LIVRE VINGT-SEPTIÈME
leoa.
•Sommaire Une gazette ofBcirlle est* imprimée au Cap. — Départ du généTu] Baudet pour les Iles du Vent — Rochambeaii le remplace dans l'Ouest — Les instincs féroces de Rochamt)eau se manifestent. — Lettre de Rochambcau eoncemant les hommes de couleur. — Leclerc , au contraire , s'efiorce de prouver ses bon* ncs dispositions envers les indigènes. — Colons qui forment, au Cap, le conseil particulier de Leclerc. — Leur projet de l'extermination des indigènes. — Benézoch , préfet colonial, s'oppose à leur projet. — Commencement du désarmement — Leclerc se retire à l'île de la Tortue. — Sylla, qui occupe les mornet de Plaisance, refuse de reconnaître l'autorité de Leclerc. — Celui-ci s'en plaint à Toussamt. — Réponse de Toussaint. — Mort de Lubin Golart — Leclerc fait attaquer Sylla par Clausel qui est repoussé. — Leclerc revient au Cap. — Il y mande Dessalines — Il sonde ses dispositions à l'égard de Toussaint — La fièvre jaune se manifeste. — Embarras de Leclerc. — Il se détermine à. arrêter Toussaint Lotrrerture. — Il consulte à ce sujet Christophe, Maurepas et Clervauz. — Réflexions de Toussaint Louverture , sur la déportation de Rigaud. — On l'avertit de se tenir sur ses gardes. — Ses relations avec Tadjudant-général Fontaine. — Ses lettres interceptées.— Arrestation de Fontaine. — Moyens qu'emploie It? général Bru net pour parvenir à arrêter Toussaint — Toussaint est arrêté sur l'habitation Georges près des Gonaïves. Il est conduit en cette ville où il est embarqué sur la frégate la Créole.
. —Il est conduit dans la rade du Cap où il est transbordé sur le vaissau le Héros.— Ses paroles au capitaine du vaisseau. — Il arrive en Franc& — Exécution de Padjudantgénéral Fontaine. — Proclamation de Leclerc annonçant à la colonie la déportation de Toussaint. — Conduite perfide de Dessalines envers Toussaint.— Convocation au Cap d'ua conseil colonial. — Le conseil est présidé par Bénézech. — Mort de c«lui-ci — Paroles courageuses ifi CJui&topho dans le cobmi^
HI6T0IBB D'HAITI.«^(1âCNl) %S7
ccmtre le sptôme colonial— Loi du 29 mai 1802, qui rétablit l*esclavajre.-M Fin dea séances du coiueil colonial. — Mort de Hardy. — Mort do Débelle.-* Noble conduite de Dévaut. — Des hommes de couleur du Port-RépubIi<?ain et de la Croix-des-Bouquets vont joindre Lamour Dérance. — Pamphile de La<îroilk prend le commandement du département de Cibao — Toussaint débarque à Landernau. — Il est conduit à Morlaix ; de là dins la forteresse de Jouz. — Sa * captivité. — Circons4|ces de sa mort.-«-Jugem(Dt porté sur 'foussaint
Le capitaine -général, délivré des préoccupations c|tie lui avait données la résistance de Toussaint, songea à réorganiser Tadmini^ tration générale de la colonie , et surtout à se défaire de Tex* gouverneur le plus tôt possible. Il ordonna le 15 Prairial aii 10 , ( 5 Juin ) , qu'une gazette ofiicielle fût imprimée au Cap. 'Cett# ' feuille devait donner au public les ordres et arrêtés du capitaine* général , les nouvelles étrangères , les avis , les notes concernant l'agriculture , le commerce, les arrivages des ports, les prix des denrées tant d'importation que d exportation. Dans son premier numéro, elle célébra les succès du gouvernement, approuva les mesures qu'il prenait , et promit à la colonie une administration douce et libérale. Il fut permis aux citoyens du Port Uépublicain^ des Gayes el de S.to Dohiingo d'imprimer dans leurs villes respectives , des feuilletons conienant seulement des avis de commerce.
A cette époque , la nouvelle des convulsions qui tourmentaient ^encore les Iles du vent, arriva à St Domingue. Leclerc commit aussitôt une des fautes les plus graves de son gouvernement : il en- Toja le général Boudet à la Guadeloupe, au secours du général Richepanse que l'immortel Delgresse, nomme de couleur, était sur le point d'exterminer. Boudet était parvenu , par la noblesse de son caractère , à capter la eonQance de la plupart des indigènes de l'Ouest. H Ait remplacé dans son commandement par le général Rochambeau, dont la haine implacable contre les hommes de cou« leur s'était manifestée depuis plusieurs années. * Les mulâtres ne
* Philadelphie , le 6e. jour du 3e. meis de Van 3e. de la République Française y une et indivisible.
D.lien Rochambeau , g&néral de division , au Conseil Exécutif
provisoire de la République.
Je vans 'envoie, citoyens Ministres, un exemplaire d'nne lettre <|nî m'a été adressée par un des centre-révolutionnaires de St-Domingue , ré(i\fr\é fliir le continent. Cet homme a été déporté par le commissaire Southonax , pendant mon séjour passajSfer dans cette colonie, pour ses menées aristocratiqnes , ft j'ai approuvé de toutes mes facult<^s cet acte de sévérités
Toutes les ^^randes villes des Etats-Unis sont peuplées de cette tonrbe. A Philadelphie , ils forment la société intime du ministre de la République , et influent particulièrement sur ses déterminations ; la içuerre et-t donc ouverte entre cette clique et mei. fille prodigue des r^prets sincères sur
%Bê HISTOIRE D'UAITI.-^(189t)
doutèrent plus qu'il ne fut dans Tintention des français de rétablir à leur égard le système des vexations et de la tyrannie. Rochambeau , entouré do nombreux t^olons qui Tinciiaient à mettre en pratique les inspirations de son âme féroce et mécbanle, parlait hardiment de dresser des potences dans tontes les jûllos %i bourgades de rOuest. Des plaintes furent portées contreWui au capitainegénéral. Celui ci le blâma sévèrement et lui fit dire qtie le moment de terrifier les populations indigènes n'était pas ariivé , qu'elles avaient, au contraire ; besoin d'être encore ménagées. La présence de Leclerc daas It Nord contenait les tendances liberticidet des colons de cette province qui ne rêvaient qu'au rétablissement ofTiciel de la servitude.
Leclerc ne voulant prendre aucune mesure de rigueur contre lei indigènes, avant l'arrestation de Toussaint, ne craignit pas de s^attirer toute lanimadversion des colons par un acte qui produisit su^ les troupes noires et jaunes une impression tout-a-fait favorable à la cause métropolitaine. Un colon blanc, du quartier des Grands- Bois , ayant rencontré , au Cap, un officier noir de la iO* coloniale, du Mirebalais , quP avait été son esclave , l'arrêta au milieu de la rue et lui arracha l'épQuIelte en disant: c Misérable ne < sais-iu pas que les temps sont changés? Ne devrais4u pas être i aux Graûds Bois sur mon habitation?» Au même instant un chef d'escadron français, de l'état major du capitaine général, parfaitement instruit de la politique que suivait , dans le moment, le gou* vernement, vint à passer. Quoi 1 dit*il,au colon; tu oses arracher, à ce brave son épaulette; ne sais tu pas que la Uépubliqut Fran* Çaise a détruit l'esclavage partout où elle a planté son drapeau ? U
la mort de Robespierre. Elle déchire las conmiâsaîres Polvértl et Son* thonax ^ui les ont châtiés et pnnis. EIU ^ètte {m\ et flîunmê contre le décret juste et politique quia été rendu sur raffranchisaement des africaius , ei aep«ndant ce sont les européens et l'espèce noire qui sauverout les colonips.
Vous observerez , citoyens , qite je compte peu , dan^ tna manière de voir f sur lus hommes de couleur^ tandis fue f ajoute un grand degré de confiance dans les noirs ; ces derniers sont moh^ vicieux » plus braves , plus sobres et surtout plus reconnaissants du bienfait de la liberté que les premiers.
Signé , D. ROCHAMQEAU.
C est ce même Rochambeau qui , en prenant les rênes de la colonie , après la mort de Leclerc , fera aux noirs et aux hommes de eeuleur use guerre d'extermination , les fera dévorfr vivants par des chiens , les fera noyer, liés les uns aux autres, d;uis toutes les rades de la colonie. éPest ce même Rochambeau qui dira que les blancs ne doivent communiquer avec les noirs que pour les détruire, comme des bêtes féreees; qui plrétendra, quand il demeurait stupéfait de leur héroïsme au milieu des tortures, qu'ils ne sentaient pas la douleur, el qu'ils levaient la peau pluçs dure que celle des autres gommes.
HISTOIRE d'uaiti.— (1803) AM
oonduisit l'ofldcier noir au palais national , et raconta à Leclerc la scène dont il avait clé témoin. Cette circonstance répandue dans la ville fit éclater la plus vive indignation parmi les troupes coloniales et une défiance marquée à Tégard des françaj^ Il est donc vrai ^ se disait-on , qu ils sont venus dans la colonie pour rétablir Tescla- ^age. Leclerc sévit contraint , pour eflacer Titupression fâcheuse qu'avait produite une telle action, de condamner le colon, malgré les instances des bourgeois blancs , à être expesé en place publique, pendant toute une journée , avec un écriteau , et sur Testomac et sur le dos, portant ces mots : partisan de l'esclavage. Cette exposi^ tiori eut lieu un samedi, jour de marché, au milieu d'un peupltl immense de cultivateurs qui couvrirent d insultes le condamné.
De tous les colons qui commençaient à former le conseil parti* eu lier de Leclerc, celui qui se montrait le plus scélérat était un nom* mé Collet. Il entretenait avec les anciens royalistes du Sud et de rOuest une correspondance qui ne respirait que lexiermination des indigènes de 7 à 50 ans. L on remarquait au Cap , dans la foule de ces grands criminels, 'outre ce Collet, Dumas, Domergue, O'Gorman, ancien officier de la garde d'honneur de^ Toussaint , et Camfrancq, tous blancs , riches planteurs; aux'Cayes, Mongin , ancien juge , d'une férocité inouie , Labiche, autre ancien juge qui avait combattu la Frasce, sa patrie, sous les drapeaux anglais, et Des* songards; au Port Républicain , Desrivières, Guieu, Bon, Ango, Baudamant et Saint Cyr , tous blancs.
Le préfet colonial Bénézech , citoyen vertueux , sincèrement at« taché à la liberté générale, faisait en vain tous ses efforts pour neutraliser les conseils que les colons donnaient au, capitaine-général. S'apercevant que Leclerc n'écoutait pas ses avis , il se laissa aller au découragement , et gémit sur le sort de tant de braves indigènes qui avaient rendu d'immenses services à la mère patrie, et qui ne demandaient qu'à la servir encore , en qualité de citoyens français.
Le capitaine- général, voyant toutes les populations se livrer aux travaux agricoles, et la plupart pleines de confiance en le nouveau gouvernement , crut qu'il pourrait, sans danger, les désarmer, pour préparer le retour de l'ancien régime. Il ordonna à tous les culti* dateurs de déposer leurs armes au bureau des chefs lieux de coin* * munes. Les habitans dt's campagnes du département du Sud , qui avaient reçu les français comme des libérateurs, et qui se sentaient entièrement dévoués à la Métropole, ne purent comprendre pourquoi Ton employait celte mesure à leur égard. Le désarmement, qui n'en fut pas moins .commencé, produisit quelques agitations qui n'eurent aucune suite sérieubO.
Leclerc venait de.se retirer à Ttle de la Tortue, avec son épour se et sa maison militaire. Il y jouissait des bienfaits d'un heureux climat, l'esprit libre des soins pénibles des affaires publiques^
U78TOIEC ^^HAITI.'-^ISO^)
troyant avoir atteint le terme de ses travaux militaires, quand il apprit que le commandant Sylla, retiré dans les hauteurs de Plaisance , réfusait obstinément de reconnaître 1e notiveau gouvernement. U adressa aussitôt à Toussaint une lettre par laquelle il le priait d'user (le rinflucnce qu'il exerçait sur Sylla pour le porter à mettre bas lés armes. Toussaint lui répondit qu'il n'ex-erçoit aucune inflaence sur Sy lia auquel cq)endant il avait ordonné de cesser les hostilités , après sa soumission, il chargea néanmoins T^laèide Louverture de remellre une lettre à l'adresse de Sylla, au général Dugua qui commandait au Cap en l'absence de Leclerc. Dugua envoya cette lettre au capitaine général qui , au lieu de l'expédier à Sylla, se résolut à le faire attaquer. Après avt)ir lu cette leitre qui constatait rinflucnce dont jouissait encore Toussaint sur les cultivateurs, Leclerc se détermina irrévocablement à 1 arrêter. Il ordonna au général Débelie qui commandait au Môle St. Nicolas d'acheminer sur Plaisance le 3* baUiillon de la 9* coloniale, commandé par Lubin Golart; au bataillon des Casaques Rouges, des GonaSves, de «prendre également la reuie de Plaisance. Le général Clausel devait , à la tête de ces deux corps, 'diriger une attaque sérieuse contre Sylla. Les ca'^aques rouges, arrivés près de Plaisance, déclarèrent qu'ils ne se battraient pas contre leurs frères , et se dispersèrent dans les bois.^ Le 3" bataillon de la 9* perdit à Plaisance son commandant Lubin Golart, qui mourut, prétendit -on , empoisonné par ses soldats. Ceux ci , quoique soumis aux français, ne lui pardonnaient pas d'avoir cou traint Maurepas à se rendre au capitaine général. Sylla, retranché dans les hauteurs de la branle , repoussa vigoureusement le général Clausel qui Tavait d*abolrd attaqué avec une demi<brigade européenne. La 9* coloniale rallia les fuyards» chargea à son tour, et débusqua Tennemi t]ui se retira en bon ordre à la crête de la mon* tagne, dans une position inexpugnable. . Clausel rentra à Plaisance sans avoir obtenu un complet succès, fl existait donc un noyau d insurrection dans \e sein du déparlem^enl du Nord. Leclerc sentit que Tordre était loin d'ôtre rétabli , et qu'il se reposait sur un volcan mal éteint. Il abandonna les plaisirs auxquels il se livrait à la Tortue et revint au Cap. Il y manda le général Dessalines, le plus audacieux des chefs indigènes , quil voulait gagner entièrement au parti de la France. Quand il entra au Cap Dessalines rc^çut raccueît le plus flatteur de la popiilaiion noire et jaune. Les français virent avec douletrr cette vénération qu'inspirait un homme encore couvert du sang dos blancs. H fallait que Leclerc se sentit bien faible , pour qu'il se décidât à placer sa confiance en un guerrier dont il ne voulait pas recevoir la soumissien, il n'y avait que i]ûelquef semaines. Le prestige du nom français était déjà détruit.
^ On les appelait Casaciues rou^^es parcd quUls portaient des habits rouge».
mtTCFIEE D^HMTI. (1608') SOI
ItavaTt reriKirqiié que los hommes de couleur et les noiri^ aocierr» partisans de Rigaud , qui l'avaient aidé à renverser Toussaint Lou- \erture » se montraient disposés à s'opposer vigoureusement au rétablissemerit do la servitude. Il songea à gagner tes anciens gén'éraux de Toussaint , pour les opposer au nouveau parti qui se formait. Il pensait qu'il obtiendrait d'autant plus facilement ce résultat que les partisans de Toussaint étaient odieux aux partisans de Rigaud, Mais tous les moyens qu'il emploiera seront sans succrs ; la conduite du général Uédouville dans la colonie avait dessillé tous les ifeux , et la sentiment de la liberté réunira tous les indigents sous e môme drapeau. Dassaiines le trompera; il accueillera toutes ses faveur&, afîn de pouvoir donner une direction ^ la population, la protéger contre les français tout en les servant ,. attirer I atlenlioa générale , préparer secrètement une insurrection dont il se fora proclamer U cbeh "On verra son ambition^ se développer prodigieusement; il anéantira.^ à l'aide des'français, tous ceux des îjidigènet qui pourront lui disputer le coflmandenteni en chef^ et il acquerra sur les siens un pouvoir sans bornes. Le général Pamphile d# Lacroix , qui avait clé remplacé au Port-Républi^aiD par le général Dévaut , le reçut ai> Palais National avec les apparences d% la cordialité. £n l'abordant , Dossalines lui dit d'une voix aliière i « Je suis le général Dessalines; dans des circonstances malheureuxses y î'ai souvent entendu parler de vous. » Les généraux français virent en lui, comme ils le dirent plus tard^ un barbare sauvage qui paraissait plus orgueilleux que repentant^ de. ses faits passés. Lecicrc Taccueillit avec allabililé* 14 lui dit qaiil complail sur son énergie pour l'extermination dos brigands vi lo maintien de Tordre. Le tonnerre les pulvérisera ,. répondît Dessalines. Lcclcrc lui. fii don d'une magnirt(|ue paire de pistolets , d'un beau sabi^e d'bonneur et de 800.' piastres. Le capitaine -général lui demanda si Toussaint ne t'avait pas engagé & ne^ pas. se soumettre à- la France. Celte question surprit Dessalines qui- répondit affirmativement : réioigncment de Toussaint de la colonie ne pouvait désormais que lui ctre agréable. Le dévouement à la cause de son ancien olieC était alors conr traire à ses intérêts. Toussaint était déjÀ oublié. Dessalines, dans cette entrevue, se montra heureusement indilTérent à son sort; s'il s'était apitoyé sur lui, il aurait été arrêté et embarqué pour France. Leclerc le vit disposé à ne pas contrarier l'arrestation de l'ancien gouverneur , et à combattre ceux qui prendraient les armes pour le venger. ^ Dessalines partit du Cap, et se rendit à St. -Marc.
Malgré les succès des français , le commeree languissait dans le Nord ei rArlibonite. Quand les bâtiment de guerre anglais ou amé-
* OfiisaUnes, en efiet, arrêta et fit exécuter an Cap Charles Béloir <][ui i^t souleTa plus tard pour venger Toussaint Louverture,
2K HisToiRfi d'haiti.— (J80e)
Tous Auriez dû régler votre conduite sur mes démarches » comm* nous calculons les heures sur le cours du soleil Illui tourna le dos. Il convint avec Leclerc que les généraux Vernet et Charles Bélair seraient employés dans Tarmce française. Quant à ce qui concernait Dessatines, ce ne fui p.is sans beaucoup de peine qu'il ob* tint du capitaine général qu'il fut maintenu dans son grade de divisionnaire ; les fiançais ne pouvaient lui pardonner d'avoir immolé tant de blancs. Mais ces massacres n'étaient ils pas inévitables, quand on songe que les indigènes insurgés portaient dans Tàme la conviction qu'on voulait les replonger dans la servitude? iNe devaient ils |>as se défendre 'énergiquemenl par tous les moyens humuincment possibles? Du reste Dessalines n'avait fait qu'exécuter impitoyablement les ordres de son chef. Si l'histoire doit maudire ces cruautés (|ui n'étaient que représailles, Touôsaint , qui les avait ordonnées ^ en est le principal coupable. L'ancien gouvorneur sortit du Capau milieu des félicitations des généraux français. Il atteignit les postes avancés du gi^néral Fressinel; il traversa ensuite la plaine du Nord Huivi d'une foule d'officiers qui lui iirenl leurs adieux sur 1 habitation Noguès. De part et d autre Ton n'avait pas été sincère dans l'enlrevue qui venait d'avoir lieu. Leclerc rêvait déjà aux moyens de faire enlever Toussaint Louverture, et celui ci songeait aux moyens de soulever la généralité des cultivateurs du Nord et de TAriibonite» aussitôt après le débordement des rivières par Us pluies de I hiver*, nage. Qiiand l'ancien gouverneur parvint à la Marmelade, lecomtnandanWdu bourg le reçut aux détonnations de plusieurs salves d artillerie. Le lendemain il passa en revue sa vailliurite garde d'h n* ncur pour la dernière fois. Il rappela à ses soldats leur courage dans les combats et leur dévouement à sa cause ; il leur en témoigna avec émotion toute sa reconnaissance. En présence du commandant français que Leclerc avait placé dans le Canton, il leur rcc^.mraanda de servir avec lidéliié le nouveau gouvernemeni.- Des Juriixcs tombèrent des* yeux de Morisset, de Monpoint , de Magny^ et de tous les vétérans de la garde d'honneur, il se rendit le même jour dans la vallée d'Ennery qu'il avait choisie pour être le lieu de sa retraite. D'Ennery Cbt un bourg pittoresque bÂti près des^ liorJs d'une petite rivière dont les eaux arrosent une campagne riche et vcrdoya*nte. Le chemin qui traverse la vallée est large et ombragé de grands arbres, et les voitures y roulent sans . obstacle. Toussaint réunit autour de lui, dans ce canlon , toute sa famille. 11 y possédait quatre habitations.
Le jour qui suivit sa sortie du Cap, le général Yiilate qui avait assisté à la fôte célébrée au paluis du gouvernement, fut enterré sans pompe funèbre , sans honneurs militaires. L'on prétendit, à l'époque, que les colons Tavaienl fait empoisonner : personne n'igno- «ait le dévouement de Villate à (3 cause de M Ub^té générale. Depuis^
HISTOIRE D*UAIT1. — (1802) 253
la soumission de Toussaint, la présence dans la colonie des officiers indigènes de rt^putation contrariait les înlérèls français.
D après les instructions qu'il avait reçues de Bonaparte , Leclerc aurait pu les embarquer pour France, cl les faire placer dans les troupes du continent européen. Mais les colons, dont il s'entourait, le détournèrent de cette idée , en lui exposant que renlèvement de Bigaud déjà efTectué, et celui de Toussaint, les chnfs des deux cou* leurs, suffiraient pour rétablir Tordre. Ils lui donnèrent le conseil d'exterminer insensiblement les autres chefs et de museler le reste de» tigres.
Leclerc adopta cette politique qui mise en pratique hâtera le triomphe de la liberté. Effrayé des résultats de son système, il voudra .«n vain en arrêter le développement ; il ne pourra lutter contre cette soif ardente de carnage qu'éprouvaient les colons; il subira leur influence, et sa politique heureusement dévoilée à la masse des indigènes, alors qu'elle était en état de résister aux efforts de la France, fera naître l'Indépendance d'Haïti.
Le capitaine général fit publier l'arrêté suivant, qu'il a^ut déjà adressé à Toussaint, sous le pli de sa lettre du 1er Mai.
41 Floréal an 40. (4er Mai 4802.) Le général en chef ordonne :
Les dispositions de l'article premier de l'arrêté 'du 28 Pluviôsà dernier qui mettent le général Toussaint Louverturc hors 1^ loi sont rapportées. En conséquence il est ordonné à tous les citoyens et militaires de regarder comme nul et non avenu cet article.
(Signé) LECLERC
Lt chef de l'état -major de Toussaint, ^'adjudant général Fontaine, remit, six jours après la soumission de I ex gouverneur, à l'adjudantcommandant Périn, Tétat exact des troupes quioccupaiént la Marmelade. Alors finit cette lutte entre Toussaint et les français, appelée la guerre de trois mois , parce qu'elle avait duré trois mois, des premiers jours de février au 4*' mai. Leclerc se résolut , pour se préparer les facilités d'enlever Toussaint Louverture, aussitôt qu'un prétexte quelconque se présenterait, de disperser sur tous les points de I tie les demi-brigades indigènes, de faire rentrer sur leurs habitations les cultivateurs qui avaient été armés. Toussaint, isolé dans la vallée d'Ennery, sera arrêté sans pouvoir exposer aucune résistance.
Dessalines reçut du capitaine général l'ordre de se rendre à St.- Marc, avec les débris de la 4.*", commandés par Gabart. Il entra «n cette ville , au milieu des acclamations universelles des indigènes. Il fut extraordinairement flatté par les français qui mirent aussitôt 4oot en œuvre , pour corrompre la 4.' et l'exciter contre ceux qu'ils iippelaient les brigands. Lamartinière reçut Fordre de se rendre au
26^ liisTeiRfi d'haiti.— (J60e)
Bélair seraient employés danà l'armée française. Quant à ce qui ( cernait Dessalines , ce ne fut pas sans beaucoup de peine qu'i
Tous auriez dû régler voire conduite sur mes démarches « comms nous calculons les heures sur le cours du soleil II lui tourna le dos. Il convint avec Leclerc que les généraux Vernet et Charles
conilob* tint du capitaine général qu'il fiït maintenu dans son grade de divisionnaire ; les français ne pouvaient lui pardonner d'avoir immolé tant de blancs. Mais ces massacres n'étaient ils pas inévitables, quand on songe que les indigènes insurgés portaient dans Tàme la conviction qu'on voulait les replonger dans la servitude? Ne devaient ils |>as se défendre -énergiquemenl par tous les uioyens humainement possibles? Du reste Dessalines n'avait fait qu'exécuter impitoyablement les ordres de son chef. Si l'histoire doit maudire ces cruautés cfui n'étaient que représailles, Toussaint , qui les avait ordonnées^ en est le principal coupable. L'ancien gouverneur sortit du Capau milieu des félicitations des généraux français. Il atteignit les postes avancés du gi^néral Fressinel; il traversa ensuite la plaine du Nord ituivi d'une foule d'ofiiciers qui lui firenl leurs adieux sur Ihabi* tation Noguès. De part et d'autre Ton n'avait pas. été sincère dans, l'entrevue qui venait d'avoir lieu. Leclerc rôvail déjà aux mojens de faire enlever Toussaint Louverture, et celui ci songeait aux moyens de soulever la généralité des cultivateurs du Nord et de l'Artibonite, aussitôt après le débordement des rivières par Us pluies de I hiver-, nage. Quand l'ancien gouverneur parvint à la Marmefade, lecom* tnandanWdu bourg le reçut aux détonnalions de plusieurs salves d'artillerie. Le lendemain il passa en revue sa vaillajite garde d'h n* ncur pour la dernière fois. Il rappela à ses soldats leur courage dans les combats et leur dévouement a sa cause : il leur en témoigna avec émotion toute sa reconnaissance. En présence du comniai^dant français que Leclerc avait placé dans le Canton, il leur rccnniraanda de servir avec lidélilé le nouveau gouvernement. -Des ]ur[hcs tombèrent des. yeux de Morisset , de IVlonpoint , dt Magny, et de tous les vétérans de la garde d'honneur. Il se rendit te même jour dans la vallée d'Enner) qu'il avait choisie pour être le lieu de sa retraite. D'Ennery est un bourg pittoresque bâti près des^ lioriU d'une petite rivière dont les eaux arrosent une campagne riche et vcrdoya'nte. Le chemin qui traverse la vallée est large et ombragé de grands arbres, et les voitures y roulent sans . obstacle. Toussaint réunit autour de lui, dans ce caulon , toute sa famille* 11 y possédait quatre habitations.
Le jour qui suivit sa sortie du Cap, le général Yillate qui avait assisté à la £ite célébrée au paluis du gouvernement, fut enterré sans pompe funèbre , sans honneurs militaires. L'on prétendit, à l'époqjue, que les colons l'avaient fait empoisonner : personne n'ignorait le dévouements de Yillate à (3 e^use de jia liberté générale. Depuis^
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la soumission de Toussaint, la présence dan^ la colonie des officiers indigènes de réputation contrariait les intérêts français.
D après les instructions qu'il avait reçues de Bonaparte , Leclerc aurait pu les embarquer pour France , cl les (aire placer dans les troupes du continent européen. Mais les colons, dont il s'entourait, le détournèrent de cette idée , en lui exposant que renlèvement de Bigaud déjà eiïectué, et celui de Toussaint, les chi^fs des deux cou* leurs, suffiraient pour rétablir Tordre. Ils lui donnèrent le conseil d'exterminer insensiblement les autres chefs et de museler le reste des tigres.
Leclerc adopta cette politique qui mise en pratique bâtera le triomphe de la liberté. Eifrayé des résultats de son système, il voudra :.«n vain en arrêter le développement ; il ne pourra lutter contre cette soif ardente de carnage qu'éprouvaient les colons; il subira leur influence, et sa politique heureusement dévoilée à la masse des indigènes, alors qu'elle était en état de résister aux efforts de la France, fera naître l'Indépendance d'Haïti.
Le ciipitaine général fit publier l'arrêté suivant, qu'il a\utt déjà adressé à Toussaint, sous le pli de sa lettre du 1er Mai.
41 Floréal an 10. (1er Mai 1802.) Le général en chef ordonne :
Les dispositions de l'article premier de l'arrêté 'du 28 Pluviôse dernier qui mettent le général Toussaint Louverture hors I) loi sont rapportées. En conséquence il est ordonné à tous les citoyens et militaires de regarder eomm^ nul et non avenu cet article.
(Signé) LECLERC
Lt chef de Tétat* major de Toussaint, •l'adjudant général Fontaine, remijl, six jours après la soumission de I ex gouverneur, à l'adjudant* commandant Périn, l'état exact des troupes qui occupaient la Marmelade. Alors (init c^tte lutte entre Toussaint et les françiis, appelée la guerre de trois mois , parce qu'elle avait duré trois mois, des premiers jours de février au l""' mai. I^eclerc se résolut , pour se préparer les facilités denlever Toussaint Louverture, aussitôt qu'un prétexte quelconque se pré-^ senterait, de disperser sur tous les points de Ttle les demi-brigades indigènes, de faire rentrer sur leurs habitations les cultivateurs qui avaient été armés. Toussaint, isolé dans la vallée d'Ennery, sera arrêté sans pouvoir opposer aucune résistance.
Dessalines reçut du capitaine général l'ordre de se rendre à St.- Marc, avec les débris de la 4.\ commandés par Gabart. Il entra «n cette ville . au milieu des acclamations universelles des indigènes. Il fut extraordinairement flatté par les français qui mirent aussitôt 4out en œuvre , pour corrompre la 4.® et l'exciter contre ceux qu'ils appelaient les brigands. Laioartinière reçut l'ordre de se rendre au.
SM msTeiRK d'haiti.— (-1602)
Yous auriez dû régler voire conduite sur mes démarches, conifir» nous calculons les h(^ure$ sur le cours du soleil II lui tourna le dos. Il convint avec Leclerc que les généraux Vernet et Charles Bélair seraient employés dans Tarmce française. Quant à ce qui concernait Dessalines y ce ne fut p.is sans beaucoup de peine qu'il ob* tint du capitaine général qu'il fut maintenu dans son grade de divisionnaire ; les français ne pouvaient lui pardonner d'avoir immolé tant de blancs. Mais ces massacres n'étaient ils pas inévitables, quand on songe que les indigènes insurgés portaient dans ràroe la conviction qu'on voulait les replonger dans la servitude? Ne devaient ils |>as se défendre *énergiquement par tous les moyens humainement possibles? Du reste Dessalines n*avait fait qu'exécuter impitoyablement les ordres de son chef. Si l'histoire doit mauJire ces cruautés ({ui n'étaient que représailles, Toussaint, qui les avait ordonnées ^ en est le principal coupable. L'ancien gouverneur sortit du Gapau milieu des félicitations des généraux français. Il atteignit les postes avancés du gi^néral Fressinet; il travervsa ensuite la plaine du Nord. «uivi d'une foule d'ofiiciers qui lui (irenl leurs adieux sur I habi* tation Noguès. De part et d'autre l'on n'avait pas été sincère dans^ l'entrevue qui venait d'avoir lieu. Leclerc rêvait déjà aux moyens de faire enlever Toussaint Louverture, et celui ci songeait aux moyens de soulever la généralité des cultivateurs du Nord et de TArtibonite, aussitôt après le débordement des rivières par Us pluies de 1 hiver-, nage. Quand l'ancien gouverneur parvint à la Marmefade, lecommandartÉMu bourg te reçut aux détonnations de plusieurs salves d'artillerie. Le lendemain il passa en revue sa vaillapte garde d h n* ncur pour la dernière fois. Il rappela à ses soldats leur couragt dans les combats et leur dévouement à sa cause ; il leur en témoigna avec émotion toute sa reconnaissance. En présence du commandant français que Leclerc avait placé dans le Canton, il leur rcc'^.inrannda de servir avec lidélilé le nouveau gouverneinent.-Des JurniCâ tombèrent des* yeux de Morisset, de Monpoint , dt Magny^ et de tous le» vétérans de la garde d'honneur. Il se rendit te même jour dans la vallée d'Ennery qu'il avait cboisie pour être le lieu de sa retraite. D'Ennery Cbt un bourg pittoresque bâti près des^ horJs d'une petite rivière dont les eaux arrosent une campagne riche et vcrdoya'nte. Le chemin qui traverse la vallée est large et ombragé de grands arbres, et les voilures y roulent sans . obstacle. Toussaint réunit autour de lui, dans ce canlon , toute sa famille* Il y possédait quatre habitations.
Le jour qui suivit sa sortie du Cap , le général Yillate qui avait assisté à la fête célébrée au paluis du gouvernement, fut enterré sans pompe funèbre , sans honneurs militaires. L'on prétendit, à répoque, que les colons lavaient lait empoisonner: personne n'ignovaitljs dévouemeni de Yillate à 1^ e^use de Jia li.b^té générale. Depuîg^
HISTOIRE D^UxVITI. — (1802) S53
la soumission de Toussaint, la présence dan^ la colonie des officiers indigènes de réputation contrariait les Intérêts Français.
D après les instructions qu'il avait reçues de Bonaparte, Lcclerc aurait pu les embarquer pour France , et les faire placer dans les troupes du continent européen. Mais les colons, dont il s'entourait, le détournèrent de cette idée , en lui exposant que renièvèment de Bigaud déjà effectué, et celui de Toussaint, les chnfs des deux cou* leurs, suffiraient pour réU^blir Tordre. Ils lui donnèrent le conseil d'exterminer insensiblement les autres chefs et de museUr le reste de» tigres.
Leclerc adopta cette politique qui mise en pratique hâtera le triomphe de ta liberté. Elfrayé des résultats dé son système, il voudra ~«n vain en arrêter le développement ; il ne pourra lutter contre cette soif ardente de carnage qu'éprouvaient les colons; il subira leur influence, et sa politique heureusement dévoilée à la masse des indigènes, alors qu'elle était en état de résister aux efforts de la France, fera naître Tlndépeudance d'Haïti.
Le capitaine général fit publier l'arrêté suivant, qu'il avait déjà, adressé à Toussaint, sous le pli de sa lettre du 1er Mai.
41 Floréal an iO. (ier Mai 1802.) Le général en chef ordonne :
Les dispositions de l'article premier de l'arrêté 'du 28 Pluviôse dernier qui mettent le général Toussaint Louverture hors 1% loi sont rapportées. En conséquence il est ordonné à tous les citoyens et militaires de regarder comme nul et non avenu cet article.
(Signé) LEGLERC
Le chef de Téta t- major de Toussaint, ^'adjudant général Fontaine, Temijt, six jours après la soumission de Tex gouverneur, à l'adjudant* commandant Périn, l'état exact des troupes quioocupaient la Marmelade. Alors finit cette lutte entre Toussaint et les franç:tis, appelée la guerre de trois mois , parce qu'elle avait duré trois moi;», des premiers jours de février au i*' mai. I^eclerc se résolut , pour se préparer les facilités d'enlever Toussaint Louverture, aussitôt qu'un prétexte «fuelconque se présenterait, de disperser sur tous les points de Itle les demi-brigades indigènes, de faire rentrer sur leurs habitations les cultivateurs qui avaient été armés. Toussaint, isolé dans la vallée d'Ennery, sera arrêté sans pouvoir opposer aucune résistance.
Dessalines reçut du capitaine général l'ordre de se rendre à St.- Marc, avec les débris de la A.^ , commandés par Gabart. Il entra «n cette ville, au milieu des acclamations universelles des indigènes. Il fui extraordinairemenl flatté par les français qui mirent aussitôt iout en œuvre , pour corrompre la 4.^ et l'exciter contre ceux qu'ils appelaient les brigands. Laioartinièrc reçut Fordre de se rendre au
HISTOIRE D'llAITI.--(l80ft)
avait élé son bienfaiteor, qu) lui avait donné tous 1«9 grades, fl conspirait di^à lui-même contre les français ; Toussaint le gênait. L'ancien gouverneur était un obstacle au ralliement de tous les in* digènes, noirs et jai^nes, au parti de l'indépendance: Dcssalioes craC faire un sacrifice nécessaire au bonheur de la masst. Dessalines avait dès lors conçu deux idées quMI accomplira par toutes sortes de moyens et au travers des flots de sang : le commandement en che£ des indigènes, et l'extermination de la race blanche à St. Domingua*. Il fit publier lui même, dans le quartier de l'Artibonite, la procla* mation de Leclerc dans laquelle il était représenté comme le dénoaciateur de Toussaint.
Quant à Mnnissait sur lequel Tancien gouverneur avait compté à^ St. Marc, il fut jugé, condamné et fusillé.
La plupart des cultivateurs étaient rentrés sur leurs habitations. La presqu'île du Sud était dans un état admirable de prospérité. Des navires de toutes les nations -venaient y trafiquer. La possession française paraissait inébranlablement rétablie. Cependant la joie des français, depuis la déportation de Toussaint, élail loin d'èlre pure; ils voyaient jouriiellt* ment s'atTaiblir leurs forces ; IVtiilude des in* digènes les inquiétait ; la fièvre jaune les moissonnait déjà d une manière effrayante. Cependant les masse» ne désiraient que If maintien de la liberté générale qu'avait proclamée la Convention d% France, dont les immortels travaux ont embrassé les intérètsde tous les peuples de la terre.
Leclerc sentant s*accroilre ses embarras, et voulant s'aider des U^ miores d'un certain nombre de citoyens, convoqua au Cap un conseil colonial. Ce conseil était composé de députés des siv^ départemens, choisis parmi les plus riches propriétaires de toutes les couleurs. Le capitaine général lui confia le soin de réorganiser la colonie. Les conseillers étaient , la plupart , d'anciens colons qui avaient jpui de toutes sortes de faveurs sous Toussaint Louverture. Parmi les députés noirs et de couleur , l'onMistinguait le général Henry Christapbe dont léloquence et les hautes idées administratives excitèrent souvent Tétonnement et l'admiration du conseil. L'assemblée présidée par le préfet colonial, le vertueux Bénézech, ouvrit ses séances dans le courant de Juin. Elle adopta le système de fermage que Toussaint avait établi. Cependant elle proposa, pour la prospérité de la colonie, des réglemens entièreii^ent en harmonie avec le système de la sariritude. Le préfet colonial et Christophe les combattirent avec succès* Malheureusement Bénézech mourut peu de jours après l'ouverture de l'assemblée, emporté par I9 fièvre jaune. C'était un citoyen d'un« humeur douce , plein d'humanité , très dévoué à la liberté générale. S'il avait vécu, il aurait contre-balancé l'influence coloniale dans le conseil ; moins de crimes eussent été coinmis, et moins d'insurreetions eussent éclaté contre la ^Franoe^ 11 fut provisaire*^
ment remplacé psr le citoyen Deraime, sous préfet du département du Nord , ie 14 Juin (24 Prairial , aq 40). Celui ci devint un ins* trument entre les mains des colons. Le commissaire de justice , Montperron, venait aussi d'être enlevé par la peste. L'assemblée déféra la présidence à Blain de Villeneuve , partisan acharné de Tcsclavage. L'on entendit dans une séance, qui fut des plus orageuses , alors qu'il fut question du régime intérieur de St-Domin« gue, les colons s'écrier : « Point d esclavage , point de colonies!» Ils exposèrent ensuite avec hardiesse leur nouveau plan : les anciens libres noirs et jaunes devaient jouir des mêmes avantages politiques que les blancs; mais ceux qui, avant 1794, n'avaient pas été affran* chis , devaient êire remis en servitude. Après la lecture du projet , le général Christophe se leva plein d'indignation , monta à la tribune et s'cionna qti on pût éoouter avec sang froid de telles paroles. Ceux qui les profèrent, s'écria«t-il , sont les ennemis les plus dafigercux des intérêts français ; mei , de mon côté , et au nom des noiis, je dis: « Point de liberté, point de colonies. » Il coinbatiit ensuite avec succès la plupart des dispositions du règlement , démontra limpossibililé de le mettre en pratique, et porta l'assemblée :i le rej<'ter« Christophe lit alors un acte sublime de courage en laissant éclater son indignation : il était au Cap, au pouvoir des français; il li\rait sa tête à la discrélien du 'parti co^ Jonial. Après la séance, il dit au général Leclerc, au palais du gouvememeiit : Des hommes qui ont, la plupart, combattu contre ta mère patrie sous les drapeaux anglais, ont , eu l'audace de pro« clsHfner leurs doctrines liberticides , sous un gouvernement républi* oain. Prenez-y garde , capitaine-général , loin de maintenir la paix, ces n>essieurs' rallumeront les feux de la guerre civile. Défiez vous surtout du général Roehambeau ; c'est un ennemi acharné des hommes de couleur, par conséquent des noirs; il ne peut, par sa tonduite, - que les porter à s'armer contre le gouvernement* Leclerc parut accueillir favorablement ses conseils et lui fit la promesse trompeuse do h pro* chaîne déportation de Roehambeau. Leclerc n'était pas d'un naiiuel perfide^ mais il subissait l'influence 'du parti colonial, et était contraint de suivre les instructions du l"*^ Consul. Déjà une loi , «n date du *© Mai 18t2, venait d'être publiée en France, par laquelle lesclavage devait être rétabli à la Martinique, à Tabago, à Ste. Lucie. Par la même loi St, Domingue et la Guadeloupe étaient soumis à un régime exceptionnel. Cependant le général Richepanse venait de rétablir lesclavage à la Guadeloupe. Un liistorien français , M' Bignon, s'efforce d'excuser ce crime de lèse-humanité par ces mots: Il est des conjonctures où il y aurait une stupide imprudence i ne pas museler des tigres. ^ *
» ToK II. Page 428.
XVv~-
8^0 HISTOIRE d'HâITI.-— (ISOa)
Aucnne conjoncture ne peut permettre à VhomBie de plonger son semblable daos la servitude; l'esclave, pour briser s^s chaînes, ne doit reculer devant aucun moyen ; Dieu qui a créé les homm«K libres et égaux lui pardonnera toutes les violences auxquelles il se livrera pour reconquérir sa liberté.
La fièvre jaune désorganisa bientôt le conseil colonial en lui enlevant la plupart de ses membres. L'assemblée cessa de se réunir; et la guerre qui éoiata de nouveau empocha les citoyens de se former en assemblées primaires, pour procéder i d'autres élections.
Le résultat des séances peu nombreuses du conseil colonial fut
tout*à fait contraire aux intérêts métropolitains. Dans son sein é(*la-
«tècent tous les préjugés de castes de la vieille assemblée de St.-
l^larc. Les projets du gouvernement^ français y furent publiquement
dévoilés aux indigène«i.
La fièvre jaune , continuant ses ravages, enleva les généraux Hardy et Débelle. Ce dernier , qui mourut au Cap , fut enteri% avee pomi^e. Le général Dévaut avait le commandement de la place du Port- Républicain. Loin de persécuter les indigènes il les Èivorisait considérablement. Quand un ofiiciier noir ou dt^ couleur se présentait à lui au bureau de la place , il lui serrait la main , l'appelait frère ou camarade. La République françarse, disait il , a proclamé partout la liberté; elle n'a établi entre les hoaimcsaucuna différence de couleur. Sa conduite ne tarda pas à froisser le général Ro« ehambeau qui commandait ledépartemeni do TOuest. Ne pouvant s'enleodre avec lui, il obtint du capitaine général l'autorisation de retourner bientôt en France. 11 partit pour les Gonaïves, et laissa la ville à la nerci de Rochambeau qui ne rencontra plus aucun frein à ses fureurs. Beauconp d hommes de couleur du Port Républicain et de la Groix* des Bouquets abandonnèrent leuis. demeures, et se retirèrent, dans les mornes de la Selle , auprès de I^mour Dérance , qui n'aecueîl« lait plus les ordres des français^ depuis la déportation de Rigaud^ sans cependant exercer coaire eux des hastilités.
Le général Leclerc confia au général Pamphile de Lacroix le com mandement du déparlemeal de Cibao. Pamphile de Lacroix , a la * tcle de la 77e de ligne, alla occuper la magnifique vallée de l^t Yague, arrosée par le fleuve Diaque, dont les eaux s'engloutissent dans la baie de Monte-Christ. Là les soldais français respirant un ;air plua sam que celui des villes, pouvaient ne pas être atteints de la ièvre jaune; mais partout le climat de Si Domingue les dévorait.
Pendant que ces cvénemens se passaient â St Domingue, Toussainl était arrivé à Brest, comme nous Tavons vu. Sa famille (ut dispersée sur différens points de la France. Le brick la Naïade conduisît Placide à Belle Ile eu ^mer; le même navire conduisit à BayooQ^ Madame Louvcrline, Isaac, St. Jean Louverture et M"' Chancy.
Quant au général, Toussaint^ il débarqua pree de Landernau, ac»
«ompagAé des officiers du Uéroê et de Mars Plaisir, son serviteur. Il fut reçu sur le rivage par un adjudant-général et un escadron de dragons. li entra dans une voilure avec plusieurs j^endarnoes , et
Eartit pour Morlaix. Delà, il se rendit à Guingarap. Dans loutet »s villes qu'il traversa ensuite , il fut reçu avec dtstinetion .par le» nutorités. Quan'd il arriva devant la forteresse de Joux, il fut aussitôl renfermé dans un sombre cachot. Le château dé-Joux est élevé sur «ne d^ montagnes de la chaîne du Jura , dans le département du* Doubs, près de Pontarlier. ^ Les généraux Rigaud el Martial Besse qui y étaient d«'jà emprisonnés, apprenant son arrivée, lui envoyèrent des consolations par le commandant de la forteresse. Le mal* heur avait éioint les haines politiques. Morisset fut aussi Jeté dana un cachot. On lui promit des grades et des honneurs, s'il voulait indiquer le lieu où Toussaint, croyait on, aVait enfoui ses trésors. Il ne répondit pas aux questions qui lui furent faites^ Nous avons vu qu'il n'existait pas, à St-Domingue, de trésors enfouis par Tancien gouverneur.
On ne laissa à Toussaint pour lui dqnner des soins que son vieuK •erviteur Mars Plaisir. Pendant les premiers mois de sa captivité, #n juillet, aoi]lt et septembre, il n^eut pas beaucoup à souffrir de» influences du nouveau climat. On lui permettait de se promener^ quelquefois , dans les jardins de la prison. Il s'entretenait alora Uistement avec Mars Plaisir ; et toujours , dans ses conversations , il exprimait combien il regrettait le ciel de son pays. Le gouvernement consulaire lui donnait cinq francs par jour,, ainsi qu'aux autres prisonniers d état. Avec cette* modique somme que partageai! avec lui Mars Plaisir, il se nourrissait et se procurait des vétemens« Jusqu'alors sa santé ne s'était pas beaucoup altérée. Mais quand le^ froids humides d'octobre commencèrent à se faire sentir , il tomba dans un état presque complet d'épuisement. En novembre #t dé« combre 1802, et en janvier 1803, son corps, déjà affaissé par Ta • ge , souffrit cruellement de la température du Jura. Il ne pouvait acheter du bois pour se chauffer, car les 5 francs qu'on Iiu passait par jour suRisaient à psine pour son entretien el celui de son serviteur. Ses vètemens sales tombaient en lambeaux; il lui était impossible de les renouveler. Mars Plaisir , en les rapiéçant^ s'efforçait à le garantir contre le froid. Pour comble do malheur, le commandant de la forteresse, homme dur et impitoyable, eniva dans son cachoi vers le milieu de février 1803, el annonça à Mars Plaisir qu'il allait être séparé de son matlre. Toussaint, le visage amaigri par la Hèvre, les yeux creux, demeura un moment eomme anéanti, en entendant cet ordre: c'était lui enlever ses membres ,
f Ce fort a servi do prison à Fouquet , à Mirabeau | et aux gônéraux Rigaud, Martial Bssse et Toussaint Louvcrture.
272 HISTOIRE D*tfAiTI.-^(1802).
son dernier souiien , sa dernière consolation. li seMeva cependant, embrassa Mars Plaisir qui sanglotlait , et lui dit : « Porte mes derniers 4 adieux à ma femme, à mes enfans et à ma nièce. Console toi € de cette cruelle séparation , et pars avec Tassurance de mon. « amitié et du souvenir que je te conserverai de tes services et de < ton dévouement. » * Le gouverneur du cbâteaXi arracha Mars. Plaisir à sôs embrassemens , et le livra à une compagnie de gendar* mes. De brigade en brigade , Mars Pfaisir arriva à Mantes où il fut emprisonné , chargé de chaînes.
Toussaint demeura seul dans son cachot , abiraé dans la douleur^ et grelottant de froid. Dés le lendemain, il lui fut défendu d'en sor* tir pour prendre un peu d'exercice dans la cour de la prison. Une communiqua plus, quelquefois, quavec le citoyen Jeanin , secrétaire du commandant du Joux , et avec le commandant lui-même. Quelques jours après , Bonaparte qui donnait sans cesse les ordres les plus inhumains, i son égard, fit savoir au commandant que cinq francs étaient trop pour un ri*belle,!et que trois francs suffiraienL En moins d'une semaine Toussaint se tronva dans le dénûmenl le
S)lus absolu. On ne lui fournissait que du gros pain , un peu de arine et une bouteille d'eau ; son cachot devint de plus en plus in* fect; le soufQe glacé des montagnes du Jura gelait presque tousses membres; ses habits usés et déchirés le laissaient presque nu ; il s'enveloppait le plus souvent dans la paille qui lui servait de lit, lui qui avait eu en sa possession toutes les richesses de St. Domingue* On lui donnait, chaque jour, pendant quelques heures , un pot de terre , rempli de charbons ardents , sur lequel il faisait cuire lui* même, dans un vase de fonte, un peu d'aliment farineux. Bonaparte voulait hâter sa mort, afin que ses anciens partisans de St. Domingue, perdissent l'espoir de lavoir un jour à leur tête. Cependant comme il croyait qu'il avait caché d'immenses richesses dans les mornes de notre Ile , il envoya auprès de lui le général Gafarelli qui lui (it la promesse trompeuse de la liberté, au nom du gouvernement français, sil indiquait l'endroit où il avait enfoui son argent. Toussaint, la lète baissée, répondit à chaque question: j'ai perdu Lien auire chose que des trésors.
Il y avait à Pontarlier un capitaine d'artillerie nommé Colomier. Cet oflicier s'y trouvait pour la remonte de son arme. Le gouverneur du chât^u qui mettait rigoureusement en pratique toutes les instructions qu il recevait à l'égard du prisonnier, lit appeler un jour le capitaine Colomier, et lui annonça qu'il allait faire unvo« yage à Neuchalcl en suisse. Il lui confia les clefs des cachots, et le chargea du commandement du château, pendant son absence. Li capitaine en parcourant les cachots arriva à celui ^où était Toussaint
* Lettre de Mars Plaisir. Mémeirei d'Isaac LouTerture, '
HISTOIRE D'il AiTi.— (1802) 27S
toiiverlure. Il fut effrayé de Taffrcux élat de dénûment où se trouvait cet inforl»jn<^>. Cependant Toussaint avait, l'àme toujours ferme. II s'était procuré du papier, de Tenare et" des plumes, et il écrivait, malgré ses cruelles souffrances, snr une petite table. Le capitaine lui demanda ce (|u il finsaîl. Il lui répondit que le gouvernement consulaire avait lancé contre lui un écrit dans lequel il l'accusait injustement 'd'avoir voulu livrer St. Domingue aux ariglais , et qu'il réfutait cet écrit. H se montra indigné contre Ii<^naparte qui paraissait oublier combien il avait énei^giquemcnt de fendu la colonie contre les agressions de l'Angleterre. Comme il souffrait considérablement d'êlre privé de café , il en demaJida un peu au capitaine. Celui ci, qui avait un bon cœur, lui en (il donner aussitôt. Il sortit du carbot , attendri jusqu'aux larmes* Il n'avait pu supporter, sans émotion, Taspeel de tant de grandeurs descendues jusqu'au dernier degré des misères buraaines. Cependant Tgussaint supportait son son avec une résignation -presque surnaturelle.
Le gouverneur qui avait commencé, par cette pr^mTère absence, rexécutiofi du crime qu'il avait reçu Tordre de coinracllre, revint de Neucbâtel au cbâteau de Joux. Vers le mili* u d'Avril il annonça ail capitaine Colomier qu'il allait entreprendre un nouveau voyage en Suisse. Il lui dit qu'il lui laissait eiicore* le commandement de la forteresse; mais que cette fois, il ne lui donnerait pas les ciels de& CiK'.hois , parccque les prisonniers n'avaient besoin de rien. U partit, et revint au bout de quatre jours. Quand il revit le capitaine, il était agité I inquiet; il répétait souvent les n.iHnes paroles. Il or^ donna d'un air empressé d'apporter h Toussaint sa ration ordinaire. Il se retidil ensuite dans son caebol , accompagné de Colomier. Mais TousS'tiiU avait cessé de vivre. Il fut trouvé assis sur sa coucbe de paille, appuyé contre une cbeminée , ayant la tète pencbée du cèté droit , et Us deux mains sur ses cuisses. Ses traits ex* primaient les tourments de la plus affreuse douleur. Tout dans son altitude annonçait tin crime affreux. Le gouverneur l'avait laissé mourir de faim pendant ses quatre jours d'absence. Ce fut en vain qu'il demanda au maire de Pontarlier , ainsi qu'au capitaine Colomier, de certifier que Toussaint n'était pas mort de faim. Ces deux honnêtes citoyens demeurèrent entièrement étrangers au critne. Dos chirurgiens, qui ignoraient toutes les circonstances de cet attentat, fiirent mandés au château, lis firent l'autopsie du cerveau , et constatèrent , qu après d'horribles souffrances-',, le prisonnier ûvait été enlevé par une apoplexie séreuse. Le gouverneur lit déclarer dans facte de décès, qu'il était mort d'un coup de sang. Toutes ces circonstances dévoilèrent davantage le crime. Toussaint (ut enterré, sans cérémonie religieuse. Avant de fermer les yeux à la lumière I il dut avoir maudit les colons, avoir demandé à Dieu uq
il-i nisToiTiE d'iiaiti.— (1802)*
vengeur : sa prière, sîelle fut faite, fui exaucée. Le plus jeune de ses fils, Saint Jean Louvcrlure, encore enfuiU , qui avait dit , à Brest, qu'il ne survivrait pas à son père , mourut de chagrin , peu de temps après qu'il eut appris sa (in tragique.
Le gouverneur du château fu ensuite loiil ce qui fut en son pouvoir pour rentrer en bonnes relations d'amitié avec le capitaine Colomier: tout fut inutile. Dans fa petite ville de Ponlarlier , l'on parla tout bas, pendant plusieurs jours , d'un grand crime coran^is dans l.j forteresse do Joux sur un prisonnier ; ce bruit sourd qui parcourait la ville, se répandit de proche en proche, et traversa i*At' lantiquo. Alors Ton fil toutes sorles de conjectures ; les uns prétendirent que Toussaint avait été empoisonné , d'autres qu'il avait été étranglé.
Après sa chute au mont St. -Jean, abattu par la flèche des nations» comme Ta dit un poète anglais, iNapoléon Bonaparte fut conduit à Sle. Hélène. Là, pendant une agonie de sept années, il se prépara » laissera la postérité une mémoire irréprochable. 11 dit au sujet de Toussaint Louverlure : quel intérêt avais-je à fiire mourir un misérable nègre ?* — Ce misérable nègre, le premier des noirs, comme il fut le premier des blancs, avait atteint, sur un petit théâtre, à la hauteur des hommes les plus célèbres de l'époque. Peut-on croire à la sincérité de ces paroles de Bonaparte, tjuand sur le rocher de Ste. Hélène, ii nia d'avoir tenté le rétablissement de Tesclavage à St. Domingue? La servitude ne fut-elle pas rétablie à la Martinique et dans les autres lies françaises du Vent, d'après les termes de la loi ilu ^0 Mai 1802? St. Domingue, qui renfermait un million d'habilans, fut soumis, par celle loi, à un régime de fer cl «xceplionnel. Mais si c*est uq crime d'enlever la liberté à son semblable, ce crime cesse-t-il d'exister, parce qu'il s'exerce sur les uns plutôt que sur fcs autres? Bonaparte aurait eu, peut être, à nos yeux, trop de vertu palitique, pour ordonner de laisser mourir de fiim Toussaint Louverlure, s'il n'avait pas oublié, pendant dix années, daas les donjons de Vincennés y plusieurs malheureux qui ont fini par y perdre l'usage de la parole , et que la société croyait avoi,r perdus, par des accidens inconnus ; s'il n'avait pas fait fusiller, dans les fossés de Vincennes, en violant l«s principes les plus sacréj de riiospitulité d'une terre étrangère^ le duc d Enghein, dont rinnocence est chaque jour plus évidente, à mesure que l'Instoire approfondit les motifs de son assassinat. N'admeltrait-^on pas l'attentat de la forteresse de Joux, que nous venons de raconter, que le crime existerait toujours: Toussaint déjè vieux et soufl*rant, né sous la zone torride, devait infailliblement périr, en quelques mois, plongé au milieu de montagnes couvertes de neige. Bonaparte , dans toute la splendeur de sa gloire ,
HISTOIRE d'haiti. — (1862) g^ip
ignorait aîorg ce qu/è le sort loi réservait. Toussaint expira sur un roc glacé' du Jura, et lui devait mourir un joun sur un lothor brûlant de TAtlantique , en face de ces peuples noirs de TAfiique, qu'il assimilait à la brute. C'est presque une expiation.
Ainsi (inil , à l'âge de soixanU'huit ans , en A^ril iS03 , Toussaint Louverture dont* Tesprit organisateur avait étonné l'Ani^ri^iue. C'est rbomme de race noire, dan? les temps modernes, le plu* remarquable qui ail existé. A cinquante quatre ans, il était encofe esclave; la servitude dans laquelle il était plongé, depuis ^a naissance, n'avait pu éteindre en lui les germes dun prcfoud génie. Dès que la révolution éclata , on le vît exercer la plus gronde prépondérance dans les conseils de Jenn FrdiiÇ('is, dont il «tait le secrétaire. Peu à peu son ambition s'agrandit : d^ venu officier supérieur dans les armées espagnoles de la colonie, il aban<lonna bientôt la cause de S. H. C. qui ne lui oiTrait que des titres ^i dos cordons ,- pour celle de la Franco qai donnait aux siens liborté elî égalité. Celte défection de Toussaint hâta le triomphe de la libertédes ncûrs. Il contribua puissamment , dans le Nord, à rappeler l^a victoire sous les bannières fran(fai^es qui fuy-iieul vaincuos pir les^ armées anglo-espagnoles rétablissant Tesclayage partout où la Répu« blique française Ta vait aboli. Fa\orisé par le gouverneur Laveaux» il se trouva bientôt à la tète de l'armée de Saint Domingue.
Il terrassa, dans le Nord et dans rArlibonitft, la plupart de ses rivaux, en employant contre eux toutes les armes que fournissent Tasluee, 1 by-
Îjocrisie la phjs profonde, Taiidace et le vrai courage. RigauJ, son émue, dominait dans le Sud. Hédouvîlk arriva dans la colonie. Toussaint d.écouvrit aussitôt «ev(|u'ii y avait do m.ichiaveli^l le dans la misston de ce général. Le gouvernement finançais avait remarqué ses velléités d'indépendance. Hédouville s efforça de ranimer *.e parti français en flattant l'ambition du général Rigaud. Celui ci, aulieu de ^'entendre avee Toussaint qui lui offrait une alliance pour proelamer l'indépendance d^ St. Dt>miugué , lui déclara .la guerre en refusant de recevoir ses ordres dans le département du Sud. Rigaud ne conçut jamais cette idée, esseruielle au bonheur des masses, de Tin- 4épeadance de son pays. Toussaint voyant se dresser un nouvel obstacle à la réalisation de son vaste projet, déploya toutes ses forces « contre lui*, et après une lutte 'des plus sanglantçs, o& la vict ire fut loxiglemps disputée, il envahit le déparlement du Sud, et extermina iâ plus grande partie des troupes qui lui avareni été opposées*. Ces immolations inutiles qu'il lit après la victoire, résultat de la ven* geance coleniale sur les vaincus, furent 1 origine de la décadence de sa haute puissance. Devenu gouverneur à vie^ il exer0 sur les po« pulations un despotisme souvent sanglant,^ mais toujours civilisateur.. jl poursuivit les superstitions africaines, propagea l'Evangile dans les
4^(i)f9g^«s» favorisa l«s hommo^ v^iioeut ji3sii:uitSi^ûuoes^ juoirSj^
taroiBE r.'H4iTi.— (ISOê)
)ul en évidence. A l'arrivé* du général Leénes, oe comprenant pas le but de rexpti> Ijlissemeni de l'esclavage , subissant l'anciua de la métropole , aidèrent les blancs i le
aint n'était point vaste en conaaîssancea acitiise en méditations et en inspirations sur- >al défenseur de la liberté des noirs, il eût ra et irréprocbable , s'il n'avait pas viol<ï , ud ,~ l'amnistie qu'il avait publiée en faveur :i il apparaît à noira esprit un des hommes les [lits noire pays. (I fil pénétrer l'ordre, lelravail, los de notre révolution , simplifia nos luîtes, if, par les passions de toutes sortes d'agila* s armées de l'esclavage, puis contre celtes, lur la libtirté , ne voulaient pas de l'indélit refleurir l'agriculture et le commerce dans ; l'Ouest , \ainquit le Sud , soumit la parti* S nos populations sous une seule autorité , ■lion, de sages lois, après d'affreuses conisées, et au-travers des obstacles de tous ient les puissans agens de la mèlrepole. IC
si, à l'ariivéede l'armée expéditionnaire, Ime de sang entre lui et le parti colonial,
à l'acte de notre indépendance nationale.
son litre incontestablo do régénéralcup des : , la justice infaillible de l'histoire neiardv^ éjà placé, à la hauteur de Dcssalincs qui condépendancc, â la hauteur de P«tion^ le foons démocratique's, de Christophe, le puissant t de Doyer, notre habile et heureux pacificateur.
plus rare persévérance l'accomplissement de ioiit, même ses proches, au développement u triomphe 'de la liberté des masses. Sans
qui contrariait ae« plans, instiument delà'' ia le pi-incipc inflciible de la suprématie noire 4
a mort de Toussaint , Bonaparte Gt mettre en id dont l'ambition devait encore tourmenter , on laissait mourir, au milieu de toutes sor- . les cachots de Paris , le vertueux Pinchinat, tl'avoir été un des apdlres de la liberté à S'*
icer cette abominable administration française, I i celle de l'ancleo régime. ^0U8 \erruM
inSTalRÈ D*HAITI. (IBOÔ)
en
se montrer sur la scène de nouveaux personnages jusqu'alors in* connus la plupart, les montagilBràs donner lé signal de ridsurrdctioii qui se transforma en lutte nationale , et par leur opiniâtreté héroï« que, attirer dans leur parti qui était celui de la Vraie liberté, d'abord les troupe coloniales , ensuite les populations des plaines et des \illes.
ElVRE yiNGT-HUmÊMÉ.
Sommaire, SyTla ravage le canton d'Ennery. II ert repoussé par le culoBel Pei.quidou — St Domifigue est de nouveau déclaré eh état de siège — L'exercice des attributions du préf«-t colonial et du commissaire du justice est suspendu. — Arrêté des consuls sur l'administration provisoire de St. Domingue — La colonie iégïe [ar trois magistrats: un capitaine-générul , un préfi^t colonial, un commissaire de Justice. — Arrêté de' Ijcclerc modificatif de celui des consuls — Eta- Wissement du gouvernement militaire. — Division territoriale — Conseils des Notables, Administration des quartiers et des communes. — Attributions des Conseils des Notables. — 6000 hommes de renfort sont promis. — Prospérité du commerce. — Service des Postes. — kéglcmont sur le* pilotes. — Ports ouverts. — Le commerce natienal n'est assujetti à aucun droit d'importation. — Droits d'exportation. — Les animaux et les bois de construction entrent francs de droits — Résompensea accordées aux invalides — Biens séquestrés — Règlement sur la culture. — Défense de vendre des propriétés de moins de cinquante carreaux de terre. — La tranquillité continue — Etablissement de la police. — Le divisionnaire Clausel nommé inspecteur général de la gendarmerie) de la colonie — Cartes de sûreté, passeports, idlinger administrateur des domaines et des revenus nationaux. — Impositions — Etablissement des ' tribunaux. — 5000 hommes de renfort débarquent au Cap. — Ravages de îa fièvre jaune. — Charité des femmes indigènes. — Règlement sur la police dos arts de sinté — Les torts reçoivent les noms des généraux français décèdes -~ Lequoi .Mongirault, préfet colonial. — ATicairea apostoliques. — Le séquestre Rétabli sur les biens de ceux qui avaient suivi le parti de Toussaint est levé. — Le désarmement continue.— Dessalines , Clervaux , Pétion, Christophe transportent , des campagnes dans les arienaux, 30,000 ftisils.— Toute la population des
HISTOIRE d'haiti. — (1803) B79
réter et de le livrer aux blancs.
Pendant que Leclerc croyait les anciens partisans de Toussaint anéantis, pài* la déportation de leur chef, Sylla sortit des hauteurs de Plaisance, se rua dans la vallée d'Ennery , pilla et saccagea tout, et tenta en vain d'y faire éclater une insurreciion. Le colonel Pesquidou / commandant d'Ennery , à la tête de plusieurs détachemens de la légion expéditionnaire, dispersa* les altroupemens , à coups de fusil, et rétablit l'ordre. La mas^se des indigènes qui n'avait pas été vaincue, mais qui s'était volontairement soumise au nouveau gouverneur, n'avait pas encore éta assez persécutée pour comprendre les projets liberticides des français. Depuis la déportation de Rigaud et celle de Toussaint , elle n'avait que Taltitude de la défiance ; les idées d'indépendance- n'existaient que dans quelques tôles; elle ao voulait que du maintien de la lilK3rté, et la loi du 20 Mai 1802 ne Jui était pas encore connue. La métaphysique de la liberté nepou^ vait seule lui donner une impulsion ; il fallait , pour qu'elle s'ébraQ* lât, qu'elle fut matériellement frappée, c'est à dire quelle fut réaS' servie eommre dans I ancien régime. Celte tendance fatale qui poussait Bonaparte vers l'ancien régime, tant en France que dans les colonies, pouvait seule porter les choses à cette extrémité. Leclerc déelara S'. Domingue en état de siège, et continua activement le travail de la réorganisation de la colonie.
Le l"" Messidor , (20 Juin) , il publia la proclaoïation suivan» te:
Dans les circonstan<^s présentes , rien pe s'oppose plus au réta^ blissement de l'ordre, et à ce que vous soyez gouvernés par des institutions régulières. Vous allez connaître quelle est la distinction des pouvoirs établis par le gouvernement français , pour régir cette colonie. Les magistrats , chargés du service de ces différents pouvoirs, vont les exercer. Ils entreront en fonctions à dater de la pu< bllcation de la présente proclamation. Ces fonctions ont été tracées par le gouvernement français pour un temps entièrement calme. Ce temps ne tarder» pas à luire pour S*. Domingue; mais jusqu'à cette époque, la colonie, demeurant en état de guerre, différentes attributions du préfet colonial et du commissaire de Justice, rentrent dans •elles de l'autorité militaire. Un arrêté du général en chef, à la suite de celui des Consuls de la République , indiquera quelles sont les attributions du préfet colonial et celles du commissaire de Justice, dont l'exercice est momentanément susptedu. L'arrêté des Cooseuis sera imprimé à la suite de la présente prodAmation»
280 nisTOiRE d'hait». — (IBG2)
Le général en chef, capitaine général ,
Signé , LECLERC.
Par le capitaine général , le Secréiairc Général,
Signé , JU:Nom.
li^on remarqua tlans la proclamation du général en chef qu'il promettait à la colonie des institutions régulières , mais non lhl)érales. JjQ môme jour un extrait des registres des délibérations des Consuls de la République iut publié dans la gazette oCticiolle de S^ Do* mingue. L'arrêté avait été rendu,, à Paris, le 13 Brumaire an 10 de la République une et indivisible.
La partie française de SL Domiague étail provisoiriîinent régie par trois magistrats :
•Un Capilîiine Général ^
Un Prûfel colonial,
Et un coujuiissair^s de Justice.
D après les principaux articles qui délermînaîcnl les pouvoirs de ces ni; gisudls, le capitaine généi al avait sous ses ordres immédiats les forces de t<:iroet<le mer, les gardes nationales et la gendarmerie. 11 était exclusjvehienl cliargédela dofensecxlérieureet intérieure de la colonie etc..
li exerçait tous les pouvoirs qui étaient, ci-devant attribués iiux gouverneurs généraux dans les colonies, sauf ce qui y était dérogé par l'arrêté des Consuls, il pouvait, xn cas d'urgente nécessité, et sous sa respnnsabilité personnelle , surseoir, «n tout ou eu partie , Texé^ cutiqn des lois et règlemens existans , après en avoir toutefois mùremeni délibéré avec le préfet colonial ou le commissaire de Justice, selon la nature des' objets, sans pouvoir être arrêté par leur opinion contraire. La concession des terres vacante*^., au nom de la République, lui appartenait concurremment avec le préfet colonial, en se conformant aux règles établies: en cas de diversité d'uvis, la voiT^du capitaine général était prépondcrante. Le capilaine général pourvoirait (jiovisoirement à toutes les places, tous les e^nplois militaires, selon ronire deTavancement graduel, jusqu'à celui de chef de bataillon ou d escadron exclusi vendent et proposait au ministre du départemeni tous les remplaceu>ens à faire dans les grades supérieurs. Le capitaine général ne pouvait s immiscer directement ni indirectement dans les fonctions du préfet colonial, et du commissaire de Justice, ni des Iribunaux^. En «as d'absence hors de la colonie et dépendanoes« ou de mort , le capitaine général devait être remplacé , par in* ter i m, et dans la plénitude des mêmes pouvoirs, par iofQeier général qui serait désigné. »
Le préfet colonial était chargé exclusivement de radministratiojqi
IlfSTOIfiE D'ilAlTi.— (1802) 23^
<'ivîle el de la hauie police de la colonie, ce qui comprenait , outre ce qui avait trait à Ic^dministralion civile el h la haïUo police, riûslruction publique, lu liljeilo des tulles et des personnes, Tusage de la presse , cl géncialenjcnt tonl ce qui élait ci devant attribué aux inlondans et ordonnoieurs de la colonie, soit en particulier, soit en commun avec le gouvcrncnir. Lo prêlet colonial ne pouvait , sous aucun prélexle , enlrcptendre sur les fonctions de l'ordre judiciaire, tomme lecomnii^suiiede Justice el les tribunaux ne , pouvaient entreprendre sur ses fonctions, à peine de nnllilé et de rcvocalion. En cas d'absence hoisde la colonie et dépendances, ou de mort, le préfet colonial de\ait élre remplace de droit et provisoirement, par ipHicier d administration le plus ancien ch grade supérieur..
Le commissaire de Justice avait Tinspectton el la grande police sur les tribunaux de la colonie, ainsi que sur les ofiiciers minisiériels qui on dé|)endaicnt. Il se faisait rendre des comptes assidus ^ par les |)résid^ns el commissaires du gouvernement. En cas d'absence bors de la colonie et dépendances ou de mort, il devait être remplace, de droit et provisoiicjnent, par le conuiiissaire du gouvernement , prés le tribunal , à la résidence des cbefs lieux ; et celuici par le premier de ses subslitats.
D après rarliclc 2 du titre V' de Tari^ôté des Consuls , le capilainegcnéii)! déclara, le même jour 20 Juin , que la liante police de la colonie appartiendrait à Tautorité militaire jusquà ce que Télat de siège de S*. Domingue fut levé, que l'ordonnateur en cbcf, tant qu'il y aurait une armée dans la colonie, aurait dans ses atlribiilions, le caser nemont, les bdpilaux mdiiaires, la solde, renlrelien et la nourriture des troupes de terre. Ces atiribulions devaient appartenir au préfet colonial , d après l'article 2 de l'arrêté des Consuls. Le capitaine -général déclara en ouire que la surveillance des prisons , sous les rapports de sûreté et de salubrité , serait enlevée 8li commissaire de justice, et attribuée aux "^ommandans militaires; que la police personnelle envers les gens sans aveu, h s piMlurbateurs de la tranquillité publique, ^appartiendrait à lauioiilé militaire.
Le gouvernement militaire se trouvait entièrement rétabli, car Leclerc, parles cbangemens portés à Tarrêté des consuls, plaçait en ses mains tous les ressorts de radaiinistration générale, et faisait jouer au préfet colonial, ainsi qu'au conjmissaire de justice, des rôles toutà fait subalternes.
Pour les entourer de quelque prestige, il leur permit d'avoir des gardes. Le secrétaire général lui même, le citojen Lenoir, sortait toujours précédé de soldats. Les français avaient remarqué que lo peuple de St-Domingue avait peu de considération pour les ofiiciers civils. Ainsi, Leclerc continua le régime militaire organisé par Toussaint? Aussitôt aprà» la çbule du par^l des petite blaucs^, sous le
282 , HISTOIRE D*iiAiTi.— (1802)
commissaire cî\il Sonlhonnx , les municipalités perdirent à Si. Daminguc toute leur puissance ;~ le gouv(»rnemcnl de Roehanibeau letir portera le dernier coup. Depuis Dessalines jusqu'à nos jours, leur existence n'a été le plus souvent que nominale en Haïti. Cependant la vraie liberté ne se renconire que chez les peuples où la commune est le principe de Torganis^tlon générale.
Par un arrêté du capitaine général du 2 Messidor an iO (21 Juin 1802) , la parlie française de St-Domingueful divisée en trois départements, du Nord, de TOucst cl du Sud. On supprima le déparlemcnl de l'Arlibonite. Le déparlement du Nord, chef-lieu (e Cap Français, fut divisé en six quartiers, cl subdivisé en vingt cinq communes ou paroisses. Les quartiers du Porl-dePaix, du Mule St.* Nicolas, du Cap et du Limbe, renfermèrent chacun quatre communes; celui du Fort- Liberté, quatre; et celui de Limonade cinq. Le dé-
^ partement de I Ouest, chef lieu Port Uépublicain,^ fut divisé en quatre quartiers, et subdivisé en quatorze paroisses. Le qtiarlier de Si Marc renferma quatre paroisses, celui du l*brt-Républicain. quatre, ceux de Léogî^ne et de Jaemel, trois clïacun. Le déparlement du Sud, chef lieu les Cayes , fut divisé en quatre quartiers, cl subdivisé en quatorze paroisses. Le quartier du Petit-Trou renferma, trois paroisses, celui de Jéréniic deux, celui de Tiburon deux, celui de» Cayes cjnq, celui de St. Louis deux. La partie française eut donc quatorze quartiers, et cinquante deux paroisses ou communes. Chaque paroisse conserva la démarcation qu'elle avait avant 4792^
Le général Leclerc conGa l'administration des.<|uartiers et des pa« roisses à des conimandans militaires et à des conseils de notables. Les commandans militaires avaient sous leurs ordres les commandans de place; ils exerçaient la haute police dans l'étendue de leurs quartiers. Dans chaque commune il y avait un officier militaire, et un conseil de notables dont les membres négociants ou propriétaire^ étaient nommés par le préfet colonial. Les commandans militaires délivraient les passeports, s'occu|)aient de la police de sûreté, da maintien de la propreté cl de la salubrité des villes et des campagnes, des recensemcns des citoyens, de-la police des prisons, delà vérification des poids et mesures, en concurrence avec les conseils de notables. lis ne pouvaient s'imnjiscer dans les fonctions des conseils de notables; quant aux réquisitions, le capitainegénéral se réservait à lui seul le droit de les faire.
Les conseils de notables proposaient les dépenses nécessaires pour l'entretien cl la solde de la gendarmerie , pour la construction et
. rentretien des éiablissemens publies, pour la police de la salubrité, |K)ur le salaire des ministres du culte, et celui des employés à la charge de la commune; ils repartissaienl les impôts adoptés par le général en chef, sur la proposition du préfet colonial; ils ordonnaient et
- surveillaient l'emploi des fonds communaux; ils administraient les hO-^
HIS-TOIRB D*^»AITI.— fI802) 283
phaux cWlIs, ils détGrmînaieQt la (axe des comcslibles; il& pouvaieni; être destitués par le préfet coIoniaK
Un oriicier chargé de la tenue des actes de TEtat civil fut étûbli dans chaque commune.
Il fut défendu aux citoyens, sous n'importe quel prétexte, de se réunir en assomblf^es sous peine d'ôtro dispersés par la force armée.
Plusieurs bâlîmens, chargés de quelques bataillons européens, mouillèrent dans la rade du Gap. Les troupes , en débarquant , annoncèrent la prochaine arrivée de 0,000 hommes réunis à Toulon. Ces nouvelles réjouirent considérablement les français qui voyaient avec fffroi le vide que le fer et la peste avaient fait dans leurs rangs. Leclerc pensa que ces nouvelles troupes, par leur attitude, maîntiefidraient Tordre dans le Nord. Quant au déparlement du Sud, il ne lui doniioit aucune inquiétude; il paraissait être certain du dévouement à la France de la population de ce département. Mai* la peste, semblable à un brasier alimenté par des matières combusliblos , devenait déplus en plus intense par les renforts fréqucns qui débarquaient dans Tlle. Cependant la paix avec TAnffleterre, le rétablissomont de Tordre dans les campagnes, avaient aonné <|uel(iue é'^sor au commerce. IX'S marchandises françaises de louîos espèces remplissaient les' magasins ; elles se vendaient à un prix raisonnable ; les travaux des champs prenaient une notîvelle Nigucur; les vivres entraient dans les villes 'avec abondance; et sur les habitations, de vastes magasins se remplissaient , de non* veau , do maïs ci de riz. Les marchés du Port-Républicain , du Cap, des Cayes étaient couverts de café que de nombreux navires exportaient. Du 23 Prairial au 10 Messidor, cinquante bàtimens marchands étaient entrés dans la rade cîu.Cap, et en étaient sortis. Le commerce de la colonie était devenu surtout très actif avec les villes de Bordeaux, de Dunkerque, du Havre, de Marseille, de Toulon, de Nantes, de Baltimore, de Cbarleston, de Portland, de Mogane, de la Nouvelle Orléans,
Dans les viUes, les commandans militaires maiatennic^iit ligourousemcnt la propreté et la salubrité par des ordonnances sévères et justes. Pendant la nuit, des réverbères éclairaient les rues. Toutes les familles blanches vivaient' heureuses sous ce nouvel ordre do choses, et Tarmée européenne apprit avec joie que le capitaine-général avait demandé au gouvernement français, cinquante places* au Prjtanée, pour les Qls des guerriers morts à St. Domingue.
Le service des postes fut rétabli, sous la surveillance du préfet colonial et des sous* préfols, il se faisait par d'anciens marins, ou des oilliciers de la marine.
Dans les ports de mer, suivant Timportance des villes, les officiets en activité étaient classés d'après leurs grades , qui ne s'élevaient pas au dessus du rang de capitaines de vaisseaux, et ne descènclaisi^
274 HISTOIRE d'kaiti.— (1802)*
wngeur : sa prière, si elle fut foilc, fui exaucée. Le plus jeune de ses fils, Saint Jean Louvcrlure, encore cnfaul , qui avait dit , à Brest, qu'il ne survivrait pas à son père , mourut de chagrin , peu de temps après qu'il eut appris sa fin tragique.
Le gouverneur du château fil ensuite loul ce qui fut en son pouvoir pour rentrer en bonnes relations d^amilié avec le capitaine Colomier: tout fut inutile. Dans h petite ville de Ponlarlier , Ton parla tout bas, pendant plusieurs jours , d'un grand crime comniis dans 1.1 forteresse de Joux sur un prisonnier ; ce bruit sourd qui parco'iraît la ville, se répandit de proche en proche, et traversa TAtlantiquo. Alors Ton fil toutes sortes de corïjcctures ; les uns prétendirent que Toussaint avait été empoisonné , d'autres qu'il avait été étranglé.
Après sa chute au mont St. -Jean, abattu par la flèche des nations, comme Ta dit un poète anglais, Napoléon Bonaparte fut conduit à Sle. Hélène. Lfi, pendant une agonie de sept années, il se prépara à laissera la postérité une mémoire irréprochable. 11 dit au sujet de Toussaint Louverture : quel intérêt avais-je à Tiire mourir un misérable nègre ?* — Ce misérable nègre, le premier des noirs, comme il fut le premier des blancs, avait atteint, sur un petit théâtre, à la hauteur des hommes les plus célèbres de Tépoque. Pout-on croire à la sincérité de ces paroles de Bonaparte, tjuand sur le rocher de Ste. Hélène, il nia d'avoir tenté le réiabliseement de Tesclavage à St. Domingue? La servitude ne fut-elle pas rétablie à la Mariinique et dans le« autres lies françaises du Vent, d'après les termes de la loi du 20 Mai 1802? St. Domingue, qui renfermait un million d'habitans, fut soumis, par celte loi, à un régime de fer et exceptionnel. Mais si c^est un crime d'enlever la liberté à son semblable, ce criiue cesse*t-il d'exister, parce qu'il s'exerce sur les uns plutôt que sur Tes autres? Bonaparte aurait eu, peut être, à nos yeux, trop de vertu politique, pour ordonner de laisser mourir de fjim Toussaint Louverlure, s'il n'avait pas oublié, pendant dix années, daas les donjons de Vincen** nés y plusieurs malheureux qui ont fini par y perdre Tusage de la partie, et que la société croyait avoir perdus, par des accidens inconnus; s'il n'avait pas fait fusilier, dans tes fossés de Vincennes, en violant les principes les plus sacrée de Itiospilaiité d'une terre étrangère, le duc d Ênghein, dont rinnocence est chaque jour plus évidente, à mesure que l'tnstoire approfondit les motifs de son assassinat. N'admeltrait^on pas l'attentat de la forteresse de Joux, que nous venons de raconter, que le crime existerait toujours: Toussaint déjè vieux et souffrant, né sous la zone torride, devait infailliblement périr, en quelques mois, plongé au milieu de montagnes couvertes de neige. Bonaparte , dans toute la splendeur de sa gloire ,
HISTOIRE p'hAITI. — (Î80?) ^JS^
îgnoraît aîopg ce qua le sort lui réservait. Toussaint expira sur un roc glac6 du Jur^i , et lui devait mourir un joun «ur un loi I>or Jbrùlant de rAtlantique , en face de ces peuples noirs de rAfiique, qu il assimilait à la brute. C'est presque une expiation.
Ain<^i finit, à Tâge de soixante-huit ans, en Aivril 1803, Tous* saint Louverlure dont* l'esprit organisateur avait étonne r.\tiunit|ue. C'est l'homme de race noire, uan? les temps modernes, le plu* remarquable qui ait existé. A cinquante quatre ans, il était encofe esclave; la servitude dans laquelle il était plongé, depuis ^a naissance, n'avait pu éteindre en lui les germes dun profond génie. .Dès que la révolution éclata, on le vil exercer la plus grande prépondérance dans les conseils de Jenn François, dont il « tait le se~ crctaîre. Peu à peu son ambition s'agrandit : devenu ofïicier su-
Eérieur dans les armées espagnoles de la colonie, il abandonna ientôt la cause de S. M. C. qui ne lui offrait que des titres ^t des cordons ,- pour celle de la Franco qui donnait aux siens liborté et. égalité. Celte défection de Toussaint hâta le triomphe de la liberlé^ des noirs. Il contribua puissuminont , dans K* Nord, à rappeler la victoire sous les bannières fran<^aises qui fuyuieiil vaincues pir le^ arméc9 anglo-espagnoles rétablissant Feselayage psirlout où la Repu, blique française l'avait aboli. Favorisé par le gouverneur Laveaux^ il $6 trouva bientôt à la tête de Tarmée de Saint l^omingue. Il terrassa, dans le Nord et dans TArlibonito, la plupart de ses rivaux, en employant contre eux tontes les armes «jue fournissent l'astuce, I hy-
fjocrisie la phis profonde, Taiidace et le vrai courage. RigauJ, son émue, dominait dans le Sud. Hédouvîllt arriva dans la colonie. Toussaint découvrit aussitôt eev(|u'il y avait do nnchiavi^ii.'i le dans la mis-sîon d« ce général. Le gouvernement français avait remarqué ses velléités d'indépcodunce. Uédouville s'efforça de ranimer 'e parti français en flattant Tambition du général Kigaud. Celui ci, aulieu de s^entendre avee Toussaint qui lui offrait une alliance pour proclamer riodépendance de St. Domingué , lui déclara .la guerre en refusant de recevoir ses ordres dans le déparlement du Sud. Rigaud ne conçut jam^ cette i,dée, esseatielle au bonheur des masses, de Tin- 4épeodance de son pays. Toussaint voyant se dresser un nouvel obstacle à la réalisation de son vasle projet, déploya toutes ses forces . contre lui; et après une lutte *des plus sanglantes, où la vici ire fut longtemps disputée, il envahit le département du Sud, et exter' mina la plus grande partie des troupes qui lui avaient été opposées». Ces immolations inutiles qu'il lit après la victoire, résultat de la ven-» geance coleiiiale sur les vaincus, furent 1 origine de la décadence de sa haute puissance. Devenu gouverneur à vie^ il exer0 sur les po« puUtioDS un despotisme souvent sanglant,^ mais toujours civilisateur» Il poursuivit les ^superstitions africaines, propagea TEvangile dans les 4^j^$tgQ^«s, favorisa 1^ Jttomme& vi^^ixieut iiiS|.i:vitS|^auo^^ Jttoirs^
2Y4 nisToiRE d'iîaiti.— (1802)*
vengeur : sa prière, si elle fut faito, fui exaucée. Le plus jeune de ses fils, Saint Jean Louvcrlure, encore enfaul , qui avait dit , à Brest, qu'il ne survivrait pas a son père , mourut de chagrin , peu dd temps après qu il eut appris sa fin tragique.
Le gouverneur du chaleau fil ensuite loul ce qui fut en son pouvoir pour rentrer en bonnes relations d'amitié avec le capitaine Colomier: tout fut inutile. Dans fa petite ville de Ponlarlier , l'on parla tout bas, pendant plusieurs jours , d'un grand crime comniis dans li forteresse do Joux sur un prisonnier ; ce bruit sourd qui parcoirail la ville, se répandit de proche en proche, et traversa l'Aiîantîquo. Alors l'on fil toutes sor les de conjectures ; les uns prétendirent que Toussaint avait clé empoisonné , d'autres qu'il avait été étranglé.
Après sa chute au mont St. -Jean, abattu par la flèche des nations» comme Ta dit un poète anglais, Napoléon Bonaparte fut conduit à Sle. Hélène. L^, pendant une agonie de sept années, il se prépara à laissera la postérité une mémoire irréprochable. Il dit au sujelde Toussaint Louverlure : quel intérêt avais-je à fjire mourir un .misérable nègre ?* — Ce misérable nègre, le premier des noirs, comme il fut le premier des blancs, avait atteint, sur un petit théâtre, à la hauteur des hommes les plus célèbres de l'époque. Peut-on croire à la sincérité de ces paroles de Bonaparte, fjuand sur le rocher de Ste. Hélène, il nia d'avoir tenté le rétablissement de l'esclavage à St. Domîngue? La servitude ne fut-elle pas rétablie à la Martinique et dans les autres Iles françaises du Vent, d'après les termes de la loi du 20 Mai 1802? St. Domingue, qui renfermait un million d'habilans, fut soumis, par celte loi, à un régime de fer et exceptionnel. Mais si c^est un crime d'enlever la liberté à son semblable, ce crime cesse-t-il d'exister, parce qu'il s'exerce sur les uns plulOl que sur fcs autres? Bonaparte aurait eu, peut être, à nos yeux, trop de vertu politique, pour ordonner de laisser mourir de fjira Toussaint Louverîure, s'il n'avait pas oublié, pendant dix années, dans les donjons de Vincen** nés ,^ plusieurs malheureux qui ont fini par y perdre l'usage de la partie , et que la société eroyail avoi.r perdus, par des accidens iaconnus ; s'il n'avait pas fait fusilier, dans les fossés de Vincennes, en violant les principes les plus sacrés de rtiospitalité d'une terre étrangère, le duc d Enghein, dont Tinnocence est chaque jour plus évidente, à mesure que l'Instoire approfondit les motifs de son assassinat. N'admettrait^on pas l'attentat de la forteresse de Joux, que nous venons de rslconter , que le crime existerait toujours: Toussaint déji vieux et souffrant, né sous la zone torride, devait infailliblement périr, en quelques mois, plongé au milieu de montagnes cou* vertes de neige. Bonaparte , dans toute la splendeur de sa gloire ,
HISTOIRE p'hAITI. — (ISOI?) 0tj^
ignorait aTorg ce qnjè le sort lui réservait. Toussaint expira sur un roc glac6 du Jura, et lui devait mourir un jour sur uniotl^r brûlant de TAllantique , en face de ces peuples noirs de rAfiiijuo, qu il assimilait à la brute. C'est presque une expiation.
Ainsi finit, i Tâge de soîxanl'^huil ans, en >Wvril 1803, Toussaint Louverture dont* l'esprit organisateur avait étonné TAtu^rique. C'est Tbomme de race noire, dan? les temps modernes, le plu* remarquable qui ait existé. A cinquante quatre ans, il était encofe esclave; la servitude dans laquelle il était plongé, depuis ^a naissance, n'avait pu éteindre en lui les germes dun pr(»roud géru'e. ,Dès que la révolution éclata , on le vit exercer la plus grande prépondérance dans les conseils de Jean François, dont il < tait le secrétaire. Peu à peu son ambition s'agrandit : d? vpuu officier supérieur dans les armées espagnoles de la colonie, il abandonna bientôt la cause de S. M. C. qui ne lui oiTrait que des titres ^t des cordons ,- pour celle de la France qtii donnait aux siens liborté el[ égalité. Cette défection de Toussaint hâta le triomphe de la liberté des noirs. Il contribua puissamuiont , dans le* Nord, à rappeler la victoire sous les bannières fran<^aises qui fuyiieut vaincuos pir Im arméc9 anglo-espagnoles rétablissant Teselayage partout où la Repu, blique française Ta vait aboli. Fa\orisé par le gouverneur Laveaux» il se trouva bientôt à la tête de l'armée de Saint Bomingue.
Il terrassa, dans le Nord et dans TArlibonit^, la plupart de ses rivaux, en employant contre eux toutes les armes que fciurnissentrasluco, I hy-
f>ocrisie la phjs profonde, Taydace et le vrai courage. RigauJ, sonémue, dominait dans le Sud. Hédouvîlk arriva dans la colonie. Toussaint découvrit aussitôt aev(pi'il y avait do maehiavL'Ii.'i ]e dans la misston de ce général. Le gouvernement français avait remarqué ses velléités d'indépendance. Hédouville scfforça de ranimer *e parti français en flattant rambition du général Rîgaud. Celui ci, aulieu do a^enlendre avee Toussaint qui lui otfrail une alliance pour proi^lamer l*iadépendance de St. Domingué , lui déclara .la guêrro en refusant jde recevoir ses ordres dans le département du Sud. Rigaud ne conçut jamais celte i,dée, esseatielte au bonheur des masses, de Tin- 4épendance de son pays. Toussaint voyant se dresser un nouvel obstacle à la réalisation de son vaste projet, déploya touies ses forces « contre lui; et après une lutte *des plus sanglantes, oii la vict ire fut longtemps disputée, il envahit le départen^ent du Sud, et extermina la plus grande partie des troupes qui lui avaient été opposées.. Ces immolations inutiles qu'il lit après la victoire, résultat de la ven*^ geance coleiiiale sur les vaincus, furent 1 origine de lu décadence de sa haute puissance. Devenu gouverneur à vie^ il exer0 sur les po* putations un despotisme souvent sanglant,^ mais toujours civilisateur» îl poursuivit les ^superstitions africaines, propagea TEvangile dans les 4^^j;^9gei«s 9 favoris» 1^ hommo» vr^weut iust'i^tfitSi^aun^^ jttoir^^
274 HISTOIRE d'iuïti.— (1802)*
•vengeur : sa prière, si elle fut finie, fui exaucée. Le plus jeune de ses fils, Saint Jean Louverlure, encore enfant , (jui avait dit, à Brest, qu'il ne survivrait pas à son père , mourut de chagrin , peu de temps après qu il eut appris sa fin tragi(|uc.
Le gouverneur du château fil ensuite tout ce qui fut en son pouvoir pour rentrer en bonnes relations d^amitié avec le capitaine Colomier : tout fut inutile. Dans h pelile ville de Ponlarlier , Ton parla tout bas, pendant plusieurs jours , d'un grand crime cornniis dans l.i forteresse do Joux sur un prisonnier ; ce bruit sourd qui parcoiraii la ville, se rèpnndit de proche en proche, et traversa TAtlantîquo. Alors l'on fil toutes sories de conjectures ; les uns prétendirent que Toussaint avait clé empoisonné , d'autres qu'il avait été étranglé.
Après sa chute au mont vSt.Jean, abattu par la flèche des nalions» comme Ta dit un poêle anglais, iNapoléon Bonaparte fut conduit à Sle. Hélène. Là, pendant une agonie de sept années, il se prépara à laissera la postérité une mémoire irréprochable. Il dit au sujet de Toussaint Louirerlure : quel intérêt avais-je à f.iire mourir un jnisérable nègre ?* — Ce misérable nègre, le premier des noirs, comme il fut le premier des blancs, avait atteint, sur un petit théâtre, à la hauteur des hommes les plus célèbres de l'époque. Peut-on croire à la sincérité de ces paroles de Bonaparte, tjuand sur le rocher de Ste. Hélène, il nia d'avoir tenté le rétablissement de Tesciavage à St. Domingue? La servitude ne fut-elle pas rétablie à la Martinique et dans les autres lies françaises du Vent, d'après les termes de la loi du 20 Mai 1802? St. Domingue, qui renfermait un million d'habilans, fut soomis, par celte loi, à un régime de fer et exceptionnel. Mais si c'est un crime d'enlever la liberté à son secnblable, ce crime cesse-t-il d'exister, parce qu'il s'exeree sur les uns plutOt que sur Tes autres? Bonaparte aurait eu, peut être, à nos yeux, trop de vertu politique, pour ordonner de laisser mourir de faim Toussaint Louveriure, s'il n'avait pas oublié, pendant dix années, daas les donjons de Vincennés y plusieurs malheureux qui ont (ini par y perdre Tusage de la partie , et que la société eroyait avo^r perdus, par des accidens ioconnus ; s'il n'avait pas fait fusiller, dans les fossés de Yincennes, en violant l«s principes les plus sacrép de rhjospîlalité d'une terre étrangère, le duc d Enghein, dont rinnocence est chaque jour plus évidente , à mesure que Tlrisioire approfondit les motifs de son assassinat. N'admettrait-on pas raltentat de la forteresse de Joux, que nous venons de raconter, que le crime existerait toujours: Toussaint déji vieux et souffrant, né sous la zone torride, devait infailliblement périr, en quelques mois, plongé au milieu de montagnes cou* vertes de neige. Bonaparte , dans toute la splendeur de sa gloire ,
HISTOIRE p'hâITI. — (1801?) 5^JF
ignarait aîorg ce qui le sort lui réservait. Toussaint expira sur un roc glac6 du Jura , et lui devair mourir un jouii «ur un lo» hor brûlant de TAtlantique , en face de ces peuples noirs de lATiique , qu il assimilait à ta brute. C'est presque une expiation.
Ain<;i finit , k Tàge de soixant'^huit ans , en ^vril 1803 , Toassaint Louverture dont* Tesprit organisaleur avait étonné r.\ni^ri(jue. C'est rbomme de race noire, uan? les temps modernes, le plu* remarquable qui ait «xisté. A cinquante quatre ans, il élait encofe esclave; la servitude dans laquelle il était plongé, def)i)is ^a naissance, n'avait pu éteindre en lui les germes d'un 'profond génie. Dès que la révolution éclata, on le vît exercer la plus gronde prépondérance dans les conseils de Jeun Fraijç<Ms, dont il « tait le secrétaire. Peu à peu son ambition s'agrandit : d' venu officier supérieur dans les armées espagnoles de la colonie, il abandonna bientôt la cause de S. M. C. qui ne lui offrait que des titres çt des cordons ,- pour celle de la Franco <pii donnait aux siens liborlé et. égalité. Celte défection de Toussaint Ifâta le triomphe de la liberté des noirs. Il contribua puissaminont , dans le Nord, a rappeler la victoire sous les bannières fran(fai>îe»i qui fuyaient vaincues par le» armées anglo-espagnolen rétablissant Tesclayage partout où la Repu, blique française Ta vait aboli. Fa\orisé par le gouverneur Laveaux^ il se trouva bientôt à la tète de rarmée de Saint Bomingue.
Il terrassa, dans le Nord et dans l'Arlibonitft, la plupart de ses rivaux, en employant contre eux toutes les armes que fournissent l'astuce, I by-
Î>ocrjsie la phis profonde, Taiidace et le vrai courage. RigauJ, son émuè, dominait dans le Sud. Hédouvîlle arriva dans la colonie. Toussaint découvrit aussitol «e.ipi'il y avait do nMcluavL*!i;| je dans la misstoft de ce général. Le gouvernement français avait remarqué ses velléités d'indép(3udance. llédouville s cttbrça de ranimer !e parti français en flattant Tanibition du général Rigaud. Celui ci, aulieu de s-'cnlendre avee Toussaint qui lui offrait une alliance pour proelamer l'indépendance de St. Domingué, lui déclara .la guerre en refusant de recevoir ses ordres dans le déj>arlement du Sud. Rigaud ne conçut jamais cette idée, esseatielle au bonbeur des masses, de Tin- 4épendanc« de son pays. Toussaint voyant se dresser un nouvel obstacle à la réalisation de son vaste projet, déploya toutes ses forces . contre lui; et après une lutte 'des plus sanglantçs, oh la vict ire fut loxigt«mps disputée, il envabit le département du Sud, et exter* mina la plus grande partie des troupes qui lui avait^nt été opposées*. CeiS immolations inutiles qu'il fit après la victoire, résultat de la vengeance coUriiale sur les vaincus, furent 1 origine de la décadence de sa haute puissance* Devenu gouverneur à vie^ il exer^ sur les po* pulations un despotisme souvent sanglant,, mais toujours c ivilisateur» Il poursuivit les superstitions africaines, propagea TEvangile dans les 4^WJ^^g^^> favorisa i^ bommo^ virjûment iMsli:uitS|^auo^^ JIEtoirs,
87fl firtSToiRE d'haiti.— (I80a)
blancs, et les mit partout en évidence. A l'arrivée du général Leclerc 9 les masses indigènes, ne comprenant pas le but de Texpédition qui était le rétablissement de l'esclavage, subissant Tancioa
{>restige de Tinfluence de la métropole , aidèrent les blancs à le aire tomber,
c Le génie de Toussaint n^était point vaste en connaissances ac- < quises, il était immense en méditations et en inspirations surc naturelles. » Piineipal défenseur de la liberté des noirs, il eût laissé une mémoire pure et inc^pi ochable , s'il n^avait pas violé , après la chute de Rigaud ,^ Tamnistie qu'il avait publiée en faveur des vaincus. Aujourd'hui il appâtait à notre esprit un des hommes les plus célèbres qu'ait prodjjits noire pays, il Gl pénétrer l'ordre, le travail, la discipline dans le chaos de notre révolution , simplifia nos luttes, l'allia les niasses, égarées par les passions de toutes sortes d'agitateurs, d'abord contre les armées de l'esclavage, puis contre celles, qui , ayant combattu pour la liberté , ne voulaient pas de Tindé-
t)endance du pajs, H fit refleurir l'agriculture et le commerce dans e Nord , l'Àrtibonite et l'Ouest , vainquit le Sud , soumit la partie espagnole, réunit toutes nos populations sous une seule autorité, leur donna une constitution^ de sages lois, après d'affreuses con^ vulsions qu'il avait apaisées, et au-travers des obstacles de tous genres que lui opposaient les pujssans agens de la métrepole. Il eût parAiit son œuvre, si, à l'arrivée de Tarmce expéditionnaire, alors qu'il plaça un abîme de sang entre lui et le parli colonial, il avait niis son cachet à l'acte de notre indépendance nationale. Néanmoins, à cause de son litre incontestable do régénérateur des masses de St. Dominguo , la justice infaillible de Thistoire ne tardera pas à le placer, où Ta déjà placé, à la hauteur de Dessalines qui conquit finalement notre indépendance , à la hauteur de Pétion^ le fondateur de DOS institutions démocratiques, de Christophe, le puissant organisateur du Nord, et de Boyer, notre habile et heureux pacificateur.
Il poursuivit avec la plus rare persévérance l'accomplissement de ses projets, sacriiant tout, même ses proches, au développement de son ambition et au triomphe *de la liberté des masses. Sans entrailles pour tout ce qui contrariait ees plans, instiument dele"^ Providence , il personnifia le principe inflexible de la suprématie noire ^ S\ Domingue.
Peu de temps après la mort de Toussaint, Bonaparte fit mettre en liberté le général Rigaud dont l'ambition devait eneore teurm^nter Haïti. D'une autrje part, on laissait mourir, au milieu de toutes sortes de privations, dans les cachots de Paris , le vertueux Pinchinat, dont le seul crime fut davoir été un des apôtres de la liberté à S'* Pomingue.
Maintenant va commencer cette abominable administration française, supérieure en horreurs i celle de rancien régime. Moue verrone
insTaiRE dWiti. (tSOâ)
en
se montrer sur la scène de notivoaux personnages jusqu'alors in* connus la plupart, les montagiiarâs donner la signal de ridsurrôctioii qui se transforma en lutte nationale , et par leur opiniâtreté héroi*!' que, attirer dans leur parti qui était celui de la Vraie liberté, d'abord les troupes coloniales , ensuite les populations des plaines et des villes.
876 msToiRE d'haiti.— (180^)
blancs, et les mit partout en évidence. A Tarrivéc fi clerc, les masses indigènes, ne comprenant pas \f/ dition qui était le rétablissement de Teselavage.^^
{>restige A% linAuence de la métropole, aidé'/' aire tomber, € Le génie de Toussaint n'était point vv
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'vulsion'' genr^ e<>'
'A Sj^l* ravage le canton d'Ennery. Il est repoussé par le colonel Pes? fi^f/*S,^t Do'mingue est de nouveuu déclaré eh état de sièg^e — L'exf^rcice des ^'hviii^^^ du préfit colonial et du commissaire de justice est suspendu. — Ar- ^mS àes consuls sur Tadminisiration provisoire de St. Domingue — La colonie L^ie par ^^^^^ magistrats: un capitaine-génériil , un préfet colonial, un comiflissaire de Justice. — Arrêté de Lieclerc modificatif de celui des consuls— Btajjyjisscment du gouvernement militaire. — Division territoriale — Conseils des Notables. Administration dos quariiert et d<^ communt^s. — Attributions dos Conseils des Notables. — 6000 hommes de renfort sont promis. — Prospérité du commerce. ^-Service des Postes. — kégicmcnt sur le* pilotes. — Ports ouverts. — Le commerce natienal n'est assujetti à aucun droit d'importation. — Droits d'exportation. — Les animaux et les bois de construction entrent francs de droits — Récompenses accordées aux invalides — Biens séquestrés — Règlement sur la culture. — Défense de vendre des pi^priétés de moins de cinquante carreaux do terre. — La tranquillité continue — Etablissement de la police. — Le divisionnaire Clausel nommé inspecteur général de la gendarmerie de la colonie — Cartes de sûreté, pas8< ports, idlinger administrateur des domaines et des revenus nationaux. — Imposit'ons — Etablissement des ' tribunaux. — 5000 hommes de renfort débarquent au Cap. — Ravages de la fièvre jaune. — Charité des femmes indigènes. — Règlement sur la po- Jice de« arts de sinté — Les torts reçoivent les noms des généraux français décédés ^> Lequoi Mongirault, préfet colonial. — Vicaires apostoliques. — Le séquestre "établi sur les biens de ceux qui avaient suivi le parti de Toussaint est levé. — Le désarmement continue.^- Dessa I ines , Cl«^rvaux , Pétion, Christophe transporteat , des campagnes dans les arsenaux, 30,000 fufils. — Toute la papuiaiion des
HisToinc d'haiti. — (1803) 279
"^nes f^ii (lésarméfi. — L'adore se relire à la Tortue avec son épouse. — Le "0 général fumoir se cbaritp de IMJfninistialion. — Portrait de Lf clerc par ricrtins — D^ssalincg ex'-ile Ciiarlos Béluir à la révolte, certain cle Par* *e le livrer aux blancs. 'i
•ue Leclerc croyait les anciens paiiisans de Toussaint . la déporlaiion de leur chef, S}'Ila sortit des hauteurs
< se rua dans la vallée d'Ënnery , pilla et saccagea tout»
-^- d'y faire éclater une insurrection. Le colonel Pes-
V "> «^ idant d'Enncry , à la tète de plusieurs détachemens
'-: ^* 'itionnaire, dispersa- les altroupemens , à coups de
^ ordre. La mas.se des indigènes qui n'avait pas
ui s'était volontairement soumise au nouveau gou- . pas encore étf'i assez persécutée pour comprendre iiDeriicides des français. Depuis la déportation de Rigaud .ne de Toussaint, elle n'avait que Tattitude de la défiance ; les idées d'indépendance* n*existaient que dan» quelques tôles; elle ao voulait que du maintien de la liberté, et la loi du 20 Mai 1802 ne lui était pas encore connue. La métaphysique de la liberté nepou^ vait seule lui donner une impulsion; il fallait , pour qu'elle s'ébran^ lât, qu'elle fut matériellement frappée, c'est à dire qu'elle fut réassérvie eomme dans lancien régime. Cette tendance fatale qui poussait : Bonaparte vers l'ancien régime, tant en France que dans les colonies, pouvait seule porter les choses à cette extrémité. Leclerc déclara S'. Domingue en état de siège , et continua activement le travail de la réorganisation de la colonie.
Le 1*' Messidor , (20 Juin) , il publia la proclamation suivante:
Dans les circonstan<;es présentes , rien ne s'oppose plus au réta^ blissement de l'ordre, et à ce que vous soyez gouvernés par des institutions régulières. Vous allez connaître quelle est la distinction des pouvoirs établis par le gouvernement français , pour régir cette colonie. Les magi«>trats , chargés du service de ces différents pou* voirs, vont les exercer. Ils entreront en fonctions à dater de la pu< blication de la présente proclamation. Ces fonctions ont été tracées • par le gouvernement français poar un temps entièrement calme. Ce temps ne tarder» pas à luire pour S^ Domingue ; mais jusqu'à cette époque, la colonie, demeurant en état de guerre, ditférentes attributions du préfet colonial et du commissaire de Justice , rentrent dans selles de l'autorité militaire. Un arrêté du général en chef, à la suite de celui des Consuls de la République , indiquera quelles sont les attributions du préfet colonial et celles du commissaire de Justice, dont rexercice est momentanément suspendu. L'arrêté des Coaseuls sera imprimé à la suite de la présente proclamation.
876 msToiRE d'haîti. — (1802)
blancs, et les mit partout en évidence. A Tarrivée du général Leclerc, les masses indigènes, ne comprenant pas le but de Texpédition qui était le rétablissement de l'esclavage , subissant Tancien
{>restige de linHuence de la métropole, aidèrent les blancs à le aire tomber,
« Le génie de Toussaint n'était point vaste en connaissances ac- < quises, il était immense en méditations et en inspirations sur- € naturelles, » Piineipal défenseur de la liberté des noirs, il eût laissé une mémoire pure et irroprochable , s'il n*avait pas violé , après la chute de Rigaud ,^ l'amnistie qu'il avait publiée en faveur des vaincus. Aujourdhui il apparaità notre esprit un des hommes les plus célèbres qu'ait prodjiits noire pays. Il G( pénétrer l'ordre, le travail, la discipline dans le chaos de notre révolution , simplifia nos luttes, ^rallia les masses, égarées par les passions de toutes sortes d'agitateurs, d'abord contre les armées de l'esclavage, puis contre celles, qui , ayant combattu pour la liberté , ne voulaient pas de Tindé-
{)endance du pajs, 11 fit refleurir l'agriculture et le commerce dans e Nord , l'Artibonité et l'Ouest , vainquit le Sud , soumit la partie espagnole, réunit toutes aos populations sous une seule autorité, leur donna une constitution ^ de sages lois, après d'affreuses convulsions qu'il avait apaisées, et autravers des obstacles de tous genres que lui opposaient les puissans agens de la métrepole. Il eût parfait son œuvre, si, à l'arrivée de l'armée expéditionnaire, alors qu'il plaça un abîme de sang entre lui et le parti colonial, il avait mis son cachet à l'acte de notre indépendance nationale. Néanmoins, à cause de son titre incontestable do régénérateur des masses de St. Domingue , la justice infaillible de Thisloire ne tarderai pas à le placer, où l'a déjà placé, à la hauteur de Dessalincs qui conquit fmalement notre indépendance , à la hauteur de Pétion^ le fondateur de nos institutions démocratiques, de Christophe, le puissant organisateur du Nord, et de Boyer, notre habile et heureux pacificateur.
Il poursuivit avec la plus rare persévérance l'accomplissement de ses projets, sacriSant tout, même sea proches, au développement de son ambition et au triomphe *de la liberté des masses* Sans entrailles pour tout ce qui contrariait ses plans, instrument dela^ Providence , il personnifia le principe inflexible de la suprématie noire si S\ Domingue.
Peu de temps après la mort de Toussaint, Bonaparte fit mettre en liberté le général Rigaud dont l'aïubition devait eneore teurm^nter Haïti. D'une autr^e part, on laissait mourir, au milieu de toutes sortes de privations, dans les cachots de Paris , le vertueux Pinchinat, dont le seul crime (ut d avoir été un des apôtres de la liberté à S'* Pomingue.
Maintenant va commencer cette abominable administration française, 9upérieqre ea bçrreurs à celle de l'ancien régime. Nous verroM
lUSTaÎRÉ D^HAITI. (1800) ôît
se montrer sur la scène de nouveaux personnages jusqu'alors in* connus la plupart, les montagiiarcls donner k signal de T insurrection qui se transforma en lutte nationale , et par leur opiniâtreté héron que, attirer dans leur parti qui était celui de la Vraie liberté, d'abord les trouDis coloniales , ensuite les populations des plaines et des villes.
àonni Charles Êélair, !• projet de descendre dans la plaide derAr^ cahaie aurait été exécuté , et eût infailliblement réussi.
Ou ne tarda pas i apprendre celle insurrection au Port-Républicain, liiid petite expédition partit de cette ville sous les ordres du général Lavalette. Elle débarqua au bourg de i'Arcahaie. Lavaletlâ se rendit aussilôt au Fond-B.ipliste. Il passa une journée entière sur i habitation Labarre, s'informanl des positions qu'occupaient les insurgés. Il s'ébranla le lendemain, suivit la grande reute^ pénétre dans les mornes des Matheux, et s'arrêta sur T habitation Léger, vis<» i vis de celle de Morial où était campé Charles Bélair. Les françaie attaquèrent aussitôt les indigènes. Ceux-ci sans discipline et sans tactique, commandés par des oFliciers inexpérimentés, sortirent de leur camp, et se précipitèrent sur les français, jetaet les cris de liberté ou la -mort. Armés de massues et de coutelas, ils ne purent rom* pre les rangs ennemis» hérissés de fer et de feu; ils furent repoussés par les vives décharges des pelotons français. Lavalette fil cependant de vains efforts pour enlever le camp de Charles Bélair qui se défendit vaillamment. Le lendemain il se rendit sur Thabitation Leroux. Là s'apercevant que les cultivateurs, en pleine insurreetion, dans la montagne, l'enveloppaient de toutes parts, il se mit en marche ^ers la plaine, à la faveur d'une nuit obscure, et retourna au bourg de TArcabaie où il sVmbarqua pour le Port Républicain. Sa course dans les montagnes de TArcahaie, entreprise pour étouffer Tinaurrection, lui donna au eontraire de la consistance, en relevant lecoûrage des insurgés. Car il venait de fuir honteusement presque sens avoir combattu.
Pendant cet intervalle, un des chefs des insurgés, Joseph Dessourcçs, surnommé Jérâvie, dirigeait une vigoureuse attaque contre le bourg des Verrettes. Faustin Ropissard, homme de couleur, quicomman* dait celle paroisse pour le» français, le repoussa et lui tuff beaucoup de monde. Il rencontra, près de Desjardins, en poursuivant les fuyards, le cadavre du secrétaire de Charles Bélair. Ce corps fut exposé sur la place des Verrettes. Pour exciter la fureur des habi* tans contre les iesurgés, les autorités publièrent que Sannite, /e brigmndêt femme de Charles Bélair, avait, de ses propres mains, sabré ce jeune blanc. Avant de descendre dans la plaine (\e l'Arcahaie, Charles Bélair voulut s'aboucher avec Joseph Desseurces. Il se rendit •ur Ihabitation Marcourt, au haut des Verrettes, où Ton ne put lui donner des nouvelles de Joseph Ressources dont la bande avait été dispersée au loin, dans les bois, par Paustin Ropissard. Charles Bélair traversa ensuite T Artibonite , et se retira au Corail Miraqt , sur U jrive droite du fleuve, dans la paroisse de la Petite-Rivière.
Le cemmandant Larose, de son côté, iipprenant les échecs qu'avaient ' éprouvés les insurgés, ne se crut pas en sûreté au camp de Dubourg. Il êiiivit la chalae des m^roet qui e'éieadeat win Im VerriStlm el
HISTOItB VfiÂlVI.«..(10Oa) iW
r^rcahaie^ ne dirigoa ^ers le Trou àe Cabrouët, et s'arrèla sur l'ha"bitation ChanteloUe. Il y apprit que Faustin Ro|>issard« à la tête d une coloune coniposôe de français et de polonais, inarcliait contre lui. il abandonna aussitôt sa position, et se rendit au-delà de la Petite-Rivière, à Plassae, au fond de la plaine de TArlibonite. Cliarlei Bélair lui fit aussiiél savoir, par un émissaire, qu'il ne larderait pat à venir le joindre. Il voulait , après s'être rapproché de Larose ^ déposer en un lieu sûr ses munitions et ses bngages» et faire aut français une guerre de partisans, de morne en morne. Larose ne lui répondit pas.
Les insurgés , chassés, en partie , par Faustin Ropissard de la eom* mune des Verrettes , s'étaient retirés dans celle de la Petite Rivièr# de I Artibonite où commandait le génital de division Dessalinet. Celui ci pouvait, en déployant son activité ordinaire , arrêter Larose, le faire fusiller et exterminer sa troupe. Mais ii n'entrait pas dans sea intérêts daiTaiblir les forces de ceux de ses frères qui avaient prit trop tôt les armes. Il ne poursuivait avec ardeur que la perte de Cliuries Bélair dont Tinfluence sur le» masses contrariait ses projets ambitieux. Pour éviter dën venir aux mains avec -Larose i|u'il ménageait, il lui lit dire secrètement, par un émissaire, qu'il eut à sortir de l'étendue de son commandement. En même temps , le général Quentin qui commandait k St. Marc, envoya au ehef d'escadron Faustin Ropissard Tordre de poursuivre à outrance Joseph Jérôme, après s'être entendu avec le général Dessalines , pour envelopper le« brigan4$ de toutes parts, et les exterminer. Ces deux officiers , loin de poursuivre avec acharnement les insurgés , leur faciliteront les moyens de se réfugier dans les mornes les plus éloignés. Ils entrèrent l'un et l'autre en campagne. Dessalines, parti de la Petite- Rivière de l'Arlibonite , se rendit à Plassac, où s'était retranché Larose. Celui ci, dès qu'il l'aperçut, atteignit avec ses gens, le •ommet dun mornet. Dessalines s'arrêta au pied du mornet, et lui ordonna de lui livrer tous ses soldats de la 8*. Il voulait les gagner à ton parti. Larose lui répondit qu'il ne livrerait pas ses soldais, i un assassin , à un traître , qui les ferait égorger par les françaib; qu'il ne pouvait avoir eonJiance en celui qui avait livré aux blancs le gouverneur Toussaint, son bienfaiteur. — Livre-moi tes soldats, répliqua Dessalines- ; tu peux , quant à toi , aller où tu voudras.-rComme Larose continuait à invectiver contre lui, il ordonnià aux soldats de la A* coloniale , de s'élancer à sa poursuite , sans tirer ni sur lui, ni sur ses gens. En moins d'une heure Larose, fttjfant au travers des bois, se trouva seul avec son porte-drapeau t presque tous ses soldats s'étaient rendus à Dessalines, il atteignit \m petite montagne d'où il se réfugia à Rodillon, posté mililaire élevé par les anglais , du temps de Lapointe , vers le Mifebelaia. Dii«
aalwti a]rw( 4ispersi }a bande éà Lar«se , aaoa effuaioo 4» fwy i
9M BIST^IRB d'8aiti.--(18()9)
monta an sommet des grands Cahos, d'où il. s* élança jila poursuift de Charles Bélair auquel il en Youiait seul.
Charles Bélair avait laissé son épouse au corail Mirant , sous la garde d'un oflicier nommé Diaquoi , noir, et s'était rendu au lieu nommé la VouU où il avait caché ses bagages , son argent et ses munitions de guerre. La colonne que commandait Faustin Ropissard atteignit le corail Mirant avant celle que commandait Dessaliniss. Madame Charles Bélair surprise par les français tomba en leur pouvoir. Faustin Ropissard eut pour elle toutes sortes J*égards. Quand Charles Bélair apprit qne sa femme était au pouvoir des blancs, il voulut s'ôler la vie ; mais les prières et les larmes de sa mère et de ses sœurs qui Tentouraient arrêtèrent son bras. Elles lui conseillèrent de ne plus mener cette existence nomade dont le résuitatdevait être leur anéantissement. Elles l'exhortèrent i aller se^ jeter aux pieds du «général Leclerc , en évitant toutefois la rencontre de Dessalines qui, pensaient elles, les ferait fusiller s'il les arrêtait. Charles Bélair se transporta auprès de Faustin Ropissard , et lui remit son épée. Celui ci lui dit avec respect qu'il le conjurait de retournep sur ses pas , d'aller plutôt se rendre au général Dessalines , son supérieur ; qu'il ne pouvait le f^ire prisonnier. Il l'exhorta à laisser son épouse avec lui. C'était dire a Charles Bé* lair qu'il avait la faculté de se retirer au milieu des montagnes. Mais sa femme qui ledominait était déjà fatiguée de vivre dans les forêts. Il avait pris la résolution d'attendre le général Dessalines auquel il devait se livrer, quand sa femme lui dit avec <^olère : à quoi son- ^ gez vous donc? Dessalines n'est-il pas notre ennemi implacable ; ne nous fera-(-il pas fusiller sur le champ? Allons au Cap demander grâce au général Lrclerc. Charles Bélair se rendit aux Verrettes avec Faustin Ropissard. Son arrestation aflligea toute la population indigène de ce canton, qui l'aimait. Personne n ignorait le sort qui l'attendait au Cap, quoique son épouse eût la plus grande confiance en la clémence du capitaine général.
Pondant que Faustin Ropissard rentrait aux Verrettes , Dessalines arrivait au Corail Mirant, fl y apprit que Charles Bélair avait été conduit aux Verrettes. Il feignit d'ignorer où s'était réfugié Josepli Jérôme qu'il ne voulait pas poursuivre. Il traversa l'habitation Qresie et rentra au bourg de la Petite-Rivière. Le lendemain il y vit arriver Charles Bélair , escorté par six dragons de la g?rde nationale des Verrettes , commandés par le capitaine Pierre Batardet. Dessalines Taccueitlit avec distinction , et lui donna pour logement un bel appartement. Mais il le fit garder à vue. Un homme de couleur de la Petite-Rivière, nommé Sagest , vint supplier Dessalines de ne pas envoyer au Cap Charles Bélair, de lui procurer, au contraire , des moyens d'évasion. Dessalines lui réfiondit avec ironie : . % jle suis certain que la capitaine-général , qpi est si clément , re«
BISTOIRS D*HMT7.— (ISaS) 199
«evra avec empressement un$ sêconie foU la soumission de Charles Bélair. »^ Il te saisit de tous les papiers du prison-nier et les anéantit avec une lettre qu'il lui avait adressée par laquelle il Texcitait à prendre les armes contre les français. Il lui annonça ensuite qu'il pouvait partir pour le Cap, où il rendrait compte de sa conduite; qu'il n*était pris prisonnier, qu'il serait seulement accompagné du commandant Gnibcrt Popote et de quelques cavaliers. Charles Bélair et son épouse se raireni en route. Popote Guibert reçut Tordre secret de Desf^alines de faire feu sur eux s'ils tentaient de s'évader. Quand ils arrivèrent au pont de TEster, Charles Bélair s'arrêta tout à coup, et voulut prendre le chemin des Petits Cahos. Il menaça Popote Guibert de lui brûler la cervelle , s'il ne lui laissait pas sa liberté d'actipn. Mais sa femme, que cette existence errante des bois effrayait, et qui avait pleine contiance en la clémence de Leclerc, versa des larmes avec tant d'abondance qu*il se résolut à entrer aux Gonaives. * Popote Guibert raconta au commandant français que le général Charles Bélair avait failli le tuer au pont de TEster. Charles fut aussitôt traité en prisonnier de guerre, emprisonné aux Gonaïves , d'où on ne tardera pas à Tenvoj^er au Cap.
Le général Leclerc avait appris le 12 Septembre , par une lettre de Dessalines en date du 23 Fructidor an 10 (10 Septembre 1802) l'insurrection de Charles Bélair.
ARMÉE DE SKim DOMINGUE.
DIYISION DE 1,'aIITIBONITE.
Au quartier-général de l'Artibonite, le 23 Fructidor.
Le général de division Dessalines, au Capitaine général Leclerc Mon général ,
J'ai actuellement les preuves certaines que Charles Bélair était le chef de la dernière insurrection : ces preuves viennent de mlètr^j rendues évidentes par les officiers de la 8.* qui me paraissent p!iH malheureux que coupables dans ces évènemens. A Dieu ne plaise, cependant, que j'excuse aucun de ceux qui ont osé se révolter contre le gouvernement. J'ai pour tout ce qui a suivi le scélérat Charles Bélair dans sa criminelle révolte , la plus profonde indi« gnation. C'est Charles qui a fait assassiner s^n secrétaire chei lui, et sa féroce femme n'a pas peu contribué aux actes de barbarie qui se sont commis sur nos malheureux camarades. Que Charles
* Sannite Bélair , femme noire d'une grande beauté , avait vécu , à l'Ar* cahoie , où comman«lait sou mari , sous Toussaint , dans le luxt et la piagnificenceb
800 HISTOIKS D^IIÂITI.— (1808)
et sa femme soient donc punis. Charles ne s*est sépdré de Laroi# que parce qu'il voulait aller au Doco * et que Larose ne le irou* lait pas: tels sont les molifs de leur division; Charles doit être regardé comice chef de brigands et puni comme tel. Ce n'est qu'à mes marches et manœuvres et au cèle infatigable des officiers et des troupes que' Je commandais que nous devons l'arrestation de c% scélérat qui est indigne de votre clémence.
Je vous envoie la présente par un courrier extraordinaire*
Tout au gouvernement et à vous avec le plus profond respect.
(Signé) DESSALINES.
Lorsque Dessalines donnait des témoignages si sanglants de dé<vouement à la France, le général Leclerc pouvait-il soupçonner qu'a« lors même il conspirait contre le gouvernement»
Le i2 Septembre (25 Fructidor), le général Dugua , chef de Tétatnajor général , mit à l'ordre du jour cette lettre de Dessalines. Leclerc nomma chef de bataillon le capitaine Gauthier, aide de camp de Dessalines , dont celui-ci s'était beaucoup . loué II composa , pour juger Charles Délair , dans les six heures qui devaient suivre son arrivée au Cap, une commission dont les membres étaient: le général de divisioit Dugua , président , le général de brigade Clervaux , les généraux de brigade Dubarquier et Claparëde „ et le chef de brigade Abbé. Il sera exéculé au Cap le 5 Octobre 1802.
Pendant que les indigènes des montagnes de TArcahaie combattaient les* français, de formidables insurrections éclataient dans le département du [Nord. Sans-Souci, chef de bandes, déjà fameux, qui avait combattu avec acharuement pour la cause de Toussaint , souleva plusieurs milliers de cultivateurs, et massacra tous les français Tiui occupaient le fort Gougeot du DondoB. Sylla reparut aux portes de Plaisance. D'autres chefs de bandes , Macaya, Vamalheureux, Ma- \ougou, Noël Prière, répandaient partout la dévastation. En parcourant les campagnes pour opérer le désarmement des cultivateurs , Christophe s'était livré à toute la fureur de son caractère. Il avait penda impitoyablement tons ceux qui , à ce qu'il avait cru, avaient caché leurs arnïes. Sa conduite avait exeité dans le canton du Dondon la plus forte indignation contre le non français. Sans-Souci (|u'il avait cruellement persécuté lit savoir au général Leclerc qu'il Ifceneierait ses bandes, si Christophe était déperté. La cause de eitte insurrection était le désarmement, prélude du rétablissement
^ Doco , montagne presque inaccessible de Saint-Domingue , entre la partie Âpagnole et la partie française. C'était alors le principal refuge de ^Axnour Dêrance.
** QftSEstte efficislls de Saint-Domingue,
HISTOIRE D^BAITL^—CISM) SOI
4e Vesclatagê. Les uisurgés prirent dans le Nord, comme dans le quartier de l'Ariibonite , la dénomination d'indépendam. Les français les appelaient brigands. C'est ainsi que la République appelait les héroïques paysans de la Vendée qui avaient failli lui percer leseia de leurs baïonnettes. Les habitans des bourgs abandonnaient les eam*
Eagnes, de toutes parts, et rentraient dans les villes où ils répaodaieni I terreur des insurgés qu'ils appelaient Takos. * Les insurgés du Nord avaient étroitement cerné Plaisance qu'occupait le i3e coloniale sous les ordres de l'adjudant général Pélion. Sans«Souci était campé au Mapou de TEscalier sur la limite ^es pa- TOissee d'Ennery et du Gros Morne; Macaya occupait le chemin de Ptlate; Vamalheureux était établi entre le Ek)rgne et le Limbe; Ma« 90ugau était campé au camp Coq; Petit Noël Pierre occupait le morne Balancé et la SoufTrière, et Sylla était campé dans le ehemin de Plai* eance à la Marmelade. Le général Brunet ordonna à Pétion de sortir i la poursuite des insurgés. A peine les soldats de la 13e furentils hors du bourg qu'ils découvrirent le long d'un morne une longue suite de cadavres noirs et jaunes pendus aux branches des arbres par les français. Brunet donna pour guide à la ISe.» au travers des chemins de Pilate, le commandant Makajou. Pétion surprit Sansr- Souci à Pilate et dispersa sa bande; il donna la vie à la plupart -de ses prisonniers; il favorisa même l'évasion d'un grand nombre d'en* Ire eu%. Le jour suivant il rencontra Dessalines qui avait aussi reçu l'ordre de traquer les insurgés, et qui s'acheminait vers la Branle» à la tète d'un bataillon des casaques rouges. A Pila(e, Sans-Souci échappa aux poifrsuites de Dessalines qui se rendit ensuiteaux Moustiques avec l'adjudant-général Pétion. En même temps 400 hommes des ie et 7e coloniales culbutaient Petit Noël Prière au morne Balancé et à la coupe du Limbe. Pendant que Dessalines continuait sa route ters le Môle St.-Nicolas, Pétion fut mandé à Dhéricourt, dans la plaine du Nord , où Leclerc avait transporté son quartier -général. Pauline Bonaparte accompagnait le général Lecîere. Elle lit don à Pétion, ainsi qu'à la plupart des officiers de la 13e., de toutes sortes d'objets indispensables à des hommes en campagne. Il y avait à Dhé* ricourt un régiment polonais, un régiment français et la lOo demibrigade coloniale. Leclerc envoya contre les insurgés du grand Boucan et de la Porte St-Jacques , le régiment polonais avec quelques troupes coloniales, et contre ceux de la Souflricre le 3e bataillon de la i3e commandé par Jean- Louis François, noir. Les deux premiers bataillons de la 13e se rendirent avec Pétion à Grand Pré, près de la* Tannerie, où était campé le général Christophe à la tête des lèrcy
* Takos , ^08 oiseaux, à longue queue , de couleur grisâtre , i cris éclatant, voltigeant toujours en grande compagnie, mais isolés les uns des autres ;^ occupant cliacun uue branche dans un arbre.
MTHE YINCT.N£inriÊME.
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4oM«éiirc Le déaaTmemeiit bit Iclater des révoltes à la Tortue,-à ISt-Louîs danf le 8ud,-à l^orbeck. — Auguste et Samedf sont refoulés dans les montagnes ]>ar Laplume. — Charles Bélair, pour renger Toussaint, conspire avec Larose.— -Ma» 4aine Charles Bélair 6it assassiner un jeune <bianc , sccrémire de son mari. — Larose se détache de Charles Bélair. — Le général Lavalctte se tniasporte dam les montagnes de t'Arcahaie pour combattre Charles Béiair.«— Combat de Mariai. -—Retraite de Levalette. — Faustin Ropissard défend Je bourg des Verreitca contra les révoltés. — Charles BéUir se retire au Corail Mirault. — Dessalines chasae I^arose de Plassac — Larose se retire à Rodillon. — Faustin Ropissard arrête "Mme Charles Bélair. — Charles se rend à Ropissard qui le conduit aux VerretteiB. Il est livré à Dessalines qui l'envoie aux Gonaives. — Lettre de Dcesalinea à Leclerc ^contre Charles Bélair. — Insurrections dans le Nord. — Les troupes >coloniares combattent les insurgés.— Daure préfet colonial. — Mort de 'Fréron.— Le général Pageot va combattre les insurgés de l'Arcahaie. — Combat de Bois- «euf Del^he grande place. — Cambat de Léger. — ^Combat du défilé de la Digue des MatlMx. — Pageot retourne au Port-Républicain. — Première insurrection dans lea montagnea de Léogane. — Lamartinière combat les indigènes sur t'habitatioa Poulajer. — Les iusurgés se retirent vers la rivière de Jacmel. — Métellus se mol à leur tète. — Pageot et Rochambeau se rendent à Léogane. — Les cultivateurs de la plain4he Léogane se soulèvent. — Ils attaquent la ville et sont repoussés par Ilochan9be^^--CaBgé soulève les sections de Mausambès, da Tète à Bœui^ et de Tavett^P^us its montagnes du Qrand Goàve.^-Insurrection dabs les montagnes de Jècmel.-^Combet de St-Cjr à la Gosseline. — Les insurgés assiègent Jac* tnel. — Stratagème de Rochambeau et de Pageot pour entrer à Jacmel — lia dégagent la YiIle.--Boabambaaa $• rend aux Cayea par mer.-Il revient «a Fort*
luaTOiRB »'haiti. (IIQS) M(
Sépublicftio. — II ordonne à Lamartioière de a'eflorcer d'arrêter Lantonr Déran-^ ce. — Celui ci est averti da projet de Rochambeau— -Le bourg de l'Arcabaie e«t attaqué par les insurgés de ce quartier.-^*» LavaUtte est obligé d'enroyer contre eux Lamartioière; il dégarnit les environs du Port-Républicain^ — IMéte) lus s'empare des coteaux de la Rivière Froide. — Lamour Dérance commence ses hos^ tilités contre les français. — Thomas- Marie Jeanne et -Adaui s'efforcent de soulever les ateliers du morne de l'Hôpital — Mathieu Fourmi et Sanglaou font une seconde attaque contre Léogane. — Le quartier de Marigot se soulève — Les troupes coloniales demeurent toujours fidèles aux français. — Lamartinière rétablit l'ordre dans les montagnes de rAreahaie.^- Combat de Gkiilloux. — Larose se mat à !s léte des insurgés de i' A rcahaie.-^ Combat ée Cortad.^ — Mort de Lamartwière.-— Les soldats de It 3e coloniale se révoltent contre h^s français, et se rendent mat-. très du bourg de i'Arcahaie. — Résultat ûvorabie aux indigènes de la conquête de rÀrcahaie.
Le refus de remplacer par des nrmes de fabrique françafse, ainsi u'on i avait promis» celles qu'on venait d'enlever aux cultivateurs^ it éclater presque en même temps des révoltes à la Tortue, dans le Sud, aux Yerretles et aux Matheux.
Tous les cultivateurs, excepté ceux d'un seul atelier, se révoltèrent à la Tortue, aussiiôt après le départ de Leclercetde sa garde d'honneur pour le Cap. Us incendièrent la plupart des liabitations, mas«> sacrèrent une foule de colons , blancs, et ne rentrèrent dans l'ordre que pr^r les sages mesures que prit le colonel Labatut, commandant de la petite lie. Cet officier de courage et de mérite était aimé des* indigènes qu'il traitait avec humanité. Les insurgés l'avaient écouté et avaient mis bas les armes parce qu'ils étaient certains qu'il ne les livrerait pas à l'extermination. Ils avaient respecté ses propriétéis. Leclerc , qui se persuadait que les moj'ens les plus- violens étaient les. seuls eiïicaces dans de telles cireonstanses, lui reprocha sa modéra*lion qu'il appela mollesse, et son humanité qu'il traita de làeheté. Il ne s'apercevait pas que ces cruels moyens étaient ceux qui incl* taient les indigènes ]à la révolte. Il accusa Labatut d'avoir été, par son incapacité, l'auteur de l'insurrection; il le dégrad»,. le déclarant indigne de porter l'épaulette. Le crime de Labatut était de n'avoir pas exterminé la plupart des insurgés après leur soumission. Mais- Labatut avait promis aux indigènes, sur la foi de ITionaeuc, que tout serait oublié, s'ils rentraient dans le devoir. Les hommes^d'hoo- Aeur ne pouvaient plus être les ageas d'un gouvernement qui exigeait qu'on devint bourreau. L'on verra tous les ofQciers français, vraiment républicains, succomber dans la colonie sous leè coups da gouver* nement, ou être déportés^ Les cultivateurs de la Tortue furent condamnés à payer une contribution de guerre de S0,000 francs ;. et les deux tiers du quart des produits qui leur revenail^ furent retenus pour être employés à la reconstruction des maisons, qui avaient été incendiées.
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MoMménrt, Le désarmement bit Iclater des révoltes à la Tortue,-à St-Louîa iaiif le 8ud,-à i^orbeck. — Auguste et Sameâf sont rebuléa dans les montagnes par Laplume. — Charles Bélair, pour ranger Toussaint, conspire avec Larose.— ^Ma» 4anie Charles Bélair 6it assassiner un jeune .blanc , sccréuiire de son roari.-^ Laroae se détacke de Charles Bélair. — Le général Lavalctte se transporte dans -les montagnes de TArcahaie pour combattre Charles Bélair.— Combat de Mariai. — Retraite de Levalette. — Faustin Ropissard défend Je bourg des Verreltca contre les révoltés* — Charles BéUir se retire au Corail Mirauh. — Dessalines chasse jArose de Plassac — Larose se retire à Rodillon. — Faustin Ropissard arrête ^Ime Charles Bélair. — Charles se rend à Reipiasard qui le conduit aux VerretteiB. Il est livré à Dessalines qui l'envoie aux Gonaives. — Lettre de Dessalinea à Leclerc ^contre Charles Bélair. — Insurrections dans le Nord.— Les troupes 'Coloniares combattent les insurgés. — Daure préfet colonial. — Mort de Préron.*— Le général Pageot va combattre les insurgés de l'Arcahaie. — Combat de Bois- >iieuf Del^he grande place. — Cembat de Léger. — 'Combat du défilé de la Digue ûes MatlMx. — Pageot retourne au Port-Républicain. — Première insurrection (bns les montagnes de Léogane. — Lamartinière combat les indigènes sur Thabitatioâ Poulayer. — Les insurgés se retirent vers la rivière de Jacmel. — Métellus se met à leur tète. — Pageot et Rochambeau se rendent à Léogane. — Les cultivateurs de la plain4he Léogane se soulèvent. — Ils attaquent la ville et sont repoussés par RochaiiQbe^^— Cangé soulève les sections de Meusambès, da Tète à Bœui^ et de Tavett^B^us les montagnes du Grand Goàve.^-Insurrection daus les montagnes de Jiicmel.---Combet de St-Cjr à la Gosseline.-*Les insurgés assiègent Jac* «nel. — Stratagème de Rochambeau et de Pageot pour entrer à Jacmel — lia dégagent la ville. — Bochamb«Nia se rend aux Cayea par mer.-U revient au Fort*
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Sépublicaiii. — II ordonne à Lamartinière de t'eflorcer d'arrêter Lamour Déran-ce. — Celui ci est averti du projet de Rochambeau— Le bourg de l'Arcabaie est attaqué par les insurgés de ce quartier.—^ LavaUtte est obligé d'envoyer contre eux Lamartinière; il dégarnit les environs du Port-Républicain> — iM été 11 us s'empare des cdteaux de la Rivière Froide. — Lamour Dérance cemmence ses hoa^ tilités contre les français. — Thomas- Marie Jeanne et -Adam s'efforcent de soulever les ateliers du morne de l'Hôpital — Mathieu Fourmi et Sanglaou font une se* conde attaque contre Léogane. — Le quartier de Marigot se soulève — Les troupea coloniales demeurent toujours fidèles aux françaia. — Lamartinière rétablit l'ordre dans îea montagnes de rAreahaie.*— Combat de Quilloux. — Larose se met à \m tête des insurgés de l' A rcahaie.— Combat es Cortad.^— Mort do Lamartinière. — Les soldats de It 3e coloniale se révoltent contre l^s iran^is, et se rendent mat-. très du bourg de l'Arcahaie. — Résultat ûvorable aux indigènes de la conquête de rÀrcahaie.
Le refus de remplacer par des «rmes de Tabrique françafse, ainsi u'on Tavait promis» celles qu'on venait d'enlever aux cultivateurs^ it éclater presque en même temps des révoltes à la Tortue, dans le Sud, aux Ysrretles et aux Matheux.
Tous les cultivateurs, excepté ceux d'un seul atelier, se révoltèrent à la Tortue, aussitôt après le départ de Leclereetde sa garde d'honneur pour le Cap. Ils incendièrent la plupart des liabitations, mas-^ sacrèrent une foule de colons ^bbncs, et ne rentrèrent dans Tordre que p»r les. sages mesures que prit le colonel Labalut, commandant de la petite lie. Cet officier de courage et de mérite était aimé des* indigènes qu'il traitait avec humanité. Les insurgés l'avaient écouté et avaient mis bas les armes parce qu'ils étaient certains qu'il ne les livrerait pas à l'extermination. Ils avaient respecté ses^ propriétéis« Leclerc , qui se persuadait que les moyens les plus- violens étaient le& seuls elïicaces dans de telles cireonstanses, lui reprocha sa modéra* tion qu'il appela mollesse , et son humanité qu'il traita de lâaheté. Il ne s'apercevait pas que ces cruels moyens étaient ceux qiii inci.* taient les indigènes ]à la révolte. Il accusa Labatut d'avoir été, par son incapacité, l'auteur de l'insurrection; il le dégrada^,^ le déclarant indigne de porter l'épaulette. Le crime de Labatut était de n'avoir pas exterminé la plupart des insurgés après leur soumission. Mais- Labatut avait promis aux indigènes, sur la foi de Hionneuc, que tout serait oublié, s'ils rentraient dans le devoir. Les hommes^dshoa* Beur ne pouvaient plus être les ageas d'un gouvernement qui exigeait qu'on devint bourreau. L'on verra tous les ofOciers français, vrai* ment républicains, succomber dans la colonie sous leè coups du gouver* Dément, ou être déportés^ Les cultivateurs de la Tortue furent condamnés à payer une contribution de guerre de 60,000 francs ;. et les deu& tiers du quart des produits qui leur revenait^ furent retenus pour être employés à la reconstruction des maisons, qui avaient été incendiées*
A St. Louis î 4mm It éépartemsAl du jf ud, uo indigent nommi
WVRE VINtT-NEirriÈME.
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Mommairt, Le désarmement bit éclater dei révoltes à la ToTtue,-à St-Louîa dana le 8ud,>à Torbeck. — Auguste et Samedf font refoulés dans les montagnes par Laplume.— -Charles Bélair, pour ranger Toussaint, conspire avec Larose.-^Ma* 4ame Charles Bélair 6it assassiner un «jeune .blanc , sccréuiire de son mari. — Lafose se détache de Charles Bélair. — Le général Lavalette se transporte dans -les montagnes de l'Arcahaie pour combattre Charles Bélair.'— Combat de Mariai -—Retraite de Le Valette. — Faustin Ropissard défend Je bourg des Verreltee contra les révoltés. — Charles BéUir se retire au Corail Mirault. — Dessalines chasse Larose de Plassac-— Larose se retire à Rodillon. — Faustin Ropissard arrêta 14 me Charles Bélair. — Charles se rend à Ropissard qui le conduit aux Verrettes. Il est livré à Dessalines qui l'envoie aux Gonaives. — Lettre de Dessalines à Leclerc ^contre Charles Bélair. — Insurrections dans le Nord. — Les troupes >coloniares combattront les insurgés. — Daure préfet colonial. — Mort de Préron.-* Le général Pageot va combaUre les insurgés de l'Arcahaie. — Combat de Bois- .Beuf Del^he grande place. — Cembat de Léger. — 'Combat du défilé de la Digue des MatlMz. — Pageot retourne au Port-Républicain. — Première insurrection dans les montagnes de Léogane. — Lamartinière combat les indigènes sur Thabitatioft Poulayer. — Les iusurgés se retirent vers la rivière de Jacmel. — Métellus se met à leur tète. — Pageot et Rochambeau se rendent à Léogane. — Les cultivateurs de la plainélHe Léogane se soulèvent. — Ils attaquent la ville et sont repoussés par Rochan|be^^~CaBgé soulève les sections de Mausambès, de Tête à Bœu^ et 4e Tavett^Kns les montagnes du Grand Goàve.-^Insurrection daiia les montagnes de Ji0cmel.---Combet de St-Cjr à la Gosseline. — Les insurgés assiègent Jac* luel. — Stratagème de Rochambeau et de Pageot pour entrer à Jacmel — Ils dégagent la ville. — Boehambeau se rend aux Cayea par mer.-U revient tu Fort*
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KépublIcaÎD.— n ordonne à Lamartinière de a'eflbreer d'arrêter Lantonr Déran^^ ce. — Celui ci est averti du projet de Rochambeau— -Le bourg de l'Arcahaie est attaqué par les insurgés de ce quartier.-^*» LavaUtte est obligé d'envoyer contre eux Lamartinière; il dégarnit les environs du Port-Républicain/— «IVIétel lus s em- ]>are des coteaux de la Rivière Froide. — Lamour Dérance commence ses hos^ tilités contre les français. — Thomas- Marie Jeanne et -Adam s'efforcent de soulever les ateliers du morne de l'Hôpital— -Mathieu Fourmi et Sanglaou font une se* conde attaque contre Léogane. — Le quartier de Marigot se soulève — Les troupes coloniales demeurent toujours fidèles aux français. — Lamartinière rétablit l'ordre dans les montagnes de l'Arsahaie.*— Combat de Guilloux. — Larose se mot à \m tête des insurgés de l'Arcahaie.^ Combat es Cortad.^— -Mort do Lamartioière. — Les soldats de It 3e coloniale se révoltent contre ira français, et se rendent mat-. très du bourg de PArcahaie. — Résultat ûvorabie aux indigènes de la conquête de rÀrcahaie.
Le refus de remplacer par des nrmes de Fabrique françafse, ainsi u'on Tavait promis, celles qu'on venait d'enlever aux cultivateurs^ it éclater presque en même temps des révoltes à la Tortue, dans le Sud, aux Yorretles et aux Matheux.
Tous les cultivateurs» excepté ceux d'un seul atelier, se révoltèrent i la Tortue, aussitôt après le départ de Leclercetde sa garde d'honneur pour le Cap. Us incendièrent la plupart des "habitations, mas-^ sacrèrent une foule de colons , blancs, et ne rentrèrent dans Tordre que p^r les. sages mesures que prit le colonel Labatut, commandant de la petite lie. Cet officier de courage et de mérite était aimé des. indigènes qu'il traitait avec humanité. Les insurgés l'avaient écouté et avaient mis bas les armes parce qu'ils étaient certains qu'il ne les livrerait pas à l'extermination. Ils avaient respecté ses^ propriétés* Lederc , qui se persuadait que les moyens les plus* violens étaient les. seuls eCiicaces dans de telles cîreonstanoes, lui reprocha sa modéra** lion qu'il appela mollesse , et son humanité qu'il traita de lâaheté. Il ne s'apercevait pas que ces cruels moyens étaient ceux qui inci.talent les indigènes ]à la révolte. Il accusa Labatut d'avoir été, par son incapacité, Tauteur de l'insurrection; il le dégraday le déclarant indigne de porter l'épaulette. Le crime de Labatut était de n'avoir pas exterminé la plupart des insurgés après leur soumission. Mais- Labatut avait promis aux indigènes, sur la foi de l^onneuB, que tout serait oublié, s'ils rentraient dans le devoir. Les hommes^dthoo* Aeur ne pouvaient plus être les agens d'un gouvernement qui exigeait qu'on devint bourreau. L'on verra tous les officiers français, vrai* ment républicains, succomber dans la colonie sous left coups du gouver* Dément, ou être déportés. Les cultivateurs de la Tortue furent condamnés à payer uns contribution de guerre de 60,000 francs ^ et les deux tiers du quart des produits qui leur reveoailf^ furent retenus pour être employés à la reconstruction des maisons qui avaient été incendiés8«
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ÏOS U.^T0IRE d'iiaiti. — (1802)
à ceux qui conspiraient dans l'intérieur de la \iHo, il fit rentrer à lacmel les cent hommes de la 8*. Ces infortunés, quoique très dévoues à la cause française , seront tous livrés à la mort par le général Pageol.
Après le combat de St. Cyr, Vinsurrection devint générale dans les campagnes de Jacmel. Les indigènes, au nombre de 3,000^ armés de piques et de fusils , vinrent assaillk la ville qui fut vigoureusement d Tendue par Dieudonné Jahribon , à la tète de 200 hom** mes de troupes européennes, <le150 honmi^s de troupes coloniales, et de 250 gardes nationaux. Il ne put néanmoins les chasser des environs de la plafce qu ils cernèrent élroilemont.
iiC général Lavalette était retourné au Porl-Rt'^publicaîn, après avoir* laissé à Léogane les généraux Rochtimbe;ui et Pngcot. Ceux ci n'osant pénétrer dans les montagnes inondées d insurges, pour se rendre à Jacmel , firent répandre le bruit (|u'ils allaient prendre le cliemiQ de Ta^et. Le gros des insurgés se transporta Aers ce morne pour les y attendre et les exterminer : le chemin de Léogane à Jarmel se trouva presque ouvert. Rochanibeau et Pageol sorlir«nl de Léogane, et commencèrent à se battre dès Thabitation Thonin. ils levèrent toutes les embuscades qu'ils rencontrèrent, parvinrt^nt devant la \ille de Jacmel, la dégagèrent, et y entrèrent en libérateurs. Pageot reprit le commandement de Tarrondissement. Après avoir déclaré Jacmel en état de iiège, il iit arrêter les 100 hommes de la 8e. coloniale dont il suspectait la fidélité envers la France, et les fit jeter enchaînés au fond de la cale d'un navire de» guerre en station dans la rade. Ces malheureux moururent étouffés par une vapeur de souffre qu'on répandit dans rintérieor du bâtiment Peu de jours après Rocham* beau se rendît, par mer, dansteSud, avec 300 polonais. Il ne tarda pas à retourner au Port Républicain Son voyage avait eu pour objet de faire passer dans fàme des autorités du Sud toute la fureur dont il était animé contre les noirs et lés hommes de couleur.
Lamour Dérance n'avait pas encore commencé les hos^ tilités contre les français. Il recevait cependant dans son camp, situé dans les mornes de la Selle, tons les indigènes que persécutaient les blancs. R^chambeau n'ignorait pas ses dispositions hostiles envers la France. Il ordonna à Lamartisière qui jouissait de son estime depuis le siège de la Crèle-à Pierrot , car, q oique cruel, il aimait les braves, de pénétrer dans les retraites de Lamour Dérance, et de rarrèter en lattirant dans un piège. Lamariinière partit du Port- J
Républicain , à la tête des trois bataillons de la 3e. eA)loniale. Il souhaitait ne pas trouver foccasion d arrêter Lamour Dérance dont les sentimens envers lès français étaient les mêmes que les siens. Il attendait pour se prononcer contre la France que Dessalines prit les armes contre elle. Celui ci lui a\ait fait dire de lever lelendard de la moite, dès qu'il apprendrait quil se fût soulevé lui-même.
IHSTQIRE 1>*HAITI. (1800) ' SOfr
Lamartinière arma au Trou Coucou, sur rhabitalion Dérance, air centre des plus hautes drnes de la Selle. Là était le quarlier géiiérat de Lamour , lieu naturellement fortiflé. Lamartinière n*eût pu y pénétrer , si quelques cullivateups en avaient défendu les avenues. L'état major de la 3e. coloniale , instruit d'es ordres de Rochambeau-, attendait avec impatienee, dans la grande «ase de Déiance , l'arrivée de Lamour pour TaFrêler. Celui ci , sans déilanctf, se disposait à bien traiter ses hôtes. Lamartinière, dés qu il Taperçut, lui fit connaître, par des signes, qu'on, allait le garrotter. Lamour Dérance s'élança aussitôt sur son che>al et disparut à travers les bois, fl se réfugia danc ces lieux^ iiiaceessibles oih jamais les troupes de Toussaint n'avaient pu l'atteindre. Lamartinière rentra au Port Républicaifii. Rochanibeau lui œnfia de nouvelles troupes, et lut ordonna de poursuivre avec acharnement Lamour Dérance. La 3e. coloniale ^t un bataillon de troupes européennes parcouru rent les montagnes de la Selle d^ns toutes les directions, et revinrent au Port Républicain^ après avoir (ait une course militaire des plua p^^nibies.
Ce fut aussitôt après cette campagne de Lamartinière, que Lamour Dérance commença les h stilités contre les français.
Pendant cet inlervallr , Taudàce des insurgés des' mornes 4e l'Arcabaie s était considérablement ac« rue par le succès qu'ils avaient obtenu sur le général Pageot, à la Digue des IVIalheux. Ils avaient trouvé sur le champ de bataille, des carlouches, cent fusils et deux tambours. Destrade, leur chef, forma une compagnie de fantassins armés de piques sui montées de baïonnellos, et une compagnie de cent fusiliers sans baïonnettes. Les aulros guerriers formaient des bandes armées de piques fuites de bois dur. Il conçut le hardi projet d'attaquer, à la tète de son armée, forte de mille hommes, le bourg de 1 Arcahaie, garni d'^artillerie. Il ordonna à Jean Charles Courjol de desceodre de Ij montagne, et de se rendre, à la tête dosa bande, sur rhabitalion La|)ointe., dans la plaine; '^ Noël Buqifet, chef du canton des Délices, de se rendre à Poix la Générale. Avant d'attaquer le bourg , il prit la détermination de massacrer la garnison blanche bissée à la barrière de Tliabitation Labarre, afin que sa retraite ne fut pas coupée, s'il était repoussé. Destrade, Noël Bu* quet, et /ean Charles Courjol devaient attendre la' nuit, pour envelopper les blancs à Labarre et les égorger en les surprenant. Mais Courjol, impatient d'en venir aux mains, attaqua avant la nuit. Les indigènes furent repoussés , et les français rentrèi^ent en bon ordre h l'Arcahaie. Destrade, maître de la plaine,, vint camper à la porte des Vases ^ au pied des fortificalions du bourg. Noël Duquel demeura campé à la barrière de Poix la Générale, pour surveiller les mouvemens des cullivaieufs de la plaine. Jean Charles Courjol s'é* tablit à h porte du Boucassiu. A la pointe du jour^ les lodigëaes
15W * HISTOIRE d'haiti»— (1802)
donnèrent au bourg un assaul formidable. Au milieu de la mitraille que vomissait le fort des Vases, ils pénétrèrent en grand nombre dans les fortifications. Mais les français se prccipilérent sur «ux avec tant dimpétuôsité qu'ils furent culbutes dans les fossés et repoussés au loin. Destiade, en se" retirant, ordonna à ses bandes de se répandre dans la plaine, et d'exciter les cultivateurs à la révolte avant de gagner les montagnes. Les ateliers des Vases , -des habitations Imbert, Robert, Thomas Vigner et Courjol s rnsurgèreni, massacrèrent les colons et se retirèrent dans les mornes. Le nombre des révoltés se grossit; le canton do Boucassiu seul, dans la plaine de l'Arcahaie , demeura encore fidèle aux français.
Dès que le général Rochambeau apprit Tattaqu^ qui avait été si audacieusement dirigée coutre le bourg de TArcahaie , il ordonna à Lamarlinière de s'embarquer avec toute la 3* coloniale qui formait le troisième bataillon de la OS* de ligne , pour aller exterminer les bandes de Dcstrade. Les environs du Port Républicain se trouvèrent dégarnis de troupes coloniales par le départ de Lamartinière: le nom de ce guerrier était la terreur des insurgés. Aussi vit on, aussitôt après son départ, Métollus abandonner les limites de Tarrondissement de Jacmel, et venir camper sur jcs bords de la Rivière Froide, à quatre lieues au sud du Port Républicain. Un laboureur, Thomas Marie Jeanne', noir, et un indigène noir, Duchemin Adam , que les français avaient nommés capitaines de gardes nationales, soulevèrent tous les ateliers des mornes de I Hôpital qui protègent au Sud le Port Ré|>ublicain. Latnour Déranee , de son côté, poussa ses incursions jusqu au camp Frère dans la plaine du Cul de Sac; il y établit un poste. Ainsi les succès des indigènes de r\rcah?ic contre lesquels fut dirigée toute la 3" coloniale, favorisèrent prodigieusement le développement des révoltes des mornes du Port Républicain , de Léogane et de Jacmel. Les insurgés de la plaine de Léogane, ayant à leur tète Tintrépide Sanglaou, noir, et Mathieu Fourmi, noir, attaquèrent visfoureusement les postes qui couvraient Léogane ; ils furent repoussés avec perte.
Les habitans de Marigot se soulevèrent aussi et contraignirent un détachement de la 8' coloniale, en garnison dans leur bourg , i prendre leur parti. » Le capitaine général Leclerc, voyant les troupes coloniales demeurer fidèles presque partout, et des hommes jusqu'alors obscurs, à la tète â9s insurgés, avait l'espoir , en déployant quelque énergie , d'étouffer Tinsurrection.
Pendant cet intervalle , le colonel Lamartinière était arrivé au bourg de TArcahaie. Il entra aussitôt en campagne. Il se rendit aux Délices. Les insurgés ne purent résister aux soldats de la 8* coloniale qui , parfaitement équipés et disciplinés , gravissaient les mornes avec une prodigieuse agilité. ^Comme ils étaient la plupart indigènes île «es quartiers ^ ils connais^aieilt tous les s^niieris
RrSTOIRE D*HAITI. — (Î80?) ÇII
toarnans de la montagne. Lamarlinîèro vît fuir , à soft approche, Destrade , Jean Charles Coiijol et Kc^l Biiquet. Deslrade se relira à Cuyon. Lamartiniùre badîl aux Matheux, au pieJ du camp Dubourg, Louis Manscau, le prit et le fil. fusiller. [I ne s'arrôia qu'à Garescher, au Fond Baplisle. II parcourut les mornes et contraignit tontes les femmes qu'il rencontra à retourner sur leurs habitations respecli\es. Elîes reprirent leurs Travaux ordinaires. Pour maintenir ces divers danlons dans la soumission, il établit un poste à Jarrossey, dans le canton de Délices, un autre à Leroux, et un troisième au Fond Baptiste, sur l'habitation Signeau. Les garnisons de ces trois postes pairouillaienl dans la montagne , et se croisaient dans toutes les direclioas. F^amartinière avec 800 hommes de troupes coloniales, avait obtenu plus de résultats que les généraux Lavaletle et Pageot, avec des forces européennes bien supérieures. Tant il est vrai que les indigènes peuvent seuls supporter avec succès les fatigues de la guerre dans l'intérieur d'Haïti. Après avoir oi^donné à ses soldats d'agfr énergiquemeiit contre les brigands^ Lamartinière se retira au bourg de TArcahaie.
Jean Charles Courjol se tenait caché au pied de la colline du Fond Baptiste, au Trou Archin , à la source de la rivière de Montrouis. Chaque semaine il sortait de sa retraite et venait donner l'alarme aux soldats de la 3%. répandus dans la monlngne. Il ne voulait pas sortir des limites d« (a commune de l'Arcahaîe , surveillant acli- \emenl les mouvenuns de renncmi. Laniarlînière, apprenant qua les lévoltés étaient encore dans le quartier de TArcahaie , revint dans la montagne, atlaqua près de Guilhoux la bande de DeMrade qu'il dispersa.- Il rentra au bourg, paraissant Irès-préoccupc?. Cependant il avait éloude la révolte dans toute la commune. Il disait souvent à quelques officiers de la 3% ses confidents: que fait donc le génénd Dessalincs? Je n'entends presque plus parler de lui; il est temps qu'il se soulève contre les français; voici le moment favorable 4e lui livrer la paroisse de l'Arcahaie. Il n'attendait, pour se prononcer coiUte les français , que la prise d'armes de Dèssalines.
Larose, qui depuis Tarreslation de Ch. Réiair s'était retiré à la Petite- Montagne du Mirebalais , se montra de nouveau dans le quartier de l'Arcahaie. 11 était presque seul. Il alla joindre Deslrade, et lut proposa de Sd rendre avec lui dans les mornes du Bahoruco parles Pays-Pourris, auprès de Lamour Dérance. Les principaux officiers des insurgés portèrent Deslrade à rejeter sa proposition quoiqu'il l'eût déjà accueillie. Pendant qu'ils délibéraient réunis sur l'habitation Âinard, Lsypartinière vint les surprendre, leur tua beaucoup de monde, elles dispersa au loin. En même temps deux officiers noirs, David Troy et Paul Lafrance, qui commandaient au Mirebalais, pour les français, Eiarchèreût contre eux^ les culbutèrent pa^^tout où ite les rencontrèreat^»
^H Histoire d*iiaiti. — (!802)
I-e quartier de FArcahaie fut momentanément eniièremcnt délivre des insurgés. Destrade et les siofts, poursuivis avec \ignenr par les français , abandonnés de Larose qui s'était réfugié dans sa retraite or« dinaire, furent œntraints de gagner le sommet dts mornes du Crochus. Là ils reçurent les attaques successives de David Tioy et du commandant Paul LaTrance, sortis du Mirebalais, du commandant St. James, sorti de la Croix des- Bouquets. On ne put cependant les chasser de leur position. Néanmoins Deslrado , craii^nanl d'être eni^eloppéde toutes parts, revint à la résolution qu'il avait déjà prise de gagner les mornes du Bahoruco où commandait Lameur Dérance, montagnes presque inaccessibles, dont les habilans, dt^puis la fondation de la colonie, sciaient presque toujours niaintenus indépendans de toute autorité. Mais hes insurgés de rArcahaic, qui ne voulaient pas s'éloigner de leur pays, lui déclarèrent que, s'il persistait dans l&a détermination, ils cesseraient de le reconnaître pour chef. Pendant que la plus grande agitation régnait parmi eux , F.arose qui s'acheminait avec quatre compagnons sur le Bahoruco , arri>a dans les mornes du Crochus. Son apparition réjouit tous les cœurs et releva tous les courages. Il leur pro[iosa d'aller se ranger sous les drapeaux de Lamour Dérance qui faisait la guerre aux français. Ils refusèrent d'abandonner le canion du Cro?hus, disant que Lamour Dérance ne devait avoir avec lui que quelques hommes puisqu'il s'était retiré au loin dans les mornes, dans la crainte d'être arrêté par les français. Ils ajoutèrent que si Piocliambeau l'avait redouté il n'auraît pas envoyé, à l'Arcahaic , la 3* coloniale, le seul corps qui put le combattre dans les mornes de la Selle. Ils oiïrirenl le commandement à Larose^ condition qu'il restai parmi eux. Celui, ci accepta, tout en déclarant qu'il ne reconnaitrait pas, tant à présent qu'à l'avenir, d'autre général en chef que Lamour Dérance. Destrade, victime de l'ingratitude de ses compagons d'armes, se retira presque seul au fond des bois. Dès lors il commença à miner Tinflucnce de Larose sur les gens de J'Arcahaic.
Larose, homme de couleur, était né ()ans le canton du Mireba* lais^ sur les limites de Tancienne colonie espagnole. Comme il sa* tait parler le jargon des habilans campagnards de la partie de lEst, et qu'il avait un peu leurs mœurs , ses compagnons d'armes l'avaient surnommé l'espagnol. Ancien chef de bataillon de la 8* coloniale, bon militaire, d'une rare intrépidité, il inspirait la plus grande confiance aux gens de l'Arcahaie. Il conçut aussitôt le projet de reconquérir les mornes de ootte paroisse sur Lamartiniére. Il fit savoir à J«an Charles Courjol , campé à la Colline du Fond Baptiste, ainsi qu'aux indigènes de Montrouis , qu'il commandait en olief ; il leur ordonna de se réunir sur l'habitation Cortad , dans la section des Déliées , où il viendrait se mettre à leur tète. Sa réputation remmi de nouveau tous les habitans de la moutagne.
BisToiaE d'uaiti.— (1802) 313
En iDème temps Boucare , noir , un des officiers de la 3* auxquels Lamartinicre avait confié les postes qu'il avait établis dans les mornes, arrêta sur riiabitation Leroux un officier indigène , Adonis Delorier, noir , (jui venait de se sauver des prisons de St. Mar*^. Boncare le fit garrotter , l'envoya au bourg de l'Arcahaîe oîi il fut embarqué el noyé ensuite dans la lade du Port-Républicain. Lamarlinière , quand il apprit qu'Adonis Delorier était sorti de St. Marc, se montra violemment indigné contre Boncare. Il étaif convaincu cfue Dossalines, commandant de St. Marc , avait dft fiivoriser l'évasion du prisonnier dont il connaissait, sans doute, les sentimons anti-français. Lam^rtinit're ne déployaît tant d'énergie pour éïouffer l'insurrection de de l'Arcahaîe, qu'afin d'empèclier les français de soupçonner son dénouement. Dessalines qui avait en lui pleine confiance, et qui avait* été maintes fois témoin de son grand courage et de ses vrais talens militaires , venait de lui faire savoir , de nou\eau , qu'il ne tarderait pas à s'insurger. Il Texhortait à se joindre à lui , en lui livrant; le bourg de l'Arcabaie , dès qu'il se montrerait aux Matheux.
Larose, de son côté, se rendit sur l'habitation Cortad , où se réunirent successivement toutes les colonnes indigènes. Des détachemens de SOO hommes, de 300 hommes, de 50 et de 25 hommes pénétraient de toutes parts sur l'habitation. Jean Charles Courjol était arrivé à la tète de 600* guerriers. Larose établit parmi eux une sévère discipline. Jamais les gens de TArca^iaie n'avaient offert ua aspect si imposant. Ils étaient au nombre de 3000 hommes.
Lamartinière, apprenant la réunion des] révoltés à Cortad, se rendit à Jarroscy. Il avait pris la résolulion de faire savoir à Larose son intention de s'insurger prochainement et do. faire cause commune avec lui. Mais les gens de l'Arcabaie qui ignoraient son projet, oi qui avaient été horriblement traqués par ses soldats, étaient violemment irrités conîre lui. Larose lui même était étonné du dévouemer)t à la France de Lamarlinière autrefois ennemi cruel des blancs. II envoya en reconnaissance dans les gorges de la montagne quelques éclaireurs; ils aperçurent la 3e rangée en b:itail!e sur le glacis do Jarrosey, et s'ébranlant pour marcher contre Larose. Aussitôt ils gJignèrenlle sommet du morne de Noute, jetèrent des cris qui se répandirent d'écho en écho au fond des ravins, et donnèrent l'alarme au camp de Cortad. On fut averti de l'approche de l'ennemi. Dcji les sapeurs de la 3e coloniale enlevaient les barricades qui avaient été dressées au milieu du chemin qui conduit à Cortad. Lamartinière avait ordonné au capitaine Boueare de se mettre à la tête dos garnisons de Leroux et du Fond Baptiste pour aller attaquer le camp de Corlîid du côté opposé. Il s'élança sur les barricades qui protégeaient le principal retranchement de rennemi : Boucare, à ce qu'il croyait , était sur le point de le seconder du côté opposé. Larose avait placé en embuscade, dans les bois, trois cents hommes arinés dt
fusils, et se (eoîrîl à la tête de sa petite armoe à Tenlrée de l'habîlalion. Dès aue Lamartinière atteignit la dernière barricade , il fut accueilli par un feu vif et des hurienicns alTreux. La 3e riposta; mais elle s'était déjà entièrement engagée dans l'embuscade. Elle fut assaillie de toutes parts; Ton se battit corps à corps. Lamarlinière voyant ses soldats succomber sous le nombre, et fuir au-travers des bois, se retira seul dans un des jardins de Cortad. Jean Charles Courjol s'élança à sa poirrsuile ; il le découvrit étendu sur Theibe, souffrant de plusieurs coups de pierre qu'il avait reçus. Il se précipita sur lui , le saisit par les cheveux , et lui traneha la tôle de sa propre main. 11 promena celte tôle au- bout d'une pique dans tout le camp. Larose se mantra affligé de celte misérable fin df son ancien compagnon d'armes; il ne se sentit pas assez d'ajiurii» i^ar ses lieutejians pour môme bîamer Jean Charles Courjoi ; il fu J on'ier la sépulture au cadavre. Ainsi périt d'une mort obscure. L)iî)'3r{înière, l'héroïque défenseur de la Croie a Pierrot, l'un des ofliciei s les plus intrépides qu'ait produits noire pays. H laniba sou* les coups des indigènes, ses frères, alors <(u il avait pris Lu résolution de leur offrir son courage et ses lalens uiiiilairos, pour le triomphe de la liberté. Jean Charles Courjol dit à ses compagnons qui plaignaient le malheureux sort de Lamartiniére, que, voyant la 3e se battre avec tant d'acharnement contre les^ insurgés, il avait cru son eolonel véritablement dévoué aux françg^is. Il ajouta qu'il avait considéré Lamarlinière comme le dernier limier que les blancs euss<*nl encore à lancer dans les mornes de l'ArcahMio. Trois cents prisonniers, huit tambours, trois cent cinquante fusils, et de nani!)reux parpiels de cartouches tombèrent au pouvoir do Laroso. Les *i!idi';(Vn6»s se rendirent en triomphe à la petite place Valadon où ils ap])rireiil (juc le capitaine Boucare, noir, avait suivi la route de Ikirthoiomcy pour aller faire sa jonction, à Cortad, avec Lamarlinière dont il ignorait la défaite et la mort. Larose s'élança à sa poursuite. Il s'emp;ua, en passant, du camp Leroux, sans coup-férir. Boucare, n'ayant pas rencontré l'ennemi ù Cortad, était revenu sur ses pas. il aperçut le camp Leroux occupé par les insurgés. \ Il ne douta plus d« la défaite de Lamarlinière. U se rendit sur le glacis dé Cayot où il dispersa, par de vives décharges, un bataillon d'insurgés commandé par \utron Archin. Larose s'élança de Leroux dans les bois de < ayol^ mit ea fuite les soldats de la 3e., et envoya une centaine d'hommes armés de piques à la poursuite de Boueare. Celui-ci fut airàté au fond d'un ravin. 11 se forma aussitôt autour de lai un grand cercle d'insurgés oui , avec d'affreux hurlemens, demandaient sa tôte. Il conserva tout son sang-froid , et ne voulut remettre soa épée qu'à Larose qui avait été ,^ disait-il, son compagnon d'armes. Larose se présenta, reçut l'épée, et lui tourna le dos. Il futausdiéi riwvei*âé de son cheval , terrassé à coups de bois de piques ^
ei ^nlîèr^moDt floponîllé. Il se releva avec fureur. Alors un insurgô , arme (Yuue lance, s'élança sur lui el Tcniralna pat* le bras jusqu'à l.eroux. Boucare \it sans effroi se former autour de lui un cercle d'officiers. Il I s appela ses frères, leur dit qu'il élail intlii^Anc comme eux et disposé à combattre les fran* çais dans leurs rangs. Il ne fui pas écouté. Les uns lui reprocheront l'assassinat df* leurs parcns, d'autres la mort du commandant Adonis, enfin chacun l'accabla de reproches sanglants. Se voyant entouré d'armes menaçantes , il s'élança sur un fusil, et voulut prendre la fuite; au môme instant Jean Charles Courjol lui fendit la tô'e d'un coup de sabre, et l'étendit mort. Quant aux autres prisonniers intligènes de la 3.* coloniale , Larose leur accorda la vie et les incorfmra dans ses bandes ; mais il fit égorger les queI(pK\s officiers blaues qui avaient été pris. Il se rendit ensuite au Fond B;q>listç dont il s'empara.
Au sommet du morne Fort où s étaient réunies toutes les treupes, 6t'doù l'on découvrait la plaine de l'Arcahaie, les sol<lats de la 3* qui avaient été faits prisonniers cinbrasvsèrenl avec enthousiasme leurs nonveaux frcres d*armes auxquels ils avouèrent leur erreur, et jurèrent d% vaincre ou de mourir pour la liberté.
Larose, maître de tous les mernes de l'Arcaliaîe , voyant réunis autour de lui plus de 3,000 hommes , se disposait à aller, faire le siège du bourg des \crrettes , quand il entendit tout à-coup de nombreux coups de canon vers la plaine. Il pensa avec raison qu'une révolte venait d éclater au bourg de l'Arcahaie. Il sache» mina aussitôt avec toute son armée vers le rivage de la mer.
Los deux officiers français Poix et ll.)be (jui comm:indaient au bourg delArcahaie, apprenant la mort de Lamartinière , lincorporation des soldats ds la 3' dans les bandes insurgées , 1 cgoigement des officiers blancs de ce corps , s'étaient résolus à se défaire de quelques détachemens de troupes coloniales qui s étaient réfugiés au bourg, après I) déroute de Cprtad. Le coinmaudanl Poix qui les croyait d'intelligence avec les insurgés leur ordqnna de» former deux compt gnies dont Tune se rendrait au Boucassin et l'autre aux Vases, tl voulait, •en les éloignant du bourg, les affaiblir et les faire ^èsac* mer successivement (.ar des troupes blanches de la 68". Les indigènes voyant qu on n envoyait pas avec eux une quantité égale d'européens, comme cela se pratiquait ordinairement dans les expéditions, refusèrent de sortir. La défiance tétait emparée d'eux : ils se doutaient du projet des français. Les soldats, ainsi que les bourgeois blancs , se réunirent aussitôt au bureau de la place autour de Roba et de Poix. De leur côté, tes indigènes noirs et jaunes s'arnèreat, se joignirent aux soldats ëe la 3" coloniale , et prirent une attitude menaçante. Cependant un capitaine indigène, demeuré fidèle aux J|*ançaJSj Pierre (prrejaau^ $e transporta k la porta des Ifase^, eià^^
manda, avec Iiantenr, aux soldats de la 3% s'il y avait des agitateurs parmi eux. Il saisit au collet un grenadier et le traîna au bureau de la place. Celui ci, effraye en voyant de nombreuses .cordes de potence étalées devant la galerie, prit la fuite, retourna à la porte des- Vases et raconta à ses camarades ce qu'il avait vu. Le commandant Robe, un sac d'arj;ent h la main, se rendit auprèsdes soldats de la 3* et leur demanda sMs pourraient un instant oublier leur devoir envers la mère patrie, eux qui avai<^nt déployé tant d'intrépidité ea combattant les brigands. Il ajouta : vous (Htts citoyens trançais et soldats de la 68* française; n'écoutez pas la voix des brigands qui
veulent vous égarer; je vous apporte vo4re solde arriérée, et
Au même instant un coup de fusil , parti des rangs de la 3* , lui brisa la tèle. Aussitôt le carnage le plus affreux commença dans le bourg;^ le canon gronda ; les blancs et les indigènes se battirent corps à corps , dans les rues , dans les maisons. Les français se barricadèrent dans léglisc, après y avoir transporté toutes leurs munitions. Ils fusillaient vivement les indigènes , à travers les fenêtres. Ceux ci , d'un autre côté , prirent d'assaut le fort Poix , ot en massnsacrèrent la garnison. Ils canonnèrent et mitraillèrent lefort Guillème ; mais les français leur répondirent vigoureusement ^ marchèrent sur eux et les chassèrent d\ fort Poix. Les indigènes abandonnèrent le bourg et allèrent se retanchersur Thabilation Poix la Générale. Les français demeurèrent maîtres de TArcahaie ; mais ils se déterminèrent à l'évacauer avant l'arrivée de Larose. Leura femmes et leurs enfans s'embarquèrent dans les barges (|uî étaient en rade : mais ers onibarralions se trouvérrnt telkment char^ gées qu'elles sombrèrent , la plupart , avec les infortuné* «ju'ellcs portaient. Les troupes cmopéejîoes et les bourgeois blancs, ayant à leur lôte le con)mandant Poix, se relirèreni au Boucassin, a trois lieues du bourg de lArcahaic. Poix se retrancha, au Cabaret, sur Thabitaiion Garcschcr.
Les soldats de la 3* coloniale qui s'étaient retirés surThabitation Poix la Générale, rentrèrent à l'Areahaie, et en prirent possession^ Larose arriva dans la plaine; ils U reconnurent pour leur chef.
La prise de l'Areahaie fut très avantageuse à la cause indigène par le développement qu elle donna h Tinsurrection dans TOuest» Les communications par terre entre Si-Marc et le Port Républicaia furent interceptées. Les cultivateurs des mornes des Verrettes^ certains de n Atre pas entre deux feux , s insurgèrent à l'instigalioa de Larose; le cabotage de St-Marc au Port- Républicain devint très* périlleux; lès barges indigènes, sortant des anses de l'Areahaie, s'emparaient des barges françaises. Larose put avoir des communicatioBs avec les navires marchands américains qui, pour du café, lui vendirent de la poudre et des fusils. La garnison du Port Républicain fut réduite aux li^oupes européennes, et privée du concours
de la 3e. colonialo qui seule pouvait entreprendre dans lès montagnes d(^6 courses longues cl pénibles. Lamour Dérance , n'étant plus inquiété , gagna du terrain vers la Coupe et la haute plaine du Guide-Sac; son autorité était reconnue par les insurgés de^ mornes de Léogane, du PondFerricr, de Jacniel, de la Selle, et par Larose, à l'Arcahaio. . Les partisans de la cause indigène, au Port-Ropublicain , répandirent le faux bruit que Lamartiniére avait été abandonné à Cortad par les français qui, depuis longtemps, avaient résolu sa perte. Ces bruits ne tendaient qu'à ébranler la fidélité des noirs ei des jaunes attachés au parti français.