LIVRE TRENTE^UNIÈME
Sammaire. Conduite de Dessalinea à Fégard des français et des insurgés , aussitôt après l^arrestaiion de Toussaint. — Son altitude à Plaisance envers les français.— Il déconceite par son sang-froid ks insurgés drs mornes de Plaisance qui vou* laient l'aesassiuer. — Il se transporte au Gros-Morne.-r-Julien Labarrièrc exterminela population blanche de ce bourg.— 'Dessatines arrive sur l'habitation George.—* Il renvoie aux Gonaïves , les officiers français qu'il rencontre à George. — IL pénètre aux Gonaïves , et déconcerte par sou |sang.- froid , Tadjudant-général Huin q li voulait Parrôter. — Il part pour la Petite-Rivière de PArtibonite feignant d'alier cornbattrft les brigands. — Il se soulève contre les français, à la Petite^Rivièi^e de l'Artibonite. — Il contraint le c«loBel Andrieux à évacuer, sur St. Marc^ le fort de la Crète à Pierrot. — Gubart, Go/nus et Labarri ère attaquent les Gonaïves — Us se rend'^nt maîtres de cette ville. — Dessalines y arrive. — Lettre de De«stilines au général Qieutin , commandant de St. Marc — Les français évacuent les Verreit^3S sur St-Maic. — Massacre de la I2e coloniale à St-Marc. — Dessalinea assiège St-M:irc. — Il ordonne, on vain, à Larose de le seconder. — Il est repoussé.— Il se retire à l'Artibonite. — Il réorganise ses troupes. — Ses promotions, — Sju mjle de recniteraont. — Les indigènps prennent la dénomination d'Incas ou fils du Soleil. — ^Eut du département do Cibao. — Daut Brave battu à San^ jou par le commandant Gotro. — Pétion , Christophe et Clervaux attaquent de nouveau le Cap. — Ils sont contenus par Clausel qui se tient sur la défensive. — Mort de L'*clerc — Le vaisseau le Swiftshure transporte ses restes en France» -r-Ses dépouilles mortelles sont placées au Panthéon — Hector Duire, Latouche Tréville et ClauS'^1 annoncent à la colonie, ^ar une proclammon , «la mort de Leclerc. — Rochambeau proclamé Capitaine-Général de la colonie. — Cérérao,' nie de son avènement , au Port- Républicain.— Le général Watrin prend le commandement des départemens de l'Ouest et du Sud. — Rochambeau se transporte «u Cap.— rll annonce à Taimée qu'elle ae demeurera .plus sur la défensive. -^
Réorginîsation des troupos européennes. — Force effective de l'armée franç^iise.— Netcr^vood commandant de la garde d'honneur de Rochimbcau.' * — Mutations da\is les commandornens — Brunet remplace Watrin dans le commandement d.s départemens de l'Ouest et du Sud. — Etat c!e la colonie. — Formation des troupes franch'^s ou chisseurs créoles. — Portrait de Rochambeau. — Gapoi.x fliit attaquer le Môle. — Bmu fiit d'armes dts iniligèn^s. — Pétionva chercher des munitions au Fort Liberté — Christophe attaque lis français au carrefour du Limbe ; il est repoussé — Los français évacuent ce point. — Clervaux , Christophe , Pétion abandonnent U haut du Cap. — Ils se retirent dins l'intérieur. — Rixes entre Christophe et S ms Souci. — Jean Philippe Dani part poui* l'Arlibonile. — l'éiion se rend à la Peiite-Rivière de l'Artibonite. — Il reconnaît l'autoriié de Dessalines. — Clausel attaque le Fort-Liberté ^ et s'en empare sur Daut Brave. — Défense faite aux ifonctionnaires d'abondonnrr la colonie. — ïjarose s'empare sur les français de la section du Boucissin , à l'Arcahaie. — Combat do Robert. — Lnrose fait prospérer la paroi=?se de l'Arcalnie — expédition de la baie de Manceniile —Expédition contre Bombarde. — Caractère de l'insurrection. — Etat des partis indigènes, eo hostilités entre eux , nuis combiattant tous les français.
Nous avons laissé Dcssalines s'acheminant vers rArlîbonite, après ^voir révélé à Pétion, à la Petite Anse, les projets d'extermination du papitaine-général Leclerc. Il s'attendait à chaque instant à apprendre ia nouvelle de l'insurrection des généraux Clervaux et Pétion; et près* que certain d'être soutenu dans son entreprise par les officiers supérieurs de couleur des troupes coloniales , il se résolut à se prononcer enfin contre les français, lui qui depuis l'arrestation de Toussaint, conspirait contre eux si activement. Pour détruire les blancs , tout en paraissant servir leur cause , et pour armer les insurgés qu'il combattait cependant , il avait suivi un plan perfidement combiné. Quand il partait de St. Marc ou de la Petite Rivière de l'Artibonite pour s-élancer contre les révoltés, il était tpujours à la tête d'une (division dont les troupes européennes formaient Tarrière-garde. Gomme il entretenait, le plus souvent , des intelligences avec les chefs des insurgés, il pénétrait, à dessein , dans des gorges remplies d'embuscades. Les troupes coloniales qui formaient son avant'garde traversaient les embûches sans obstacle ; mais le plomb le plus meurtrier abattait les blancs de l'arrière garde. Il rentrait à St. Marc ou aux Gonaïves avec les débris des troupes européen nés, démontrant contre les brigands la plus violente fureur, et demandant énergiquement de nouveaux spidats blancs , des armes et des munitions , pour poursuivra les rebelieç dont il promettait toujours la prochaine extermination. Après chacune de ses courses , il laissait cachées dans les bois la plupart des armes qu'on lui avait confiées , et les insurgés s'en em-^
{ iraient. I^pendait comme brigands ^ au nom de la France, tous es cultivateurs qui, à sa connaissance, étaient dévoués au geuvernemenl , et il aecordaii de grandes faveurs à ceux qui , partisans de l'insurrection , n'attendaient que sa prise d'armes pour se soulever. Les |éQéraux Leclerc, Brunet, Dugua, [Glausel, Quentin, Fressinet^
HISTOIRE D*ilÂITI.— (1801) %Sù
aTqient été ainsi trompés par ces apparences d'trh vrai dévotiemtnt. Quand il arriva à Plaisance, sortant du Gap, il trouva le colonel de ta garnrson européenne de ee bourg dans une forte indignation eontre les honvines de couleur. Ce colonel ne pouvair trouver pour rentrer au Cap, un seul d'entre eux qui voulut fut servir de guide. Il était enveloppé par Tinsurrection , et il se voyait sur le point d'ôlre exterminé. Il disait hautement qu1l préférait les noirs aux mulâtres, qu'il rencontrait en les premiers des ennemis ouverts, tandis que Ie8 derniers n'usaient envers lui que de perûdie. Bessalines conserva encore envers les français son attitude de zélé serviteur, et leur promit, en quittant le bourg, qu'il les dégagerait des bandes qui ied assailldienl. Dès qu'il se fut éloigné de moins d'une^ demi lieue da Plaisance, H fil distribuer aux cultivateurs 500 fusils neuis et mille eartouehos. Continuant sa marche il atteignis les mornes , laissant Imn derrière lui le détachement de la i* coloniale qui l'aceompagnait , commandé par Gabart. Il n'était précédé que de quelques guides. Il fut tout-a coup enveloppé par les bandes de Cagnet et de Jacquet Tellicr qui , le croyant encore fidèle aux français, voulaient l'arrêter. Dessallnes, marchant au fond d'un ravin , était sur le point de subir te sort de Lamartinière. Il s'aperçut que les takos se disposaient à lancer sur lui d'énormes pierres. • Il leur fit signe de l'entendre. Us lui répondirent en hurlant non I non ! nous ne traitons pas avec les b^ancs« — Regardez ma fece , s^écria Dessalîiie» avec fôree 1 Suis-j6 blanc? Ne rceounaissez- vous pas le soldat de la Crète-à-Pierrot ?. Etais je blanc à la Petite Rivière de l'Artibonite, à l'arrivée de l'ex* pédltion ? Ii\terrogt!Z ces mornes oouverts d'ossemens français. Ils vous nommeront •essatines le héros de ces trophées. » Le» congés étonnés de^ «on audace, et conservant un resté de respect pour le nom de Des** satines, le laissèrent passer. Delà , il se rendit au GrosMorne dont les environs étaient en insurrection. Les insurgés avarient à leur tètô Paul Prompt^ homme de coufbur, ainsi que Magny , noir , que Léclerc avait nommé commandant de cette commune. D'après les ordres qu'il avait reçus du capitaine général. Dessalines commanda à la garnison de gagner les Gonaïves. Il avait pla^é en embuscade sur la grande roule Julien Labarrière, noir. Les blancs , à peine sortis du bourg, furent assaillis et massacrés jusqu'au dernier. Pendant le combat un bataillon de la légion expéditionnaire qui avait évacué St. Michel, et qui n'avait pu pénétrer au Cap, entra aux Gonaïves. La garnison europ^nne de Plaisance , ayant abandonné ce bourgs pour se rendre aussi en cette ville ,. fut en partie exterminée. Le général ' Vernet « homme de eonleur, qui commandait larrondifi^ sèment des Gonaïves , avait établi son quartier-général près de Tha^ bitation Pougaudin. Il attendait ^ pour agir contre les blancs, les ins<* tructions .de Dessalinea. Celui ci vint auprès de lui et lui apprit cj^u'il avait laissé les français au «Cap , dans les plus vives inquiéta^
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des. Beaucoup de familles blanches, noires et jaunes, fuyanl les î>rigands , rentraient en foule aux Gonaïves. Dessalînes pénétra avec 800 hommes de la 4** sur Thabilalion George où Toussaint avait élc arrêté, il vit la grande case de Thabilalion remplie-de soldais européens qui se meltaieni sur la .défensive. Sa femme qui montait dans un cabrouet chargé de ses bagages, se disposait à rentrer en >illô. Le chef de bataillon Gabart s'approcha aussitôt d'elle et lui dit : « descendra, ma sœur; * jîous sommes mainicnant avec vous; • qu'a\ez vous besoin d'aller en ville. » Je fuis les lakos , répondit-elle; Tondit qu ils vont assaillir Ihabilalion.— Demeurez avec nous,masœur, les lakos ne sont pins des brigands. L'on fil dételer les chevaux d«s cabrouets , et madame Dessalines rentra dans la maison , irès-contrariée de ne pouvoir se rendre au\ Gonaïves. Il y avait à George une foule d'ofliciers supérieurs français entre auires plusieurs de ceux qui avaient arri^ié' Toussaint Louverlure. Les soldais de la 4® coloniale voulaient tout de suite s'insurger, et demandaient à arrêter les blancs. M;ûs Dessalines qui n'avait pas encore donné ses instructions au général Vernet, contint l«Hir fureur et commanda à la garnison eiiropée»ne, d'après les ordres de Leclerc, de rentrer aux Gonaïves. Le bataillon français, sous les ordres du colonel Pesquidou, et les oHiciers supérieurs bUncs se rendirent en celte ville, où commandait alors radjudant-général Huin. Celui ci apprit par les troupes qui arrivaient de George que Dessalines se disposait A se soulever. * Il se rcsoldt à Tarrèter.
Dessalines entra aux Gonaïves. L«s habitans de celte ville étaient dans toutes sortes d'alarmes ; les uns s'armaient et se ralliaient aux troupes; d'autres transportaient à bord des navires en rade ce* qu ils avaient de plus précieux. On annonçait à chaque instant Rapproche des brigands. fi\2inl de se rendre au bureau de la^ place, Dessalines se transporta chez le citoyen Simon Duvrai , homme de couleur, qui laverlit qu'on se disposait à Tarrêler. Il s'élança aussilût sur son cheval, alla droit à radjudant-général Huin, et lui demanda avec audace d'où provenaient ces bruits calomnieux qui circulaient sur son compte. Huin, déconcerté par son altitude ^ lui répondit que le gouvernement français n'avait jamais douté de son dévouement. Le général noir sortit iièrement de la ville , en pro* melCantaux français de repousser les brigands d^u loin -dans les montagnes. Les hommes de couleur des Gonaïves jvenaient de lui promettre, par l'entremise de plusieurs des leurs les plus influents, de se soulever contre les blancs, dès qu'il attaquerait la ))lace. Quand Dessalines atteignit 1 habitation Pougaudin , il y laissa Gabart sous les ordres du général Vernet , et fit dire à Cornus, noir,* et à Julien. Labarrière , chefs des ii^sur^és deLabranle, de s'approcher des Go*
* Madame Dessalines n'était pas la rœur de Gabart; mais souvent, en If Ajfti 7 ou appelle sœur un9 per&opne qu'où affectionne.
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HaÏYcs pour attaquer colle ville. Il parlîl pour la Pclîlo FiiNÎèrc de rAiiibunile, après avoir rccommnndô à Vernet de no s ébranler que d après ses inslruclions. Quand il parvint dans les environs de la
divine Rivière , il rénnil Irois mille cullivaleurs , nul Collcreau à leur Icle, el leur ordonna d'atlaquer les français, dès qu'il leur en donnerait le signal. Il entra dans le bourg où commandait le chef de brigade Aiidrieux qui aviii vvçn l'ordre du général Ononlin, commandant Jô larrondissiMuenl de Si M;^rc, de Tarrèlcr. D.ssalines, voulant sonder les disposiiions dos babiïnus de la Pclile-Uixièro à Lgard dt's français, ordonna d'abailre une polence qui était dicss^e au eeiitre de la grande place. L'iuslrunient de supplice fut renverse au milieu des acrlamaiions joyeuses de la foule. An- . diicu\ lii aussilot ballre la générale; la garnison européenne prit les armes. 11 demanda à Dcssalines de luj livrer les agitateurs. L indigciiti lui répondit, qu'il les comluirail à Si Marc où il les fefciii execulei'. Il se moulra plein de fureur conlrc les conspirateurs, et paria de les puixiv avec la dernière rigueur. Andrieux lui remit une lellre pour le général Quentin. Le colonel français annonçait aux auiuriiés miliiaires de Si Marc que des soldats de la 4e colo« ntale avaient aballu la potence de là Petite Rivière de rArlibonitc; il les exnoriail a les faire exéctJler dès que le corps arriverait en celle \ilie. Le curé du bonrg, I abbé Videau, inviia Dessalines à Uiuer au preslnière. Le général indigène s'y rendit, quoique Sagesl, homme de couleur, cjlojen vertueux de lendroit , lui eût donne, le conseil de se défier du prêtre. Andrieux était un des couvivcs. Pendant le repas, une (l'mme de couleur, madame Pa« geot , servante de I abbé Videau , se montra à la porte du salon,
■ se tint vis à-vis de Dessalines, et lui fil comprendre, par des signes, qu il allait êlre garrollé. Des.salines se leva tout h coup , se pencha contre une fenèire, et dit à Andiieux: J'aperçois une fumée du coté de la monlague; les brigands viennent nous assaillir , je voie à liur rencontre: Il sorl précipitamment du salon , se rend au milieu de ^a place d'armes , el tire deux coups de pistolet. Colle-* reau , à la tète de 3,0U0 cultivateurs , se précipite aussitôt dans le bourg. Andrieux se relire dans le fort de la Crèle-à !*ierrot, et labbe Videau, montant à cheval, prend la fuit'C, et s'élance sur la grande route des Verreltes. Dctsalines se transporte, à cheval, au pied du fort.de la Crèln à- Pierrot , et commande à Andrieux, au nom du capilaiiie général , de rentrer à Si-Marc. Le français 'est indigné de « tant d ironie ; mais entouré d'ennemis , et sans nul espoir de pouvoir résister, il obéit à regret. Il se mit en marche , après avoir tiré trois coups de canon d'alarme pour avoir des secours de St-Marc. Mais à peine fut il parvenu à Drouer, £)U carrefour du bac Coursain, qu'il fui assailli par le feu d'une eoabuscade commandée par Gilot Marquez el ^Mojcau I Africain^ à
HISTOIRE d'iîATTï. — (I802)
la tête de 200 hommes de la 8e. coloniale. Andrieux . marchant au premier rnnof de 400 grenadiers français, se défendit comme un lion au milieu du grand cliemin. Ses troupes s'avançaient au pas de charge , exéculanl des feux de chaussée en avant. Mais à^ peine avaient-elles levé une embuscade qu'elles tombaient dans une autre. Elles ne eessôrenl dôlre harcelées qu'au-delà du bac du Centre. Enlin elles firent rencontre avec un escadron des drag04is de Si-Marc qui , ayant entendu le canon d'alarme , étaient venus au devant d'elles. Prolé,;é par la cavalerie , Andrieux entra à St Marc avec son drapeau et 90 soldats.
Dessalincs , en possessien des munitions de la Petite Rivière de TArlibonile , lit avertir le général Vernel qu'il marchait contre les Gonaïves. Il partit dans la même journée, quoiqu'il fût gravement malade; mais la violence de la lièvre le contraignit à s'arrêter er^ chemin. C'était au milieu d'ociebre 1802. Le général Vernct , ayan| son quartier général à Pougaudin, toujours en apparence lidèle au gouvernement français, ordonna à Gabart de pénétrer aux Gonaïves menacés par les brigands , sous^ prétexte d'en renforcer la garnisoft européenne, mais en réalité pour opérer dans la ville une diversion en faveur des insurgés, dès qije Julien Labarriére et Gomus doaneraient assaut à la place , à la fête de leurs bandes. Gomme la ville des Gonaïves est* très étendue , les français , n ayant que deux ou trois-cents hommes de la légion expéditionnaire à opposer tiui^ insurgés, en avaient resserré Tenceinle. Ils avaient laissé l'égltse et tes maisons qui TaVoisinaient hars de la ligne de circonvallalion. Un fossé entourait la place dont les deux portes étaient armées dé canons \ et un rempart fait de barriques remplies do terre complétait les fortiiicationsT Labarriére et Gomus , n'écoutant que leur ardeur, n'attendirent pas , pour attaquer la place, que Ga )art y eut pénétré avec la 4e. ils vinrent en désordre avec leurs bandes assaillir les remparts du côté de l'habitation Soleil ; ils furent mitraillés et repoussés avec |K'rte. Ils se relirérent au loin, croyant que Gabart les avait trahis. Le général Vernet , après avoir détruit en en\ cette impression fâcheuse , les détermina à attaquer de nouveau aussitôt après la rentrée de Gabart aux Gonaïves. Gabart partit de Thabitation Pougînidin et se présenta devant la place avec la 4e. coloniale, en apparence encore liJèlé à la France. A« qui vive des sentinelles françaises , il répondit : 5e. demi brigade légère. ^ Les portes do la ville lui étaient déjà ouvertes , quand un capital- ^ ne de grenadiers, nommé Victor, se laissant alUr à Timpéluosité de son caractère, s'écria : mort aux français! feu sur les remparts!.
* Nous avons vu qu'après la soumission de Toussaint , Leclerc avait incorporé les troupes coloniales dans los tronj)cs européennes , et que Ist 4.e coloniale avait formé le 3.e bataillon de la 5.© légère française.
HISTOIRE d'haiti.— (1802) 3(XÎ
Aussitôt les eanons vomiront lu mort dans les rangs des indigènes qui se répandirent , en désordre , ilaus le cimetière , près de la ville. Gabart rallia ses soldats , se saisit d\n\ drapeau et dit , en. s'élançant vers la place : Lâche , qui ne me sui« vra pas! La 4.e, honteuse de sa fuite, revient a la charge avec fureur, culbute la légion expéditionnaire, plante ses drapeaux sur le principal retranchement , s'en empare , et en lourn<» les canons contre la ville. Les français, retranches aux deux portes i, répondirent au feu des indigènes. Pendant qu*on se battait avec acharnement de part et d'autre, Dessalines apprit que ses troupes occupaient une partie des remparts des Gonaïves. Il envoya Tordre à Gabart de s'emparer de cette ville par n'importe quel sacrifice. Gejui-ci forma aossilôt deux colonnes de la masse des assaillants: celle de droite , composée de la 4.e, dont il prit lui même le commandement, attaqua les français du côté de la Saline; celle de gauche , commandée par \ictor , et composée des casaques rouges, les attaqua du coté de la Tannerie.. Il était huit heures du soir. En même temps , des indigènes mettaient le feu aux maisons qui entouraient Téglise. Les assaillans forcèrent les deux portes de la place, pénétrèrent dans les rues. On se battit corps à corps; les français , refoulés vers le rivage , se retranchèrent au fort Mou« neau ; toutes les familles s'embarquèrent. Gabart et Victor donnèrent assaut a la foriiiieation et Tenlevèrent. Ils eussent pu couler à fond tous les batimens marchands , chargés de femmes et d'onfans ; mais I humanité contint leur ardeur. Dessalines , quoiqu'il fOt malade , continua sa marche sur les Gonaïves. Quand il y arriva , il trouva la ville entièrement livrée aux flammes par les indigènes. Le lendemain, Tadjudant général Uuin , après le départ des navires marchands , fit canonner la ville et appareilla ensuite.
Dessalines reçut alprs une lettre du général Quentin , commandant . de St. Marc. Gelui-ci lui disait qu'on lui avait annoncé qu'il s'était soulevé contre la France, mais qu'il ne le croyait pas capable de trahir un gouvernement qui l'avait comblé de bienfaits, et détenir une conduite si opposée à ses propresMntérêts et à ceux de sa couleur. Dessalines, principal héros de notre guerre nationale, celui auqnolapparlient presque toute la gloire d'avoir conquis 4)otre indépendance lui répondit ; « J'ai arboré I étendard de la révolte , parce qu'il est ç temps d'apprendre aux français qu'ils sont des monstres que celte € terre dévore trop lentement pour le bonheur de l'humanité. J'ai « pris la Petite- Rivière et les Gonaïves; demain je marche contre c St. Marc. « U achemina aussitôt sur le bac Cpursain la ^'^ et les casaques rouges. Ces troupes y arrivèrent au coaimencement de la nuit et y bivaquèrent.
Les habitans des Verreltes avaient yu l'abbé Videau , sorti de la Petite Rivière de TArtifaonite, arriver dans leur bourg , couvert
3C4 ' HISTOIRE d'iiaiti.— (1802)
de poussière cl égare paiHcs terreurs de la mort. Ils apprirent ce qui s'était passé à la Petite Rivière. Craignant d'ôlre assailli par des forces trop supérieures en nombre, Fauslin Uépussard , commandanjt de la commune, se résolut à évacuer sur St. W.dvQ. La garnison des^ \ erronés était composée de deux bataillons, Tun de la 12'' eoloniale, commandé par le lieutenant colonel Désiré, noir, lautre de troupes polonaises , dont Tétat major était à St. Marc.
Dessalines, après s'être emparé de la Petite Rivière de TArtibonile , avait envoyé une lettre à Désiré par Claude Labadie. Il l'exhorrail à sortir des Verreltes avec ses troupes, et à venir se ranger sous ses ordres. Soit qu'il eut manqué d'audace, soit qu'il fui riilèle aux français. Désiré avait remis cette lettre à Faustin Répussard. Cependant les sous ofliciers de la 12', ainsi que les soldais, désiraient ardemment Tinsarreetion ; mais ils étaient maintenus dans Me devoir par Thésitation de leurs chefs et par la garde natio* nale forte et bien organisée. Ces dispositions n'échappèrent pas aux autorilés françaises qui ordonnèrent que l'évacuation s'opérât sans relard. La garnison et toute la population sortirent du bourg à dix heures du soir, et traversèrent Uargoton et Sansculottes dans la môme nuit. Le lendetnain , au jour, des hauteurs de St. Marc, Faus» tin Répussard découvrit* le bourg qui était déjà occupé par les insurgés. Il entra à St. Marc sans avoir été inquiété. Les français informèrent le général Quentin des dispositions des soldats de la 12*. Ce générid se détermina aussitôt à 4es faire exterminer. Le lendemain , dans Taprès midi , la 12^ était rangée sur la place d armes. Les troupes européennes et la garde nationale débouchèrent ensuite sur elle de toutes parts et la cernèrent. Quentin ordonna en vain aux soUlats noirs de mettre bas les armes. Le chef de bataillon Désiré lit môtne tout ses efforts- pour les porter à obéir. Le général fran- 'çaîs parcourut alors les rangs des troupes européennes * , leur dit qu'il fallait exterminer les tigres qu elles nourrissaient au milieu d'elles, et command,) de commencer le feu. Les français (irent de terribles décharges do njousquelerie. La 12. e répondit par un seul feu, et se jeta tète baissée contre la ligne ennemie qu'elle ne put percer. Les indigènes furent égorgés sur ia place au nombre de 400. Ceux qui purent pénétrer dans les maisons en furent arrachés et poignardés. La portion do la population indigène qui ne faisait pas partie de la garde nationale fut immolée en entier. Ceux des babîtaos
* Nous faisons observer ici qiio les troupes polonaises se battnient très niollerneiU contre les indi<»cncs, dt^puis qu'on rétablissait l'esolavnge Elles disaient liautement que le devoir niiHtaire seul pouvait U;s porter à'brûler des cnrtonclics contre la liberté. Ai:i:si , après Té vacualion des français, lors dn massacre général doi blancs qui étaient demeurés dans le pays^ en IS04 ; les Polonais fureuVils tous respectés par Dessalincs.
HISTOIRE d'itaiti.— (1802) * 865
s^ étalant renforrïîi^s chez eux pendant le carnage, ne purent, lo
"^maia , ouvrir leurs portes conlre lesquelles des cadavres étaient
^ 4s. Le capitaine Apollon seul put s'échapper , ayant eu le
'vi r de se précipiter dans la mer. Il traversa la rade à la nago,
"^ Hi de la nuit) et atteignit le rivage au delà des murs de la
^ ' lieutenant colonel Désiré fut poignanjé sur le pont Benoit,
^ \ ril s'efforçait à se sauver. L'on verra plus tard la division
%; ^ > l'Arlibonîte punir rigovreusement la -ville de Si iMarc
crime. Alors tout n'était que représailles. Après cet icre , le général Quentin parcourut la ligne qui ferde St. Marc, et qu'occupaient 100 hommes de la léenne et 300 hommes de la 86. c de ligne. H fit^ =..'T%'* ^s par des corvées de femmes, et fusiller plusieurs
Ta ^ \''^ 'ï>* et noirs de la garde nationale, dont îLsuspec*
J^ V H ^. France.
\'^.\* % ^abli son quartier-général à Lacombe. Il se ré-
. "^ .^=--=/"-^. ^^ 'arc. Il écrivit à Larose, qui était en possos-
^ V. ^ marcher, de son côté, contre cette ville.
'il ne le reconnaissait pas pour son chef, et 1res que de Lamour Dérance. Celte réponse 'arrestation de Charles Bélair , voyait en ses frères., n'ébranla pas celui ci dans son Gilot Marquez , chef d'un des bataillons Mcvant Si-Marc près du portail Pivert ; ^ov.1 magny occupa une position vis à-vis de la porte Dessolier. \^os indigènes s'emparèrent en une journée de tous les postes que W \^s français avaient établis hors de la place. Ignorant encore le ttiâssacre de la 12. e , Déssalines comptait sur une diversion de ce eorps , en sa faveur , au sein de la ville. Il l'allaqua à huit heu* res du seir sur tous les points à la fois. Si Marc était entouré d'un fossé large et profond ^ bordé de murailles hérissées de canons. L'assaut fut surtout sanglant au portail Pivert. Les gênéraux Quentin et Fressinet se transportaient partout , soutenaient le courage de la garnison et de la garde nationale par leur mépris di; la mort. Ils étaient énergiquement secondés des chefs d'escadron Répussard , Aussenac , Savari et Riper.. On se- battit avec tant d'acharnement que le feu de l'artillerie et de la mousqueterie illumina la ville pendant toute la nuit. A la pointe du jour une frégate, embossée non loin du rivage, vomit la mort dans les rangs des assaillans qui furent contraints de s'éloigner des remparts, liln même temps , Dessalines apprit que la 12. e avait été exterminée. Perdant l'espoir d'entretenir des intelligences daus la place , il s'en éloigna. Le général Quentin fit une sortie contre lui ; mais il fut rigoureusement repoussé. Les indigènes. s% retirèrent en bon ordre dans la plaine de i'Artibtnite. Dessalioes se transporta à la Petite-
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Rivière vers la fin d'Octobre. Son échec devant StMar«, loin d'aug* roenter le chiffre de ses forces, Tavait considérablement affaibli. Il en élail très irrité ; il se plaignait de ses troupes qui , à son avis , n'avaient pas donné assez vigoureusement. Il disait qu'il était heureux sous les ordres des français qui ne le laissaient manquer de rien ; cl en même temps il tirait de sa poche des pièces d'or que Leelorc lui avait données, et les montrait à ses oriiciers et à ses soldats. Je n'ar pris les armes avec vous, conlifiua-t-il , que pour vous soustraire à l'ancien esclavage; car, pour moi, j'étais sur des faveurs de la France en continuant à vous combattre; ne faites pas échouer' notre entreprise par votre manque d'énergie; je ne. veux pas être un chef de bandes, de lâches; il vous faut de la diseipli-- 1)0, de la tactique, il faut vaincre ou tnourir. — Il fit aussitôt sortir des rangs trois soldats, pris au hasard, et les fit fusiller, sous ses yeux. Il ordonna à ses officiers de parcourir les plaines et leâ mornes et fie (aire des levées en masse. ' « La terreur qu'avait inspirée le nom français, dit Boisrond Ton**» « nùre, rognait encore dans les campagnes; les anciens soldats el « les cultivateurs ne sortaient pas de leurs retraites. Dessalines prend
< la résolution la plus patriotique, ne balance pas entre le salut
< public et la mort de quelques lûches. Il ordonne que de nom« ff breuses patrouilles parcourent, la plaine et les mornes pour rassera^ .« bler les hommes en état de porter les armes, el fait faire feu sur c tous ceux qui refusent de marcher; » En peu de jours Dessalines réunit à la Petite Rivière plus ^e quatre mille hommes, tant recrues qu'anciens soldats. H réorganisa les 4*, 7% 8' et 14" demi brigades, et forma un corps particulier aucfuel il donna le nom de Polonais parce qu'il y fil entrer un grand nombre d'africains dont le langage n'était pas mieux compris des indigènes créoles que celui d^s polonais. Ce dernier corps fut confié au commandant Joseph Jérô* me. * La 4' eut pour colonel Gabai t ; Pierre Toussaint, hoidmo de coulour en commanda le i**^ bataillon ; Jean Louis Longuevalle le 3\ et Jean Louis Boisneuf le 3*. La 7* eut pour colonel Mon* tauban; Marinier en commandait le i*" bataillon , Pierrot Michel le 2*, et Philippe Guerrier le 3*. La 8* eut *pour colonel Cottcrcau ; Magny fut nommé colonel de la 14''; il avait pour chef de bataillon Jean Charles, homme de couleur. La cavalerie fut confiée au colonel Charlotin Marcadieux , et au chef d'escadron , Paul Prompt bonimes de couleur. Dessalincs , pour se mettre à Tabri des aggréssions du' général Quentin , établit au bac du Centre le 2* bataillon de la 7.e, commandé par Pierrot Michel ; et au bac d'Aquin, le l.er eft le 3e bataillon de la 7e sous les ordres de Montauban. Le ier bataillon de la le prit cantonnement à Marquez ; le 2e et 3è -ba-
^ Plus^ tard Dsesalines en fsrma la 20 e demi-brigade,
tailton occupèrenl la Petite Rivière , ainsi que les 2 bnfaillons de h 9e sous les ordres de Gottereau, Les jeunes roquisilionnairos faisaient chaque jour Toxercice, et se prt paraient à aller assaillir les points qu'occupaient les .français.
Dessalincs fut reconnu par se§ troupes chef suprême des indigènes. )1 établit le siège, de son gou\ernement à la Petite Rivière , et don. na aux populations soumises à son autorité le nom d'Incas ou en» Tans du soleil. Il conserva le drapeau tricolore après lui avoir arraché les armes .françaises. Il déclara qu'il avait rompu éternellement avee tes blancs, qu'il- ne traiterait même jamais avec eux, que les indigènes vivraient dans rindépendance ou se feraient immoler jusqu'au dernier. Il n'expédia pas des émissaires auprès des chefs des insurgés du INord pour les exhorter à reconnaître son autorité : il leur envoya des ordres. Il se présenta aux masses, comme un guerrier indis* pensable, comaiC Tofficier général le plus ancien , le seql qui eut des droits réels au commandement en r.hci 11 se dispo<!aà attaquer comme rebelle, tout en combattant les français, quiconque de^ chefs indigènes n'obéirait pas à ses ordres. 11 tenait s^n quartier général tanlût à Marchand, tantôt à Laville, le plus souvent à la Petite Rivière. Il avait peu de munitions. Ses soldats avaient raremAt plus de trois cartouches, chacun, quand ils attaquaient un poste français. Au qui \i\e des sentinelles, ils répond;^ient : Fils du Soleil! Il y en a encore. ^ Le nouveau parti qui se formait sous les auspices^ de Dessalines renfermait le plus de lumières. 11 dominera tous le^ autres et deviendra lame de la grande guerre commencée contre les français.
La partie ci-devant espagnole était toujours aveuglement soumise aux français. Lt^ général Pamphile. de Lacroix qui avait remplacé, comme on Ta va, le général Claparède dans le eommandementdu département de Gibao, a\ail pris de bonnes dispositions militaires. Il avait établi deà postes à rembouchure de la rivière de* GuayabiOp à Ranchadero , à Sanjou et à Las Sierras. Daut firave, partant du For( Liberté, faisait sans cesse des eiforts pour forcer cer passages. Il se présenta devant Sanjou avec 150 hommes; mais il fut comptéteipent battu par le commandant Gotro qui n'avait sous ses ordres *que quarante-cinq indigènes espagnols. ^^
* Ce qui signifiait qu'il existait encore des défenseurs de la liberté , quoiqu'il y eut eu tant d'indig^èncs exterminés par les français. Ct tte dénomination d'Inças fut bientôt abandonnée ; on revint à celle dindigèr^e, bien avant la fin de la guerre de rindépendance II n'y avait en effet aucune communauté d'origine: entre leâ indiens , d'une ] art , les uoirs et las sang-mêiés de noirs et de blancs, d'autre pan.
** Ces indigènes-esapgnols sont la plupart des sang-mêlés de noirs africains at de blancs espagnols. Cependant on rencontre dans lea cantôni lia Seybe et d'Higuey^ à i'm% de StP-DomiDga | beaucoup 4e saD^-xuâLéf
SCS iiTSToiRE d'uaiti. — (1803).
En même temps, les gonéraux Clcrvaux, Cbpîstonïie et Pélîoiï, retires au Morne Uoiige , apprenant que"* le capitaine général était gravement malade, et <]ue le Cap était dans la consternation, se résolurent à attaquer cette" ville. Le général Clausel aidait replié sur Us hauteurs de la place, tous les a vaut -postes de l'armée fraiiçaisev Dès qu'il apprit l'approche de renncrai , il. réunit autour dis ibrts Bélair et Bréda les troupes européennes et la garde nationale. Le 6 brumaire (28 octobre), dans la malince, les indigènes altaquèreat les français avec tant d impétuosité qu'ils les clilbutorent, et se maintinrent au haut du Cap , malgré le fou le plus vif de l'artillerie des forts. Le général Clausel {rentra au Cap , après avoir ordonné à d'Henin de charger l'ennemi , à la tête de la cavelerie de ligne. D'Uenm s'élança avec son intré|>lJilé ordinaire sur la (3.0 qui le reçut sur ses baïonnetles et le repoussa par une vive iTiousqueterie. Deux fois les français revinrent à la charge. Entin d'Henin , grièvement blessé, rentra au Cap dans le |)lus grand désordre. Leclorc, se mourant, écrasé sous le poids de toutes sortes de peines, songeait encore au salut des français. H envoj'a Tordre à Clausel de se tenir sur une défensive resserrée : les troupes n'occupèr^t que l'enceinte du Cap. Les indigènes étaient campés à moins d'une lieue des portes de la place. La nouvelle de Tinsurrection de Dessalines avait porté le dernier coup au capitaine généraL ^ On l'entendit s'écrier: Ai je pu avoir été ainsi tronipé par un barbare !
Dans la nuit du 31 Octobco au l.er Novembre, les salies do palais du gouvernement étaient remplies de cilojens notables. La farmille du capitaine général était en pleurs. Los généraux Clausel et Çlaparède étaient près du lit de Leclerc qui approchait de sa iirr. Se sentant mourir , te capitaine général désigna Uoohambeau pour lui succéiler. Il blâma ensuite son gouvernement de lui avoir donné de cruelles instructions ; il condamna les colons qui ravaionl égaré; ri plaignit les indigènes qui avaient été voués à l'exierminaUon. Des hommes si braves, dit il d'une voix mourante, qui ont rendu'tant de services à la France, qui auraient pu lui on rendre tant d'autres , méritaient un meilleur sort. Il demanda au ciel de lui pardonner les crimes que la perfidie coloniale lui avait fait commettre contre la liberté, et il mourut dans les bras da colonel Bachelu, chef du génie de l'armée, et du do'cteur Pe^re, à une heure da matin du l.er Novembre 1802.
Pauline Bonaparte , qui depuis peu , a\ait abandonné les plaisirs auxquels elle se livrait , se montra profondément ufQigée. Ses forces étaient épuisées; sa beauté était moins éclatante. Voyant la
3ui daseendent de blnnes espagnols et d'indiens aborigènes. La raee pure e ces indiens «st wtièrement éteinte à Haïti,^
tiiSTOIRE D^HAITI.— (1802) Sèl
fiésie.lui enlever chaque jour quelques amis, elle avait clé saisie' des terreurs de la mort; elle ne rêvait qu'au bonheur de retourne^ en France. * £lle fit eml3aiimer le corps dd son mari qui , après les honneurs funèbres, fut embarqué sur le vaisseau le Svxîftshurè^ en présence du conlre amiral Latouche Trévîlle , des capitaines de vaisseau Hubert et Renaud, du général de brigade P. Boyer, et des chefs de' brigade Nerterwood et Abbé. Ce bâtiment reçut à son bord là fa.' mille du capitaine général , appareilla pour France , et alla directe* ment mouiller dans le port de Toulon* Le préfet maritime , conseiller d'Etat, et le général commandant d'armes deToùlon, ordon* nèrent de rendre aux restes du général 'Victor Emmanuel Leclefc les honneurs funèbres. Les généraux de terre et de mer, tes généraux des escadres étrangères, les autorités civiles et militaires et les troupes de terre et de mer entrèrent dans les canots de la rade, et se rendirent de Tarsenal à bord du Swiftshure. Uâ tendeltt en forme de sarcophage, noir et blanc, fut dressé, deTavant à TarriéreV dans un canot , mù furent déposés les restes du capitaine-général. Les aides-de-camp du général Lcderceides grenadiers de l'armée de St-Domingue escortaient le convoi qui (il le tour de la grande rade, pendant que retentissaient les accens lugubres de la musique militaire, le son des canons du vaisseau amiral et de la grosse tour de Toulon. Le cenvôi aboi^* da la frégate la Confé/t> (|ui recul le corps. G« bâtiment appareilla lé lendemain pour M:ïrscille. Dès que les liabitafns de celle ville apprirent que les restes du général Leclerc , ainsi ^ue sa famille, étaient entrés dans leur rade, touchés ded malheurs de Tarmée de St. DomingUQ, ils couvrirent de crêpes les pertes et les fenêtre» de leurs demeures. Pauline Ronnf>arte, la tête rnsée, portant dans ses bras un enfant dans Tâgc te pfus tendre, traversa la ville, le visage inon* dé de larmes , marchant près du eercueil. Le eonvor pariit pouf Lyon le lendemain. Le préfet da département du Rhône, d'après tes ordres du niaire de la division du midi, envoya un détachement de cavalerie au devant des dépouilles, du beau frère du premier Consul. Le. préfet, rarchevàqjue, toutes Tes autorités civiles, militaires et judiciaires reçurent le convoi à la porte de la Guillolière. Là le cereueil fui couvert d'un drap mortuaire orné dé glands et dé galons d'argent; il fut placé dans un char à quatre roues, peint en noir,* au milieu duquel s'élevait un sarcophage à f|uatre colonnes torses sur montées de lampes ardentes. Le marcbe fut ouverte par des déttcheraens de cavalerie et de grenadiers ; venait ensuite le char tratai par six chevaux couverts de tentures noires; et quatre ofliciérs tenaient les quatre coins du drap morluaire. Les voitures et letche* vaux du préfet, du commissaire général de police , des trois maires et de IQUS les autres fonctionnaires étaient aussi couverts de noipj Les troupes , formant une double haie, étaient éckelonnées depuie le pont de la Guilietière jusqu'à l'église St. Jean , où 3ttrèiA W
S7i HISTOIRE d'iïÀiti. — (1802)
convoi j au milieu des décharges d'artillerie qui retontis^qi^nt , de xinq niinulus en cinq niinuU's. L'archevêque, après avoir céh^bri la cérémonie funèbre, conduisit le corps jusqu'à la porte de Vaise. Pauline Bonaparte arriva à Paris avec le convoi. Quand elle enlra zux Tuileries, elle se jela dans les bras du premier Consul, et lui dit: St. Domingue est une terre de feu qui dévore tous nos braves ; je Ti' y ai laissé que désolation , misère et carnage. — « Voilà donc, a écria Bonaparte, le rr'sultat de |îi révolte d'un misérable nègre. »
I>es dépouilles riiortellos du capitaint-général Leclerc furent placées au Panthéon; et des plaines furent érigei s à sa mémoire. '^Bonaparte ordonna qu une wQuvelle armée de 25.000 hommes fût envoyée h St. Dooiingue , des divers pcwtsde France. Sa puissance était déjà sanç borne?^ : le peuple fiançais lavait nommé, et 1^ sénat l'avait pro« lamé Consul à vie.
Pioveiions à ee qui se passait «^ St. Domingue après le départ du vaisseau U Sioiftshure. Lts indigènes encore atiarhés au parti françaie regret tel ent, la ,pii prirt , le gênerai Lederc. Les eoIoRS qui ne le trouvaient ps4S dss<-i $)rdeirt, se réj<iuirent de sa ftiort dune manière scandaleuse. Us se montrèrent heureux de Tavènement de Rochambeau que Leclerc a^ait désigné pour le remplacer. C était fiiomme de leur système.. Toutes les calamités dont ils avaient été \ictimes ne les avaici t pas coi rigés. Les ofiiciets généraux ci le |)réfirft colo* Dial proclamèrent , au Cap, Rochaiaboau , e:ipiiuiue général, avec une gr;>nd;^ solennité. Les français du parii modéré qui nourrissaient I espoir (le r:miener, sous les bannières de la France, Christoj)he , (^lervauY 1 1 Petion , eussent préfère Clausel , dont les dispositions libérales en faveur des mas5>cs s'étaient maintes fois manifestées.
Les hautes autorites annoncèrent à la colonie , par la proclamation suivante, la mort de Lecleic, et ravènemeni de Rocbambeau au gouvernement :
Armée de St. Demingue.
Au Cap, le H Krumaire an \\ (ier. Novembre 1802 )
HErTOR DAURE, Préfet colonial »
Latouche TRÉ ville, commandant U$ forces natales^ CLALSEL , commandant les troupes du département du Nord,
4 V Armée et aux 'llabitans de St. Domingue.
L^arméa et les habitans de cette première colonie française «p« prendront avee douleur la mort du général en chef Leclere.
Le 30 Vendémiaire dernier , (2i Octobre ) la maladie le frappa , et le il Brumaire , à une heure du matin , elle mit tin à son existence. Que rarmée, que les habitans se réuaisseat pour couCondre leure JTfgrets. . • « . ^ • . • •
liistotiiE d'haiti.— (180^) 87^
6 gotivei^nement las partagé. Le général en chef Leelerc avaii Tcspoir de remplir de hautes espérances ; déjà sës^ordres iivùiént re? porté dans tons les rangs, le courage ; dans tous les cœurs, la confiance ; Taltentc générale allait être satisfaite mais il n'esî
pins! 'jLe général Roehambeau qui lui succède remplira dôs obligations sacrées En attendant son arrivée, les généraux Clausel,
Boyer, Claparède, d'Henin couvfenl de leur personne la capitale dé St. Domingue; ils restent en présence des ennemis , et le «outre* amiral Latouche Tréville est prêt à les foudroyer. Xes forces dé terre se réunissent, se concentrent ; le courage de Tarmée \a s'ou-^ \rir un nouveau champ. Les gardôs nationales redoubleront d'ardeur et de déveuement; la marine secondera tant d'efforts généreux, et il ne restera aucun espoir à l'audace des brigands qui ont osé ^'avancer jusqu'aux premières lignes du chef lieu de la colonie, et des places principales. Les secours que la France s'est imposée dé faire diriger sur St. Domingue , n'auront à leur arrivée prochaine que le soin commun de suivre les succès des opérations tentées et exécutées par les troupes nationales réunies.
Soldats de l'arniée de St. Domingue, votre sort ne peut être incertain) la victoire voHS appelk; l'honneur national, l'intérêt communf Yous réunissent; que tout cède i l'impulsion de motifs aussi sacrés. Le gouvernement veut le rétablissement, la prospérité de la colo- nh. L'armée va remplir ce double engagement, et seshabitans vont jouir de ses keureux effets.
Signé ; Hector Daurc , Latouche Tréville et Clausel.
Les français du parti libéral, quoique Lcclerc n'eût jamais rempli leurs vœux , apprirent sa mort avec douleur. Roehambeau qui le remplaçait n'annonçait qu'un gouvernement atroce. Quant auxhom- . mes de couleur iLs ne virent dans l'avenir qu'un redoublement do persécutions. Les colons triomphaient. Les indfpendans ou indigè* nés en insurrection , se réjouirent de l'avènement de Roehambeau qui lès rendait plos puissans. Car le redoublement des atroeités devait naturellement chasser des villes beaucoup de noirs et d'hom^ mes' de couleur encore fidèles aux français et grossir leursbataillons. Qnand on racontait au gcnéral Pétion les actes 4e cruautés exercés dans les villes sur les indigènes, il s'apitoyait sur leur sort; mais il disait toujours : pourquoi u'ont*ilspas l'énergie do venir nous joindre? .
Le général Roehambeau était au Port-Républicain quand il apprit la nouvelle de la mort de Leelerc. Il fut installé en l'église de cettO' \ille , dans sa nouvelle dignité de capitaine général de la colonie. La cérémonie fut pompeuse. Le préfet apostolique Lecun exprima, en chaire , combien le général Leelerc avait laissé de re-' grets , tout en faifant ressortir la sollicitude que le général Roehambeau portait aux habitant 4e la çoWni* ^ \^ \9l9jn9 nfiil^tatret
St4 ihsToiRE dVaiti.— (1802)
de ce guerrier , le sang illustre de ses aïeux , la noblesse de ^ori. cœur, el son amour pour la religion de ses ancêtres.
Le péni'Tal Walrin remplaça Rocliambeau dans le commandement des (léparlemens de l'Ouest et du Sud. Lé nouveau capîlainegénoral arriva au Cap sur la frégate V Embuscade le 2G Brumaire (17 Novembre ) , et prit les rênes du gouvernement. Par son pre* miur acte, il déclara à l'armée qu'elle ne se tiendrait plus sur la dift'nsîve, et qu'elle aurait à reconquérir tous les points qu'elle avilit abandonnés. Les indépendans avaient en leur possession le For4 Liberté, le Port de Paix , les Gonaïvos , la Pi^lile Rivière, les Verrelles, lArcahaift. Toutes les campagn^^s du Nord et de l'Arlibonite ,cl une grande partie de colles de lOuest, éiaient en insurrection.
Depuis plusieurs semaines, la fièvre jaune perdait de son intensité; el le courage des français se relevait par lalienle dé nombreux renforts. Ilochambeau n eut que des louanges à donner aux officiers dé san\«» attachés au service de^ hôpitaux. Le docteur Peyre qui était parti pour Fraiice avec la farriille du général Leclerc , fut remplacé par le citoyen Fontanges dans te grade de médecin en -chef de rarniée* Le capitaine général ordonna que dws rations en nature fussent distribuéysaux soldais qui rceevarient auparavant des indemnités en ai gent.
L'armée (ul réorganisée. Le citoyen Aussénac, colonel dti lal>8ede lign»* , prît lé commandement de la 74e dans laquelle furent incorporés le balaillon de la 98e de ligne, et le premier bataillort delà 3e demi brigade po!()naiSi\ Le balaillon allemai^d de l'expédition fui incorporé dans la lie légère. Dms la 7e demi brigade de ligne fut in(;or|)oré le bataillon de la 38e infanterie légèje. Le bulaillon de la 4\ie de ligne entra dans la 8;k^; le troisième bataillon de la 3e polonaise et la première légion de gendarmerie furent ^ivcorporés dans la 3l.e ; la deuxième légion de g^Midarmerie entra dans la 7.e de ligne. Les autres corps européens demeurèrent tels qu ils étaient à la mort de Leclerc. L'arm'-ie frunçaise, malgré ses pertes, et par les renforts qu'elle avait reçus ^ élVit encore forte de 11,000 bommes de troupes européennes. Eile avait pour auxiliaires 9,000 bommes de garde» nationales, la plupirt indigènes. C'est avec ces forces que R»ehnnbe.iu se révSolui à reconquérir, sans attendre l'arrivée d'une nouvelle expédition, les points que les français avaient pe'dus. Toutes les troupes coloniales du iNord , de I Ariibonile el de l'Ouest, qui n'avaieni pas été exterminées étaient passées dans les rangs des indépendans Le département du Sud avec toutes ses troupes coloniales était encore lîdèle. *
Le capilaîne-général nomma le colonel Netervyood , suédois au service de la France, commandant de sa garde d honneur. Le chef de brigade Sabès remplaça , dans le commandement de la place du Cap, le générai Glaparède auquel fut confiée la brigade du général d Hé-
ma. Glaparède el ladjudantgénéral Maillard furent chargés do com^
HISTMRE d'hAITI. (180^) t79
mander , alternallvemcnt , par 24 heures, les avant ^postes du Cap. Le général Watrin (ut enlevé par la. pesté, aju iorl Républicain , la 82 Novembre, quin»© jours après le départ de Rorhambeau decetle viito, |>our le Cap. Le général Rrunel qui venuit de rentrer au Gap avec la division du Borgne, le remplaça dans le i'oninianden>iMii des divisions de l'Ouest et du Sud. Watrin fut regretté des indigène» fidèles aux français dont il se montra toujours le proie<^teur. On Tenlendii même faire des vœux pour le triomphe des insurgés auxquels il ne supposait pas ^ il est vrai, des idées dindépendanee : il p'avait vu en eux que des français qui voulaient demeurer libres.
Les linances de la colonie étaient dans un elat aifreux ; le comoierce languissait depuis (|ue Tinsurreclion était devenue presque générale; les denrées n'entraient presque plus dans les vides, et les indépendans, pour entièrement chasse? les b! «nrs des campagnes, livraient aux flammes lus habitations. L^s pipulaiions indigènes des villes , lécimées par la guerre, et lient en oulie p* rséculée». Quelques commandans français étaient devenus tellement coriôtnpus qu iU\en«daient aux indépendans . au poids de Tor , des armes et des muni^ tions qu ils enlevaient des magasins du gouvernemeul. Les oi'iieiers supérieurs qui s étaient enrichis avaient. demandé à Lecleic des per* mis pour retourner eu France. Ainsi étaient paitis les généraui^ Boudet et Sahne qui disaient qu il n*y avait plus que la peste à gagner do^ns ce pays infernal. D une autre part, le coinmeree était appi^nvri par les emprunts du gouvernement dont lea caisses avaient été vidées pur les dilapidations des généraux.
Rochambeau entreprit de rétah.lir l'ordre dans radministralion II fit arrêter le citoyen Deneyve^ admi'.iistratevir à, Jorémie , prévenu de dilapidations, le fi4. jeier daris les pri^oiiS des Ca} es et metti*^ ensuite en jugement. M»is il ne put lutter lotgte^nps contre ]a corruption devenue générale. Il dv^'Crsa alors sa fureur contre les indig«mes, doni La révolte, pn^t«ndait*il , était la et use de ce désordre administratif. Des compagnies de chasseur>à pied « sous la dénominatmn de tioupes franches, firent formées, filles furent composées d>' nuirset d hommes de couleur, ei| grand nombre anciens ofliciers, Qt organisées comme rinlanlerie légère. Leurs ojïieiers étajent blancs la plupart; et des chapeaux de paille relevés sur le coté, à la Henri IV , leur^^ervaient de coiffure. Ces oou\el.les troupes , qui en grande partie abandonneront les français , devaient poursuivre les insurgés jusqu'au sommet des plus hautes montagnes et les traquer comme des bêtes lauves. Rochambeau, à l'exemple des^ espagnols du 16e siècle, les premiers conquérants de Tile, ne tardera pas a introduire à St. Dominguedes dogues par lesquels il fera dévorer ses prisonniers. 11. puisera, dans le martyrologe des premiers chrétiens les supplices les plus horribles. Cet homme féroce sans dissimulation était d'une petite taille et maif gre. Sa physionomie éluit sombre ; il. avait des yeux petits ^t vifii^
8T4 HISTOIRE DJIAITI. — (1803)
Portant aux hommes de couleur une haine implacable , haine 'qu'il avait laissé écjater , dès 1793, il prétendait qu'il ne se laisserait pas comme Leclerc tromper par eux. Il leur fit une guerre ouverte d*ex- Urnination , convainsu que la possession française ne pouvait être rétablie solidement que par Icxtinclion de toute la population qiii avait traversé la révoiulion. Il supportera quelques temps encore les indigènes fidèles à la France; mais il les mettra bientôt dans l'alter^» native de rexterm»ination ou de Tinsurreclion. Idlinger, blâmant ses aeles, dit en pariant des indigènes qui étaient dévoués i laFranee: « Identifiés aa salut do la eolunie par d'immenses possessions , notr« e cause était la leur. Eh bien! qui croirait que ces hommes ^ dont
< Tunion avec nos troupes nous rendait invincibles, ont été pitcèt « par des mesures , hélas! trop rigoureuses, dans l'alternative affreuse
< de la rébellion ou de la mort. Dans six semaines , il ne neus res« t tait, dans le Sud, que quelques bourgs. * Yoilà une vérité bien c douloureuse;, en vain j'ai voulu la renfermer dans mon âme: « inléràts de ma patrie, vous me l'avez arrachée! » Depuis l'in- ^urreeliou de Pétion, de Glervaux et de Christophe établis au haut ^u Cap, il était devenu très difficile d'approvisionner celte ville, ft les vivres y étaient d'une excessive cherté. Roehambeau supprima tous les droits établis sur les bètcs à cornes ei moutons venant de }a partie de TEst; et pour faciliter le service public, il déclara que Monte Christ , qui relevait do &^. Domingo , ferait partie du département du Mord. Le bourg de Monte Chpist qu'occupait le gér néral Pamphile de Lacroix , approvisionna la ville du Cap.
Pendant cet intervalle, Capoii^, maître du Port-de-Paix, depuis l'éva- Guation de cette ville par Brunet , avait complètement réorganisé la 9.b çi-devanl coloniale. Il envoya un de ses lieutenans , à la tète d'un des bataillons de ce corps, attaquer le Afùle St-ISicolas dent la garnison était composée de la ii.e légère, des 49. e et 98.e de ligne. Les isdigènes campèrent aux portes de la ville. Les français firent contre eux plusieurs sorties; mais ils furent toujours refoulés dans la place, après avoir éprouvé des pertes considérablts. Le 37 Brumaire, (18 Novembre), les indépendans donnèrent assaut à la ville. j^es troupes françaises, euibutées sur les remparts , furent poursuivies jus(|u'au sein de la place. Les bourgeois blancs, saisis de frayeur, s'embarciuùrent en feule, suivis de trois ofliciers de la garnison , sur le navire américain lo Pénélope , mouilU dans Ut ^ade. Le capitaine du bâtiment refusa d'appareiller. Alors les trois pfticiers qui appartenaient à la 49. e , à la 98.e et i la 11. e^ égs< rés par la terreur , mirent le pistolet sur la gorge de l'américain, inaltraitèrenl les matelots, et les foreèrent à mettre à la voile .pour
* Mlinger parle partiGuIièremest des causes qui amenèrent i'insurrectiotl ^tt gud contre les français, en Janvier 1893.
ntSTOIRC D^HAITI. — (1802) ^ 8TI
îé Port R<^publîcaîn. Les indigènes^ de leur côté , ô'<^taîont arrêtés, étonnés de leur audace. Leur pelil nombre relovsi le moral de« français qui, retirés dans les forts, les mitraillèrent et les contraignirent à h retraite. Après avoit interroanpu toute communication entre la ville et la campaj^ne par un blocus régulier, les indépeadana demeurèrent campés à une liôue du Môle. Rochambeau fui violemment indigné en apprenant ce qui s'élail passé au Môle. Il dégrada, pour leur lâcheté, les trois officiers qui avaient abandonné leurt; frères d'armes, les nommés Delore, Stephonopoli êi Gjraçdeau , les. fil arrêter cl embarquer pour France.
k la même époque , Pétion , Clervauxel Christophe s'épuisaient ea de vains cfToiis au haut du Cap contre les fraaçais. Ils vinrent k manquer totalenicnt de munitions; leurs soldats avec lesquels synfipathisaient peu les bandes d« Petit Noël Prière, qui leur refusaient iouvent quelques vivres, fommençaient à déserter. Pétiott envoya demander un peu de munitions à Sans Souci qui était campé à la Grande-Uiviêri'. Celui qui avait en sa possession six milliers de poudre, lui en rc'fuKa, e.n lui faisant dire qu'il en avait besoin, qu'il Tarait acquise i^u [)éril de sa vie, en prenant les armes, le pr^^mier^ tonlre les français. Alors Poiioii se rendit lui-même au Fort Liberté, auprès dô Toussaint Brave. Ce dernier l'acturillit très favorablement efe mit à sa disposition un millier de poudre. Pélion revint au hauî du Cap et se résolut à partir pour l'Oîi '^t. Mais le Carri^four du Limbes jpar où il devait passer , avait étu reoccupé par les français. Pour ouvrir le pavSsag*, le général Christophe marcha contre eux ; it^-fttt repoussé. Néanmoins, la gr^rnison 4n Carrefour, craigiiant d'être assaillie, le lendemain, par tsles lerces plus importantes, évacua lé-
foste cl rçnlra au Cap, par nier. Dès que le passage fut ouvert, élion , Clervaux et Christophe abandonnèrent la position qu'ils oc* ciipaient et p<'nélrèrent dans l'intérieur du Nord. Pétion avait donné i Petit Noël Ptiére, ea se retirant, les deux pièces de 4. et Tobusier qu'il avait pris au haot du Cap. Petit Noël Prière Ht traîner cee trois pièces d'artillerie jusqtrà la Rivière Salée où il avait sou quartier générai. Il avait sous ses ordres Cagnet, Labruhi. et^ Grand Bour can,t:hefsde bandes, dune rare intrépidité.
Pétion allait se séparer de Clervaux et de Christophe ^uand il rencontra Sans Souci qui , à la tête de 5,000 cultivateurs bien, armés, ^t très aguerris , voulait contraindre les troupes ci devant coloniales à le reconnaître général en chef. Pélion parut se soumettre à son. autorité., et. fui proclamé par lui géuéraL de brigade. Sans Souci demanda la tète de Christophe , son ennemi personnel. Il prétea* dait qu'il avait encoje le co^ur pouc les français. U voulut envQi lopper les l.re, 2.e et 5.e coloniales, cl les passer au fil de Vè^ pée. 'Pélion lui fit observer que les noirs et les hommes de ceu? \fi\},r commeRçaieajL une guerre nationale , ^i que ee ixiiM .|>es lis.
fTf Histoire D-iiAiTi.-r-(l802)
ipoment , on présence des blanes , de songer à exercer des vengean* j^es parliculières ; qu'il fallail oublier le passé. Sans-Souei lui répondit : « Général , vous vous opposez à ce que je fasse mourir Christophe; eh- bien! vous vous en^epcntirez vous-même plus tard.» Christophe, se voyant soutenu par la d3.c, déploya une rare énergie. Il s'élança , armé de son sabre et suivi de ses guides , sur Sans-Sopci. Il lui demanda avec fureur s'il ne r«eonnaissait plis la supériorité de son grade; il le o^enaça de lui traneher la tète , s'il pesé soumettait pa$ ^ $pn autorité. — Sans Souci, déconcerté , recula^ l'appela général et lui demanda ce qu'il prétendait faire. Christo*
Fhe lui dit qu'il reconnaissait donc qu'il était son chef, puisqu'il appelait général. — Le colonel Jn.-Phdippe Daut , à la tète de la ÎO.e, demeurait indiiférent à cette scène. Il dit i Pétion : c Génè^* rai , ne nous rflêlons pas de ce qui ne nous regarde pas. Laisçon^ Sans-Souci s'arranger avec Christophe, comme il Tentendra. Quq Us gens du Nord fassent • chez eux la guerre aux français ; quant à DOIS, allons dans TOuest^ notre pays, les cqmbattre.» ^ Il partit en effet ,, sur le<pchamp • à la tftte de la iO.e, pour l'Artibonite. Il traversii^ le Boispin , la Ravine àCouleuvra et vint à Florenceau. Il se plaça aussitôt sous les ordres de Dessalines. Péiion, de son çùié , ^près avoir obtenu de Sans Souci qu'il n'inquiétât plus Chrisf eph<^ , partit apssi, nialgré ses instances, pour TÂrtibonite, avec la i3e. |1 arriva à la Petite Rivière à la fin de Novembre. Dessalines }ui fit un accueil solennel , |'en)brassa avec effusion et lui dit : Je ne jne suis oi^vertempnt déclaré contre les français que parée que j'étais certain que vous aviez proclamé l'insurrection au haut tiu Cap.^^ Pétion lui raeoqta tout ce qui l'était passé auy environs du Cap depuis son entrevpe f^\ep lui à la Petite Anse. . Il lui fit un tableau fidèle des dissensions qui existaient parmi les indigènes du Nord.* Dessalioeg le confirma dan^ son grade de général de brigade, et lui lit occuper une maison en face de la place d'armes. Le même jour, -il pomma Gabarl général de brigade,
- Après que Pf^tipn eut quitté le Mord, Christophe, abandoDHé de la plus grande partie des soldats de U i-V^ ft de la 2.e demi bri* ^ade , s'eluil vu contraint daller s;e fetrancher à Millpt avec lesliaqame^ \\u\ lui était'i)^ demeurés fidèles. Il cacha sa famille dans les mornes de li Fenière , et se tint en garde contre les pièges de Sans-Souci. De sop coté , Iq capitaine-général Rochambeau songeait sérieuse-
* Après la mort de Dessalinès , pendant ia guerre civile, Pétion S'étonnait souvent qiie Christephe n'eut pas fait mourir JTean-Philippe Daut, fui, en 1802, avait presque partagé l'animosité de Sans-Souci contre lui. Jl pensait que Christophe ne ménageait Jn -Philippe Daut que parce qu'il redoutait l'ininense influence dont jouissait ce général sur las populations de rArtiW>nili^
** La révolte de Pétion et celle de Dessalinès furent presque simultanées. La prisé d'armes de Dessalines suivit ^ de moins de deux jours, oelle^ck Pétiop y «oaune «a V^l vu.
HISTOIRE d'uaiti.— (1802) 8Î7
ment à Veconqnérîr les points que Leclerc avait élé conlrainl d'abandonner. Le gou\ernen)«nt avait centralisé au Cap presque toutes les forces du déparlement du Nord. Uochambeau pensait* que l'occupation du Fort Liberté serait de la plus haute importance, en cas de guerre avec l'Angleterre. Si les vaisseaux de S. M. B. MôqHaient le Cap, les bâtimens de guerre, du commerce, et les navires neutres , viendraient alterrfr au Fort -Liberté d'où des appro- -visionnemens pourraient être transportés à la Tortue et au Mole St Nicolas par le cabotage, D'une autre part, l'occupation du Portde-Paix assurait aux français la navigation du canaj de la Tortue. Si le Port-de Paix demeurait au pouvoir des indigènes, les élablissemens de la Tortue seraient exposés à toutes sortes de dévastations par lès invasions des indépeadans de la grande terre , et les communications avec le Môle, par le cabotage, seraient interceptées. Rochambeau ordonna au général Clausel de se mettre à la tête d'une expédition dirigée contre le Fort Liberté. Un bsilaillon de la 86.0 demi-brigade de ligne, commandé par le colonel Lenormand, fut embarqué sur le vaisseau «r/lrnuba/; les frégates Y Embuscade et la Guerrière, la corvette la Sagesse furent chargées de plusieurs autres corps et d un bataillon d artillerie. L'escadre se présenta devant le Fort-Liberté le 10 Frimaire (l.cr Décembre), à deux heures de l'après-midi. Un bataillon de la l.re demi-brigade indigène et un millier de cultivateurs occupaient la place que commandait Toussaint Brave. Le capitaine de vaisseau Guillemet s'embossa vis à vis de la ville et la canonna ; en même temps Clausel , à la tète de la 86. e ^ atteignit le rivage. Toussaint Brave , malgré la plus vigou* reuse résistance * fut contraint d'abandonner le fort Saint Joseph dont s'emparèrent Us grenadiers français. Les indigènes évacuèrent la ville après y avoir mis le feu et avoir encleué 25 pièces de campagne. Clausel arrètjii l'incendie qui ne consuma que einq maisons. Tous les canons du fort St Joseph tombèrent au pouvoir des français. Le général de brigade Lavaletle, qui avait accompagné au Cap le général RochambnaUi déploya dans celte affaire beaucoup de zèle et d'intrépidité. Hochambeau publia dans toute la colonie ce premier succès obtenu sous son gouvernement. Il annonça i|ue la France ne tarderait pas à envoyer de nouvelles forces à St-Domingue, et que toutes les positions abandonnées sous le gouvernement de Leclerc géraient reconquises. Il parla bien haut de la puissance de la France ; il dit qtiC son alliance était recherchée de tous les peuples.* Il annonça que les consuls de la République avaient arrêté , le 19 Fructidor , qu'il serait sursis à toutes poursuites jusqu'au l.er Vendémiaire an XVI , pour le paiement des sommes dues par les colons de St-Domingue au commerce national. Ceux-ci, attirés par les superbes promesses de Rochambeaii , rfgntraieat en foule dans la colonie.
STB HISTOIRE d'iiaiti. — (18(»3)
Le capîlaîhe-g<^n(^ral déclara qu*il he délivrerait désormais de^ passeports pour France qu'aux «lililaiios dont l'invalidité serait constatée. Il arrêta ainsi \q départ de bonuooup d' fftoieiR qai , devf>nus riches par le pillaj^e , abandonftaienl leurs frères d'amies , sous divers prétextes Les fonclionnaires publics ne purent évacuer les villes de leurs résidences qu'avec les garnisons de ces placés* Lt?s juges conf)pos£git le tribunal de St IVturc qui étaieat sortis d# Cette ville lorsque Dessalines en avait assailli les murs, reçurent Tordre, &0U8 peine de destitution, de retourner à leur poste. Led fonctionnaires du Port de Paix qui s'étaient transportés au Môle y avaient repris Texercice de leurs fonctions. Ceux du Fort Liberté retournèrent en cette ville.
Dans rOuest, les indigènes faisaient de nouveaux progrès. Laro«^ qui nf)éconnaissait l'autorité de Dessalines et se soumettait à celle dd Lamour Béranee, fit des promotions dans sus troupes et les organisa. Gomme nous l'avons vu , il était maître du boiig de l'Arcahaie. Il sa résolut à conquérir la section du Kourassin , encore occupée parles français qui s'y étaient retirés, après leur expulsion de r^rcahaie. La section du Boucas^^in fait partie de la paroisse de lArcahaie. Larosé ordonna à Jean Dugotier de descendre des mornes du Fond-Blane^ et d'aller couper hi retraite aux français , en sViablissant à la Souree- Matelas, dans le chemin qui conduit au Port Républicain. Il envoya au Monlrouis, sur la route de St. Marc, une division qui y surprit plusieurs postes européens et les passa au fil dé l'épée. Il se mit ensuite à la tète de sept bataillons et marcha sur le Boucassin» Quand sa cavalerie atteignit le poste français établi au Cabaret sur
I habilation Gârescher , elle fut repoussée par la mitraille de plusieurSi pièces d artillerie. Latose abandonna le grand chemin , pénétra-dans les jardins de cannes de l'habitation Deschapelles et s'arrêta à la barrière de Ga.rescher. Il fil proposer une capitulation à Poix qui éommandait les français.^ Celui-ci renvoya le parlementaire sans réponse. Larose ronimença aussitôt le feu. Il donna sans succès plusieurs assauts aux rolraachemens ennemis ; il fut repoussé avec perte«,
II demeura campé eu pruseiice des français qui pendant neuf j(»urs supportèrent toutes sortes de privations Une goélette fraiiçaise se ))résenta visa vis de Garescher et canonna les indigènes sans pouvoir les contraindre à abandonner leur position. Pendant une nuit obs« cure Poix évacua le Cabaret sur les habitations Prince etSimonelie. Larose , croyant qu'il irait todiber da^ns Temliuscade que commandait JeaiB Dugdtier, ne flt aucun mouvement. Mais les français avaient appris qu un bataillon indigène occupait la Source Matelas. AbandonnaiH leurs bagages, et conduits pur des guides sàrs , ils atteignirent la source Coco, tranversèrent les Orangers, et arrivèrent ai4 Mirebalais ou ils se réunirent à David Troy, officier noir, qui €ommaa* dait avec zèle et intrépidité eette paroisse, pour la Répubiii^ue fian^is^*
Quoique Larose fût sonmîs à r«ulorîl6 de Lamour Dérance , ses troupes témoignaient pour Dessalines toutes sortes de sympathies. Elles demandèrent plusieurs fois, à grands cris, à se soumettre aux ordres de ce dernier. Pour les éloigner de ce chef, Larose les trompa. Il leur annonça que Dessalines lui avait ordonné d'incendier toutes les plantations de la plaine, de massacrer tous les vieillards infirilies , d'abondonner l'Arcahaie et de gagner les mornes des Cahos. En en* tendant ces paroles porGdes, ses gens passèrent de renlhôusiasmo pour Dessatines à I indignation contre lui. Gharlei Gourjol , ce guérillas cruel qui avait tranché la tète à Lamartinière , travaillait les esprits en faveur de Dessalines. Voyant que la masse demeu-" k*ait fidèle à Larose, il se précipita sur lui à Timproviste, lui poria plusieurs coups de poignard , le renversa , prit la fuite et disparut à travers les bois. Il se relira auprès de Dessalines. Il fut bientôt suivi du commandant Robert , ofiicier influent. Dès lors la défeclioft commença dans les troupes de l'Arcahaie. Pour occuper ses sol* dats et arrêter les désertions, Larose entreprit de faire dos conquéteSé Il se détermina, témérairement, à envahir la vaf^te plaine du Cul de-Sac remplie de fortes garnisons françaises. Une de ses divisions pénétra jusqu'aux Varreux , à tiois lieues du Port-Républicain ; elle en-sou* leva quelques ateliers. Elle attaqua le fort de l'habitation Robert près de la Grande Rivière, et rtnlcva,le 40 Frimaire (1" Décerna bre. ) Le colonel Gilbert Néraud , qui commandait à là Croix des- Souquets , marcha contre les indigènes , et les chassa d^ la forliiîca* tion , après un combat opiniâtre. Les gens de TAcahaie éprouvèrent des pertes considérables, et ne s'arrêtèrent qu'au Boucassin. Larose se mit à la tête des soldats des 3' et 8^ que formaient s4 garde et vint en personne, peu de jours après, attaquer une position qu'occupaient les français à Sibert , à Quatre lieues du Port-Ré-^ pubHcain , sur la grande route de l'Arcahaie. Il s*en rendit maître. Dès que Ton sut , à la Croix-des Bouquets , cette nouvelle agres^ . sion, Gilbert Néraud sortit du bourg, à la tête des grenadiers d'un bataillon de la t6* de ligne, et de la gendarmerie de la plaine commandée par St. -James. Il attaqua avec impétuosité les indigènes, les culbuta et les mit e^ pleine déroute. Larose laissa eent morts sur le champ de bataille. St. James, à la tête de la cavalerie, sabra les fuyards , et en précipita un grand sombre dans la mer. De retoilr au bourg de l'Arcahaie , Larose apprit que pendant son absence , beaucoup de ses gens t'étaient retirés auprès dr Dessalines , à TArtibonite. Dé ce nombre étaijeiit deux guerriers intrépides , Jean Toussaint Labarrè et Auguste Labarre. Resserré dans les limites de la paroisse d^ l'Arcahaie par les français de St. Marc, d'une part , et par Dessalines dé Tautre, Larose fit élever des fortifications pour se mettre enétàldé résister i ces deux ennemis. Pour s'attacher la population, il donna ^•s aoîns à l'agriculttre , et s'efforça , par une admiaistratiofi régu^
lière , de faire refleurir les campagnes. Les habitations furent ex^ ploilées , el-le sirop, ia tafia furent vendus avanlageuseinenl par les habilans de rArcahaieaux gens de rArti)onite<:|ui venaient au bourg ■ faire de'^ échanf»es. Par de bons procédés envers ces 'lerniers, Larose , de son c(ilé , «n g'tgna beaucoup à son parti.
Dans le ISord , Rochambenu faisait d'inuliles efforts pour occuper les bos'rgadesdu littoral. Les insurgés se retiraient dans l'intérieur^ déi^ j^jue* les français abordaient le rivage. Ceux-ci çonslruisaienl des forts , .y I hissaient des garnisons et se retiraient ensuite dans les villes. Les indigènes réunissaient alors leurs forces, et ruinaient ces élablissemens f.e gouvernement fut contraint d'envoyer une e\p«'ih'tion dans la baie de M uicenille dont les indigônes s'étaieni rendus maîtres après le dépaf t de Clausel du Fort Liberté. Leurs bartrrs armées, montées d intrépides caboteurs noirs et jaunes, em- |.)C<^*liHient les navires marchands d entrer dans la^ rade <te cette ville ou d en sortir. Toussaint Brave a^vait établi un poste à TeiTibouchu* re du fl^uvc du Massacre. Le 44 décembre (23 frimaire), le capl'^ laine de vaisseau, Pradiue, se présenta à l'embouchure de c^ fl«"uve. Il était mente sur la frégate rEmbuseade chargée de 150 hom.mes de la 86. e , sous les ordres du chef de bataillon Pigné Montignac. Il dt barqua , protégé par le feu de 4a frégate, eu buta les. indigènes, leur tua quelques hommes, et se rendit maitre de leur poste. Il y troHva deuy. pièce» de canon, l'une de 8-, l'autre de 24, et les ^ncloua. Dix embarcations, qui tombèrent en sou pouvoir , furent livrées aux flammes. To issaint Brave rallia les fuyards et alla camper dans la plaine du Fort-Liberté. Le colonel Félix et le «hef d espodron Daulion lirent aussitôt contre lui une vigoureuse soriie. Pendaut une heure, Ton se battit avec acharnenient de pari et d autre. La cavalerie française ne put rompre les indigènes. Les blancs et les indigènes passèrent la nuit sur le champ de ba« taiife. Le lendemain , à la pointe du jour , Toussaint Brave lit donner la sépulture à ses morts, en présence de Tennenrii, sans, être inquiète , et t mporta ses blessés en abandonnant la plaine.
En même temps, le général Hiunet comiuundaut des divisions de rOuest et du Sud se trouvait au Môle Si Nicolas. Il conjia à 1 adjudant commandant Grand Seigné une expédition contre le bourg de - Bombarde qu\)ccup;4it une multitude d<' cultivateurs. Il voulait faire rentrer au Môle une centaine de familles blanches dispersées dans les bois de ce canton. Grand vSeigné se mit en marche à. la tète de plusieurs compagnies de la 49. e et de la 98. e et d'un escadron des dragons du Môle. Les fraiiçais atteignirent, pendant la nuit , les retranehemens des indigènes sans être aperçus. Grand Stigné. chargea Tennemi à la baïounette, et pénétra daq> le bourg. U féunit une foule de blancs , et les achemina aussitôi sgr le. Môle» ^cortés d'une centaine de soldats. Le leuctMaain , dè§ l'aucQCt.^
ttïSTOlRE D'ilAiTI.~(î802) 831
îl fut assnîllî par les indigènes qui le contraignirent à abi^nddnnar sa conquête et à renlrcr au Mole dans le pins grandf désordre. Sa retraite avait clé protégée par l'escadron des di igons du Môle, composé de la jeunesse noire et jaune de celle vRle, encore dé- \ou(;e aux français.
L'on a vu l'insurreclîon prendre un caractère formilable. L'ilée de riiidépendance de St-Don)ingue s'élait .déjii pnrfailemenl formulée dans Tesprit des indigènes. L'on ne se battait plus pour la liberlé seulement, mais pour se détacher entienîment de la Franre. Dans nos rangs flottait encore le drapeau tricolore; mais | arlout dans nos canqjs les armes françaises avaient disparu. C'pcndant les principaux chefe des insur*>»>s élaient encore indépendaïis les uns des autres , malgré les efforls de Dessalines pour (établir, dans rinlérieur, un système de centralisation. Dans le Nord, depuis le Borgne jusqu'au Fort Liberlé, Sans Souci commandait en chef, in- 'dépendant de DessaKn^. Il imfjosait son autorité à Toussaint Ura- \e , à Charles Dauduy , qui avaient toutes leurs sympathies pour Ddssalines ; il était sans cesse en lotie d'autorité avec Christoplio et Clervaux qui s'efforçaient de gagner les populations en faveur de Dessalines. Mais Pelil Noël P^'ére, Macaya, Cagnel , Mavougou, Vamalheurenx , Cacapoule , Jacques Tellier , Labruni, eiiels débandes, lui élaient tout dévoués. Pelil Noël Prière' élail son |)roinier liculenanl. Tous ces cliefs <[ui étaienldrs parvenus de la dernière iîîs'jrreclion, el r|ui élaienl pres(|ue inconnus avanl I arnî^ilalion do Toussaint, ne voulaient pas reconnaîire la suprénuaie des aneiens généraux dos lioupes coloniales: ceux ci s'étaicnl soulevés a|)iéscux contre les français et élaient venus les joinrire da!)s les b(îis , a|)ros les avoir lioniblcnient Iraqués, au nom de la iMancc. D une autre par! , comnîc ils étaient la p!!![)art africains, ils avaient de Taveision contre ks noirs créoles ((ui , géuéralemMil, se ci'ov.ii(*.nt supérieurs à eux , el Dessalines élail aussi créole. (>(^pendont l\nil-Noëi Prière , qui leur conunandait en seeond, était créole ; * mais il sortait des mênoes rangs qu'eux , avait toujours vécu avec eux ei avait été un des premiers à les exciter à la révolte.
Capoix comnranJait au Porl de Paix. Son autorité s'étendail du Borgne aux porles du Mole Si Nicolas. Il n attendait qu'une visiie de Dessalines pour se soumettre à son aulorilé.
Dans l'Ouest , Lamour Dérance-, qui avait pris le l,ilre de général en cheldesdcparlemens de l'Ouesl et du Sud, commandaiià loub les insurgés, à Laroso, ^ l'Arcahaie; à Maj^loire Ambroise, à Macaque , dans les nïornes de Jacmel; à Beauséjour, à l*''*'-Louis, à Sang!aou,à Mathieu Fournil, à Cangé , à.MélelluSi à Adam, dans les mornes de Léogane,
* Le créole est celui qui est r\6^ dans les colonies. Sans-Souci était d6 «n Afrique ; il avait éi^ amcn<^ à St-Dominguc par la traite*
HISTOIRE n'HAlTI. — (1S02)
drf Grand-Goâye, et de la Rivière Froide près du Port-Républicain.
Dessalines dominail dans tout le quartier de TArtibonite, quoique le chef des bandes des hauteurs de SlMarc, Cibas, refusât quelquefois d'exécuter ses ordres. Tous les ehefsdu Nord et de TOuest n'étaient jusqu'alors à ses yeux .que des rebelles qui , en droit , lui étaient subordonnes. Sans-Souci , dans le Nord , Lamour Dérance , dans rOuest, se faisaient. appeler , comme lui, chacun, générai en chef.
Jusqu'à présent le département du Sud ne s'él'ait pas remué.
Le parti de Dessalin«s qui renfermait le plus de lumières était aussi le plus énergique; il personnifiait le prineipe de l'unité indigène; il pouvait déjà combattre avec succès les français, et étouffer , en môme temps, les (actions qui refusaient de se soumettre au gou- \ernemonl central dent le siège était à la Petite Rivière de l'Artibonite. Dessalines lui même, dictateur, ayant droit de vie et de mort, disposant des hommes et des choses, se transportait partout, et don* nait aux opérations cette vigueur d'action qui amènera le triomphe de rindèpendance. Déjà Pélion lui avait suggéré l'idée de porter la guerre dans le Sud, en y envoyant Gefliard avee la 43. e, pour soulever les citoyens de ce département et leur donner Timpulsioff de la grande guerre nationale.^