisToins D'HAITI.—( 1790 ) FAR : 4l

seraient lues dans son sein. Elle ve le rembarquement de trois ‘cents hommes de troupes prise tes qui, débarquées au Port au Prince, y propageaient les idées révoluonnaires. ; Cette tendance ouverte vers l'indépendance ct la contre- révolation , “excita l'indignation des assemblées du Nord, du Sud et de FOuest que les petits-Blancs avatent en partie envahies ;. et qu'ils dominaient, Elles refusèrent de faire promuilguer les lois décrétées par l'assemblée coloniale. L'assemblée provinciale du Nord protesta conire le droit que s'était arrogé l'assemblée coloniale de St- “Marc, de faire des lois, ne lui reconnut que celui de modifier ; d'après ies localités, les décrets dé la Constituante, et d'agir en vertu des termes du décret du huit Mars précédent qui portait : « L'assemblée générale de la partie française de St-Domingue ne doit et ne peut s'occuper que de la modification des décrets de l'Assemblée Nationale, applicables à la localité de la colonie tant sur l'organisation des assemblées administratives que sur la poliee intérieure ; elle ne peut en obtenir l'exécution provisoire et la promulgation sans avoir requis la sanction du Gouverneur-Général, » L'assembiée coloniale ayant reçu la protestation de l'assemblée provinciale, du Nord envoya au Cap deux commissaires, Jouette et Va- Jentin de Cuillon pour soulever cette ville. Mais l'assemblée provincisle découvrit bientôt leurs @ntentions, et leur signifia de sortir de la province sous peine d'être appréhendés au corps, embarqués ct France et accusés devant la Constituante d'être les instigaieurs de la guerre civile (17 Juin 1790). Aussitôt ils quittèrent le Cep etla provinee. S De Peintèr profita des fautes de l'assemblée coloniale pour rallier au parti du. gouvernement les nombreux mécontens qu'e elle se créait: elle . appelait chaque jour à sa Barre les autorités civiles et militaires pour les plus légers propos qa ‘elles pouvaient avoir tenus contre ses aetes ; elle prétendait avoir la direction de la force armée, de la police et des Finances. De Peinier refusa de faire exécuter ses décrets. Comme elle avait perdu une grande partie de son influence dans l'opinion publique, elle ne s'en plaignit pas. Mais elle sen vengea en excitant: à la révolte, par ses émissaires, le régiment du Port au-Prince. Ce corps composé de jeunes gens aux idées révolutionnaires, se souleva contre le Gouverneur, Il demanda la mise en liberté de ous les sol: dats détenus, et sa paye arritrée depuis long-temps.. De Pe inier résistant à ses réclamations, se disposait à se rendre aux casernes pour sommer les soldats de rentrer dans le devoir, quand les grenaiers et: les chasseurs du régiment se mirent en route pour se rendre à St-Mare . auprés de M' Campan, leur ancien colonel. De Peinier, d’un caractère faible, fut effrayé de ce mouvement; et craignant que ces troupes ne se trouvassent à St-Marc à la dévotion de l’Assemblée coloniale, al leur accorda tout ce qu'elles demandaient. Les soldats revinrent dans leurs easernes, et le contreigniwent à présider, assis entre deux gre-

ES

42 HISTOIRE p'aarri.—( 1790 )

nadiers , un banquet patriotique qu révolutionnaire.

Cependant l'assembh'ée de St Marc ,* par ses prétentions exagérées,

avait tellement excité contre elle l'opinion publique, que de gouvernement el les trois assemblées provincia'es se virent contraints de on: voquer des assemblées primaires chargées de délibérer sur le renouvellement ou la contiuuation de l'assemblée coloniale. Celle-c1 eutrété dissoute, quoiquelle eût inondé la Colonie décrits tendant à prouver son aneur pour les libertés françaises, si les hommes de couleur n'avaieut demandé à faire partie des assemblées primaires. Les blancs de tous les partis, en présence des prétentions des mulâtres, sentirent le besoin de s unir, d'oublier leurs quereiles politiques, de pardonner à l'assemblee de St-Marc ses idées d indépendance.* [ls votérent à la hâs te ÎY continuation de l'Assemblée Coloniale avant que les Affranchis eussent eu le temps d'intervenir daus les assemblées primaires. Les

Dés qu'elle apprit quelle avait été continuée, l'assemblée de Saint Mac décréta qu'elle avait éfG confirmée telle qu'elle s'était constituée, ei ordonna que lon célébrât des fêtes, que Fon. chantât des Fe-Deum, dans touies Îles paroisses, que iles troupes prétassent de nouveau le serment civique à la Nation, à la Loi et au Roi: De Peimer, qui nignorait pas qu'elle avait résolu sa perte @tefusa de promulguer ses décrets, publia qu'eiie n'avait pas le droit de faire des lois, que-ce droit n appartenait qu à l'assemblée nationale dont l'eutorité était mécennue. De son côté, l'assemblée coloniale déclara le gouverneur eou*

pable d'usurpation de pouvoir législatif, de crime de despotisme,et le menaça «de le ‘dénoncer à lassembiée nationale. di |

De Peinier dédaigna de répondre aux accusations lancées contre lui, et conçut le projet &e terminer la querelle par la force des ‘armes. HE était vivement soutenu par le chevalier Duplessis de Mauduit, colonel du régiment du Portau Prince et ennemi implacable des principes révolutionnaires. De Mauduit était un gentithomme breton , d'une anciens ne famille aristocratique. D'une taille ordinaire, d'une démarche liére, ayant des yeux pleins de feu, il était d'une humeur, énergique «et d'un grand courage. Inébranlable dans ses principes, sonväme orgueilicuse se reniplissait dindignation quand les injustices révolutione naires la frolssalent; ses talens daus le génie militaire lui avaiént ac: quis queique célébrité pendant la guerre de l'indépendance americaine: li était à Paris lers de la convocation des Etats-Généraux ; et il avait Suivi avec assiduiié les séances du club Massiac. Il avait ensuite voyagé en ltalle où il avait vu le comte d'Artois qui lui avait donné des instructions pour opérer la contre-révolution à St Domingue.

I sétudia parliculiérement à gagner l'esprit des soldats du régi ment du Port-au Prince, et il réussit. Pour ce qui tenait au service PL il Ctait sévère et juste; mais hors du service, il accordait aux sol-

dats touies sortes de libertés. I ne les punissait jamais pour les ques.

ils donnérent au milieu d'une fêté

relles qu'ils avaient avec les bourgeois, qui n’étaient pas en général partisans de l'ancien régime; et il faisait naître entre. les uns et les autres de, grandes animosités. Jamais il ne détourna à son profit la: paie du soldat. Il avait tué en duel son prédécesseur Lavale Gripière qui s'était rendu odieux aux soldats -par ses dilapidations.

Il devint le chef du parti des pompons-blanes. Plusieurs fois le Comité de Ouest voulut dissoudre cette association. Mais 1l échoua toujours; et le Gouverneur fil même arrêter et emprisonner le tambour qui pubhait l'arrêté du comité contre les coalilions et les corporations. Pendant ce temps, l'influence de l'assemblée coloniale s'affaiblissait de plus en plus ;. ses décrets n'étaient pas exécutés ni ses plaintes écoutées. L’intendant de Proisy lui refusa plusieurs fois les sommes qu'elle demandait : pour le traitement de ses membres. De Peinier , profitant du moment favorable , résolut de lui porter le dernier coup. : I raliia à son parti la presque totalité des hommes de couleur, en ordonnant de poursuivre Îles assa$sins de Ferrand de Baudières, qui eurent Îletemps de s'enfuir ; et il fit audacicusement procéder eontre ceux des membres des assemblées provincixies qui étaient dévoués à l’Assemblée coloniale. Celle-ci, de son côté, preñait des mesures pour contrarier celles du gouverneur. Elle lui ordonna de vexir faire sa résidence à St-Mare dans lintention de le tenir sous sa puissance. De Peinier méprisa cet ordre et continua ses hostilités. 1 rofusa de sanctionner * un décret parlequel l'assemblée coloniale permettait aux navires étrangers d'importer des comestibles dans tous les ports de la colonie, déclarant qu'il n’appartenait qu'au Commerce français de jouir de cet avantage.

L'assemblée coloniale contre-carrée de toutes maniéres- par le gouvernement ne songea plus quà recourir aux armes. Eile décréta le licenciement des iroupes de ligne généralement dévouées au gouvernement, et l’organisation des gardes nationales dans toutes les paroisses. Ce décret ne fut exécuté qu'à StMare où le député Borel gagna un détachement du régiment du Port-au Prince, l'organisa en garde nationale sotdée et lui donna pour colonel le marquis %e Cadusch. Quoique l'assemblée coloniale eût premis à chaque soldat une augmentation de paie, une propriélé foncière et une somme de cinq cent-douze piastres, le régiment du Cap et celui du, Port-au-Prince demeurérent fidèles au gouvernement. Le gouverneur, soutenu par l'opinion publique, par l'assemblée du Nord et par la paroisse de fa Groix-des: Bouquets, réunit un conseil de guerre où il fut décidé que l'assemblée coloniale et le comité de 1 Ouest seraient dissous par la force des armes : et dans urre proclamation , ilrappela à la colonie les trahisons et les projets d'indépendance de l'assemblée coloniale. Ensuite flattant , contre ses convictions -politiques , les passions révolutionnaires du peuple et de l’armée dont il avait besoin, il rappela le despotisme de l'assemblée de StMare, le mépris qu'elle avait toujours .dé-

Un

44 | | wisrotne p’marti.—( 1790 )

versé sur Ja Constituante dont les travaux ne tendaient qu'à régénérer la France | ; Le Comité de l'Ouest, effrayé des énergiques mesures du Gouver= nement, décupla sa garde ordinaire, réunit ia Garde Nationale com= posée en majorité de petits-blancs dévoués à l'Assembiée coloniale , sur- {out depuis que le gouvernement paraissait vouloir user de ménagemiens envers les hommes de couleur. Dans la nuit du 29 au 30 Juillet 1780,

une forte patrouille de pompons rouges, rencontrant un faible déta:,

chément du régiment du Port-au-Prince, le désarma. À cette nouvelle, de Mauduit, à la tête d’une compagnie de grenadiers, marcha contre

la Garde Nationiale qu'il tréuva rangée devant le local du Comité. EH.

la somma, au nom de la Nation, de la Loi et du Roi, de mettre bas les armes. Un nommé Bordélier, pour toute réponse, ordonxa à sx

compagnie de commencer le feu. Quinze grenadiers tombérent soit.

blessés, soit tués. Les Pompons-blancs se jetèrent gvec fureur sur les pom=

pons-rouges, les dispersérent , et en cussent fait un affreux carnage, Si

Mauduit n’aseit arrêté leur élan. habit Lo Cependant Bordelier et trois habitans furent égorgés. Mauduit fit

une trentaine de prisonniers qu'il renvoya aussitôt. Pendant le com- |

bat les membres du Comité étaient réunis chez leur président. Mauduit fit tratner dans la poussière les drapeaux de la Garde Natio= pale , et les fit ensuite transporter chez lui, ainsi que toutes les armes trouvées dans le bureau du Comité. Il en fit un trophée: IF réunit un conseil de guerre qui condamna les 127 soldais du régiment du Port-au-Prince qui se trouvaient à St-Marc, ainsi que le député Borel,

leur suborneur. Beaucoup de citoyens, craignant d'être livrés au dér*

nier supplice, prirent la fuite. De cette époque datent les proscriptions. Les hommes de couleur, voyant de Peinier combattre avec acharnement. leurs plus cruels ennemis, s'étaient ralliés au Gouvernement dans l'es: poir d'oblenir une amélioration à leur sort. Mais le gouverneur et de Mauduit ne les caressaient alors qu'afin de s'en aider pour renverser la puissance de l'Assemblée coloniale. De Peinier, grand partisan de l'esclavage et de l'aristocratie eoloniale, se réservait de les faire rentrer dans le néant, lorsqu'il aurait consommé” sa victoire. Après l'affaire du trente Juillet, le parti du Gouvernement domina entièrement au Port-au Prince. ‘ |

Le gouverneur voyait tout céder à sa puissance dans la’ ville : mais ans la rade, les équipages des navires composés d'ardents révolutionnaires, Îui résistaient et se melltaient en état de révolte. Le vaisseau le Léopard commandé par le marquis de la Galissonnière ve: nait de se déclarer en faveur de assemblée de St-Marc. Le com- Mmandant, ainsi que quelques officiers du parti royaliste, fut obligé de se réfugier auprés du gouverneur. L'équipage donna le commandement du vaisseau au capitaine en seeond , le baron de Sto-Domingo. Aagembiés coloniale approuva- la révolie du Léopard et éonfirma là

gistoine p'æilti( 1700 ) "je 10 nomination du baron de Sto-Domingo. Le vaisseau se rendit à ‘5£.- Marc, se mit à la dispoisition de l'assemblée qui accueillt l'équipage avee enthousiasme el fraternité. PT |

De Peinier lit aussitôt publier une proclamalion par laquelle 11 appela aux armes tous les bons citoyens contre l'assemblée coloniale, \l'aceusant d'avoir voulu se rendre indépendante et d'avoir à cet effet soulevé le vaisseau le Léopard. En même temps dans la province du Nord, Ja municipalité du Cap dévoute au parti de St-Mare était dissoute. L'assemblée du Nord se réconcilia avec les chefs militaires qui lui avaient témoigné de l'animosité. Cambefort,. eolonel du régiment du Cap vint à sa barre, déclara’ qu'il cubliait les querelles passées , et fit le serment de demeurer fidèle à la Nation, à la Loiet au Roi. ù

Alors tous les députés se levèrent deleugs sièges, fraternisérent avec les officiers militaires qui avaient accompagné Cambefort, et décrétèrent à l'unanimité la dissolution de l'assemblée de St.-Marc. (

Quelques jours après, l'assemblée provinciale du Nord, confia au général Vincent, commandant de la province, une division qui fut embarquée sur la frégate la Vestale , et dirigée contre St-Marc. Las semblée coloniale n'ayant aucune foree à sa disposition, pressée entre le Port-au-Prince et le Gap, proscrivit de Peinier , le déclara des titué du gouvernement de la partie française de St-Domingue, et nomma provisoirement gouverneur Mr de Fiervitie ardent patriote comman: dant de la ville des Cayes. Elle fit ensuite un appel à tous ses partisans, par la proclamation suivante : « Au nom de la Nation, de la Loi et « du Roi, et de la Partie Française de St-Domingue en péril. — Union, « force, célérité, courage. — L'iniàme Peinier et l'exécrable Mauduit ont « accompli leurs infàmes projets: ils ont trempé leurs mains dans le sang des citoyens. Aux armes ! » |

Une partie de la colonie prit les armes en sa faveur. Pendant un moment elle crut qu'elle allait triompher de ses ennemis. Elle écri- Nit en France au Comité colonial de l'Assemblée Constituante qu'eile poursuivrait les contre-révolutionnaires jusque dans leur repaire. | “Les habitans du Petit-Goûve, dont l'esprit était toujours travaillé par leur député Valentin de Cuillon, prirent les armes en faveur de l’As= : semblée de Si-Marc et se disposérent à marcher sur Le Port-au-Prince. La ville des Cayes, sous l'influence d'un club formé par Valentin de, Cuillon, et composé d'ardens ennemis du Gouvernement, se prononça pour l’Assemblée coloniale , et lui donna un témoiguage de son patriotisme par un crime affreux. Codère, major de la ville pour le rot, était un honnête citoyen. On lui fit un crime d'être royaliste. Les révolutionnaires se transportèrent sur son habitation où il s'était retire avec sa famille, après une grave maladie, le trainérent aux Cayes où il fut tué. Sa tète qu'on trancha fut promenée par toute la ville au beut d une pique,

Cependant l'armée du Sud destinée à défendre l’Assemblée coloniale s'orgauisait lentement ; et à St-Mare même les dépulés étaient menacés par un parti nombreux de Pompons-blancs. La division mili= taire sous les ordres du général Vincent venait d'arriver du Cap aux Gonaïves , et se disposait à dissoudre par les armes l'assemblée dont les membres refusaient de se retirer dans leurs paroisses respectives. - Envain les députés ordonnérent à l’armée du Sud qui s'était enfin rêu nie à Léogane, de marcher sur le Port-au-Prince. Le colonel Mauduit à lx tête de son régiment et de plusieurs bataillons d'hommes de cou= leur la tenait en échec sur toute la ligne de la grande Rivière de Eéo=, gane. L'assemblée colnniale resserrée dans d étroites Hmites, privée de toûtes espèces de secours, s’embarqua sur Île vaisseau le Léopard,, le 7 Août 1790. Quatre vingt-cinq de ses membres, quatre-vingt dix soldats du régiment du Poet-au-Prince qu'eile avant séduits, partirent: pour France sur ce navire.

Le triomphe du parti gouvernemental était consommé. Les hommes de couleur qui avaient été dans la lutte les plus fermes soutiens du gouvernement crurent pouvoir demander à de Mauduit Pauto: risation de porter des pompons blancs. Mauduit leur répondit quedes descendans d'esclaves ne pouvaient avoir a prétention de Ssélever au rang de leurs anciens maïlres, et que, s'ils désiraient porter un signe distinctif, ils auraient à prendre la cocarde jaune. Cette hu miliation prouva de nouveau aux hommes de couleur que les blancs quelque fùt leur parti se réunissaient toujours , dès qu'il s'agissait de maintenir les Affranchis dans leur ancienne condition. Hs découvrirent les mêmes ennemis €@t dans les pompons-blancs et dans les pompons-rouges ; et ils songérent à ne plus prendre part aux querailes des blancs et à réelamer leurs droits les armes à la main

Les confédérés du Sud réunis à Léogane offrirent la paix à “de Peinier. Ils lui proposèrent l'échange des prisonniers, la suppression. de toutes les corporations et des signes autres que les trois couleurs, la ruine des fortifications de part et d'autre. Hs demandérent en. outre qu'une nouvelle assemblée coloniale ne fut point convoquée, la réorganisation de la garde nationale et la liberté de la presse. De Peinier accepta toutes les propositions exeepté celle concernant les corporations; 1l rejeta aussi celle concernant l'assemblée coloniale parce qu'un décret de la Constituante établissait qu'il y aurait toujours à St Domingue une assemblée coloniale. Le traité fut signé à Léogane. De Peinier y avait dicté ses volontés. Les confédérés “humiliés ne renoncérent point à leurs projets et se retirèrent en attendant une occa: sion favorable pour se venger. | | - Lors de l'échange des prisonniers, Caradeux député à l'assemblée de St-Marc fut retenu par le gouverneur sur la demande des habitans du Cul-de-Sac. C'est ce même Caradeux dont on à d'jà parlé. Sa scélératesse était telle que les cultivateurs haïtiens racontent encore

Re. 2 [2

misroimEe D'uarti.— (1799 ) 47

'aujourd'hui se atrocités en montrant aux voyageurs Îes rüines de son habitation et la terrasse sur laquelle il se tenait quand il ordonnait d'écorcher vif un escrave. cs:

Pendant ee temps, le Léopard siilonnait l'Atlantique avec Îles députés

de St-Mare qui se croyaient d'illustres victimes sur lesquelles étaient: portés les regards du monde entier. Ils avaient transformé le vaisseau en une chambre législative ; ils y tenaient leurs séances, et faisaient des décrets pour, la colonie. A. les entendre, la France enlitre devait retentir de la lutte héroïque qu'ils avaient soutenne contre la tyrannie. Enfin le vaisseau æborda cette terre de France si vivement désirée, et les 85 dépules débarquérent à Brest au milieu des cris d'allépgresse du peuple et de, la Municipalité qui les reçurent sur le rivage. Brest, ville patriotique, avait cru recevoir dans son sein des défenseurs du peuple; mais quelques semaines ne selaient pas Écoulées quon sut, dans les départemens et à Paris, quels avaient été les projets de | Assemblée de St Marc. Les 85 furent alors rejetés des cercles patriotiques; et pour comble de malhetr, six déjutés de l'Assemblée du Nord débarquérent à Nantes où ils furent reçqus avec distinction, el ensuite accompagnés jusqu'à Paris par deux commissaires. Le genéral Vincent, envoyé par M° de Peinier, était debarqué à Lorient, pendant que le vaisseau le Léopard mouillait dans “la rade de Brest. Li se rendit aussi dans la capitaie de la France. =

Les députés de l'assemblée du Nord, ainsi que le générai Vincent, - exposérent à la Constituante toutes les agitations de la colonie, etrecurent de grands témoignages de sympathie detous Îles Vrais patriotes. (

L'Assemblée Nationale manda à sa barre les 85 députés de St-Marc.

Valentin de Guilion, leur défenseur , dans ün long discours, chercha à prouver que l'assembiée coloniale n'avait jamais eu l'idée de faire proclamer lintépentance de St-Domingue, et qu'elle avait sans cesse combattn les contre révolutionnaires. A ne put cependant entrainer le vôte de l'assemblée en faveur de son parti; et dans la même seance (12 Octobre 1790) la Constituante déclara nuls et attentatoires à la puissance législative et à la souveraineté nationale, les décrets de l'assemblée coloniale: elle déclara en outre que de Peinier, Mauduit et Vincent avaieat bien mérité de la l'atrie et avaient sauvé St-Domin« gue. Les 85 qui étaient venus en France avec tant de solennité et d'espoir furont condamnés par ceux mêmes auprés desquels 1is croyaient trouver aide . et protection. | :

Pendant que le parti des pompons-blancs triomphait à la barre de la Constituante, la plus complète anarchie régnait à St Domingue. Les confédérés du Sud avaient rompu le traité de Léogane, méconnu l'autorilé de Peinier el reconnu Fierville gouverneur. Fierville était le cominandaut de la province du Sud. Il s'opposa dans l'étendue de son éommäandement à la réunivn des paroisses pour la formation d'une

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nouvelle Assemblée générale , convoquée par une proclamation de Peanier. Le parti révolutionnaire s'attendait à recevoir à chaque instant a condamnation du Gouverneur par l’Assemblée Nationale de France. Ce fut dans ces entrefaites que le décret du 12 Octobre 4790 parvint à St-Domingue, Ce coup inattendu abattit les confédérés, et releva le éourage des Pompons-blancs.

L Assemblée du Nord vota des remercimens à la Constituante, fit. chanter un Te-Deum , éleva au Cap un buste à Barnave, l'auteur du.

- décret du 142 Octobre, et le nomma le Sauveur de la colonie. Barnave était membre du club Massiac, comme on l'a déjà wu:; et ce club, hostile à tous projets ayant peur but de faire triompher à, St-Domingue les principes de liberté et d'égalité, avait adopté lat cause. des Pompons-Blancs. ‘à

Le parti royaliste dominait sans obstacle apparent dans les trois provinces de la colonie. De Poinier et de Mauduit, vainqueurs momentanémenti des révolutionnaires, redoutaient les prétentions des hom:. mes de couleur qui se tenaient à l'éeart depuis qu’on leur avait donné la Cocarde Jaune. Avant qu'ils se fussent organisés, Peinier , tant pour-les afaiblir que pour donner un aliment aux passions des patriotes Blancs, ne s’opposa pas aux plus cruelles persécutions qui , furent dirigées contre eux. Depuis quelque temps on parlait tout bas d'un vaste projet tendant à soulever tous les ateliers. Ceite idée faisait frémir les blancs de tous les partis. (Comme ils étaient convaincus que les hommes de couleur seuis pouvaient donner à cette insurrection une direction intelligente, ils commencèrent, excités par la terreur , à les traquer affreusement. On'en arrêta un grand nombre sous prétexte qu'ils -exeitaient les esclaves à Ja révolte; ils furent brûlés vifs; leurs fermimes, leurs enfans furent massacrés et leurs biens confisqués. Les blancs entrérent chez ceux qui n'avaient pas: été sacrifiés, comme dans des lieux publics, les baitirent impunément, ot outragérent leurs filles... Ceux qui se plaignaient de ces vexations étaient conduits par la maréchaussée, soit chez le procureur du roi, soit chez le commandant de la place ouchez l'écrivain de la marine, Alors le blane qui se prétendait l'offensé disait : :« Ce Mulâtre ou ce « Nègre libre ma manqué. » Sans plus de formalités, le. Mulètre où le Nègre libre était aussitôt jeté dans les cachots.

Un nommé La Buissonnière, l'auteur d’une pétition qu il avait adressée à l’Assemblée du Porteau Prince en faveur des mulâtres, ses frères, à l'effet de les faire admettre dans cette assemblée, fut aontraint de: se cacher pour échapper à la fureur des blancs qui s'étaient rendus Chez lui pour le pendre. |

D'après les conseils de Peinier, ses parens afin de calmer un peu Ja rage des blancs, se constitucrent prisonniers à sa place. Ils furent ensuite traduils devant le comité de Léogane. Ils y vinrent nu-pieds, nu-tête , furent contraints de se prosterner devant leurs maîtres et de …

Fr

faire amende honorable. Lé comité ajouta encore à leur humiliation :

par le discours outrageant qu'il leur adrosça. 6 | On peut en juger par ces premières paroles : Ingrates et viles créatures, VOUS avez Cru pouvoir vous asseoir parmi vos maûlres et vos bienfaiteurs. Is furent élargis, se retirérent sans se plaindre. | Partout les gens de couleur opposérent la même résignation aux vie. lences des colons qui n'en deviurent que plus furieux. Tantôt l’affran. “chi-était emprisonné parce que le blanc n'avait pu séduire sa femme ; tantôt il était condamné au bannissement perpétuel, parce qu'il avait manqué de respect à un blanc. | | Milscent, créole blanc et colon, dent les écrits ne peuvent être révoqués en doute, s'exprime ainsi sur la conduite des colons à cette époque : « Il est universellement reconnu que jamais homme de couleur @ libre n'eut ni raison, ni droit; jamais il ne gagna un procès de cone « séquence contre un blanc; que sil prend fantaisie à ce dernier de « le maltraiter de coups, il se plaint et fait encore châtier rigoureuse- « ment le malheureux: qu'il a déjà vexé et. battu. » Dans les quartiers de l’Artibonite, de. Limonade, du Trou ,; de læ “Grande-Riviére, soixante chefs de famille de couleur eurent leurs biens confisqués. La ville du Cap vit aussi couler à grands flots le sang des hommes de couleur. Le lendemain de la bénédiction des drapeaux ducorps des volontaires, un blanc qui commandait une compagnie d'Affranchis, maltraîta au palais du gouvernement quelques soldats des * volontaires. | | | La discipiine empêchant ces derniers de tirer vengeance de leur supérieur, ils attaquèrent au nombre de septun noir libre de la compagnie du blanc. Pressé de tous côtés par sept assassins, l'Affran.. chi tire son épée, se- défend avec vaillance, et. meten fuite ses agres- “seurs ‘aprés avoir blessé mortellement l'un d'eux. Le corps des vo: “lontaires, au lieu de s'indigner de la. lâcheté et de l'injustice de ses

camarades, se répandit dans la ville, massacrant sans pitié les hom-

“mes de couleur. Ceux qui obtinrent la. vie furent traînés dans les ca- “chots et enchaînés comme des forçats.

L'assemblée du Nord loin de couvrir d’'infamie les auteurs de cette’ sanglante journée , félicita les volontaires et ordonna qu'on instruisit le procès des mulätres. À la barre de l'assemblée, ils prouvèrent, sans peine, que tous les torts étaient du côté des blancs. L'assemblée les. mit en liberté en leur recommandant d’être plus circonspects à l'ave- Dir.» | un

Dans la plaine de l'Artibonite un nommé Joly homme de couleur, riche habitant, excitait le respect de toute la province par son noble “caractère. Il avait reçu avec splendeur sur son habitation Mr de Belcombe à l'arrivée de ce gouverneur dans la colonie. Belcombe était grand admirateur de la valeur des hommes de couleur. Pendant la guerre contre les Anglais, il avait apprécié le courage des sangs-mê-

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50 #isToIRE D'HAITI,—( 1789 ) #4 + lés qui avaient formé ses plus intrépides ‘bataillons. Aussi avait-il. voulu descendre chez un mulâtre de distinction. Cette démarche avait ! horriblement. froissé les préjugés créoles, et avait suscité à Joly deu nombreux ennemis, même dans sa caste. Un mulätre le dénonça.aum comité de St-Marc d’avoir été le chef de l'affaire de Plassac. La maré-« chaussée se rendit chez lui, y fit une visite domiciliaire, et ne trous va qu’un billet par lequel les enfans de Joly occupés à défricherunen habitation dans l'intérieur , demandaient à leur père des secours en“ argent. Il fut cependant emprisonné comme conspirateur, ainsi Que quatre de ses fils. Après quelques mois de détention, il fut jugé et élargi. Les juges lui recommandérent de tenir à l'avenir une conduitew plus régulière et d'être plus respectueux envers les blancs. ds À Tous les faits dont nous venons de parler sont tirés des écrits, deu Milscent, de Garan-Coulon, des lettres de Julien Raymond, de Bois" rond le jeune, et des relations de tous ceux de nos révolutionnaires qui existent encore. DORA Milscent fut souvent témoin de semblables atrocités. Il traversa At - Hantique animé d'un zèle philantropique qui le perdit, quoiqu'il eût dé-« voilé à l'Europe la barbarie des planteurs. Ses éerfls sont empreintsæ d'une telie force de veriié, qu'ils ne furent jamais réfutés. 11 n’avaité aucun intérêt à ménager les hommes de couleur: l'amour de lhumass nité a toujours guidé sa plume. Il mourra sur l'échafaud, pendant Ha Terreur, victime des dénonciations du parti colonial. On lPaccusera d’avoir eu des relations politiques et d’amilié avec Brissot dont le parti sera persécuté, et d'être un contre-révolutionnaire, He Dans la colonie, les mulâtres paraissaient abattus pour toujours. Is“ ne témoignaient plus aucun mécontentement; les humiliations réitéréesu qu'ils avaient reçues avaient étouflé leurs plaintes. Le silence du dé=« sespoir régnait au milieu d'eux. Chassés des villes par les ouvriers européens ou petits-blancs qui y exerçaient seuls les arts et les métiers, is habitaient Îa plupart les campagnes. Cependant, quoique au sein des plaines et des mornes, ils n'étaient pas à l’abri des vexations. Plusils* étaient riches et éclairés, plus ils étaient persécutés. Il y en avait parmim eux qui possédaient une vaste instruction ; car les familles de couleur opulentes envoyalent leurs fils en France où ils acquéraient des lumières et -dè nobles idées. Aussi,de retour dans leur pays, voyaient-ils avec horreur les atrocités de l'esclavage. Les planteurs les persécutaient avec beaucoup plus d'acharnement que ceux qui n'avaient jamais quitté la colonie. De leur côté, ils prenaient en mépris et en haine les aristo= crates de la peau, et étaient fiers de leur supériorité sur de vils aven« turiers , } écume de ces êtres immondes , de ces sauvages nés à Côté de la civilisation, dont l'Europe se purge en les vomissant au-delà de J'Atlantique. | | | | ; D'un autre côté, la haine du blanc eontre la race africaine était porice à un il degré d'aveuglement, qu'un nommé Bauvois, colon,

membre de l'assemblée provinciale du Nord, conseiller au eonseil supérieur du Cap, fit paraître un ouvrage tendant à prouver que le nègre et Je mulâtre n'étaient pas des hommes, qu'il n'existait sur le globe que deux races, la race blanche et la race mongolique, et que né. gre n'était qu'une variété du orang-outang. Cet écrit le fera nom- “mer plus tard membre de la seconde assemblée coloniale. Il y excitait le gauvernement à enlever aux gens de de couleur et aux noirs leurs propriétés, attendu qu’ils n'étaient pas des hommes ; à les traiter comme des bêtes de somme et à ne les épargner qu'autant qu'ils se rendraient utiles par le service de leurs bras. . Pour faire cesser le crime de bestialité qui fait horreur à la nature, il conseiïllait de déclarer « infäine eL viiain tout blanc qui à l'avenir s’oublierait au point de se « mésailier avec des femmes de couleur, et de le contraindre à quitter « la colonie dans l'espace d'une année ; ou ce qui serait plus simple, « plus court et moins abusif, de défendre de tels mariages sous des « peines corporelles exemplaires et les plus sévères contre tous contre « venans. »

Les hommes de couleur étaient presque aussi nombreux que Îles blancs. Ils auraient pu les combattre avec avantage et les contrain: dre: par la furee des arnfes à reconnaître leurs droits. Mais jusqu'alors ils attendaient tout de Féquité de l’Assemblée Nationale, de la justice de leur cause; et par dévorement à la Mère-Patrie , ils craignaient d'allumer la guerre civile et d'être les auteurs peut ètre de la perte de la colonie pour la France. Julien* Raymond contrairement à l'opinion d’'Ogé alors en France, leur écrivait sans cesse que leurs réclamations étaient si naturelles qu'il ne doutait pas quon ne les prit en considération , non seulement en France où La Constituante avait déclaré tous les hommes libres devant la loi, mais dans -la colonie, foyer de tous préjugés. Mais cette extrême modéraiion des hommes de couleur cessera bientôt en présence des intrigues du club Massiac , et de la ténacité des prétentions coloniales. Le résultat de la lutte ne sera pas douteux : ils étaient plus aptes que les blancs aux fatigues de la guerre et aux privations, étant habie tués aux rudes exercices de la chasse, aux travaux de la culture et aux rayons brûlans de notre soleil; et leurs liaisons de famille avec les esclaves leurs frères leur permettaient d'avoir l'espoir d'être soutenus par la masse des noirs victimes des violences les plus cruelles.

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Sommaire. Ogé-rPétition des hommes de couleur à l'Assemblée ‘ Nationale. Ré ponse de, l'Assemblée—Ogé au club Massiac.—$Son disceurs.… Ses paroles relatives aux lenteurs de la Constituante.——Ses relations avec les Négrophiles.— Déeret du 28 - Mars 1790.— Défense faite aux hommes de couleur de retourner à St-Domingue.- Ogé vasse en Angleterre—Il arrive incoghito au Cap.—Chavannes.mOgé réunit

250 affranchis—$a lettre à de Peinier.—$Sa lettre au président de lassemblée du

Nord—Le général Vincent marche contre Ogé—Il est battu. —Cambefort marche

à son tour contre les insurgés et les bat—Ogé & Chavannes se retirent dans la

partie espagnole—Ogé est arrêté à Hinche, Chavannes à St-Jean —Ils sont emt-

prisonnés à Sto-Domingo—Blanehelande remplace de Peinier—I[l demande l’extradition d'Ogé & de Chavannes—Ogé & Chavannes sont débarqués au Cap.

Mauduit conseilier de Blanchelande—Les municipalités supprimées dans le Nord.

{Etat des hommes de couleur dans le Sud.—1ls se révoltent Rigaud à leur tête,

—Combat de la Ravine-#èehe.—Mauduit marche aù secours des blanes du Sud.—

Il disperse sans combat les gens de couleur.—Il désarme les confédérés du Sud.

Jugement d'Ogé & de Chavannes. — Leur exécution. — Praloto. — Madame

Martin. — Son portreit == Sa conduite. — De Villages arrive au Portau.

Prinée—Mouvement populaire Rigaud & Pinchinat sont mis en liberté.—Fuite de

Blanekelande.—Mort de Mauduit-—Le parti, royaliste améanti au Port-au-Prince...

Caradeux nommé capitaine-sénéral de la garde nationale.—Praloto nommé inspec-

je des fortifications.—Première municipalité du Fort-au-Prince—Affairèe du Fond

ariSiEn.—

+ Parmi’ les hommes de couleur qui demandaient, en France, des améliorations au sort de leurs frères, se trouvaient Julien Raymond, Fleury et Ogé: Ce dernier, quarteron libre, né au Dondon dans la province du Nord, était allé en Europe au commencement de 4789. 11 demandait l'exercice des droits politiques sans restriction pour les affranchis , et voulait que ces droits leur fussent aecordés sans re: tard. Raymond au contraire tempérisait et attendait tout de la jus+ tice des4 cause. Sa confiance était devenue sans bornes en l’Assemblée Nationale, depuis que le Président de la Constituamte, après avoir bris connaissance d'une pétition des hommes de couleur, dans la

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séance du 22 Octobre 1789, avait dit: « Aucune partie de la na « tion ne réclamera vainement ses droits auprès de l’assemblée des re: æ présentans du peuple français. »

Avant la révolution, Ogé disait souvent que s'il avait quelque empire sur les siens, il saurait bien arrêter les excès des planteurs et contraindre les blanes à traiter les gens de couleur comme leurs é=« gaux. Son père , riche habitant de Îa province du Nord, lui avait donné autant d'éducation qu'il était possible à un mulâtre d'en recevoir alors à St-Domingue.

Raymond, Fleury et les autres hommes de couleur réunis à Paris avaient formé un club à l'hôtel d’ Argenson où étaient discutés les intérêts des affranchis. Ogé proposa aux députés de couleur de sex rendre au club Massiac, afin, par la discussion , de conciher les in térêts des planteurs et des mulètres. Sa proposition fut accueillie ; m on se rendit au club Massiac ; et par un énergique discours, 1 de=« manda que la question relative à la liberté et à l'égalité civile des hom=m mes de couleur füt résoiue avec loyauté. Il termina par ces: paroles: Ce mot de liberté qu on neprononce pas sans enthousiasme | ce"moë« qui porte avec lui l'idée du bonheur ne fut-ce que parcé qu'ilsem-« ble vouloir nous faire oublier les maux que nous souffrons depuis tant de siècles; cette liberté, le plus grand, le premier des biens,« est-elle faite pour tous les hommes? Je le crois encore : ; Mais COM- « ment faut-il la donner ? Quelles en doivent être les époques et les. conditions ? Voilà pour nous, messieurs, la plus grande, la pr

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« importante de toutes les questions ; elle intéresse l Amérique, lAfri- « que, la France, l'Europe entière; et c'est principalement cet objet « qui m'a déterminé, messieurs , à vous prier de vouloir bien m entendre. Si l'on ne prend pas les mesures les plus prompies, les plus efficaces; si la fermeté, le courage, la constance ne nous ani- | ment tous; si nous ne réunissons pas vite en faisceaux toutes nos « lumières, tous nos moyens, tous nos efforts; si nous sommeillons un* « instant sur le bord dé l’abime £ frémissons de notre réveil; et voilà « le sang qui coule, voilà nos terres envahies, les objets dé notre, « industrie ravagés, nos foyers incendiés , voilà nos voisins, nos amis, » nos femmes, nos enfans égorgés, mutilés : voilà l'esclave qui lève» létendard de la révolte! Les iles ne sont plus qu'un vaste et funébre embrasement ; le commerce est anéanti ; la France reçoit une | plaie mortelle, et une multitude d'honnètes citoyens sont MÉPRES ruinés : nous perdons tout. .

« Mais, messieurs , il est temps encore de prévenir le désastre. J ai. peut-être trop présumé de mes faibles lumières ; mais j'ai des idées qui peuvent être uules ; si l'aSemblée veut m admettre dans son“ sein, si elle veut m’autoriser à réchger el à lui soumettre mon-plan, je le ferai avec plaisir, même avec reconnaissance, et peut être pours rais-je contribuer à conjurer l'orage qui gronde sur. Rotre tête. & +

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fiisTOrRE p'irarrr—( 1790 Y 2 | : bé:

Ce discours fut froidement accueilli par les membres du club Massiac; et on se séparà sans avoir pu sentendre : les idées généreuses qu'Ogé venait d'exprimer cffrayaient l'aristocratie coloniale. Dés lors il cessa toutes sortes de relations avec le club Massiac, et continua de. visiter. avec assiduité les négrophiles les plus distingués, , les Grégoire, les Brissot , les Pétion, les Lafayette. Ces célé brités l'accueillaient avec distinction, lui donnaient de a conseils , et lui promettaient un avenir heureux pour les peuples noirs et jaunes des répions tropicales. L'abbé Grégoire surtout, ainsi que le général Lafayette, avait pris en amitié. Il assistait souvent aux grands débats de la Constituante , et lorsque Mirabeau faisait retentir la tris bune de sa voix puissante, il éprouvait les plus fortes émotions, se -plaçait à la tête des siens dans les élans de son imagination ; obtenant pour eux la liberté et l'égalité soit par la force de l’éloquence, soit par là force des armes. Après ces séances orageuses, il reutrait chez fui la tête brûlante, et parlait à Raymond, son timide ami, d’une régés nération soudaine dans la colonie. Raymond calmait sa ‘fougue révos -lutionnaire, et lui disait que le temps aménerait les améliorations que désirait tout homme ami de l'humanité: |

Ogé était indigné de la conduite de Barnave et des colons du Club. Massiac; d'un autre eôté les lenteurs de l'Assemblée Constituante Firritaient ; car jusqu alors elle n'avait rien statué concernant les hommes de couleur. Le CE | | |

Dans son desespoir, il disait : « Je commence à me soucier peu que « PAssemblée. Nationale nous admette où non, mais qu'elle Peu bien « garde aux conséquences. Nous ne voulons pas demeurer plus long « temps dans la dégradation. Nous en Pr dépéhes tout de suite « à St.-Domingue et nous ne tarderons pas à les y suivre. Nous pou- «ons former sur nos habitations d'aussi bons soldats que ceux de «France. Nos propres armes nous rendront res spectabies et indépens «dans. Une fois que nous serons réduits aux moyens désespérés , des « milliers d'hommes traverseront en vain l A PRIME pour nous rames « ner à notre premier étal. »

Ogé découvrait dés-lors les grands événements qui ont amené ln: dépendance d'Haïti; et il se proposait, comme dernière ressource, d'ar: racher, $t Domingue à la France, si l'orguoil colonial ne cédait pas devant ses Justes réclamations. .

Pendant cet intervalle, un comité chargé d'examiner les affaires co: loniales fut institué (2 Mars 4 790). Deux projets de décrets rédigés par Barnave furent présentés à la constituante dans les séances du 8 et du 28 Mars. I était établi par l'article 4 des instructions: « que toutes W« es personnes agées de 25 ans accomplis propriétaires d immeubles ou « domiciliées dans la paroisse depuis deux ans payant une contribution, “se réuniraient pour former l'assemblée provinciale. »

… £régoire et plusieurs autres députés, demandérent en faveur des af

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ë6 HISTOIRE D'Hauri=( 1790 ).

* franchis, un amendement consacrant que toutes les persontics qui mé uniraient les qualités mentionnées en l’article 4, jouiraient , n'importen leur couleur, des avantages y stipulés. La plupart des députés se levérent et déclarèrent que l'assemblée nationale n'entendait pas qu'il yeut aucune différence de couleur, entre les citoyens. appelés à former Pas= semblée provinciale. Les députés du parti colonial firent quelques objections qui furent repoussées. Tls se lurent, cependant seréservant d'interpréter en leur faveur l'ambiguité des deux projets de déerets:

Les gens de couleur accueillirent avec enthousiasme la déclaration de la majorité de l'assemblée nationale interprétativé de l'article quatre des instructions , et ne doutèrent pas que la jouissance des droits politiques

ne leur fût accordée.

Alors aucune puissance, ni celle de l'amitié, ni celle dé la prudence; ne put retenir Ogé plus longtemps à Paris. Ilse disposa à retourner à St-Doimingue, déterminé à réciamer énergiquement l'exécutionvdes avantages politiques accordés à sa caste. | He AS

Mais pour partir, il éprouva des difficuités auxquelles il ne s attendait pas. Les membres du ciub Massiac avaient obtenu sans peine dume nistre de la marine Laluzerne qu'il fût äéfendu à n'mporte quel'homme de coulenr résidant en France de s’embarquer pour St-Domingue-"Les planteurs avaient cru pouvoir, par cette mesure, retenir en France les mulâtres éclairés qui cherchaient à traverser les mers pour aller propa= ger dans la colonie les idées de liberté que les philosophes européens répandaient avec tant d'enthousiasme. Sur la réclamation des hommes. de couleur, l'assemblée nationale leva l’ordre arbitraire du ministre de. la marine. Mais le club Massiac put éluder le décret de la constituan=" te: la plupart de ses membres étaient de riches habitans en relations“ directes avec le commerce de St-Domingue. 11 fit donc entrer dans ses“ vues, et les négocians des ports de mer, et les capitaines des navires marchands. Aucun armateur ne voulut recevoir un homme decouleur comme passager à bord de son navire. Les colons avaient même ordonné aux oîficiers de la marine marchande d'arrêter Ogé sur le bâti ment où ils le trouveraient en cas qu’il parviendrait à échapper*à la vigilance des armateurs, et de le livrer en arrivant dans la”colonie,,* aux autorités du Cap. wi

Ogé après avoir fait de vaines tentatives pour s'embarquer prit"de

he ue des à x

plusieurs membres de la société des amis des noirs des lettres dere commandation pour Clarkson , philantrope de Londres, ‘et partit pour l'Angleterre, sous le nom de Poissac.* Clakson, quoiqu'il l’eût reçuavec froideur , lui fournit quelque argent, et des lettres de crédit pouriles Etats Unis. Arrivé à Charleston , Ogé se procura des munitions de guerre, se mit en mer, et atteignit le 23 octobre dans la matinée la” rade du Cap. Comme on ne se doutait pas qu'il pût venir sur*un navire américain , 11 débarqua sans obstacle dans la soirée. Tous les

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nistofére p'Hatri.—( 1790 }) NE

Hâtimens arrivant de France étaient visités ; la côte était sévèrement gar : dée, et les autorités de Monte-Christ, dans la colonie espagnole, avaient même été suppliécs, en cas qu'il s’y présentât avec des complices , « d'arrêter les séditieux et de les faire conduire sous bonne escorte jus- @ quau Fort-Dauphin; ces précautions étant nécessaifes pour le bien «et la Sûreté de toutes les colonies en général. »

À la faveur de la nuit Ogé se rendit au Dondon où se trouvaient sa famille et ses biens.

Le club Massiac avait à Londres un agent nommé Guiton qui avait écrit aux planteurs la lettre suivante: « Un des négrophiles de Londrag ma confirmé le départ du mulâtre Ogé pour Samt-Bomingue. par « Ja voie de Londres. Cest monsieur Clarkson qui l'a Reg et fait parein; et il luiavait été adressé par les amis des noirs de Paris. Iln'y a guère que cinq semaines que ce mulâtre est embarqué. Je n'ai pu savoir s’il était seul ou non. »

Le club Massiac avait aussitôt obtenu du ministre de la Marine qi'on empêèchât le débarquement des hommes de couleur dans la colonie venant de n'importe quel pays. Vaines précautions de la tyrannie : Ogé était déjà dans son lieu natal.

Ea nouvelié de son arrivée au Dondon se-répandit aussitôt dans toute

la colonie. Des ordres furent donnés pour quon l'arrêtât. Mais Ogé - avait déjà vu se réunir autour de lui un certain nombre de ses amis, entrautres un nommé Jean Baptiste Chavannes, natif de la Grande-Rivière!, cultivateur-propriétaire, liomme de couieur. Plus entreprenant, plus: radical qu Ogé, Chavannes lui conseilla de soulever tous les ateliers, de proclamer la liberté générale, et d'anéaniir ainsi d'un seul coup l'orgueil colonial. Ogé recul devant ce projet gigantesque. Cependant il y avait songé en France. Chavannes néanmoins lui promit de iriompher ou de mourir avec Îul.

Ib ny avait aucun moment à perdre. Les: hommes de couleur au nombre de 250 prirent les armes, désarmérent les blancs de la Grande-Rivière (28 Octobre 4790 ,) mirent Vincent Ogé à leur tête, nom- -mérent Chavannes adjudant-major du camp, et capitaines plusieurs d'entre eux. Pensant que ses réclamations appuyées d’une force imposante seraient écoulées, Ogé expédia unc lettre au gouverneur de Peinier , par laquelle ül lui reprochait de n'avoir pas fait promulger le décret du 28 Mars 1790. C'était une erreur; ce décret fut publié ; mais 1l ne fut interprété par le gouvernement que favorablement aux colons. IL finissait sa lettre en disant: « Non! non! « Mr le comte, « nous ne resterons point sous le joug, comme nous avons été depuis « deux siècles ; la verge de fer qui nous a frappés est rompue: nous « réclamons l’exécution de ce décret ; évitez donc, par votre prudence, un mal que vous ne pourriez calmer. … Ma profession de foi est de faire « exécuter 1® décret que j'ai concouru à faire obtenir, de repouser a Ja force par la force, et enfin de fairé çesser un préjugé aussi LÉ

« juste que barbare. » Sa lettre ne produisit sur le gouverneur qu'u

sentiment de pitié.

Pendant ce temps, dans la nuit du 30 Octobre, les gens de cou

leur rencontrèrent vers les hauteurs du Dondon deux dragons blancs qui portaient à Ta municipalité de la paroisse l'ordre de lassemblée du Nord de prendre les mesures les plus énergiques contre les’ gens de couleur. Ils furent arrêtés et conduits en présence d'Ogé qui leur dit: « Il ne vous sera fait aucun mal, nous ne sommes pas des-hom- « mes de sang; en cela nous ne ressemblons pas aux hommes de votre & caste; du reste votre grande jeunesse m'intéresse; il est affreux « de mourir à votre âge. Voici un sauf-conduit , partez ei pose au « Cap ces deux lettres. »

L'une adressée au président de l'assemblée du Nord était conçue en ces termes : « Apprenez à apprécier le mérite d'un homme dont l'in- « tention est pure. Lorsque j'ai sollicité de l'assemblée nationale un « décret que j'ai obtenu en faveur des colons amériCANs , connus ancien- « nement sous l'épithète de sangs-mêlés, je n'ai point compris dans mes & réclamations le sort desesclaves. Vous et nos adversaires avez empoison- « né mes démarches pour me faire demériter des habitans honnêtes. Non, & non, messieurs , nous n'avons que réclamé pour une. classe d’ hom s mes libres, qui étaient sous le joug de l'oppression dupuis deux

« siècles. Nous voulons Flexécution dü décret du 28 Mars. Nous

« persistons à sa promulgation , et nous ne cessons de répéter à nos

amis que nos adversaires sont injustes, et qu'ils ne savent point con«

cilier leurs intérôts avec les nôtres. etc. etc. ete. »

L'autre lettre adressée au général Vincent commandant de la pro-

vince du Nord renfermait ce qui suit: « Nous/exigeons la promulga- « tion du décret du 28 Mars; nous nommerons des électeurs, nous « nous rendrons à Léogane; nous nous fortifierons, nous repousse « rons la force par {a force si l'on nous inquiéte. L'amour propre « des colons se trouverait offensé si nous siégions à côté d'eux; mais « at-on consulté celui des nobles et da clergé pour redresser les mille « et un abus qui existaient en France. »

Le rapport des deux dragons et ces deux lettres répaändirent au Cap. À

une grande alarme. On disait dans les rues qu'Ogé avait soulevé les slellèng de la plaine du Nord, au nom de la bber té et que des ban-

des innombrables d'esclaves roulaient comme des torrens vers la ville,

ne laissant derrière elles que des cadävres de blancs assassinés, et des ruines. Les autorités mieux informées , et ayant des renseignemens certains sur l’attroupement d'Ogé, firent battre la générale et réunirent 800 hommes de troupes. Le général Vincent, à la tête de ce petit corps - d'armée, prit le chemin de la plaine.

Les mulâtres étaient réunis au nombre de deux-cent-cinquante environ lorsque le général Vincent les atteignit. Ils furentattaqués avec vigueur. Mais les blancs furent bientôt découragés par la résistance

HISTOIRE D'rarri(. 1790 } . 58 “qu'ils renconirérent. Ogé et Chavannes par leur audace soutenaient le courage des leurs. ' La cavalerie de couleur finit par enfoncer Farmée blanche , et par la mettre en pleine déroute. Vincent ne dut son salut qu'à la vitesse de son cheval et rentra au Cap avec les débris de ses troupes. Cette affaire jeta une si grande terreur pese les colons que peusentfallut qu'on ne massacrât fes hommes de couleur du Cap. Un conseil militaire chargé de diriger les opérations s'organisa aussitôt; Ja’ tête d'Ogé fut mise à prix pour cinq cents portugaises, et le colonel du. régiment, du Cap, Cambefort, reçut l'ordre de prendre le éommandement de 1,600 hommes de troupes de ligne , d'une compagnie d'artillerie , d’une de cavalerie, de deux-cents noirs ar més , et de disperser ce rassemblement de bri gands.

Ogé n'accueiliit jamais "le projet de Chavannes de soulever les esclaves, comme.les colons l'en ont accusé. ne demanda que la jouis: sance des droits politiques pour les affranchis, c'est-à-dire pour les moirs et les hommes &e couleur libres, el l'émancipation progressive . des esclaves des deux couleurs. Il ne commit aucun assassinat dans la plaine, et punit, au contraire, sévérement , plusieurs de ses cavaliers ieR avaient tué un boucher blanc nommé Sicard.

Aprés cette victoire, Chavannes lui proposa de nouveau de otléuér les ateliers, mais ce fut en vain. Il ne parlait que du décret du 28 mars, ei de la nécesssité où se trouveraient les blancs ; contraints par lan force dé la justice des réclamations des affranchis, de reconnaitre leurs droits. Les colons eussent bien mieux comoris les argumens d'Ogé présentés par 30,000 hommes armés autour du Cap. La nouvelle de son succès avait grossi sa bande.

Cambefort, avec 3,000 hommes environ et deux pièces de campa-

gne, vint attaquer vigoureusement Îles hommes de couleur. … Ogé sans arlillerie ne put longtemps luttér contre des forces supé- Heures en nombre et en tactique. Il céda le terrain et se relira au sommet du morne Beauséjour, où il attendit les blancs. Cambefort vint By attaquer et le culbuta de nouveau. Après ce second @&æhec, Ogé ne put plus retenir ses compagnons, Sous son drapeau La désertion se mit dans leurs rangs, et il nenresta que vingt quatre autour de lui. I résolut, ainsi que Chavannes , de seretirer Ga ins la colenie espagnole. Avant de pénétrer dans les bois, ils mirent en liberté douze prisonniers blancs en leur faisant pr omettre de respecter le décret du 28 Mars. Parvenu à Hinche, Ogé fut arrêté, ainsi que ceux qui l'accompagnaient, et mis en prison. Ses armes, ses effets, ses papiers furent saisis.

…Chavannes qui s'était égaré dans les bois, débétiéhà dans le bourg de St-Jean, et fut arrêté de la méme manière. Ce fut envain qu ils se déclarèrent sous la protection du gouvernement espagnol. Ils furent conduits à Sto-Domingo et emprisonnés à la Tour.

- Pendant ce temps les blancs étaient rentrés en triomphe dans la villo

C2 PORC UE «Ré

du Cap avec des prisonniers auxquels ils avaient fait subir en chemin | les plus mauvais traitemens, . à 44 M. Blanchelande dont nous ‘parlerons plus tard avait remplacé M. de Peinier dans le gouvernement de St-Domingue. Ce dernier faussement accusé d’être le protecteur des hommes de couleur avait donné sa dé: mission. Un des premiers actes de Blanchelande pour se faire bien venir du parti colonial, fut de demander au gouverneur de la colonie eg pagnole l’extradition d'Ogé, de Chavannes et de leurs complices, sé: tayant sur un traité tombé dans l'oubli, existant cependant entre les deux puissances. : | | | HE Le gouverneur don Garcia, son assesseur, l’interprête public et un notaire-greffier, réunis au quartier des vétérans, interrogérent les prisonniers au nombre de vingt six y compris deux esclaves. Ils furent chaleureusement défendus par l'assesseur don Vicente Faura. Néanmoms l'audience royale, le 21 Décembre 1790, décida quils seraient livrés à leurs oppresseurs: SLA Bianchelande et l'Assemblée du Nord, en demandant l’éxtradition des conjurés avaient mis en avant le nom du gouvernement français afin de n'être pas obligés d'envoyer solliciter en France, contre Ogé et Cha= vannes, un décret qu’ils n’eussent pas obtenu de l'Assemblés: Nationale, et pour ne pas laisser aux espagnols le temps de la réflexion. | La corvette-!la Favorite, sous les ordres du capitaine Négrier , se reudit à Sto-Domingo, prit à son bord les prisonniers et les ame: na au Cap. : | Quant à Vicente Faura, 1} excita l'admiration du roi d'Espagne qui lui accorda des récompenses et des honneurs, * Le jour du-débar: quement des prisonniers dans Ja ville du (Cap fut une fête pour les blancs. Ces infortunés furent jetés dans de sombres cachots, et il ny eut pas un mouvement en leur faveur. Le capitaine Négrier fut récompensé avec magnificence, et l'assemblée du Nord demanda au roi de France la croix de St-Louis pour don Garcia. Le débonnaire Louis XVI, conseillé par les aristocrates qui l'entouraient, crut bien faire en accordant à l'Assemblée du Nord ce qu’elle lui avait demandé. > On a vu que de Peinier avait cédé le gouvernement à M° de Blanchelande. Il avait été dégoûté des troubles de la colonie, et avait demandé sa démission au ministre Laluzerne. Il ne s'était si longtemps soutenu qu'en opposant les révolutionnaires aux indépendans. l'avait eu l'espoir d'établir l'autorité royaliste sur les ruines de ces deux partis, et 1l avait assez bien réussi quand il abandonna le pouvoir. Dans les premiers Jours de Novembre 1790 il était part pour France. . Rouxel de Blanchelande, oflicier sans gloire militaire, composa âussitôt son conseil de M° Mauduit, de plusieurs autres aristocrates, et ne déguisa pas ses projets contre-révolutionnaires en faisant emprisonner

» * Géographie du citoyen B. Ardouin.

#8 de patriotes. Des félicitations qu’il reçut du nouveau ministre e la marine Fleurieu et de Louis XVI, achevèrent de l'entraîner dans le parti aristocratique. Il parcourut la province du Nord, supprima les municipalités qui pouvaient contrarier ses projets, et revint au Portau-Prince où 11 reçut une députation des sociétés populaires des Cayes qui lui demandaient du secours contre les gens de couleur.

Ceux-ci, dans le Sud, plus nombreux et aussi riches que les blancs, se montraient redoutables, et avaient fait à la France-un don patriotique de six millions. En apprenant la révolte d'Ogé ils avaient pris les armes en demandant l'exécution du décret du 28 Mars, et s'étaient “réunis au nombre de 500 sur l’habitation Prou, quartier de la Ravine Sèche, au milieu d'une gorge qui débouche dans la plaine du Fond. ls mirent à leur tête plusieurs des leurs, Rigaud qui s'était fait remarquer par sen courage pendant la guerre de l'Indépendance amérigaine, Bleck, Remaray et Faubert. |

Les blancs des Cayes, sous les ordres d’un ancien militaire nommé Lefèvre Duplessis, marchèrent contre la Ravine Sèche et contraignirent leur général à en venir aux mains avec les mulâtres. Après un rude combat, et malgré le feu vif de leur artillerie, les blancs furent battus et poursuivis au loin dans la plaine.

M° de Blanchelande, répondant à l'appel de la ville des Cayes, y en-

voya le colonel de Mauduit. Le régiment du Port-au-Prince débarqua au Port-Salut le 28 Novembre 1790. Mauduit se rendit aux Cayes et marcha delà sur le camp de la Ravine.

Les hommes de couleur menacés par des forces supérieures en nombre et en tactique se dispersèrent. Rigaud fut fait prisonnier, et ses compagnons furent désarmés et traités avec hauteur par M° de Mauduit qui leur dit: « Gens de couleur libres, je vous parle au nom de la nation, de la loi et du roi; vous avez été égarés par de folles pré- « tentions; vous ne devez jamais franchir la ligne de démarcation qui « vous sépare des blancs vas pères et vos bienfaiteurs; rentrez dans le devoir.....,...........»

Mauduit revint en triomphe au Port-au-Prince, après avoir désarmé les pompons-rouges du Petit-Goâve et de Léogane. Il fit emprisonner Rigaud qu'il avait amené et plusieurs autres hommes de couleur, entre autres Pinchinat ; ce qui aigrit contre lui les affranchis. Quant aux petits-blancs, ïls ne lui pardonnérent pas le désarmement des confédérés du parti révolutionnaire. |

Après ces événemens il y eut une lueur de tranquillité dans la colonie. Le procès d'Ogé et de Chavannes s’instruisit pendant les mois de Janvier et de Février 1791. Envain demandèrent-ils un défenseur. Le 23 Février 1791 ils furent condamnés par ke conseil supérieur du Gap, sans avoir été entendus, au supplice de la roue, comme eoupables du crime de rébellion. si » L'Assemblée du Nord eut la barbarie d'insulter à leur malheur en

AS ï #

| | ie 62 | HISTOIRE D'HAITI.—( 1791 )

ordonnant qu'ils ne fussent pas exécutés sur la place destinée au sujplice des criminels blanes , afin qu'un échafaud qui n'avait vu couler jusqu'alors que le sang d’une race pure et souveraine, ne fut pas souillé par un sang impur......... “tree Au jour de Fexéeution (28 Février 4791) les condamnés couduits M devant l'Eglise, nu-pieds, nu-tête, en chemise, la corde au couspor- M tant chacun une torche de cire, au, milieu d'un peuple immense, déeclorèrent à genoux qu'ils se repentaient du crime qu ils avaient commis, et qu'ils en demandaient pardon à Dieu. Bin Au centre de la place d'armes était dressé un échafaud surmonté de deux roues. Les- bourreaux les y atiachèrent la face tournée verswle Gel, et à coups redoublis de barres de fer leur rompirentiles cuisses, les jambes, les bras et les reins. Calmes et résignés ils ne Mirent eniendre aucune plainte. | 7 L'Assemblée du Nord, égarée par la haine qu'elle portait aux gens de couleur, assista en corps: à cette exécution, comme à unefêtenatio* nale. Quand ces victimes eurent fermé les yeux; elles éuréntia tête. tranchée : celle d’Ogé fut exposée sur le chemin du Donûdon heu desa naissance, celle de Chavannes sur le chemin de la Grande-Rivière: Peu de jours après, deux autres Compagnons d‘Ogé furent rompus vifss* vingt-un pendus, et treize condamnés aux galères à perpétuité: Plusieurs auteurs et les colons ont prétendu qu'Ogé s'était montré faible pendant sa captivité et le jour de son exécution, eh dénonçant dans un testament ses principaux complices, el en se meltantà genoux en présence dé l'Eglise. up | ENT AS Vincent Ogé mourut avec un rare héroïsme, et releva l’énergie des siens. » Le testament dont on a beaucoup parlé et qu on lui attribue est de Jacques Ogé son jeune frère; quant à la circonstance par laquelle il s'est mis à genoux, on ne doit pas perdre de vue qu'il y fut contraint par la formule du jugement de condamnation. Il cessa de vivre à l’âge de 35 ans. Il avait de la conviction et de la grandeur d'âme. | | Après avoir respiré, en France, Flair de la liberté, et avoir frater- “ nisé avec les plus grandes célébrités de là Constituante, de retour dans « son pays, 1] aima mieux mourir que de s’y replacer dans une condition dégradante. | cf Au Port-au-Prince le parti royaliste perdait chaque jour de sa prépondérance ;° 1} n'était plus soutenu que par le régiment de Mauduit, dont les soldats étaient cependant entourés de toutes les séductions de la population. La eanaille blanche était dirigée par un aventurieritalien nommé Pralato et par une femme d'une grande taille et forte, nommée M."° Martin. Celle-ci toujours armée d’un sabre et de pistolets), la tête chargée de plumes rouges, les épaules nues couvertes delongs cheveux noirs, assistait à tous les clubs , ÿ haranguait le peuple qu'elle

. Lun était Jacques Ogé dit Jacquot frère de Vincent Ogé,

S'attachait par des distributions de pains et de viandes. Elle déployait surtout contre le colonel de Mauduit un acharnement qui allait jusqu’à la page. Sur ces entrefaites , de Blanchelande apprit parle journal le Courrier de l'Europe que M° de Villages arrivait dans la colonie avec des troupes connues par leur énergie révolutionnaire, Malgré les précautions du gouverneur, de Villages parut dans la rade du Port-au-Prince le 24 Mars 4791. Il n'avait pas reçu les dépêches par lesquelles Blanchelande lui ordonnait de débarquer ses troupes au Môle St Nicolas.

… Les pompons-rouges relevérent aussitôt la tête. se transporiérent à bord des navires de l'escadre, en gagnèrent les équipages, et les portèrent à la révolte. Blanchelande aulieu de déployer de l'énergie, de sévir contre les rebelles, comme le lui conseiilait de Mauduit, voulut employer les voies de la douceur. Il se rendit à bord, fut insulté par les maielots, el revint humailié au gouvernement. Une députation des équipages vint auprès de lui, et ne craiguit pas de lui demander pour quel motif il voulait envoyer l'escadre au Môle St-Nicolas.. Il eut la faiblesse de montrer l'ordre du ministre de la marine et d'accorder aux apitateurs , contre Flavis de Mauduit , trois jours pour se rafraîchir avant de partir, |

Mauduit plein d'indignation entendait le tonnerre qui devait le foudroyer; mais les ordres du gouverneur lui ôtaient la faculté d’agir. Cependant 11 se montrait calme et disposé à affronter tous les dangers.

Les condescendances de Blanchelande au’ lieu de calmer les équipages avaient rendu la révolte générale à bord des bâtimens de l'escadre, le Fouguux, le Borce, la Prudence et l'Uranie. Les régiments d'Artois et de Normandie débarquérent avec les matelots. La plus grande fermentation régnait dans la ville. Les soldats furent portés en triomphe ; et par les insinuations des habitans , il refusèrent de fra terniser avec ceux du régiment du Port-au-Prince qu'ils traitèrent de vils instruments de la tyrannie. Les grenadiers de Mauduit honteux - d'être appelés aristocrates abandonnèrent leur colonel et firent cause <ommune avec la populace. |

Les hommes de couleur de leur côté, humiliés et irrités depuis l’affaire de la cocarde jaune, se joignirent aux petits blancs; et sur leur demande, les agitateurs se transporièrent à La prison et mirent en hberté Rigaud, Pinchinat et plusieurs autres.

Les partisans de l'ancien comité de l'Ouest , quand ils se virent maitres des forces de la ville, se rendirent au palais du gouvernement, demandérent à Blanchelande la suppression de la corporation des pom-

ons-blancs, le rétablissement de la garde nationale et du comité de Ouest, la reddition des drapeaux des pompons-rouges, et celle des registres des districts. Blanchelande eut la faiblesse de tout accorder.

Pendant ce temps, Mauduit était seul chez lur; ses soldats qui, la veille, lui avaient juré de mourir à ses côtés l'avaient abandonné. La foule se &ansporta en sa demeure, l'en arracha, le traina au gouvernement pour

6t pisToire DHAITI.—( 1791 ) Y prendre aussi Blanchelande, afin de les conduire ensemble au comité de l'Ouest qui s'était déjà organisé. Au milieu de cette agitation générale , le gouverneur, avait presque perdu la tête. N'osant faire Bee à l'orage il s'était sauvé par une porte dércbée du palais , et s'était retiré à deux lieues de la ville sur une habitation où il s'était cachés en attendant l'issue des évènenens. |

Mauduit fut ramené en sa demeure au milieu d'un peuple de forcenés qui l'insuliaient , brisaient les meubles de sa maison. 1 -fat contraint de leur livrer les drapeaux de la garde nationale enlevés dans. la nuit du 29 au 80 Juillet 1790.

Une compagnie des grenadiers de son régiment les transporta dans la salle du comité. Alors là multitude demanda à grands cris que de Mauduit vint présent er ses excuses aux membres du comilé réunis à

l'église. Il sortit de chez lui au milieu des imprécations de la foule qui, ;

excitée par madame Martin, voulait le déchirer. Quand àl fut arrivé près

du local du comité populaire , il déclara qu'il ne ferait pas amende.

honorable, qu'il avait toujours agi dans Finterêt de la patrie:

A la lenterne l'aristocrate ! fat le cri qui sortit de la foule. De.

Mauduit demeura ferme et répondit à la muilitude par un sourire de mépris. Les femmes furieuses qui entouraient madame Martin sejetèrent d'abord sur lui; ses grenadiers, la veiile si fidèles, partagéreut la rage du peuple, se saisirent de lui, et un sapeur de son régiment

Jui traneha la tête.* Ses ébaulettes furent aussitôt arrachées , ses mem-

bres coupés jetés ça et là, et sa tête poriée au bout d'une pique par toute la ville. Madame Martin, femme blanche, trancha avec un couteau ses parlies génitales, et les porta chez elle en triomphe, LEE

Quand ces scènes d'horreur furent terminées, le peuple se rendit, à . Péglise où fut chanié avec pompe un Te-Deum. Le soir de cette hor: rible journée la ville fut illuminée, et les navires de la rade pavoisés,. lancérent tant de fusées qu'on eût dit une pluie de feu.

Pas un seul colon ne manifésia quelque piué pour M. de Mauduit.

Cependant 1l était blanc et un des fermes soutiens de l'esclavage mais ceux que l'habitude de la tyrannie domine, peuvent-ils éprouver quelque compassion, à la vue du sang , même pour leurs semblables.

Un des esclaves noirs de Mauduit nommé Pierre, se montra inconsolable : il réunit les membres de son maitre, épars * dans les différents quartiers de la ville, et les enterra près du cimetière; car le clergé

r D'après le rapport des offieiers du régiment du Port-au-Prinee, à VAS semblée nationale, sur cet événement, Mauduit, fut tué vis-à-vis deMa:

maison Bouzigue, rue du DRE, près de la rue des Fronts-Forts ets tenait le comité. |

#* D biens écrivains européens ont avancé à tort que Mme. Martin était une femme de couleur, Mme. Martin était une blanche provençalg-

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lui avait refusé la sépulture, les révolutionnaires voulant que son cadavre deviat la pâture des chiens et des oiseaux de proie.

Pierre se jeta ensuite sur la tombe de son maître, adressa à Dieu une courte prière, et se brüla la cervelle.

Voilà un de ces hommes qui, d’après les blancs , étaient privés de toute sensibilité, et n'appartenaient pas méme à la race humaine,

Caradeux , habitant de la plaine du Cul-de-Sac, dont nous connaissons déjà la cruauté, fut nommé par les petits- blancs capitaine gés néral de la garde nationale et remplaça M° de Blanchelande. Cet aventurier italien nommé Praloto, célèbre par toutes sortes de fprfaite, prit la place de M° de Merveillère , chevalier de -St-Louis, inspecteur des fortifications. Il rendit formidable l'artillerie de la garde nationale qu'il commandait depuis les premiers troubles de la colonie.

La municipalié, qui fut la première du Port-au-Prince, se donna les attributions de l’Assemblée provinciale, supprima la place d'intendant, nomma de nouveaux membres au conseil supérieur du Port-aue Pince et s attribua les fonctions de lieutenant du roi.

Cette révolution consommée le 5 Mars 1791, abattit entièrement le parti royaliste dans les provinces de l'Ouest et du Sud ; et la basse classe blanche prit l'autorité dans la ville du Port-au Prince qui gémira de ses brigandages et de ses fureurs. Elle dominera seule, persécutera la classe riche etsrefusera de se metire en contact avec les hommes de couleur qui ne feront respecter leurs droits que les armes à la main.

Quoique les afranchis n'opposassent en général que de la résignation aux injustices des blanes, quelques families de couleur, dans les câmpagnes , répomlaient avantageusemeut aux attaques dirigées contre elles.

Buisson Desmarres occupait au Fond Parisien une habitation qui était sa propriété. Un jour, au lever du soliel, il était assis seul devant sa grande case. Un blanc, son voisin, dont l'insolence était con nue des hommes de couleur, passa devant lui, et lui dit : on te prendrait pour un seigneur; les mulets comme toi, attelés aux cabrouets, né devraient-ils pas être déjà au jardin? A ces paroles insultantes Buisson Desmarres se lève, saisit le blanc à la gorge d'une main de fer, le renverse à ses pieds et lui applique deux soufflets. Le colon so releva honteux et écrasé sous le poids de tant d'audace. Il monta aussitôt dans sa voiture, et partit pour le Port-au-Prince avec Îles traces pourprées sur ses joues de la violence du mulâtre.

Desmarres revenu à lui-même vit le danger où il s'était jeté : battre un blanc était alors non pas un assassinat, mais une conspiration qui entrainait les suites les plus graves. Cependant il ne se découragea pas: il réunit ses amis, les Poisson , les Renaud, plusieurs autres habitans de couleur , qui jurérent de partager ses périls.

Le blanc en arrivant au Port-au Prince raconta sa mésaventure qui exclla une indignation générale : il ne fut bruit que de cette affaire; de toutes parts l'on n'entendait que ces mots : Un Mulâtre a osé battre un blaac!!

69 ÉISTOIRE D'HatTt.—( 1791 )

Aussitôt après cinquante cavaliers partirent pour le Fond Parisien. Bes:" marres, averti de leur arrivée, réunit ses amis, et se détermina à la résistance. Cette énergique résolution provenait du désespoir. Hls savaient tous que leurs familles allaient être maltraitées, emprisonnées | et que leurs biens seraient confisqués. Mais ils préféraient la mort à tant d'humiliations. Ils s’embusquérent dans le chemin par où devaient: arriver les blancs. Quand ceux-ci parvinrent sur l'habitation Buisson,

ils essuyèrent le feu de l'embuscade et perdirent un des leurs.

+ Aussitôt, les blancs en fureur se répandirent dans les Jardins de cannes, en tirailleurs; mais la petite bande des hommes de couleur, commandéé par Poisson, le plus âgé d’entre eux, manœuvra si bien, ayant la connaissance des localités, qu’elle mit les blancs en pleine déroute, leur tua plusieurs hommes et en blessa un grand nombre. Les cavaliers se rallièérent sur l'habitation Rebus.. Les hommes de couleur sans perdre le temps en de vaines joies dressèrent une embuscade sur le“ chemin du Portau-Prince; le lendemain les blancs s en retournant: furent accueillis parun feu vif des deux côtés du chemin , et mis en: déroute après avoir encore perdu quelques hommes. |

Poisson, sans attendre des nouvelles du Port-au-Prince, se disposa à résister à de nouvelles attaques, et à se ménager une retraite dans la partie espagnole, au cas que la fortune tournât contre fui. Les hommes de couleur armèrent leurs esclaves les plus intrépides,, et envoyèrent les nommés Desruisseaux et Ferrier demander des secours aux paroisses voisines ; mais les hommes de couleur des autres quartiers, tenus en respect, ne purent faire aucun mouvement. We

L'autorité du Port-au-Prince, inctruile de ce qui s'était passé, fit. partir pour le Fond-Parisien le régiment d'Artois, un bataillon de la garde nationale blanche et une compagnie d'artillerie. Ils arrivèrent sur l'habitation Desmarres au nombre de 4,500 hommes, la trouvérent abandonnée et l’incendièrent, ai À

Les hommes de couleur ayant reconhu l'inutilité de la résistance avaient atteint avec leurs familles les frontières de là colonie espagnole. Arrivés sans obstacles au bourg de Neybe, ils écrivirent au gouverneur de Santo Domingo pour lui demander asyle et protection. On leur répondit qu'ils pourraient devenir propriétaires et sujets espa- * gnols, s'ils le voulaient, et qu’une pension mensuelle leur serait allouée tant qu'ils resteraient dans les états de Sa Majesté Catholique. Hs rentreront bientôt dans leurs foyers, à la faveur des révolutions qui. ne tarderont pas à éclater. |

Sommaire. La Constituante décrète que trois commissaires séront envoyés à Maint Demingue.—Décret du 15 Mai 1791HÆfets de la nouvelle de ce décret à Saint- Domingue.—Les affranchis se réunissent au Mirebalais —Seconde assemblée coloniale—Ælle se transporte au Cap—Blanchelande pour trouver des auxiliaires contre les Indépendañs, excite à la révolte: les: esclaves du Nord. Réunion à Lenormand Insurrection générale — Les blancs de tous les partis égorgés dans les campagnes.— Jeannot attaque le Cap.—Candy.— Projet d'indépendance de !’Assembléo coloniale. — Rouvrai.— L'assemblée coloniale demande des secours à l'Angle-

terre.— Les insurgés s'organisent — Jean François et. Biassou. — Ils attaquent le Cap.— Boukman.— Feannot et Jean François se divisent. Mort de Jeannot —Prise

» du camp Galifet— Casa Major. — Thouzard— Les gens de couleur chassés du Port-au-Prince —Réunion chez Rastau.—Bauvais nommé eapitaine-général des affranchis.— Camperment de Uiègue.— Combat de Nérette- Bataille de Pernier. — Les aflranchie au Trou Caiïiman— Concordat des hommes de couleur avec les blanes royalistes — Concordat avec les petits blancs. — Entrée‘ solennelle des affranchis au Port-au-Prince — Affaire des Suisses. — Décret du 24 Septembre 1791.— Deux partis dans l'assemblée coloniale — Affaire du 21 Novembre {791.— incendie du Port-

au-Prince— Adresse des hommes de eouleur.de l'Ouest à leurs frères. — Grrimo-: ard.— Les affranchis assiègent le Pert-au-Prince.-— Garran. Coulon demande à la Iégislative la confirmation du concordat de Damiens. |

En France le parti colonial ne cessait de s’agiter, contrariant tous les projets des philantropes en faveur des colonies. Malgré toutes les intrigues du club Massiac, et des quatre-vingt cinq députés de l’Assemblée de St-Marc retirés à Paris, l'Assemblée constituante décréta en Février 4791 que trois commissaires seraient envoyés à St-Domingue pour y rétablir la tranquillité. Ce fut envain que les 85 contrarièrent cette mesure. Polvérel dont nous parlerons plus,tard, et Lacrételle, leur refusèrent le sccours de leurs talens, ne-voulant pas contribuer à arrêter à St-Domingue le développement de la liberté. Ges manœuvres quoique opiniâtres ne purent conrprimer l'essor des idées philantropiques : plusieurs villes de France, entre autres, Bordeaët, Angers et Chalons ÿrent des réclamations en faveur des Affranehis ; et le 15 Mai 4791,

65 | HISTOIRE p'HAITI.—( 1791 ) ;

la constituante décréta que les hommes de couleur nés de pères et mères libres jouiraient de tous les droits politiques. Les colons se saisi rent de cette occasion pour calomnier FAssemblée nationale de France ils publiérent qu’elle voulait livrer la colonie aux Anglais en y excitant In guerre civile; et Cormier, président d@ club Massiac, exhorta les plan« teurs qui étaient à Paris, à se rendre à St-Domingue pour y combattre les principes révolutionnaires. Daugy, un des 85, par une lettre aux habitans de la province du Nord, les excita à se rendre indépendans, s’étayant sur ces mots foudroyants pour le système colonial, sortis de la constituante: périssent les colonies plutôt qu'un principe.

Ge fut le 30 Juin que la nouvelle du décret du 45 Mai arriva au Cap, par un navire nantais. ‘Tous les préjugés coloniaux se soulevè" rent aussitôt: les planteurs renièrent ouvertement la France, et firentu des préparatifs militaires, pour s'opposer à l'exécution du décret. At Port-au-Prince, les petits-blanes qui y dominaient, tinrent la même conduite, et formèérent une confédération contre l'autorité de la Méz tropole. La classe blanche éprouva la même sensation dans toute las . colonie. | |

Que de passions contraires les événemens ne font-elles pas éclater à Partout le fort opprime le faible et partout les réactions sont terribles, La France se livrait aux excès d'une révolution que la tyrannie’ du cler gé et de la noblesse avait fait naître; à St-Dominguc les colons, voyant sortir de l’Assemblée Nationale des décrets qui n'étaient pas en harmonie" avec leurs intérêts, accusaient les philantropes qui en formaientla majow rité, d'être vendus à l'Angleterre. L'abbé Maury, Linguet et la gazette» de Paris gagnée par ke elub Massiae, avaient répandu dans toutes la France des écrits fulminants contre la Constituante. Ils prétendaients que Lafayette, le démagogue, avait emporté le décret du15 Mai, à la tête de dix-mille hommes ; que FAssemblée Nationale |, devenue li-« bre dans ses délibérations, avait témoigné son repentir d’avoir adopté le décret, que l'ambassadeur anglais l'avait expédié à son gouverne“ ment comme un témoignage de la démagogie qui bouleversait la Fran ce, et que l'Angleterre allait déclarer la guerre au gouvernement fran-. çais. Ce UE Ho Re . Tous les bordelais qui se trouvaient alors au Cap et au Port-au- Prince faillirent d'être massacrés, parce que les blanes de la colonie n'ignoraient pas que les citoyens de Bordeaux avaient proposé à l'AS semblée constituante d'envoyer à S'-Domingue une partie de la garde na tionale de leur ville, pour y faire exécuter le décret du 145 Mai. On parla de se livrer à l'Angleterre qui maintiendrait l’ancien système co lonial; et le drapeau britannique déployé dans une assemblée qui sex réunit à celte occasion fut accueilli par de grandes acclamations. Ce“ pendant les blancs n’osérent ni proclamer l'indépendance de St-Domin=« gue, ni déclarer la eolonie possession anglaise. J

+ Les hommes de couleur ne pouvaient rester plus long-temps pais

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bles spectateurs de toutes ces luttes. fndignés de l'injustice constante des blancs à leur égard , ils cesséreht de suivre les conseils pacifiques de Julien Raymond. Les planteurs étaient d'autant plus irrités contre les affranchis que ceux-ci sincèrement attachés à la France révolution. maire, refusaient de seconder leur projet d'indépendance dont le but était le maintien de l’ancien régime ou de la servitude. Dans une de leurs lettres du 27 Juillet 1790, ils avaient dit: « nous périrons fran- «ais, et nous noüs envelopperons dans le drapeau de la France qui « nous servira de suaire., » KT Déjà dans la plaine du Cul-de-Sac ils avaient des réunions secrètes ét suivaient l'impulsion d’un des leurs nommé Pinchinat, vieillard instruit, élevé en Europe. La promesse faite par Blanchelande de ne pas exécuter le décret du 45 Mai, avait achevé de les exaspérer. Du reste quelle eonfiance pouvaient-ils avoir dans l'assemblée coloniale , quand 11S la voyaient dominée par des hommes tels que Page et Bauvois auteurs de. plusieurs écrits dans lesquels ils étaient assimilés aux brutes. Les hommes de couleur du Nord n'avaient pas une aussi grande liberté d'action que ceux de l'Ouest: depuis le supplice d’Ogé , des échafauds éfaient dressés de toutes parts, et les blancs les surveillaient activement; aussi paraissaient-ils abattus et découragés. | «À la voix de Pinchinat les affanchis s’établirent ouvertement au Mirebalais, et demandèrent mais en vain l'exécution du décret du 45 Mai à Blanchelande qui traita leur pétition d'absurde et de criminelle. Alors ils se réunirent dans l'église de ce bourg et nommèrent dans la

même journée quarante délégués chargés d'employer les moyens les plus énergiques pour faire triompher leurs droits. [ls avaient choisi le Mirebalais pour le centre de leurs opérations , parce que ce lieu entouré de hautes montagnes est presque inaccessible, :

La main Divine paraissait couvrir d’un bandeau les yeux des colons afin qu'ils ne découvrissent pas la justice des réclamations des Op= Primés , ni les suites terribles de leurs crimes; car rendre son semblable esclave est le plus grand des crimes. Elle les conduisait à leur rume : les prières, les plaintes des Affranchis étaient *montées au ciel, ainsi que les gémissemens des esclaves. Les nègres et les mulâtres, comme les autres hommes sentaient l'injustice. La vengeance est si douce pour ceux qui ont souffert dans la servitude ! Comment les co- Jons nont-ils pu prévoir que cette masse d'esclaves les eût un jour étouffés , révoltée de tant de violences deven®es insupportables ? Que demandaient les anciens libres? l'égalité devant la loi, l'exercice des droits politiques. Mais de telles prétentions remplissaient de rage le, cœur des créoles blancs. Les Affranchis , sans espoir, après tant d'humiliations, d'obtenir par les voies de l'équité, ce qui leur était dù, souifrirent avec résignation, agirent dans l'ombre, et lorsque leurs opresseurs les croyant terrassés, dormaient sans remords dans leurs brillants palais, les flammes d’une insurrection générale illumie

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