‹ Histoire d'Haiti (volume 4)Chapitre 10 sur 14 · LIVRE TRENTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTIÈME

Sommairg. Caractère de liDSurrectîon. — Exécution de Henriitte St-Marc. — Exécution de Mahotière; effet qu'elle produit sur Jps cultivateurs. — Sans Souci se fait appeler général en chef. — Il veut établir dans le Nord le système africain. — Le général Boudet revient de la Guadeloupe — Il commande l'ai rondissemcot du Cap. — Le colonel Abbé est battu par Sans-Souci. — Christophe défi it p;ir Sana- Soucj — Les généraux Boyer et MaurPpas battus aux Mousliijues — Cruautés de Brun fît à iMaisance. — Toute la population se soulève aux Pcn<lus.— Mau repas accourt au s 'cours dî» B unet. — Insurrection de GapoM, — Combat de Chansi>rabie. — Capoix prend le Portdelaix. — Il en est chassé p>r B.unel — Organisation de la giudf^ natioqale d'S villes. — Loi martiale. — Le Cap capitale de la colonie.— Charles Béinir *i son épousi^ sont exécutée au Cap. — Proclamation de Leclerc annonçant que rmsurreclion e&t générale dans h s campagnes du JSord.

— Dessalines au Gnp. — Son .entretien av*c Leclerc — Il r^ çoit l'ordre d'exterminer les fecticux. — Conduite de Christophe. — Ses paroli-s ch^z le général Boudet — Pafmphile de Lacroix prend le commandement di' Foit^Librrté — Dessalines part du Cîip. — Il avertit •Pétion, à la P( titc Anî^e, des piètres que lui tend Leclerc.— Péîion et Clorvaux Kçoiveni i'ordie d'.*ll«r cantonner au haut du Capt

— Chiiïloph« envoie en Frnnce son fils Ferdinand av<'C le général Boudet — Entretien de Christophe avec Pétion au haut du Cap — Portrait de Pétioo. — Son cnrnctère — Inquiétudes de ;a populdtioh indigène* d-j Cap. — Déportés de la Guadt'Ioup»'. — Pétion se' détermine à prt-ndre les armes contre les français. — Il communique son- projc i à Clorvaux — Cal au palais du Cap. — Nouvellts de France. — Paroles de Clervnwx à madame L( clerc. — Leclerc fait entrer au Cap la 6t* coloniale. — La 13e coloniale demande sa solde arriérée. — Ses murmures. — Gefliard se sauve du C.p et annonce Pembiuquemf ni delà 6e coloniale qui dsit être noyée. — JVÎort de Dommage. — - Paul Louvcrlure se sauve du Cap.—»-

H18T0IRB D^ttAÎTI. — (1802.) . SW

"Pétlon et Clervaux se Boulèvent contre les fran<;ais au haut du Cap, et désartnont les blancs qui s'y lroiiv»*nt. — Us se rendent au morne Rouge.

— Paroles de Poiion à s^s soldats. — Ses efforts pour sauver les prisonnieis bltincs — Il les r-^nvoif» au Cao — Il se rend à Dhérii-ourt. — Son entrevue avec Pfiit-Noêl Prière^ chef d»^ band s. — Il riiourne au haut du Cap avec Clervaux, — Claudel attaqua les indi^^èn^'s; il est repoussé — Ego: cernent de la 6c coloniale dans la rad^ du C:îp. — Déi'Spoir de , I^oclfTC qui s'aperçoit que los indigentes se battf»nt pour l'ïadépenirtnce de St-l>oniin^ue. — Christophe renvoie au Cap le génénrl Boyé. — Il vient au haut di Cap, rt se rallie à Clervaiix et à Pétion. — Petit Noël Prière veut rafsassinor — Clervaux et Pétion s'y opposent.

— Les insurgés serrent de près le Cap. — Ëecicrc fait évacuer h.à nialades et les poudres sur la Tortue. — Il annonce, par une proclamation, l'insurrection de Pétion, dp Cl-^rvaux , de Christophe. — Actes ira politiques concernant les émancipés de 1794 — Ravfipres incroy-ibl^s de la peste. — Pertes d'-s français' depuis b'ur ddh.uqucnient. — Noyndes — B»hu trait de Ju rien, capitaine de frégate. -r-Les tronp'^s t"jropé<nnr'S s«î coticfntrent au Cap. — Pamphile de Lacroix évacue le Fort Ijibeité. — Tou3S. mt Brave tn prend possession. — Paroles de Leclera à PainpiîileJe Lacroi.x. — Celui ri se transporta à Monte-Christ, et repousse Toussaint Bravo. — Brunt^t fait mourir le chef df^ bataillon Héné Vincent, ainsi que If qrénénl M.iurepas. — Li prise d'arm**s de Pétion , de Clervaux , do Christophe .dt)nn'? de l'unité à la m-irch^i de i'insurrtction , et une dircciion commune aux efforts des populations indigènes.

Des insurrections avaient éclaté de toutes parts , et presque en même temps, dans le Nord. L«s indigènes combattaient, la plupart, pour la liberté keuUment. Le drapeau tricolore flottait encore dans leurs rangs. Cependant les idées d'indépendance ne propageaient rapidement. Mais il n'y avait pas d'unité dans les nouvemeas insurrectionnels; chaque cheF dans son quartier, ne recevant pas les ordres d'une autorité supérieure , soutenait la guerr« excité par la haine qu'il portait aux blancs. Chacun , au contraire, songeait à se régir , après Texpulsiorr des français , selon ses caprices et les usages de son canton , et à secourir seulement son voisin contre Tennemi commun. Celte tendance vers un .système fédértl na pouvait que nuire à la grande lutte déjà engagée Pour chasser los français, il fallait au contraire, la .plus pa ri'ai le unité dans les op<'v rations, un système de centralisation, une direction énergique et de terreur. L'on verra Dessalines , Pétion , Christophe , Çapoix , GeflVard , changer la face des choses en abandonnant la cause de la France, "et tout ramener à un gouvernement central. Après de sanglantes luttes intérieures, entre frères, iU terrasseront les partis, dirigeront audacieusement toutes les foroes indigènes contre les français, et fonderont Haïti.

Les insurgés du Nord avaient des chefs en réalité indépendans les uns des autres, quoique Sans Souci, le plus puissant d'entreeux, eût pris le titre de général en chef Ceux de l'Ouest, au contraire, • avaient déjà senti la nécessité absolue d'une autorité suprême. Aussi Larose, à TArcahaie; SaDgl^ou, dans le canton de Lcogane ; Cangé|

et Gilos Bambara, <1ans les montagnes du Petit-Goâve, avaient-its, reconnu la souveraineté de Lamour Déranca. Celui-ci avait le siège de son aulorîlé sur Thabilalion Dérance , dans les mornes de la Selle. Delà parlaient tous les ordres qui faisaient mouvoir les insurgés de TOuest. Ses bandes se ruaient, les unes dans la haute plaine du Gul-deSac, d'autres dans ies environs de Jacmel et de Léogane, brûlant et saccageant tout. Les blancs qui tombaient en leur pouvoir étaient pendus, brûles vifs ; ils avaient les yeux arraches avec des tire-balle. Quek]uefois, des insurgés, pour terrifier les français, leur renvoyaient les prisonniers qu'ils avaient faits, avec le» oreilles, les lèvres et le nez coupés; toutes les horreurs de 1792 se renouvelaient. De leur côté, les blancs surpassaient les iadigèncs en cruautés. Dans les lieux qu'ils parcouraient, ils se livraient au plus aiïreux pillage; ils violaient les femmes, et se faisaient un barbare plaisir de se lancer les uns aux autres, sur la pointe de leurs baïonnettes, des enfans noirs et de couleur encore à la mamelle. Toutes les grandes roules qu'ils traversaient étaient bordées de cadavres indigènes pendus aux branches des arbres.

Les bâiimens de guerre en station dans les ports ne suffisaient plus pour contenir le nombre des infortunés qui y étaient entassés chaque jour. Pour déblayer ces navires on faisait brûler du soufre dans les cales hermétiquement fermées ; le lendemain on les ouvrait, et l'on jetait à la mer des centaines de cadavres.

Les produits de la plaine du Cul de Sac qui ne s'était pas encore remuée diminuaient chaque jour; les propriétaires blancs étaient dans les plus grandes inquiétudes; toutes les nuits les bandes de Lamour Dérance faisaient dans le voisinage de Tétang saumâlre des incursions, incendiaient les jardins de cannes, massacraient les eolons, enlevaient des postes entiers , et cntrainaient ^ quelquefois , des ateliers qui jusqu'alors étaient demeurés fidèles. On était obligé d'établir un cordon de troupes dans la ha die plaine pour protéger les habitations qui étaient exploitées. En même temps Rocbambeau se livrait au Port Républicain à toute' la fureur de son caractère. Pour la première fois depuis l'arrivée des français, l'on vit l'exécution d'une femme, dans l'Ouest.'*' Une indigène de couleur, Henriette St-Marc, fut accusée d avoir envoyé de* la poudre aux insurgés de l'Arcahaie. Elle fut arrêtée et aussitôt condamnée à la peine de mort. Arrachée

* L'exécution des femmes a tonjonrs excité , chez nous , une violente indij2:nation dans le peuple. Sous Toussaint Louverture, même pendant la p^nerre civile, on ne fit mourir juridiquement que trois ou quatre femmes, non pour nlTaire politi-jue, mais pour assassinat.- Sous Dessalines, sous Pétion, sous Boyer, on n'exécuta jamais une femme pour n'importe quel en me. La loi les condamne comme les hommes à la peine capitale^ mais les mœurs s'opposent à leur exécution. En matière politiqae Toussaint disait toujours qu'il uiépriisait le caquet des femmes,

Cela prison, elle Ait placée eetredeux pelotons de carabiniers européens» et conduite, suivie de son cercueil, sur la place du marché, vis-à' vis de TEglise. A di\ heures du matin , en présence d'un peuple immense , une potence fui dressée sous ses yeux. Elle monta sur récha* faud avec courage/ C^iand son cadavre se balança dans Tair, ua cri lugubre, des sanglots éclatèrent dans la foule. Les femmesaban* dennèrent le marché, saisies d'horreur; *le bourreau et les soldats demeurèrent seuls sur la place. Rochambeau , narguant le deuil général, donna dans la soirée un grand b|ftau palais national. Cornma les exécutions se multipliaient beaucoup, et que la fièvre jaune continuait ses ravages, on établit un nouveau cimetière au sud de la ville , hors des fossés , vers le chemin de Léogane. Le pèr^e Lecun, préfet apostolique, à la tète d'une procession ^ alla le consacrer en y plantant une croix.

Pour monter la gendarmerie, Rochambeau avait établi, dans l'Ouest, un système de réquisition par lequel chaque citoyen était contraint de fournir un eheval à la municipalité. Gfette mesure fit naître toutes sortes de vexations exercées sur les bourgeois noirs et de couleur. Les satellites du colonel Panis , le septembriseur , un des assassins dé la vertueuse duchesse de Lamballe , commandant de la place du Port Républicain, s'appropriaient ainsi les meilleures montures des indigènes. Ces spoliations faisaient murmurer; mais person* Bc n'osait encore s'y opposer. Un citoyen de couleur, «Mahotière » le premier, osa élever la voix contre ces abus. Jl jouissait parmi les siens et les cultivateurs du voisinage d'une grande considéraiioa* Le commandant de la place lui fit demander un cheval pour une mission. Le vertueux citoyen envoya une de ses montures ordinaires.' On la lui renvoya en lui enjoignant de donner son meilleur coursier. Maholiôre s'y refusa formellement, et déclara énergiquemeat qu'il ne se soumettrait jamais à cet acte arbitaire. Aiissilôt des gendarmes assaillirent sa maison , le garrottèrent et le jelèrenl en prison. Il fut condamné à Atre pendu comme espion de Lamour Dérance. Le malheureux n'avait jamais eu aucune relation avec ce chef de bandes. Il fut pendu au même lieu qu'Henriette Saint-Harc , avec un écriteau sur la poitrine portant ces mots : Eipion de Lamour Dérancê. Le lendemain , dimanche , grand jour de marché , pas uq laboureur ne descendit en ville. Le son lugu^ bre du lambi retentit au fond des ravins, dans les forêts. Ce fut le signal de la révolte des derniers montagnards demeurés encore fidèles aux français , aux portes de la ville.

Chacun sentit qu'après crne telle atrocité aucun citoven n'était à l'abri des' persécutions. Mahotière était sincèrement attaché à la mère*, patrie. Beaucoup d'hommes de couleur et de noirs énergiques abandonnèrenl la ville et allèrent grossir le nombre des insurgés.^ . Dès 1ers; an Pert-RépubUcain , la haine d#s blancs eontr# Isis iodigèftfls

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§e déploya atec ta plus terrible fureur. De nouvelles vietimes eov* duites à Téchafaud , mouraienl avec le courage et la résignation des martyrs.

A la même époque les insurgés du Nord obtenaient d'ceiatans succès. L'arrondissement du Cap était commandé par le général Boudetqui était revenu de la Guadeloupe où il avait aidé le général Richepenso à rétablir l'esclavage. Le rétablissement de la servitude était une conséquence de la réaction contre la liberté générale , commencée en France ^jjjjjj^iiîs la chute de Robespierre. Richepense, un des héros de Hohinlenden, qui avait dcfendu le Directoire avec tant de zèle lorsqu il était attaqué par les conseils que le royalisme égarait, devint au delà de TAtlantique un bourreau qui se baigna dans le sang des noirs. Sans-Sousi y le plus influent d^s chefs du Nord , qui se faisait appeler général en chef, avait son quartier-général à la Grande Rivière. La plupart de ses gens étaient des africains qui refusaient de se laisser commander par Us noirs créoles: lis éuûfnt indicnés contre Its troupes coloniales qu'ils considéraient comme les agens los plus terribles des français. Ils avaient surtout en horreur lorganisation militaire; ils refusèrent constamment de Tadopler, Ils combattaient , comme en Afrique, dfvisés par tri^^ bus , précédés cle leurs sorciers et des emblèmes de leurs superstitions ; leurs principaux chefs, après Sans Souci, Petit Noël Prière, Jacques Tellier, Oagnet, Jiismiii, Mavougou , Vamalheureux , Labruni , ^acapoule, étaient tous enneruis prononcés de Christophe , et méme'de Dossalines, auxquels ils reprochaient de grandes cruautés exercées sur êux , au nom des français. Leur plan était de chasssr les blancs, de détruire les principaux oiliciers des troupes coloniales , et d'établir la le système africain « contraire à toute civilisation. Les troupes coloniales, après s'être insurgées, seront contraintes de les combattre, pendant quelles feront la guerre aux français. La résistance de Sans- Souci dans l'intérieur retardera le triomphe de Tindépendance. Dang l'Ouest , Lnmour Dérance, aussi africain, ne voulut jamais organiser les congos en troupes régulières. * Il n*entendait pas supporter la sup4:rioiité des créoles. Dessalines et Pétion, après leur prise d'ar* mes, ne pourront agir énergiquement contre les français, qu'après avoir exterminé tous ces chefs de bandes qui n'avaient janais conçu ïiàée de faire de toute Haïti un état indépendant. Aussi , le général Leclerc, ne voyant jusqu'alors , à la tête des insurgés, que des noms obscurs, ne paraissait pas éprouver de graves inquiétudos; il croyait que de tels hommes ne rallieraient jamais à leur parti les popqklioDs des villes qui , livrées à sa discrétion , pourraient être déci-

* A cette époque, on donnait la dénsmination générique ds Congos aux Afrisains ds toutes Isa tribus de la oète sctidentals ds l'A^

HISTOIRE D^aiITI.— (I8M) (39

mée% par rassassîtiat des citoyens las plus fidèT«s an sysfëma répir» biicain. Mais les congés ne dominaienl que dans les paroisses dir Dondon, de fa Grande Rivière et de Plaisance. Lesculiivateurs créoles , ralliant à leur cause les troupes coloniales, auront assez de puissance pour dominer les congés et chasser les français. Les lulaières ent toujours finalement vaincu la barbarie. Les cultivateurs nés dans la colonie acquirent quelques idées de civilisation; ils dominèrent les africains; mais ils se virent contraints , dans leurs propres intérêts , de se soumettre à Tautoiité de la portion du peu« pic la plus éclairée , à la tête de laquelle étaient Dessalines, Pétion, Christophe , Capoix , GefTrard , Férou , in Louis François, etc. Parmi ces derniers , les uns avaient vojagé dans les pays civilisés ; d'autres, employés dans ie^ troupes blanches, avaient senti leur intelligence se développer par le contact des étals majors européens^ composés d'hommes dbat les idées avaient grandi par la révolu^ tîon.

Les environs du Cap étaient sans cesse inquiétés par les bandée de Sans Souci qui harcelaient les troupes françaises , les attaquant surtout à raidi et à minuit, alin de les contraindre à en venir aux mains aux ardeurs du soleil , et de troubler leur sommeil. Cette tuclique qui ne laissait aux soldats européens aucun repos, déve< loppait lés ravages de la peste. Le chef de brigade Abbé , à \dt lête de la garde d'honneur du capitaine-général , marcha contre S^ms- Souci, l'atteignit non loin du Cap, et Tatlaqua avec vigueur. Mais la garde d'honneur , composée des plus belles troupes de l'nrmée expéditionnaire, fut culbutée; elfe abandonna le champ de bataille couvert de ses grenadiers. Elle fut contrainte, pour n'èlre |)as exterminée , de battre en retraite avee précipitation ; cependant elle ne put rentrer au Cap : l'ennemi, s'était posté sur ses derrières. Elle se retrancha d'une manière formidable, ea attendant des secours de cette ville. Le chef d'escadron Dalton fit une sortie, deux jours après , peur la dégager. Mais il fut enveloppé de toutes. parts dans le& bois, par Sans-Souci. Il était à la tète d'une superbe cavalerie qui fut taillée en pièces. Il se réfugia dans les rangs du colonel Abbé.. Les indigènes y «'armant des carabines et des longs sabres des fran* çais , se précipitèrent de nouveau sur la garde d'honneur de Leclerc. Le ooioi^el Abbé» déjà enfoncé, allait mettre bas les armes, quand il vit apparaître cinq-T:ents hommes de troupes fraîches que le général Boudet' avait envoyés à son secours. Les français, dégages et renforcés , firent un dernier effort , traversèrent les embuscades ennemies, et rentrèrent au Cap, après avoir perdu 700. hommes.

Le général Christophe, qui était à la Petite- Anse , refut l'ordre de marcher contre les insurgés. U attaqua Sans-Sotici avec fureur. Mais celui-ci, à la tète de 4,000 cuhivateurs aguerris par de noml^reux tombais , assaillît a\àc tant d'iiaipétuosité les Ire. ^ â.e et &.t

fusils, et se tenait à la lêie de sa petite armée à Tenlrée de Vhabitation. Dès que Lamarlinière atteignit la dernière barricade , ii fut accueilli par un feu vif et des hurlomcns affreux. La 3e riposta; mais elle s'était déjà entièrement engagée dans l'embuscade. Elle fut assaillie de toutes parts; Ton se battit corps à corps. Lamartinière voyant ses soldats succomber sous le nombre, et fuir au-travers des bois, se retira seul dans un des jardins de Cortad. Jean Cbarlet Courjol s'élança à sa poirrsuile ; il le découvrit étendu sur Theibe, souffrant de plusieurs coups de pierre qu'il avait reçus. Il se précipita sur lui , le saisit par les cbeveux , et lui Iraneha la tels de sa propre main. Il promena celle tôle au- bout d'une pique dans tout le camp. Larose se mantra affligé de cette misérable fiîi df son an- 'cîen compagnon d'armes; il no se sentit pas assez d'ajfori?» sur ses lieutejians pour même bîàmer Jean Charles Courjoi ; il in t'oruier la sépulture au cadavre. Ainsi périt d'une mort obscure, Luî)'^îr:înière, l'héroïque défenseur delà Crète à Pierrot, l'un des ofîiciciS les plus intrépides qu'ail produits noire pays. Il tamba sou» les coups des indigènes, ses frères, alors qu il avait pris Ui résolution de leur offrir son courage et ses talens iniiitaires, pour le trioniphe de la liberté. Jean Charles Courjol dit à ses compagnons qui plaignaient le malheureux sort de Lamartinière, que, voyant la 3e se battre avec tant d'acharnement contre les^ insurgés, il avait cru son colonel véritablement dévoué aux français. Il ajouta qu'il avait considéré Lamartinière comme le dernier limier que les blancs euss(»nt encore à lancer dans les mornes de TArcabnie. Trois cents prisonniers, huit tambours, trois cent cinquante fusils, et de nonjhreux parpiets de cartouches tombèrent au pouvoir de Larose. Lts iiidij^ène^s se rendirent en triomphe à la pelile place A^aladon où ils apprirent ([ue le capitaine Boucarc, noir, avait suivi la route de Ibitliolomcy pour aller faire sa jonction, à Cortad, avec Lamartinière dont il ignorait la défaite et la mort. Larose s'élança à sa poursuite. Il s'empara, en passant, du camp Leroux, sans coup-férir. Boucare, n'ayant pas rencontré l'ennemi à Cortad, était revenu sur ses pas. il aperçut le camp Leroux occupé par les insurgés. \ Il ne douta plus de la défaite de Lamartinière. Il se rendit sur le glacis dé Cayot où il dispersa, par de vives décharges, un bataillon d'insurgés commandé paV Autron Archin. Larose s'élança de Leroux dans les bois de < a} ot^ mit en fuite les soldats de la 3e., et envoya une centaine d'hommes armés de piques à la poursuite de Boueare. Celui-ci fut arrêté au fond d'un ravin. Il se forma aussitôt autour de lai un grand cercle d'insurgés qui , avec d'affreux hurlcmens, demandaient sa tète. Il conserva \out sou sang-froid , et ne voulut remettre son épée qu'à Larose qui avait été ,. disait-il, son compagnon d'armes» Larose se préseata , reçut l'épée, et lui tourna le dos. Ilfutau^til6i r4£àvei*^é de son cheval , terrassé à coups de bois de piques ^

HISTOIRE d'haiti. — (ISOl) 315

et entièrement f1('|>onîllé. Il se releva avec fureur. Alors un insurge , armé d'uoe lance , s'élança sur lui el Tcnlralna pat* le bras jusqu'à Leroux. Boucare vît sans effroi se former autour do lui un oorcle d'officiers. Il I s appela ses frères, leur dit c|u'il élail indiî^ènc conuiie eux et disposé à combattre les français dans leurs rangs. Il ne fui pas écoulé. Les uns lui repro* chfîront l'assassinat d? leurs parens, d'autres la mort du comman* dant Adonis, enîin chacun l'accabla de reproches sanglants. Se \oyant entouré d'armes menaçantes , il s'élança sur un fusil, el voulut prendre la fuite ; au môme instant Jean Charles Courjol lui fendit la tô'e d'un coup de sabre, el l'étendil mort. Quant aux autres prisonniers indigènes de la 3.* coloniale , Larose leur accorda la vie et les incorpora dans ses bandes; mais il fit égorger les quelques officiers blancs qui avaient été pris. Il se rendit ensuite au Tond B.^ptislç dont il s'empara.

Au sonmiet du morne Fort où s étaient réunies toutes les troupes, et' d où l'on découvrait la plaine de l'Arcahaie, les soldats de la 3* qui avaient été faits prisonniers enibrassèrent avec enthousiasme leurs nouveaux frères d'armes auxquels ils avouèrent leur erreur, et jurèrent d^ vainrre ou de mourir pour la libcrlé.

Larose, maître de tous les mernes de l'Arcahaie, voyant réunis autour de lui plus de 3,000 hommes, se disposait à aller, faire le siège du bourg des Vcrrettes , quand il entendit tout à-coup de nombreux coups de canon vers la plaine. Il pensa avec raison qu'une révolte venait d éclater au bourg de l'Arcahaie. Il s'acli6« mina aussitôt avec toute son armée vers le rivage de la mer.

Les deux officiers fi auçais Poix et llobe (jui commindaient au bourg de I Arcahaie , apprenant la mort de Lamartinière , l'incorporation des soldats de la 3' dans les bandes insurgées , Tégoigement des officiers blancs de ce corps , s'étaient résolus à se défaire de quelques détachemens de troupes coloniales qui s étaient réfugiés au bourg, après I ) déroute de Cprlad. Le co.nmau lant Poix qui les croyait d intelligence avec les ini^urgés leur ordqnna tU former deux compt gnies dont Tune se rendrait au Boucassin et l'autre aux Vases. Il voulait, «en les éloignant du bourg, les affaiblir et les faire <;lèsar^ mer successivement par des troupes blanches delà ôS"*. Les indigènes voyant qu on n envoyait pas avec eux une quantité égale d'européens, comme cela se pratiquait ordinairement dans les expéditions, refusèrent de sortir. La défiance tétait emparée d'eux : ils se doutaient du projet des français. Les soldats, ainsi que les bourgeois blancs , se réunirent aussitôt au bureau de la place autour de Robe cl de Poix. De leur côté, les indigènes noirs et jaunes s'arméreat» se joignirent aux soldats ëe la 3*^ coloniale , et prirent une attitude menaçante. Cependant un capitaine indigène , demeuré fidèle aux ;frajQçaiSj} Pierre Greaau^ ae transporta i la porte 4ô3 V^se^i eide*

fusils, et 6e (enait à la lêie de sa petite armée à l'entrée de rhafbitation. Dès que Lamartinière atteignit la dernière barricade , il fut accueilli par un feu vif et des hurlomons affreux. La 3e riposta; mais elle sYtait déjà entièrement engagée dans Tembuscade. Elle fut assaillie de toutes parts ; Ton se battit corps à corps. Lamartinière voyant ses soldats succomber sons le nombre, et fuir au-traversdes bois, se retira seul dans un des jardins de Cortad. Jean Charles Courjol s'élança à sa poirrsuile , il le découvrit étendu sur Therbe, souffrant de plusieurs coups de pierre qu'il avait reçus. Il se précipita sur lui , le saisit par les cheveux , et lui iraneha la tète de sa propre main. Il promena celle tôle au- bout d'une pique .bos tout le camp. Larosc se mantra affligé de celte misérable fin df son ancien compagnon d'armes; il ne se sentit pas asst^z d'aniori»» Siir ses lieutejians pour même blâmer Jean Charles Courjo! ; il fa t'onner la sépullure au cadavre. Ainsi périt d'une mort obscure, L^iîrîrî'.nière, l'héroïque défenseur de la Crète à Pierrot, l'un des ofliciers les plus intrépides qu'ait produits noire pays. H tamba sous les coups des indigènes, ses frères, alors ((u il avait pris la résolution de leur offrir son courage et ses talens militaires, pour le triomphe de la liberté. Jean Charles Courjol dit à ses compagnons qui plaignaient te malheureux sort de Lamartinière, que, voyant la 3e se battre avec tant d'acharnement contre les^ insurgés, il avait cru son eolonel vériiableïiient dévoué aux français. Il ajouta qu'il avait considéré Lamartinière comme le dernier limier que les blaijcs euss<»nt encore à lancer dans les mornes de l'Arcahnie. Trois cents prisonniers, huit lamboiirs, trois cent cinquante fusils, et de nonjhreiix parpiets de cartouches tombèrent pu pouvoir de Laroso. Les *i!j(lij;ènt»s se rendirent en triomphe à la pelile place A^akulon où ilf; apf)rirenl <(ue le capitaine Boucare, noir, avait suivi la route de Ibrtholomcy pour aller faire sa jonction, à Corlad, avec Lamarlinière dont il ignorait la défaite et la mort. Larose s'élança à sa poursuite, il s'empara, en passant, du camp Leroux, sans coup-férir. Boucare, n'ayant pas rencontré l'ennemi à Cortad, était revenu sur ses pas. il aperçut le camp Leroux occupé par les insurgés. \ Il ne douta plus de la défaite de Lamartinière. Il se rendit sur le glacis dé Cayot où il dispersa, par de vives décharges, un bataillon d'insurgés commandé par Aulron Archin. Larose s'élança de Leroux dans les bois de Cayot^ mit en fuite les soldats de la 3e., et envoya une centaine d'hommes armés de piques à la poursuite de Boueare. Celui-ci fut arrêté SKI fond d'un ravin. U se forma aussitôt autour de lai un gmnd cercle d'insurgés qui , avec d'affreux hurlcmens, demandaient sa tête. 11 conserva \out son sang-froid, et ne voulut remettre soa épée qu'à Larose qui avait été ^ disait-il, son eompagnon d'armes. Larose se présema, reçut l'épée, et lui tourna le dos. Il futau^- 0itdi rjwvei'sé de son cheval , terrassé à coups de bois de piques ^

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et ^nMèr^ment dôponîUé. Il se releva avec fureur. Alors un in-^ surgi' , armé (Yuue lance , sV'lança sur lui et reniratna pat* le bras .jusqu'à Leroux. Boucare \h sans effroi se former autour de lui un corde (rofQciers. Il I s appela ses frères, leur dit qu'il était iuilij^Ane couune eux et disposé à combattre les français dans leurs rangs. Il ne fut pas écouté. Les uns lui reproch/^rcnt l'assassinat df* leurs parcns, d'autres la mort du commandant Adonis, enfin chacun rîicc:d)la de reproches sanglants. Se voyant entouré d'armes menaçantes , il s'élança sur un fusil, et voulut prendre la fuite; au môme instant Jean Charles Courjol lui fendit la ti>'c d'un coup de sabre, et Tctendit mort. Quant aux autres prisonniers indigènes de la 3.* coloniale, Larose leur accorda la vie et les incorfiora dans ses bandes; mais il fit égorger les quel(|Hf^s officiers blancs qui avaient été pris. Il se rendit ensuite au Fond R^ptistç doni il s'empara.

Au sommet du morne Fort où s étaient réunies tontes les troupes, et'doù l'on découvrait la plaine de TArcahaie, les soMats de la 3* qui avaient été faits prisonniers cuibrasvsèrent avec enthousiasme leurs nonvetinx frères d'armes auxquels ils avouèrent leur erreur, et jurèrent d^ vaimre ou de mourir pour la liborlé.

Larose, maître de tous les mernes de TArcahaie, voyant réunis autour de lui plus de 3,000 hommes , se disposait à aller, faire le siège du bourg des Vcrrettes , quand il entendit tout à^coup de nombreux coups de canon vers la plaine. Il pensa avec raison qu'une révolte venait d'éclater au bourg de l'Arcahaic. Il s'aclie» mina aussitôt avec toute son armée vers le rivage de la mer.

Les deux ofiiciers fr;inçais Poix el llobe cjui commandaient au bourg de I Arcahaie , apprenant la mort de Lamartinière , l'incorporation des soldats de la 3* duns les bandes insurgées , I cgoigement des uniciers blancs de ce corps , s'étaient résolus à se défaire de quelques détachcmens de troupes coloniales qui s étaient réfugiés au bourg, après la déroute de Cortad. Le conmanlant Poix qui les croyait d'intelligence avec les insurgés leur ordo.nna iU former deux compa gnies dont Tune se rendrait au Boucassin et l'autre aux Vases, il voulait , «en les éloignant du bourg , les affaiblir et les faire ^é.sar-* nier successivement |;ar des troupes blanches de la 6S''. Les indi*» gènes voyant qu on n envoyait pas avec eux une quantité égale d'eqropéens, comme cela se pratiquait ordinairement dans les expéditions, refusèrent de sortir. La défiance hélait emparée d'eux : ils se doutaient du projet des français. Les soldats, ainsi que les bourgeois blancs , se réunirent aussitôt au bureau de la place autour de Roba et de Poix. De leur côté, les indigènes noirs et jaunes s'armèreiity se joignirent aux soldats ëe la S"" coloniale , et prirent une attitude menaçante. Cependant un capitaine indigène, demeuré fidèle aux lançais j, Pierre Greasu^ se transporta a la porte des Vases i et de*

314 HISTOIRE d'haiti.— (ISOâ) •

fusils, et se (enait à la tête de sa petite armre à Tenlrée de Thabîtation. Dès que Lamartinicre atteignît la di^rniore barricade , il fut accueilli par un feu vif et des hurlemons affreux. La 3e riposta; mais elle s'était déjà entièrement engagée dans Tembuscade. Elle fut ass9kiltie de toutes parts; Ton se battit corps à corps. Lamartinicre voyant ses soldats succomber sous le nombre, et fuir au-travers des bois, se retira seul dans un des jardins de Cortad. Jean Charles Courjol s'élaiïça à sa poirrsuite ; il le découvrit étendu s»jr l'herbe, souffrant de plusieurs coups de pierre (|u'il avait reçus. Il se précipita sur lui , le saisit par les cheveux , et lui iraneha la tèt« de sa propre main. Il promena celte tôle au- bout d'une pique dans tout le camp. Larosc se mantra affligé de cette misérable fin de son an- 'cien compagnon d'armes; il ne se sentit pas assez d'ajtt»ri;- s:U' ses lieulejians pour môme bîàmer Jean Charles Courjoi ; il lit (.^iD^jer la sépullure au cadavre. Ainsi péril d'une mort ohsrnre, L>i!) irunière, l'héroïque défenseur de la Croie à Pierrot, l'un des oflicitN s les plu» intrépides qu'ait produits noire pays. Il taniba sou» les coups des indigènes, ses frères, alors ({u il avait ])ris la résolution de leur offrir son courage et ses lalens nniilaires, pour le triomphe de la liberté. Jean Charles Courjol dit à ses compagnons qui plaignaient le mal* heureux sort de Lamartiniére, que, voyant la 3e se battre avec tant d'acharnement contre les^ insurgés, il avait cru son eolonel véritablenient dévoué aux françî^is. Il ajouta qu'il avait considéré Lamartinicre comme le dernier limier (|ue les blancs euss<»nl encore à lancer dans les mornes de l'ArcahMic^ Trois cents prisonniers, huit tambours, trois cent Gin(]uante fusils, el de noMi!)rîMix p:)r|fiets de cartouches tombèrent pu pouvoir do Larose. Lts *imlij;éne.s se rendirent en triomplie à la petite place VaLulon où ils apprirent <|ue le capitaine Boucarc, noir, avait suivi la roule de Ibitholomey p<mr aller faire sa jonction, à Cortad, avec Lamartiniére dont il ignorait la défaite et la mort. Larose s'élança à sa poursuite. Il s'empara, en passant, du camp Leroux, sans coup-férir. BoucarC;, n'ayant pas rencontré l'ennemi à Cortad, clait revenu sur ses pas. l\ aperçut le camp Leroux occupé par les insurgés. ^ Il ne douta plus d^ la défaite de Lamartiniére. It se rendit sur le glacis de Cayol où il dispersa, par de vives décharges, un bataillon d'insurgés commandé paV Aulron Archin. Larose s'élança de Leroux dans les boisde< ayot^ mit en fuiie les soldats de la 3e., et envoya une centaine d'hommes armés de piques à la poursuite de Boueare. Celui-ci fut arràté au fond d'un ravin. Il se forma aussiuM autour de lai un gr»nd cercle d'insurgés qui , avec d'affreux hurlemens, demandaient sa tête. Il conserva \out son sang-froid , et ne voulut remetlre soa épée qu'à Larose qui avait été ,. disait-il, son compagnon d'armes. Larose se présenta, reçut Tépée, et lui tourna le dos. Il futau^- ^t4t reversé de son cheval , tcirràs^é à coups de bois de piques ^

HrsToiRR D*HAiTi. — (1802) 313

el #nt5èrpmôT)t rlôponîllé. Il se releva avec fureur. Alors un insurge , armé (Yuue lance , s'élança sur lui et Tcnlralna pat* le bras, jusqu'à Leroux. Boucare \ît sans effroi se former autoïir de lui un corolc d'officiers. II I s appela ses ficrcs, leur dit qu'il était indi-^Ane coîuuie eux el disposé à combattre les fran- Çiiis dans leurs rangs. Il ne fut pas écouté. Les uns lui reprocheront l'assassinat d^ leurs parcns, d'autres la mort du comman* dnnt Adonis, enlin <'haoun l'acc;d)la de reproches »anglijnls. Se voyant entouré d'armes menaçantes , il s'élança sur un fusil, el voulut prendre la fuite ; au môme instant Jean Charles Gourjol lui fendit la td'e d'un coup de sabre, et l'étendit mort. Quant aux autres prisonniers indigènes de la 3.* coloniale , Larose leur ac* corda la vie et les incor|»ora dans ses bandes; mais il fit égorger les quel(|Uf*s offici*^rs blancs qui avaient été pris. Il se rendit ensuite au Fond Bq>tistç dont il s'empara.

Au sonmiet du morne Fort où s étaient réunies tontes les troupes, et' d où Ton découvrait la plaine de l'Arcahaie, les soMats de la 3* qui avaient été faits prisonniers end)ras8èrent avec enthousiasme leurs nouveaux frères d'armes au\quels ils avouèrent leur erreur, et jurèrent d^ vainrre ou de nu)urir pour la liberté.

Larose, maître de tous les mernes de l'Arcahaie, voyant réunis autour de lui plus de 3,000 hommes, se disposait à aller, faire le siège du bourg des Vcrrettes , quand il entendit tout à-coup do nombreux coups de canon vers la plaine. Il pensa avec raison qu'une révolte venait d éclater au bourg de l'Arcahaie. Il sache» mina aussitôt avec toute son armée vers le rivage de la mer.

Los deux officiers français Poix et Uobe (pii commiindaient au bourg de 1 Arcahaie , apprenant la mort de Lamartiniore , lincorporation des soldats de la 3* dans les bandes insurgées , 1 égoigement des officiers blancs de ce corps , s'étaient résolus à se défaire de quelques dètachemens de troupes coloniales qui s étaient réfugiés au bourg, après I ) déroute de Gprtad. Le coininaulant Poix qui les croyait d intelligence avec les insurgés leur ordQnna dvi former deux compi gnies dont Tune se rendrait au Boucassin et l'autre aux Vases. Il voulait, «en les éloignant du bourg, les affaiblir et les faire ^ésar* mer successivement |.ar des troupes blanches de la 68'. Les indigènes voyant qu on n envoyait pas avec eux une quantité égale d*eq^ j'opéens, comme cela se pratiquait ordinairement dans les expéditions, refusèrent de sortir. La défiance hélait emparée d'eux : ils se doutaient du projet des français. Les soldats, ainsi que les bourgeois blancs , se réunirent aussitôt au bureau de la place autour de Robe cl de Poix. De leur côté, les indigènes noirs et jaunes s'armèrent, se joignirent aux soldats ëe la 3* coloniale , et prirent une attitude Bienaçante. Cependant un capitaine indigène, demeuré fidèle aui fonçais j, Pierre GrenaU;^ se iraosporta à la porte des Vase?, etdd*

S«0 HISTOIRE d'hAITI.— (18(>â)

les fatigues et les privations qu'on é|>rouve dans les moatagnM* Charles, de son côté, n'eut pas assez do résolution pour se retirer au Bahoruco, d'où il eût pu se ruer. dans les plaines. Tel est U sort de la plupart de ceux qui entreprenant le hardi projet de renverser un ordre de choses établi, reculent ensuite devant les dangers et les fatigues qui se déroulent sous leurs yeux. Madame Gharhis Bélair s'était toujours montrée, pendant la gO^rrt civile enln Toussaint et Rigaud, inexorable envers les prisonniers* Quelle différence entre elle et madame Dessalînes ! Celle ci, au péril de sa vie, fut toujours la protectrice des infortunés noirs, jaunes et blancs. Si Charles Bélair n*avait pas succombé, et qu'il eùi eu le commandement en chef des indigènes, certainement la guerre de l'Iudépen^ dance n'eû2 pas été conduite avec la vigueur que lui donns^ Dessalî* nés. Du reste celui ci plus capable, plus audacieux, le plus ancien d«s généraux indigènes, ne lui eût pas cédé le commandement.

Le 14 Vendémiaire (6 Octobre) jour qui suivit 1 exécution de Charles B(^lair , le capilaine-général annonça à la colonie , par la proclamation suivante, que rinsurreetiou était devenue géuérale dans les campagnes du Nord :

c Une insurrection a éclaté dans le Nord de St. Bomingue; de» oommandans de quartiers regrettant Tautorilé et le pouvoir dont ils ne se sont servis que pour commettre des injustices, ont fait iiaitre des inquiéludes aux cultivateurs sur leur sort futur.

« Ils ont profité de Tépoque où une maladie cruelle exerçait sts ravages dans l'armée de St. Domingue, et ils ont renouvelé les incendies et les assassinats qui ont déjà signalé notre entrée à St. Domingue. Les insensés I Ils ne connaissent pas la force de la France! Ils ont donc oublié comment le torrent français a envahi St. Domingue, il n'y a pas un an; ils ne savent donc pas que celte maladie cruelle sur laquelle ils ont fondé leur espoir a cessé ses ravages; que ces braves devant qui ils ont fui tant de fois vent bientôt être en état de courir à de nouveaux lauriers ; ils ne savent pas qu'une armée nouvelle, égale à relie déjà venue à St. bomingue « est en route pour les écraser, s ils sont rebelles, «t les protéger ,

et Olervanx se soulevèraDt contre les français dix jours après l exécition de Charles Bélair, dans la nuit du 14 au 15 Octobre 1802 ( du 22 au 23 Vendémiaire ) , comme il est évident par le bulUtin de t^ecterc inséré dans la Gazette officielle de Saini-Doniingne , publiée alors au Cap Dessa lines qui était v nu au Pap dans les premiers joiirs d Octobre I8()2,;après rexécution de Charles Belair , en soilit avant la prise d'armes de Pétion. Quand , aix jours après la mort de < harKs , Pétion et Clervaux se soulevaient au haut du Cap, dans la n'iit du 14 au 15 Octobre 1802, Desaaimes prenait, en m^'ria t^iips, lesarmM toatre les ii'aiifuis^ à la Foûter Ifenère de l Arubroite,

Vils sont soumis. Quel fruit espèrent- ils de leur audace? Ont- ils «ru, CCS misérables, .que pour quelques babilalions brûlées dans la plaine, nous abandonnerions la pays à leur fureur ? Ont>ils cru que nous laisserions brûler le Cap qui ne s est rebâti que par la grande confiance que les habitans ont eue au gouvernement français? Ont-* ils cru que nous abandonnerions à leur rage les propriétaires et les riégocians qui se sontlivrés Iranquillomeot à leurs spéculations, sous la foi de. nos promesses ? Ont ils pu penser un seul instant, que i^armée de St. Do'mingue qui s'est montrée si supérieure à tout les fléaux , abandonnerait lâchement un pays, sur lequel repose Tespé^ ranct du commerce français, et le bonheur de tant de familles qui depuis nombre d'années languissent duns la m'sère? Ont-ils cru qu'il ^iste dans celle armée, dont les services sont à jamais mémorables, uh seul soldat qui oserait remettre le pied sur le sol français., si iarmée de St. Domingue n'avait pas répondu à Taltente delà France. O vous qui sacrifiez une population nombreuse à votre, ambition, calculez vous vos mojens? Qu'espérez vous? Croyez vous encore que nous ne pourrions pas vous atteindre dans vos repaires les plus escarpés, après nos marches dont vous avez été témoins? Une soumission prompte peut encore vous obtenir le pardon ; mais si vous pertistez dans vos^ projets criminels, craignez la vengeance nationale: TOUS aurez le sort de Charles Bélair et de son infâme épouse.

« Troupes coloniales, je sais que des scélérats ont cherché à vous séduire. Si je ne connaissais pas votre dévouement à la France, je vous dirais: qne gagnez vous avec les brigands qui cherchent à vous attirer à' eux? la niicre et la mort. Vous allez recevoir une organisation militaire, eq tout semblable à la nôtre, et vous ferei partie intégrante de l'armée française. S'il était parmi vous des hommes assez méprisables pour préférer le brigutudage à la gloire de servir dans nos rangs , ehassez les ignominieusement ; ce sont des lâches dt plus que nous détruirons.

f Soldats de Tarmée, marins de l'escadre, vous voilà arrivés bientôt au terme de vos peines. La malad're cruelle qui a moi^sottné vos compagnons d'armes va cesser ses ravages. Uhq armée sortie des ports de France va se réunir à vous. La saison vous pei'metlra 4'agir , et malheur à ceux qui ne seront pas soumis.

€ Propriétaires , commerçans, et vous tous citoyens de St-Domingue , qui* trouvez dans votre industrie vos moyens d'existence, servez-vous avec courage des armes que je vous ai eonûées, pour défendre vos familles et vos propriétés. N'oubliez pas que la guerre actuelle est celle du fainéant contre l'homme laborieux.

«Quant il moi , je justifierai la conrlance du gouvernement français, et avec le secours de la brave armée que j'ai 1 honneur de commasa dler, je remplirai 1 attente de la nation française, s

Sâ2

Loclerc avait cru , par cette proclamation , terrifier 1e$ insurges. Les h)(Jigèiies , au contraire , virent dans cet ^cte toute la faiblesse du gouvernement. La fidélité des trou[)es coloniales était ébranlée ; les troupes eurepéennes réduites à dix mille hommes environ , sur toute rétendue de Ttle , ne pouvaient plus agir efficacement; il fallait attendre des renforts , et avant leur arrivée, l insurrection pouvait prendre uq caractère victorieux. Quant à la peste dont le général Leclere annonçait la un prochaine , elle exerçait toujouK*g ses ravages avec une fureur incroyable. Cepenlant la plupart |dcs gardes nationales des villes demeuraient fidèles aux français. Nous les verrons combattre les insurgés des «campagnes, même pendast les derniers mois du gouvernement de R. M'Jiambeau^ Les cruautés exercées sur les bourgeois noirs et jaunes les inciteront, vers U liulieu àe 1803 , seulement , à conspirer contre les fiançais, et à Ir^ vrer leurs portes aux cultivateurs alors organisés en trou|)es régulières par Capoix , Pétioo , Clervaux , Dessalines, < hristophe, Geffrard et Férou Néanmoins beaucoup de jeunes gens de couleur et noirs , indignés , dès à présent , des actes du gouvernement , fuyaient les villes et allaient grossir le nombre des insurgés. Qyand Pélion et Dessalines embrasseront le parti de linsurrection , ils entraîneront à leur suite une foule de jeunes gens de famille. Ces défections preuveront aux gardes nationales demeurées fidèles à la France que les insurgés n'étaient pas des brigands, mais bien les dvl'fenseurs de la vraie liberté.

On doit à Toussaint Louverture, comme nous i'avens déjà exposé, d'avoir tenté de réaliser Tidée conçue par Sonthonax ,' de Tindépenpance des noirs , de toute autorité métropolitaine. Dans les conférences qu'il eut au Môle St. Nicolas avec le général anglais liaitland, cette grande question avait été agitée. Tousssaint Louverture, redoutant la France alors presque vicioriouse de l Europe, et n ayant pas foi en la protection du gouvernement britanuiqu» qui n avait pu s'opposer à la conquête de l Egypte par le général B;>naparie , avait ditféré Texécution de son grand projet. Il le confia à I arrivée d'Uédouviile, à Rigaud qui ne I accueillit pas. La guerre civile éclata; Rigaud fut vaincu. Toussaint commit alors la taute grave, d'immoler les vaincus, et de se laisser dominer par les colons qui Tincitèrent au massacre de plusieuC'S milliers de rigaudins. Ceux* ci, sauvés par sa clémence, l'eussent soutenu dans sa lutte contre lu métropole. * La marche ascendante du pouvoir de Toussaint commença à décliner après la guerre civile. Il se trouva à la discrétion de la France , ayant soulevé contre lui lindignalion de presque toute la

* Malgré la sanglante réaction de Ton aiit ; noiis avons vu des ofBoiers de la Légion de l'Oiiest, LamartitiièT* , Bazeiais; et d'autres, ar:a-> elles à la mort par i^csealiosi^ le seetauir e^utxe les txaiijtôSj avee 1»

HISTOIRE d'haitï.— (1802) S38

^piilation cfui n'attendait que Varrivée d'une armée française pour le faire tomber. Cependant rien ne contrariait ouvertement ses volontés; tout se courbait devant sa puissance qui paraissait inébranlable. Mais il n'avait plus en sa faveur Topinion des noirs et des jaunes; et les baïonnettes quelque nombreuses qu'elles soient ne peuvent soutenir longtemps un chef qni a perdu Topinion publi* que. L^cxécution de Afoyse porta lo dernir coup au prestige moral quiil exerçait. Dès iors l'opinion se prononçait sourdement pour un guerrier qui, quoique de beaucoup inférieur à Toussaint, en connaissances acquises , avait pressenti la marche des évèneniens et les moyens à- employer pour réaliser cette indépendance devant la proclamation de ia<|uelle I ancien gouverneur avait sans cesse reculé. Ces paroles du commissaire civil Sonthonax proférées» lors de sa seconde mission, dans un actes de fureur contre le parti colonial, avaient vivement frappé I imagination ardente et passionnée de Dessalines : « Tous les blancs sont les mêmes ; les habitans de Saint « Domingue ne seront heureux (|ue lorsqu'ils n en auront plus parmi ff euy. » Aussi pend'anl neire guerre civile, avons- nbus vu Detsalines, raù par rinstinct de la conservation de ses frères, sauver un# foule d'indigènes rigaudins en les incorporant dans les diiférenles demi brigades de son armée Sa haine contre le blanc Tavait rendu ■ humain envers les procrils ses frères. Il éludait souvent les ordres de Toussaint, lorsque celui ci , commandant lexécution des rigaudins désarmés , enlevait à St. Domingue de fermes soutiens de la liberté. Il avait compris que T indépendance de St. Domingue ne pouvait se réaliser que par l'union des aoirs et des hommes de couleur. Ce fut au milieu des convul&iens qui remuaient si profondément la colonie, pendant que la terre tremblant partout sous les pieds des français les rendait déliants , perfides et cruels , que Dessalines se rendit au Cap, dans les premiers jours d'Octobre, aussitôt après lexéeution de Charles Bélair. 11 voulait par lui même sonder le général Leclerc. Les français Tayant vu se réjouir de l'arrestation de Toussaint et leur livrer Charles Bélair, le croyaient dévoué à leur cause. Ils ne lui «supposaient pas assez d'intellect pour combiner le vaste plan de l'indépendance de St Domingue, et ils pensaient qu'en le comblant de richesses et .d'honneurs, sa vanité serait satisfaite. Ils croyaient qu il ne les abandonnerait jamais pour' se faire brigand. Quand il vint au palais du gouvernement, le général Bugua, chef de l'état- major général de l'armée ^ Taccueillit avec la plus grande distinction , et I introduisit dans le cabinet du général Leclerc qui le éonibla de politesses. Dessali^ ses était rêveur. Leclerc lui demalida les motifs de sa tristesse. « Je suis dégoûté de vivre dans la colonie, répondit-il. Nous sommes entourés de scélérats qui ne rêvent que 1 expuisien des fraa- ^s î et fts meastrçs sont auprès 4e vous^ jouissait de vts bieojiiits^

834 HISTOIRE d'haiti.— (18ÔS!)

«t vous ibîsanf mille prolestalîons de dévouement. J*aime trop là France , ma patrie , pour demeurer plus longtemps dans ta coloai^, et ôlre témoin de tant de perfidie. Je suis venu, capitaine générdF, TOUS demander l'autorisation de passer en France avec toute ma famille.» ,ffEh quoi! s'écria ïjcclerc, transporté de joie , prenant dan» ses mains celles de Dessalines. Oh non! vous ne partirez pas; nous avons trop bc?soin de vos services. Votre absence de la colonie serait une perle pour la France. Cependant votre désir sera satisfait ; dans six mois je dois retourner en Eiirope evec mon épouse , nous enlreprondrons ensemble le voyage , et j'aurai la salisfaetion de vous présenter moi-même au premier consul. » Desialinee le rcmercid avec chaleur de sds bontés. La conversation tomba sur Totat du pays. Quelle est la cause, général, lui demanda Leclerc, des troubles continuels qui régnent dans la colonie? N*y aurait il pas un moyen prompt de rétablir la tranquillité ? Les hommes de couleur ne seraient-ils pas les auteurs des calamités qui nousaflli'^ gent? Me conviendrait il pas de. les faire disparaître? Dessalines^ eomnie transporté psr une idée lumineuse, répondit: Oui, capitaine général ; il fint (|ue les brigands ui$;paraissont. » Leclerc crut avoir rencontré l'homme qui lui eonvenait : un noir influent et brave, soutenu par les blancs, se vouant à Textermination des mulâtres. Leclerc lui dcmauJa ensuite des renseignement sur plusieurs généraux indigènes. Dessalinss lui dit qu'en entourant Christophe de considération et d'honneurs, qn'en l'appelant souvent dans sa •famille, dans son intimité, il s'assurerait de sa fidélité; qu'en respectant le caractère de Clervaux , homme grave et toujours soumis aux autorités, il serait sur de son dévoucmeiil; (juanti Pétion , ajoutat il, n'est il pas déjà entre vos mains? Leclerc se leva, le pressa contre son cœwr et lui dit : «r Général , puisse le premier consul apprécier votre dévouement à la France ! Mais pour exterminer les factieux , nos troupes sont trop aflaiblies ; elles peuvent à peine suffire à la garde de nos cotes. Voua formerez un eorpg de 6,0tO noirs de voirc choix; vous ferez descendre vers le rivage les demibrigades européc^nnes , et vous ferez occuper les positions intérieures par les troupes coloniales. » Detsalines sortit du gouvernement, en apparence plein de joie, mais en réalité dans les plus vives inquiétudes. Ayant reçu l'ordre de Leclere de rester quelques jeurs au Cap, il ignorait le rôle qu'on allait peut être le contraindre déjouer au milieu de ta ville. En hésitant d'exécuter les vo* lontés de Leclerc il eût été arrêté et fusillé. La perle des généraux Clervaux et Pétion était résolue ; les 6e. , 10e. et 15e. demi-brigades coloniales, cantonnéQS à la PetitCcAnse, devaient être noyées,, après avoir été désorganisées par des incorporations dans les troupes européennes. Le vieux général Dugua eut horreur de ce plaa fui lui fut eommuniqui. Il ne se prévalait plus que rareoiettt daosr

lé «onseîl de Lcclerc, composé de colons perfides nullement dévoués aux vrais inlérc^t» de la France, et sacrifiant tout an rétablissement de l'esclavage. Ignorant l'eutrolien que Lerlerc avait eu avec Des* salines, il crut être utile aux inft)rtunés indigènes , en faisant con^ naître à celui-ci que la 13e. coloniale allait être incorporée dans les sapeurs de la garde d'honneur pour être ensuite exlermihce. Quant aux franfais, leurs inquiétudes étaient considérables; ils n'avaient plus aucune confnnce dans les troupes noires et jciunes; les colons regrettaient que In général Lccicrc n'eut pas déporté avec Toussaint Louverture la plupart dos officiers supérieurs noirs et de couleur.

Le général Christophe tenait une conduite des plus sévères. \îtarit isolé et ignorant les dispositions à Tégard de la métropole et de Dessalines, et de Glervaux , et de Pétion , il démontrait pour la France le plus grand dévouement, tout en condamnant hautement la plupart des actes que provoquait le parti colonial. Chris tophe se voyant exécré des insurgés^ du Nord était contraint de s'attacher aux français. Il observait les évèneriacns , le caractère de l'iasurreolion , et il ne prendra les armes -contre la France que lorsqu'il verra Pétion et Clt^rvaux se jeter dans rinsurreclion. Alors certain de trouver dans les troupes coloniales des appuis contre les Sans- Souci, les Petit Nuël Prière, les Jasmin , il abandonnera les français oui l'eussent égorgé comme la plupart de «eux qui Ins ont servis ^ s il était demeuré avec eux.

Le général L(»clerc se résolut à envoyer en France un commissaire chargé de faire au premier Consul un tableau fidèle de Tétat de la colonie, et de demander qu'une nouvelle armée de 20,000 hommes y fut Aiveyée. Le fer et le climat avaient fait un vide immense dans les troupes européennes. Le général Boudet (|ui avait fait sa fortune, et qui désespérait du rétablissement de Tordre, accueillit avee empressement la pro|>esition qui lui fut faite de partir pour France. Il occupait au haut du Cap une magnifîque maison de plaisance. La veill^^ de snn départ» il réunit chez lui les généraux Clervaux , Christophe, Pamphile de Lacroix. Celui ci qui avait reçu Tordre de quitter Li partie espagnole pour aller prendre le commandement du Fort Liberté, avait été mandé au Cap par Boudet. Pendant le repas il demanda à Christopiie quelle était , à son avts , la cause de la nouvelle in» surrection. Christophe lui répondit : « Vous êtes jeune et européen , vous avez toujours fait la guerre dans les armées de la métropole , vous no pouvez conséquemment avoir dn préjugés sur Tes^ clavage ; je vais donc vous parler avec franchise; la révolte augmentn parceque la défiance est à son oomble. Si vous aviez notre épiderme, vous ne seriez peut être pas aussi confiant que moi qui remets mon file unique Ferdinand au général Baudet , pour le faire élever en France.

#6 éompte pour mu to« |)ngau4« ^ui^oi deuirà k sîgnfd dei-insw

9S6 HISTOIRE t)*l!AITI.— (1802).

TFClion. Ce n'est pas là qu'âst le danger; c'est dans l'opinion gén^ raie des noirs. Cens de St. Domingiie s'elTmientparcâqu'ils connaissent le décret du 30 Flori'») <|ni maintient l'esclavage et la traît* dans les colnnîps restiluëes à la Franca , en exéculion dn traité d'Amiens. Ils s'effraient de voir le premier Consul rétablir l'ancien régime d»nR ces colonies; ils craignent que les propos indiscrets f|n'un entend de tous côtés ne parviennent en France et ne suggèrent l'idée au gouvernement d'^^Ier aus!ii la liberté aun noirs je St. Domingite. * Cbrislo|>he ,. Iiomme d'une vaste intsitigence , et un des oftlciers les plus beaux 'de l'armée de Saint Doniingue , conserva toujours, à l'égard des français , une attitude courageuse et pleine de di'gnilé.

Les Trani^ais demeurèrent étonnés de ces paroles si sensée» et si oouragcnscs i|ui laissaient découvrir clairementleurs projets ultérieurs. Si Cbrisloplie ne leur .)«ait pas donné une preuve non équivoque dcsoD dévouement à leur cause, an se disposant à confier son fils au g^éral Boudel , ils l'eussent fuii arrêter. Tout porte à croire que Cliristopht était jusqn'nlors réellement dévoué à la métropole. Pamphile de Lacroix lui dit que le gouvernement ne rétablirait jamais l'esclavage à St Domingue. Chrisl«phe lui répondit qtie • s'il ne croyait pas à la sincérité des sontîmens du général Ledere et de tous tes Trançaîs , il ne serait pa» parmi eux. > Pamphile de Lacroix lui demanda to «ulrc conimeirt il se faisait qu'il n'eut pas encore trouvé lé moyen d« faire arrêter Sans Souci. Christophe lui répondit : < Si Sans Souci émit un soldat, je pourruig me flnller de l'atteindre; mais c'est un brigand lâche et rrncl qiïi ne se lait pas conscience de tuer ceux qu'il Boupçorno ; il sait fuir à propos et couvrir sa fuite d^ déserts qu'il liitsse dorricTC lui. Il s'y pnmd mieux que nous ne'Ieaïmes à l'époque de votre débarquement; si alors au lieu de c<»mbattre, notre .'■yslèmo de résistance eut consisté à fuir et ii bien effrayer les noirs, vous n'auriez jamais pu nous atteindre. I^e vieux Toussaint ns cessait de le dire; personne ne voulait le croire. Noms avions des armes; t'orgiieil d'en faire usage nous perdit. Les nouveaux insurgés paraissent \ouloir suivre 1« système de Toussaint; s'ils y persistent nous aurons de la peine à le^ réduire. • Chrisluplie ignorait les dispositions de Dessalines et de Pétion. Quoiqu'il eut remarqué que la fidélité des troupes coloniales fut proibndément ébriHilée, il ne songeait guères à se jeter parmi les insurgés dont tous les chefs étaient ses ennemis personnels. Jusqu'alors te géiéra) Clervtux, de son côté, n'avait pas-piis la résolution de s'insurger. Lectercen- Toya le général Pamphile de Lacroix prendre le coeimand Fort Liberté. Trahi par set guides, Pampliile de Lacroix cette ville qu'en passant au travers de plusieurs embuscade: d'être fait prisonnier pràsde St. Uichel. Aussitôt sprés son T«rt Lib«rtâ, il lit arrêter un eapitaias da geittUrmvit ,

rîvîére , homme de couleur, qui incitail sourdem«hi à ta révolte li^i troupes coloniales de la garnisbH. Kayé Larivière fut embarqua pour r Europe. Quand il y arriva il fut envoyé en Corse.

Dessalîncs, de son côté, voyant que -le capitaine général neTutilisait pas au Gap, alla le saluer au palais colonial. Leclere lui donna 500 doubles louis pour les frais de sa première campagne iontre les factieux II lui annonça qu'il recevrait bientôt 7000 hotmips d'élite, €l qu'il avait IVspoir de rétablir la tranquillité avec ces nouvelles forces. Oh oui! s'écria Dessalines , plein de fureur; il faut porter uq coup terrible; j'ai soif du sang des brigands] il faut, capitaine général, que ce jour soit un tremblement de terre général. L'expression terrible que prirent alors ses traits fit reculer le général Leclere. Des ordres furent aussitôt donnés atin que des armes lui fusscfn^ délivrées pour réduire les rebelles. Des poldats de la 4e. coloniale firent sortir du Cap 2000 fusils. Leclere^ malgré ses instances, ne put le décider à réfuter au Cap quelques jours encore pour assister à un bal qui devait être donné au palais du gouvernement. DeS'^ salines avait sous les yeux l'arrestation de Toussaint ^ qu'il ti'avail pas contrariée, et la mort de Charles Bélair«

Il tenait l'ordre écrit de Leclere de lever 6000 hommes de troupes coloniales, de faire rentrer dans les villes du littoral toutes les garnisons klanches et ,de réduire les factieux. Leclere voyant que l'insurrection s'était prononcée dans toutes les campagnes du Nord, voulait sauver de l'extermination les troupes européennes cantonnées dins Tintérieur^ Mous allons voir l'usage que Dessalines fit de cet ordre* Le général indigène partir du Cap avec un détachement de la 4e coloniale pour* verser à grands flots le sang français, et Leclere ne le revit plus II s^ rendit à It Petite Anse où il rencontra l'adjudant généial Pétion. H lui moptra Tordre que Leclere venait de lui donner, et lui apprit le sort prochain de la 13e coloniale. H l'exhorta à se tenir .sur ses gardes, et lui annonça cfu'il ne servirait plus d'instrument aux français contre c^ux de ses frères qui prendraient les armes pour leur liberté. Tâchez d'éviter les pièges qu'on vous tend, dit il à Pétion, eu le quittant; je pars pour l'ArtiboniCe^ et bientôt vous entendrez parler de moi; j'y ferai mon devoir; faites le vôtre. Il ne communiqua son ^projet à aucun des officiers ^e la 13e coloniale; il craignait de rencontrer quelques traîtres , car il était encore entre les mains des français. Quant à Christophe, il ne eomptail plus sur lui: ce général, en se disposant, dans une telle circonstance, à envoyer son fils en Europe , ne perinetlait pas de douter de son dévouement aux français. Du reste, pour s'insurger avec succès contre les blancs. Dessalines voulait agir concurremment avec Pétion qui devait entraîner la masse des hommes de couleur ; car il comprenait que les français eussent triomphé finalement , si les noirs At les jaunes ne se réunissaient pas «#ntre eux. l<eelej:c basaicdait

sa confiance en il^essalinef , ne pouvant agir autremenl. Ctpeilidant il avait envoyé de toutes parts Tordre de io surveiller eldeTarrèlM* s'il balançait entre les deu\ partis. Le général indigène, de son côté, se faisait donner de Targenl, .des munitions et des arnaes pour coxnr battre une insurrection qu*il organisait lui-même. Aussitôt après son départ pour TArtibonite, Leclerc ordonna aux (>«, 10e et 13e coloniales, commandées par Glervaux, Jn Ph. Daut et Pélion d'aller cantonner au haat du Cap. A peine ces corps y furent ils parvenus , que le général Christophe arriva chez le général Boudet auquel il ^M^nOa son fils Ferdinand pour qu'il Temmenàt en France. H fit don au généial français de plusieurs moulons, de plusieurs bœufs et de nombreux fruits, Boudet partira le lendemain avec cet infortuné Jeune hoaim# qui devait mourir en France misérablement, dans un hôpital. Christophe, <^n s'en retournant à son quartier de St. Michel, s'arrêta dans la maison qu'occupait Pélion au haut du Cap. Celui ci lui dit : "Vous avez tort d'envoyer votre fils en Fiance; reprenez Ir; il en est «ncore temps; de grands événements semblent se préparer.* — Christophe lui répondit: Tatmosphère est chargée de sang; le deuil est sur toutes les figures: j'ai dit au général Boudet de dures vérités; si les blancs persistent dans leur système ils se perdront totalement. Ils «e séparèrent en se serrant énergiquement la main avec émotion.

En 1802 St. Domingue était un pays français. Quand la guerr^^ civile éclata en Février de la même année entre Toussant Louverturc et Leclerc, Pétion avait embrassé le parti du capitaine général avec lequel il était revenu dans la colonie. Alors il croyait aux promesses du premier consul qui- avait déclaré que St. Douiingue faisant partie intégrante de la République serait régi par les mêmes lois qu'elle, et que ses habitans, sans acception de couleur, jouiraient des droits de citoyens français. Cependant son humeur froide, son grand courage, sa profonde dissimulation, sou infiueuce sur les siens qui en général adoptaient ses vues et ses opinions, avaient excité la défiance des fiançais (|ui, ne pouvant pénélrer sa pensée, lui supposaient des idées d'indépendance. Né au Port Républicain, d'une taille haute, d'un- port majestueux, d'une figure noble, régulière et brune, ayant de grands yeux noirs, des formes douces, la tête chargée d'une épaisse chevelure • longue et bouclée, Pétion, après It chute de Ri|j;aud, pendant, son séjour à Parisj attirait Tattention de tous les employés civils et militaires avec lesquels il était en relation. Quand on l'interrogeait sur St. Domingue, il répondait peu, et paraissait indifférent au sort de la colonie. Il ne partageait pas les plaisirs des autres officiers indigènes qui, comme lui, s'étaient réfugiés en Europe, il leur disait souvent qu'il aimerait mieux être a St. Domingue, nu dans les montagnes, que dans Topulence à Paris : il avait appris que tous les officiers de couleur de l'armée coloniale qui

trouvaient alors ea France devaient Âlro déportés h Madagascar.

aieTotRs D^SÂiTi.— (18M) tSI

fi« l.er consul chingfïa de Hîsposîlîons. pensant qu'il trouverait ea •nx des auxiliaires sûrs dans les expéailions conlrc Touss.iinl Louverlure, si celui ci refusait rit n^meltre l'aulonti^. aux mains de Leclerc. L'on a vu, en effet, avec quel acharnement ils combattirent Toussaint. L'on rapporte que le chef des bureaiix de la préfecture de police^ quand Pélîon Se présenta devant Un î)0ur demander son passe- port, dit après l'avoir attentivement examiné : si le ier ronsnl m'en croyait, il ne rtnverrart pas cet homme de rouleur à St. Dtuninguc. Si ce eonseil avait été suivi la France eiit enlevé aux indigènes un <-hef habile et courageux cpii eontribua puissamment an triomphe de leurs armes. Pélion avait toujours combntlu pour la liberté génrVale, et il fut dévoué à la métropole tant qu'il crut le gouvernem^^nt français fidèle aux idées philantropiques. Mais aussitôt qu'il s'aperçut, arrès la déportation de Rigaud, eU 1802, de la tendance du génénd l^e- «1ère vers lancien régime , il commença à songer à la possibilité d'une guerre nationale. Les indigènes instruits reconnurent que les services les plus éclatans rendus à la France, ne pourraient éteindre la haine que leur portaient les colons qui exerçaient une grand<- i?)lluenco dans le cabinet de Leclerc. Ils sentirent qu'en demefirant pi )S long-» temps sous les drapeaux de la France, ils s'exposaient h être égorgés tôt ou lard. Quant à Pétion, il n'ignorait pas que le général Paraphile de Lacroix l'avait signalé i Leclerc comme un mulâtre dangereux. Le succès d'une guerre contre la France dut paraître d'abord peu probable. Comment réunir soiis le même drapeau If^s indigènes si divisés d'intérêt , d'opinion ? Quoi(|ue Pétiou eût toujotirs conna Dessalines pour un ennemi implacable des blancs, il ne lui ouvrit pas entièrement son cœur, ignorant son projet d'indépendance et !e voyant se constituer 1 exécuteur des ordres secrets de Leclerc. Il se rappelait l<* sort de l'infortuné Charles Bélair qui venait dèire fu« sillé. Les français exerçaient un tel espionnage que le (ils n'oisait dire si pensée i.son pèjre. Pour un mot, pour un geste « un soupçoa l'indigèue était pendu ou noyé. Cependant riusurreclion était de* irenue formidable; les bandes de Sans Souci , de Peiil Noël Pgère, de Capoix , dans le Nord; de Liniour Dérance , de La rose , de Gange , de Sanglaou , de Mathieu Fourmi, dans l'Ouest, portaient partout le fer et la flamme. Mais jusqu'alors I insurrtclicn éfait sans direction; l'indigène se battait mû par l'instinet de la liberté; tous les chefs du Nord étaient presque indépiMidans les uns des au* très; il n'y avait pas d'unili dans les opérations.

En Octobre les noirs et les jaunes de la ville du Cap étaient dans la plus profonde consternation. La frégate la f^ocarde chargée d hom* mes de couleur qui avaient protesté contrele réiablissement de l'esélavage à la Guadeloupe venait de mouiller dans la rade et apport tait lu loi qui r tahlissait la servitude dans les colonies. CepeniiQt la mesure ôe coocei nait ^as f$L Domingue c£ul devait 4tre régji

S40 œSTOIRE D^HAITI. — (1803)

piar un «oria spécial dont Iqp, articles auraient été discutes par im conseil colonial. Elle ne concernait pas non plus la Guadeloupe où Fancien régime avait été néanmoins ofticiellement rétabli. Quelqueguns des déportés delà Guadeloupe eurent le bonheur d'atteindre le rivage à la nage. Ils firent aux indigènes le récit des atrocités commises dans les îles du vent, et remplirent tous les cœurs d'indignation. Eq même temps on apprit que des noirs et des mulâtres étaient vendus publiquement par le général Kerverseau dans l'ancieitue partie espagnole où Toussaint, au nom de la France, avait proclamé la liberté générale. Ces événemens vainquirent toutes les irrésolutions de Pélion qui «e détermina à lever Tétendard delà révolte. Il communiqua «on projet au général Clervaux* Il lui dit qu'aucune considération ne pouvait désormais lempêcher de s'insurger. Il ajouta que s'ils demeuraient l'un et l'autre plus longtemps fidèles à la France, c'en était fait d'eux , qu'ils savaient que l'esclavage était ré-' tabli dans les autres colonies , qu'il n'y avait plus à balancer. Dussé-je n'entreprendre la guerre, qu'avec mes douze-cents hommes, je n'hésiterais pas. GIcrvaux lui répondit qu'il fallait attendre encore avant de prendre une telle détermination , que la France était puissante, que la mer lui était oi^verte, que l'Angleterre ne lui déclarerait peut être pas la guerre de sitôt , que l'on ii'avait pas jusqu'alors désarmé les troupes coloniales-, qu'il était- important de laisser se dessiner davantage les évènemei.is. Pétion lui fit connaître les révélations de Dessalines, lui annonça que la 6.e, la 10. e et la 13. e seraient dispersées dans les troupes européennes pour être ensuite exterminées. Ils n'oseront pas, lui dit Clervaux / et ils se séparèrent. GIcrvaux descendit au Cap.

Le général Lecicrc avait remarqué l'abattement dans lequel étaient plongés les noirs et les hommes de couleur du Gap. Les jeunes filles frémissaient à l'klée d'être vendues , et de devenir, après douze ans de liberté , la risée des femmes blanches, et les.servante^ d'un nlaitre brutal. Leclerc n'entendait plus aucune plaint*^, et ceux qu'il envoyait à la mort montraient dans les tortures la fierté , la résignation et la joie des martyrs d'une secte religieuse. Il voyait nat tro partout la défiance, et pour se concilier le cœur des noirs et des jaunes qui formaient en grande majorité la gard<^ nationale, il donnait fréquemment au Palais du gouvernement d«s bals où assistaient beaucoup d'officiers indigènes.

Dans la nuit du 20 Vendémiaire (12 Octobre 1802) , les salles du palais du Gap étaient illuminées ; les accords d'une musique harmonieuse retentissaient dans les appartemens resplendissants de luxe. Les officiers de l'état major de Leclerc, élégamment vêtus, s'eiTorçaien^ par des jeux d'esprit de chasser la tristesse qui régnait 'dans les cercles que formaient les dames indigènes; ils admiraient ces grâces naturelles qui ne se déploient que sous le ciel brillant

4f6S tropiqueS' Les officiers des troupes coloniales se tenaient pa? groupes, à Fécart, et leurs traits n'exprimaient que de sombres préoccupations. Les nouvelles venues de France, la veille, qui faisaient Tallégresse des blancs, les consternaient profondément : le premier consul avait dit à Tabbo Grégoire , dans une présentationofTicielle de Tlnstilut:^* D'après ce qui se passe à Si Domingnc, je voudrais que tous les aaiis des noirs eussent , dans loiUe I Europe, la tôle voilée d un crêpe funèbre. » Madame Leelerc, la femme européenne la plus accomplie peut être qui ait brillé dans notre climat, j'^yeuse, couverte de pierreries, ne rêvant que plaisirs au milieu des calamités publiques,, parcourait les appartemens avec élégance, et déployait en vain son aménité pour animer la soirée. Elle s'approcha du général Clervaux et lui dit : « D'où vient, général, que vous soyez si sombre? Ne devriez-vous pas êire satisfais? Nous fêtons ce soir le bonheur qui règne en France, et qui ne tardera pas à régner dans la colonie. » t Madame, lui répondit sèchement Clervaux, j'étais libre autrefois, et je ne dois aux cii constances nouvelles que d'avoir relevé ma couleur avilie ; mais si je croyais qu'il fût jamais question ici d'esclavage , à l'instant même je me ferais brigand. » Cette réponse , sortie avec énergie de la bouche d'un homme de l'influence de Clervaux , jeta parmi les français la p'iys vive inquiétude et troubla la fête. Leclerc qui avait déjà résolu sa perte, songea à hâter le moment de son arrestation^ Mais Clervaux ne lui donna pas le temps d'exécuter son projet. \ la pointe du jour, il partit pour le haut du Cap, en apparence pleia de confiance en la loyauté des français, pour aller, disait il, eliercher sa femme et la ramener en ville. Il avait appris, dans lo bal, bien au delà de ce que Dessalines avait dévoilé à'Pétion. Lc« clerc , pour lui enlever la force principale sur la(|uelle il s appuyait, lit aussitôt entrer au Cap toute la 6.e coloniale forte de 1200 hommes , ainsi que le chef de bataillon Jac(|ues Clervaux, qui commandait le poste du haut du Cap. C'était le frère du général. La 10. e coloniale , commandée par Jn. -Philippe Daut, noir, et la 13. e furent saisies d'effroi en voyant partir la 6e. Les soldats noirs et de couleur se préoccupaient beaucoup de ce que l'on voulait faire de ce corps, quand, au contraire, Tordre avail^ été donné de faire rentrer les troupes européennes dans les villes , et de laisser les .troupes coloniales dans l'intérieur. Cler\aux s'était retiré chez lui au haut du Cap ; les généraux Clausel et Claparéde s'y trouvaient aussi , occupent chacun une belle maison de plaisance. .Pétion parcourait les bivouacs de la iS.c, calmait les inquiétudes des soldats, leur promettait qu'il ne les abandonnerait jamais , et ies incitait à l'insubordinatîen. Tout à coup la i3e. pritles armes tumultueusement , et demanda sa paie arriérée , ainsi que les rations qu'elle Bravait pas reçues pendant les quinze jours qu'elle était demeurée

«ernée au Dondon par les insurgés. Le général Claiisel fit distribuer à chaque soldat quinze rations , et envoya au Cap le capitaine Var, quartier maître de la i3e. , avec ordre d*y prendre la solde du régihfifnl. Var était un blanc , ancien soldat du régiment de Faubert , dans lé Sud , qui avait toujours servi dans les troupes noirts et jaunes. Il revint au haut du («ap avec la solde , et annonça qu1l avait vu la 6e. rangée sur le rivage , ayant les armes en fais* ceaux. Il paya aussitôt les troupes. Mais les |soldats ne trouvant pas leur compte, diaprés leurs calculs, s agitent, cabalent , menacent ; le tumulte est à son comble. Clausel et Claparède appellent Potion pour lui demander la cause de ca mouvement. Pendant que Péiion se rend auprès d eux , Geffrard , ancien colonel dans Tarmée de Rigand. qui était au Cap , sn inactivité, arrive , dégui* se en maleiol , au quartier de fa iS.e , déclare à ses anciens com* pagnons d armes que la d.e coloniale a été embarquée en entier pour être no^ée , et que beaucoup d'hommes de couleur et de noirs ont été arrêtés, et qu il s'est sauvé pour éviter la mort. On veuuit (le no}er Doincniige , noir, ancien colonel de la 4.e , avec pres(|ue toute sa Atmille. Le géwêial Puul Louverlurjb , Frère d^ Toussaint, dès qu il avait ap|)ris celle e^éculion , était sorti précipilarument du (^ap , à la favetir d un d<guisement, et s'était rendu auprès de Sa»s> Souci dont il avait reconnu raulorilé. Pclion retourna au quartier <!e la 13. e , èxhoila les soldais à observer la plut sévère discipline. Il se rendit ensuite aupiès de ClauseKet lui ainonça que Us soldats ;iy4int clé payés, leurs murmures avaient cessé. Clausel et Chjparède, frappes iiéanmoins de latlilude que prenaient les tioupcs coloniales, rentrèrent au Gap, avant la nuit, avec leurs guides. Clervaux el Péiion envoyèrent aussitôt deux courriers I un à Christophe et Taulre à Capoix , pour leur faire part de leur projet d in^urrection. Capoix , déjà soulevé contre h métropole, ne puuv;iit que les soutenir énergiquement. Un écrivain français, Ph. Albert de Lattie, ex ^liquidateur dts dépenses de It gnene, a St-Domingue , dit, page 68, dans un mémoire sur St- Domingtie: « On apprit apssi que I intimité de ses chefs mulâtres « avec les génerai»x nègres, et avec Capoix la mor( , autre chef nè- « gre et I un des hofhines les plus féroces qu'ait produits l'Afri-*

< que, * tendait à expulser tous les blancs ds la colonie. Ces mu-

< làires faisaient circuler des lettres qu'ils avaient reçues de Télrait ger ; ils témoignaient une joie indécente de ee qu'on leur an* c uonçait que la guerre avec TAngleterre était certaine. C'est par « eux qu'on en eut les premiers avis. > LiS même écrivain dit •u sujet de Poiion et de Clervaux : c Ils étaient comblés d'honneurs

* Capoix était tréols de rhabitatlon Delaujnaj , dans Is quartier du Pert^ |s*Piâ;5^,

HT8T9IRK b'h^ITI. — (IIM) §41

< et dt richesses ;^ leur traitement <!• solde et de table était toujours c acquillé de préférence. Le général Lel!lcrc avait une prédiiecc tien particulière pour Pétion ; il y avait quatre jour^ qu'il les « avait réunis à un banquet splendide. Clervaux et Pétion l'ce- € vaîent ces témoignages d'affection avec dndain. » Pétion, D<ssa. Unes y Clervaux, éiairnt en efV^t accueillis avec la plus grande dis* tinction par le capitaine général. Mais ce n*é(ait pas parce qu'il les ftffectionnait. L'esclavpge était rétabli de fait ; la résistance des cultivateurs était opini&tre, et Leclerc s'oiTorçait par des honneurs et des largesses de transformer les ofnciers des troupes coloniales en bourreaux de leurs fiéres. Il n'est pas donné à tout homme de sacrifier au bonhtùr muîériel l'honneur et les principes de liberté. Certainement Clervaux^ Pélion, Dessalines eussent pu , à Texomple de Lapltime, de Dieudonné Jambon, de Nérttte, devenir .les instrumens des crimes des frjinçais; mais ils aimèrent mieux supporter dans les montagnes toutes sortes de privations, bravant chaque jour ia mort, n'ayant pour toute récompense que l^amour de leurs frères, que d'arrêter un moment la marche ie la liberté. Quant à Cliris^ tophe , on le verra un instant irrésolu; mais entraîné par l'élan général, il embrassera le parti de ses frères. Il exposera plus qua sa vie en prenant les armes contre tes blancs, car la haine impla* cable que fui portaient les insurgés menaçait continuellement son existence et celle d« sa famille. D'une autre part, il était le seut oflicier général indigène dont la fidélité ne fut pas suspectée par la capital ne- généi al.

Le 22 Vendémiaire {H Octobre ), dans nnît, le ciel était brillant détoiles et une brise douce agitait le feuillage des palmiers qui couvraient le plateau du haut du Cap. Pction réveilla en silanca »Ies ' soldais de la 10* et la 13* > leur fit prendre les armes, et marcha a^iec eux sur trois (liil^les postes qu'occupaient cent hommes i\% troupes blaiRhes. Ces troupes cernées par plus de 1860 hommes n opposèrent aucune réibistanee et mirent bas les armes. Les indigènes s'emparèrent d'un obusier établi au pont A\elche que gardaient vingt cinq polonais, et de deux pièces de 4, l'une dres* sée au foii Breda , I autre placée devant la maison qu'occupait Clausel. Clervaux n'avait sous ses ordres qu« cinquante hommes de la 6*. Si Pétion a\ait eu plus de confiance en ses soldats, il eût surpris le Cap, tût enlevé Lcclerc , de l'aveu de» généraux français eux-mêmes. Les^nsurgés se formèrent en carré, placèrent au milieu deux leurs bagages; toute la population noire et jaune du haut du Cap, et s'acheminèrent sur le morne Rouge. Pelion déployait toutt son énergie pour contenir la fureur de ses soldats qui vou* laient égorger les prisonniers blancs. Quand il arriva au morne Rouge » il fit faire halte à ses troupes , se plaça au milieu d'elles •I leur dit qu'elles entrepceacdent une guerre aationale tt noa pas une

1^4 BffTOIRE D^Hkl^TÏ-^lSÛS)

guerre de parti; qu^elles auraienl à vivre au milieu des plus grandes privations, ce qui serait ^our elles un bonheur en comparaison du sort qui les attendait dans les villes f qu'elles ne verseraient plus leur sang ni .pour la France , ni pour satisfaire Tambition de l'un des leurs; qu'elles combattraient pour leur propre liberté , pour l'indépendance de leur pays ; qu'elles conserveraient le drapeau tricolore, parce que c'était celui qui les avait émancipés, celui sous lequel elles avaient arraché à la dégradation leur race qu'on voulait encere avilir; * désormais qu'elles auraient pour devise le bonnet phrygien avec ces mots : Liberté , Indépendance ou la Mort. • Le sang.de nos frères nous crie vengeance, ajoutai il, |si nous ne triomphons pas de nos tyrans, du moins, en mourant en hommes libres , nous n'aurons pas la honte d'avoir survécu a l'esclavage. » Pélion âgé de trente deux ans avait toute la fougue de la jeunesse. Il arracha en même temps les armes françaises au drapeau qu'il tenait dans ses mains et les jeta loin de lui. Les cris de vive la liberté! Guerre à mort aiix français ! écIatéreRt dans les rangs. Les indigènes voulurent se précipiter sur les blancs et les immoler. Pélion se plaça entre eux et leS' prisonniers et s* écria : ces infortunés sont des soldats qui n'ont fait que leur devoir; ils ne sont pas responsables des crimes de leurs chefs. Les coupa* blés sont les généraux, les colons qui les excitent à devenir cruels. • Ces paroles ne calmèrent pas la fureur des ' soldats des iO* et 13*. Pélion continua: Dépouillez* les; ils trouveront au Cap des habillemens; mais je vous le déclare, si vous attentez à leurs jours, j'abahdonnerai le commandem(;nt , je cesserai d'èlrei votre tète, je me ferai soldat dans vos rangs. ISousa^ons au Cap presque tous les soldats de la G' coloniale ; on nous les renverra peut-être en échange. • Les prisonniers furent dépouillés et acheminés sur le Cap. Delattre, page 67, dit en parjant , dans cette circonstance, -des « généraux Pélion etc.... « Us renvoyèrent au capitaine général Le* clerc quelques canonniers blancs qu'ils avaient à leur disposition et lui firent dire qu'ils lui donnaient trois jours pour évacuer la colonie. • Leclerc , aussiiOt qu'il apprit cette révolte , fit battre la générale. Tous les citoyens en état de combattre prirent les armes. A la tête de 800 hommes de sa gâfrde , it se transporta au haut du Cap et y rencontra les prisonniers blancs que Pélion lui avait renvoyés. Us étaient presque nus. Ils apprirent à Leclerc que les insnrgés s'étaient retranchés au morne Rouge, qu'ils y avaient un obusier et 2 pièces de campagne. Ils disaient à leurs camarades que les troupes colopiales avaient bien fait de se révolter , puisqu'après avoir bien servi la France, on les noyait, les pendait et les réduisait en servitude, pour récompense, Le capitaine général rentra au Gap, après avoir

* Nons verrons plus tard comment notre drapeau bicolore, bleu et reu^ |f6, fut adopta*

HisToiBB d'haiti. — (1802} S4S

garni de Iroupts les forts qui avoisinent cette ville^, et envoya aussitôt auprès de Christophe, cantonné à St. Michel avec les 1*'*, 2* et 5* coloniales , le colonel européen Bojé qui lui remit l'ordre de marcher contre les brigands Clervaui et Pétion. Christophe refut avec p<»lite$se I envoyé français, et lui donna l'assurance qu* il allait com^ battre Us mulâtres qui prétendaient ravir aux blancs la possession de St, Dominguê. (l ne répondit pas au général Leclere et retint auprès de lui le colonel Boyé.

Dans la journée du 23 Tendêiniaire ( 14 Octobre ) , Pélion abandonna le morne Rouge et se rendit avec les 10' et 13* sur Thabitalion d'Hérieourt -, ayant 'Tintention de s'acheminer vers TOuest, son pays, pour y combattre les blancs, s'il ne pouvait s'entendre avec les chefs des bandes de l'intérieur du Nord. Il était presque étranger dans ce département; il ne connaissait les chefs des insurgés que pour leur avoir fait la guerre ; il se sentait entier rement isolé ; il voulait se rapprocher de Dessalines qui devait aussi avoir pri<% les armes dans le quartier de TArtibonite. Tout à coup, Petit N(»él Prière , sortant des mornes de Balancé et de la Souifrière, envahit I habitation d Uéricourt avec toutes ses bandes qui hurlaient alfieusement et se préparaient au combat. Pétion commanda aux 10* et 13* composées d'indigènes de 1 Ouest et du Sud de se ranger en bataille. Ces deux eorps qui , en abandonnant le haut du Cap, avaient fui Texlermination, se trouvaient en présence d'un nouvel ennemi qu'ils avaient vigonreusemeni traqué pour les français. Pélion- à la tête de ses troupes vil s'avancer au devant de lui Petit Moël Prière plein de fureur et agitant son sabre. Qu èles-vous venu chercher ici , demanda l il à Pétion ? — Celui ci lui répondit avec dignité : « Mous avQps abandonné pour toujours la cause des français , et nous venons vous demander dés renforts. » — INous ne vous en donnerons pas ; les troupes coloniales nous^nt horriblement traqués ; elles nous atteignent où les français ne nous atteindraient ja^ mais. — Les blancs sont aujourd hui nos ennemis communs, répliqua Pélion; assaillis par eux d'une part , et par vous de l'autre, nous ne pourrions résister; puisque vous nousrefust^z votre aide, laissez-nous le passage libre pour que nous retournions dans I Ouest , et ne nous contraignez pas a en venir aux mains avec vous. — Ne pourrions- nous pas croire que vous êtes envoyés par les franç^s? — Pétion qui voulait éviter un combat qui n'eût été que préjudiciable i. la liberté, lui dit : «Toyez cet obusier, voyez ces deux pièees de 4, nous les avons pris au haut du Cap; puisque vous doutez de nos sentimens, nous laisserons à d'HéricOurt nos bagages, les femmes , les enfans qui nous accompagnent, et nous marcherons ensemble sur le Cap ; faites avertir le gé éral Christophe de nos meuvemens. — A ce nom de Christophe, Petit fioèï Prière brandit ton sabre avec colère, et dit. que c'était uii jbrigand qu'il im proposait de tuer k la première occasiQn,

ta HISTOIRE 9VAITI.— (1S(U|^

Néanmoins îlaccueîllit la proposition Jde Poiîon, partit atec Tut pour le haut du Cap , où les indigènes arrivèrent U 23 Vendémiaire (45 Octobre) , vers les cinq heures du *matin. Le mémo jour Christo|he envoya au Cap un officier qui annonça au capitaine général qu'il se disposait à marcher contre Pélion ^ Clervaux, Pelil Noël Prière , dont il se débarrasserait en peu temps.

Les troupes coloniales et les bandes de Petit Noël Prière mon* taient à plus de 5,000 hommes. Clervaux auquel Potion avait cédé le commandement s'approcha de la ville. A neuf heures du matin du 2S Veiulcmiaire, la garde nationale du Cap, forte de 1,200 hommes d'infanterie et de 200 cavaliers, était réunie sur la place d'armes. Elle était composée de la bourgeoisie blanche , noire et jaune. Le général Cbpr.iède, ccnimandant de la place, était à sa tète. Les troupes européennes au noafibn^ de l,iOO hommes dont SOO delà garde deîLeclerc et 300 de troupes de ligne , étaient prèles à sortir. Le généial d'Henin comn^andait a cent cavaliers européens. Le dnn(3er était immense. A dix heures , le général Clausel prit le corniDândiment de Tarmée et n^aicha contre les indigènes. CKrvaux évita le ccn^bat. Mais le 24 Vend<fmiaire (16 Octobre) à une heure de la nuit, il attaqua Clausel a\cc une telle impétuosité qu'il le culbata et le jeta en dèssordre entre le fort Jeantot et le grand chemin. D Heiiin (il unf charge brillante ; mais les 10* et 13* coloniales M formèrent en b;itaillon carié et' le repoussèrent.

Clervaux", sui\i de queUpics cavaliers, le poursuivît vigoureusement ; d'IIenin se ro;ournaa\oc fureur , et un combat singulier {s'engagea entre ces doux guerriers qui s'embrassaient au bal , il nj avait pas cinq jours. Clorvaux le sabia et le renversa de Sv)n cheval. Les cavaliers français, honteux de lew fuite, chargèrent de nouveau et dogîsgèrcnl leur général. Pendant cet inlervalle, Pétion qui s^avançail^ par la grande route, à la tèle de la 13 e, prenait le fort P." -Michel , et y trouvait toutes les pièces encloaées par ies français qui avaient pris la fuite. Clervaux , au lieu de poursui» yre son avantage et d entrer au Cap à la suite des fuyards , épuisait ses eiforts autour du retranchement de Jeantot vigoureusement défendu par le chef de brigude Anhouil. 11 donna au fort sept assauts et fut sept fois repoussé. Le colonel de la 10. e coloniale, Jean Philippe Daut , noir, s'eflbrçait en vain d'enlever le poste du haut du Cap occupé par un bataillon de la garde d honneur du capitaine-général. Le général Clausel, de son côté, profitant de la faute de Clervaux , ralliait les fuyards et dressait une batterie con* tre le fort Michel dont s'était emparé l'adjudant-général Pétîon. Le& •bus et ies bombes forcèrent les indigènes à abandonner la position. Pétion, ayant trouvé tous les canons de Michel encloués, n'avait pu répondre au* feu de l'ennemi. Clausel ordonna aussitôt au gémirai d'Henin , eeutert de blessures^ de eharger la 12e à la lAle à% s»

fliSTOIRl D'tfilTI. — fl802)

dragons. Cette cavalerie , quoiqu'elle (l<^ployâl la plua brillante vtle«ir , ne put rompre la 13 e coloniale qui reprit la position qu'elle occupait avant le rombat. En môme temps, Petit Noël Prière qui ftvail assgiiili la place , du côté des hauteurs , était repoussé avec perte. Le feu cessa de part et d'autre et les 4eux armc'^es restèrent fin pr(''S«»nce. Pendant le combit, des scènes horribles se pas* •nient dans le sein de la ville du Cap. Les hl.mes, saisis do terreur, massacraient tous les noirs et 1rs hommes de couleur qui encombraient les prisons; les pleurs tt les prières des femmes indigènes n'avaient pu attendrir les soldats européens. En même temps la ville retentissait des cris dèchrrants des 12i0 hommes de la 6.e coloniale, noirs et jaunes, qui avaient été embarqués. Les matelots, eiTrayés à la vue de tant de soldats « indig<».nes qui voulaient, prélen laîent-ils, se rendre mail res des bàtimens , poign irdèrent ces infortunés désarmés, aux cris de Tuons ceux qui peuvent nous tuer] Leurs cadavres disparurent sous les tlots. Le cemmandant Jacques Clervaux fut aussi poignardé et jeté à la mer. Peut-on s'clonnerdes . vengeances exercées par les indigènes sur les français? Combien la conduite du général Leclerc ne contraste t-elle pas av«;c celle que tint Pélion au Moine Rouge, lorscju il renvoya ses prisonniers blancs. Le capitaine-général embrassa avec ehaleur le colonel Anhouii qui tvait sauvé le Cap en repoussant les sept assauts que Clervaux tvait donnés au fort .eanlot. La défection de Pélion l'ufOigea profondément. Connaissant le tempérament de cet indigène, il pensa qu'il n'eût pas pris parti avec les insurgés , s'il n'avait été certain du succès ée son entreprise. Il monta au fort Jeantot , et examina avec attention le cauip ennemi. Il remarqua que les armes françaises avaient été arrachées aux drapeaux des 10. e et 13e. — Ils combattent non seulement pour leur liberté, mais aussi pour leur indépendance, dit il avec dés«'spoir , au général Glausel dont la physionomie sombre exprim:iit que la faute en était aa premier' eonsil. C'en est fait , s'écria t il , il n*y a plus de remède âu mal. Prophétie dont l'accomplissement fut hàié 4)ar le gouvernement de Rochambeau. Cet événement ajouta à la somme de ses ehagrins. Il attendit avec anxiété des nouvelles de Dessalines en lequel il gvait un reste de coniiance; il comptait toujours beaucoup sur le général Christophe dont il aimait la franchise.

Christophe, pendant le combat du i6 Octobre, était demeuré dans rinaciion à Si Michel. Dans la nuit du 24 au 25 Vendémiaire (du 16 au 17 O(iobre), il fit anôener devant lui le colenel Boyé et lui dit : « Je vous renvoie à votre général ; dites lui qu'il est un audacieux sans expérience et sans foi; que je méprise les millions et les honneurs qu il m oITre pour que j'abandonne la cause de mes frères. Quant à vous , colonel , si je ne respectais le ifeit des geoSj ^eus 09 reverriez plus le Gap* m Le français vit

94S HISTOIRE D*UAITI.--(I80S}

sans craints les sabres qui menaçaient ses jours se lever sur st tète. Christophe admifant son courage, lui lit servir un beau repas, et le fit conduire. escQrté par un bataillon, jusqu'aux avant-postts français. Le i8 octobre, à la pointe du jour, il arriva au haut du Cap avec les dre , 2.e et 5.e coloniales, et fit arracher k ses drapeaux les armes françaises. Dès que Petit Noël Prière Taperçtit, il se précipita contre lui, plein de fureur, en Tapostrophant d* trat* tre, d'assassin. Ses bandes, partageant sa rage, formèrent en hurlant un cercle autour de Christophe. Celui-ci, à cheval, prit une attitude majestueuse et pleine de résignation. Le sourire amer de ses lèvres témoignait tout son mépris pour ce chef de bandes. Il se saisit d'un de ses pistolets et l'arma. Petit Noël Prière descendit de cheval, le sabre à la «main, et s'élança sur lui en di» sant : Il n'y a plus de français pour te soutenir , a nous deux. Mais les soldats de la 13. e , Pélion , Clervaux se placèrent entre les deux adversaires, en criant: arrêtez/ arrêtez! Le désordre est à son comble ; les baïonnettes se croisent ; on brandit les sabres ; les piques se dirigent sur Christophe. Pétion élève la veix, et montre à la multitude les blancs qui vont profiter de cette dissension. On entre en explication. Les bandes continuent à vociférer; elles demandent la mortde Christophe. On parvient cependant à calmer TefSE^rvescence; Petit Noël Prière se retire à la tète de ses gens, en promettant à Christophe de régler plus tard son compte. Christophe , homme d'une haute intelligence , d'ordre et de principes sévères , n'avait tardé à s'insurger avec ses frères, que parce qu'il avait cru que les Sans Souci , les Macaja , les Petit Noël n'avaient pris les armes que mus par l'instinct seul du pillage ; il ne voulait pas se ranger du parti de ces hommes qu'il croyait incapables de concevoir une insurrection basée sur des principes d'ordre et de légalité, liais dès qu'il avait vu Pétion et Clervaux livrer combat aux français , il n'avait plus hésité, déterminé à combattre a la fois, s'il le fallait, et les blancs et Sans-Souci. Clervaux réorganisa la Ce avec des cultivateurs, la plupart de la Marmelade, qui déjà, en grand nombre , avaient servi sous lui. Pétion eut sous ses ordres les iO.e et 13e. Geffrard demeura auprès de lui sans commandement. Christophe se tint toujours à la tête des l.re, t.eetS.e. Clervaux, comme le plus ancien des ofïiciers supérieurs, prit le com* mandement de toutes les troupes , et Petit Noël Prière se tint à l'écart à la tête de ses bandes. Us cernèrent le Cap presque de tons cotés.

De tentes parts les français n'apprenaient aue défections. Ltclerc se vit obligé p«ur chasser les insurgés des tiauteurs du Cap , d'ordonner TévaenatioR du Port*de'Pai\, du Borgne, et du Fort Liberté» afin de grossir la garnison de la capitale. Le général Brunet , commandant de la division du Borgne , Pamphile de Ltcroix , commaa*

BI8TOIRB D^fAITI. — (lâttô) S49

^anl du Fort Liberté , reçurent l'ordre de rentrer au Cap Me plus tôt possible. Il devenait urgent de centraliser Tarmée. Les hôpitaux €l les poudres furent évacués sur lilc de la Tortye. Toutes ces mesures augmentèrent l'audace des indigènes auxquels Pétion , Clervaux et Christophe répétaient sans cesse que les blancs allaient biea* tôt abandonner St. Domingue.

Leolerc anaonça à la colonie l'insurreotion de Pétion , dQ CIer« vaux et de Christophe par la proclamation [suivante :

Au nom du gouvernement Français.

jiu quartier général du Cap^ le 28 Vmdémiaire an H. (20 Octobre 1802.)

Le Général en Chef y Capitaine Général ^

Aux habitants de Si. Domingue.

Une insurrection inouie a été commise ; des lâches comblés des bienfaits du gouvernement ont abandonné leurs postes pour se rendre aux reGelles ; ils ont osé attaquer la capitale de la colonie, et déjà ils«avaient calculé le pillage q^u'ils devaient faire et désigné les victimes quMIs devaient immoler. Us ont ét^ trompés dans leurs criminelles espérances. Tous les citoyens sont devenus soldats ; ils se sont réunis aux* braves de l'armée de St. Domingue, et les rebelles ont été repoussés avec une perte considérable. Dans ces circonstances , pour ne point compromettre la possession de la colonie, J'ai ordonné que.Tarmée se réunit dans les places capitales, que les hôpilaïf^ et les poudres fussent évacués sur les points où ils peuvent être à l'abri de toute insulte; jai ordonné que les citoyens (idèies à la France fussent admis dans les villes où se rassemble Tarmée: c'est là que nous attendrons les troupes qui Dnun sont annoncées de France et qui nous serviruiU à reconquérir la colonie et à punir les traîtres et les rebelles. Mais de ce que 1 armée se concentrait , de ce que les malades étaient évacués sur lu Tortue , de ce que des munitions et des vivres étaient embarqués, des malintentionnés ont cherché a induire que Tarmée allait évacuer St-Domingue, et ils ont répandu ce bruit : si l'armée se concentre, je vous en ai déduit les motifs; si les malades sont évacués sur la Tortue, c'est que la tranquillité si utile à leur rétablissement leur est refusée au milieu du tumuHe des armes et que d'ailleurs, le local des hôpitaux' était nécessaire pour rétablissement des troupes et des manutentions. Si les munitions sont embarquées, c'est qu'il n'existe pas au Cap un seul magasin à poudre et que dans des cii^constances comme eelles où nous sommes on ne doit^pas

laisser l'existence de la ville à la merci d'un furieux. Si on embar^

SJO BI8T01RC b'HAITI. — (1809)

qu« des vivres, cVst qu'il faut fournir des alifntns aux malades el aui convalescens qui sont en grand nombre à la Tortu«. rjto>eni, soyez calmes; «onGante et ralliement au gouvernement; voila quelle doit être votre devise. L'armée nous a promis de ne point vous abandonner; tili tiendra parole.

(Signé) LECLERC.

Pour neutraliser Teffet des bruits que répandaient les insurges, avec quelle préeaution Leclerc ne rend il pas compte des nnesures qu*il est contraint de prendre par le développement prodigieux de rinsuirection ? Il était abimé dans le chagrin; il voyait fia colonie échapper h la France ; ballotté par les passions furieuses des colons, il ne savait plus qvel système suivra; dune autre part, il entendait sur son épouse les propos les plus scandaleux ; celle ci ne partageait pas ses douleurs et se livrait aux plaisirs sans ménagement.

•on conseil privé lui fit prendre une mesure des plus impoliliques. Comme Tarmée française était considérablement affaiblie , et, que la ville du Capétait bloquée par les insurgés, il déclara que tous les émancipés de 1794 qui prendrait^it les arnies contre les révohèe auraient leur libcrlû garantie. Celte déclaration ne pouvait qu'alimenter rinsurreclion ; car la liberté générale avait été proclamée par la convention netionaft, en 1794; exiger, pour être libre, qu'oa prit les armes contre les révoltés, (fêtait dériarer que le décret d# la convention était révoqué à Si Doiuingue , commt^à la Guadeloupe et dans les autres colonies fr^nçaiees. Depuis Tarrestation de Toussaint, on traitait les indigènes comme dans l'ancien régime; mais à présent, Ion faisait des actes publics, dans la partie française , qui constataient le rétablissement officiel de la servif^ide. L'insurrection élait donc plus que légitime. Les maîtres des émancipée de 1794 se présentaient à la Petite- Anse, et donnaient gratuitement, par acte notarié , la liberté h cfHix de leurs anciens esclaves qui "voulaient s'enrôler. Le capitaine général , au nom du gouverneenenl français, après avoir sanclioiiné les actes de liberté, s obligeait, au rétablissement de la paix, à faire à chaque nouveau libre unecon* cession de (|uatre carreaux de terre. On avait eu les nouveaux libres <!e 4793 et de 1794 ; à présent on avait les nouveaux libres de 1802 qui n étaient que ceux de 1793 et de 1794 - t L adoption 4 de celte mesure extra(»rdinaire , dit Delattre, nVtait pas d ailleurs 4 de la compétence du capitaine général Elle ne pouvait émaner « que de Tautorité souveraine. En accordant la liberté i une por- < tion plus ou moins considérable de nègres , c'était déclarer c que la volonté du gouvernement suprême élait que les « nègres rentreraient dans Tesclavage lors de la pacifieaiion. Rien e u*éiait sans dcxute plus impolitique, se trouvant sans force pour

€ ceamander r#béissauii, Gt fiio^^Uj biea itlu de jueltre là êi*

HISTOIRE D^uItI. — (ttO%) 911

-4 vision paripi les révoltés , devait augmenter Iturs forces , par la € réunion f'e ceux qui ne sierai<nu point admis à jouir de la liber^ c té. Le 6âpitaine«genéral n*a dû consentir à cette mesure extra- 4 ordinaire qu'à la très-grande extrémité, et sous le seul point de ff vue de laisser , après le départ de Tarmée , une cause de guerre 4j entre les nègres.»

Le citoyen Wante q'iî en 1805 publia un ouvrage sur frimporlanee ée% eolonies françaises occidentales , et particulièrement sur celle de Saint-Domingue qui était déjà un <Hal indépendant sons le nom d'Haïti , fut nommé alors sous préfet du dr^partement du Suri. I^e citoyen Jac<fuos Varquet Montbreton Norviiis le remplaçai dans les fonctions de secrétaire général de h prércclure.

La fièvre' jaune ne cesait ses ravages. La colonie entière était deirenue 9 pour les blancs, un vaste sépulere. La pestg enlevait chaque semaine deux ou trois, cents européens. La physionomie des villes était affreuse ; l'on voyait peinte sur les traits <tes européens la terreur de la moit ou I effronterie du dése^^poir. Lon trouvait nciorts dans leurs lits ceux qui la veille avaient, assisté i de brillan'^ tes fêtes. Les français, effrayés d'un avenir si sombie, et sans espoir de vivre longtemps encei^e , se livraient avec excès i toutes sortes de jouissances , et hâtaient eette mort sans gloire qu'ils voyaient avec tant d'horreur. Les officiers s'adonnaVnt ardemmi'nt au jeu, au libertinage, à la table Dansant, chantant à bord des bâtimens de guerre, le jour pavoises et la jiuil illuminés, ils bravaient la mala* die et çlescendaient au tombeau au sein des plaisirs. Pauline Bonaparte, oubliant les souffrances de son époux que les évènemens avaient plongé dans une sorte de desespoir, donnait l'exemple de ce dérègle* roent« Le général Ilumbert, Tofficier le plus beau de l'afmée française^ était toujours à ses cotés. Leshabitans du Cap le lui donnaient peur amant.

Le glas n'annonçait plus les derniers moments des pestiférés; il ne se faisait plus de magnifiques funérailles. L*' nombre de6 iuiui% était tel que le capitaine général défendit de les enterrer le jour , P')ur que les vivaus ne fussent pas terrines. Pendant la nuit , des Toitures transportaient les cadavres hors des villes, et les jetaient, pAle mêle et nus, dans de larges fosses communes. On les couvrait de chaux vive ; leurs \ëtemens étaient brûlés. Quelquefois U lugubre tcharette recevait les pestiférés avant qu'ils eussent rendu la vie , et 4e sourdes plaintes sortaient de la foule des morts. L'on vit môme àe ces malheureux, déjà couverts de terre, se lever tout à coup et demander à vivre. Les ca<lavres restaient souvent sans sépultere , jusqu'au jour, étendus le long des fosses ; et des rats que cette pâture attirait, ea grand nombre, venaient les manger, lorsque les fossoyeurs se retiraient^ Îl midi , pour prendre un peu de repes Des passants voyaient

^uej^uefois des eorps se rtmuer sous les^ morsures* Ce fui tu soi*

)52 HISTOIRE b'haiti.— (1862).

lieu de ces grandes calamités qu'éclalirent avec le pKf d'énergie la eharité et le courage des fenaraes noires et de eouleurj^ Elles prodiguaient , avec le plus noble désinléressement , toutes sortes de soins aux malades, st vouaient au service des hôpitaux, et bravaient la mort sous des toits pestilentiels. L'armée française avait déjà perdu , en l'espace de neuf mois, 24,000 ho.m mes, tant par le fer fue par la peste. ^ Quatorze généraux avaient été ealevés par la maladie. Le général Dugua, homme de vertu et d'un rare courage, vieillard septuagénaire , soldat dlMlalie et d Egypte , était mort dans la nuit du 24 Vendémiaire, i6 Octobre, blâmant les actes sanguinaires de son gouvernement , et déplorant la perte de la colonie. Le soldat européen était devenu morose ; il avait perdu sa gaieté; il combattait par devoir, mais non plus pour la gloire. Quinze cents officiers de terrre et de mer, J,000 matelots avaient été moissonnés par la peste. Des demi-brigades entières avaient disparu. Quarante huit passagers ar<* rivés sur un navire de Bordeaux, peur faire fortune à la suite de l'armée, furent enlevés par le fléau le jour de leur débarquement an Gap. De tous côtés les français étaient foudroyés, dans les mornes , dans les plaines , dans les villes , en mer. On les vo yait, en pleine santé, s'arrêter tout à coup, trébucher , vomir un sang noir , et tomber en appelant sur St. Domiugue , qu'ik nommaient le tombeau de^ français, toutes les malédictions du cieL Quelquefois tes indigènes les croyaient ivres, et, au lieu de leur donner de prompts secours, riaient de leur intempérance. En général , ceux qui étaient atteints de la maladie ressentaient de violentes douleurs de tête, éprouvaient une soif ardente. Leurs yeux -se desséchaient et s enfonçaient ; le visage s'enflammait; les gencives devenaient noires; la peau prenait une teinte jaune foncée et I haleine devenait infecte. Le délire commençait alors ; le malade rendait par la bouche du sang à gros bouillons ; ordinairement au bout de trois jours i| succombait.

Leclerc , effrayé des progrès de Tinsurrection , commanda l'arrestation de tous les indigènes suspects.. La révolte de Pétion et de Clervaux amena la proscription de la plupart des officiers de couleur encore fidèles à la France. 800 hommes, gendarmes indigènes et soldats de la 7.e coloniale, furent noj'és dans la baie de Maucenille. Le commandant Philippe Guerrier, chef du 3.e bâtait* Ion de la 7.e, se sauva miraculeusement, et alla joindre les insurgés. Dans la grande rade du Port au-Prince et dans celle du Cap, les uavi-

Histoire b'nAtTï.— (iàos) SÙê

tes de guerre élaienl devenus des prisofts flollanles où étaient éiouflSrf^ dans les c«ales , dés noirs et des hommes de couleur. L*on vil cependant des officiers de marine prendre éri commiséraiiph le sort de CCS infbrumés , et leur offrir dos moyens d'évasion. Lé cîloyeh Jurricn, capitaine de frégdle, en stdlion aii Port tlépublicain , avait ri^çu à son bord, pour ((u'îl le fU noyer, un officier de couleur, Dupuche, de l'ancienne légion de l'Ouest. Jurrien lui dit: tue reconnaissez vous? — Non répondit l'indigcne.— Je suis Jurrien , cet officier de marine que vous avez blessé en- duel, il y a douze ans; vous souvenez-vous de celle circonstance? — Très bien. — Vous êtes Un brave, répliqua Jurrien ; vous ne méritez pas le supplice auquel l'on vous envoie; soyez convaincu que vous ne trouverez pas en moi un bourreau ; vous saurez qu'il y a encore à St. Domingùé, parmi les français j des ânies sensibles, et que ces tigres qui s'abreuvent de votre sang me font aussi horreur. Il embarqua Dupuche clandestinement, comme passager sur un bâtiment marchand qui se rendait en Europe. On a vu que Leclerc avait ordonné h concentration au Gap dé toutes les troupes cantonnées à Fouesl et à l'est dô cette ville. F^e général Pamphile de Lacroix commandait le quartier du Fort Liberté. Sa biigade occupait le terrain compris entre Caracole et Lixabori. Il avait en outre, sous scsordics, cent grenadiers de^ la 77^ de ligne,^ qui occupaient le fort Deipuech et ^Maient bloqués par les bander d un nommé Charles Baudwy Celui ci, il n'y avait pas longtemps, avait abandonné les français. La garnison du Kort Liberté était forte de 000 hommes de troupes coloniales et de 300 soldats européens. Pamphiledo.Lacroix, qnoi(|n il fùlreçu I ordre d'évacuer la ville , le plu* lot possible, ne put se résoudre à abandonner à la merci des insurgés les soldats qui occupaient le fort Detpucch. Un ancien colonel dé la r* demi-brigade coloniale, Toussaint Brave, qui était dans la place, lui a\ait toujours témoigné beaucoup d attachement. * Connaissant sa rare intrépidité, Pain|ihile de Lacroix lui olfrit de le faire nommer chef de la légion de gendarmerie, s'il voulait dégager la garnison du fort Deipuech et ta mmener aii Fort Liberté. Ce fort était à six lieues dans l intérieur. Toussaint Brave pai lit à la tète de 400 hommeà de troupes coloniales, arriva à Deipuech , en dégagea la garnison, et rentra avec elle au Fort Liberté, après douze heures de marche , au travers de nombreuses embuscades. Pamphile de Laeroix se disposait à évacuer la place avec quelques compagnies

* Ce Toussaint Brave , ofRcïet noir , s'appelait d'abord simplement TousTpaiut Après la bataille de Tiianoii eonire les Anglais, en 1797,- Tous* saint Louvertnre passa ses troupes en revue et Us con)plim€»iita sur leur bonne conduite. Quand il arriva devant le Ler régiment du Cap, qui s'était brillamment conduit dans l'aôtron, il dit au coionel Toussaint qui commandait ce corps : Vous éies. Toussahtt-le-Brave. Dejuis celte éfôque; on uc l'appela plus qnè Toussoiut Bxuvc*,

des r* , 5^ et T coloniales et ' ayec 400 soldats europicnS , quand il apprit que Toussaint Brave et les troupes indigènes refusaient de s'em* barquer. Ce colonel , en rentrant au Fort Liberté, a^ait été instruit des noyades du Gap pendant le combat livré par Glausel à Pélion et à Glervaux. Pamphile de Lacroix réunit au polais du gouvernement tous les officiers indigènes et leur demanda cniergiquement le motif .de leur refus de s'embarquer. Toussaint Brave lui répondit: « Nous* ne voulons plus servir un gouvernement qui assassine nos frères; cependant, général, nous vous estimons, nous ne nous opposerons pas à votre embarquement.» Il sortit du palais , suivi de ses compagnons d'armes. Pamphile de Lacroix fit battre la génoraie. Les troupes coloniales s'emparèrent aussitôt de la redoute qui couvrait U poste l:axabon> D'un autre cûié lés troupes européennes et la garde nationale se retrancbèrent au grand fort de la ville, nommé Dampierrc, en riionneur du général qui y avait été enseveli. ^ Les français se mirent ensuite en bataille sur la place d'armes. Ils se virent tout-à coup abandonnés de la plus grande partie de la garde nationale, et des douze guides noirs de Pamphile de Lacroix. Ne pouvant emporter toutes leurs munitions de guerre et de bouche ^ ils détruisirent quatre-vingts milliers de poudre, une quantité prodigieuse de \iande salée, de biscuits, d'eau-de vie. Les pertes s'élevèrent à deux millions de francs^ Le l'ort Dauphin éiail le dopôl général dos approvisionnemens de Tarniée. Pamphile de Lacroix s'embarqua sans être inquiôté avec une cinquantaine de familles indigènes qui avaient toujouis été dévouées aux fiançais et qui craignaient les vengeances des inisurgés. Dans le court trajet qu'il fit pour se rendiQ au Cap , il perdit sur 250 malades européens 66 hommes. Toussaint Brave prit possession de la ville. Il reconnut aussitôt l'autorité de Sans-Souci, chef des bandes de l'intérieur. Dès que le général Pamphile arriva au Cap, le capitaine géi.éial se jeta dans ses bras en lui disant: « Général, qu a\ez-vous fait? vous arrive2 avec une population de « couleur quatre fois plus nombreuse que les détachemess européens « que vous me r«>menez ; vous ne savez don^ pas que ce sont des tigres, € des serpens que vous apportez dans notre sein. »** Leclerc lui reprochait indirectement de n'avoir pus noyé tous ces infortunés qui cependant avaient toujours prodigué leur vie pour la France. Mais il s'était lancé dans une voie de sang ; il n y avait plus d'autre moyeu de gouverner que par l'extermination.

Aussitôt après l'arrivée, de Pamphile de Lacroix, Leclerc reçut la fausse nouvelle de la marche de Clervaux sur St. Yague. 11 ordonna aussitôt à Pamphile de Lacroix de se rembarquer avee un bataillon

* C'est ce niême général Dampierre q[ui avait fait les éeux campagnea dTtalie.

** j^amphile de Lacroix;^

4e ta ?7* de ligne , et d'aller soulever contre les insurgés du Nord le déparlement de Gibao. Dès que les français arrivèrent à Monte* Christ, les indigènesespagnols accoururent en masse au devant d'eux; Pamphile de Lacroix qui avait apporté 2,000 fusils et 400 sabrer fornxii une infanterie de 1,800 hommes et une cavaleaiede 300 hom* me^. Il apprit alors que c'était Toussaint Brave qui s'était présenté, dans le département de Gibao, livrant tout à feu et à sang. Tous-^ saint Brave voulut tenter le passage du Schanrion pour traversèrent suite le grand Yaque et pénétrer à Monte Ghrist. Mais il fut reporissé avec perte, à la Passe, parla milice de cette ville et la 77*. Il retournai au Fort Liberté. Les indigènes du Nord occupaient une immense étendue dont le haut du Cap était le centre : Gapoix, dans les mornes dli Port du Paix , Sans Souci et ses bandes à la Grande Rivière , Glervau£ ^ Christophe, Pétion au haut du Gap, Gharles Bauduy [et Toussaint Brave au Fort Liberté. L'insurrection avait pris un caractère d'unes haute gravité. ' L'idée de brigandage ne lui était plus associée depuis que Clervaux, Pétion et Ghrisiophe étaient à la] tête du mouvement^ dans le Nord. . ' iff

Le général Leelerc tomba sérieusement malade. Le retard de Brunet l'inquiétait considérablement : il croyait que ce général avait été exterminé par les insurgés. Mais Brunet n'était en retard que parcequ'it avait mieux compris que Pamphile de Lacroix le système d'extermi* nation, mis en pratique parle capitaine-général. il était au Port^ de Paix où il traitait magnifiquement le général noir, Maurepas. Il lui promit toutes sortes de faveurs de la part du l"*^ Gonsul qui était « disait-il, l'admirateur de ses talens militaires et de son grand courage. Maurepas recevait avec reconnaissance ces témoignages d'affection, et ignorait qu'il fut la viclime qu'on devait immoler sur Tau-* tel , après l'avoir couverte de bandelettes d or et de guirlandes. Les généraux français ne pouvaient pardonner à celui qu'ils t)ommaient un barbare de les avoir conslammcnt battus, lors de l'arrivée da l'expédition. Brunet avait conçu le projet le plus atroce dans l'es^ poir de se rendre maître de l'argent que possédait Maurepas. D'après les ordres qu'il avait reçus de Lcclerc, il ftrdonna l'évacuation du Port de Paix. Le ehef de bataillon René Vincent, plusieurs compagnies de la {y coloniale demeurées fidèles aux français , beaucoup de femmes, d'enfans noirs et jaunes, Maurepas, sa famille, s'embarquèrent sur plusieurs bâlimens de guerre qui étaient en rade. Dès que la brise gonfla les voiles, les navires gagnèrent le canal de la Tortue. Lï , les français désarmèrent les indigènes , les poignardèrent et précipitèrent leurs cadavres dans les flots. A bord du \ais* seau amiral, où se trouvait le généal Brunet, se passait une scène hor« rible. Maurepas avait vu avec horreur et désespoir poignarder René Vincent. Il appelle Brunet. qui ne lui répond pas. Il est lui-même aussitôt saisi par plusieurs matelots ^ dépouillé avec une rage frtjh

Î5« 'HISTOIRE d'haîti.— (1802)

iiélique et lié au grand mât. Les offîcicrs français dcmeOrèrenl stupéfaits en voyant 4*air calme et résigné de ce guerrier, le Courage surhumafn de son épouse qui rexhortait à mourir en héros. Maurcpas vit pendre atix grandes vergues sa femme et ses enfans. Des parole» insultantes lui sont adressées ; mais ses lèvres n'expriment que rindignation qu'exciten^ tant de forfaits. Tu ne parles pas , s'écria celui qui devait remplir ^'office de bourreau ; nous te ferons pleurer. On le flagelle; c'est , disent les infâmpes, le supplice ré* serve aux esclaves. Puis on fixe sur ses épaules par de longs ctous-, deux épaufetles de général de division. Pas une larme ne roule sur les joues de Maurepas , pas une^ plainte ne sort de sa bouche. Le soleil est bien ardent , dû le commandant du bord ; donnez au général divisionnaire Maurepas une coiifure digne de son haut rang. Un matelot cloue sur la lete de la victime un chapeau à cornes galonné. Les yeux du patient se ferment pour ne plus s'ouvrir. Alors une VOIX s'écria sur le tillac : -« le général Maurepas, pour avoir conspiré contre la République Française sa bienfaitrice , sera noyé.**» On jette à in mer son cadavre , qui est entraîné sous les flots par un boulet. ^ Est-il surprenant que les noirs et les hommes de couleur aient usé de représailles envers les blancs? Les européens n'étaient ils pas plus coupables que les indigènes? La servitude avait rendu cruels ces derniers , tandis que les premiers sortis des régions leS'plus civilisées du monde avaient sans- cesse sur les lèvres les mots d'humanité, et se glorifiaient d'être à la tête des progrès de l'esprit humain. Le générafl Brunet , au lieu de rentrer au Cap le plus tôt possible, comme il en avait reçu l'ordre, continua à se livrer, dans le canal de la Tortue, au meurtre et au pillage. Son retard hâtera la mort du capilaine-générai Lcclerc. Le gouvernement condamnera ses lenteurs , mais non ses crimes.

La prise d'armes de Pélion , de Clervauxet de Christophe donnera de l'unité à la marche de l'insurrection. Nous découvrirons peu à peu une direction commune dans les efforts des populations indigènes.

* Pamphile de Lacroix , au sujet de Maitrcpas , dit seulement qu'il fut arbitrairement pr6clj[>ité dans les flots.

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