‹ Histoire d'Haiti (volume 3)Chapitre 9 sur 57 · asrore D'uaiti · texte numérisé non relu

asrore D'uaiti

nérent St-Domingue. Alors le blanc voyant ses édifices éclairer lesré-

jouissances de nos péres, le sang ruisseler dans les campagnes, le. sang qui n'avait jamais ému son cœur, frissonna de terreur , et.

maudit peut-être mais trop tard son orgueil. Il pleura à son tour & M

Ja vue du sang; car ce sang qui inondait Îles plaiocs n’était plus le nôtre ; les têtes qui bordaient les grands chemins sur des piques, n'étaient plus les nôtres, et les cadavres qui servaient de pâture aux oiseaux de proie et aux chiens, n'étaient plus ceux des enfans de l'Afrique.

Les blancs craignant les prétentions des affranchis se hatérent de

former la seconde assemblée coloniale avant que le décret du 15 Mai

fat mis à exécution. Cette nouvelle assemblée se réunit à Léogane

‘en Juillet 4791. Elle s'ouvrit le 1.% Août, sous la présidence du,

marquis de Cadusch ardent contre-révolutionnaire, et se montra ani:

mée du même esprit d'indépendance que l'assemblée de Si-Mare. Elle !

appela à sa barre le gouverneur Blanchelande, et lui fit jurer qu'il

n'exécuterait pas le décret du 45 Mai lorsqu'il arriverait officiellement, \

Blanchelande our éviter une explosion et pour ne pas être déca-

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pité, céda à l'eflervescente populaire.

Nous avons vu que depuis l'assassinat de Mauduit, Blanchelande

| s'était retiré au Cap devenu la capitale de la colonie. Comme cette ville était bien plus hostile aux idées nouvelles que la province de

Ouest , l'assemblée coloniale, par un décret en date du 9 Août, Sy transporta. | j NS

Blanchelande et les autres chefs royalistes, aveuglés par l'esprit de parti, pour combattre l'influence de l'assemblée coloniale dont tous les efforts tendaient vers l'indépendance de S'-Domingue, se déterminèrent à soulever les ateliers de la province du Nord, comme de Mauduit avait, dans l'Ouest, pendant un moment , réuni lés gens de’couleur contre les petits blancs. Ils firent sans peine adopter ce projet à des hommes victimes de toutes sortes d’atrocités, et entendant retentir à

leurs oreilles le mot de liberté. Ge fut à Toussaint, esclave de lha-u

bitation Bréda au haut du Cap, qui se faisait remarquer parmi les

siens par une rfre intelligence et une grande piété, que les blancs

royalistes firent d’abord l'ouverture de ce projet. Ces dangereux auxiliaires que l'instinet seul de la liberté eût portés à la révolte, ne pourront être conduits par leurs instigateurs dès qu’ils auront pris les armes. Au Trou Bordet, au Boucassin, aux Vases, les ateliers s'étaient déjà agités. e

Dans la nuit du 44 Août 1794, 200 députés des ateliers de la province

du Nord se réunirent sur l’habitation Lenormand. Là, un homme de couleur leur donna lecture d'un prétendu décret, par lequel le roi leur

aecordait trois jours de liberté par semaine. Il y fut décidé .que le 22»

du même mois l'insurrection serait générale. | + Au jour fixé, à dix heures du soir, des tourbillons de flammes sortant du quartier de PAcul et s’élançant dang l'espace, dons

Histoire D'Hatti.—{ 1791 7

Yrént le signal de riéitisénhn Les esclaves mirent à leur tête Jean François qui eut pour lieutenants Boukman et Flaville. Ils les portèrent en triomphe au son d'une musique africaine qui répandit partout la terreur. Toute la plaine du Nord fut à feu ct à sang; él dans les campagnes , les blancs de tous les partis tombèrent sous les coups de leurs esclaves qu'ils avaient torturés sans pitié, pendant de nombreuses années. Ceux qui échappérent au massacre vinrent augmenter au Cap l'effroi qui y régnait déjà. Les blancs de cette ville se voyant entourés de hux-mille esclaves, et croyant les gens de couleur les auteurs de cette insurrection, se jetérent sur eux dans les rues et en massacrérent un grand nombre.

Blanchelande, effrayé de son œuvre, mit aussitôt le Cap en état de défense , et fit partir le colonel de Thouzard à la tête d'un régiment peur reprendre le Limbé. En même temps de nombreux insurgés , sous les ordres d'un nommé Jeannot, attaquérent le Cap avec la fareur de la rage et le fanatisme de la liberté.

En vain la mitraille moissonnait ces hommes qui préféraient la mort à l'esclavage : nus et sans armes la plupart, ils venaient expirer sur les canons et ia baïonnetie. Hs prirent le fort Bongars et en passèrent là garnison au fil-de l'épée. Thouzard, entendant le canon du Cap, rétrograda » ACCOurut au secours de cette ville, et contraignit Jeannot à "abandonner sa proie. Déjà 220 sucreries et 600 cafeiries avaient été fivrées aux flammes.

Dans la nuit de l'insurrection générale, Candy, homme de is avait pris les armes dans les environs de Ouaneminthe, à la tête d’un grand nombre des siens, la plupart condamnés par contumace dans l'affaire d'Ogé. Les communications entre le Nord et l'Ouest furent. Interceptées ; et les députés de l’Assemblée coloniale qui voulurent se rendre au Cap par terre furent obligés de traverser la colonie espagnole; et d'atieindre le Fori-Dauphin, d'où ils se rendirent à leur destination. Deux d'entr eux, Moins prudens que les autres, Odelueq et Daverhoult pénétrèrent dans la provinæ du Nord, furent pris au set Galifet, et sciés entre deux planches.

L'assemblée coloniale étrangère aux manœuvres des chefs royalistes, attribua ces révoltes aux principes révoiutionnaires, et se déterminæ à se détacher de la métropole, au moins pendant les tourmentes de Panarchie qui régnait en France. On effaça de la salle des séances cette inscription : la nation, la loi et le roi. Cadusch, président de l'assembiée, ôta de son chapeau la cocarde tricolore, et la remplaça par la cocarde noire, sans opposition de la part de Blanchelande qui luie’ même fit prendre à l'armée la cocarde jaune et verte en attendant une occasion favorable d’arborer le drapeau blanc. Le gouverneur nomma de Rouvrai, ardent royaliste, commandant général de la partie orientale de la dépendance du Nord. Rouvrai établit des camps au Trou, à Vallière, et protégea les plaines du Fort Dauphin, Dans son eamp,

#8 ‘ à gisroine p’Harti'—( 1791 ) |

ainsi que dans celui des insurgés, le drapeau blanc flottait au Îieüs du drapeau tricolore. Les esclaves considérant Louis XVI comme un roi victime de son dévouement à la cause des noirs, avaient pris lan dénomination de gens du roi. Les espagnols qui n'avaient pu empês cher la révolte d’éclater, leur inspiraient aussi ces idées afin, en les, égarant, de les exciter contre la révolution française qui seule vou Jait leur émancipation.

:. Sur la proposition de Eadusch, l’Assemblée coloniale arréta quel des secours seraient demandés à l'Angleterre, à l'Espagne et aux États: Unis; et un de ses membres, Mr. Beugnet fut envoyé à cet effet à Ja Jamaïque dont le lord Effingham était le gouverneur. Il ne put obtenir que 500 fusils, 450 livres de balles. Lord Effiagham miten outre un navire de guerre anglais à la disposition de l'Assemblée co= loniale. Mr. Bryan Edward président de l'Assemblée générale de lan Jamaïque vint au Cap avec l'amiral Affleck. L'Assemblée colonrale vôta des remercimens à Pitt, ignorant ces paroles du ministre anglais : Je veux que les français prennent leur café au caramel. | 4 La révolte se propageait partout ; cependant les habitans montraient pan de zèle pour létouffer, méprisant les esclaves, et pensant qu'ils Jes feraient rentrer dans le devoir quand iks voudraient s'en donner la peine. De jeunes colons blanes, sous l'influence de ces idées, chargèrent , armés de fouets , des bataillons innombrables de révoltés, furent pris , pendus et écorchés. Au Cap, des échafauds étaient dressés nuit et Jour, et les esclaves faits prisonniers étaient rompus sur la roue, ou brüûlés-vifs. Deux membres de l’Assemblée provinciale assistaient toujours à ces horribles exécutions. Quant aux insurgés qui se rendaient, on leur appliquait sur la joue un fer rouge portant la Jeitre R (révolté) afin que sur les habitations ils ne fussent pas cons fondus avec les esclaves fidèles. jé | 4 Pendant ce temps les bandes s’organisaient. Jean François prit le ti. tre de grand amiral de France et de général en chef; ét Biassou , son lieutenant, celui de vice-roi des pays conquis. Ils dominaient ces ban=" des composées de congos, de mandingues, d'ibos, de sénégalais etc, tant par la supériorité de, leur intelligence que par là superstition. Is” établirent parmi elles une disciplinesévère, et se montrèrent aussi fierset aussi cruels envers les leurs que leurs maîtres l'avaient été à leur égard. . Jean François devenu souverain, pour inspirer du respect à la masse des insurgés, s’entourait du plus grand luxe, au milieu des ruines fuman-" tes de la plaine du Nord. Il portait un habit de général couvert de galons, chargé de cordons et de croix dont il avait dépouiilé des officiers blancs. Il parcourait les rangs de ses bandes, soit monté sur un. cheval richement eaparaçonné, soit dans une voiture traînée par quatre chevaux , tantôt blancs, tantôt noirs. Quant à Biassou, il s'en-* tourait de sorciers, de magiciens , et en formait son conseil. Sa tente était remplie de petits chats de toutes les couleurs, de couleuvres, !

d'os de morts ét de tous les autres objets, symbole des “superstilions africaines. Pendant ‘da nuit de grands feux étaient allumés dans son “camp; des femmes nues exécutaient des danses horribles autour de ces feux, en faisant d'effrayantes contorsions , et en chantant des mots qui ne sont compris que dans les déserts de l'Afrique. Quand l’exaltation était parvenue à son comble, Biassou suivi de ses sorciers, se présentait à Ja foule et s'écriait que l'esprit de Dieu l'inspirait ; il annonçait aux africains que sils succombaient dans les combats, ils iraient revivre dans leurs anciennes tribus en Afrique. Alors’ des cris affreux se prolongeaient au loin dans les bois ; les chants et le sombre tam: bour recommençaient , et Biassou profitant de ces momens d'’exaltation poussait ses bandes contre l'ennemi qu'il surprenait au sein de la nuit. @es insurgés sans tactique, ignorant entièrement l'art de là guerre, se précipitaient sur les canons, s’en emparaient et les tour- …naient contre les blancs. Souvent, à leur grand étonnement, les pièces ne parialent pas, après avoir été chargées par eux: ils avaient mis le boulet avant la poudre. Mais bientôt ils acquerront des connaissances militaires et formeront des troupes qui rivaliserontavec celles de l'Europe. fs «Jean François et Biassou sortirent de leur camp et marchèrent contre le Cap. Après avoir ‘obtenu quelques succès, ils furent battus; et Boukman dans la déroute fut fait prisonnier. Les insurgés se ral. liérent non loin de la ville. Boukman eut la tèle tranchée, et son cadavre fut brûlé à la vue du camp de Jean François. Sa tête ensanglantée, transportée au Cap, fut exposée sur une pique au centre de la place d'armes. Il avait su se faire aimer de ses compagnons qui le regrettérent et portérent pour lui le deuil, pendant plusieurs mois. .Le père Sulpice , l'aumênier de l'armée des insurgés, célébra pour lé repos de son âme des messes dans toutes les paroisses en révolte. » Sulpice était un européen que Jean Françeis avait sauvé du massacre des blancs, et qu'il eomblait d'honneurs et de richesses. Jeannot se proclamait le vengeur d'Ogé et de Chavannes, Il commandait, sous les ordres de Jean François , les quartiers orientaux de la province du Nord, et se livrait à d'horribles cruautés. Comme Biassou , il était sous l'influence des sorciers ; et par sa grande férocité il était parvenu à se faire redouter des siens. Ainsi que la plupart des hommes grossiers et fanatiques, tantôt il déployait le plus grand courage , tantot il démontrait la faiblesse la plus honteuses On l'avait vu à l'attaque du Cap diriger ses bataillons avec lintrépidité d'un héros, et dans quelques combats postérieurs être un des premiers à prendre la fuite. Son étendard était le cadavre d'un petit blanc porté au bout d’une pique dressée à l'entrée de son camp; et sa tente était ceinte de lances surmontées de têtes de blancs. Il violait en présence de leurs pères et de leurs. mères de nombreuses jeunes filles blanches ses prisonnières qu'il égorgeait,

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